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Guerre civile (suite)
 
Dans un précédent article, j’évoquais les actes de guerre civiles qui ont commencé à frapper le centre-ville de Lyon, très précisément la rue Édouard Herriot dans le 2e arrondissement. Ces évènements ont eu une suite immédiate. Les pouvoirs publics locaux ont réagi dans le bon sens en se donnant les moyens de faire respecter l’arrêté municipal qui interdit la circulation des voitures dans cette rue le vendredi et le samedi soir. Les effectifs policiers requis ont été déployés, et ces deux dernières fins de semaines les riverains ont enfin retrouvé le sommeil.
Le problème, c’est que l’on est face à l’éternelle métaphore du liquide en ébullition que l’on essaye de réduire en posant simplement un couvercle sur la marmite : les agresseurs, jamais en manque d’imagination, ont déplacé leurs attaques sur les quais voisins. Les forces de l’ordre ne peuvent pas couvrir simultanément toutes les rues de Lyon. Il faudrait plusieurs escadrons de gendarmerie pour protéger tous les quartiers du centre-ville. À l’heure actuelle, c’est mission impossible.
 
Ces évènements ne doivent rien au hasard. Ce sont des actes de guerre qui obéissent à une stratégie très précise de prise de possession de territoire. Tout a commencé il y a longtemps dans les quartiers périphériques où les autorités ont renoncé à faire respecter la loi et dont les habitants vivent l’enfer depuis des décennies dans l’indifférence quasi-générale. Les agresseurs sont les soldats d’une véritable armée, bien entrainés, parfaitement préparés. Idéologiquement, ils sont mus par une haine inexpiable qui se cristallise (selon leurs propres termes) sur le Blanc, le Juif et le bourgeois. En témoignent notamment les commentaires laissés sur certains sites Internet. Même si ces textes ne restent pas longtemps en ligne, on dispose de captures d’écrans accablantes. De source policière, on sait également qu’ordre est donné d’effacer très vite les tags anti-blancs et antisémites sur les murs du centre-ville, tandis que leurs auteurs regagnent les bases arrières de leurs banlieues, forteresses inexpugnables où ils ne risquent rien. On touche ici le problème de l’impunité dont jouissent ces délinquants qui rêvent et revendiquent de passer bientôt à l’échelon supérieur, celui du crime raciste (menaces de morts réitérées, écrites et verbales). Ils sont connus des services de police et pour beaucoup d’entre eux, âgés d’à peine vingt ans, totalisant chacun plusieurs dizaines de gardes à vue (mais rarement un seul jour de prison). Aussitôt pris, aussitôt relâchés par la "justice", si l’on peut encore appeler ainsi une institution en pleine déliquescence. Et les voilà repartis pour un prochain rodéo dans le centre-ville ou ailleurs, à l’endroit qu’ils choisiront, à bord de luxueuses voitures dont on ne se demande même plus comment ils les ont acquises…
 
Certains organes de presse prétendent qu’il s’agit seulement d’incivilités qui dégénèrent en insécurité quand un riverain excédé jette un projectile sur une voiture. C’est prendre un effet pour une cause. La cause première du drame qui se déroule actuellement sous nos yeux n’est pas la réponse condamnable d’un riverain à l’occupation de sa rue, c’est la haine antifrançaise de gens à qui la France à tout offert, l’asile, le nationalité, le logement, l’école, la santé, la culture, les sports, les loisirs, des infrastructures citadines, toutes sortes d’allocations et de subventions, des "plans banlieues" à répétition (pour ne citer que cela) mais qui refusent obstinément de s’intégrer à notre mode de vie, à notre culture. Diagnostiquer enfin et sans tabous les raisons de cette haine, puis la combattre par les moyens appropriés, c’est la tâche urgente à laquelle nos gouvernants devraient s’atteler. S’ils persistent à ne pas vouloir remonter à la source du mal, par aveuglement, par idéologie, par lâcheté, on n’aura aucune chance d’apporter un remède avant qu’il soit trop tard.

Envoyé par l'auteur, 7 octobre 2019
Publié dans En France
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Libra ne semble pas devoir être une pyramide de Ponzi
 
J’ai examiné la question posée par le projet Libra dans un article publié par Economie matin le 18 juin 2019 (Libra : questions impertinentes). Jean Peyrelevade, qui fut dix ans président du Crédit Lyonnais, vient de publier, dans Les Echos du 9 octobre, un article intitulé Libra ou la nouvelle pyramide de Ponzi. L’homme d’affaires est beaucoup plus sévère et péremptoire que l’économiste : pour lui, "John Law est en train de réapparaître. Son incarnation contemporaine s’appelle Marck Zuckerberg et la monnaie qu’il envisage de créer, le libra". Le fondateur de Facebook s’engagerait donc sur la voie des constructeurs de châteaux de cartes comme, pour remonter moins loin dans le passé, le financier américain Bernard Madoff.
Mes réticences à l’égard du Libra tiennent largement au fait que Facebook, à l’instar de tous les GAFA, se sert des données de ses utilisateurs comme d’une matière première permettant de réaliser des opérations juteuses, particulièrement de type publicitaire. Cela est devrait être interdit car il en résultera une nouvelle extension de la menace sur les libertés individuelles qu’est l’accumulation de données sur tout un chacun par un organisme tentaculaire. En revanche, abstraction faite de cette augmentation d’un mal qui gangrène hélas déjà très largement notre civilisation, si le projet se conforme à ce qui a été annoncé, les émissions de Libra n’auront lieu qu’en échange de monnaies ayant pignon sur rue, telles que le dollar, l’euro ou le renminbi. Si la banque de Zuckerberg se sert de ces dépôts pour réaliser des placements judicieux, sans promettre comme Ponzi et Madoff des rendements miraculeux, ce sera une institution bancaire assez classique, susceptible évidemment de faire de mauvaises affaires (l’ancien patron du Lyonnais est bien placé pour savoir que ce sont des choses qui arrivent), mais sans que l’on puisse a priori considérer que le pire, la faillite et la ruine des déposants, soit l’issue la plus probable.
Pour étayer sa prédiction pessimiste, Peyrelevade explique que les dépôts vont être utilisés "pour procéder à des placements rémunérateurs, c’est-à-dire plus risqués et surtout moins liquides que des monnaies à vue". Bien évidemment, puisque c’est ce que font depuis des lustres quasiment toutes les banques, y compris le Crédit Lyonnais. Henri Germain, son fondateur, puis ses dirigeants successifs, dont Peyrelevade, ont pratiqué cette "transformation" de dettes à vue en créances à terme : c’est le cœur, le principe de l’activité bancaire.
Bien entendu, il existe un risque, et on doit se poser la question de savoir si l’organisme émetteur du Libra adhérera à une institution telle que le fonds de garantie des dépôts qui, en France, protège les petits déposants. Et je partage avec Jean Peyrelevade un souci concernant la soumission de la banque Facebook à une régulation analogue à celle à laquelle les banques centrales "sérieuses" soumettent les banques dites "de second rang" sur la conduite desquelles elles ont mission de veiller. Là se situe le point crucial : il faut que la banque Facebook ait un statut ordinaire de banque de second rang, dut l’ego de son fondateur en être quelque peu affecté.

