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Attachez vos ceintures ! Vendredi, j'évoquais le possible éclatement de la zone euro, hypothèse réfutée par le politiquement correct. Cette semaine, je constate que le prix Nobel d'économie, Joseph Stiglitz et le président du FMI, Dominique Strauss-Kahn, envisagent la fin possible de l'euro, en cas de crise persistance de l'Europe. "L'avenir de l'euro sera peut-être très bref", admet Stiglitz, tandis que DSK reconnaît, ce mercredi dans Le Parisien, que la Grèce "est au bord de la faillite", façon de rappeler qu'un Etat peut connaître cette situation, malgré les démentis convenus. Or, visiblement, le plan de soutien à ce pays (110 milliards d'euros) n'a pas calmé la méfiance vis-à-vis de la zone euro - qui n'a pas été le bouclier qu'elle prétendait être - et de l'euro lui-même. Ce dernier poursuit sa chute tandis que les rumeurs boursières attaquent désormais les fragilités de l'Espagne et du Portugal. En attendant le tour de la France ? L'épreuve de vérité est enclenchée. Elle risque de rendre dérisoires les réformettes pour alléger les coûts de l'Etat et de la solidarité nationale.
En attendant, les lézardes de la zone euro laissent voir la décrépitude des Etats-providence construits par la sociale-démocratie européenne. Dans la Grèce surendettée et non compétitive, les fonctionnaires pléthoriques avaient droit à un 14 ème mois et à une retraite à 53 ans. "La Grèce, c'est une copie de France en pire", expliquait mardi un banquier d'Athènes à l'envoyé spécial du Figaro, Renaud Girard. "Des lois pour tout, des avantages inouïs consentis aux salariés du secteur public, des minorités syndicales capables de prendre en otage les monopoles d'Etat dans les transports, une fonction publique hypertrophiée... Ce système, que finançait un endettement toujours plus lourd, ne marche plus". L'ironie est de voir DSK, qui lorgne sur 2012, se faire le fossoyeur de ce système défendu par Martine Aubry et ses amis. Ce nouveau Père la rigueur - rigueur contre laquelle défilent les Grecs aujourd'hui - emballera-t-il la gauche-cigale pour la présidentielle ? J'en doute. Et vous ?
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(..) (site endommagé en 2013)
... d'un risque totalitaire, d'autant qu'il est multiple. En effet, il n'est pas seulement le fait d'un réveil, ici et là, de partis néonationalistes et xénophobes. Edgar Morin
remarque, ce lundi dans La Tribune, que ceux-là sont "à peu près au même stade que le parti hitlérien avant la crise de 1929", mais que "cela ne veut pas dire qu'ils ne pourraient pas représenter 30% dans des circonstances catastrophiques". Cette éventualité serait aisément évitable si les grands partis démocratiques cessaient de mépriser les peurs des gens confrontés à une mondialisation agressive et indifférente aux cultures et aux modes de vie. De plus, Morin oublie ce deuxième totalitarisme en vogue à l'extrême-gauche, qui redécouvre les charmes du communisme et de la collectivisation. Pour ces nouveaux staliniens, la société libérale est leur ennemi. Ils sont d'ailleurs prêts à toutes les alliances avec ce troisième totalitarisme, également occulté par Morin, qu'est l'islamo-fascisme, idéologie régressive et sexiste, antijuive et antichrétienne, qui a déclaré la guerre aux démocraties occidentales et singulièrement aux Etats-Unis.

A l'heure où j'écris ces lignes, la responsabilité de l'attentat manqué de New-York (une voiture piégée stationnée samedi après-midi à Times Square, et dont le dispositif de mise à feu n'a pas fonctionné) n'est pas encore acquise, même si la piste fondamentaliste fait partie des hypothèses retenues. Pour autant, le New York Times a publié, le 25 avril, un article de Ross Douthat qui, de mon point de vue, analyse parfaitement les méthodes d'intimidation du totalitarisme islamique et, plus grave encore, les allégeances qu'il suscite au cœur même de la plus grande démocratie du monde. L'affaire, en deux mots: Comedy Central a renoncé ces jours-ci à faire apparaître Mahomet dans un épisode de South Park, série connue depuis quatorze ans pour ses dérisions, après la menace de mort proférée par un américain converti à l'islam contre les auteurs de la série, Parker et Stone. Depuis, toutes les références au prophète ont été supprimées.
Voici ce qu'écrit l'auteur de l'article : "(...) Le musellement de South Park n'est pas moins inquiétant que tout autre exemple de lâcheté des institutions occidentales devant la menace de la violence islamiste (...) Mais l'exemple de South Park (....) nous rappelle que l'islam est le seul endroit où nous mettons encore des limites. (...) Là, les normes à suivre sont posées sous la menace de la violence et acceptées dans un mélange d'instinct  de préservation et d'autodénigrement. (...). Heureusement, les apprentis totalitaires sont probablement trop marginaux pour tirer tout le parti de la situation. Nous ne sommes pas à Weimar en Allemagne et la frange de l'islam radical est encore suffisamment marginale pour ne pas être une menace existentielle. De cela nous devrions être reconnaissants. Parce que si une frange violente est capable de nous inspirer autant de lâcheté et d'autocensure, cela veut dire que nos institutions sont suffisamment pourries pour qu'un ennemi plus puissant en vienne à bout".

