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Bouquet of Tulips : non merci, Jeff Koons !
 
La pensée unique fait bon ménage avec l’art officiel. L’Américain Jeff Koons fait partie de ces "artistes" devant lesquels l’Etat français et la Ville de Paris se croient obligés de dérouler le tapis rouge. Sans être passé par les préalables des appels d’offres ou des concours, l’ancien trader converti dans le business de l’art contemporain (il emploie 80 personnes) devrait voir son "Bouquet of Tulips" installé dans les jardins du Petit Palais, à deux pas des Champs-Elysées. La décision vient d’être confirmée par la Ville et par le ministère de la Culture. La production, qui mesure 12 mètres de haut et pèse 33 tonnes, reproduit une main portant des tulipes aux couleurs acidulées. Jeff Koons a fait don de son idée à la France (la construction étant à la charge de mécènes) en hommage aux attentats de novembre 2015 à Paris. L’homme d’affaires avait initialement demandé que son cadeau soit installé place de Tokyo, entre le Palais de Tokyo et le Musée d’art moderne de Paris : un lieu n’ayant aucun rapport avec les attentats ; mais un endroit idéal pour favoriser l’autopromotion du donateur.
Si ce souhait géographique a été retoqué par les autorités françaises, elles n’ont pas osé, pour autant, s’opposer au coup commercial. C’est parce que le XI ème arrondissement, lieu des massacres de novembre 2015, n’avait pas été jugé assez prestigieux par Koons et ses financiers que l’emplacement du Petit Palais a en définitive été proposé. Il reste à espérer que la Commission supérieure des sites et les défenseurs de la décence commune sauront faire entendre leurs oppositions à ce coup de force de l’art officiel, d’autant que le kitsch criard de ces tulipes géantes est totalement inadapté à la commémoration des attentats. En janvier, des artistes et des personnalités de la culture ont fait connaitre leurs critiques du cadeau de Koons. Ils ont notamment dénoncé un bouquet "grandiloquent, emblème d’un art industriel, spectaculaire et spéculatif". Ce vent de révolte contre l’emprise de l’art officiel est une bouffée d’air frais. Il est temps de déboulonner les idéologues, mais aussi les faux artistes mercantiles et leurs mystifications : Jeff Koons est de ceux-là.

Paru sur blog.lefigaro.fr, 15 octobre 2018
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Le GIEC
 
(Le Groupe d'experts intergouvernemental sur l'évolution du climat)
 
Ce qui est extraordinaire avec le dernier rapport catastrophiste du GIEC qui nous promet la fin du monde si nous ne faisons pas repentance et abjurons notre mode de vie, c’est l’unanimisme avec lequel quelques centaines d’experts autoproclamés l’endossent. Pourtant les prévisions du GIEC qu’il n’est pas bon de contester, reposent sur des modèles mathématiques dont la pertinence est loin d’être prouvée. Il n’empêche que les climatosceptiques qui doutent des causes anthropiques des évolutions climatiques sont mis au pilori, traités comme des moins que rien contestant l’évidence et pas éloignés du fascisme.
Les implications financières sont énormes si bien que le GIEC apparaît comme un lobby d’ "experts" stipendiés, de gourous et d’idiots utiles.
 
Entendons-nous bien il n’est pas question de contester qu’il puisse y avoir une évolution du climat, peut être un réchauffement, mais il y en a toujours eu et même de fort importantes sans que l’homme n’y soit pour rien. Mais faut-il pour autant compromettre notre économie pour une cause fort discutable.
Le climat dépend d’un vaste ensemble incluant les océans et notamment les courants marins, l’atmosphère et l’activité solaire. Cet ensemble présente des instabilités de très grandes constantes de temps entrainant les évolutions climatiques qui ont toujours existé.
 
La France produit un pour cent des émissions de CO2, principal "gaz à effet de serre" accusé du "réchauffement" supposé, tout ce que l’on entreprendra en France n’aura donc aucune influence à l’échelle de la planète, pas même l’épaisseur du trait.
Remarquons en passant qu’il ne faut pas confondre réchauffement de la planète et pollution en particulier urbaine : cette dernière n’est pas contestable et due aux émissions de toutes sortes, centrales thermiques en particulier au charbon, transport, chauffage… Mais il s’agit là de la basse altitude, l’air que nous respirons.
Pour ce qui est du CO2 la France est le meilleur élève grâce aux 58 réacteurs nucléaires qui depuis quelque 40 ans produisent fidèlement notre électricité. Ces réacteurs ne polluent en rien l’atmosphère à basse et haute altitude, contrairement à ce qui se passe chez les plus grands pollueurs qui brûlent du charbon, la Chine, l’Inde, les Etats Unis, la Pologne, l’Allemagne qui à la suite de l’abandon de l’énergie nucléaire n’arrive pas à diminuer sa consommation de charbon voire de tourbe.
Une loi sur la transition énergétique a décidé sans que ce soit justifié en quoi que ce soit, de ramener la part du nucléaire dans la production française d’électricité de 72% à 50% ce qui entrainerait la fermeture de quelques dizaines de réacteurs - dont en particulier ceux de Fessenheim - qui peuvent encore fonctionner de 10 à 20 ans selon leur âge.
 
La condamnation par les écologistes de l’énergie nucléaire repose strictement sur l’idéologie et non sur la raison. On assimile le nucléaire civil au militaire ou on surestime des risques qui ne sont pas nuls mais maitrisés. Remarquons que depuis les 40 ans que le nucléaire nous fournit notre électricité, jamais un incident ou un accident n’a mis en cause la sécurité d’une centrale. 40 ans c’est quand même un délai suffisant pour attribuer une certaine confiance à nos centrales nucléaires.
Bien sûr il y a eu Tchernobyl et Fukushima mais dans le premier cas il s’agissait d’une filière fort différente, les réacteurs étant instables dans certaines conditions, possédant une enceinte de moins. L’accident de Tchernobyl est du en particulier à des fautes d’exploitation qui n’auraient pas les mêmes conséquences sur les réacteurs français.
Quand à Fukushima, l’accident est dû à la non prise en compte pour des raisons d’économie d’un risque de tsunami connu.
Pour ce qui est du risque remarquons que les sources d’énergie ayant fait le plus de victimes sont le charbon et l’hydroélectricité. Le charbon au cours des deux derniers siècles a fait des milliers de victimes tant par les accidents miniers que par la silicose dont nombre de mineurs ont été atteints. Il arrive aux barrages de se rompre et d’entrainer des centaines de victimes, rappelons-nous Malpasset en France et il y a peu la rupture d’un barrage sur un affluent du Mékong au Laos.
 