Envoyé par l'auteur, 10 octobre 2019
Publié dans A tout un chacun
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L’ombre du Général
 
CHRONIQUE - S’il s’est glissé dans les pas du gaullisme pour conquérir le pouvoir, Jacques Chirac n’est pas pour autant l’héritier de De Gaulle.
 
Nous étions au début du second mandat présidentiel de Jacques Chirac. Valéry Giscard d’Estaing, qui n’avait jamais jeté "la rancune à la rivière", avait lancé un de ces jugements sibyllins dont il a le secret : "La France a besoin d’un grand président comme le général de Gaulle." Une façon de dire que celui qui occupait l’Élysée n’était pas à la hauteur de la fonction. Quelques jours plus tard, Jacques Chirac, interrogé sur la pique de son ennemi éternel, répondit d’un sobre quoique ironique : "Il a raison."
Le rapport complexe que Chirac entretenait avec le fondateur de la Ve République est sans doute résumé dans cette formule lapidaire : à la fois une admiration sincère, une révérence innée, et en même temps, une gouaille de rebelle, une désinvolture d’héritier qui tire la langue à l’ancêtre. Qui met les pieds sur le bureau, mais s’installe dans son fauteuil quand Giscard, pour montrer à la fois son respect et sa différence, s’était installé dans une pièce voisine de celle qu’occupa le Général à l’Élysée.
 
Chirac est un héritier ; mais un héritier revu par Freud. De Gaulle fut pour lui le meilleur et le pire des pères. Celui qui lui permit de marcher dans ses pas glorieux ; mais celui aussi à qui on fit référence pour montrer qu’il l’avait trahi. Tous ceux qui ont aidé Jacques Chirac à réussir une carrière hors du commun (Michel Debré, Marie-France Garaud, Pierre Juillet, Charles Pasqua, etc.) l’ont fait au nom du gaullisme ; et les mêmes qui se sont tous, à un moment ou à un autre, levé contre lui, l’ont fait au nom de l’héritage trahi du général de Gaulle.
Chirac avait retenu un aspect essentiel, quoique méconnu de l’homme du 18 Juin : son pragmatisme, et son refus de s’enfermer dans des systèmes idéologiques rigides, qui avaient coûté de nombreuses catastrophes à la France, et en particulier à son armée, comme de Gaulle l’avait expliqué dans Le Fil de l’épée.
Mais Chirac a poussé jusqu’au paroxysme, jusqu’à la caricature, ce pragmatisme existentiel, passant de "l’appel de Cochin" au "oui à Maastricht", du "travaillisme à la française" au libéralisme reaganien, etc.
 
La gauche et les médias faussent encore le regard que l’on porte sur lui. Quand il s’en tenait à un discours de stricte obédience gaullienne, dans les années 1970, ils le surnommaient "facho-Chirac". Quand il s’éloigna de la doxa gaullienne, au point de la renier, lors de son célèbre discours du Vél’ d’Hiv, les médias exaltèrent le grand gaulliste, alors qu’il venait de détruire le "mythe" construit par de Gaulle et ses épigones, d’une France tout entière logée à Londres et non à Vichy. Quand Chirac s’en prit violemment à Jean-Marie Le Pen, refusant toute alliance avec le chef du parti du Front national, on exhuma opportunément le vieux conflit autour de l’Algérie française, alors que c’est le général de Gaulle lui-même qui y avait mis un terme avec l’amnistie de Mai 68. Et on oublia opportunément que, jeune officier, Jacques Chirac était demeuré longtemps - très longtemps, hésitant pendant une nuit entière qui suivit le putsch des généraux - proche des thèses du "quarteron de généraux en retraite". Chirac était à l’époque plus près d’un Soustelle, qui considérait que les fellahs algériens étaient "frères" des paysans des campagnes françaises ; et devenu président, Chirac expliqua benoîtement que "la France et l’Europe (avaient) des racines musulmanes autant que chrétiennes" ; on était loin d’un de Gaulle qui avait confié à Alain Peyreffite avoir octroyé l’indépendance à l’Algérie pour que son village ne devînt pas un jour "Colombey-les-Deux-Mosquées".
 
Mais il était dit que le destin de Jacques Chirac se retournerait ainsi dans les ultimes instants qui précèdent un choix historique ; que chaque fois Chirac le rebelle céderait au dernier moment à Chirac le bourgeois. Ainsi, en ce 6 juillet 1992 où il devait prononcer son grand discours sur le traité de Maastricht. Le texte était rédigé ; il appelait à voter non au référendum. Chirac était convaincu que c’était un mauvais traité ; Alain Juppé lui-même avait été initialement hostile, avant qu’il ne s’avise que son grand rival générationnel, Philippe Séguin, lui avait brûlé la politesse. Édouard Balladur avait longtemps - et vainement - milité pour l’instauration d’une monnaie commune, qui aurait conservé les devises nationales, et pour une abstention du RPR au référendum. C’est pourtant ce dernier qui convainquit Chirac - le matin même, affirment certains témoins - que voter non à un référendum européen l’empêcherait à jamais de devenir président de la République. D’où le curieux discours prononcé ce jour-là devant les 2000 cadres du RPR, redoutable réquisitoire contre le traité de Maastricht qui s’achevait in extremis - et sous les sifflets d’une salle surprise et furieuse - par un appel à voter oui au référendum "sans enthousiasme, mais sans états d’âme".
 
