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Barcelone : l'angélisme, allié des djihadistes
 
Pour qui en doutait, Emmanuel Macron est l’incarnation du politiquement correct et de sa couardise pacifiste. Là est sa faiblesse. Le macronisme en marche est un grand bond en arrière. Car l’islam conquérant et obscurantiste bénéficie de cette posture hypocritement "humaniste". Elle rend l’islam, qui se veut un tout (religion, société, état), étranger au terrorisme qui applique une lecture guerrière du Coran. Relire les récents tweets présidentiels révèle un aveuglement qui est aussi celui des nombreux dirigeants soucieux d’apaisement. Après la mort, aux Etats-Unis, d’une contre-manifestante écrasée à Charlottesville (Virginie) par la voiture qu’un militant d’extrême-droite avait lancée dans la foule des opposants au suprémaciste blanc, Macron a tweeté, le 17 août : "Au côté de ceux qui combattent le racisme et la xénophobie. Notre combat commun, hier comme aujourd’hui." Le même jour, il a tweeté également, après l’attentat islamiste sur les Ramblas à Barcelone (13 morts, 80 blessés) : "Toutes mes pensées et la solidarité de la France pour les victimes de la tragique attaque de Barcelone. Nous restons unis et déterminés". Suivront d’autres messages semblables disant sa "solidarité" avec la Finlande (2 morts, assassinés par un demandeur d’asile marocain, à Turku) puis avec "les victimes de Sourgout" (sept blessés, lors d’une attaque au couteau dans cette ville de Russie). Le 14 août, le président avait aussi assuré le Burkina Faso de sa "solidarité" après une attaque terroriste ayant fait 18 morts. Mais si Macron n’éprouve aucune gêne pour revendiquer son combat contre le racisme et la xénophobie, il reste paralysé à l’idée de désigner de la même manière le suprémacisme islamique. Ce refus persistant d’engager l’épreuve de force, au nom d’une "bienveillance" historiquement munichoise, conforte la stratégie gagnante des djihadistes.

N’en déplaise à Macron et à ses excuses saugrenues, ce n’est pas le réchauffement climatique qui est à l’origine de la tuerie de Barcelone ni, un peu plus tard, du mort de Cambrils. L’enquête fait apparaître que les terroristes avaient pour objectif initial de s’en prendre à la Sagrada Familia, la basilique de Barcelone. Plus de cent bonbonnes de gaz ont été découvertes. Le commando, constitué de jeune tueurs locaux issus de trois familles d’origine marocaine, semble avoir été endoctriné par un imam de Ripoll, commune de 11.00O habitants d’où proviennent la majorité des djihadistes. Cet homme, Abdelbaki Es Satty, était connu pour son salafisme sans avoir été jamais inquiété par les autorités catalanes. Ceux qui persistent, le président français en tête, à nier tout lien entre l’islam et le terrorisme s’interrogeront-ils sur le rôle de cet imam et sur la cible catholique ? Une évidence apparaît clairement : l’angélisme occidental est compris comme une faiblesse par l’islam politique. Il ne respecte que la force. La maire d’extrême gauche de Barcelone, Ada Colau, a été la première à lancer cette année un "plan d’Etat" contre "l’islamophobie". La ville, plaque tournante du djihadisme, avait également rassemblé en février 180.000 personnes pour l’accueil des réfugiés. Ces derniers jours, l’extrême gauche s’y mobilisait encore sur le thème : "Tourists go home ! Refugiees welcome !". Mais aujourd’hui, c’est le grand rabbin de Barcelone, Meir Bar-Hen, qui appelle les juifs à quitter la ville pour rejoindre Israël. "L’Europe est perdue", va-t-il jusqu’à dire. En attendant, les pays de l’Europe de l’Est, qui refusent de se plier aux oukases de l’union européenne sur l’accueil des migrants et qui désignent l’islam colonisateur comme un problème civilisationnel, semblent à l’abri du terrorisme islamique. Il galope partout ailleurs, criant victoire au nez des naïfs qui, comme Anne Hidalgo à Paris, parlent d’amour et de tolérance. Plus l’islam leur fait la guerre, plus ils lui déclarent la paix…

Paru sur blog.lefigaro.fr/rioufol, 21 août 2017
Publié dans Du côté des élites
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Macron, comme Bonaparte, s’est appuyé sur l’oligarchie pour réussir
 
La fulgurante ascension d’Emmanuel Macron, énarque de 38 ans passé en quelques semaines du rang de ministre socialiste à celui de chef de l’Etat a défié tout ce qu’on croyait être les usages établis. Court-circuités les passages tenus jusque-là pour obligés du cursus honorum : élu local, député ou sénateur, président de commission. A peine a-t-il été, par le choix de Hollande, quelques mois ministre, un ministre assez classique au demeurant. 
S’il est une leçon à tirer d’un tel parcours, c’est que pour arriver aux plus hauts sommets de l’Etat, il vaut mieux s’appuyer sur la classe dirigeante que sur le peuple, comme ont tenté de le faire, chacun à sa manière, Le Pen et Mélenchon. En France, n’est pas Trump qui veut.
 
Macron ne s’est pas risqué dans cette entreprise sans s’être assuré du soutien de presque tout ce qui dirige la France, voire le monde. Son premier dîner de levée de fonds à Londres, fin 2016, était présidé par un associé de Goldman Sachs. Parmi ses soutiens, les principales fortunes françaises et les étoiles des médias, le club de Bilderberg (sauf peut-être son président Henri de Castries réputé filloniste) et le Siècle en son entier. Bref, la classe dirigeante, la vraie : les grandes fortunes, de préférence immatérielles (mode, numérique, banque), s’affichant de gauche de gauche, ou en tous les cas donnant à la gauche des gages et contrôlant un ou plusieurs médias ; pas ces ploucs de patrons de PME encartés à LR ! C’est en s’appuyant sur l’oligarchie internationale et nationale (dans quel ordre faut-il les mettre ?) qu’il a réussi son coup. Comme dit Gilles-William Goldnadel : "Chapeau l’artiste !"
Les marxistes n’en seront bien évidemment pas étonnés. Sinon qu’ils auront à se pencher sur un cas sans doute extrême de ce qu’ils appelaient l’aliénation : l’emballement d’une partie de la gauche pour le candidat de l’oligarchie, au motif qu’il se présente comme "nouveau", voire "ni gauche ni droite".
 
Comme Bonaparte
N’est-ce pas en cela que Macron rejoint Bonaparte ? Au 18 brumaire, le jeune général corse était le champion de tout ce qui avait profité de la Révolution et voulait consolider ses acquis, contre les forces populaires qui auraient pu les remettre en cause. Et la politique qu’il mena (stabilisation de la monnaie, création de la Banque de France, Code civil, Code pénal) fut d’abord au service de la bourgeoisie émergente et de l’aristocratie ralliée.
 