On veut nous imposer le développement d’énergies dites renouvelables, notamment les éoliennes et les panneaux solaires qui, en plus de leur production intermittente, devront être largement importés de l’étranger, les panneaux solaires étant un quasi monopole chinois et les éoliennes venant notamment d’Allemagne. De plus l’électricité produite par ces méthodes, si on ne manipule pas les chiffres, est plus couteuse que celle provenant du nucléaire.
Pour ce qui est des éoliennes, il est assez piquant de voir les écologistes faire la promotion de dizaines de milliers d’engins qui ont à leur pied un bloc de béton de 1 500 tonnes appelé à rester là jusqu’à la fin des temps et défigurent les paysages qui font la beauté de notre pays sans parler d’autres nuisances.
 
Il est de bon ton d’évoquer la construction de deux réacteurs EPR l’un en Finlande l’autre à Flamanville dont la mise en service est sans cesse repoussée et dont pour cette raison les prix explosent. On parle beaucoup moins de l’EPR construit sans problème en Chine et qui va être mis en service. Nos difficultés viennent d’une perte de compétence industrielle due à l’interruption de toute construction de réacteurs en France depuis une vingtaine d’année. Relançons le nucléaire et nous retrouverons nos compétences dans ce domaine.
La France est le seul pays maitrisant l’ensemble de la filière, construction de réacteurs, fourniture d’éléments combustibles, retraitement des combustibles brûlés ; le Japon, la Grande Bretagne, La Chine, la Belgique et d’autres font appel à nos services. C’est là qu’il faut faire porter notre effort et non sur des filières où nous serons réduits au rôle d’installateurs. L’électricité est l’énergie de l’avenir si on veut renoncer aux produits pétroliers, regardons le développement rapide des véhicules électriques ; il va bien falloir les alimenter.
 
Pour ce qui est du pétrole et du gaz nous nous sommes interdits toute recherche et exploitation du gaz de schiste, toute prospection de nouveaux gisements de pétrole et de gaz sur notre territoire, c’est un non sens. S’en prendre à la production des produits pétroliers ne sert à rien et nous oblige à les acheter à l’étranger. Alors qu’il y a probablement des gisements au large de la Guyane et dans notre Zone économique exclusive du canal de Mozambique, nous préférons nous approvisionner auprès de la Russie ou de l’Arabie Saoudite voire du Kazakhstan. Notre dépense annuelle pour les achats de produits pétroliers s’élève à quelque 40 milliards d’euros, ce qui correspond aux deux tiers du déficit de notre balance commerciale. Remarquons que maintenant que les Etats Unis exploitent sur leur sol gaz et pétrole de schiste, ils sont devenus exportateurs.
 
La politique énergétique française doit être débarrassée de toute considération idéologique. Notre force est de disposer d’une production nucléaire d’électricité unique au monde et d’une compétence dans l’énergie nucléaire reconnue de tous. Nous avons perdu de l’expérience dans ce domaine faute de réalisation récente. Relançons le volontarisme des générations précédentes et reprenons notre effort, entamons le remplacement des réacteurs en fin de vie et maintenons notre activité dans le reste de la filière.
Pour ce qui est du pétrole c’est à la consommation qu’il faut s’en prendre et non à la production en recherchant les économies possibles sans pour autant perturber notre industrie.

Envoyé par l'auteur, 17 octobre 2018
Publié dans En France
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Koons, Banksy : concours de "creativity" en art contemporain
 
À une semaine de la FIAC (Foire internationale d’art contemporain), les événements sensationnels de l’art contemporain ont déjà cartonné dans les médias. Dans l’étroit domaine autorisé à la créativité de l’art contemporain allant entre critique – dérision – déconstruction, la concurrence est impitoyable.
Comparons les performances des derniers finalistes.
 
Banksy télécommande la destruction de son œuvre, à l’instant où s’abat le marteau du commissaire-priseur. Innovation absolue ! Performance qui déconstruit Sotheby’s, haut lieu du marché international. En quelques secondes, cette œuvre de "street art" devient "conceptuelle". En changeant de statut, elle a, dit-on, doublé son prix potentiel.
 
Koons a accepté, comme lieu à déconstruire symboliquement, un bosquet, entre Concorde et Petit Palais. Le célèbre Bouquet, errant depuis un an, a trouvé enfin son contexte. La nature complexe de l’œuvre demande quelques explications. Elle est tout à la fois :
– un monument aux morts du Bataclan ;
– un cadeau sous forme de concept diplomatiquement offert par l’ambassade des USA, laissant le financement de sa "production" et installation à la charge de collectionneurs avisés et du contribuable ;
– un monument polysémique.
Le Bouquet de tulipes, pour mériter l’essentiel label "d’art contemporain", se doit d’être une œuvre "polysémique", ce qu’elle est : c’est indubitablement une offrande florale liée aux rites funéraires ayant ici pour but de déplorer la tragédie du Bataclan. Elle est aussi l’exact agrandissement et superposition de deux "sextoys", l’un empoignant l’autre : le "fist fuck", sorte de poing tendu et fermé, et le fouet sadomasochiste, type LGBT, aux couleurs arc-en-ciel et aux extrémités en forme de boutons de tulipe… objets usuels accessibles sur Internet pour des sommes modiques.
Ainsi, nous avons là une œuvre complexe qui déconstruit à la fois l’idée, sans doute archaïque, que nous nous faisons du monument aux morts, mais aussi du cadeau diplomatique.
Sous l’œil bienveillant de l’ambassade des États-Unis, il nargue le viril obélisque de la Concorde, glisse une pointe de dérision dans le contexte régalien environnant : l’Assemblée nationale, le Quai d’Orsay, se faufile aux abords prestigieux du Grand et du Petit Palais et fait coucou au locataire de l’Élysée.
 
