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La révolution silencieuse
Cette révolution silencieuse qu’ignore la "France d’en haut"

Depuis janvier 2009 paraît chaque année une enquête du CEVIPOF, réalisée sur plus de 2000 personnes, intitulée "baromètre de la confiance". La vague 8 de cette étude a été réalisée entre les deux primaires de la gauche et du centre, du 16 au 30 décembre 2016, à la veille d’une année électorale décisive.
Ce document sonde l’esprit de la France. En cette période cruciale, les responsables publics devraient s’y pencher avec la plus grande attention. Il souligne l’aggravation, d’année en année, de l’abîme qui sépare le microcosme politico-médiatique de la majorité silencieuse. L’enquête du CEVIPOF traduit une révolution silencieuse. Le décrochage de l’opinion à l’égard de "la politique spectacle" s’accélère. Les primaires, supposées marquer un progrès de la démocratie, n’ont fait qu’aggraver la fracture. La posture "anti système", dernière mode idéologique, dont tentent de s’emparer tous les candidats, n’y change rien, jugée factice. Que nous dit cette enquête?
Les formations politiques, de l’extrême gauche à l’extrême droite, ont perdu toute crédibilité aux yeux de la majorité silencieuse. 83 % des Français font confiance aux hôpitaux,  82 % à l’armée, 81 % aux PME, mais 11 % seulement aux partis, bons derniers du classement… Les médias ne sont guère mieux lotis : 24 % leur font confiance. Les Français leur reprochent de s’ériger en donneurs de leçons plutôt que de leur fournir une information honnête.
 
Les Français n’acceptent plus de se voir imposer "d’en haut" des vérités et des politiques pour lesquelles ils ont le sentiment de ne pas avoir eu leur mot à dire. Pour 89 % d’entre eux, les responsables politiques nationaux "ne tiennent aucun compte de ce que pensent les gens comme eux". La politique nationale, médiatique, inspire à 40 % de la méfiance, 28 % du dégoût, 10 % de l’ennui, 3 % de la peur, soit 81 % de perception négative… Les gesticulations narcissiques de la scène nationale leur deviennent insupportables : 77 % jugent que les politiques devraient moins polémiquer et "prendre des mesures" dans l’intérêt général. Les querelles politiciennes et le sectarisme idéologique sont rejetés : 75 % estiment que le notions de droite et de gauche "ne veulent plus dire grand-chose", et 79 % que "les camps opposés devraient s’entendre dans l’intérêt du pays". Leur première attente des politiques est "l’honnêteté".
 
Ils rejettent l’institution élyséenne sous sa forme actuelle (par-delà son titulaire), l’illusion de "l’hyper-présidence", d’un chef de l’Etat ultra-médiatisé et présenté comme incarnant à lui seul le pouvoir politique : 65 % ne font pas confiance à la "présidence de la République"!  De fait, aucun des candidats aux présidentielles, considérés comme les favoris pour la qualification au second tour, ne suscite leur adhésion : 63 % ne font pas confiance en M. Macron, 65 % en M. Fillon et 70 % en Mme Le Pen… Cette enquête pourfend la fascination et l’obsession des responsables politiques et des médias pour la personnalisation du pouvoir et la quête du sauveur supposé sortir du scrutin de mai 2017. Les Français, dans leur ensemble, n’y croient plus.
 
Ils en appellent à un bouleversement de la politique. 91 % se disent "attachés à la démocratie" mais 70 % pensent qu’elle "fonctionne mal". Ils veulent être écoutés et entendus. 79 % pensent que les grandes décisions engageant l’avenir doivent "faire l’objet d’un débat approfondi" et 62 % veulent que "les citoyens participent davantage à la décision". 75 % sont fiers d’être Français. Ils veulent un renforcement de l’autorité de l’Etat, une Nation protectrice, plus de discipline à l’école, la maîtrise des frontières et des flux migratoires, une protection accrue face à la délinquance et au terrorisme. La démocratie de proximité est plébiscitée : 64 % font confiance à leur maire.
 
Cette crise de la démocratie devrait appeler un changement radical des mentalités de la classe dirigeante : une approche plus discrète, modeste et collective du pouvoir, à l’écoute des Français, tournée vers l’action plutôt que la communication et vers le seul intérêt général ; un chef de l’Etat au-dessus de la mêlée, qui préside et fixe le cap plutôt que de gesticuler ; un Premier ministre et des ministres qui gouvernent pour le bien public plutôt que de soigner leur destin personnel ; un Parlement fidèle représentant de la Nation, puissant et respecté, qui contrôle et sanctionne l’exécutif en cas d’échec ; le recours au référendum pour les décisions essentielles (73 %).
Mais pendant ce temps, la France dite "d’en haut", enfermée dans sa bulle, n’entend rien du message populaire. De l’extrême gauche à l’extrême droite, la grande comédie hystérique bat son plein en ce début d’une campagne présidentielle réduite au culte forcené de l’ego, à la démagogie frénétique, au mépris des gens, face à une France abasourdie par le spectacle et qui se sent de plus en plus abandonnée…

maximetandonnet.wordpress.com
Paru dans Le Figaro du 26 janvier 2017
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Retraites : qu’attendent Fillon et Les Républicains pour se doter d’un programme digne de ce nom ?
 
François Fillon a joué un rôle clé dans deux réformes des retraites : celle de 2003, en tant que ministre des Affaires sociales, du travail et de la solidarité, et celle de 2010, en tant que Premier ministre. L’importance de ce sujet pour les finances publiques est considérable : 14 % du PIB, plus du quart du total des dépenses de notre système social, de l’État et des collectivités territoriales réunies. On pourrait donc s’attendre à ce que son programme présidentiel soit, sur ce point, à la hauteur des enjeux. On pourrait attendre la même chose du programme du parti Les Républicains, qui fournira, si le succès est au rendez-vous, le gros de sa majorité parlementaire. En tant que spécialiste des retraites, j’ai le triste devoir de dire que c’est loin d’être le cas, et qu’il serait grand temps de corriger le tir.
 
Le site officiel du candidat Fillon est particulièrement peu disert en matière de retraites : la 15ème "mesure phare" indique simplement "recul de l’âge de la retraite à 65 ans et unifier tous les régimes pour maintenir le pouvoir d’achat des salariés". Le passage à un régime universel est une réforme structurelle en faveur de laquelle je plaide depuis plus de 20 ans (Quelles retraites en l’an 2000 ? Armand Colin, 1993) (1) : je ne vais donc pas faire la fine bouche ! Mais s’agissant d’une opération de grande ampleur, il ne suffit pas de l’annoncer dans une petite phrase qui commence par une mesure paramétrique portant sur une variable de commande qui aurait toute chance de disparaître dans un régime rénové où la liberté rendue possible par l’adoption de la neutralité actuarielle remplacerait enfin les carcans bureaucratiques actuels. François Fillon semble avoir fait allusion oralement à l’adoption d’un système pas points : c’est cela, et d’autres dispositions constitutives d’un régime efficace et juste, qu’il faudrait porter à la connaissance du corps électoral.
 