D’autres l‘ont imité : Louis-Philippe, Napoléon III, Thiers, Pétain, Chirac accédèrent aussi au pouvoir suprême en s’appuyant sur les classes dirigeantes. Mais ils ne se réclamaient pas, comme Macron, de la gauche ! A la rigueur peut-on inscrire dans la même série le De Gaulle de 1958 - pas celui de 1940 -, même si les hommes d’argent ne l’acceptèrent jamais vraiment.
François Mitterrand, lui, joua un jeu plus subtil : formellement élu de l’Union de la gauche et donc des classes populaires, appuyé sur le parti communiste, il n’en avait pas moins dans sa manche la plupart des grandes fortunes françaises, les Bettencourt, les Seydoux, les Riboud, Marcel Dassault lui-même ou des hommes d’influence : Ambroise Roux, Robert Hersant qui tous figuraient parmi ses proches. A l’échelon international, il était discrètement soutenu par Reagan.
Malgré quelques appuis ponctuels et un programme très avantageux pour eux, François Fillon, n’a pas vraiment réussi à séduire les hommes de l’oligarchie.
La puissance politique des grandes fortunes s’est accrue du fait de la mondialisation qui leur assure un contrôle presque total de la trame serrée des réseaux de pouvoir à l‘échelle internationale. Qu’un Donald Trump soit passé au travers de mailles du filet en s’appuyant, au moins en partie, sur le peuple américain contre l’oligarchie, explique ses difficultés actuelles : des pans entiers de l’establishment ne lui pardonnent pas ce qu’ils tiennent pour une usurpation.
 
Le bon sens en moins
Il ne faudrait cependant pas pousser trop loin la comparaison avec Bonaparte. La fougue, la jeunesse, une certaine audace, oui. Mais le génie de Bonaparte – hors de ses aventures militaires dont la responsabilité est débattue - fut d’avoir été un homme d’un bon sens supérieur. Les institutions fortes qu’il mit en place rapidement, en sus de la Banque de France et du nouvel ordre juridique déjà cités : les préfets, les lycées, l’Université, étaient marqués du coin de la raison et du sens des réalités. Comme tous les vrais chefs, Bonaparte sut faire prévaloir le bon sens sur les idéologies, qu’elles aient été jacobine ou réactionnaire.
Emmanuel Macron, au contraire, a, au long de sa campagne, enfourché tous les poncifs de l’idéologie technocratique et mondialiste, la même qui provoque depuis des années l’exaspération des Français : Europe supranationale, libéralisation à tout va, ouverture à l’immigration, lutte obsessionnelle contre les discriminations, remise en cause du cadre communal,.. etc. Il ne réussira que s’il se décide à aller à l’encontre de tout ce que l’a porté pendant la campagne.
 
Cette différence est à l’image de la manière dont les classes dominantes ont évolué : au XIXe siècle elles étaient certes libérales mais sans dogmatisme, attachées à l’héritage de la Révolution mais sans rupture avec la tradition et sans utopie, à la fois patriotes et pragmatiques. La bourgeoisie d’alors était nationale ; celle d’aujourd’hui est transnationale, tournant souvent le dos à la France au bénéfice du grand large : le libre-échange mondial, l’Europe. La bourgeoisie d’aujourd’hui est devenue idéologue, le carcan de l’idéologie lui permettant de mieux affirmer sa domination sur les populations, notamment pas des médias devenus monocolores, mais ses représentants attitrés, Macron pourrait en être assez vite un exemple, n’échappent pas au discrédit qui frappent toutes les idéologies et au rejet populaire qui s’ensuit, d’autant que c’est dans l’espace national que se fonde encore la légitimité.
Il vaut mieux s’appuyer sur l’oligarchie pour accéder au pouvoir, mais il faut savoir le jour venu se débarrasser des idéologies et donner des gages au peuple, dans le cadre national, sinon l’illusion se dissipe vite.

Paru sur roland.hureaux.over-blog.com, août 2017
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L’illibéral Macron
 
Macron qui s’est complu dans ses premières déclarations publiques, comme son discours au Congrès de Versailles, à dénoncer les "démocraties illibérales", est-il lui-même un libéral ?
 
Il avait suffi qu’il débute sa campagne présidentielle avec une réputation de libéral pour prendre plusieurs longueurs d’avance sur ses concurrents : il a ainsi d’emblée conquis 10 % de voix de droite sans beaucoup perdre sur sa gauche grâce à ses connivences libertaires.
D’être issu de l‘aile droite du parti socialiste n’aurait pas suffi. La loi Macron de 2015 avait pour but d’ancrer cette réputation libérale, notamment auprès du patronat. Les réticences qu’elle a rencontrées au parti socialiste – au point de nécessiter le passage en force par le 49-3, n’ont fait que conforter l’image du jeune ministre.
 
Des yeux avertis auraient cependant aperçu dans son programme les risques que Macron faisait courir au vrai libéralisme : il y était prévu par exemple de livrer au public le nom des entreprises qui ne feraient pas assez d’efforts en faveur de la parité ; "Nous ferons de la lutte contre la discrimination une priorité nationale" ; ira-t-on comme le propose un rapport parlementaire jusqu’à rendre obligatoires des cycles de formation à la non-discrimination ? En tous cas, des emplois "francs" (à définir) seront créés dans les "quartiers" (entendons les banlieues peuplées d’immigrés).
Quels critères dans un tel environnement pour choisir les bénéficiaires des "accélérateurs d’associations" (c'est-à-dire en bon français des aides supplémentaires à la vie associative) : leur "correction politique" évidemment. Seul espoir : que les difficultés budgétaires rendent vaine cette promesse.
En outre Macron promettait aux salariés quittant volontairement leur entreprise de bénéficier de l’assurance chômage, ce qui risque de ruiner sérieusement l’autorité des patrons.
Les premières mesures prises vont dans le sens de la discrimination positive : les classes de 10 élèves seront réservées aux zones d’enseignement prioritaires, comme si la méthode globale n’avait pas fait des dégâts à l’apprentissage de de la lecture hors de ces zones.
 