Cette menace-là, la France la connaît également. Le philosophe Robert Redeker en sait quelque chose, qui vit sous protection policière depuis 2006 pour avoir critiqué Mahomet dans un article paru dans Le Figaro. Or ce risque totalitaire, qui instrumentalise les violences et les menaces, n'est que très rarement analysé, de peur de "stigmatiser l'islam". Même le nazislamisme iranien, contre qui se battent si courageusement les nombreux démocrates de ce pays musulman, ne suffit pas à éveiller les consciences. Or cet aveuglement volontaire est, en France aussi, le meilleur allié des "apprentis totalitaires" dénoncés par mon confrère du New York Times.

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La marée noire en Louisiane nous rappelle que la menace d’un sac écologique de la planète n’est pas un mythe. Le mérite historique des écolos aura été de sonner l’alerte, il faut leur rendre cette justice. Malheureusement, ils sont plus rouges que verts. Héritier direct du gauchisme des années 1960, leur rousseauisme bobo ne conteste un productivisme à courte vue effectivement dommageable que pour disposer les esprits à un collectivisme maquillé en autogestion. On sait où ça peut mener. En outre, ils sont à côté de la plaque en récusant le nucléaire, qui ne pollue pas et garantit notre indépendance énergétique. Ou bien en dénonçant les OGM, qui peut-être éviteront des famines à l’humanité. Ou encore en propageant des peurs millénaristes avec un hypothétique réchauffement climatique. Sarkozy a donc eu raison d’inclure le souci écologique dans sa vision et Borloo n’a pas tort d’initier une pédagogie verte. À condition toutefois de ne pas diviniser la nature, de hiérarchiser les risques et de s’affranchir des gourous qui, tels Hulot ou Arthus-Bertrand, véhiculent en fin de compte un panthéisme enfantin. Tout scientisme bu, les coups de gueule d’Allègre sont plutôt salutaires.
Paru dans Valeurs actuelles, 6 mai 2010

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Il y a huit jours à Bobigny, Nicolas Sarkozy réaffirmait sa volonté de systématiser la suspension des allocations familiales aux familles d’élèves absentéistes. Ce principe avait déjà été aménagé en 2006 sans être appliqué depuis, mais le projet est de transférer la décision des présidents de conseils généraux aux préfets, ce qui rendrait cette fois le procédé applicable dans les faits. La presse a déjà souligné l’unanimité des acteurs pour juger ce procédé inadapté (Cnaf, représentants de parents, d’enseignants, de chefs d’établissements et même d’inspecteurs d’académie). Aux critiques virulentes, mais attendues, de l’opposition s’ajoutent celles de la majorité évoquant par exemple "l’ajout de misère à la misère" pointé par Luc Ferry, ancien ministre de l’éducation nationale.

 


Si l’on peut éventuellement défendre cette mesure pour les lycées d’enseignement général et technologique avec l’idée de mettre un terme à des abus, on ne peut que s’en inquiéter pour les collèges et les lycées professionnels, notamment pour ces fameux 10% d’établissements qui concentrent 50% des faits de violence scolaire, et vraisemblablement une proportion encore supérieure de l’absentéisme total (deux tiers des absentéistes le sont dans les collèges et les LEP). Dans ces établissements, il y a un aspect autrement plus inquiétant, très bien connu des personnels et sur lequel règne inexplicablement un silence total : le profil des absentéistes. Pour une immense majorité d’entre eux, ce sont des élèves de plus de 14 ans parfaitement conscients de ne pas être en mesure de suivre des cours en classe et de ne pouvoir en retirer le moindre bénéfice. Ce ne sont donc pas des enfants que des parents négligents n’enverraient pas en classe, mais de grands adolescents qui ont décidé de ne plus y aller et sur lesquels les familles n’ont pour la plupart aucune influence.

Dans la réalité, dont on peut s’inquiéter qu’elle n’intéresse visiblement pas les décideurs, tous les enseignants de ces fameux 10% d’établissements se répètent entre eux tous les jours : "Pourvu que tel et tel élève ne viennent pas, ainsi on pourra peut-être faire cours". Il ne s’agit pas de protéger les enseignants, mais plutôt les vingt et quelques élèves de chacune de ces classes qui redoutent de voir certains revenir dans leur communauté.
Plutôt que de se réjouir que la mesure soit très majoritairement appréciée par l’opinion publique (1), il serait bon que les pouvoirs publics soient avertis d’une part qu’un tel projet risque fort de provoquer une augmentation notable des violences familiales, et d’autre part que toute politique coercitive visant à faire revenir de force les absentéistes dans leur école mènera directement à une flambée de la violence scolaire dont il est probable que les proportions mettront à mal la continuité du service public dans certains quartiers.
L’absentéisme lourd ne remet pas en cause les familles mais l’école elle-même. Ce phénomène ne fait pas émerger une hypothétique "démission des parents", mais l’incompatibilité des structures et des programmes de l’enseignement obligatoire avec les réalités de notre société que le pouvoir semble avoir du mal à accepter.


