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Dieu ou Allah ? Jésus ou Issa ?
 
Précédemment, nous avons justifié le maintien de l’usage de la graphie française pour désigner le "prophète de l’islam" : Mahomet et non Mohamed ou Muhammad.
Dans celle que vous allez lire (ci-dessous), nous nous interrogeons sur la manière d’écrire "Dieu" lorsqu’il s’agit de celui des musulmans. Autrement dit, en français, faut-il dire "Allah", comme le font la plupart des auteurs d’écrits relatifs à l’islam ? La réponse à cette question ne va pas de soi car l’écriture choisie – Dieu ou Allah – sous-entend une expression théologique spécifique.
Nous prolongeons cette analyse en abordant un sujet connexe mais lié au précédent thème : que signifie Issa, retenu par le Coran pour désigner Jésus, Fils de Dieu pour les chrétiens ?
 
Origine et sens du mot "Allah"
Si l’on veut respecter la logique linguistique, il convient de dire "Dieu" lorsqu’on s’exprime en français, comme on dit Deus en latin, Dio en italien, God en anglais, Gott en allemand, etc.
"Allah" est un terme sémitique antérieur à l’apparition de l’islam, au même titre qu’ "Eloah" en hébreu ("Elohim" étant le pluriel de majesté) et "Elah" en araméen. Provenant de la racine étymologique El ou Al, il désigne toute divinité quelle qu’elle soit, sans rapport nécessaire avec le monothéisme. Il est parfois incorporé dans un prénom. Ainsi, selon la biographie de référence de Mahomet, rédigée par Ibn Hichâm, le père du prophète de l’islam, Mahomet, qui professait l’une des religions païennes en vigueur à La Mecque au VIIe siècle, se nommait Abdallah, c’est-à-dire "Serviteur du dieu". (Cf. La vie du prophète Mahomet, Fayard, 2004).
Le nom "Allah" résulte de la contraction de l’article al- et du substantif ilâh ("divinité"). L’article semble avoir été ajouté pour signifier le caractère unique de ce Dieu ("Le Dieu") et exprimer le monothéisme intégral, comme le suggère le Coran.
 
"Dis : “Lui, Dieu est Un, Dieu ! L’Impénétrable ! Il n’engendre pas ; Il n’est pas engendré, nul n’est égal à Lui” " (112, 1-4).
Ce verset comporte une réfutation implicite de la foi des chrétiens en la divinité de Jésus-Christ, le Verbe incarné, et en la Trinité. Dans un souci de cohérence théologique, les chrétiens de langue arabe, lorsqu’ils font le signe de la Croix, disent : "Au nom du Père, et du Fils et du Saint-Esprit, le seul Dieu". C’est aussi pour eux une manière de témoigner de leur foi monothéiste auprès des musulmans qui leur reprochent parfois leur "trithéisme".
 
Allah n’est donc pas un nom propre à l’islam, c’est "Dieu" écrit en langue arabe. Comme leurs compatriotes musulmans, les chrétiens arabophones prient aussi Allah ; et ceci même si le nom ne reflète pas une réalité doctrinale identique puisque, dans l’islam, le Dieu unique est résumé par le dogme de l’unicité (Tawhîd) – un Dieu Un et seulement Un -, tandis que, dans le christianisme, Dieu s’est révélé comme Un en Trois Personnes, ainsi que l’exprime le dogme de la Trinité.
Pourtant, depuis plusieurs années, des militants islamistes contestent aux chrétiens le droit de dire "Allah". Pour eux, ce nom doit être réservé au Dieu du Coran. En Malaisie, où les chrétiens représentent 9 % des 28 millions d’habitants, l’affaire a défrayé la chronique à partir de 2007, après une décision du ministère fédéral de l’Intérieur interdisant l’usage du vocable "Allah" dans le journal catholique The Herald. Suite à divers recours en justice introduits par l’Église locale, certains lui ayant donné satisfaction, la Cour suprême de Kuala Lumpur a tranché par un arrêt définitif du 21 janvier 2015, confirmant la décision du ministère.
 
Pour leur part, les traducteurs francophones du Coran écrivent tantôt "Dieu" (cf. Denise Masson, Folio-Gallimard ; M. Savary, Garnier Frères ; Sami Aldeeb Abou-Sahlieh, L’Aire), tantôt "Allâh" (cf. Régis Blachère, Maisonneuve & Larose ; Édouard Montet, Payot). Des traducteurs musulmans eux-mêmes écrivent "Dieu" (cf. Cheikh Boubakeur Hamza, Enag Éditions).
Cependant, afin d’éviter toute confusion théologique et toute vaine querelle, il nous semble aujourd’hui préférable d’utiliser le substantif "Allah" lorsqu’on évoque le Dieu des musulmans. Et ceci vaut pour toutes les langues. Mais, nous ne sommes plus ici dans une logique sémantique.
 
Et Jésus ?
Si les chrétiens arabophones prient Dieu avec le même nom que les musulmans, il n’en va pas de même pour Jésus. Tous refusent Issa (prononcer Aïssa) que le Coran donne à Jésus. Ce nom est pour eux une falsification, celui de Jésus en arabe étant Yasû’. Les chrétiens vivant en Arabie avant l’islam ont continué à appeler ainsi Jésus après l’apparition de cette nouvelle religion, et ceci jusqu’à leur disparition de ce territoire ; ceux du Levant, bien qu’arabisés, ont conservé le mot araméen en vigueur dans leur idiome antérieur, celui que parlait le Christ. Il s’agit de Yassouh ou Yessouah. Ce nom signifie "Yahvé sauve". Jésus est donc Dieu. Cette vérité est d’ailleurs explicite dans l’Évangile selon saint Matthieu lorsque l’Ange du Seigneur dit en songe à saint Joseph : "Tu l’appelleras du nom de Jésus, car c’est lui qui sauvera son peuple de ses péchés" (Mt 1, 21).
 