Une disposition inquiétante du projet de loi travail
Plus inquiétante est une disposition envisagée dans le projet de loi travail relative aux indemnités de licenciement. Le projet prévoit, et c’est raisonnable, que les indemnités que pourront fixer les tribunaux en cas de licenciement abusif seront plafonnées. Mais il prévoit aussi, ce qui est beaucoup plus contestable, que ce plafond ne s’appliquera pas en cas de discrimination.
Quelle discrimination ? On le devine : les femmes, les homosexuels, les non-Blancs, les musulmans etc. La conséquence immédiate sera que, en cas de licencient collectif, les premiers touchés seront ceux qu’Anne Lauvergeon appelait les "mâles blancs". Au motif de lutter contre la discrimination, on instaure la discrimination.  
L’effet de cette loi sera d’aggraver la division du peuple en communautés et catégories. Loin d’alléger l’atmosphère au nom d’une saine égalité républicaine, elle approfondira les clivages communautaires - et naturellement les rancœurs qui vont avec, dont on devine les conséquences électorales.
Ainsi, cette loi prétendue libérale, sur ce sujet au moins, est tous sauf libérale.
Déjà la loi El Khomri, faux nez d’une loi Macron bis, ouvrait la porte entre les lignes (sauf empêchement technique) à la pratique religieuse en entreprise, avec là aussi des risques de tension. 
Appliquée telle quelle, une telle loi ne fera que développer les frustrations d’une partie de la population. Macron a été porteur, non seulement d’un parfum de libéralisme mais de "politiquement correct" renforcé : ouverture à l’immigration, intégrisme écologique, antiracisme, discrimination positive à tous les étages etc. Il a ainsi obtenu la sympathie de la presse et le vote des musulmans. 
 
Macron s’est ainsi montré le bon élève de la fondation Terra Nova qui prévoyait la formation d’un nouveau bloc de gauche s’appuyant sur les minorités, raciales, religieuses et sexuelles, comme le parti démocrate américain. 
Il se peut d’ailleurs que ces excès de l’anti-discrimination, qui déjà prospéraient sous Sarkozy (1), datent : l’exaspération des Français aurait dû conduire à les tempérer. Sur ce chapitre, le nouveau président est resté un bon élève de Sciences Po années 2000 façon Richard Descoings. Au moment où de nombreux intellectuels remettent en cause ces pratiques qui, dans les prétoires, tendent de plus en plus à limiter la liberté d’expression, Macron en rajoute une couche.
 
Les décisions du nouveau président ne sont pas le seul sujet d’inquiétude : l’atmosphère que son élection a créée l’est tout autant. Paris Première et Europe 1 n’ont pas attendu pour licencier la non-conformiste Natacha Polony, Jean-Claude Brighelli a été exclu du Point, Olivier Delahousse de BFM TV : sus à la dissidence ! Eric Zemmour, lui, a été condamné d’une manière particulièrement lourde par la 17ème chambre correctionnelle pour des propos sur l’immigration qui devraient être ouverts au libre débat. Plusieurs autres affaires mettant en cause des personnalités moins connues laissent craindre un durcissement de la justice favorisé par la servilité d’une partie de la magistrature à l’égard de l’esprit du temps.
L’autoritarisme de Macron s’est exprimé au travers de son goût du décorum, de l’écrasement du premier ministre par le Congrès de Versailles, du projet de loi anti-terroriste où beaucoup voient la pérennisation de l’état d’urgence, du recours systématique aux ordonnances. Mais ce n’est là que la surface des choses. Par derrière, on voit poindre une dictature du politiquement correct qui pourrait rendre la France un peu plus étouffante.
Rappelons enfin que le libéralisme ne saurait se réduire à la réforme du Code du travail : il implique aussi une baisse de prélèvements obligatoires. Or de cela, il n’est nullement question : le quinquennat commence au contraire par l’annonce de hausses d’impôts et des dépenses nouvelles.
Les Français, ne tarderont pas à s’en apercevoir : Macron est tout le contraire d’un libéral.

(1) Nicolas Sarkozy avait donné une grande publicité à la nomination d’un préfet d’origine maghrébine, oubliant qu’il y en avait eu une bonne dizaine pendant et après la guerre d’Algérie.

Paru sur roland.hureaux.over-blog.com, août 2017
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Retraites et pyramides de Ponzi
 
Les Echos du 14 août annoncent les pertes engendrées aux États-Unis par les pyramides de Ponzi : 800 millions de dollars en 2015 du fait de 61 pyramides démantelées, puis 2,3 milliards pour 59 pyramides en 2016. Le trophée de l’année, remporté par Platinum Partners, est 1 milliard de pertes pour les gogos qui se sont fait piéger. Certes, le record établi par Bernard Madoff est loin d’être égalé, mais il est quand même intéressant d’apprendre que le créateur de ce hedge fund a su ­– tout en s’abstenant de leur fournir des comptes sérieux – persuader 600 gros investisseurs qu’il pouvait leur procurer avec régularité des revenus d’environ 17 % par an. La crédulité a peu de limites.
 
Un tel phénomène est cependant moins curieux que l’aveuglement mondial relatif aux retraites par répartition. Des voix s’élèvent régulièrement, et depuis assez longtemps, notamment aux États-Unis, pour faire découvrir le pot aux roses. Citons par exemple un article de Michael Kinsley en 1996 qui exprimait la vérité de façon lapidaire : "Social security is a Ponzi scheme. Current payers-in are financing current payers-out, not their own retirements." Les cotisations vieillesse procurent légalement des droits à pension, mais ne servent à rien, réellement, pour ce qui est de donner aux caisses de retraite par répartition la capacité d’honorer les engagements qu’elles contractent ainsi.
Le principe même des retraites par répartition est en effet d’utiliser les cotisations de l’année pour payer les pensions de l’année, comme Madoff utilisait les sommes nouvellement déposées pour verser de copieux intérêts ou dividendes, et comme ses émules le font encore, quitte à se retrouver en prison quand leur escroquerie est découverte et portée devant un tribunal. Et pourtant, les législateurs de dizaines de pays réputés développés s’obstinent à inscrire dans la loi que l’État, ou des organismes publics, ou même des organismes privés dûment habilités (en France, les caisses de retraite complémentaire par répartition), sont autorisés à faire ce qui envoie en prison les imitateurs de Charles Ponzi.
Ce qui est en cause n’est pas le prélèvement de cotisations vieillesse : il est normal que les actifs prennent à leur charge les personnes devenues âgées qui les ont éduqués, entretenus et soignés durant leur enfance et leur jeunesse ; le législateur est bien dans son rôle quand il rend obligatoires de telles cotisations. En revanche, il sombre dans l’erreur et dans l’abus de droit en décidant que s’acquitter de cette dette crée un droit à pension. Verser un euro ne peut pas à la fois éteindre une dette d’un euro et créer un avoir d’un euro. Rembourser un crédit n’est pas abonder une assurance-vie !
 