(1) Sondage IPSOS : 65% des français favorables.
Paru dans Le Figaro, 29 avril 2010
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C’était en 1986. Philippe Séguin devient ministre des Affaires sociales du gouvernement Chirac. Le programme de la droite revenue au pouvoir ne lui plaît guère. Il n’a pas trop envie de supprimer l’autorisation administrative de licenciement et de remettre en cause des pans entiers du code du travail. La droite revancharde le presse de renvoyer sa directrice des affaires sociales, nommée par la gauche, une inconnue nommée Martine Aubry. Philippe Séguin refuse. Tout comme il résiste aux injonctions de Marie-Hélène Bérard, alors conseillère aux affaires sociales de Matignon. Une guerre de deux ans commence. Mais c’est la première incursion de Martine Aubry dans la chronique politique. Elle ne la quittera plus. Pourtant, elle assure alors ne pas vouloir y aller. La politique ne l’intéresse pas. En tout cas, à l’époque, c’est ce qu’elle prétend. La politique, c’est son père, Jacques Delors, surnommé "M. Démission", pour sa propension épidermique à menacer de quitter son ministère des Finances depuis 1981. Son père devenu entre-temps président de la Commission européenne, et qui a forgé l’Acte unique européen. Son père qui entretient lui-même des relations complexes avec la chose politique, ce qui fera dire au sarcastique François Mitterrand: "Delors veut bien être président de la République, mais voudrait y être nommé."

Martine Aubry sera la ministre du Travail qui annoncera, en 1993, le franchissement du cap des trois millions de chômeurs. Pourtant, elle quitte alors le pouvoir couverte de louanges et pleine d’espoirs.
On a peine à s’en souvenir, mais la future "dame des trente-cinq heures" est alors "Martine, l’amie des patrons". Dont certains financent la Face, sa Fondation Agir contre l’exclusion, entre social et politique. Elle plaît à un patronat de tradition catholique, qui a ses origines dans le Nord. Pas étonnant que le maire de Lille, Pierre Mauroy, décide d’en faire sa dauphine. Elle incarne alors cette gauche gestionnaire toute fière de sa "culture de gouvernement" fraîchement acquise. Elle ne comprend pas alors très bien la coupure durable avec les classes populaires.
Martine Aubry est une technocrate, une moderne des années 1970. La tradition catholique sociale à la Marc Sangnier rejoint le syndicalisme CFDT à la Edmond Maire. Elle ne changera plus jusqu’à aujourd’hui. Cette tradition éclaire sa décision d’autoriser, en tant que maire de Lille, des horaires séparés pour les femmes musulmanes dans les piscines. Martine Aubry est très représentative de cette gauche catholique passée au PS lors des assises du socialisme en 1974 (avec Rocard et Delors), qui a toujours rattaché la laïcité aux pratiques terroristes de Robespierre et qui, surtout, est imprégnée d’un sentiment de culpabilité coloniale. Un catholicisme sans le dogme, qui ne veut pas voir que, au-delà d’une religion, l’islam est une culture dont le Coran est un code civil, toujours prompt à l’affrontement avec le Code civil napoléonien.
Elle ne comprend pas non plus que son modèle de relations sociales apaisées, à l’allemande - où la négociation permanente a remplacé la grève, où le compromis a remplacé la lutte des classes -, a été saccagé par la mondialisation. Cette social-démocratie germanique qui fait fantasmer nos élites technocratiques françaises, de droite comme de gauche, nécessite des syndicats puissants qui tiennent la dragée haute au patronat. Or, quand un patronat mondialisé met en concurrence les ouvriers de Sochaux ou de Stuttgart avec ceux de Pékin, de New Delhi ou d’Istanbul, le déséquilibre des forces devient cruel.

C’est le sens caché de la controverse autour des trente-cinq heures. Une idée de Dominique Strauss-Kahn combattue initialement par Martine Aubry ("l’amie des patrons"). Et mise en place par le ministre des Affaires sociales du gouvernement Jospin. La gauche les présente comme un progrès social. Les grands patrons y voient le moyen de compenser des augmentations de salaires interdites par la concurrence internationale. De toutes les manières, ils ne créent plus d’usines en France. Les petites entreprises prennent l’eau. Les ouvriers perdent leurs heures supplémentaires; ils le feront payer au candidat Jospin en 2002. Les salariés des petites entreprises ne verront jamais la couleur des trente-cinq heures qui ravissent les cadres qui ont les moyens de prendre de longues RTT à Rome. On ne saura jamais l’impact réel sur l’emploi. Mais on est sûr que les finances publiques subissent le contrecoup des subventions colossales versées aux entreprises pour compenser le coût du passage aux trente-cinq heures Ce qui tombe mal alors même que l’Acte unique européen (mis en œuvre par son père Jacques Delors!) et le traité de Maastricht ont instauré dans l’Union européenne une vaste zone de libre-échange, la plus ouverte du monde, et que Bruxelles mène au pas de charge la privatisation des services publics et la concurrence fiscale entre Etats. Les trente-cinq heures n’auraient pas été aberrantes dans un ensemble européen protégé; elles devenaient un boulet dans l’univers néolibéral imposé par Bruxelles. C’est le paradoxe amusant de toute cette affaire : l’Europe du père a plombé la grande réforme de la fille.
Martine Aubry a eu du mal à s’en remettre. Battue aux législatives à Lille, elle conservait néanmoins son fauteuil de maire. On la croyait perdue pour la politique nationale. Pendant ce temps-là, Ségolène Royal - qu’elle déteste et méprise -  montait au firmament socialiste avec des qualités inverses des siennes: féminité ostentatoire, sensibilité, intuition, lyrisme incantatoire, même si sur le fond, c’est toujours le même socialisme chrétien – la fameuse "deuxième gauche" – qui inspire les deux femmes