Pourquoi le Coran n’a-t-il pas adopté l’écriture arabe, Yasû’, pour nommer Jésus ? La raison en est fondamentale. Elle tient à l’identité que l’islam lui donne. Dans les cultures sémitiques, le nom porté par une personne n’a rien d’anodin, comme l’a démontré le Père Antoine Moussali, lazariste libanais (1921-2003) :
"Donner un nom à quelqu’un ou à quelque chose, c’est nommer son essence, ce qui le caractérise en propre, ce qui le personnifie […]. L’emprise est tellement forte que l’on serait tenté de dire que ce n’est pas l’individu qui porte le nom, mais le nom qui porte l’individu. Être, à la manière humaine, c’est être nommé. " (La croix et le croissant, Éditions de Paris, 1997, p. 43).
 
Or, le nom coranique de Jésus, Issa, est dépourvu de toute signification. Celui qui le porte n’est qu’un prophète parmi d’autres, même s’il jouit d’une position éminente et singulière. Le Coran le présente en effet comme "le Prophète de Dieu, sa Parole qu’il a jetée en Marie, un Esprit émanant de lui" (4, 171). Et, même s’il est décrit comme "Parole de Vérité" (19, 34, "fortifié par l’Esprit de sainteté" (2, 253), il s’efface devant Mahomet, le "sceau des prophètes" (33, 40), dont il annonce d’ailleurs la venue (61, 6).
L’intention qui préside à ce vide nominatif est évidente : Issa ne saurait donc prétendre à une mission salvifique, laquelle ne peut appartenir qu’à Dieu. Or, pour les musulmans, malgré ses attributs, Jésus n’est pas Fils de Dieu. Le Coran est intransigeant à ce sujet.
"Dieu est unique ! Gloire à Lui ! Comment aurait-il un fils ?" (4, 171) ;
"Créateur des cieux et de la terre, comment aurait-il un enfant, alors qu’il n’a pas de compagne, qu’il a créé toute chose et qu’il connaît tout ?" (6, 101) ;
"Il ne convient pas que Dieu se donne un fils" (19, 35).
Issa nie lui-même se faire passer pour une divinité. "Dieu dit : “Ô Jésus, fils de Marie ! Est-ce toi qui a dit aux hommes : Prenez, moi et ma mère, pour deux divinités, en dessous de Dieu ?” Jésus dit : “Gloire à toi ! Il ne m’appartient pas de déclarer ce que je n’ai pas le droit de dire. Tu l’aurais su, si je l’avais dit. Tu sais ce qui est en moi, et je ne sais ce qui est en toi” "(5, 116).
 
Par ailleurs, si "Messie" (Masîh) remplace Issa dans onze versets (p. ex. :"Ceux qui disent : “Dieu est, en vérité, le Messie, fils de Marie”, sont impies", 5, 17), cet attribut, interprété par certains commentateurs musulmans comme un titre d’honneur et par d’autres comme la marque d’une onction divine l’ayant préservé de l’influence de Satan (1), est étranger à la vocation de Jésus telle qu’elle est décrite dans les récits évangéliques. Pour l’académicien Roger Arnaldez (1911-2006), "cette qualification de Messie n’est plus alors en relation avec la mission que Jésus doit remplir parmi les hommes ; elle est une marque apposée sur lui dans sa relation avec Dieu et le monde angélique" (Jésus, fils de Marie, prophète de l’islam, Éd. Desclée, 1980, p. 87). Autrement dit, il s’agit d’un Messie sans messianisme.
 
Pour conclure
Dieu est désigné par le même vocable en arabe et en français, mais le Dieu du Coran n’est pas celui de la Bible.
Quant à Jésus, s’il n’est pas rare d’entendre des musulmans francophones affirmer qu’ils croient en lui, son nom coranique, Issa, ne désigne pas le Christ de l’Évangile.
Ces précisions peuvent être utiles à des chrétiens soucieux d’un dialogue sans confusion avec des musulmans. Il est certain que Jésus est au cœur d’une controverse doctrinale irréconciliable entre christianisme et islam. Mais, aujourd’hui, certains fidèles de cette religion sont fascinés par la figure énigmatique, voire mystérieuse, de Issa, qui se présente dans le Coran comme un prophète, certes musulman, mais aussi comme "un Signe pour les mondes" (21, 91), "illustre en ce monde et dans la vie future, il est au nombre de ceux qui sont proches de Dieu" (3, 45), ayant aussi bénéficié de privilèges exceptionnels, notamment sa conception miraculeuse dans le sein virginal de Marie (19, 20) et sa capacité à résister aux tentations du démon, avantages dont même Mahomet a été privé (2).
 