Depuis 37 ans (notre premier article sur le sujet a été publié par la revue Population en 1980) nous essayons de faire prendre conscience de ce phénomène inquiétant, à la suite d’Alfred Sauvy qui, notamment dans un article publié en 1978 par la revue Droit social, essaya – déjà en vain – d’expliquer ce qui est pourtant une évidence : à savoir que nous ne préparons pas nos retraites par nos cotisations vieillesse, mais par nos enfants.
Sauvy ayant diagnostiqué le mal, nous avons proposé le remède. Celui-ci ne consiste pas à tout miser sur la capitalisation classique, qui en France mériterait certes d’être développée, mais ne saurait suffire. Il consiste à tirer les conséquences du constat fait par Sauvy, dont la principale s’énonce ainsi : puisqu’en répartition les pensions à venir se préparent de facto en investissant dans les futurs cotisants, c’est-à-dire dans les enfants et les jeunes, c’est cet investissement qui devrait logiquement ouvrir de jure des droits à pension.
L’investissement dans les futurs travailleurs se réalise de différentes manières : principalement la mise au monde des enfants, leur entretien et leur éducation par leurs propres parents, leur formation scolaire, universitaire et professionnelle, et la prise en charge de leurs ennuis de santé. Ce sont ces apports en nature, et les apports en argent qui financent certains d’entre eux, qui devraient servir de base à la distribution des droits à pension, puisque ce sont eux qui font qu’il y aura, dans quelques décennies, des personnes aptes à produire, et par le fait même à entretenir les retraités.
 
Comment passer de cette analyse économique à la réforme organisationnelle et juridique qu’elle appelle logiquement ? Une façon de faire est exposée dans le dernier en date de nos ouvrages, La retraite en liberté, publié en janvier au Cherche midi. Elle inclut le passage à un système unique de retraites par répartition, où les droits se mesurent en points, comme dans le projet esquissé par Emmanuel Macron lors de sa campagne électorale. Mais la proposition présidentielle, à l’instar du système suédois qui l’a inspirée, maintient hélas un fonctionnement de type Ponzi : les droits à pension y sont toujours obtenus en payant les cotisations vieillesse immédiatement reversées aux retraités, et non en investissant dans la jeunesse. Il ne serait pas beaucoup plus difficile de faire une réforme complète, qui ferait de la France le premier pays à rendre économiquement logique sa législation des retraites par répartition.
 
Reprenons les catégories "faux droits" et "vrais droits" élaborées par Jacques Rueff dans son ouvrage L’ordre social (paru en 1945) : ce sont elles qui sont à l’origine de l’assainissement des finances publiques réalisé au début de la cinquième République. Un faux droit, rappelons-le, est une créance qui constitue une coquille juridique vide, ou à moitié vide, de contenu économique réel. Le système actuel de retraites par répartition est un système de faux droits, puisque les cotisations vieillesse ouvrent juridiquement le droit à percevoir des pensions dans plusieurs décennies mais ne servent en rien à préparer les dites pensions. Le droit des retraites par répartition n’est pas convenablement articulé à la réalité ; il est en quelque sorte, la poésie en moins et la démagogie en plus, "le songe d’une nuit d’été", drame de la dissociation entre le mariage légal et l’amour réel. Réveillons-nous avant que ce rêve ne tourne franchement au cauchemar !

Envoyé par l'auteur, 16 août 2017
Publié dans A tout un chacun
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Les droits de douane ont parfois du bon
 
La condamnation absolue et sans appel des droits de douane fait partie de ces positions "politiquement correctes" dont les bien-pensants, et notamment les apparatchiks européens, nous rebattent les oreilles. Le bon sens conseille pourtant de ne pas se départir d’un instrument intéressant pour la régulation des flux commerciaux internationaux : l’excès d’ouverture à tous vents n’est pas moins nuisible que l’excès de protectionnisme.
 
Le déficit extérieur américain
Pourquoi Donald Trump veut-il une révision de l’Accord de libre-échange nord-américain, le NAFTA (North American Free Trade Agreement), connu en France sous le nom Aléna ? Pour que soient rapatriée aux États-Unis une partie de la production des biens et services achetés au Mexique ou au Canada par des entreprises ou des citoyens américains. Le Président américain a comme objectif l’emploi, mais aussi la diminution du déficit de la balance des paiements américaine. À 481 Md$ en 2016 selon le FMI, celui-ci est réellement inquiétant. Le "hic" est que ni le Canada ni le Mexique ne sont mieux lotis : s’élevant en 2016, toujours d’après le FMI, respectivement à 51 Md$ et 28 Md$, leurs déficits sont eux aussi excessifs, compte tenu des dimensions beaucoup plus modestes de leurs économies. Le président milliardaire aurait sans doute mieux fait de s’attaquer au déficit des échanges du bloc nord-américain avec la Chine, le Japon et l’Allemagne.
Ceci étant, la démarche de Trump a l’intérêt d’attirer l’attention sur un point très important pour notre planète : l’organisation des échanges internationaux, et plus précisément le rôle des droits de douane dans cette organisation. Le taux de chômage américain est modeste comparé à son homologue français, sans parler du sous-emploi dramatique de nombreux pays du Tiers-monde. Si le Président américain se préoccupe de la relation entre droits de douane et emploi, combien plus encore devrions-nous le faire ! À cet égard, la démarche intellectuelle de celui qui est souvent considéré comme le père de l’économie politique, Adam Smith, est fort intéressante.
 
La position nuancée d’Adam Smith
Certains manuels présentent cet économiste comme un libéral pur et dur, partisan du "laisser-faire, laisser-passer" intégral. Leurs auteurs n’ont probablement pas lu le livre 4 de La richesse des nations. Certes, Adam Smith préconise de supprimer une bonne partie des obstacles mis par les États au commerce international. Mais il pose des exceptions à ce principe, à commencer par "l’industrie nécessaire à la défense du pays". En bon patriote, conscient de l’importance de la marine pour cette défense, il justifie l’Acte de navigation qui, à son époque, privilégiait fortement les armateurs nationaux.
Par ailleurs, Smith examine la dynamique du désarmement douanier. Il explique notamment que si un secteur industriel emploie beaucoup de personnes et bénéficie d’une forte protection douanière, "l’humanité peut exiger que la liberté du commerce ne soit rétablie que par des gradations un peu lentes, et avec beaucoup de circonspection et de réserve." L’auteur de la Théorie des sentiments moraux est toujours soucieux du sort des personnes ; la liberté des échanges est pour lui un moyen plutôt qu’une fin. S’il l’estime bonne en général, il envisage des exceptions.
 
Le lancinant problème des balances de paiement
Ce titre d’un ouvrage écrit par Jacques Rueff il y a plus d’un demi-siècle peut être utilisé pour désigner une importante réalité contemporaine : la division du monde en pays fortement excédentaires et pays fortement déficitaires dans leurs échanges extérieurs provoque la formation de créances d’un montant colossal qui ne correspondent à aucune richesse réelle, c’est-à-dire qui constituent des "faux droits" au sens donné à cette expression par Jacques Rueff. Quelques chiffres fournis par le FMI donneront une idée de l’ampleur du problème.
En 2016, d’après cet organisme, les 8 pays les plus excédentaires ont dégagé au total plus de 1 000 Md$ d’excédents : 289 pour l’Allemagne, 196 pour la Chine, 187 pour le Japon, 99 pour la Corée du sud, 71 pour la Suisse, 65 pour les Pays-Bas, 57 pour Singapour et 48 pour l’Italie. Côté déficit, les États-Unis sont loin en tête, ayant à eux seuls généré 481 Md$ de déficit ; les 7 suivants sont le Royaume-Uni (116 Md$), le Canada (51), l’Australie et la Turquie (33 Md€ chacun), le Mexique (28), l’Arabie saoudite (25) et le Brésil (24) ; la France viendrait en neuvième position avec 23 Md$ de déficit, la faiblesse de ses exportations étant partiellement compensée par un excédent au niveau des services.
 