Qui a gagné, d’après vous : Banksy ou Koons ?
On pense aux brillants jeux conceptuels de nos philosophes cyniques de la Grèce antique… Ils nous ont appris que critique, ironie et paradoxe sont utiles à la réflexion. Mais tout dépend de qui provoque ! Notre cher Diogène vivait nu… et son insolente pauvreté assurait à la fois liberté et légitimité à son impertinence.
Banksy "street artiste" nargue les artistes conceptuels qui s’estiment d’un rang supérieur, mais ceux-ci en font un des leurs. La rue, qui se veut libre, lui pardonnera-t-elle ?
Koons n’a convaincu personne de sa philanthropie, il ne sort pas indemne de son aventure parisienne. Le public connaît la fonction de ce produit d’appel extrêmement visible, moteur d’une industrie de bouquets sériels tous formats, tous matériaux, tous usages, tous supports.
 
On pourrait aussi se demander : qui a perdu ?
L’heure serait-elle venue du "geste artistique" sensationnel de trop ? Celui qui fera basculer le prestigieux "art contemporain du très haut marché" dans la catégorie de farce financière de haute rentabilité, avant le krach ? À suivre…

Paru sur www.bvoltaire.fr, 15 octobre 2018
Publié dans Du côté des élites
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Face à Kim Jong-un, le courage du président sud-coréen
 
CHRONIQUE - Moon Jae-in, qui a entamé une visite de huit jours en Europe, a eu le génie de saisir la main tendue par le dictateur nord-coréen Kim Jong-un.
 
C'est par la France, membre permanent du Conseil de sécurité de l'ONU, que le président sud-coréen a entamé, le 13 octobre 2018, une visite de huit jours en Europe, destinée à expliquer sa stratégie de détente et de réconciliation envers la Corée du Nord. Il était important pour Moon Jae-in de parler en tête-à-tête avec Emmanuel Macron, qui jusque-là s'était montré plutôt sceptique quant aux chances de succès d'une telle démarche. Le président français avait même rappelé au Conseil de sécurité, lors de son passage en septembre à New York, son devoir de rigueur dans l'application des sanctions à l'encontre de la Corée du Nord. Ces sanctions avaient pour but d'amener le régime stalinien de Pyongyang à renoncer à son programme militaire balistique nucléaire, lequel menaçait non seulement ses voisins sud-coréen et japonais, alliés des États-Unis, mais aussi le territoire américain lui-même.

Après l'arrivée de Donald Trump à la Maison-Blanche et de nouveaux essais militaires nord-coréens, nucléaires comme balistiques, des insultes avaient été échangées, via des tweets ou des communiqués officiels, entre le vieux président américain conservateur et le jeune leader nord-coréen communiste. En septembre 2017, à la tribune de l'Assemblée générale des Nations unies, le premier avait même menacé le second de pulvériser son pays au moindre geste hostile envers les intérêts américains en Asie. En raison de la poursuite de ses essais nucléaires,le Conseil de sécurité avait alors décidé de renforcer considérablement les sanctions commerciales contre la Corée du Nord. Le 27 novembre 2017, Pyongyang procédait à des tirs de missiles balistiques à longue portée et annonçait que ses missiles pouvaient désormais atteindre n'importe quel point du territoire américain. L'US Navy envoyait une armada au large de la péninsule. Depuis la crise des missiles de Cuba de 1962, on n'avait jamais eu aussi peur d'un déclenchement accidentel de conflit nucléaire.
Puis, enfoui dans un discours martial de Nouvel An, survint un petit geste d'apaisement de la part de Kim Jong-un. Le dictateur nord-coréen proposa d'envoyer une délégation de sportifs et d'artistes aux Jeux olympiques d'hiver de Pyeongchang, en Corée du Sud, commençant le 9 février 2018. Il se déclara en outre prêt à entamer un dialogue avec Séoul. Le génie du président Moon est d'avoir su parfaitement saisir cette main tendue.

Cet avocat issu d'une famille modeste ayant fui le Nord communiste peu avant la guerre (1950-1953), élu à la magistrature suprême en mai 2017, est un libéral et un catholique qui n'a jamais perdu l'espoir d'une réunification progressive de la péninsule. Praticien des droits de l'homme depuis ses années d'étudiant en droit, Moon Jae-in, âgé de 65 ans,a toujours été un fervent défenseur du dialogue intercoréen. Il sait que n'est pas tenable à long terme une situation de division de la péninsule entre un Sud de plus en plus prospère et démocratique - un modèle de réussite en Asie -, et un Nord de plus en plus militarisé, dont la pauvreté relative de la population ne cesse de s'accroître. Il comprend que, tôt ou tard, le régime nord-coréen tournera à la catastrophe, que celle-ci prenne la forme d'une aventure militaire extérieure ou d'une implosion du pays. Il saisit que, dans les deux cas, c'est la Corée du Sud qui en subirait les premières et les plus graves conséquences.

Moon aime la paix et la recherche ; il n'est pour autant ni pacifiste ni naïf. Ayant face à lui un leader nord-coréen neuf, éduqué en Suisse, Moon pense simplement qu'il faut lui donner sa chance et accepter qu'il puisse être sincère. Après la trêve olympique, il envoya une délégation en Corée du Nord, qui revint avec deux cadeaux du "Leader suprême": une proposition de dénucléariser la péninsule et une offre de rencontre avec le président américain. Le 8 mars 2018, à la surprise générale, et sans avoir prévenu personne, Trump accepta. Le tourbillon diplomatique pouvait commencer. Le 27 avril, un sommet intercoréen se tint à Panmunjom et le 12 juin c'est la rencontre Trump-Kim de Singapour.
Les Nord-Coréens font des gestes concrets : ils démantèlent un site nucléaire et un site balistique. Kim, qui a médité le précédent de Kadhafi, n'abandonnera pas du jour au lendemain son arsenal nucléaire sans de solides garanties. Pragmatique, Moon le comprend et milite pour que les Occidentaux fassent à leur tour un geste à l'égard de Pyongyang, en allégeant les sanctions. Il a raison. Pour que la Corée du Nord poursuive dans la voie de la dénucléarisation, il faut qu'elle ait concrètement quelque chose à y gagner. En politique étrangère, comme le général de Gaulle nous l'a montré, il faut parfois savoir prendre de grands risques. C'est ce qu'a fait Moon. Et il est déjà, pour cela, entré dans l'Histoire.
Paru dans Le Figaro, 16 octobre 2018
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De la crise de 2008 à celle de 2020
 