Le site du parti Les Républicains entre davantage dans les détails. On y lit d’emblée : "Nous assurerons l’égalité stricte entre le public et le privé sur le calcul des pensions de retraite et demandons un âge identique de départ à la retraite pour tous les salariés. Nous voulons la suppression des régimes spéciaux de retraite." Mais veut-on emmener les Français, épris de liberté, en rang par deux, vers un âge de "départ" obligatoire ? Alors que chacun aspire à organiser sa vie comme il l’entend, le premier préférant le loisir à l’argent, le second désirant travailler plus longtemps pour pouvoir dépenser davantage, et le troisième souhaitant une période de transition comportant une activité professionnelle réduite et la perception d’une fraction de sa pension ! Cette liberté, rendue compatible avec l’égalité et l’efficacité par l’adoption d’un régime universel en points appliquant un principe de neutralité actuarielle, serait-elle en dehors des limites de l’épure LR ?

Plus loin – page 290 et suivantes du programme – sous un chapeau "garantir une fois pour toutes le financement des retraites", arrivent les dispositions concrètes, dont les quatre principales méritent d’être connues et commentées.
- "Porter à 63 ans en 2020 l’âge légal de départ à la retraite, puis à 64 ans en 2025." Cette phrase qui nous promet la répétition des réformes paramétriques précédemment réalisées, est terrifiante, car elle montre à quel point les auteurs du programme ignorent la nécessité de dépolitiser la gestion de notre système de retraites. La loi doit fixer la structure du système, y compris la nature des leviers de commande, mais manœuvrer ces leviers pour atteindre, notamment, l’équilibre budgétaire, est de la responsabilité des gestionnaires. Ni le Parlement, ni même le Gouvernement, n’ont intérêt à se mêler de la gestion des retraites : une fois mis en place un bon système, avec des buts bien définis, il faut laisser son équipe de direction prendre ses responsabilités, quitte à la semoncer, voire à la renvoyer, si elle fait mal son travail.
- "Supprimer les régimes spéciaux tout en alignant le mode de calcul des pensions de retraite du public sur celui du privé (les 25 meilleures années, primes comprises)". Voilà de bonnes intentions, mais de celles dont l’enfer est pavé. Car une telle mesure sera encore plus difficile à mettre en œuvre que le passage à un régime universel par points, du fait notamment que les régimes spéciaux ont pour équivalent non pas le régime général, mais l’ensemble formé par les 3 régimes des salariés du privé, assurance vieillesse du régime général, Arrco et Agirc. Se donner un mal fou, et déclencher des grèves paralysantes, pour se retrouver avec des régimes de fonctionnaires et de cheminots calqués sur le régime mal fichu qu’est celui des salariés du privé, quel gâchis en perspective !
- "Nous demanderons aux gestionnaires des régimes Arrco et Agirc de poursuivre leurs efforts d’économie et d’aligner leurs coûts de gestion sur ceux de la CNAV." Si le programme de LR avait été écrit ou relu par quelqu’un connaissant le sujet, il poserait de façon bien différente l’importante question du coût de gestion. Exprimé en pourcentage, le coût d’un régime complémentaire, distribuant des pensions plus modestes que le régime de base, paraît évidemment élevé, puisque gérer des droits requiert les mêmes opérations, et coûte donc autant d’euros, que la pension mensuelle obtenue au terme d’une carrière complète soit 300 €, 600 €, ou 1 200 €. Ce phénomène s’observe également en assurance maladie, où les complémentaires fonctionnent avec des frais de 10 % à 25 % des remboursements qu’elles effectuent, contre moins de 5 % pour la sécu. Ce qui réduirait fortement les frais de gestion des retraites, c’est l’instauration d’un régime universel !
Fillon et Les Républicains ont actuellement comme atout principal la nullité de leurs adversaires. On aimerait que, d’ici les élections, la raison de voter pour eux ne soit plus le choix du moindre mal, mais celui d’un candidat et d’un  mouvement politique ayant un bon projet.
 
(1) Le plaidoyer, et surtout le travail préparatoire à une réforme structurelle, s’est poursuivi notamment dans un livre avec Alain Madelin, Quand les autruches prendront leur retraite, Le Seuil, 2003, et La retraite en liberté, au Cherche-midi, janvier 2017. Ce dernier ouvrage précise comment passer, en un quinquennat, de nos 36 régimes hétéroclites à un régime unique par points, clair et simple pour les assurés sociaux, et facile à piloter.
Publié dans Du côté des élites
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Pour avoir un pays bas, votez Hollande
 
Les lecteurs de l’Institut des Libertés se souviennent peut être de la mauvaise plaisanterie que m’avait inspiré la campagne de monsieur Hollande il y a cinq ans déjà, et qui figure comme titre à cet article. Rarement un slogan électoral aura été aussi prémonitoire.
A mon immense stupéfaction, je viens de me rendre compte que cet homme prodigieux de modestie a encore des partisans puisque qu’il me revient aux oreilles que certains d’entre eux se répandent dans les media et les diners en ville à Paris en soutenant que monsieur Hollande n’a pas de chance puisqu’il s’en va au moment même où l’économie française serait en train de redémarrer. Et tous de souligner que ce redémarrage serait la conséquence des réformes courageuses (?) que notre géant de la politique aurait imposé à une France récalcitrante. Et là, je ne peux m’empêcher de m’interroger.
Mais de quelles reformes parlent-ils ?
En dehors du mariage pour tous qui s’est terminé par un divorce entre les socialistes et le peuple et de nombreuses et considérables augmentations d’impôts frappant tous ceux qui n’avaient pas voté pour lui, je ne me souviens d’aucune réforme qui vaille la peine d’être mentionnée. Sûrement un manque d’attention de ma part.
Quant aux succès économiques de ces dernières années, il faut vraiment un œil d’aigle ou un microscope pour en trouver la trace.
J’imagine que dans les mois qui viennent les journaux vont être remplis de diagnostics divers et variés sur les résultats de cette présidence qui s’achève. Pour ma part, je ne vois pas très bien ce que nous avons à gagner à revenir à l’IDL sur cette période pénible de notre histoire et mon intention n’est pas de faire un travail exhaustif sur les cinq dernières années. Beaucoup, beaucoup trop ennuyeux.
A l’impossible, nul n’est tenu…

Mais pour couper court à toutes les billevesées parisiennes, je voudrais simplement rappeler :
- que depuis cinq ans, la dette de l’Etat Français n’a cessé de grimper et se rapproche dangereusement des 100 % du PIB et que cette dette est montée allégrement de 4.5 % par an alors même que le PIB du secteur privé lui ne montait que de moins de 1 % par an et que la production industrielle baissait de 0.2% par an.
- que le chômage (catégories A, B, C) est monté de plus de 1 millions de personnes depuis l’élection de notre grand homme.
- que les comptes courants (nouveau nom de la balance avec l’extérieur) sont toujours en déficit.
- que le poids de l’Etat dans l’économie est à plus haut historique qui frise les 60 %, ce qui prouve que la France souffre bien d’un excès de libéralisme, ce dont toute la gauche est convaincue.
Les lecteurs pourront compléter cette liste à leur gré, tant je suis sûr qu’ils ont tous des idées à mentionner sur les nombreux succès économiques de notre héros au sourire si sot. Mais là où je m’amuse, c’est quand ces mêmes personnes nous disent que leur boule de cristal leur annonce une amélioration substantielle de la situation dans les 12 mois qui viennent.
Voilà qui me fait penser aux vœux prononcés par Nicolas II le Tsar de toutes les Russies en décembre 1916 pour souhaiter une bonne année à son peuple. Il avait expliqué que l’année 1916 avait été horrible et que donc 1917 ne pouvait être que meilleure…  Brillante prévision s’il en fut…