(1) Maurice Borrmans, Jésus et les musulmans d’aujourd’hui, Ed. Desclée, 2005 ; R. Arnaldez, Jésus, fils de Marie, prophète de l’islam, Desclée, 1980 ; Georges Tartar, Jésus-Christ dans le Coran, Centre évangélique de témoignage et de dialogue islamo-chrétien, 1995.
(2) R. Arnaldez, Jésus dans la pensée musulmane, Desclée, 1988 ; Fawzia Zouari (dir.), Douze musulmans parlent de Jésus, Desclée de Brouwer, 2017.

associationclarifier.fr, la Petite Feuille verte, février 2017
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Ce Traité qui fait déchanter les lendemains…
 
C'est l’anniversaire le plus discret de l’année. Pas de bougies ni gâteau. Le traité de Maastricht fête ses vingt-cinq ans et tout le monde regarde ailleurs. Les anciens partisans du "oui" n’en sont pas particulièrement fiers ; les anciens partisans du "non" n’ont pas envie de célébrer une défaite.
La monnaie unique s’est pourtant installée dans la liste brève des grandes monnaies mondiales ; mais l’euro n’est toujours pas parvenu à contester au dollar son rôle de monnaie de réserve.
Les chantres du oui promettaient une période de croissance et la fin du chômage ; la zone euro est la région du monde où la croissance est la plus faible. Les concepteurs de la monnaie unique assuraient qu’elle favoriserait "la convergence" des économies européennes ; elle a au contraire accentué les divergences. Nos experts avaient oublié une loi économique élémentaire : dans une zone unifiée, chaque pays se spécialise dans ce qu’il a de meilleur : l’industrie la plus productive (l’Allemagne) devient l’usine de la zone ; les plus doués dans les services (France, Espagne) développent toujours plus de services ; et les mieux dotés en belles plages et en patrimoine culturel (Italie, Grèce) attirent toujours plus de touristes. Seule une politique de change peut permettre de contrebalancer ces évolutions inexorables : c’est ainsi que Pompidou a forgé les grands groupes industriels français à l’abri d’une monnaie dévaluée. La monnaie unique est une machine conservatrice qui rend beaucoup plus difficiles les changements de cap économique.
C’est pour cette raison que l’euro qui était conçu comme un outil de paix a provoqué une résurgence des conflits entre nations. L’industrie allemande a réduit en miettes la concurrence de ses rivales française et italienne. La production industrielle de cette dernière a baissé de 20 % depuis l’introduction de l’euro. La seule solution pour compenser ces effets structurels serait une redistribution entre vainqueurs et perdants. Mais les Allemands refusent avec véhémence cette "union de transferts".
 
L’euro est donc un échec économique, mais est avant tout un symbole politique, celui d’une plus grande unification du continent européen. Cette monnaie fut voulue par les Français et imposée aux Allemands qui connaissaient, eux, les lois économiques. Mitterrand voulait s’emparer du deutsche mark, la "bombe atomique" allemande. Mais c’est l’Allemagne, qui ne voulait pas de l’euro, qui en profite le plus : son industrie règne sans partage sur le continent et exporte mieux grâce à une monnaie plus faible que ne le serait le seul mark.
Mais le bon temps s’achève pour les Allemands. Trump veut fermer le marché américain aux voitures allemandes tandis que la politique accommodante de la Banque centrale européenne exaspère les épargnants allemands qui accumulent des économies guère rémunérées.
L’euro s’est avéré une tragique erreur économique ; mais s’en débarrasser pourrait en constituer une plus tragique encore. C’est l’ultime argument des partisans de l’euro. Alors, comme on dit à Bruxelles : happy birthday !
Paru dans Le Figaro Magazine, 17 février 2017
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Macron et l’Histoire
 
Lors de son voyage en Algérie le 15 février dernier, dans un entretien avec la chaîne Echourouk News, Monsieur Macron a  déclaré : "La colonisation fait partie de l’histoire française... C’est un crime contre l’humanité, c’est une vraie barbarie. Et ça fait partie de ce passé que nous devons regarder en face en présentant nos excuses à l’égard de celles et ceux envers lesquels nous avons commis ces gestes… " Certes, des propos tenus lors d’une campagne électorale qui s’annonce difficile ne devraient pas être pris à la lettre… Mais enfin, si l’on comprend bien Monsieur Macron, seule la colonisation française est condamnable.
 
Pour qui s’est intéressé à l’histoire du Maghreb – le nord de l’Afrique au sud de la Méditerranée - ce qui est devenu l’Algérie fut colonisé par les Phéniciens, les Grecs, les Romains, les Vandales, les Byzantins, par les Arabes depuis 680 de notre ère, puis par les Turcs à partir du XVI° siècle. Qui peut  croire que ces colonisations furent plus douces que la nôtre ? Peut-on rappeler qu’à partir de 707, une partie du sud de la France fut envahi et colonisé par des Musulmans venus d’Afrique du Nord. Saint-Tropez et Lagarde-Freinet ne furent libérés qu’en 980. La toponymie en conserve le souvenir : Roquemaure, Castelsarrasin, etc. Le colonialisme musulman a-t-il jamais fait l’objet d’excuses ou de repentance ?
Et dès le VIII° siècle, les pirates musulmans écumèrent les côtes de l’Europe : près de quatre millions d’Européens furent pris en esclavage, Saint Vincent de Paul et Cervantès furent les plus célèbres. L’ordre du Saint Esprit fut fondé pour racheter ces esclaves.

Si l’on admet que la colonisation fut un crime contre l’humanité, qu’en est-il de l’esclavage ? Car jusqu’en 1830, Alger et Tripoli furent des repaires de pirates chasseurs d’esclaves, contre lesquels nos rois luttèrent sans cesse. Louis XVI, souvent accusé de faiblesse, était décidé à régler ce problème et il envoya le Baron de Tott et l’orientaliste Venture de Paradis reconnaître les fortifications d’Alger. Bonaparte donna pour mission au Capitaine Bergé et  au Chef de Bataillon Boutin reconnaître la côte algérienne : c’est Boutin qui recommanda le site de Sidi Ferruch pour un débarquement. C’est finalement Charles X qui décida en 1830 l’envoi d’une expédition pour en terminer avec la piraterie et le trafic d’esclaves au Maghreb.
 