Les annonces d’une prochaine crise économique et financière se multiplient aux Etats-Unis. Après l’ancien gouverneur de la Réserve fédérale, Ben Bernanke, (1) c’est au tour de Nouriel Roubini, professeur à la New York University de prévoir une crise pour 2020. (2) En soi, ce n’est pas un scoop, les crises sont récurrentes dans le système capitaliste, et le cycle actuel d’expansion est le second le plus long après celui des années 2000. Mais, la qualité du premier, et la crédibilité du second qui fut l’un des rares à prévoir la crise de 2008, confèrent une résonnance particulière à leurs annonces. Nouriel Roubini liste cinq raisons pour justifier sa prévision. Il oublie la plus sérieuse : la désastreuse résolution de la crise de 2008 par Barack Obama. Pourquoi est-ce important ? Parce qu’elle prive les autorités des instruments fiscaux et monétaires dont elles auront besoin pour contrer la nouvelle crise. Nouriel Roubini le reconnaît sans en donner la raison. Arrêtons-nous donc un instant sur la crise 2008 pour comprendre ce qui nous attend en 2020.
 
L’ampleur de la crise de 2008 conduit les autorités américaines à prendre des mesures inorthodoxes pour en contenir les effets. Elles utilisèrent à fond les leviers fiscal et monétaire. Cela s’est traduit par une série de déficits budgétaires colossaux en pourcentage du produit intérieur brut : 9,9 % en 2009, 9,4 % en 2010, 8,7 % en 2011 et 7,0 % en 2012 – du jamais vu dans l’histoire des Etats-Unis hormis pendant la Seconde Guerre mondiale – ce qui entraîna un accroissement de 40 % de la dette publique qui atteint 100 % du produit intérieur brut. Dans le même temps, Ben Bernanke abaissait le taux directeur de la Réserve fédérale à un niveau considéré jusque-là comme inconcevable : 1/8ème de pourcent pendant 7 ans, entraînant un quasi quintuplement du bilan de la banque – à nouveau, du jamais vu dans l’histoire de cette institution – une politique qui provoqua une envolée de la bourse, comme le rappelle Nouriel Roubini. Concomitamment, les autorités fédérales vinrent au secours des grandes banques qui étaient toutes en quasi faillite. Le résultat ne s’est pas fait attendre. A l’hiver 2010, soit deux ans après la banqueroute de Lehman Brothers – élément déclencheur de la crise – la croissance était de retour. Au vu de ce résultat, les autorités avaient tout lieu de s’estimer satisfaites. Le seul problème est que, dans leur empressement à endiguer la crise, elles en oublièrent les principales victimes : les épargnants qui, floués par les banques et leurs intermédiaires, avaient investi dans l’immobilier. (3) Que fallait-il faire ?
 
Décréter un moratoire pour protéger les épargnants, nationaliser (temporairement) les banques à leur valeur de marché, et licencier leurs dirigeants, puis négocier un compromis entre autorités fédérales et épargnants pour qu’ils ne soient pas dépouillés de leurs biens, comme ils le furent brutalement, ce qui, comble de l’ironie, permit à des individus peu scrupuleux d’engranger des profits faramineux en achetant pour une bouchée de pain les dits biens qu’ils revendirent avec profit quand la croissance revint ! Il convenait aussi de rétablir le Glass-Steagall et le McFadden Acts, non dans leur texte originel mais dans une forme qui tienne compte de l’évolution du secteur bancaire. Etonnement, les banques de Wall Street sont aujourd’hui plus grandes qu’elles ne l’étaient avant 2008, accroissant d’autant le risque systémique de crise. (4)
 
Si l’usage du levier fiscal se justifie en cas de récession, en revanche, l’usage du levier monétaire dans la mesure extrême où il l’a été se justifie beaucoup moins. Par ce biais, les autorités secoururent les grandes banques, maintinrent leurs dirigeants dans leur poste et négligèrent les épargnants. De toutes les nations touchées par la crise, seule l’Islande agit équitablement, nationalisant les banques et emprisonnant leurs dirigeants. Toutes les autres suivirent peu ou prou le modèle américain au nom d’un principe bien connu en économie qui veut que si les banques s’effondrent, l’économie s’effondre. (5) C’est exact, mais cela n’implique pas que leurs dirigeants qui faillirent à leurs devoir fiduciaire soient maintenus en poste, et encore moins que la survie de leurs institutions soit assurée par l’argent du contribuable. On assista donc à une situation ubuesque où les épargnants, par le biais de l’endettement public, sauvèrent les banques qui les avaient floués. Au nom d’un sacro-saint principe, on en a renié un autre qui veut que dans une économie capitaliste le dirigeant et l’actionnaire sont responsables de leur gestion.  Ils engrangent des profits ou subissent des pertes, selon que leur gestion est bonne ou mauvaise. Les autorités ont fait l’inverse : elles sauvèrent les coupables et livrèrent les victimes à leur sort. C’est pourquoi elles sont désarmées aujourd’hui.
 
S’il y a crise en 2020, le gouvernement américain ne pourra recourir à des déficits budgétaires abyssaux. La dette américaine a atteint un niveau record qui menace la crédibilité du dollar. De son côté, la Réserve fédérale ne pourra abaisser un taux directeur qui reste très bas en dépit de sa remontée récente. Quant aux épargnants et aux salariés qui perdirent leur emploi suite à la récession de 2008, ils n’accepteront pas d’être ignorés une fois encore. Si d’aventure les autorités fédérales utilisaient les remèdes de 2008, elles seraient confrontées à la colère du peuple – "la résurgence de mouvements populistes", nous dit Nouriel Roubini. A quoi faut-il alors s’attendre ? A une crise économique et financière d’ampleur, et non à une simple récession, comme le laissent entendre Ben Bernanke et Nouriel Roubini. Ce scénario n’est bien sûr pas écrit, mais il est le plus probable… d’où les annonces de ces deux économistes de renom.
 