Et, de fait, je me fais un peu de souci pour 2017.
Il est en effet dans ma nature et parce que c’est requis par mon métier, non pas d’essayer de scruter l’avenir car cela est impossible mais de regarder des événements qui se passent aujourd’hui et qui annoncent peut-être un avenir qui ne va pas chanter tant que cela.
Et quelque chose commence à me donner du souci : les taux français sur les obligations à 10 ans s’écartent depuis quelques temps des obligations allemandes sur la même duration. Que le lecteur veuille bien considérer le graphique ci-dessous.
 
 
 
La ligne rouge, c’est simplement l’écart des taux entre les 10 ans allemands et les 10 ans français, cet écart des taux étant aujourd’hui aux alentours de 50 points de base. La ligne bleue c’est la moyenne mobile sur les deux dernières années de cet écart des taux. En bas, en noir, nous avons l’indice des cours des valeurs bancaires européennes. Et enfin le hachurage gris représente les périodes de récession dans l’économie française.
Et bien chaque fois depuis 25 ans que l’écart de taux entre l’Allemagne et la France se creuse (ligne rouge sous la ligne bleue) et que les cours des valeurs bancaires baissent, nous avons eu une récession en France.
 
Pourquoi ?
Tout simple : à chaque fois, cela voulait dire qu’une attaque sur le franc français quand il existait ou sur l’Euro (depuis que le ff a disparu) était en préparation. Et que cette attaque allait mettre à mal le bilan des banques européennes bourré d’obligation françaises, italiennes ou espagnoles, ce qui allait nous amener dans une récession.
Or, à mon avis, le feu est allumé sous la marmite de l’euro depuis les élections italiennes au moins et en conséquence la marmite peut menacer de déborder à tout moment.
Et donc ma conclusion sur monsieur Hollande sera la suivante : Tout le monde a l’air de penser qu’il ne va plus rien se passer politiquement en France jusqu’à la fin Mai et que tout ce que monsieur Hollande a à faire c’est expédier les affaires courantes.
Je n’en suis pas sûr du tout.
Une nouvelle crise sur l’Euro peut arriver à tout moment, et de droit ce sera à monsieur Hollande et à monsieur Sapin de prendre les décisions qui s’imposeront alors qu’ils n’auront plus la moindre légitimité pour le faire. Ce qui voudra dire que Bruxelles ou la BCE n’auront aucun interlocuteur en face d’eux quand il faudra prendre des décisions désagréables en pleine campagne présidentielle. Et monsieur Hollande ne pourra pas demander à monsieur Fillon de venir l’aider, puisque ce serait faire le jeu du FN ou de l’extrême gauche.
 
Voilà qui va plaire à Marine, Mélenchon et autres Montebourg et nourrir les discussions pendant une campagne électorale qui s’annonce peut-être un peu plus animée que la classe politique ne le croit, en particulier sur la nécessité de rester ou non dans l’euro…
Un bon sondage ou deux pour Marine, et le coup peut partir à tout moment.
Voilà qui pourrait être plaisant compte tenu de la capacité à prendre des décisions de notre Président sortant.
A mon avis, si le coup partait, si une crise de l’euro se déclenchait pendant la campagne présidentielle française, ça risquerait de sentir le sapin assez vite…

Paru sur Institut des Libertés, 16 janvier 2017
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La nouvelle vision américaine du monde
 
"America first !" Que recouvre exactement ce slogan de la nouvelle Administration en place à Washington depuis le 20 janvier 2017 ?
Quand il proclame cette devise, Donald J. Trump ne songe pas à une Amérique qui soit la première dans le monde, pour le dominer et le policer.
C’est un président qui veut une Amérique qui soit forte sans être impériale. À la différence de son antéprédécesseur George W. Bush, Trump est très loin de l’idée néoconservatrice que son pays serait une nouvelle Jérusalem, à qui Dieu aurait confié la tâche de civiliser les autres nations du monde. À la différence de son prédécesseur Barack Obama, Trump se sent peu concerné par le destin des autres régions du monde, par le multilatéralisme ou par le sort des pays étrangers, quand bien même seraient-ils, comme la France, de vieux alliés de son pays. L’Amérique sera toujours la première de ses préoccupations. Sa politique commerciale n’hésitera pas à recourir au protectionnisme ; sa politique étrangère se concentrera sur la défense des intérêts américains et sur la sécurité du territoire américain.
 
Le président Trump engagera-t-il pour autant les États-Unis dans une politique isolationniste du type de celle qu’ils connurent de 1920 à 1940 ? Je ne le pense pas. Refuser l’ingérence en politique étrangère, orienter cette dernière vers la sauvegarde des seuls intérêts américains, ce n’est pas obligatoirement vouloir s’isoler du reste du monde. Dans la poursuite des intérêts américains, "we will embrace diplomacy", explique Donald Trump sur le site de la Maison-Blanche. Cela veut dire qu’il se servira de la diplomatie, qu’il la prendra à bras-le-corps, pour construire, dans des buts spécifiques, des partenariats spécifiques avec les pays étrangers. "Le monde doit savoir que nous n’irons pas à l’étranger pour nous faire des ennemis, et que nous serons toujours très heureux lorsque nous verrons de vieux ennemis devenir des amis, et de vieux amis devenir des alliés", ajoute-t-il. L’exemple de ce vieil ennemi qui peut devenir demain un ami, et dans un second temps un allié, est évidemment la Russie.
Comme Trump ne voit aujourd’hui qu’un ennemi à l’Amérique – "l’État islamique et les autres mouvements radicaux musulmans" et qu’il a indiqué dans son discours d’investiture sa volonté de l’éradiquer de la surface de la terre, il est très probable que la Maison-Blanche cherchera à travailler sur ce point avec le Kremlin. La grande puissance la plus active au Moyen-Orient est sans conteste aujourd’hui la Russie, qui parraine, avec l’Iran et la Turquie, la conférence de paix qui s’est ouverte le 23 janvier 2017 à Astana (Kazakhstan), entre régime et rebelles syriens (à l’exception de Daech et d’al-Qaida).
 