Chirac avait grandi sous le harnais de la Ve République. La culture des institutions gaulliennes était devenue sa seconde nature. Quand il fut Premier ministre de cohabitation, entre 1986 et 1988, il lui est arrivé une fois ou deux de ne pouvoir retenir un "Oui, mon général", adressé à un Mitterrand plus matois et goguenard que jamais. Même lorsqu’il l’affronta pour l’élection présidentielle de 1988, il ne put jamais arracher la révérence instinctive que lui inspirait le locataire de l’Élysée. Mais devenant lui-même chef de l’État, il n’eut pas à forcer sa nature pour rappeler aux ministres insolents comme Nicolas Sarkozy : "Je commande, il exécute." Mais là aussi, le pragmatisme jusqu’à l’inconstance fut la marque de fabrique du chiraquisme. Après l’instauration du quinquennat que Chirac avait pourtant refusé véhémentement jusqu’au bout, cédant en fin de course à la pression conjointe de Jospin et de Giscard, Marie-France Garaud eut ce mot magnifique : "Giscard a détruit la Ve République par vanité, Mitterrand par orgueil, et Chirac par inadvertance." 
Il faut dire que vingt ans plus tôt, rompant avec celui qu’elle avait "fait", avec son compère Pierre Juillet, elle lui avait lancé un de ces mots qui rentre tout droit dans la collection des mots historiques : "Je vous croyais fait du marbre dont on fait les statues, vous êtes fait de la faïence dont on fait les bidets." Chirac avait été le premier hôte de Matignon à présenter un budget en déficit, alors que le général de Gaulle était, on l’a oublié, un adepte des stricts équilibres budgétaires et détestait la dette comme un péché contre l’indépendance nationale. Plus proche d’une Merkel que de Keynes, de Gaulle rappela un jour à un jeune ministre du Budget, qui s’appelait Jacques Chirac, que le taux de prélèvements obligatoires (à l’époque, il était de 33 % !) devait rester à ce niveau-là. À l’époque, les Rolling Stones quittaient l’Angleterre pour la France afin de payer moins d’impôts ! Mais Chirac s’empressa d’oublier cette injonction gaullienne et ne parvint jamais à ralentir la machine infernale mise en place par les socialistes d’une hausse continue des déficits, des dettes et des prélèvements sociaux.
 
Alors, où retrouver vraiment De Gaulle en Chirac ? Sans doute, dans son antiaméricanisme instinctif ; dans sa conception multilatérale d’un monde débarrassé de la guerre froide, dans son respect des grandes cultures universelles, en Afrique et en Asie - même s’il y mettait un sentimentalisme un peu benêt que le froid adepte de la Realpolitik qu’était de Gaulle n’y mettait pas -, dans son refus prophétique de la guerre américaine en Irak, et surtout, dans ce triangle Paris-Berlin-Moscou qui porta ce mouvement d’hostilité à la guerre américaine. L’émergence soudaine de cette "Europe de l’Atlantique à l’Oural" concrétisait le grand rêve stratégique du général de Gaulle, où l’alliance des trois géants, français, allemand, russe, permettait à l’Europe de s’affranchir vraiment de la tutelle - de Gaulle disait "protectorat" - américaine, et à la France de "retrouver son rang" en régentant le continent avec ses deux grands alliés. Mais de cette ambition grandiose, lancée par un geste audacieux et authentiquement gaullien, Chirac n’a rien fait. Comme s’il avait été effrayé par l’ampleur de la tâche, préférant réintégrer la quiétude du giron occidentalo-américain, plutôt que poursuivre l’inconnu – chimérique ? - des alliances continentales. Comme si toujours Chirac le rebelle devait se soumettre in extremis à Chirac le bourgeois. L’exact envers du général de Gaulle.
Paru dans Le Figaro Magazine, 4 octobre 2019
Publié dans Du côté des élites
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Le rapport de forces a basculé dans le golfe Persique
 
Mohammed Ben Salman est de plus en plus isolé dans sa propre région, alors que les Iraniens font preuve de remarquables qualités de guerre hybride.
 
Il y a deux ans et demi, le royaume d’Arabie saoudite pouvait encore se targuer d’être, grâce à sa richesse et grâce à ses alliances, une puissance capable de changer la donne stratégique au Moyen-Orient. C’était l’époque où le nouveau président du pays le plus puissant du monde (les États-Unis d’Amérique) lui accordait sa première visite à l’étranger. C’était l’époque où l’on pensait que la privatisation de la compagnie nationale Aramco pourrait rapporter quelque 2 000 milliards de dollars, qui seraient aussitôt investis dans les nouvelles technologies. C’était l’époque où le prince héritier et ministre de la défense Mohammed Ben Salman (MBS) se vantait d’avoir les moyens d’effectuer des opérations militaires sur le territoire iranien.
Ce n’est plus du tout le cas aujourd’hui, où le royaume apparaît comme l’"homme malade" du Moyen-Orient. Il étale sa faiblesse, militaire, politique et diplomatique. Militairement, il vient de subir trois revers importants. Ses installations pétrolières stratégiques ont été, le 14 septembre 2019, attaquées avec succès par des drones et des missiles de croisière. Les houthistes ont revendiqué cette attaque, en réplique aux bombardements que leur fait subir l’armée de l’air saoudienne. Les houthistes sont des montagnards chiites du nord du Yémen qui se sont emparés de la capitale Sanaaen septembre 2014 et à qui MBS a décidé de faire la guerre en avril 2015. Malgré la cherté des équipements dont elle est dotée, l’armée saoudienne s’est montrée incapable de réduire à quia ces guerriers en sandales. Elle vient de subir un échec à sa frontière, où l’une de ses brigades est tombée dans une embuscade tendue par les houthistes, qui ont fait des centaines de prisonniers.
Politiquement, le royaume saoudien aurait pu rallier à sa cause un nombre important de Yéménites et remettre au pouvoir le président régulièrement élu Mansour Hadi, qui avait fui vers Riyad. En effet, les houthistes ne sont qu’une minorité au Yémen. Mais en pratiquant des bombardements indiscriminés sur Sanaa, en commettant bavures sur bavures dont sont victimes écoles et hôpitaux (et tout récemment une prison où étaient gardés des prisonniers de guerre saoudiens !), en provoquant la famine dans le pays, les Saoudiens se sont aliéné le petit peuple du Yémen. Le royaume est de surcroît politiquement faible chez lui. Il ne bénéficie plus de la loyauté de la minorité chiite qui peuple l’est de son territoire, là où se trouvent les champs pétroliers. Les chiites saoudiens n’ont jamais pardonné à leurs princes sunnites l’exécution, en janvier 2016, de leur cheikh Nimr Baqr al-Nimr. Cet ayatollah avait certes manqué de révérence à l’égard de la famille royale des Saoud, mais il n’avait commis aucun crime de sang.