Notes
(1) Bernanke says U.S. economy faces a ‘Wile E. Coyote’ moment in 2020. Bloomberg, 7 June 2018.
(2) Les cinq ingrédients qui préparent la crise de 2020. Nouriel Roubini, Les Echos, 4 octobre 2018.
(3) Les banques engagèrent des intermédiaires pour convaincre les Américains d’acheter des biens immobiliers. Un grand nombre d’entre eux n’en avait pas les moyens. Aussi, sur le formulaire de prêt, l’intermédiaire entrait-il – à l’insu de l’acheteur – dans la case "revenu" un chiffre supérieur à son salaire, suffisant pour justifier le prêt immobilier. Ces prêts – appelés "liar loans" (prêts menteurs) – étaient agglomérés dans des "special vehicle purpose" (entités juridiques spéciales) qui émettaient des obligations, lesquelles permettaient à la banque de récupérer sa mise. Etrangement, ces obligations de très mauvaise qualité recevaient la notation la plus élevée, "triple A".
(4) Le Glass-Steagall divise le secteur en banques d’investissements et en banques de dépôts. Le McFadden Act limite le secteur géographique de la banque à l’état dans lequel elle est enregistrée. Le Dodd-Frank Act, voté par le Congrès en 2010, est une loi couteuse pour les banques. Elle ne supprime pas le risque systémique qu’elles posent.
(5) Ce principe est à l’origine de l’expression "too big to fail" (trop grosse pour faire faillite) qui fut énoncée pour la première fois dans une étude interne à la Citibank. A la question posée par son président, Walter Wriston, en 1978 "quel doit être le montant des fonds propres de la banque", Geoge Vojta, directeur du Corporate Planning répondit que la banque était devenue si importante au regard de l’économie américaine que le gouvernement serait obligé de venir à son secours en cas de difficulté. Dans la décennie suivante, la conclusion se révéla prémonitoire. La banque connut de sérieux problèmes. La Réserve fédérale vint à sa rescousse, et l’investisseur saoudien, Al-Whalid, entra au capital.

Envoyé par l'auteur, paru dans Les Echos, 8 octobre 2018
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La pensée-massue
 
CHRONIQUE - Tous les adeptes du prêt-à-penser bétonné, persuadés d'incarner la Vertu, sont des insultes au libre arbitre, à la libre conscience, à la liberté d'expression.
 
Le ridicule tuera-t-il les "progressistes" ? Leurs prêches produisent beaucoup d'âneries.
Un exemple : trois Américains facétieux viennent de publier dans des revues scientifiques des canulars qui reprennent la dialectique victimaire des minorités sexuelles.
Sexuality and Culture a ainsi salué un texte encourageant les hommes hétérosexuels à s'introduire des godemichés dans l'anus pour faire baisser leur homophobie. L'argument a été vu, rapporteLe Monde, comme "une contribution incroyablement riche et passionnante […]". Ces imbécillités sont du même ordre que les rappels à l'ordre de l'art contemporain (1). C'est une "performance" artistique que conçut en 2000 l' "artiste" chinois Zhu Yu, en mangeant des fœtus d'enfants rôtis (2).
Quand Alphonse Allais présenta en 1882 un monochrome rouge intitulé : Récolte de la tomate par des cardinaux apoplectiques sur le bord de la mer Rouge, l'humoriste blaguait. Malevitch, avec son même Carré blanc sur fond blanc (1918), décréta pompeusement faire de l'art…
 
La révolution du bon sens, qui alimente la vague conservatrice, veut en finir avec les idéologues et leurs déconomètres. Ces jours-ci, le marché de l'art s'émoustille de l'autodestruction d'une production du "street artist" Banksy : à peine achetée, samedi chez Sotheby's (Londres) pour 1,12 million d'euros, La Fille au ballon s'est transformée pour partie en lambeaux, grâce à un mécanisme de découpage caché dans le cadre. Depuis, ce qu'il reste du tableau aurait doublé sa valeur marchande. Ce monde déphasé de l'art contemporain, qui se nourrit de la déconstruction culturelle, de la manipulation des esprits et du règne de l'argent, ressemble à la pensée progressiste qui s'effiloche. Ces deux univers ne tiennent debout qu'en anesthésiant la pensée critique. Oui, mais voilà : les peuples réveillés n'en peuvent plus de cette dictature ubuesque. Les apprentis tyrans creusent eux-mêmes leurs tombes.
 
Les populistes, s'il leur reste à prouver qu'ils ont les idées claires, ont la chance d'avoir comme adversaire une pensée-massue, sectaire, fruste, répulsive. La gauche américaine, qui donne le tempo, vient de se prêter à un superbe procès stalinien contre un proche de Donald Trump : parce que Brett Kavanaugh, pressenti pour être nommé à la Cour suprême, est un conservateur blanc et catholique, il a eu à subir d'infamantes accusations de violences sexuelles prétendument commises il y a près de 40 ans. Le camp démocrate, sous la pression de l'inquisition féministe (#MeeToo), n'a reculé devant aucune bassesse pour tenter, en vain faute de preuve, de salir le magistrat qui a été confirmé à son poste.
Cette brutalité dogmatique se retrouve, par exemple, chez la sénatrice française Laurence Rossignol, qui veut interdire la clause de conscience pour les médecins refusant de pratiquer des avortements. En 2016, la pasionaria avait inventé le délit d'entrave numérique à l'IVG, en cherchant à censurer les sites de conseils et de réflexions préalables.
 
Tous ces adeptes du prêt-à-penser bétonné, persuadés d'incarner la Vertu, sont des insultes au libre arbitre, à la libre conscience, à la liberté d'expression. L'amicale des "progressistes" s'est donnée comme mission de dénoncer "la haine" chez ceux d'en face. Mais ces petits anges débordent de méchanceté et d'inhumanité.
Parce que Patrick Jardin, père d'une des victimes du Bataclan, est parti en guerre contre l'islamisme qui tue, Le Monde lui a récemment consacré un portrait titré : "Après le Bataclan, un père sur le chemin de la haine." Alors que Gérard Collomb, ex-ministre de l'Intérieur, a admis, avant de se carapater, la possibilité d'un affrontement entre la communauté française et la contre-société islamisée et revancharde, cette proche perspective affole bien moins que le réchauffement climatique et ses lointaines hypothèses cataclysmiques. L'immigration de peuplement que subit la France, et que Laurent Obertone dévoile dans son ampleur (3), est dissimulée par des désinformations et des omertas qui déshonorent la démocratie.
Se satisfaire de ces mensonges ?
(1) Christine Sourgins, Les Mirages de l'Art contemporain, La Table Ronde.
(2) Alain Kleinmann, Interrogations sur l'art contemporain, Les Éditions de Paris.
(3) La France interdite, Ring.