Si les Russes et les Américains décident de faire politique commune pour stabiliser la Syrie, et pour y défaire l’État islamique, leur affaire ne deviendra pas simple pour autant. Quelle attitude choisiront-ils envers les Kurdes cryptocommunistes du PYD qui, soutenus par le Pentagone, contrôlent aujourd’hui une bonne partie du nord du pays ? Est-ce à eux qu’ils confieront la mission de reprendre la ville de Raqqa à l’État islamique ? Quelles garanties donneront-ils à la Turquie ?
Donald Trump n’a pas fait mystère de son intention de lever les sanctions décrétées par son prédécesseur contre la Russie, à l’occasion de la crise ukrainienne de 2014. Encore faudra-t-il qu’il justifie un tel cadeau face à son Congrès.
Se satisfera-t-il de la proposition faite par Vladimir Poutine d’une réduction conjointe des arsenaux stratégiques nucléaires russes et américains ? Le partenariat Amérique-Russie que Trump appelle de ses vœux ne pourra pas réussir sans un significatif geste de bonne volonté en provenance de Moscou. Trump réussira-t-il à convaincre Poutine d’en faire un ?
 
Autre défi de politique étrangère que Trump aura très bientôt à relever : celui de la Corée du Nord. Que fera le président lorsque le régime de Kim Jong-un déclarera avoir mis au point une fusée intercontinentale à tête nucléaire, capable de frapper le territoire américain ? Se rapprochera-t-il de la Chine pour exercer une pression commune, ou tentera-t-il de "faire un deal" directement avec le jeune dictateur ?
Lorsque l’Amérique était encore la seule superpuissance de référence, on la voyait occupée à tenter de faire la paix partout, à Chypre, au Liban, en Palestine, au Sahara occidental, au Cachemire, dans les Balkans, en Asie centrale, en Mésopotamie, etc. avec plus ou moins de bonheur. Avec Trump, cette époque est révolue. Pour le bien ou le malheur du monde ? C’est trop tôt pour le dire. Sa politique étrangère peu sophistiquée - mais qui a le mérite de la clarté - n’a-­­t-elle pas quelque chance de réussir ? Tout dépendra de son exécution. En diplomatie, plus encore que dans les autres domaines de l’action publique, le diable réside dans les détails.
Paru dans Le Figaro, 24 janvier 2017
Publié dans De par le monde
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Macron, l’homme du Système
 
L’engouement pour Emmanuel Macron, qui ne dit rien qui fâche, est l’autre symptôme de cette propension des beaux esprits à ne pas vouloir se salir les mains au contact des réalités. Celui qui se présente comme l’homme de l’antisystème, au prétexte qu’il n’est pas soutenu par un parti, est la personnification du mécanisme qui produit depuis des lustres la même pensée officielle et aseptisée. L’appui que lui apportent Alain Minc et Bernard Kouchner, mais aussi Pierre Bergé et Jacques Attali, résume l’idéal dont il est porteur : un monde urbain sans frontière, libéral en économie comme en mœurs et en immigration. Le promoteur de ce Babel ne voit rien de l’insécurité culturelle des peuples et de la contre-colonisation de territoires entiers de la nation. Ce qui est rafraîchissant chez Macron s’arrête à sa personne, qui reste un leurre. Il se garde de dévoiler les grandes fortunes qui le financent.
L’éparpillement annoncé de la gauche et de la droite attire déjà à lui des socialistes réformistes et des centristes indécis. Dans le désarroi qui étourdit la vie politique, Macron est pareil à l’attrape-mouche où se laissent prendre des électeurs fatigués. Mais la société civile dont il prétend être le produit n’est pas celle qui a élu Trump. S’il était le représentant des Oubliés, le leader d’En marche ! ne ferait pas l’impasse sur la question existentielle qui taraude les gens. Il n’applaudirait pas Angela Merkel ou l’Union européenne pour leur accueil des "migrants". La mission assignée à Macron par les "élites" qui le portent, dans lesquelles le mondialiste George Soros aurait toute sa place, est de canaliser la colère populaire pour en faire un "populisme" soft. Cette imposture, camouflée par des médias peu regardants, s’arrange du brouillard entretenu. Il ne devrait guère durer.

Paru dans Le Figaro, 27 janvier 2017
Publié dans Du côté des élites
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GPA : "La Cour européenne des droits de l'homme protège enfin les droits des enfants !"
 
La CEDH a conclu qu'un Etat n'avait pas à reconnaître comme parents les personnes ayant acheté un enfant. Aude Mirkovic s'en félicite, mais invite à ne pas baisser la garde car la Cour s'est fondée en l'espèce sur l'absence de lien biologique entre les "acheteurs" et l'enfant.
 
Un Etat n'a pas à reconnaître comme parents les personnes ayant acheté un enfant : voici, en substance, ce qui résulte de la décision rendue hier, le 24 janvier 2017, par la Cour européenne des droits de l'homme dans l'affaire opposant à l'Italie deux de ses ressortissants, Paradiso et Campanelli.
Il aura quand même fallu cet arrêt de la grande chambre pour invalider une décision rendue en simple chambre il y a un an dans la même affaire et qui disait…. exactement l'inverse ! Si les droits de l'homme et sans doute ceux de la femme se portent bien, il n'en va visiblement pas de même des droits de l'enfant, même si cette affaire pourrait marquer un avant et un après dans la prise en considération, enfin !, des droits de l'enfant comme limite à la réalisation des désirs des adultes.
En l'espèce, le principal intéressé est un enfant, fabriqué en Russie pour la vente : conçu de gamètes inconnus, porté par une femme engagée à le livrer dès sa naissance, l'enfant est remis à un couple d'Italiens contre son prix, 50 000 euros très exactement.
Alors que le couple demande, sans complexe, aux autorités italiennes l'enregistrement du certificat de naissance russe les désignant comme parents, le gouvernement italien place l'enfant en vue de son adoption dans une famille d'accueil. Qu'à cela ne tienne, le couple se plaint devant la Cour européenne des droits de l'homme, compréhensive en matière de gestation pour autrui puisqu'elle a déjà condamné (trois fois à ce jour) la France pour avoir refusé, précisément, la transcription sur les registres français d'état civil des actes de naissance des enfants nés de cette pratique à l'étranger.
 
Alors que, il y a un an, la cour européenne condamnait l'Italie en raison de l'atteinte portée à la vie familiale des requérants, la grande chambre retrouve la raison pour refuser de reconnaître quelque vie familiale que ce soit dans une situation résultant d'un tel achat d'enfant. S'il suffisait, en effet, de s'occuper d'un enfant pour que naisse une vie familiale protégée par le droit, tous les trafics d'enfants pourraient fleurir et se développer en totale impunité. Au contraire, estime la cour, en exigeant le respect des règles sur l'adoption internationale, "le législateur italien s'efforce de protéger les enfants contre des pratiques illicites, dont certaines peuvent être qualifiées de trafic d'êtres humains". Et la conception d'un enfant délibérément privé de parents pour le rendre disponible à la vente méconnaît sans conteste les règles de l'adoption internationale, laquelle vise à venir en aide à des enfants privés de leurs parents par les malheurs de la vie et non à fabriquer des enfants sans parents.
 
A défaut de vie familiale, la cour estime que la vie privée des époux italiens est bel et bien concernée. Pour autant, l'atteinte qu'elle subit du fait de la décision d'éloigner l'enfant et de le confier à l'adoption est justifiée comme poursuivant le but légitime de la "défense de l'ordre" et la protection des "droits et libertés" de l'enfant. Autrement dit, le gouvernement italien n'a pas violé la convention européenne des droits de l'homme en retirant un enfant à ses acheteurs pour le confier à une famille d'accueil en vue de l'adoption. On respire !
 