Notre colonisation fut-elle aussi effroyable que la dépeint Monsieur Macron ? Je constate simplement que les Algériens demandent des visas pour venir en France, bien plus que pour aller en Arabie saoudite. Et les écrivains algériens d’expression française me semblent avoir plus de succès que leurs confrères qui ne s’expriment qu’en arabe…  
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Sed perseverare diabolicum
 
Ainsi alors que les frontières se rétablissent partout, que les peuples se rebellent contre la mondialisation, que nous nous sommes coupés de notre espace économique naturel par des sanctions contreproductives pour des querelles d’Allemands, que les Etats Unis de Trump dénoncent le Traité Transpacifique, l’ALENA et ne parlent plus du TAFTA, le parlement européen a adopté le CETA, le traité de libre échange avec le Canada.
 
Un pavé de 2000 pages probablement traduit en plusieurs langues qui ne disent pas toutes la même chose : comment un traité de 2000 pages pourrait-il être appliqué ? Combien s’y nichent de contestations, de contournements ?
Décidemment rien n’arrête la machine européenne à pondre du papier. Son inertie est de plusieurs années. D’ailleurs les négociations ont commencé en 2009, une longue gestation suivie d’un accouchement difficile : il s’est quand même trouvé 204 députés pour voter contre et 33 pour s’abstenir.
Il va falloir maintenant faire ratifier le traité par 38 (!) parlements nationaux et régionaux mais le CETA est applicable dès avril pour 95 % de ses dispositions : ça c’est de la démocratie et on peut imaginer - rappelons-nous l’exemple wallon - les pressions que subiront les récalcitrants éventuels.
 
Etait-ce bien nécessaire de se lancer dans cette aventure quand l’Europe est en pleine tourmente existentielle et politique ?
Remarquons que les députés européens français ont voté en large majorité contre l’adoption du traité, 16 députés seulement sur 74 ont approuvé et l’opposition est diverse allant du Front national à l’extrême gauche en passant par tous les socialistes, les Verts et même des Républicains et des centristes.
C’est dire que la France est inquiète des conséquences de ce traité y voyant une menace pour le secteur agricole, en particulier la filière bovine. Les paysans français ont plus besoin de protection que de l’accroissement de la concurrence.
L’enthousiasme exprimé par les Canadiens, montre que c’est pour eux que cet accord est le plus intéressant.

dejudasatartuffelettresaumonde.hautetfort.com
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Cincinnatus et les primaires
 
Les Français rêvent d'un Cincinnatus !
D'innovants décideurs de l'instruction publique ont gravement marginalisé Rome, son histoire, ses héros et le latin, donc ce bienfaisant patricien est désormais un quasi  inconnu de la mémoire politique, ce qui est bien dommage.
 
Aux alentours de 455 avant J-C, la jeune République romaine est en grand péril, proie des attaques de la plèbe, d'un populisme revanchard, de la démagogie d'aventuriers tribuns et de factions rivales au sein du patriarcat. Bref, c'est le bazar. Une délégation respectueuse demande à Lucius Cincinnatus Quinctius, patricien et politicien connu, retiré dans ses terres, s'il consent à revenir aux affaires et remettre un peu d'ordre, éventuellement  sauver la République de ses démons.
Drapé dans sa toge immaculée, aussi compétent que probe, Cincinnatus consent : il fait un grand ménage, clarifie les institutions, fait voter des lois justes, remet d'aplomb l'économie mourante, remplit les caisses de l'Etat, punit corrompus et pervertis, renvoie la plèbe au boulot, les militaires dans leurs casernes, sermonne les patriciens, exerçant deux brèves 'dictatures' en 458 et 439. Puis, toujours drapé dans sa toge immaculée, il refuse la fonction suprême, rentre chez lui, dans ses terres, planter vignes et oliviers, et tailler son estragon.
Voilà donc un homme providentiel comme en rêvent toujours les Français, lequel, sans être 'dictateur', restaurerait l'état de droit, préservant autant que possible les libertés, donnerait un peu d'égalité et tendrait une main fraternelle à une population déboussolée. En novembre 2016 la Droite y a cru ; en janvier 2017 la Gauche a tenté d'y croire. Mais patatras ! L'effarante escroquerie des fameuses Primaires a fait s'évanouir le mirage du sauveur national et du mieux-être collectif.
 
Résumons : afin de sortir des galimatias de la trop instable 4ème République, les inventeurs de la Vème instaurent un système d'élections généralisées à 2 tours (unique en son genre), permettant une stabilisation Droite/Gauche des partis comme au Royaume-Uni (conservateurs/travaillistes) ou aux USA (Républicains/Démocrates) ; on peut y agréger quelques tendances plus modestes, qui élargissent l'illusion de la liberté de choix. Dès 1964 ce système s'applique aussi à l'élection du Président au suffrage universel direct. Cela fonctionne de manière satisfaisante pendant environ 25 ans.
Las ! Une idée saugrenue germe au cours les années 80 dans les cerveaux énarquiens, afin d'endiguer un populisme discordant qui pourrait être une troisième tendance, (le FN), pourtant encouragée au départ par la Gauche afin de grignoter l'électorat de la Droite et la mettre en difficulté : créer une Primaire interne au sein des grands partis.
Joli projet, nourri de théories nord-américaines mal digérées.
Pour deux raisons :
            