Paru dans Le Figaro, 12 octobre 2018
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La macrocrature traque la liberté d'expression

La macrocrature, ce monde clos érigé autour du chef de l’Etat, vient de faire un pas supplémentaire dans la mise sous surveillance des opinions non officielles. Dans la nuit de mardi à mercredi, les députés ont voté en nouvelle lecture les deux propositions de lois destinées à lutter contre "la manipulation de l’information" en période électorale. Il est également prévu d’instituer un "conseil de déontologie de la presse", qui serait confié à l’ex-président de l’AFP, Emmanuel Hoog. C’est la ministre de la Culture, Françoise Nyssen, qui est montée mardi à la tribune de l'Assemblée, comme on monte à l’échafaud, pour défendre ces textes potentiellement liberticides : une besogne dont il n’est pas certain qu’elle lui sauve la tête lors du remaniement gouvernemental, suspendu au bon plaisir d’Emmanuel Macron, plus despote que jamais.
En mai, Françoise Nyssen avait déjà mobilisé l’audiovisuel public à des fins de propagande d’Etat. Elle lui avait donné comme mission de "devenir un miroir de nos différences", en jugeant "les mâles blancs" trop nombreux à l’antenne. Taxant certains Français de "hautement réactionnaires", l’ancienne éditrice avait également annoncé que les chaînes et radios auraient à "changer les mentalités sur le terrain". Cette mentalité de garde-chiourme est une constante en Macronie : à peine élus, les député LaREM avaient, le 24 juillet 2017, complété l’article 1 de la loi sur la moralisation de la vie politique en y ajoutant un amendement "anti-raciste" inspiré de la Licra et destiné à accentuer l’arsenal répressif des délits d’opinion. Cette disposition avait été supprimée par le Conseil constitutionnel qui y avait vu une "atteinte disproportionnée à la liberté d’expression".

La liberté d’expression fait peur à la macrocrature, comme à tous ceux que la vérité effraie. En janvier dernier, Benjamin Griveaux, porte-parole du gouvernement, avait dit vouloir soutenir "une information propre", aseptisée en somme. Cette traque aux "fake-news", qui conduirait le juge à décréter ce qui est vrai et ce qui est faux, n’est autre qu’une volonté d’instaurer une indéfendable vérité officielle. Le Sénat, qui s’est opposé en première lecture à ces textes dangereux, n’a aucune raison de changer d’avis. D’autant que le chef de l’Etat, qui abuse lui-même d’une communication mobilisée sur sa propre personne, ne donne pas l’exemple d’une tempérance dans l’interprétation de sa politique sublimée. La vérité qui se dessine est celle d’un pouvoir autocratique, renfermé sur lui-même, qui cherche à étouffer la parole d’une société de plus en plus furieuse. Le trop libre et impertinent Internet sera la prochaine cible de ce pouvoir aux abois, qui donne des leçons de démocratie aux pays de l’Est sans vouloir s’attarder sur ses propres turpitudes. Faut-il ici rappeler l’article 11 de la Déclaration des droits de l’homme et du citoyen de 1789 ? : "La libre communication des pensées et des opinions est un des droits les plus précieux de l’Homme : tout citoyen peut donc parler, écrire, imprimer librement". Sous la macrocrature, ces principes élémentaires ne vont plus de soi. Il serait temps que les Français s’en inquiètent.

Paru sur blog.lefigaro.fr/rioufol, 10 àctobre 2018
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Attaques chimiques en Syrie : des ficelles de plus en plus grosses
 
"Vous entendrez parler de guerres et de rumeurs de guerres" (Matthieu 24, 6). La guerre de Syrie semblait tirer à sa fin. Or des rumeurs de guerre inquiétantes en viennent encore.
Il y aurait bientôt une nouvelle attaque chimique de Bachar-el-Assad. La riposte est prête : le forfait n’est pas encore commis mais la punition se prépare déjà : le destroyer US The Sullivan armé de 56 missiles de croisière, est arrivé dans le Golfe persique, et le bombardier de l’US Air Force B-1 B avec 24 missiles de croisière Air-sol a été acheminé vers la base aérienne de al-Udeid au Qatar.
Et pour être sûr qu’il aura quelque chose à punir, huit chars contenant de la chlorite auraient été acheminés vers le village de Halluz, dans la province d’Idlib, le principal réduit djihadiste encore hors du contrôle du gouvernement syrien, où un groupe des militants spécialement entraînés par la compagnie militaire privée américaine Olive a été déployé afin de simuler le sauvetage de victimes d’une attaque chimique   
Cette opération, disent les Russes, a été planifiée par les services de renseignement britanniques pour justifier une frappe aérienne imminente visant l’infrastructure syrienne civile et militaire.
Certes la source principale est russe. Mais d’autres informations semblent la confirmer : Macron, qui est un maillon important de la machine de propagande occidentale a, dans son dernier discours devant les ambassadeurs réunis à Paris repris ses attaques contre Assad : son maintien au pouvoir serait, selon lui, une "erreur funeste". Mais de quoi se mêle-t-il donc ? Même au temps de la colonisation, que le même Macron dit avoir été un crime, la république ne décidait pas de qui devait être le roi du Maroc. Elle a essayé une fois, mal lui en a pris.
Macron avait semblé un moment devenir plus réaliste. Ce durcissement est significatif de quelque chose, probablement d’une nouvelle attaque contre à Syrie. La voix de son maître.
 
Quel intérêt auraient au demeurant les Russes de faire circuler ce genre de rumeur si elle n’était pas fondée ? Poutine a mis en garde les Etats-Unis contre la tentation de frapper une nouvelle fois la Syrie, mais s’il n’en était pas tenu compte "jusqu’où abusera-t-on de sa patience ?".
Près d’Idlib où l’attaque chimique est planifiée, pas par les Syriens mais par l’OTAN, une attaque analogue avait été imputée à l’armée syrienne à Khan Chekroun le 4 avril 2017. En représailles, les Etats-Unis avaient largué 49 missiles Tomahawk (dont chacun représente presque une bombe atomique) sur un aéroport syrien vide. Quelques mois plus tard, le général James Mathis, secrétaire d’Etat à la Défense de Trump devait avouer dans Newsweek (1), que le Pentagone n’avait aucune preuve de l’implication d’Assad dans une attaque chimique.