Diplomatiquement, le royaume a perdu le soutien inconditionnel des États-Unis d’Amérique, dont il bénéficiait depuis 1945. Après les attaques du 14 septembre 2019 (que le département d’État américain attribue, sans preuve irréfutable, aux forces iraniennes davantage qu’à leurs amis houthistes), le président Donald Trump s’est contenté d’encourager les Saoudiens à "l’autodéfense". C’était, en substance, leur dire : "Comptez sur vos propres forces !" Le royaume est très impopulaire aux États-Unis, depuis l’assassinat barbare de l’opposant Khashoggi - qui était un protégé de la CIA et qui écrivait dans le Washington Post- au consulat saoudien d’Istanbul, en octobre 2018. Les Américains n’ont aucune envie de faire la guerre pour protéger la monarchie wahhabite saoudienne.
MBS, qui s’est révélé incapable de protéger son propre territoire, ne se vante plus de pouvoir faire la guerre à l’Iran. Il dit même que ce serait une catastrophe et il implore la communauté internationale de s’en apercevoir. Dans sa propre région, il est de plus en plus isolé. Les Émiriens ne le soutiennent plus que du bout des lèvres : au Yémen du sud ils jouent un jeu différent du sien, et ils savent envoyer des délégations à Téhéran pour maintenir le contact avec la Perse chiite. De sa faute, il s’est brouillé avec le Qatar, qu’il a cherché à vassaliser et à qui il a imposé un blocus. Ce petit pays a tenu bon, en activant sa vieille alliance avec Ankara.
La faiblesse de Riyad a fait basculer le rapport de forces en faveur de Téhéran dans le golfe Persique. Les Iraniens font preuve de remarquables qualités de guerre hybride, avec un matériel qui semble indétectable. Toute la question aujourd’hui est de savoir si les mollahs sauront bien gérer ce léger basculement en leur faveur. S’ils essaient de pousser encore leur avantage militaire, ils risquent de réveiller l’aigle américain et d’en devenir la proie. S’ils savent rester raisonnables, leur patience paiera, car Trump, qui respecte leur détermination et leur force, rêve de conclure un grand deal avec eux…

Paru dans Le Figaro, 1er octobre 2019
Publié dans De par le monde
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L’économie mondiale affronte un problème qu’elle n’a jamais connu
 
Les politiques, les médias, les financiers et les économistes s’acharnent à résoudre les problèmes qu’ils voient mais qui ne sont plus les bons. Ils ne résolvent donc absolument rien et les peuples les voient s’agiter en souffrant de leur incompétence. Les peuples ne savent plus comment exprimer leur malaise puisque, quelle que soit la forme de cette expression, cela ne change rien.
Le vrai problème est ailleurs et est tellement énorme que personne ne semble avoir envie de le voir, de le comprendre et encore moins de l’affronter.
Depuis Aristote on n’a jamais défini la monnaie autrement que par ses utilisations, moyen d’échange, réserve de valeur et chiffrage de la richesse dont on a complètement oublié qu’elle n’est qu’un regard commun, parfois éphémère, sur quelque chose de collectivement apprécié. Personne ne semble avoir pris la peine de dire ce qu’est la monnaie. Certains soutiennent que c’est une marchandise, d’autres un symbole, un signe, une institution, un contrat… Chacun y va de son ego et certains soutiennent même que la monnaie n’est… rien. Verrait-on l’énergie électrique définie exclusivement par ses utilisations comme l’éclairage ou le chauffage ou par son stockage dans les accus ? C’est pourtant ce que nous faisons avec l’énergie monétaire qui nous fait pourtant vivre et notre aveuglement nous endort. Nous devons définir la monnaie et en tirer les conséquences.
 
Une monnaie est un titre de créance sur le peuple qui l’utilise. Ce titre de créance a toujours été fondé sur le fait que la monnaie était une richesse déjà constatée qui transportait avec elle une part de la vie passée du groupe.
 
Cela a été des plumes d’oiseau rare, du bétail, des grains de blé, du sel, de l’or, de l’argent ou du cuivre. Chaque civilisation a trouvé sa matière pour remplacer le donner-recevoir-rendre très bien défini par Marcel Mauss et qui continue à être irremplaçable dans des structures comme la famille. Il a fallu pourtant le remplacer car, quand le groupe devient trop important, le donner-recevoir-rendre perd son harmonie car certains oublient de rendre.
 
La monnaie, richesse déjà constatée, est rare par définition. C’est sa rareté qui empêche normalement le peuple qui l’utilise de s’abandonner aux rêves hédonistes et de croire que l’impossible est possible. C’est cette rareté que le papier monnaie a systématiquement piétinée par soif d’énergie et par désir de plaire.
 
Toutes les tentatives de papier-monnaie du XVIIIe siècle ont toutes commencé par des équivalences avec des richesses précédemment reconnues. Le système de Law était fondé sur les actions de la compagnie du Mississipi, le rouble de la grande Catherine sur les mines et le cuivre, les assignats sur les biens confisqués de la noblesse et du clergé, le dollar continental sur la livre sterling. Si les accords de Bretton Woods deux siècles plus tard ont lié toutes les monnaies au dollar, le dollar gardait son équivalence en or.
Toutes ont explosé parce que, par facilité ou rouerie, on a imprimé beaucoup plus de billets que de richesse reconnue. Law a fui à Venise dès que le Régent a eu remboursé les dettes faramineuses de Louis XIV, le rouble papier a disparu dès les réformes coûteuses de Catherine II effectuées, les assignats ont été retirés dès que la bourgeoisie a eu récupéré à bas prix les biens confisqués par la nation, le dollar continental n’a plus rien valu quand la guerre d’indépendance a été payée. Le dollar américain a été déconnecté de l’or quand la FED a imprimé 5 fois plus de dollars qu’il n’y avait d’or dans ses coffres, pour payer le plan Marshall puis les guerres de Corée et du Vietnam. Tout a toujours été partout payé au bout du compte par l’impôt en monnaie dévaluée. L’augmentation exponentielle des impôts depuis les années 70 n’en est que le sinistre constat. Depuis le 15 août 1971 les monnaies ne sont liées à aucune richesse.
 
On a même avec la création de l’euro, créé pour la première fois dans toute l’histoire de l’humanité, une monnaie sans équivalence avec une richesse préalablement reconnue si ce n’est avec des monnaies nationales, elles-mêmes déconnectées de toute valeur 30 ans auparavant. C’est ce qui a ouvert la boite de Pandore.
 
Tout n’est maintenant fondé que sur la confiance que les peuples ont dans leurs dirigeants, leurs politiques, leurs médias, leurs financiers et leurs économistes, dans ce qui a créé l’euro et qui industrialise la surproduction de monnaie en laissant loin derrière lui les artisanats de Law, des assignats ou du dollar continental. La banque du Japon, la FED et la BCE impriment en continu pour faire croire que les machines créent des richesses.La monnaie devient un outil d’illusionniste. Les sachants savent tellement que les monnaies ne valent plus rien qu’ils les placent à taux négatif pour espérer en récupérer une partie lors de l’explosion.
 
Pour tenir depuis 75 ans alors que toutes les précédentes escroqueries n’ont tenu que quelques années, le système a joué sur deux tableaux qui se soutiennent l’un l’autre. D’une part la création du PIB pour faire croire à une création objective de richesse et d’autre part la quasi dissimulation des actifs des banques centrales pour que les peuples ne réalisent pas que toute création monétaire sans constat préalable de nouvelle richesse est, au centime près, un futur impôt qui peut être partiellement sous forme de dévaluation.
 