Enfin une décision de la Cour européenne des droits de l'homme qui pose le respect de l'enfant et de ses droits comme limite à la réalisation des désirs d'enfant ! Pourquoi ne pas s'en féliciter, sans réserve ?
Le soulagement pour l'enfant concerné et tous les autres menacés comme lui est réel. Pour autant, nulle raison encore de baisser la garde car les enfants sont loin d'être tous à l'abri : la cour européenne s'appuie fortement dans l'affaire commentée sur le fait que l'enfant n'était lié biologiquement à aucun de ses acheteurs. Justement, elle se montre bien trop compréhensive dès lors que l'un des clients de la mère porteuse, en général un homme, a fourni ses gamètes pour la conception de l'enfant. En témoigne la troisième condamnation de la France, le 19 janvier dernier, fondée en grande partie sur le lien biologique unissant l'enfant à l'homme l'ayant commandé à la mère porteuse.
Le fait d'avoir fourni un spermatozoïde donnerait-il donc tous les droits à un homme sur l'enfant à venir, au point de lui imposer une gestation pour autrui pour venir au monde ? Si la France voulait vraiment protéger les enfants de la GPA, elle ferait appel des condamnations iniques subies à répétition : elle pourrait ainsi contraindre la grande chambre à remettre l'enfant au cœur des décisions, comme l'Italie l'a fait hier. Il y aurait alors vraiment un avant, et un après. Pour l'heure, en attendant la France, merci l'Italie !

Paru sur Figarovox, 25 janvier 2017
Publié dans A tout un chacun
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L’Europe selon Trump
 
Il paraît que Trump n’aime pas l’Europe et souhaite la disparition de l’Union Européenne.
Quoi d’étonnant ? Depuis l’annonce de sa candidature, les médias européens le qualifient  tous ensemble, "le milliardaire" ou "le magnat de l’immobilier", pire de populiste ou de macho quand ils ne mettent pas en doute sa santé mentale.
D’ailleurs l’Europe est elle aimable ? Cette Babel moderne regroupe 28 pays ne pensant qu’à leur intérêt propre et ne manifestant aucune solidarité : les pays de l’Est obnubilés par une soi-disant menace russe, s’abritant sous le parapluie percé de l’OTAN, l’Allemagne ne pensant qu’à ses retraites et admettant sans concertation un million de migrants, les états du sud tétanisés par des risques de faillite bancaire, la France se refusant à toute réforme mais par contre abandonnée seule dans ses interventions au Sahel, le traitement des migrations laissé aux états frontière, mais l’Italie allant chercher des migrants  au large de la Libye. Aucune politique commune, incapacité de se défendre sans l’aide des Etats Unis, on peut s’interroger sur la pertinence de cette institution que le Royaume Uni a préféré quitter.
Trump a entrepris mettre en œuvre ce qu’il avait promis. "L’OTAN est obsolète", il va bien falloir organiser la défense de l’Europe. Trump veut s’entendre avec Poutine, il faudrait le devancer pour ne pas paraître à sa remorque.
Il est navrant de voir un ensemble de 500 millions d’habitants, incapable de s’organiser : Une usine d’électroménager installée à Amiens, va être transférée en Pologne où la main d’œuvre est moins chère, est ce acceptable ? La même Pologne préférant des hélicoptères américains aux européens, parce qu’elle a plus confiance dans la protection américaine que dans celle de l’Europe, est ce admissible ?
L’Union Européenne ne va pas pouvoir continuer longtemps dans cette impuissance.
Trump proclame "America first", si quelqu’un – qui ? – se risquait à proclamer "Europa first " quelle signification cela aurait-il ? Et qui le croirait ?

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La politique de Défense de la France

Quel regard portez-vous sur la Défense de la France ?

A l'issue de cette mandature, nous voyons un empilement d'actions réactives, à vocations plus politiciennes que politiques, une usure certaine de nos forces armées, mais nous ne voyons pas émerger de stratégie générale. Nous avons globalement une Défense qui vit sur sa lancée sans qu’une direction forte ne lui ait été donnée. C’est vrai avec les différentes interventions extérieures, c’est vrai aussi dans le rapport à l’OTAN et à l’Europe. Sur ce point, la France vit avec son héritage "sarkozien" qui lui a fait grand mal en statuant la perte de son autonomie stratégique sans bénéfice retour au niveau européen. Tout cela mériterait d’être ordonné autour d’une vision claire, absente aujourd’hui. Nous avons une Défense en déshérence en termes de cohérence générale, avec des discours de gestionnaire à tous les niveaux mais aucun souffle sur ce qu’est la France, sur ce que doit être sa défense, ses principes fondateurs, son autonomie.
 
Et concernant les forces armées ?
En ce qui concerne les forces armées, comme tous les connaisseurs lucides, je suis critique : aucun gouvernement de la Vème République n’aura laissé la Défense dans un tel état ! Au-delà des discours convenus, l’héritage sera désastreux ; en effet, durant les cinq dernières années, même si toutes les interventions extérieures n’ont pas été inutiles, le capital militaire aura été usé sans être restauré. Initiée avant même l’effondrement du pacte de Varsovie, vite aggravée par la LOLF et la RGPP, la dégradation des armées s’est accélérée en 2008 sous la présidence Sarkozy qui a planifié la suppression de 57 000 postes, où les réorganisations ont été faites avec un esprit gestionnaire contraire à la rationalité opérationnelle ; elle s’est poursuivie avec le Livre Blanc 2014 puis la "nouvelle gouvernance" voulue par Jean-Yves Le Drian. Ce qui a accéléré le phénomène avec la Présidence Hollande, c’est que les forces armées ont été engagées très au-delà de leurs capacités : le futur a été sacrifié au présent. S’il y a pourtant un domaine où il est irresponsable de le faire, c’est bien celui de la défense ! Le CEMA Pierre de Villiers le dit de façon plus voilée, mais il répète depuis 2014 que l’application de la Loi de Programmation Militaire (LPM) dans le contexte des opérations actuelles représente un effort dangereux pour les armées, "dont le costume est déjà taillé au plus juste" et que "l’armée française se dégrade plus rapidement qu’elle ne peut se reconstituer".
 
Comment expliquez-vous cette dégradation accélérée ?
Cela vient de la distorsion initiale entre les missions théoriques prévues dans la LPM et les moyens accordés par cette même loi. Cette distorsion s’est accrue avec la multiplication des opérations extérieures, le suremploi des forces n’étant plus du tout en adéquation avec leurs moyens réels. Cela se traduit par exemple par le sous-entraînement des armées : un pilote d’hélicoptère vole 150 heures par mois alors qu’il devrait voler 180 heures (-20%), les soldats de l’armée de Terre devraient sortir 90 jours par an alors qu’ils ne sortent que 64 jours (-40%), les pilotes de Transall devrait voler 240 heures par mois alors qu’ils volent 180 heures (-33%), donc les parachutistes sautent moins, etc. La France a aujourd’hui une armée globalement sous-entraînée, sous-équipée, avec un taux de disponibilité des équipements dangereusement bas, des trous capacitaires de plus en plus béants, à l’encontre d’un de nos principes fondateurs depuis plus d’un demi-siècle, celui de l’autonomie stratégique. Pour conduire une opération, nous avons besoin du ravitaillement en vol américain, du lift américain, du renseignement américain, nos drones Reaper ne volent que si les Américains le veulent bien, etc. Ainsi, notre autonomie stratégique s’est très fortement dégradée sans qu’aucune mesure forte n’ait été prise pour la restaurer ! La faute est de ne pas avoir maintenu l’indispensable cohérence entre les finalités et les moyens de la Défense.
 