Nouvelle utilisation présumée de gaz le 7 avril 2018 dans le faubourg de la Douma près de Damas que pourtant Assad finissait de reprendre aux djihadistes. Même tollé. Cette fois 110 missiles ont été lancés par les Américains, les Anglais et les Français. Une mission de l’OIAC l’Organisation internationale nationale contre les armes chimiques est arrivée ensuite pour dire qui était responsable. Elle n’a pas vraiment conclu.

Errare humanum est :  pour tous ceux qui l’ont suscitée, la guerre de Syrie fut une erreur. Perseverare diabolicum ; c’est bien à une entreprise diabolique que nous avons affaire aujourd’hui. Il y a des deux côtés de l’Atlantique des hommes – et Macron n’est pas le moindre -, qui ne se résignent pas à avoir perdu la guerre de Syrie, à ce que le président Assad reste en place alors qu’ils n’ont cessé de répéter qu’il allait tomber. Qui aurait cru que pour tenter encore leur chance de renverser la situation, ils auraient recours une ficelle aussi usée ?
Quel serait donc l’intérêt d’Assad qui a pratiquement gagné la guerre d’utiliser ce genre d’armes que dès 1918 on trouvait peu efficace. Il faut dire que l’absurdité même de l’accusation alimente la propagande de l’OTAN : comment Assad peut-il être assez monstrueux pour se servir de gaz (contre des enfants – nous verrons que le principales victimes seront des enfants, le b a ba de la propagande de guerre ! ) alors que ça ne lui sert plus à rien ? Non seulement le crime est douteux, mais il n’y a pas de mobile.  
Comment pourrions-nous être assez stupides pour croire encore à ces balivernes ?
(1) Newsweek,  8 février 2018, article de Ian Wielkie

Envoyé par l'auteur, 9 octobre 2018, paru sur roland.hureaux.over-blog.com
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C’était mieux avant ?
 
Dans son dernier livre, Éric Zemmour évoque avec émotion la banlieue de sa jeunesse et conclut "que oui, décidément, c’était mieux avant" (1). Pourtant, tout est fait pour nous convaincre du contraire.
Dans un essai aussi passionnant qu’intelligent, Olivier Rey montre les "efforts quotidiennement déployés pour persuader les gens de ne pas en croire leurs yeux et leurs oreilles, que leur expérience les trompe et que les experts savent mieux qu’eux à quel point tout s’améliore" (2). C’est que le mythe du Progrès n’admet aucune contradiction, Alain Finkielkraut en sait quelque chose, lui à qui on reproche tant sa nostalgie du temps passé (3). L’axiome de la modernité, dont la Science est l’idole, est simple : aujourd’hui est mieux qu’hier et moins bien que demain ! Toutes nos difficultés ne sont que des problèmes techniques que la Science finira par résoudre.
Formidable naïveté qui fait bien peu de cas de l’expérience, ou plutôt qui ferme volontairement les yeux sur la réalité. Jacques Ellul, pourtant, dans une œuvre foisonnante hélas visiblement peu connue de nos dirigeants, a montré combien le progrès technique était ambivalent et souvent porteur de maux équivalents à ceux qu’il résolvait.
 
Drogués à la technique
Et de fait, nos sociétés, par la technique, se sont complexifiées à un degré tel que nous sommes devenus totalement dépendants d’ "une gigantesque machinerie, matérielle et sociale" (O. Rey, p. 57), sans laquelle nous sommes incapables de vivre, et même de survivre – amusant paradoxe quand on songe que la modernité se caractérise par une volonté d’autonomie et d’émancipation de toute contrainte émanant de Dieu, de la nature et même de la culture (théorie du genre).
Les innovations, qui se multiplient avec la concurrence, sont censées nous faire gagner du temps ; mais plus nous en gagnons et plus nous avons de choses à faire et donc plus nous en manquons ; c’est alors une course effrénée à la consommation d’objets nouveaux pour aller toujours plus vite. Et cette vie moderne trépidante exige des besoins énergétiques croissants entraînant d’irréparables dégâts écologiques, mettant en danger certaines réserves naturelles essentielles (biodiversité, forêts, poissons…).
 
Même évolution du côté des sciences biomédicales ; leur lutte contre la maladie connaît certes de spectaculaires réussites dont on ne peut que se réjouir, mais ces chercheurs, pour la plupart, ne sont plus guidés par une morale objective appuyée sur une anthropologie stable (loi naturelle) et ils en arrivent à vouloir appliquer à l’être humain tout ce qui est techniquement réalisable, ouvrant ainsi les portes à d’inquiétantes dérives (PMA ou GPA "pour tous", par exemple) dont le transhumanisme est la conséquence logique.
 
Et pourtant, malgré ce Progrès que l’on nous vante à tout propos – comme si le progrès n’était que matériel et non pas d’abord en l’homme lui-même, en sa capacité à embrasser le Vrai, le Bien, le Beau –, nos contemporains ne paraissent pas plus heureux ; leur vie n’a plus guère de sens et ce n’est pas le matérialisme ambiant qui peut leur en donner. Beaucoup sont exclus du système gouverné par la mondialisation libérale qui rogne une à une les protections sociales ; et même du côté des "inclus", se maintenir à flot et suivre la dynamique de ce mouvement perpétuel n’est pas une mince affaire.
 