Le retour de Martine Aubry est le fruit d’une manoeuvre d’appareil conduite habilement par Jean-Christophe Cambadélis, rejoint par le fabiusien Bartolone, pour arrêter l’offensive de Ségolène Royal sur la Rue de Solferino. Opération qui réussit de justesse lors du congrès de Reims en 2009, non sans coups bas et coups tordus, urnes bourrées et listes électorales trafiquées. De part et d’autre. Au début, Martine Aubry était une première secrétaire d’attente. Dans le monde idéal de Cambadélis, elle devait gentiment céder la place lorsque Dominique Strauss-Kahn reviendrait de Washington à la veille de la présidentielle de 2012. La raclée du PS aux européennes de 2009 faillit emporter Martine Aubry plus tôt que prévu. Mais les combinaisons tactiques souffrent toujours du contact avec la réalité.
Très habilement, Martine Aubry s’émancipa peu à peu de ses mentors en faisant campagne auprès des médias. Par un hasard heureux, elle multiplia les interventions qui ravirent la plupart des journalistes : mariage des homosexuels, régularisation des sans-papiers, droit de vote des étrangers. Et pour la touche de sérieux gestionnaire, le recul de la retraite à soixante-deux ans. La rencontre entre la techno moderne des années 1970 et le politiquement correct des bobos parisiens, et des médias, était parfaite. Les journaux s’emplirent d’odes à Martine. Les sondages suivirent. Les partisans de Ségolène Royal avaient utilisé la même méthode avant la primaire de 2006. Alors, les militants socialistes qui choisissent de plus en plus leur candidat à la présidentielle comme on joue aux chevaux de course, avaient plébiscité Ségolène. Dominique Strauss-Kahn a bien vu le danger et fait des apparitions à Paris très médiatisées. Ségolène n’a pas renoncé. Hollande soigne son profil élyséen.

Reste à savoir si le peuple - ouvriers, employés, classe moyenne, tous ceux qui ont abandonné Jospin en 2002 et voté "non" au référendum européen de 2005 -, qui n’a pardonné aux socialistes ni leur soumission passée à l’ordre libéral mondial ni leur mépris pour ses craintes et ses besoins de sécurité, sera prêt à suivre une femme qui incarne presque parfaitement tout ce qu’il reproche à la gauche depuis vingt ans

Paru dans Le Spectacle du Monde, mars 2010
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C'est ce que disait Clemenceau après la guerre de 14-18. C'est ce que pense Sarkozy. L'Allemagne n'a pas plus l'intention de payer aujourd'hui qu'hier. Comme dans les années 20. L'Allemagne hésite encore. A le choix entre deux mauvaises solutions. Sauver la zone euro ou la laisser exploser. Quand les Français avaient ressorti cette vieille idée de monnaie européenne, après la chute du mur de Berlin c'était pour "enlever à l'Allemagne sa bombe atomique" (Mitterrand). Habilement, les Allemands l'ont transformée en un euro-mark. Avec les avantages – pétrole à bas prix, inflation jugulée – sans les inconvénients : les industriels français et italiens ne peuvent plus dévaluer leur monnaie pour résister au rouleau compresseur made in Germany. Pour rendre encore plus attrayante la déjà remarquable machine industrielle germanique, le chancelier Schröder a conduit une stratégie de désinflation compétitive : salaires plafonnés, charges sociales réduites, hausse de la TVA. Pendant ce temps-là, les cigales méditerranéennes, enivrés par cette monnaie forte inaccoutumée, incapables de s'imposer le corset déflationniste de la fourmi du Nord, ont acheté de belles voitures allemandes. L'essentiel des énormes excédents commerciaux allemands est réalisé en Europe. Les vacances sont finies. Les Allemands sont prêts à virer les élèves grecs (et puis espagnols, portugais, etc.) de l'école s'ils ne font pas leurs devoirs. Mais les mauvais élèves sont aussi leurs meilleurs clients. La fin de l'euro rendrait le mark encore plus fort. Redonnerait de la compétitivité aux concurrents français et italiens moribonds. Depuis que Christine Lagarde leur a reproché de ne pas assez consommer, les Allemands savent que les Français ne sont pas dupes ; mais qu'ils sacrifient leur industrie au nom de leurs illusions européennes. Si romantiques, ces Français !

Paru dans Le Figaro Magazine, 30 avril 2010  

 

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La Belgique vient de voter à la quasi-unanimité l’interdiction du port de la burka, du voile intégral, couvrant le corps et le visage de la femme qui la porte, comme d’un linceul, et cela dans tout l’espace public belge. Autant dire que le Royaume constitutionnel de Belgique, pourtant au bord de la sécession et sans gouvernement stable, n'y est allé ni de main morte ni par quatre chemins. Ses responsables actuels ont décidé où se trouvait la défense d’un état démocratique en démontrant que cette défense là ne s’accommodait d’aucune demi-mesure, d’aucune équivoque. Le Parlement français va devoir bientôt se confronter à la même question qui affecte, au delà de ses motivations circonstancielles, la préservation de la nature même de la Vème république en précisant quels sont moyens les plus ajustés pour ne pas y faillir. A cet effet, le gouvernement Fillon, soutenu sinon aiguillé par la quasi totalité de l’UMP, prépare un projet de loi qu’il souhaite lui aussi sans ambiguïté, ne diffusant aucun message brouillé dont la mouvance hyper-islamiste saurait rapidement faire bon usage, comme le lui enseigne depuis des années un Tarik Ramadan. Cependant, l’ayant sollicité comme il se doit, le gouvernement doit également tenir compte d’un avis plutôt réservé du Conseil d’Etat. La haute assemblée se montre, elle aussi, soucieuse de la préservation des libertés publiques et, de ce fait, sur le fondement du droit existant , n’a pas cru devoir entièrement valider le mobile avancé par l’Exécutif : la protection de la dignité humaine. Outre que le projet de loi impliquait, à son sens, une interdiction par trop générale, un tel mobile ne correspondrait pas à l’acception dans la jurisprudence de l’éminente instance juridictionnelle de la notion de dignité. Un mobile tiré de la préservation de l’ordre public eût sans doute été plus pertinent. Est-ce sûr ? En droit français, la défense de l’ordre public doit aussi s’assujettir à des principes de limitation dans l’espace et dans le temps, s’agirait-il de l’article 16.
La controverse est donc importante et il apparaît utile d’y contribuer autant que possible sans préjugés, sans œillères, mais sans naïveté non plus.