Pourtant le ministre de la Défense Le Drian (MINDEF) est très populaire auprès des militaires et des industriels…
Vous savez, chacun se réjouit de l’accroissement de nos exportations de matériels militaires, qui implique d’ailleurs un lourd accompagnement de la part de nos forces armées, mais il n’a aucune retombée immédiate sur l’impératif redressement de ces dernières ! Jean-Yves Le Drian a exécuté les missions qui lui sont confiées par le PR (1) - c’est bien sa première légitimité - mais il aurait dû exiger en retour la mise en place des moyens de ces missions. Le chef d’état-major des armées l’a redit récemment de manière claire : à la guerre doit correspondre l’effort de guerre ! Or, c’est à l’inverse auquel nous avons assisté. Le militaire agit en militaire, donc il se tait et remplit sa mission mais, au bout de cette éthique, ce sont les Français et leur défense qui pâtissent, car l’armée française est aujourd’hui dans un état qui ne correspond plus aux nécessités de défense et se trouve face à une pente qui sera très longue à remonter. Les Français doivent le savoir : l’outil brillant qu’on présente chaque 14 juillet est en réalité rongé de l’intérieur pour rester brillant à l’extérieur. Il faut y ajouter un moral en berne chez nos militaires, affectés personnellement par les tensions sur les effectifs.
Malgré cette situation, nos militaires sont trop silencieux : sur-interprétant leur devoir de réserve, ils se méprennent le plus souvent sur le loyalisme et la neutralité qu’on attend d’eux. Ce qui est inquiétant dans la période électorale actuelle, c’est que même un candidat comme François Fillon hésite devant l’indispensable réinvestissement militaire… Les politiques savent que c’est nécessaire mais, oubliant que la défense est la première mission de l’Etat, comme ils ont de multiples urgences à rattraper, ils tergiversent sur la Défense et bottent au mieux à l’horizon 2025, ce qui est beaucoup trop tard. Ou pourquoi pas ! Mais alors il faut diminuer les déploiements internes et externes, et n’engager plus les armées qu’à la hauteur des moyens qu’on lui consent. Malgré tout d’ailleurs, compte tenu des renouvellements de matériels nécessaires et en réduisant les engagements actuels, il faudrait tout de même porter le budget de la Défense à 2% du PIB, uniquement pour rétablir les capacités minimales de défense. Quand le chef d’état-major des armées demande 2% du PIB, ce n’est pas pour aller sur la lune, c’est juste pour pouvoir faire rouler les chars, voler les avions et naviguer nos vaisseaux de guerre !
 
Ne pensez-vous pas qu’actuellement certains politiques ou hauts fonctionnaires utilisent ce chiffre de 2% comme écran de fumée ?
Absolument, car c’est un fourre-tout que l’on conserve dans le brouillard de l’ambiguïté : on y mélange hardiment vie courante, investissements, solde des militaires, pensions des retraités etc., ce qui permet de noyer le poisson. Mais ce n’est pas le problème. La question pour le PR est : "je dois avoir une armée qui a les moyens des missions que je lui donne". Si nous voulons poursuivre sur le rythme actuel notre politique extérieure d’interventions réactives, ce n’est pas 2% qui sont nécessaires, mais 3%. Vous voyez bien qu’on prend le problème à l’envers ! Il faut, je le redis, mettre en adéquation les moyens et les missions sinon vous cassez l’outil : c’est cela l’objectif. D’ailleurs, si l’OTAN considère que la norme est 2% pour les pays européens isolationnistes et ne possédant pas l’arme nucléaire (Allemagne, Pays-Bas, Danemark et les autres !), c’est bien plus que la France doit viser, elle qui est interventionniste et dépense un tiers de son budget d’investissement pour sa dissuasion nucléaire ! Il est ridicule de dire aujourd’hui "nous avons gagné la guerre" car la guerre ne va pas s’arrêter miraculeusement : nous sommes rentrés dans un temps de guerre permanente de basse intensité. Donc l’important ce n’est pas de se battre sur 2%, l’important est de vérifier si nous sommes capables de remplir dans la durée les missions que la France confie à ses armées ? La réponse est "non avec les moyens actuels".
 
Vous parliez du moral des armées ?
Le moral des armées est bas pour de nombreuses raisons ; nous en avons abordé certaines. Il faut ajouter que les conditions de vie du soldat se dégradent du fait de l’état déplorable des casernements : le coût normal d’entretien d’un bâtiment public est de l’ordre de 11 €/m² par an, les armées accordent 6 €/m² par an au budget et les dépenses effectives sont descendues à 2 €/m² par an ! Les armées sont incapables d’empêcher la dégradation de leur patrimoine immobilier ; il y aura aussi dans ce domaine un effort considérable à consentir.
 
Quel jugement portez-vous sur l’actuel CEMA Pierre de Villiers ?
C’est un homme courageux, malgré le contexte et les difficultés de la fonction. Tous les militaires apprécient qu’il tienne un discours fort, un discours de vérité. Le général Georgelin, avant lui, a été un très grand CEMA qui a fait entendre la voix des armées, les a fait respecter du politique et sans cesse insisté sur la spécificité militaire et l’importance pour une nation de disposer de forces armées solides.
 
Dans quelques semaines, la France va voter pour un nouveau chef des Armées. Que devrait-il faire de mieux selon vous ?
La première chose à faire, immédiatement, c’est extraire les armées des enjeux politiciens, ce qui passe en premier lieu par la réalisation d’un audit fait par un organisme indépendant et non politicien, qui pourrait être aidé par une commission de parlementaires spécialistes et neutres : il s’agit de voir exactement où en sont les armées aujourd’hui pour pouvoir lancer la reconstruction. Ce doit être une opération vérité pour pouvoir repartir d’un vrai état des lieux. Nous sommes descendus à un niveau qui nécessite un vrai bilan apolitique. Il ne s’agit pas de définir ce qu’il faudra faire, car c’est par essence politique, mais le bilan peut être apolitique.
Ensuite, il y a deux armées à construire : l’armée des nécessités et l’armée des choix. L’armée des nécessités (et des nécessiteux), c’est de boucher les trous et de réparer les matériels : voilà ce qu’il faut faire pour que les soldats soient entrainés, que les avions volent, que les bateaux soient opérationnels, que les casernements soient entretenus, etc. Autre nécessité, les trous capacitaires. L’armée a pudiquement inventé le concept d’abandon temporaire de capacité ; il est temps d’ôter le "temporaire", qui dure depuis des années pour ne pas dire plus : nous ne patrouillons plus notre zone économique exclusive, nous ne disposons pas d’armes pour détruire les missiles adverses, nous ne maitrisons plus notre propre ravitaillement en vol, nous n’avons pas d’hélicoptères lourds, etc. On ne peut revendiquer l’autonomie stratégique avec autant de vides capacitaires.
La troisième forme de nécessité concerne la menace actuelle, le premier rôle de l’Etat consistant à être capable défendre le territoire et de protéger les citoyens : la France est aujourd’hui attaquée, elle doit avoir les moyens de contre-attaquer.
 