Les déséquilibres n’ont pas grande importance s’ils sont passagers. Par exemple, il n’y a rien d’inquiétant à ce que, par suite des prix relativement bas de l’or noir depuis 2014, l’Arabie soit amenée à puiser dans ses formidables réserves. En revanche, le déficit récurrent des États-Unis, dont résulte une montagne de dettes, met en péril l’économie mondiale : celle-ci pourrait être victime d’une sorte de tsunami financier si ces trillons de dollars se portaient dans un climat de panique sur les marchés de biens, de services, de monnaies et d’actifs.
Les déficits extérieurs enregistrés année après année par certains pays engendrent en effet des emprunts monumentaux, qui correspondent rarement à des investissements. Le schéma classique est un déficit public du même ordre de grandeur que le déficit extérieur. Les obligations et bons de certains trésors publics, dont France Trésor, sont l’équivalent étatique du crédit à la consommation ; leur ampleur excessive constitue un surendettement aussi malsain que celui des ménages qui gèrent mal leur budget. Il serait donc très souhaitable pour l’humanité dans son ensemble que diminuent les déficits extérieurs et les déficits publics d’un certain nombre de pays, dont les États-Unis … et la France.
 
Les droits de douane peuvent et devraient servir à limiter les déficits des balances de paiement et les créances irrécouvrables qui en résultent
Pour atteindre un objectif raisonnable de diminution des déficits de balances des paiements et des montagnes de faux droits qui en résultent, il convient naturellement d’utiliser plusieurs moyens d’action. Ce qui suit concerne seulement l’un d’entre eux, les droits de douane, mais signalons au moins le moyen complémentaire qu’est la réduction des déficits publics.
Les droits de douane peuvent être instaurés et modifiés de manière agressive ou de manière coopérative. La seconde formule est bien préférable à la première. Y avoir recours au niveau mondial est certes difficile, mais l’OMC (organisation mondiale du commerce), qui se définit elle-même comme "la seule organisation internationale qui s’occupe des règles régissant le commerce entre les pays" n’est-elle pas là pour ça ? Il faudrait toutefois que le but de l’OMC soit infléchi. Actuellement, l’énoncé de mission qui figure sur le site de l’OMC est le suivant : "L’OMC est l’organisation internationale qui a pour objectif d’assurer l’ouverture du commerce dans l’intérêt de tous". Il conviendrait que l’ouverture commerciale ne soit plus l’alpha et l’oméga du rôle de l’OMC, mais que sa mission devienne prioritairement la négociation des accords commerciaux, et notamment des droits de douane, dans le but de contribuer à rééquilibrer les balances des paiements.
 
Concrètement, cela signifie que les pays chroniquement et fortement déficitaires pourraient adopter des droits de douane élevés, qui seraient ensuite réduits de manière progressive – conformément à la sage recommandation d’Adam Smith – au fur et à mesure de la diminution de leur déficit. Le but ne serait plus d’évoluer à tout prix vers une abolition des droits de douane, mais d’instaurer entre les nations une coopération propre à diminuer les déficits commerciaux des uns et les excédents des autres, dans l’intérêt bien compris de tous.
L’OMC n’est évidemment pas le seul organisme qui devrait réorienter ainsi ses objectifs. L’Union européenne, notamment, devrait jouer un rôle important pour établir entre ses membres des rapports comportant, lorsque c’est utile, des taxes aux frontières. L’excédent commercial allemand et le déficit français, pour ne citer que ces deux phénomènes emblématiques, sont de vrais problèmes, et pour une large part il s’agit de problèmes typiquement européens. Étant donné que l’euro ne permet pas de les résoudre en adaptant les taux de change, il convient de disposer, à l’intérieur de l’UE, d’un autre instrument de régulation : les tarifs douaniers.
 
Balances de paiements et démographie
Il serait très incorrect de ne pas au moins évoquer in fine une question qui interfère fortement avec celle des balances de paiements et des taux de change : la démographie. En effet, il est normal qu’un pays en nette croissance démographique ait un commerce extérieur déficitaire et soit endetté vis-à-vis du reste du monde, et qu’inversement un pays où la population ne se renouvelle pas soit excédentaire et créancier. Une forte natalité signifie un lourd investissement, qu’il est sain de financer partiellement par des apports extérieurs. Quant aux pays vieillissants, du fait qu’ils investissent peu dans leur jeunesse, ils ont de quoi investir à l’étranger, et ils ont tout intérêt à le faire pour obtenir un jour de ces capitaux les revenus nécessaires à leurs retraités. L’excédent des balances des paiements chinoise et allemande est en partie expliqué et justifié par la faible fécondité des Chinoises et des Allemandes.  
Il ne serait donc pas raisonnable de vouloir pour tous les pays une balance des paiements à l’équilibre : il est normal qu’un pays investissant beaucoup dans sa jeunesse soit importateur net, et contracte des dettes vis-à-vis des pays pauvres en jeunes mais riches en citoyens ayant l’âge de travailler ; ces dettes, il les remboursera plus tard, ce qui permettra aux pays vieillis d’importer assez pour traiter dignement leurs retraités.
La prise en compte du facteur démographique est donc indispensable pour parvenir à une gestion intelligente des tarifs douaniers.

Envoyé par l'auteur, 18 aoüt 2017
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Les ravages de l’historiquement correct
 
Les évènements tragiques qui se sont déroulés récemment dans le Sud des États-Unis, et l’intense polémique qui s’en est suivie, appellent quelques mises au point factuelles au sujet de la "guerre de sécession". On ne peut que déplorer que la majorité des médias, toujours avides de sensationnel, se soient régalés à mettre de l’huile sur le feu, témoignant le plus souvent d’une grande ignorance, pontifiant en leçons de morale anachroniques, se comportant de façon bien pire qu’un inquisiteur, lequel instruisait au moins ses procès à charge et à décharge. 
 