Ce que le port de la burka signifie
Dans le monde actuel, tout fait signe. Plotin l’avait déjà affirmé pour son temps. Contrairement à un discours "sociologisant" le port de la burka ne saurait être relativisé au titre des coutumes ancestrales de ses adeptes. Contrairement au discours complémentaire "juridistique" il ne saurait traduire non plus la liberté individuelle de se vêtir comme on l’entend. Le port de la burka est un marqueur politique. Il exprime la vision d’un ordre social spécifique et promeut celle d’un Etat où l’intraitable et non discutable Shariâ se substituerait à la Constitution. Discerner ce caractère-là conduit les juristes attachés à la défense des libertés publiques à une redéfinition de l’aire juridique proprement dite. Celle-ci ne peut se limiter à  la seule jurisprudence d’un Conseil d’Etat qui se confinerait à "un arrêt sur arrêt" comme l’on parle d’"arrêt sur image" et qui n’honorerait plus la définition de la jurisprudence comme création continue. Car, tant qu’à filer la métaphore, il n’est pas impossible que le film en cause, avec des protagonistes bâchées de noir, ne fût pas une bluette.

Cependant, les adeptes du voile intégral justifient leur pratique par deux considérations, l’une qu’ils prétendent inhérente au message coranique, l’autre qui procède d’une critique de la société contemporaine. Selon leurs conceptions du monde et leur lecture du Coran, le corps de la femme, objet de regards concupiscents, rencontrant une certaine propension de la nature féminine à leur complaire, doit tout simplement être dérobé à un pareil champ de vicieuse vision. Puisque la pudeur n’est pas chose instinctive, on la dirigera. Il va de soi que l’ homme, lui, à commencer par l’époux de la femme voilée, n’est, en ce qui le concerne, sujet à aucune concupiscence de cet ordre, que son regard est pur, que son cœur est chaste, que ses pensées sont perpétuellement dirigées vers le Très haut. Cette posture se conforte d’une critique de la condition féminine actuelle dont la dignité est ostensiblement bafouée par les publicités exhibant des corps dénudés, par l’exploitation des films et DVD pornographiques, par la prostitution internationale, pour ne pas parler de la pédophilie. Ce discours "puritaniste" n’est pas sans portée sauf qu’il déroge au principe capital selon lequel ce n’est pas parce qu’autrui est dans son tort que j’ai raison. Nombre d’associations non islamistes militent déjà contre un tel avilissement et contre son exploitation publicitaire et elles s’opposent au port de la burka. La solution des problèmes posés par la société pornographique ne se trouve nullement dans la mise sous séquestre du corps féminin et dans le masquage du visage des femmes.

Le port de la burka est bien le signe politique, l’on dira l’uniforme officiel d’une mouvance (le Tabligh, mais pas seulement) qui ne vise à rien d’autre qu’à convertir la société où elle agit à ses préconceptions de l’être humain et du message divin. Pour trancher dans le vif : cette mouvance-là entreprend rien de moins que la conquête du pouvoir partout où elle s’implante. Dans ce but, tous les moyens sont bons : le prêche, verbal et d’exemple, la présence "visible" dans l’espace public, l’investissement des groupes en déshérence, le retournement des principes et des moyens de la démocratie contre celle-ci, l’exploitation de ses difficultés en temps de crise. L’on ne saurait s’y tromper : c’est bien le régime démocratique qui est menacé dans son essence. En nombre de prêches dont les thèmes "chauds" se discernent parfois sous des formes plus conviviales dans des cercles intellectuels ou de "dialogue", est inculquée l’idée selon laquelle c’est l’Occident qui s’avère liberticide lorsqu’il prétend imposer le modèle démocratique au monde entier, y compris par la force comme il le fait et continue de le faire en Irak, en Afghanistan et ailleurs. Par suite, l’islamisme devient une forme légitime de résistance à l’oppresseur, qualifié en général d’"américano-sioniste" ou de "croisé". La volonté forcenée d’imposer ce modèle ne serait qu’une entreprise de reconquête par l’Occident des territoires et des peuples arabo-musulmans redevenus indépendants contre sa volonté, et cela de l’Espagne à l’Afghanistan. La conquête militaire arabe de ces mêmes territoires au cours de l’expansion de l’Islam est scotomisée. Il va de soi que cette rhétorique n’est pas partagée par tous les musulmans, y compris en France. Néanmoins cette mouvance-là se fait fort de les ramener à une vue de l’Islam plus conforme aux fondamentaux présumés du Prophète. Tel apparaît l’un des enjeux décisifs d’une législation claire en ce domaine : ne pas laisser les citoyens français de confession musulmane, et plus largement les musulmans de France - surtout lorsqu’à l’instar de l’iman Shalgoumi de Drancy ils font l’objet de menaces constantes - douter de la détermination des Pouvoirs publics, honorant ainsi leur dénomination, à ne pas laisser une pareille entreprise se développer - le terme de "contagion" serait malvenu - par les moyens même de l’open society. Car l’on n’aura pas manqué d’observer à propos de l’autre imam, d’origine algérienne, ayant acquis la nationalité française par mariage et accusé de polygamie, que chacune de ses quatre "épouses" - toutes voilées de la tête au pieds - percevait l’allocation de femme seule, ce qui lui permettait de propager démographiquement l’hyper-islamisme et de contribuer par là même à miner la démocratie "impie" mais, si l’on peut dire, aux frais de celle-ci. C’est pourquoi le débat sur la burka doit quitter le domaine ambigu de l’identité où il se fourvoie parfois pour retrouver celui de la citoyenneté qui est bien celui des libertés individuelle et collective et celui du droit public, administratif et constitutionnel.