Parfait pour l’armée des nécessités. Qu’entendez-vous par l’armée des choix ?
La question à se poser par le PR est : "suis-je capable de continuer à m’engager en Afrique, au Moyen-Orient, dans les pays Baltes, etc. ?". Pour répondre à cette question, il faut avoir une vision pour la France, son rôle, sa place dans le monde, ses valeurs intangibles… et décider. Quel choix politique fort fera le nouveau PR et quel rôle veut-il pour la France dans le monde ? A titre personnel, je pense que la France devrait protéger en permanence sa zone économique exclusive (200 milles marins des côtes). Elle doit aussi se réengager en Afrique francophone, car c’est notre profondeur stratégique et ce serait le moyen d’éviter une immigration bien plus massive encore qu’aujourd’hui en participant au développement de la sécurité et des économies de ces pays.
 
Que faut-il faire avec les OPEX actuelles ?
C’est la réponse à la vision stratégique de la France qui donnera une réponse à la question des OPEX. Le PR doit dire clairement que la sécurité du Sahel et de l’Afrique noire est le problème de la France. Ceci n’est pas dit clairement aujourd’hui. S’il y a nécessité, parce que nous sommes attaqués, il faut s’engager de manière plus convaincante : ainsi nous devrions être plus engagés dans Chammal, mais nous ne le pouvons pas faute de moyens. Par contre, nous sommes devenus otages de l’OTAN et des perceptions stratégiques américaines dans les opérations en Europe du Nord et de l’Est : ce n’est pas raisonnable. Autre opération bien inutile : Sentinelle ! Si les 10 000 soldats étaient sur les OPEX, la tension diminuerait et tout le monde s’en porterait mieux, sans que la situation intérieure n’en soit affectée, car Sentinelle est une gabegie capacitaire et budgétaire.
 
Le nouveau Président de la République devra t-il revoir la LPM ?
Ce qu’il ne faut pas, c’est recommencer l’opération Livre Blanc. Le Livre Blanc est devenu un exercice purement politicien, qui ne vise qu’à donner de l’argumentation pour diminuer les budgets de Défense. Les deux derniers ont été conçus et écrits comme cela. Ce qu’il faut faire, après le bilan dont nous avons parlé, c’est une revue stratégique du monde, confiée à des non politiques, qu’il ne faut pas lier au budget de la Défense. C’est une façon de prendre en compte la menace dans le monde. Ensuite, le PR doit choisir dans cette revue stratégique les zones et les sujets où il souhaite faire porter notre action de défense en fonction de sa Vision. Faut-il une LPM par la suite ? Ce n’est pas certain, puisqu’au-delà des discours convenus, ces lois ont beaucoup moins protégé la Défense que ne l’auraient fait de solides visions présidentielles de la France. Le minimum est de modifier immédiatement la trajectoire de l’actuelle LPM. Ce qu’il faut, c’est une politique de Défense claire, dépolitisée, car s’il y a bien un domaine qui devrait être apolitique, c’est bien la Défense du pays et de ses citoyens. Lors de son discours d’entrée à l’Académie française le 5 février 1920, le maréchal Foch déclara : "… de même qu’un gouvernement ne peut avoir dans la paix que la politique de son état militaire, de même une armée, quand elle entre en campagne, ne peut avoir qu’une attitude et une tactique : celles correspondant à la politique jusqu’alors pratiquée par l’État". Aujourd’hui, la politique extérieure de la France a été déconnectée de sa politique de Défense. Rappelons que ce fut la première cause de la défaite de 1940…
Interview réalisée par Alain Establier
Security Defense Business Review, 24 Janvier 2017, N° 164 – Interview adressé par l'auteur

                                                                   
(1) PR : Président de la République
Interview du général Vincent Desportes, Professeur des Universités associé à Sciences Po Paris, Ancien directeur de l’Ecole de Guerre
Auteur de "La dernière bataille de France", Gallimard – Grand Prix 2016 de l’Académie française

http://www.gallimard.fr/Catalogue/GALLIMARD/Le-Debat/La-derniere-bataille-de-France
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La guerre de Tromelin n’aura pas lieu…
 
Par le Traité de Paris, le 30 mai 1814, la France cède à l’Angleterre une grande partie de l’archipel des Mascareignes, situé dans l’Océan indien. Ainsi, l’Ile de France (aujourd’hui Ile Maurice), conquise par les Anglais en 1810, passe officiellement sous la souveraineté britannique. Rodrigues et les Seychelles sont également (et nommément) transférées à l’Angleterre. L’Ile de la Réunion (Ile Bourbon avant 1793) reste française.
Dans la version française du Traité, le transfert de souveraineté de 1814 se limite aux terres "nommément" désignées. C’est exclusif et c’est très clair : les dépendances ou ilots qui ne sont pas nommément désignées doivent rester françaises.
Le texte anglais est différent : "nommément" est traduit par "especially" (spécialement), ce qui n’a pas tout à fait le même sens. Dans la version anglaise, toutes les dépendances de l’Ile de France (Ile Maurice) sont donc transférées à l’Angleterre, "spécialement" Rodrigues et les Seychelles, ce qui n’exclue pas les autres iles ou ilots qui ne seraient pas nommément désignés. Comme pour accréditer cette interprétation, les iles Agalega et Saint Brandon, qui ne sont pas citées, passent pourtant ipso facto sous domination anglaise dès 1814 en tant que dépendances de l’Ile Maurice. Fâcheux précédent contre l’interprétation française…
 
Sur le moment, et pour près de deux siècles, le destin de quelques ilots de l’Océan indien ne suscite toutefois que peu voire pas du tout d’intérêt, donc pas de réclamation ni de conflit. L’ile Maurice accède à l’indépendance en 1968. Il faut attendre 1976 pour que le nouvel état conteste la souveraineté française sur l’un des ilots oubliés : Tromelin. Il s’agit d’une petite ile d’environ 1 km², perdue au milieu de l’océan. De forme ovoïde, plate comme la main, elle dispose d’une petite piste d’aviation. En 1953, à la demande de l’ONU, la France y a installé une station météorologique occupée à temps partiel par trois scientifiques. Cela pourrait indiquer une reconnaissance implicite de la souveraineté française sur Tromelin de la part de l’ONU. La station météorologique, qui existe toujours, est aujourd’hui entièrement automatisée. L’ilot est inhabité.
 