Tout d’abord, aux États-Unis, la guerre de sécession est appelée "guerre civile" au Nord, et "guerre entre États" au Sud. Les mots ont un sens. Pour qu’il y ait une guerre civile, il faut au moins deux factions rivales qui se disputent un même territoire et une même population. Or, jamais le Sud n’a revendiqué quelque souveraineté que ce soit sur le Nord. C’est le Nord qui a refusé que les États du Sud exercent leur droit à la sécession à la suite de manifestations jugées (par ces derniers) excessives de la primauté de l’État fédéral sur les États particuliers. Or, dans la culture sudiste, on appartient d’abord à un État particulier avant d’appartenir à la Fédération. Il y a donc une légitimité, dans l’esprit sudiste, à refuser tout abus du pouvoir fédéral. En allant jusqu’à la sécession si nécessaire. L’une des clés de compréhension de la guerre est là.
 
Le premier État à quitter la Fédération fut la Caroline du Sud en décembre 1860. Elle fut suivie par six autres États de façon échelonnée jusqu’au 11 mars 1861, et enfin par quatre derniers États le 10 mai 1861 en raison de l’exigence du président Lincoln de lever des troupes pour envahir les États sécessionnistes. Il n’y a donc pas eu un bloc d’États qui, simultanément, auraient décidé de constituer une fédération séparatiste sur le territoire des États-Unis. La création de la Confédération (capitale : Richmond) fut une conséquence des sécessions individuelles, pas leur moteur. Dans les motivations de ces sécessions individuelles, la question de l’esclavage n’est absolument pas au premier plan. Elle existe, car l’esclavage est inscrit dans les traditions du Sud, mais elle est secondaire. Et même dans les motivations de la réponse nordiste, l’abolition de l’esclavage n’apparait que très tardivement, pas avant 1863. Réduire cette guerre à la noble cause de l’abolitionnisme est une simplification qui relève plutôt d’un alibi inventé a posteriori que d’une analyse historique sérieuse.
 
Dans un discours daté du 4 mars 1861, Lincoln dit ceci : "Je n’ai aucunement l’intention, directement ou indirectement, de m’ingérer dans la question de l’esclavage dans les États où cette institution existe. Je pense que légalement, je n’ai pas le droit de faire ça et, qui plus est, je n’ai aucune intention de le faire." Au mois de juillet 1861, le Congrès fédéral affirme que le but de la guerre est de maintenir l’Union et non de porter atteinte aux institutions de quelque État que ce soit. Toujours en 1861, Lincoln annule une décision du général Fremont (nordiste) qui émancipait les esclaves de l’État du Missouri (État nordiste). En 1862 le même Lincoln révoque le général Hunter (nordiste) qui avait pris l’initiative de décréter l’émancipation des esclaves de Caroline du Sud, de Géorgie et de Floride (États sudistes).
 
Dans l’armée confédérée, les Noirs avaient la même solde, le même armement et les mêmes rations que leurs camarades de combat Blancs. S’il n’existe pas de source fiable permettant d’évaluer leur nombre exact, on sait par de multiples témoignages qu’ils furent nombreux et particulièrement vaillants, en symbiose totale avec les soldats blancs des mêmes unités, ou en unités noires autonomes (Louisiana Native Guard, etc). Aussi étrange que cela puisse paraître par rapport au dogme historiquement correct, les Noirs de l’armée nordiste furent beaucoup moins bien traités que leurs homologues du Sud. Le général Sherman, l’un des bourreaux des colonnes infernales nordistes qui dévastèrent le Sud déclarait ceci : "Je préfèrerais que cette guerre soit une guerre de Blancs et qu’on s’occupe des Noirs plus tard. Le temps pourra changer les choses, mais je ne puis me résoudre à faire confiance à des Noirs armés." Quel courageux inquisiteur proposera aujourd’hui de déboulonner les statues du général Sherman pour ces propos racistes ?... Le général Grant lui-même, futur président de l’Union, refusa toujours d’intégrer des troupes noires dans son armée du Potomac.
 
Le président de la Confédération, Jefferson Davis, et le commandant en chef, Robert E. Lee, étaient personnellement opposés à l’esclavage. Mais ils étaient favorables à une émancipation raisonnée et progressive qui aurait permis aux anciens esclaves de s’intégrer harmonieusement dans la société américaine. Au lieu de cela, l’émancipation immédiate, brutale et sans aucun accompagnement, pratiquée par les nordistes créa rapidement un sous-prolétariat noir qui fut confronté à une misère souvent pire que les conditions matérielles les plus abominables de l’esclavage. Ce fut une main d’œuvre à bon marché pour les industries du Nord, sans doute moins humanistes que ce que le dogme historiquement correct voudrait faire croire aujourd’hui.
Déboulonner les statues du général Lee, débaptiser les rues et les établissements qui portent son nom, tout cela ne changera rien à la réalité. Il fut sans doute l’officier le plus brillant de sa génération, un homme juste et droit qui servit son pays avec courage et abnégation. Un exemple qui est encore, quoi qu’on en dise, l’objet d’un profond respect chez de nombreux Américains.
 
Pour justifier les atrocités quasi génocidaires commises au Sud par les colonnes infernales placées sous les ordres de généraux nordistes comme Sherman ou Sheridan, on a souvent présenté tous les sudistes comme des abrutis racistes au front bas, plus proches de la bête immonde que de l’être humain. La caricature reprend aujourd’hui de plus belle avec la mise en avant par les médias de groupuscules racistes, effectivement répugnants et condamnables, mais guère représentatifs de toute la complexe réalité du Sud. Les mêmes médias, si prompts à dénoncer les amalgames en d’autres cas, semblent se vautrer dans celui-là avec volupté. Il serait peut-être temps de revenir à la raison en se réjouissant de l’abolition de l’esclavage partout où elle a été réalisée, en combattant inlassablement pour qu’elle profite un jour à l’humanité toute entière – ce qui n’est pas encore le cas, loin s’en faut – et en refusant toujours d’instrumentaliser le passé, soit pour se donner bonne conscience à peu de prix, soit pour livrer des combats politiques partisans qui n’ont guère de liens avec ce qui s’est passé il y a un siècle et demi.

Envoyé par l'auteur, 18 août 2017
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Les essentiels perdus
 
Que ce soit en Belgique, en France ou presque partout en occident, les dirigeants politiques sont perdus. Formés à la démagogie des campagnes électorales et à la discrète recherche de fonds pour les financer, dans un monde dogmatiquement scindé entre droite et gauche et où, être les deux à la fois devient aujourd’hui le nec plus ultra, aucune réflexion de fond ne les encombre, ils "font de la politique".
Et cela ne marche plus. Les peuples les rejettent et cherchent l’homme providentiel tout en se contentant d’hommes au coups de menton mussolinien façon Trump ou Macron, car les peuples ont été totalement désorientés par des médias qui ont pris le pouvoir au nom de leurs actionnaires. Les voix médiatiques indépendantes comme Zemmour ou Polony en sont écartées et la morale est confiée au Conseil Constitutionnel, au Conseil d’État, au Conseil Supérieur de l’Audiovisuel et au Comité Consultatif National d’Ethique, groupuscules nommés par le pouvoir en place qui leur donne une puissance considérée de plus en plus comme sagesse divine et donc non contrôlable par le peuple. "En même temps" le Président de la République considère qu’il n’est "pas digne d’étaler certains débats sur la place publique" quand le Chef d’État-Major des Armées dit sa vérité aux députés à l’Assemblée Nationale.
Que Macron et Trump échouent est d’une telle évidence que l’annoncer est sans risque car les essentiels sont perdus. Macron et Trump sont les derniers avatars du système dans les deux pays phares de l’Occident, l’Angleterre, l’Allemagne, le Japon et la Corée du sud n’en étant que les meilleurs techniciens. Si la constitution américaine empêche le totalitarisme, la constitution française le permet et la tentation s’en fera évidemment jour. Espérons que la sagesse et l’humilité l’emporteront !
 