Identité et citoyenneté
L’idée d’identité est moins claire et plus difficile à manier qu’il ne le semble. Elle ouvre à des débats sans fin en philosophie, en épistémologie, en anthropologie, en psychanalyse. Si "avoir" une identité c’est finalement être identique, la question surgit : identique à quoi, à qui, où, quand ? Levinas a écrit quelque part que s’interroger sur son identité c’est déjà l’avoir perdue. La citoyenneté est un terrain plus stable. Il suffit de se reporter aux articles 1 et 2 de notre constitution. S’y trouve défini et configuré l’ensemble des critères qui qualifient expressément le régime politique de la France et qui permettent, si nécessaire, d’en rappeler les clauses à quiconque, individu, groupe, association, parti politique, qui imaginerait les tenir pour peu ou pour rien. Dès lors il appartient à la Loi, au sens parlementaire, de conférer leur effectivité à ces clauses-là dans les circonstances et les conditions de temps et de lieu que les Constituants de 1958 ne pouvaient évidemment prévoir.

Au regard de notre Constitution, laquelle ne se limite pas à prôner un "vivre ensemble" qui devrait aller de soi, la France est une République démocratique, laïque, sociale et décentralisée. Pour mettre en cause cette critériologie il faudrait procéder soit à une révision de la Constitution - et encore, en la matière il n’est pas sûr que cette révision serait conforme à la Constitution proprement dite - soit … à un coup d’ Etat. Conformément à cette disposition générique, les Pouvoirs Publics, au sens large, ne sauraient laisser prospérer des entreprises visant à transformer le régime politique de la France par exemple en théocratie - quelle que puisse être la théologie de référence, ou en société de castes ou raciale, déniant le principe d’égalité, ni non plus en société de pénurie. C’est précisément à ce "cahier des charges" que les adeptes de la burka n’adhèrent pas. Ils se proposent au contraire d’établir sur toute parcelle de terre où ils se trouvent, du seul fait qu’ils s’y trouvent, un régime théocratique régi par les principes de la Shariâ telle qu’ils l’entendent. Dans un régime de ce type il va de soi que le principe d’égalité, entre autres (mais songeons également à celui de neutralité), n’a pas sa place non seulement en raison du sort et de la condition juridique qui serait celle des non-musulmans mais aussi à cause du sort qui y serait réservé aux femmes car, à quitter même pour un très bref instant le domaine du droit pour celui de l’anthropologie, et en poussant la raisonnement jusqu’aux confins de l’absurde, dés lors qu’en matière matrimoniale le principe de la monogamie serait abrogé l’on ne voit pas pourquoi il serait permis à un hyper-musulman d’épouser plusieurs femmes et interdit à une hyper-musulmane d’avoir plusieurs époux. Selon le Code civil les conventions légalement formées forment la "loi" entre les parties. Néanmoins la Loi elle-même, au sens constitutionnel, ne résulte pas de conventions particulières traitées de gré à gré.

Si l’article 1 de notre constitution détermine les critères du modèle démocratique français, l’article 2 en détermine les modalités symboliques, avec les formes non pas d’identification - on s’en est expliqué - mais d’appartenance à quoi il engage les citoyens et les citoyennes. A ces modalités l’on ne saurait rien ajouter mais l’on ne doit rien retrancher non plus, à savoir : que les couleurs nationales, celles qui figurent sur les armoiries et les emblèmes de la France, sont le bleu, le blanc et le rouge en tant qu’elles attestent de la généalogie politique de la Nation ; que l’hymne national est la Marseillaise, ce qui n’exclut pas dans tout autre espace territorial aucun hymne local ou traditionnel mais ce qui interdit  par exemple de la siffler ; que la langue nationale, celle qui a cours dans l’espace commun et dans les service publics est la langue française, langue de l’unité nationale - et l’on relèvera au passage que ces trois modalités concernent étonnamment le sens de la vue, de l’ouie et de la parole ; enfin que la devise de la République est bien : Liberté, Egalité, Fraternité, ce qui commande une forme de régime républicain, démocratique et laïc, à laquelle l’on ne peut déroger : gouvernement du peuple, par le peuple, pour le peuple.