Les universitaires, les intellectuels et les médias ont été indispensables pour faire croire aux peuples que le PIB était un produit à se partager alors qu’il n’est que la somme de toutes les dépenses. Faites-monter le prix de l’immobilier, des actions ou des œuvres d’art, faites tourner et vous aurez un PIB fantastique sans aucune création. Il n’y a pas une dépense qui ne soit pas comptée dans le PIB et aucun élément du PIB n’est pas une dépense. Les mêmes ont soigneusement caché que les banques centrales ont un bilan équilibré et que chaque fois qu’elles créent de l’argent qu’elles mettent à disposition à leur passif, elles inscrivent à leur actif sous différentes formes une créance du même montant sur les peuples que les politiques sont payés à récupérer par l’impôt, ce qui devient malheureusement leur première activité car c’est la seule qui peut freiner la dévaluation.
 
Pour parfaire ce système incohérent nous avons trouvé l’idée lumineuse de fonder la monnaie non plus sur une richesse reconnue préalablement comme cela a toujours été le cas, mais sur une richesse future ouverte à tous les fantasmes. Nous avons même fait croire aux peuples qu’un investissement était un multiplicateur de monnaie alors qu’il n’est qu’une dépense pour faire une production qui ne sera richesse que si des clients viennent s’appauvrir pour l’acheter. Il suffit aujourd’hui de faire croire qu’une stupidité est une richesse comme le sushi ou n’importe quelle américannerie (coca, chewing-gum, Mc Do) pour que l’on investisse dessus avec l’argent créé par une banque centrale sur un futur impôt. Pour faire tenir le système un peu plus longtemps, on flatte tout ce qui peut l’être. Chaque minorité devient une cible à admirer et à flatter financièrement, … la majorité paiera. C’est comme cela que tout s’inverse car tout est lié. Le collectif n’existe plus vraiment et est totalement dévalorisé au profit d’un individualisme dévorant et totalement insuffisant. Chaque personne raisonnable attend l’explosion. La compétition remplace la coopération, les femmes ne font plus d’enfants, les hommes ne trouvent plus de travail, le travail est très mal rémunéré, l’avantage comparatif de Ricardo est oublié à l’intérieur des nations alors que faire faire à chacun ce qu’il fait le mieux ou le moins mal devrait être l’obligation morale de tout dirigeant qui veut réellement enrichir le pays. S’en décharger sur les entreprises dont ce n’est pas la raison d’être, devrait faire rougir de honte. La peine de mort est interdite pour les criminels mais autorisée pour les innocents si on les appelle dommages collatéraux. Les nouveaux mots racisme et sexisme ont été inventés pour amalgamer volontairement la distinction évidente entre les races et les sexes et leur hiérarchie totalement stupide. Le but de ces mots est d’empêcher les peuples de distinguer les races et les sexes puisqu’ils ont le discernement de ne pas les classer. L’interdiction honteuse des statistiques ethniques poursuit le même but. On encense tout ce qui endort ou rend amnésique. 200.000 milliards de dollars attendent d’être remboursés par des créations de richesses imaginaires. On voit les politiciens se montrer partout pour dire qu’ils écoutent car ils n’ont plus rien à dire. Et quand ils disent, c’est pour faire croire que la technique vaincra la réalité. L’idéal médiatique les incite même à appartenir en plus si possible à une minorité raciale, sexuelle ou religieuse pour être vraiment inattaquables sauf par les affreux racistes, sexistes et autres homophobes qui, étant eux-mêmes la cible à abattre, ne peuvent plus rien dire sur qui que ce soit. Rien que fin septembre 2019 pendant que les politiciens faisaient leur rentrée médiatique quémandant des solutions, la FED créait en 4 jours 300 milliards de dollars.
 
La question n’est même plus de savoir quand cela explosera mais de chercher les gens qui s’intéressent à la politique et qui ont compris que rien ne pourra être fait tant que la bombe économique actuelle ne sera pas comprise puis désamorcée. C’est seulement alors qu’il sera temps de s’interroger sur la taille du groupe qui devra prendre les rênes de l’action. Perdre son temps aujourd’hui à se demander s’il faut être nationaliste ou européen, changer l’Union européenne ou la quitter, c’est simplement donner du temps aux défenseurs du système qui, dans leur propre intérêt, veulent le faire tenir en continuant à appauvrir les peuples. L’urgence est de retrouver une monnaie qui soit une richesse reconnue par le groupe, et par là même le garde-fou dont la rareté nous empêche, et les empêche, de faire n’importe quoi.
 
L’action est une nécessité absolue mais personne n’a jamais vu une action qui ne soit pas précédée par une prise de conscience, et une action utile par une prise de conscience cohérente.

Envoyé par l'auteur, paru sur www.surlasociete.com,  1er octobre 2019
Publié dans A tout un chacun
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Le retour de Pépé le Moco ?
 
En avril, la 37ème foire de Bruxelles se caractérisait par l’abondance "de la peinture-peinture… " c’est-à-dire "des tableaux peints, si possible à la main, et parfois par l’artiste lui-même"sic. Or cette foire n’est pas ringarde, c’est même la plus contemporaine : 800 artistes exposés, 90 % encore vivants ; un tiers à moins de 40 ans. Une foire innovante qui admet de jeunes galeries au fonctionnement nomade, voire sans but lucratif… qui plus est fréquentée par les collectionneurs belges qui sont, d’après Harry Bellet, "les mieux informés et les plus pointus du monde" (1). C’est dire si,en dehors de la France, la peinture reste appréciée. Au passage, on apprendra, qu’il se passe des choses inimaginables (dans notre hexagone) à la foire de Cologne : "les galeries allemandes y vendent des artistes allemands à des collectionneurs allemands". Étonnant aurait dit Desproges, non ?
 
2019 c’était aussi la foire de Bâle (2) et Gagossian en a profité pour ouvrir une 17éme galerie. Tous les 2 ans, la foire profite de l’effet "vu à Venise, vendu à Bâle" et cette année "les millions pleuvent" sic. En fait la vertueuse biennale est synchronisée avec la très lucrative foire et "jusqu’en 1968, la Biennale percevait même un pourcentage !". Maintenant, tout est "clean" au point que la tendance lourde à Bâle était… un art social ! Oui, vous avez bien lu ! Pourtant Art Basel n’ouvre au grand public que le jeudi et le dimanche seulement, à un tarif prohibitif : 52 euros, plus cher que la Fiac ! De l’art social pour que les hyper riches aient bonne conscience, alors ? En tout cas à Bâle, on ne rigole pas avec l’écologie : interdiction absolue des récipients de plastiques à usage unique dans les restaurants de la foire ! Curieusement rien n’est prévu pour réduire l’empreinte carbone de la noria des jets privés qui se posent et décollent sur l’aéroport de Bâle-Mulhouse…
 