La Primaire nord-américaine s'inscrit dans un pays de très grandes dimensions, doté d'une population d'une extrême variété, dans lequel circulent des idées de gestion très disparates : le filtre d'une Primaire dans chaque Etat fédéré permet de faire un premier tri et nourrit les équilibres partisans qui se complètent ou s'affrontent à l'échelon supérieur de l'Etat Fédéral : c'est la clef ! Chaque Etat peut particulariser ses tendances, et c'est leur addition qui permet l'émergence des deux finalistes présidentiables. Les chicanes locales et les haines internes aux partis restent ainsi au niveau des Etats, et le choix final échappe par le biais filtrant des élus locaux aux manœuvres politiciennes : l'élu présidentiel se trouve ainsi nimbé d'une sorte d'innocence, d'incontestabilité suprême car il a échappé aux querelles ; il en acquiert un charisme personnel qui ne peut être remis en question. Toutefois cela ne marche pas à tous les coups : on l'a vu avec l'élection de Donald Trump adoubé "par défaut" par le parti républicain qui ne l'a que très tièdement soutenu, tant il était hors des normes classiques, et lui-même considérant son propre parti peu fiable et rétrograde. Mais maintenant qu'il est élu, il n'y a plus – du moins directement – de rejet possible.
La France est très différente, et la Primaire lui est inutile car elle est un Etat unitaire : "un seul Etat, un seul peuple, une seule langue, une seule nation" : tel est le socle français du pouvoir depuis 1792 (quelle qu'en soit la forme) ; les choix se font donc de manière ouverte, l'amalgame social et politique étant sensé être fait. Ni la dimension de la population, ni ses pratiques ne la préparent à ce choix préparatoire. Au sein d'un territoire restreint la République française est "Une et indivisible", et en créant ce maladroit choix primaire, on recrée des divisions partisanes rendant encore plus difficile le trait d'union national sur la personne de l'élu finaliste.
 
La politique n'est pas un sport ; il ne s'agit pas de marquer des buts et de partir avec une coupe : il s'agit de gérer au mieux une population et ses intérêts.
Déja saturé d'élections constitutionnelles et légales, le peuple français vit des "campagnes" supplémentaires, lesquelles ont pour qualité principale d'immobiliser encore un peu plus et ses choix et son avenir : en effet la Primaire à la française est une sorte de "rapt d'opinion". il y a d'abord le tri interne des impétrants dans le parti selon des règles et des procédures semi secrètes et tarabiscotées, afin d'éliminer ceux dont les caciques ne veulent sous aucun prétexte ; ensuite vient l'exhibition médiatique des promus, sorte de persillage des ténors avec des 2èmes ou 3èmes couteaux, quasi inconnus des électeurs ; selon un processus imposé par les médias, tout le monde est bien docile, sur fond bleu, maquillé, cravaté neutre, derrière son petit réchaud où s'appuyer et cacher ses papiers : tout y est, la partie peut commencer ; on se demande comment les plus palots ont pu arriver sur le plateau, uniquement destinés à assurer les reports de voix pour le second tour. Une seule femme dans la boite : où est la parité ? Et de toute façon, personne ne les écoute. Certains sortent de là écœurés, vaincus, parfois furieux, nourris d'une haine qu'ils n'avaient peut-être pas au départ. Ils disparaissent aussitôt dans le brouillard de l'anonymat. Au passage, un président, deux Premiers ministres (ou ex-P.M) ont perdu leur boulot. L'ANPE les guette. La remontée de la pente sera longue et difficile.
 
Les deux rescapés s'affrontent alors dans un combat des chefs très Goscinny dans lequel ils parlent surtout d'eux-mêmes et de ce qu'ils pensent. Parfois les rancœurs cachées, les vieilles querelles transpirent de propos prudemment neutres.
Au bout du vote "le gagnant est ! » Il existe ! Petite victoire pour de grandes manœuvres pendant quatre mois. Les deux partis qui ont pratiqué l'exercice en sortent démantelés, quasi en miettes, parfois sans chef, bref épuisés.
Par ailleurs, en mettant ces grosses machines en branle, ils n'ont pas assez tenu compte de la configuration de l'électorat français : qui s'est déplacé pour ces Primaires ? A droite, beaucoup de personnes âgées, des bobos qui en ont marre des impôts, des déçus de dix années de brouillard public... A Gauche : de vieux soixante-huitards, des socialistes par conviction, des enseignants, des chômeurs, des déçus (mais pas pour les mêmes raisons) ; Pas énormément de jeunes. Tout cela n'est pas très "représentatif" de la population française, la vraie.
Mais qu'il s'agisse "d'un cassage de baraque"ou d'un "universalisme de papier gauffré", il reste un scepticisme national généralisé, d'autant que de révélations scandaleuses d'un côté et de la crainte de revoir surgir les mêmes ministrables de l'autre, le vote dit "populaire" semble dérisoire et inutile.
 
Quels sont les bénéficiaires de ce double naufrage ?
Les gagnants sont (the winners are...) les non-primaristes : Les trois tribuns qui se sont auto-proclamés "chefs" et dont la fermeté de parole, la clairvoyance critique, les idées nouvelles (quelles qu'elles soient), l'éventuel charisme personnel, séduisent les désespérés de tous bords, font frémir les retraités qui rêvent du bon vieux temps, les étudiants en mal de repères, donnent espoir aux banquiers comme aux chômeurs, rouvrent l'éventail des choix : bref, du nouveau ! Comme l'a écrit Durkheim le peuple français a un grand "désir d'expériences nouvelles", même si c'est un plongeon très aléatoire dans l'inconnu.
 