Le rappel de ces deux articles que l’on est vraiment fondé à qualifier de fondamentaux détermine en cas de besoin la marche à suivre du législateur dont la mission ne consiste pas à s’excepter du droit existant mais également à ne pas le considérer comme une réalité figée. Si la question portant sur les rapports entre la Loi et le Droit est classique et récurrente en Théorie juridique, il va de soi que ces deux termes, dans l’exercice de nos responsabilités civiques, ne doivent pas s’annuler l’un par l’autre. En ce sens une interdiction de caractère général, délibérée et votée conformément à notre droit public, comme on l’a fait parfois en matière de santé publique, n’est en rien attentatoire à la liberté dès lors qu’elle vise à préserver rien de moins que la forme du régime instauré par la Vème république, et cela sous contrôle juridictionnel. Une République cinquantenaire dont les fondateurs, au demeurant, n’ont jamais prétendu qu’elle était née d’elle même puisque son Préambule intègre celui de la Constitution de 1946 qui accorde une place essentielle à la dignité humaine - et pour cause - et la Déclaration des droits de l’Homme et du Citoyen, droits de l’Homme et droits de la Femme, si l’on entend bien ne pas jouer sur les mots.

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Les propriétaires des maisons dévastées par les flots en Vendée exigent que l’État les indemnise sans délai
Pour un peu, ils lui reprocheraient de n’avoir pu arraisonner les vagues.
Cependant, ils le vouent aux gémonies s’il leur interdit de reconstruire sur place et, souvent, les élus locaux relayent leurs récriminations. Quitte à protester hautement si on leur impute la responsabilité de constructions dans les zones à risques qu’il était de leur devoir de refuser. Bien pire que la rationalité glaciale des technos, le pouvoir dit "de proximité" est un puits sans fond de démagogie et d’inconséquence.
Ravis de dénoncer les affaires de pédophilie au sein du clergé catholique, certains médias sont embarrassés quand Govou, Ribéry et Benzema sont suspectés d’avoir assouvi leur libido avec une mineure moyennant rétribution. Et pour cause : à longueur d’année et avec une débauche de superlatifs, ils concélèbrent un polythéisme semblable à celui de l’empire romain en propageant le culte des stars du foot. Mais ce paganisme a du mal à tenir la route : ses divinités ne sont que des gosses capricieux, immatures, milliardaires certes, mais esclaves d’un système qui les manipule comme des pantins. Les dieux gréco-romains faisaient peur, ou faisaient rire ; nos tripoteurs de ballon rond, gorgés de bagnoles de luxe et camés aux jeux vidéo, ne sauraient rémunérer que des fantasmes primaires, entretenus par un mercantilisme grossier, pour ne pas dire vulgaire.
Les hooligans qui se défoncent à coups de batte, les Bleus qui s’éclatent dans des night-clubs louches sont les symptômes mineurs d’une dérive de l’Occident vers une barbarie peu conciliable avec ses valeurs fondatrices. Y compris celles des inventeurs du sport - la gentry victorienne, le baron de Coubertin. Jusqu’à quel niveau de délabrement psychique ce culte insane va-t-il prospérer ? Jusqu’à quand le "supporter", ayant supplanté le patriote, se laissera-t-il intoxiquer par des teléprédicateurs irresponsables ? Supporter d’un club, d’un joueur ou d’un cycliste, je le fus comme tant d’autres ; il y avait sur les murs de ma chambre d’enfant des posters de Kopa, de Boniface et d’Anquetil. Mais nos panthéons étaient anodins, ils régalaient nos imaginaires sans nous enrôler dans une gigue pulsionnelle. La presse, fût-elle spécialisée, racontait d’innocentes historiettes de champions, elle ne parlait jamais de leur fric. Son lyrisme invitait au rêve, pas à l’hystérie.

La métamorphose est récente ; elle coïncide avec l’essor de la presse people, de la telé-réalité et, curieusement, avec le discrédit qui affecte toutes les élites, notamment les politiques. Comme si on refilait aux masses des jeux du cirque pour conjurer les risques d’une sédition. Le moment viendra où l’overdose saturera des enthousiasmes collectifs somme toute artificiels.
Déjà, à trois mois d’un Mondial prémédiatisé jusqu’au délire, on sent poindre chez les plus crédules une sorte de nausée. Le Français, si cocardier pourtant, n’aime plus beaucoup les Bleus. Il tournera sa veste s’ils gagnent des matchs, mais il semble bien qu’un charme soit rompu, et les frasques sexuelles de nos dribbleurs cousus d’or militent pour une aggravation du désamour. Au fond, tant mieux : en prenant enfin de bons joueurs de foot pour ce qu’ils sont - des gamins pitoyables -, le peuple des travées renouera peut-être avec l’esprit de mesure. À terme, on s’apercevra que le paganisme prôné par Onfray et quelques autres est une voie sans issue et on cessera de vénérer des icônes de pacotille.

Avec un rien d’optimisme, on peut même espérer que le sport, libéré des charlatans et des négociants, redeviendra ce qu’il fut pendant un siècle et demi : l’école des plus hautes vertus. Avec davantage d’optimisme, on peut de plus imaginer que ces vertus finiront par imprégner l’espace public. Alors, nos élites cesseraient de se grimer en people aux ordres des thaumaturges du star system, elles inspireraient du respect en désertant les estrades médiatiques où elles se déconsidèrent. Pour l’heure, elles se comportent comme les dieux fantoches, éphémères et insipides du foot, avec le risque d’être emportées dans leur faillite.