Mais quels sont ces essentiels perdus dont nous vivons l’absence par ses innombrables retombées ? Ne faut-il pas mettre provisoirement de côté ces retombées dont tout le monde parle mais qui ne sont que le petit bout de la lorgnette et l’écume des vagues, pour nous concentrer sur ces essentiels perdus dans chacune des 3 bases d’une société, l’économique, l’éducatif et le politique ?
Mais il faut bien évidemment d’abord prendre conscience de ce qu’est une société. Une société est un groupe d’êtres humains qui, pour pouvoir vivre quotidiennement en groupe, répute comme étant objectifs pour tous ses membres les subjectivités du beau, du bien et du vrai, c’est-à-dire de la richesse, de la clarté et de la justice si l’on fait la symbiose deux à deux de ces trois approches de groupe, objectives pour ce groupe mais subjectives pour tous les autres.
L’homme a besoin de référents considérés comme objectifs à l’intérieur de son groupe même s’ils sont objectivement totalement subjectifs. C’est la transcendance qui rend objectives pour le groupe ses subjectivités et l’absence de transcendance conduit à la survalorisation d’éléments matériels objectifs comme la production, le diplôme ou la monnaie qui ne valent pourtant que par le regard qu’on leur accorde.
Une société n’a pourtant pas besoin de la fausse objectivité de la production, du diplôme ou de la monnaie pour considérer comme objectives chez elle les notions parfaitement subjectives de travail, de richesse, de famille, de patrie. S’enrichir de ce que d’autres peuples ont objectivé chez eux s’appelait voyager et n’existe quasiment plus.
 
Les universalismes ont de toute éternité tenté d’imposer leurs visions du beau, du bien et du vrai à toute l’humanité. En occident, du colonialisme au mondialisme, du capitalisme au communisme, du catholicisme au libéralisme, tous les universalismes ont voulu s’imposer à tous pour ne pas avoir à retrouver leurs essentiels perdus et retirer la poutre de leur œil. Toujours sous le masque de la fraternité humaine qui veut enlever la paille des yeux de leurs voisins, ils tentent de vampiriser les autres peuples pour ne pas voir la poutre de leur œil C’est en oubliant toute humilité dans cette fuite en avant et ce besoin de transformer les autres pour ne pas se transformer soi-même, que tous les universalismes s’effondrent soit vaincus par la force ou le déferlement de la multitude, soit décomposés de l’intérieur par cette incapacité à se remettre en cause en reconnaissant avoir perdu sa transcendance.
Nous remettre en cause c’est retrouver nos cohérences qui ne sont pas universelles mais qui nous ont construits, générations après générations. C’est moins regarder ce que font les autres en n’en prenant que ce qui nous arrange et nous regarder davantage nous-mêmes dans la globalité de notre problème.
 
Nous avons oublié que l’économie est la capacité à échanger intelligemment l’énergie de chacun avec d’autres dans l’intérêt de tous, pour perdre notre temps à nous disputer pour savoir si c’est le problème du privé comme le dit le capitalisme ou celui du public comme le disait le communisme. Les deux camps ne font plus que regretter que cette énergie soit de moins en moins utilisée et se contentent, pour ne pas affronter le problème et le voir soi-disant résolu, d’observer la montée des trois esclavages que sont la mondialisation, la dette et l’immigration.
 
Nous avons oublié que l’éducation est l’harmonieux mélange de connaissances, d’expériences et de discernement. En transformant l’instruction publique en éducation nationale, nous avons délibérément méprisé l’expérience et le discernement alors que toutes les civilisations avaient jusqu’à présent réservé l’instruction à un petit nombre, jugé à la puberté sur son expérience et son discernement. Tout ce qui était expérience comme le service national a été supprimé par les politiques pour fabriquer de plus en plus lentement des maillons d’une chaîne qui n’existe pas. Ces maillons orphelins sont abandonnés à leur "initiative personnelle" comme le leur conseillent Jacques Attali et consorts.
 
Nous avons oublié que la politique est l’art d’harmoniser un peuple, que la république, la chose publique en latin, peut être confiée à un seul en monarchie, à un groupe en aristocratie ou au peuple lui-même en démocratie comme Jean Bodin l’a parfaitement expliqué au XVIe siècle dans Les six livres de la République. La démocratie est une merveilleuse utopie qui n’a encore jamais existé nulle part contrairement à ce qui nous est seriné mais qui peut être travaillée par le tirage au sort ou le permis de voter. Aujourd’hui la politique est un fromage qui se résume a faire le beau avec nos voisins en oppressant le peuple par la compétition avec lui-même au lieu de le faire coopérer, d’abord en interne, ensuite éventuellement avec d’autres peuples. La compétition se moque de la mort de l’autre alors que la coopération a besoin de son énergie.
 
Mais nous avons aussi oublié que si la politique est l’art d’harmoniser un peuple, elle ne doit pas se contenter de veiller à son bon fonctionnement en faisant confiance aux individus qu’elle assiste par ses magistrats que l’on appelle parlementaires ou fonctionnaires. Elle doit aussi veiller à la transcendance, c’est-à-dire au dépassement de soi dans la découverte des autres qui était confié à l’Eglise. Or l’Eglise a quasiment déserté ce champ pour se contenter de la redistribution des richesses soi-disant créées. Et ce champ manque terriblement. Nous oublions que le premier devoir d’une femme est de faire les enfants nécessaires au renouvellement de la population quand le premier devoir d’un homme est d’être en tous domaines son complément. Le manque de transcendance détruit toutes les collectivités, de la famille à la nation. Nous faisons de la compétitivité une qualité alors que c’est la coopération et la collaboration, qui permettent la vie en commun. Nous en arrivons même à mettre l’homme et la femme en compétition aussi bien par la parité que par l’orientation sexuelle qui oublie, ce que les Grecs savaient déjà fort bien, que les pulsions homosexuelles sont un passage normal de l’adolescence qui normalement ne dure pas. Si l’évolution ne se fait pas ou se fait mal, cela vaut compassion et empathie mais ni excès d’honneur ni indignité.
L’heure est grave car tout est dans le paraître et dans les techniques de report des problèmes alors que les solutions sont dans l’humilité, le courage et le discernement.