Les chicanes internes auxquelles se sont livrés les deux grands partis ont déçu et leurs leaders y ont peut-être perdu toute chance de convaincre, leur image de compétence, noyés dans des propos de commande, et leur charisme. Bonne question : quel poids peuvent-ils peser face aux "ogres" US, Chinois , Russe... et même Theresa (qui n'est l'élue de personne)...
Avoir imposé de manière aussi délibérée le fractionnement à des institutions (les Partis) destinées à rassembler, témoigne d'une méconnaissance profonde des mécanises électoraux et de l'absence de sens politique. Les Français n'ont peut-être pas encore intégré la gravité de la situation nouvelle. L'instauration de Primaires en France est une erreur tactique, stratégique et politique.
Pour les partis qui le pratiquent, il est urgent de répudier cet anachronisme suicidaire, lequel met aussi en péril l'ensemble de nos mécanismes politiques, et de se demander où est caché le sage et l'intègre Cincinnatus, l'homme qui détestait les tribuns.
Publié dans A tout un chacun
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L’émission de Marine Le Pen sur Fr2 le 9 février 2016
 
Tenir tête durant 2 heures à un déferlement de vindicte et de tentatives de déstabilisation ; parvenir à faire passer un message clair en dépit des interruptions incessantes : la performance fut remarquable, bravo l’artiste !
Notons toutefois un point faible : les réponses à deux femmes sympathiques, l’une (blanche) chef d’entreprise, l’autre (noire) en formation aux métiers de bouche. La première montre une difficulté à justifier concrètement les avantages du passage à un franc susceptible de faiblir vis-à-vis de l’euro ; la seconde une difficulté à traiter un cas d’immigration réussie. Deux sujets, la sortie de l’euro et l’immigration, qui sont au premier plan dans le programme du FN.
La première interlocutrice dirige une entreprise familiale qui fabrique les selles de la plus haute qualité utilisées dans les concours hippiques. Cette PME consacre 60 % de ses recettes aux achats de peaux de bovins qui ne sont pas élevés en France, et de tanins ou autres produits utilisés pour transformer ces peaux en cuir magnifique. Sa dirigeante posait donc une question vitale : que vais-je faire pour rester concurrentielle si la dévalorisation du nouveau Franc augmente de 20 % le prix en francs de ces importations indispensables à mon activité ?
 
Marine Le Pen, bousculée par des journalistes cherchant à la gêner dans ses réponses, s’est réfugiée dans des considérations générales sur les bienfaits du franc faible. C’est d’autant plus dommage que répondre à la question était simple : à l’export, l’entreprise pourra continuer sans problème à vendre en euros au même prix, et sa marge bénéficiaire sera même accrue puisque les salaires, en francs, n’auront pas augmenté, ou moins pas autant que l’euro. Quant au marché intérieur, l’entreprise française devra certes vendre plus cher en francs, mais ses concurrents, aussi bien étrangers que français, sauf à vendre à perte, auront la même obligation.

La mère de famille africaine, dont le dialogue avec Marine Le Pen avait été filmé antérieurement dans le centre où elle se formait aux métiers de la restauration, avait trois enfants engagés dans des études supérieures, nés en France et donc français. N’ayant pas elle-même la nationalité française, elle s’inquiétait fort de ne pas répondre aux critères requis par le FN pour avoir droit à un emploi dans notre pays. C’était le cas type d’une personne à laquelle un représentant de la France doit dire : "si tout ce que vous nous indiquez est exact, vous avez largement fait vos preuves, nous serons très heureux de vous accorder la nationalité française". Il est regrettable que la candidate à la Présidence de la République n’ait pas dit quelque chose d’analogue.

Reste que les questions importantes, y compris la sortie de l’euro et la préférence nationale, dont relèvent ces deux cas personnels, n’ont pas été abordés correctement, par la faute des organisateurs de l’émission : leur but n’était pas d’informer les Français sur les solutions que le FN propose pour la France, mais d’humilier leur invitée. Celle-ci, une dure à cuire, ne s’est pas laissé faire, mais il lui a fallu combattre dans un ring au lieu d’exposer son programme. Il aurait pourtant été tellement souhaitable d’aborder les problèmes de fond, par exemple l’impossibilité de mener de front beaucoup de réformes à la fois, et donc la nécessité de choisir (pour un premier quinquennat) entre toutes celles qu’ont laissé de côté les rois fainéants qui président depuis trop longtemps aux destinées de notre malheureux pays. 
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Brexit selon Theresa May
 
Le référendum du 23 juin 2016 sur l’adhésion de la Grande-Bretagne à l’Union européenne est une bourde monumentale qui menace l’unité du royaume. Theresa May a prononcé un discours de politique générale le 17 janvier. Les médias ont annoncé un Brexit dur. Cela surprend car la Grande-Bretagne n’est pas en mesure d’imposer ses conditions.
En se prononçant pour une sortie de l’Union, les Britanniques ont pris une mauvaise décision pour de bonnes raisons. Le destin de la Grande-Bretagne est en Europe. Mais la mondialisation qui supprime des emplois et l’immigration qui pèse sur les salaires ont conduit des électeurs à exprimer leur mécontentement. Mal leur en a pris car ils seront les premiers à souffrir du Brexit. Au vu de ce constat, il eut été judicieux de proposer des solutions adéquates. Or, il n’en est rien. Dans son discours, Theresa May annonce que les acquis de l’Union en faveur des salariés seront préservés et que l’immigration sera mieux contrôlée. Cela ne fera pas revenir les emplois dans le Lancashire ou le Yorkshire.
 