Et chez nous ? Il y a eu l’inauguration en fanfare du Mo.Co à Montpellier, un centre d’art contemporain qui ambitionne de créer alentours "une sorte de Californie française qui s’étendrait sur tout le rivage méditerranéen" (3). C’est le défi géopolitique que s’est lancé le maire de Montpellier Philippe Saurel (divers gauche) qui veut donner "toute sa place à l’art contemporain" et qui a appelé dès 2016 Nicolas Bourriaud à la rescousse. On ne présente plus le fondateur de la revue Perpendiculaire, le père de "l’esthétique relationnelle", du concept de "sémionaute", le créateur (avec Jérôme Sans) du Palais de Tokyo new-look et le seul cité par Square, palme d’or à Cannes. Comme ce film était une brillante satire de l’AC, on peut se demander si c’est un compliment, d’autant que la presse glisse sur les états de service de Nicolas aux Beaux-Arts de Paris, vilipendé par ses propres étudiants qui lui reprochaient de manquer de relationnel (un comble pour le fondateur de l’esthétique du même nom) et de les priver de salles de cours en louant le patrimoine public au secteur privé. Or que verra-t-on au Mo.co ? Avec l’exposition inaugurale "l’art conceptuel est l’honneur" grâce à la collection d’un homme d’affaire japonais. Réalisée par une commissaire chinoise, une autre exposition "fourmille surtout de vidéos, venues du monde entier". Peu de peinture-peinture donc, les artistes français repasseront. Mais c’est le principe même du Mo.Co qui fait question : "un endroit où naitront des projets conçus à partir de collections privées". Quoi le patrimoine public et l’argent du contribuable serviraient à mettre en valeur le patrimoine privé ? Serait-ce le retour de Pépé le Moco ! (pour les plus jeunes : Pépé le Moko est un caïd joué par Jean Gabin dans un film de Julien Duvivier de 1937)
(1) Harry Bellet, “La foire Art Brussels hume l’art du temps”, Le Monde, 27 avril 2019, p.26
(2) Harry Bellet “une foire de Bâle “politiquement correcte”, le Monde, 15 juin 2019, p. 21.
(3) Mo.Co, Montpellier contemporain, Cahier du Monde du 27 juin 2019.

Envoyé par l'auteur, paru sur www.sourgins.fr, 30 septembre 2019
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État "super Nanny" : où est notre liberté individuelle ?
 
Qu’est devenue la liberté individuelle des Français ? Il nous faut des guides pour élever nos enfants, ranger la maison, quitter son mari, gérer sa cheffe, maîtriser son portable et atteindre le bonheur...
 
L'Etat veut tellement notre bien à tous qu'il finit par nous nuire considérablement, et de plus en plus, en étouffant la responsabilité individuelle des Français. Un Etat "super Nanny" à plein temps qui se veut nourricier et protecteur au nom de notre mère à tous la République.
 
Une République dont on perd le sens, qu'incarne- t- elle ?
S'agit-il de la fierté d'un régime politique démocratique coiffé du bonnet phrygien de notre histoire ? Sachant qu'il convient de ne pas trop le revendiquer, sauf à risquer de devoir faire repentance !
Une terre de libertés de plus en plus réduites (alors que le pays de la liberté d'expression et de l'insolence est aujourd'hui muselé au nom de la bien-pensance) ?

Le pays de la liberté de la presse ? Tellement, que ce sont les médias auto-censurés qui dictent quoi penser ou plutôt quoi croire, car penser et douter finissent par être une forme de dissidence par rapport à la norme que constitue "l'opinion" politiquement correcte.
Une République d'égalité à laquelle on sacrifie la véritable équité au nom de laquelle on veut partager les richesses avant de les créer et en les prenant aux riches coupables dont la seule rédemption réside dans l'impôt salvateur (du coup on est riche avec de moins en moins de revenus) ?
Quant à la Fraternité du "slogan" républicain elle n'a plus de réalité que sur les estrades dans les discours électoraux.
Nous sommes tous des assistés en le regrettant à peine... Pire, en le réclamant. On nous met à chaque occasion des cellules d'assistance psychologique, niant ainsi le devoir et la présence de l'entourage et de la société. Nous assistons à une mendicité nationale légitimée qui touche tout le monde, chaque catégorie, chaque secteur d'activité, chaque parti politique. L'Etat nous doit tout, souvenons-nous de François Hollande rétorquant lors d'un débat à une intervenante qui se plaignait du coût d'une prestation : "...mais c'est gratuit puisque c'est l’Etat qui paie". Tout était dit, lui-même avait oublié que l'Etat c'est nous ! Economiquement, nous sommes irresponsables avec constance et satisfaction sachant que la gauche en particulier nous berce en nous rassurant : l'argent ? "Quand il n'y en a plus, il y en a encore, il suffit de le prendre là où il est".
 
Le libéralisme-étatiste : un concept franco-français
L'Etat s'occupe de tout. On pensait avoir voté pour un président de la République libéral. Il se révèle libéral-étatiste : un concept franco-français. C'est à dire que l'on comprend bien l'économie de marché et chacun de nous doit se comporter en entrepreneur, mais sous le joug de l'Etat avec ses injonctions ses contraintes et ses taxes.
De surcroît, pour notre bien toujours, car il faut bien comprendre que nous sommes incapables de prendre soin de nous, incapables de consommer le nombre de fruits et de légumes nécessaires par jour à notre santé, incapables de calculer le nombre de pas qu'il faut faire quotidiennement, incapables d'
arrêter de fumer sans l'Etat : vapoteurs un jour mais interdits de vapotage le lendemain, incapables de volonté et l'Etat nous rembourse notre effort de volonté sous forme de patchs.
Un Etat si compétent qu'il défie les lois de la parentalité et nous indique sur l’Etat civil qui doit être mère ou père, dans quel ordre et sous quelle terminologie.
Super Nanny a gagné : après avoir fourni gratuitement le petit-déjeuner à l'école de parents supposés incapables de nourrir leur progéniture et de comprendre l'importance de la nourrir le matin, on atteint l'apothéose : il faut désormais nous prendre en charge avant notre naissance ! Et c'est émerveillées que les femmes viennent de découvrir que l'instinct maternel est infiniment moins efficace que la République nourricière... Sully ne parlait-il pas déjà des deux mamelles de la France. Ainsi est né, si j'ose dire le "parcours des 1.000 jours de l'enfant" avec un plan (sic) commençant aux quatre premiers mois de grossesse. Tout cela pour pallier au déficit de vocabulaire de certains enfants... "On ne s'improvise pas parents "nous a-t-on affirmé péremptoire. Il conviendra entre autres dans ce parcours parental de "mieux définir la place du père" (sic) alors qu’au même moment on nous explique qu'il est naturel et normal de fabriquer des bébés sans pères. On en reste sans voix, même les plus étatistes d'entre nous n'auraient osé en rêver, eh bien la France l'a fait...
En fait, nous avons le libéralisme communiste : cette tentative d'encadrement dans tous les domaines n'est pas sans rappeler l'idéologie collectiviste.
 