Revenir en arrière ?
Face à cette modernité qui refuse toute limite, la sagesse voudrait nous faire revenir sur certaines évolutions récentes. "Le problème, écrit fort justement Olivier Rey, est que le processus en cours a pris une ampleur si gigantesque qu’une énergie elle-même gigantesque serait nécessaire pour en inverser le cours. […] Ce type de tenaille – entre persévérer sur une voie sans issue, et s’en extraire à un coût immédiat énorme – est une situation générale. Le “développement”, en détruisant la nature, les aptitudes et les savoir-faire traditionnels, a en large partie supprimé les possibilités de vivre sans lui, et rendu de ce fait un changement d’orientation trop périlleux pour qu’on s’y résolve. Seule une sortie de route y pourvoira" (p. 63 et 71).
S’il est nécessaire de modifier nos "styles de vie" consuméristes, comme les papes nous y invitent, un bouleversement trop radical est aujourd’hui impossible, comme le souligne Olivier Rey, car changer une société aussi complexe n’est pas réalisable aisément ni rapidement. Les indispensables réformes ne peuvent être que progressives – la modernité, au reste, n’est pas à rejeter en bloc, notre monde n’étant ni pire ni meilleur que les précédents. Mais, rétorqueront certains, nous n’avons plus le temps, l’effondrement est proche (4). La vérité, c’est que l’on n’est sûr de rien, les médias ne retiennent que les scénarios les plus catastrophiques qui ne sont que… des modèles scientifiques très imparfaits. Et puis, peut-être l’effondrement est-il le seul moyen de sortir de l’hubris moderne !
(1) Éric Zemmour, Destin français, Albin Michel, 2018, p. 28.
(2) Olivier Rey, Leurre et malheur du transhumanisme, Desclée de Brouwer, 2018, p. 57.
(3) Cf. "Ce qui était mieux avant", Le Figaro du 29 août 2018.
(4) Cf. Pablo Servigne et Raphaël Stevens, Comment tout peut s’effondrer, Seuil, 2015 (cf. La Nef n°273 Septembre 2015, p. 22).
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lanef.net, éditorial, octobre 2018
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Au sujet de l'espionnage russe
 
Les Pays-Bas, le Royaume-Uni, le Canada, l’Australie et la France ont accusé, le 4 octobre, la Russie de multiplier les cyberattaques contre l’Occident, notamment suite à une tentative de piratage du siège de l’Organisation pour l’interdiction des armes chimiques (OIAC) située à La Haye. Amsterdam a aussitôt expulsé quatre espions russes. Il est toutefois étonnant que cette affaire, découverte en avril dernier, ne soit révélée et médiatisée qu’aujourd’hui.
Après la supposée implication de Moscou dans la tentative de perturbation des élections américaines de 2016 et l’affaire Skripal, cet événement nous replonge dans un climat de Guerre froide.
 
L’espionnage russe est une réalité. Nous assistons incontestablement à sa remontée en puissance depuis quelques années, tant à travers des opérations de renseignement que des interventions clandestines, majoritairement cybernétiques. Cela ne signifie pas pour autant que toutes les actions imputées à Moscou soient de son fait.
Les services russes ne sont pas les seuls à être actifs contre l’Occident. Les Chinois le sont plus encore. Et de toute façon, tout le monde espionne tout le monde. N’oublions pas que le dossier Skripal illustre aussi très clairement les actions de renseignement que les Britanniques conduisent contre la Russie (1).
 
Aussi, dénoncer l’espionnage russe, ce n’est prendre en considération qu’une partie de la réalité en occultant délibérément l’autre. Trois faits doivent être rappelés si l’on veut objectivement considérer cette question.
 
1.Les Occidentaux – c’est-à-dire les Américains, appuyés ou suivis par les Européens – n’ont tenu ni les engagements ni les promesses faits à Moscou à l’issue de la Guerre froide. Qu’il s’agisse de l’élargissement de l’OTAN, de la crise ukrainienne, de l’intervention en Libye, des accusations systématiques d’espionnage sans toujours en apporter les preuves, de l’exagération grossière de la soi-disant menace russe… nous n’avons cessé de provoquer Moscou, voire de l’humilier, et lui avons imposé des sanctions fort discutables. Force est de reconnaître que nous sommes largement responsables de cette remontée en puissance du ressentiment russe à notre égard et de son activisme en matière de renseignement.
 
 2. Si l’espionnage russe est une réalité – et il importe de le dénoncer, de s’en prémunir et de riposter –, il convient de rappeler que l’Etat le plus actif en ce domaine est bien… les Etats-Unis.
En termes d’effectifs, de budget, de technologies, de couverture géographique, rien n’égale l’ampleur du renseignement américain. Depuis 2002, sous prétexte de lutte contre le terrorisme, Washington a mis la planète entière sur écoutes ; certes ses adversaires, mais aussi ses alliés et sa propre population ; et a tout fait pour faire taire Snowden que nous ne remercierons jamais assez d’avoir dénoncé de telles dérives. Ainsi, l’espionnage politique et économique des Américains est sans commune mesure avec celui des Russes, mais les élites et les médias européens, aveugles ou manipulés, ne le dénoncent que très rarement et timidement.
 
3. Enfin, il importe de poser une question essentielle : qui porte aujourd’hui le plus atteinte aux intérêts politiques et économiques des Européens ? Qui contribue le plus à notre affaiblissement économique ? Qui rachète et démantèle nos entreprises ? La Russie ou les Etats-Unis dont nous mesurons chaque l’unilatéralisme croissant ? Les faits sont sans appel. Depuis une décennie, par l’imposition extraterritoriale abusive de son droit, Washington a tout fait pour affaiblir ses concurrents et néanmoins alliés du Vieux continent. Sous couvert de défense de la démocratie et des droits de l’homme, les Etats-Unis nous interdisent de commercer avec l’Iran et nous sanctionnent lorsque des sociétés européennes commercent avec des Etats qu’ils considèrent infréquentables. Sous couvert de lutte anticorruption, ils imposent des amendes faramineuses aux acteurs économiques européens. Que cela soit au titre des embargos ou de l’anticorruption, les entreprises françaises (BNP-Paribas, Total, Technip, Alstom, Alcatel, Société générale, Sanofi) ont versé ces dix dernières années plus de 14 milliards de dollars d’amendes au Trésor américain, sous la pression de la justice de ce pays et pour des raisons hautement discutables.
 
Aussi sachons raison garder. Et s’il convient de renforcer nos défenses face au renseignement russe, ne crions pas stupidement “au loup !”, sauf à vouloir faire le jeu de Washington et de l’OTAN et à défendre leurs intérêts au détriment des nôtres.
(1) Cf. notre éditorial n°48 d’avril 2018 (https://www.cf2r.org/editorial/hysterie-collective/).

Envoyé par l'auteur, éditorial paru sur www.cf2r.org, 9 octobre 2018
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