Pour ce faire, elle entend négocier un nouvel accord commercial avec l’Union européenne tout en conservant sa liberté d’action. C’est évidemment impossible. Elle n’en menace pas moins Bruxelles de transformer la Grande-Bretagne en paradis fiscal si elle n’obtient pas satisfaction – pas la meilleure façon d’entamer une négociation difficile. Elle veut aussi faire de la Grande-Bretagne "a global trading nation", entendez une nation commercialement ouverte sur le monde. Cela surprend car l’économie britannique est structurellement déficitaire. Il lui faudra donc accroître la productivité par un vaste programme d’investissement en R&D, en matériel et en formation. Mais elle n’en dit rien dans son discours.
 
Theresa May a prononcé un second discours, le 20 janvier à Philadelphie, devant les représentants du parti Républicain. Elle a évoqué les grandes heures de la nation, citant la Grande Chartre, l’Habeas Corpus et la Déclaration des Nations unies pour conclure qu’il était dans la destinée de la Grande-Bretagne et des Etats-Unis de diriger le monde. Il est vrai que la démocratie telle que nous la connaissons est née sur les rives de la Tamise en 1688 et à Philadelphie en 1776. De là à en déduire que ces deux nations doivent conduire le monde il y a un pas qu’il faut se garder de franchir. Au reste, on voit mal comment cela aidera la Grande-Bretagne à s’extirper de la situation dans lequel elle s’est fourvoyée.
Ces deux discours frappent par leur vacuité au regard des problèmes auxquels la Grande-Bretagne est confrontée. A ce jour, la situation économique est contrastée. La bourse se porte bien mais la livre sterling s’est effondrée. A terme, la Grande-Bretagne devra se rapprocher de l’Union européenne qui compte pour cinquante pour cent de son commerce extérieur. L’expression "Brexit dur" est vide de sens.
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L’allégeance en marche dans le déshonneur

Je suis régulièrement destinataire de messages de sources diverses, mais jamais de la gauche. Ses relais d’opinion ont trop à faire pour retenir ceux qui quittent le navire en perdition. N’ayant reçu aucun commentaire depuis trois jours au sujet de la visite d’Emanuel Macron en Algérie, je me demande si tous ceux qui refusent la pratique de la repentance, à commencer par les Pieds-noirs chassés d’Algérie en 1962, ont perçu le sens du message délivré par ce "gourou" qui va en croissant dans le déshonneur.

Sous prétexte d’être "progressiste ", il se déclare antisystème. Pour cela, il faut tout effacer pour recommencer, soit-disant en "mieux". Avec le silence approbateur et admirateur de ses adeptes sous influence - adeptes élevés en majorité dans la culture de l’anticolonialisme primaire et idéologique - il se devait de faire mieux que de la repentance devenue pratiquement institutionnelle.
De fait, mieux que la repentance, le gourou a affiché son choix : c'est l’allégeance qui procède de la soumission et, à terme, mène à la désintégration. Et pour mieux vendre cette trahison érigée en dogme, le message est habillé de la nostalgie d’un Navarro ni de droite ni de gauche mais tout de même incarné par un homme de gauche ! Pire encore, pour être mieux adulé par ses adeptes, le gourou vient, sur place à l’étranger, en s’attaquant à la colonisation, d’insulter l’Histoire et de condamner ceux qui l’ont écrite.
A la veille du 19 mars, c’est aussi un soutien à ceux qui ont obtenu du pouvoir socialiste d’en faire une date anniversaire célébrant en creux une victoire du FLN sur la France avec un hommage aux porteurs de valises ; et ceci au mépris des nombreuses victimes du FLN après cette date du cessez-le-feu non respecté.

Cette prise de position qui ne va pas manquer, à juste raison, de provoquer des réactions d’indignation s’inscrit aussi dans les pratiques de gouvernement auquel le gourou Macron a participé, à savoir : diviser pour régner.
On est loin de la recherche du "dénominateur commun qui unit les hommes" cher à Lyautey qui, malgré la gauche, reste à la base des relations d’amitié et de respect entre la France et le Maroc qu’il avait initiées.
On est loin de la grandeur de la France, une grandeur dont on ne parlera bientôt plus, si on ne réagit pas, tant les programmes d’Histoire de France ont déjà laminé tout ce qui pouvait en garder la mémoire.
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Lettre ouverte à Monsieur Emmanuel Macron
 
Monsieur,
 
Vous venez de qualifier la colonisation de "crime contre l’humanité".
À titre personnel, vous avez le droit de penser ce que vous voulez. Au titre de candidat à la magistrature suprême, vous avez le devoir de mesurer vos interventions avant de condamner aussi lourdement votre propre pays, sur le plan historique comme sur le plan judiciaire. Vous avez failli à ce devoir.
 