Paru dans Valeurs actuelles, 29 avril 2010

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Si je devais retenir une phrase de cette semaine de vacances, ce serait celle de Brice Hortefeux, ministre de l'Intérieur, à propos de l'affaire de Nantes : "J'ai décidé de ne rien céder au politiquement correct". Bien sûr, j'aurais préféré l'entendre dire: " J'ai décidé de ne PLUS rien céder (...)", tant cette idéologie (qui récuse les conflits et protège les seules minorités) reste présente dans les discours et les actes politiques. Le gouvernement, qui a deux ans pour tenter de se réconcilier avec la droite, devra aller plus loin s'il veut enfin s'émanciper de cette ridicule pensée unique qui empêche de désigner les problèmes dérangeants. J'observe d'ailleurs que le PS a pris cette semaine - mais est-ce une surprise ? - une direction opposée, en présentant un programme construit sur "la société du bien être et du soin" : encore une berceuse, donc. Elle s'annonce inopérante dans la gestion des grands défis (faillite de l'Etat-providence, échec de la société multiculturelle). La cheftaine que devient de plus en plus Martine Aubry lui donne certes un côté sympathique, mais dramatiquement à côté de la plaque.

S'affranchir vraiment du politiquement correct permettrait notamment de mieux comprendre la crise financière qui secoue l'Union européenne avec les déclassements, par des agences de notation, de la Grèce et du Portugal, en attendant sans doute l'Espagne, l'Italie, l'Irlande. En effet, ni les banquiers, ni les spéculateurs ne sont à l'origine de ces effondrements économiques, comme le soutient pourtant le discours certifié conforme. La responsabilité de ces faillites en revient aux endettements publics nés de politiques interventionnistes trop dépensières. La France, qui se dit à l'abri d'éventuels défauts de paiement, a tout de même une dette colossale de 1 500 milliards d'euros. Or il n'est pas besoin d'être économiste ou expert pour comprendre que ces systèmes fictifs, reposant sur de l'argent inexistant, ne peuvent durer très longtemps. Se dirige-t-on vers un éclatement de la zone euro ? Le politiquement correct assure que c'est impossible. Raison de plus pour s'y préparer, tant les faits, ici comme ailleurs, sont têtus...

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Etant moi-même né à Nantes et y ayant habité plus de trente ans, j'avoue ne rien reconnaître de familier chez mon compatriote et pays, Lies Hebbadj. "Je ne passerais pas mes vacances avec lui", a répété deux fois Julien Dray, mardi matin sur Europe 1, avant de défendre néanmoins la prudence du PS sur cette affaire de polygamie comme sur la burqa. Pour ma part, je me sens même totalement étranger à ce Français, installé dans la cité des Ducs de Bretagne et du Muscadet avec ses femmes voilées (ses "maîtresses", assure-t-il) et vivant selon les règles sexistes et violentes de la charia. Hebbadj a beau avoir une carte d'identité nationale, il n'est pas intégré et ne cherche d'évidence pas à l'être. Il est l'illustration extrême de la fracture identitaire souvent décrite ici mais que les politiques et les médias ont du mal à admettre. Oui, il existe en France une contre-société islamisée qui, bien qu'elle soit encore très minoritaire, défie dès à présent la République et ses lois.
Je rappelle que si cette affaire locale a pris une envergure nationale, c'est parce que l'épouse de Hebbadj, verbalisée pour avoir conduit avec un niqab, a choisi vendredi de tenir une conférence de presse pour dénoncer la contravention : un activisme qui s'est retourné contre la plaignante et son mari. Les médias ont alors décrit la vie de cet homme, boucher de profession et habitant une coquette habitation jouxtant celles de ses autres femmes, avec qui il serait lié par des mariages religieux mais non civils. Une pratique courante, que j'évoquais dans La fracture identitaire (Fayard, 2007, page 120) : " De plus en plus de jeunes musulmans, désireux de réfuter les lois d'une République de kouffar (non-musulmans) s'affranchissent du mariage civil pour lui préférer l'illégalité du seul mariage religieux". Nombre d'imams se prêtent à cette pratique interdite, la loi subordonnant le mariage religieux au préalable du mariage civil.

Le politiquement correct, qui continue de réciter : "C''est l'accès à la nationalité, l'emploi et le logement qui intègrent", voit-il dans cet exemple les limites de sa litanie ? Hebbadj-le-Nantais gagne sa vie (y compris grâce aux allocations familiales de ses femmes) et habite un endroit décrit comme agréable, ce qui ne l'empêche pas de refuser le "vivre-ensemble", en affichant ostensiblement son désir de se démarquer du pays qui l'a accueilli. Il se comporte avec l'arrogance et le mépris d'un nouveau colonisateur, soucieux de préserver son isolat. Son cas, caricatural, n'est pas celui de la majorité des musulmans, évidemment. Mais ce devrait être à eux de se désolidariser de ces islamistes qui attisent les ruptures. Or, je n'entends que des plaintes qui estiment que le gouvernement cherche, à travers cette affaire, à "stigmatiser " l'islam. Je trouve que la courageuse Fadela Amara, qui se bat contre la burqa, la polygamie et le détournement des lois, est bien seule dans son juste combat de musulmane républicaine
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28 avril 2010

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Adossée à des fondamentaux politiques avérés. Magistro, une tribune critique de bon sens, raisonnée et libre, d'information civique et politique.

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