L’intérêt des lieux n’est pas négligeable. La zone de souveraineté maritime liée à cet ilot est très vaste : près de 300 000 km². La France possède ainsi, grâce à ce type de contribution, le deuxième domaine maritime du monde. Ce n’est pas rien. Les fonds marins recèlent de considérables richesses animales et végétales, et le plus prometteur est sans doute l’éventualité de la présence de ressources pétrolières dans les fonds sous-marins. Bref, face à de tels atouts, l’intérêt pour Tromelin semble se réveiller aux 20e et 21e siècles, aussi bien à Madagascar qu’à Maurice…
En 1982, François Mitterrand engage des négociations avec l’Ile Maurice. Dans la plus grande discrétion, une commission paritaire formule un projet de cogestion, lequel débouche sur un accord signé en 2010 (sous le quinquennat de Nicolas Sarkozy) toujours avec la même discrétion par rapport à l’opinion publique française. Cette cogestion n’est pas censée être un abandon de souveraineté, elle concerne seulement des sujets comme la météorologie, la pêche et l’environnement. En quoi la France a-t-elle besoin d’une cogestion avec l’Ile Maurice pour assumer de telles tâches sur cet ilot ? On peut légitimement s’interroger. Si elle n’est pas capable de gérer cela toute seule sur son propre territoire, c’est grave…
 
Le bénéfice de l’opération apparaît évident pour les Mauriciens, mais on se demande quelle contrepartie en tirent les Français. Les premiers mettent un pied dans la porte de l’annexion pure et simple tandis que les seconds cèdent, quoi qu’on en dise, une partie de leur souveraineté sur 300 000 km² sans aucun bénéfice apparent. Ou alors, on ne nous dit pas tout, et il y a eu des contreparties inavouables… devant de telles étrangetés, tous les doutes sont permis.
 
Toujours est-il que la ratification traine en longueur, au grand désespoir des Mauriciens. L’affaire devait être bouclée lors de l’actuelle session parlementaire française, mais devant le tollé provoqué par ce qui ressemble à une braderie, l’ordre du jour a été modifié. Plus de ratification au programme. Elle est remise à une session ultérieure. Des élus allant du PS au FN, le Medef, la romancière Irène Frain, quelques articles de presse, une pétition recueillant 12 000 signatures ont eu provisoirement raison d’un texte dont l’inconstitutionnalité aurait pu être plaidée, en ultime recours. La République est une et indivisible, après tout, "après très exactement tout" aurait dit Antigone.
On arrive donc à un résultat lamentable, commun à toutes politiques à la petite semaine : personne n’est content. Les Mauriciens se sentent floués après plusieurs années de négociations et de promesses non tenues (on les comprend). De nombreux Français sont écœurés par ce qui ressemble encore une fois à un abandon de souveraineté suivi d’atermoiements peu glorieux.
 
Pour l’Histoire, il faut rappeler la tragédie des naufragés de Tromelin, sujet du roman éponyme d’Irène Frain : en 1761, un vaisseau négrier fait naufrage. L’équipage abandonne sur l’ile une centaine d’esclaves, et repart. Quinze ans plus tard, on ne retrouvera à Tromelin que huit survivants. Dans l’opinion publique française de la fin du 18e siècle, l’émotion provoquée par cette tragédie joua un rôle majeur en faveur de l’abolition de l’esclavage. D’où l’importance (méconnue) de Tromelin dans l’histoire de France.
 
Au-delà de l’intérêt historique et du cas particulier de Tromelin, on ne fera pas sans dommages l’économie d’une réflexion sur la gestion du deuxième domaine maritime mondial, domaine français honteusement et stupidement sous exploité. Rappelons-nous cette phrase du commandant Guillaume : "La France était grande parce qu’elle avait un empire, et elle avait un empire parce qu’elle avait une marine". Remplaçons aujourd’hui le mot « empire » par les mots « domaine maritime », et il apparaît comme évident qu’une marine adaptée à la gestion de ce domaine serait la première condition pour le mettre en valeur efficacement. Mais qui, parmi nos gouvernants ou candidats gouvernants, s’intéresse encore à cela ? Qui aura le courage d’imaginer et de mener une politique novatrice et volontariste dans le cadre de notre domaine maritime ? Il est tellement plus facile de se défausser de ses responsabilités en inventant des "cogestions" qui ne sont que les faux-nez de capitulations en rase-campagne, pour ne pas dire ici en pleine mer…
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Le libéralisme, porté par la société civile
 
Le libéralisme, à peine exhumé de la cave, y est repoussé par ceux qui s’en effraient déjà. "La France n’est pas libérale", a assuré le "réformiste" Manuel Valls, ce lundi matin sur Europe 1. Dans Le Monde de ce week-end, celui qui avait clamé : "J’aime l’entreprise" devant l’université du Medef, en 2014, a expliqué : "Je pense que le libéralisme économique n’est pas la réponse à la situation de la France. Pour moi, le rôle de l’Etat et celui des services publics sont essentiels tout comme celui des partenaires sociaux". Jean-Claude Michéa, qui vient de publier : "Notre ennemi, le capital", remet pour sa part le vieux marxisme à la mode. Le philosophe est particulièrement admiré d’une jeune génération réactive en quête de gourous et qui ne s'attarde visiblement pas sur l'héritage totalitaire de cette idéologie liberticide et manichéenne. Alors que la France en faillite s’asphyxie sous les poids d’un Leviathan produit par un socialisme institutionnalisé (ce qui est le cas quand 57% de la richesse nationale est consacrée à la dépense publique), force est de constater que le véritable conservatisme est chez les gardiens du temple qui n’entendent pas s’émanciper de la "tyrannie du statu quo" (Milton Friedman). Mais les peuples, parce qu’ils aspirent à reprendre leur destin en main, sont les premiers à laisser comprendre qu’ils désirent davantage d’autonomie et de libres entreprises.
La victoire de François Fillon à la primaire de la droite ne s'explique pas seulement par son diagnostic sur le risque régressif que fait courir à la France l’islam conquérant. L’ancien premier ministre est aussi porté par sa vision d’une économie ouverte, qui veut alléger l’interventionnisme public et donner sa place à l’initiative privée. Ce constat d’une société bloquée est aussi celui que fait Emmanuel Macron quand il s’assume dans son libéralisme en tout. L’écoute qu’il rencontre infirme l’analyse de Valls, dont le positionnement anti-libéral semble guidé par une volonté de se différencier de son principal concurrent. Comme le remarque l’économiste Jacques Garello (1) : "Le drame français a atteint des sommets avec l’Etat providence, puisque rien n’échappe à son emprise. Il faut donc prendre le mal à la racine et faire reculer le tout politique, en redonnant leur place au marchand et au communautaire. Face à l’hypertrophie de la société politique, il faut restaurer la société civile". C’est ce réveil de la France oubliée, engagé depuis 2013 avec La Manif pour Tous, qui poursuit ses effets révolutionnaires. Ce mouvement de fond, qui sème la panique chez les politologues et rend les scrutins imprévisibles, réclame de l'air et des libertés nouvelles. C’est la société civile qui porte l’aspiration libérale, que le FN et la gauche doctrinaires persistent à diaboliser. Ils pourraient s’en mordre les doigts.

(1) Le vote libéral, Les éditions Libréchange
Paru sur blog.lefigaro.fr, 16 janvier 2017
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