Dispensés de responsabilité individuelle
Ainsi pour les régimes de retraite a-t-on confondu volontairement les "régimes spéciaux" et les "régimes spécifiques". On a considéré que ceux qui bénéficiaient entièrement des faveurs de l’Etat, c'est à dire de celles des contribuables, devaient avoir le même sort que ceux qui avaient cotisé et géré sans aucune aide leurs propres cotisations pour leurs propres retraites (les spécifiques) C'est un abus de confiance, du lavage de cerveau pour le bien commun et l'alignement des injustices.
Le résultat sur les Français est là, concomitant, nous sommes tous des écervelés en puissance et ne méritons-nous pas ce qui nous arrive ? Ainsi nous nous repaissons de modes d'emploi à vivre à travers les "how to" dits de "bénéfice personnel". Il nous faut des guides pour élever nos enfants, pour ranger la maison, pour quitter son mari, pour gérer sa cheffe au bureau, pour maîtriser son portable et atteindre le bonheur... Nous en sommes au stade ou dans la rue des affiches nous disent qu'il ne faut pas faire pipi partout, merci maman
Hidalgo.

Un vocabulaire débilitant nous renvoie à nos ados à peine pubères, on se tutoie au premier regard et on s'embrasse avant même de se connaitre, c'est ça le vivre ensemble. Même dans les entreprises jeux vidéo et flash-ball de motivation compétitive sont en vogue, baby-foot, fraises Tagada en réunion, T-shirts pour adultes avec inscriptions de cours de récré "peux pas j'ai piscine"... et confiscation de portables avant les réunions. On ne peut pas faire d’effort, c'est acté : nous sommes addicts ou ignorants donc dispensés de responsabilité individuelle.
On régresse et on aime ça.
C'est grave et nous devons nous reprendre en main au lieu de défiler sans cesse pour réclamer "toujours plus". Au pays des "responsables pas coupables" nous ne sommes plus ni l'un ni l'autre.
Et finalement on a la nounou qu'on mérite...

Envoyé par l'auteur, paru dans Challenges, 26 septembre 2019
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Retraite et pénibilité
 
Le docteur Gérard Maudrux, président de la CARMF, la Caisse de retraite des médecins français, vient de poser dans Contrepoints une excellente question : la pénibilité du travail doit-elle être rémunérée par l’intermédiaire de nos retraites par répartition ? Il répond négativement et pose également la question pour les risques encourus en exerçant certaines professions. Cela amène à s’intéresser au rôle de la capitalisation, mieux adaptée que la répartition pour la résolution de certains problèmes.
 
Quand il s’agit de retraites, le législateur, l’autorité réglementaire et les partenaires sociaux disent et font n’importe quoi.
Si un travail est "usant", il est normal que celui qui l’effectue reçoive des compensations. Toute la question est de savoir quelles formes doivent prendre lesdites compensations. La formule la plus simple est évidemment une majoration de la rémunération : chaque mois, le travail pénible donne lieu à une compensation immédiate, et donc à une "charge" inscrite au titre de ce mois dans le compte d’exploitation de l’entreprise ou de tout autre organisme employeur.
Cette façon de faire soulève néanmoins un problème, celui que Jean de la Fontaine expose joliment dans La cigale et la fourmi : "La cigale se trouva fort dépourvue quand l’hiver fut venu". Le travail pénible ou dangereux, bien rémunéré, peut avoir comme contrepartie un niveau de vie élevé durant la vie active, mais si celle-ci s’arrête plus tôt la pension est modeste car il n’est pas possible de gagner sur tous les tableaux à la fois. Il faudrait que le travailleur prenne lui-même l’initiative de consacrer une partie de sa forte rémunération à se préparer un complément de retraite en cotisant à un fonds de pension. La capitalisation est, à l’évidence, un complément indispensable pour les personnes qu’un travail pénible conduira probablement à prendre leur retraite à un âge précoce.
 
Reste à savoir si le législateur doit prendre des dispositions allant dans ce sens. Les ultra-libéraux diront que c’est à chacun de se débrouiller, de prendre ses responsabilités. Mais, quand on a trente ans, on n’est pas forcément conscient de la nécessité d’épargner en vue de ses vieux jours ; c’est ce qui a conduit autorités et partenaires sociaux à rendre l’assurance vieillesse obligatoire. La même logique peut justifier que le travail pénible obtienne comme rémunération spécifique, en sus du salaire, des bonus destinés à fournir une retraite par capitalisation durant la période séparant la sortie de la vie active de la perception de la pension issue de la répartition.
Au lieu de cela, les règles en vigueur et celles auxquelles songent nos dirigeants en préparant une réforme des retraites s’inspirent de l’adage : "je promets, à mes successeurs de tenir mes promesses". En effet, la pénibilité du travail fait rarement l’objet d’une rémunération spécifique, coût immédiat pour l’employeur ; à cette prise en compte immédiate du coût de la dangerosité et de la pénibilité, les démagogues qui tiennent le haut du pavé préfèrent des lois, règlements et conventions collectives qui repoussent la dépense à plus tard. Les droits sont accordés séance tenante, au fur et à mesure de l’exercice de l’activité professionnelle, mais le soin de prélever ce qui sera nécessaire est laissé aux successeurs.
Distribuer ainsi des droits pour l’avenir sans se préoccuper de prélever de quoi investir pour garantir que ces droits ne seront ni des chiffons de papier, ni des charges indues pour les futurs contribuables et cotisants, est hélas le comportement habituel de nos édiles. Certains de nos dirigeants et de nos "partenaires sociaux" se rendent compte que ce qu’ils font est contraire à la logique économique et à la justice, mais ils s’en fichent dès lors que leurs mandants, eux, ne s’aperçoivent pas qu’on leur fait avaler des couleuvres. D’autres, probablement majoritaires, n’ont pas la moindre idée de la réalité, à savoir que le seul moyen de préparer des revenus futurs consiste à investir une partie des revenus présents. 
 