L’histoire ne s’écrit pas en noir et blanc, elle s’écrit parfois en lettres de sang, parfois en lettres de noblesse, mais toujours avec un alphabet que, visiblement, vous ne maitrisez pas. D’où l’incongruité de vos propos. Avant de dire n’importe quoi, commencez par vous renseigner sur les différentes colonisations (comptoirs, exploitation, peuplement) qui ont jalonné l’histoire de l’humanité depuis la nuit des temps. Vous découvrirez peut-être la complexité de conquêtes territoriales qui ne peuvent pas se résumer au seul mot de "crime", par exemple les conquêtes coloniales musulmanes sur le Maghreb. Sans vous demander d’aller jusqu’au débat sur les méfaits ou les bienfaits des entreprises coloniales (votre position manichéenne semble déjà tranchée), renseignez-vous au moins sur les faits. À moins qu’en bon disciple de Rousseau vous ayez délibérément choisi de les écarter quand ils contrarient votre idéologie.
 
Ensuite, offrez-vous ou faites-vous offrir un petit ouvrage élémentaire du type "le droit pour les nuls" qui vous permettrait sans doute de découvrir la portée du crime contre l’humanité, crime imprescriptible et rétroactif. En reconnaissant la France coupable de ce crime devant un gouvernement étranger, alors que vous briguez la présidence de la République française, vous vous êtes engagé au nom de notre pays sur la voie de la peine la plus lourde qui soit. À Nuremberg ce fut la peine de mort. Elle n’existe plus chez nous. Alors, c’est à ce qui est le plus proche de la mort, le plus sévère, le plus irrémédiable, que vous condamnez la France et le peuple dont vous sollicitez les suffrages. On ne saurait faire pire.
 
D’une certaine façon, je vous remercie pour cette intervention. Elle a au moins le mérite de clarifier les choses : voter pour vous, c’est voter pour la condamnation de la France à la peine la plus infamante pour la faute la plus irrémissible. Comme ça, on sait où l’on va, ou du moins où l’on risque l’aller si par malheur une majorité de Français venait à vous ouvrir les portes de l’Elysée.
Repentance, auto-flagellation, indemnisations à la clé, silence radio sur les crimes du FLN passés et présents, mépris pour les harkis et les Français d’Algérie, votre chemin hasardeux vers le pouvoir est pavé d’obscénités.
 
A défaut de la considération distinguée dont je n’aurai pas l’hypocrisie de vous donner l’assurance, croyez, Monsieur, à l’expression de ma détermination farouche (vous aimez bien ce mot, moi aussi) à maintenir ma modeste plume au service du combat contre l’idéologie mortifère dont vous êtes porteur.                                                                                                                                                 
 
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Islamophobie, islamo-gauchisme
 
C’est septembre. Je déjeune au bord du lac d’Annecy avec une amie intelligente, de "gauche". Sa presque première question : "que pensez-vous de l’islamophobie ?" Elle attend que je peste contre, comme elle (car je suis intelligent, moi aussi).
Je lui réponds que je ne suis pas islamophobe (ce n’est en effet qu’une phobie) mais que j’ai peur de l’islam (1), oui, j’en ai peur parce que je suis intelligent, que je connais le Coran et l’usage qu’on en peut faire, qu’on en fait en France aujourd’hui un peu partout ; parce que je ne suis pas psychotique, c’est-à-dire victime d’ "une perturbation primaire de la relation libidinale à la réalité" (Vocabulaire de la psychanalyse) ; j’ai peur de l’islam parce que j’ai le courage de la lucidité ; n’en avoir pas peur me paraîtrait même un indice de lâchage, de lâcheté.
Le concept d’islamo-gauchisme serait dû à un trotskiste anglais, Chris Harman. Il est bon de se rappeler ce que Trotski pensait de l’islam : "L’Orient est encore dominé par l’islam, par les anciens préjugés, croyances et coutumes /…/ Tout comme une pièce de tissu putrescent". "Les anciennes croyances ont moisi". Et dans la tradition de la pensée des Lumières il plaint "la femme d’Orient, la plus bridée dans sa vie, dans ses habitudes et dans sa créativité, esclave d’esclaves" ; "ayant retiré son voile", espère-t-il, elle sera "la femme travailleuse émancipée".
L’islamo-gauchisme est le tissu putrescent d’un trotskisme dégénéré. Mais cette putrescence n’est-elle pas celle d’à peu près toute la "gauche" dont Camus peu avant sa mort disait faire encore partie "malgré moi et malgré elle", dont il voyait (déjà !) "la déchéance" ?
Putrescence de l’intelligentsia française : monstrueux hybrides (islamogauchisme) (il y eut naguère des "nietzschéens de gauche"), termes impropres ("phobie" au lieu de peur) ("mariage" gay). Ineptes substitutions lexicales : ce matin 13 février un affidé du candide Emmanuel Macron m’apprend que droite/gauche pour son candidat, ça n’a plus cours ; désormais c’est conservatisme ou progressisme. Mais que gagne-t-on à substituer le scybale à la merde, le bren à l’excrément (2) ? Le prochain président de la République en notre âge de "muflisme" (3) intégral sera-t-il monsieur Homais ?
 
(1) De l’islam, non des musulmans. Les médias, dont le quotient intellectuel, chez la plupart de ses agents, est faible, ne font pas l’amalgame quand il est requis de le faire (islam et islamisme) et le font quand discriminer serait le b, a, ba  de la conscience intellectuelle.
(2) Allusion aux dernières lignes du chapitre ultime du Quart Livre de Pantagruel.  J’ajoute – n’importe quel être en bonne santé physique ou mentale le sait bien – qu’on ne progresse qu’en conservant.
(3) Pour Flaubert, trois âges successifs : paganisme, christianisme, muflisme. Je tendrais à dire aujourd’hui : paganisme, christianisme, crétinisme.  
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Adossée à des fondamentaux politiques avérés. Magistro, une tribune critique de bon sens, raisonnée et libre, d'information civique et politique.

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