Comment reporter du revenu d’aujourd’hui vers le futur en s’adaptant aux cas particuliers ?
Une des raisons pour lesquelles beaucoup d’hommes politiques nous font des promesses inconsidérées, souvent en réponse aux objurgations de syndicalistes – y compris patronaux – est l’absence de connaissances économiques basiques. Cette ignorance est particulièrement forte et dommageable en ce qui concerne le fonctionnement réel des systèmes de retraite.
Il n’est, en réalité, de retraites que par capitalisation, parce que la seule façon que nous ayons de reporter du revenu d’aujourd’hui vers le futur est l’investissement. Les retraites dites "par répartition" ne font pas exception à cette règle fondamentale : les 42 régimes qui fonctionnent actuellement "par répartition" dans notre pays, et le régime unique qui finira peut-être par les remplacer, ne peuvent remplir leur fonction qu’en raison de l’investissement réalisé année après année dans le capital humain.
Memento mori, "souviens-toi que tu mourras", disait-on aux généraux romains revenant à Rome sous les acclamations de la foule après avoir conquis un nouveau territoire. Peut-être serait-il bon de dire pareillement à chaque élu votant ou promulguant une loi retraite "souviens-toi que "sans enfants pas de retraites". Sans enfant et sans tout l’investissement, notamment en formation, que constitue le passage d’un ovule fécondé à un être humain capable d’occuper une fonction productive. Les cotisations vieillesse, et une part importante des cotisations maladie, constituent le dividende réclamé par la République à ceux et à celles dans lesquels ont investi les générations précédentes. Opposer la répartition et la capitalisation est une absurdité, une désinformation dramatique : la répartition est tout simplement la retraite qui mise sur la formation du capital humain.
 
Reste à effectuer une division du travail intelligente entre ces deux formes de retraite qui misent chacune sur une forme de capital : l’outil de travail pour l’une, le travailleur pour l’autre. La complémentarité des deux est évidente. La répartition convient à un régime unique couvrant l’ensemble des citoyens ; la capitalisation est particulièrement adaptée au traitement de situations spécifiques, comme la dangerosité ou la pénibilité, parce qu’elle peut recourir à une floppée de fonds de pension ayant chacun ses spécificités, fonds parmi lesquels chacun peut trouver chaussure à son pied.

Envoyé par l'auteur, 2 octobre 2019
Publié dans A tout un chacun
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Convergence des luttes
 
L’autre jour, à Paris, plusieurs manifestations avaient lieu simultanément. On parlait de convergence des luttes. C’est vite dit quand il s’agissait des Gilets Jaunes et de la lutte pour le climat dont les objectifs sont totalement antinomiques.
 
S’agissant du réchauffement climatique, on peut discerner deux comportements possibles pour le prendre en compte :
Le premier est de tenter d’en limiter l’ampleur en modifiant profondément notre mode de vie, si tant est que ces efforts en particulier pour limiter les émissions de "gaz à effet de serre" aient quelque effet.
Le second est de faire confiance à l’espèce humaine et se dire que l’homme va, comme il l’a toujours fait, s’adapter au changement climatique, l’actuel n’étant pas le premier.
Les partisans du premier comportement devraient être avertis de ce à quoi on va les soumettre qui est un retour en arrière voire un changement de civilisation. De toute façon l’espoir d’un quelconque résultat repose sur l’action conjointe de l’ensemble de la planète, on en est loin : les plus gros pollueurs n’entendent pas cesser de polluer, les Etats-Unis se sont retirés du jeu et brulent allègrement charbon et pétrole, l’Inde carbure au charbon, la Pologne aussi, la Chine malgré quelques efforts restera pendant des décennies un pollueur majeur. On voit mal les consommateurs de riz dont la culture émet paraît il quantité de méthane se convertir aux lentilles et aux pois-chiches.

Pour ce qui concerne la France, un des pays les plus vertueux du monde développé grâce à son électricité nucléaire, tout ce qu’elle entreprendra sera d’un effet nul sur le problème mondial mais sous-entend un changement de mode de vie dont il convient d’informer les thuriféraires de la transition climatique.
Qui est prêt à renoncer à sa voiture pour utiliser les transports publics, à abandonner le chauffage au fuel pour se chauffer avec des granulés de bois. Qui est prêt à voir augmenter considérablement le coût de l’électricité pour utiliser des panneaux solaires et des éoliennes et voir comme en Allemagne augmenter la production de CO2. ? Qui est prêt à voir pousser partout des éoliennes monstrueuses défigurant nos plus beaux paysages ?
On veut nous convaincre de réduire de 80 % notre consommation de viande pour la remplacer par des lentilles et des pois chiches, qu’en penseront nos éleveurs ?
On veut nous faire abandonner les engrais et les pesticides sans se rendre compte que la production agricole va décroître que nous ne serons plus autosuffisants et qu’il faudra importer des aliments ce qui va contre le but poursuivi.
Nous allons vers une économie de pénurie ; déjà on peut lire des articles évoquant avec nostalgie les restrictions imposées pendant la dernière guerre, il paraît que tout le monde se portait mieux sauf qu’à l’époque la tuberculose faisait des ravages. Chacun va se voir allouer un quota de CO2, et devraà chaque achatet à chaque déplacement faire déduire ce qu’il est censé avoir produit comme pollution. On ne pourra plus voyager, prendre l’avion et tout le monde ne peut pas se déplacer à bicyclette.
Déjà les jeunes générations intoxiquées par les prévisions catastrophistes mal étayées, en particulier celle de la jeanne d’Arc du CO2, déclarent ne plus vouloir avoir d’enfants "pour sauver la planète".
Et tout cela ne servira à rien, rappelons-nous que la crise des gilets jaunes a été déclenchée par une hausse du prix de l’essence. Imaginons ce qui arrivera quand on voudra imposer la décroissance de l’économie et toutes les mesures contraignantes que l’on prévoit. La France ne produit que 0,9% des "gaz à effet de serre" si les principaux pays pollueurs continuent de polluer, nos efforts seront inutiles. On s’interdit les recherches pétrolières mais on ne réduit pas la consommation, on s’interdit les recherches de gaz et de pétrole de schiste qui ont permis aux Etats Unis de devenir le premier producteur pétrolier mondial pendant que la France est de plus en plus dépendante.
 
Reste la deuxième voie : miser sur les facultés d’adaptation de l’homme à son environnement. On peut bien entendu chercher à diminuer le gaspillage, à donner la préférence aux produits locaux, exclure le plastique et la pollution urbaine mais pour le reste il convient de faire comme Trump et ne changer nos comportements qu’à la marge. Encourageons l’énergie nucléaire qui depuis cinquante ans nous fournit notre électricité, renonçons aux énergies soi disant renouvelables mais qui sont imprévisibles. Laissons l’agriculture s’adapter et produire ce qui nous est nécessaire. Prospectons le pétrole en Guyane et dans le canal du Mozambique. Continuons de circuler, de voyager, de manger des steaks, d’ailleurs les Français n’accepteront pas la remise en cause de leur mode de vie sinon on n’est pas près de voir s’éteindre la révolte des gilets jaunes.

Envoyé par l'auteur, 28 septembre 2019
Publié dans En France
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Adossée à des fondamentaux politiques avérés. Magistro, une tribune critique de bon sens, raisonnée et libre, d'information civique et politique.

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