Paru sur www.surlasociete.com, août 2017
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Sentinelle
 
J’entendais le 10 août au soir le Colonel Goya proposer que l’on arrêtât l’opération Sentinelle : cette opération coûte cher, l’argent pourrait être mieux dépensé, elle n’a pas de résultats évidents, nos soldats s’y épuisent, et ils sont en fait des cibles pour nos adversaires.
Dussé-je passer pour un vieil imbécile et un cynique auprès de leurs épouses et de mes jeunes camarades, je dis : "et alors ?". Ne vaut-il pas mieux que nos adversaires s’en prennent à nos policiers, gendarmes, militaires, capables de riposte, plutôt qu’aux civils attablés dans des bistrots ?
Oui, il est scandaleux qu’en opération Sentinelle nos soldats soient mal logés, mal nourris, mal payés, qu’ils ne puissent pas prendre les permissions aux quelles ils ont droit.
Mais un soldat est toujours une cible. Je l’ai été au Cameroun, en Algérie, au Liban. Puis-je rappeler Edmond Rostand : Il fait dire à Cyrano de Bergerac
- "Moi, je n’abdique pas l’honneur d’être une cible."

Envoyé par l'auteur, 10 août 2017
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Salauds de Luxembourgeois
 
Après avoir voulu nous culpabiliser avec "les gaz à effet de serre" et "l’empreinte carbone" voilà qu’apparaît un nouveau boniment : "A partir du 2 août, l’humanité vit à crédit". Il paraît qu’à cette date nous avons consommé tout ce que la terre peut produire chaque année et que donc, après cette date, l’humanité vivrait à crédit et qu’il faudrait 1,7 terre pour fournir les ressources nécessaires.
On peut se demander de quelles ressources il s’agit, l’agriculture mondiale peut encore se développer, les ressources en produits pétroliers sont réévaluées en permanence et certains pays comme la France interdit de nouvelles prospections. De toute façon on prétend à terme se passer des énergies fossiles, leur existence n’a en soi aucun intérêt, et bien entendu on fait l’impasse sur l’énergie nucléaire.
En fait il paraît que l’homme par son action nuit à la biodiversité, si l’homme na pas été responsable de la disposition des dinosaures, "il est collectivement responsable de la disparition des espèces". On ne dit pas de quelles espèces il s’agit alors qu’on a réintroduit en France le loup et l’ours. Il s’agit probablement d’espèces comme l’orang-outan ou le gorille qui voient disparaître leurs habitats du fait de la déforestation.
"Nous contractons cette dette car nous coupons des arbres à un rythme supérieur à celui de leur croissance, nous prélevons plus de poissons dans les mers qu’il en naît chaque année, et nous rejetons davantage de carbone dans l’atmosphère que les forêts et les océans peuvent en absorber." On cherche donc à nous vendre à nouveau sous une autre forme, les gaz à effet de serre et le réchauffement de la planète.                                                          
 
Ce qui est intéressant dans cette affaire est qu’on culpabilise les pays développés, ceux qui inventent, produisent et soignent. Le plus coupable est le Luxembourg auquel il faudrait 7,7 planètes pour vivre, ensuite les Qatar 7,4 planètes, l’Australie 5,2. A nous Français 3 planètes suffisent.
Ce qui est aussi intéressant c’est de voir que ceux qui sont classés comme "les moins gaspilleurs" sont les Indiens 0,6 planète, les Burundais, les Haïtiens et les Erythréens, pays où comme chacun sait il fait bon vivre. Et l’on passe sous un prudent silence tous les pays d’Afrique subsaharienne où on meurt de faim et de maladie, où on s’entretue pour des raisons tribales et religieuses et d’où les populations n’ont qu’une idée c’est d’émigrer vers ces salauds de pays pollueurs.
L’Inde est un bon exemple de ce à quoi les bien pensants voudraient nous ramener : pour les 1 236 millions d’habitants, le PIB est de 3700 $ par an. La population augmente de 19 millions par an. L’Inde est le pays le plus touché par le travail des enfants. Selon l’UNICEF, 14 % des enfants âgés de 5 à 14 ans travaillent (chiffres 2000). Environ 20 % de ces enfants travaillent dans la rue en tant que chiffonniers, mendiants, conducteurs de vélos taxis et cireurs de chaussures. Un travailleur agricole sur dix est un enfant. L'industrie est, elle aussi, touchée par ce travail infantile, particulièrement dans les mines, les usines de textiles et le plus souvent dans des conditions déplorables. A ce prix on peut effectivement être classé comme peu gaspilleur.
Et encore si on s’intéresse à l’Afrique on apprend que la croissance démographique est très supérieure à la croissance économique. L’Afrique a besoin, au minimum, de 7 % de croissance par an durant plusieurs années. En 2016, elle fut de 1,5 %.
Pendant ce temps là la population africaine croit au taux de 4 % par an, elle double tous les 18-20 ans. Bien sur dans ces conditions ces pays peuvent être classés parmi les moins pollueurs alors qu’ils sont responsables de la déforestation, de la pénurie en eau et des épidémies et ainsi de la disparition d’espèces par destruction de leur habitat.
 
La population de la planète passera de 7,5 à 9,8 milliards d’individus en 2050, 11,2 milliards à la fin du 21ème siècle si on en croit les Nations Unies. C’est en Afrique que la population croitra le plus, le Nigéria va passer de 191 millions à plus de 410 millions en 2030. L’Afrique, qui compte aujourd’hui 1,3 milliard d’habitants représentant 17 % de la population mondiale, en totalisera près de 4,5 milliards à l’horizon 2100, soit 40 % de l’humanité. Cet accroissement de la population va entrainer une urbanisation galopante, un milliard d’Africains devraient vivre en ville dans les 20 prochaines années.
Il ne s’agira de villes organisées comme nous les connaissons mais d’agglomérations où domineront les bidonvilles, où beaucoup d’habitants n’auront accès ni à l’eau, ni à l’électricité, ni à l’hygiène ni aux transports. Aujourd’hui plus de 60% des urbains vivent dans des habitats insalubres. Kinshasa et Lagos regroupent actuellement 10 millions d’habitants. Kampala la capitale de l’Ouganda s’est étalé de 71 km2 à 386 entre 1989 et 2010, elle devrait atteindre 1 000 km2 en 2030 entrainant la disparition de forêts et de zones humides. Les villes africaines atteignent un niveau de pollution dont nous n’avons pas idée en Europe.
C’est de cette évolution que vient la déforestation, la destruction des littoraux, en France l’espace forestier s’accroît.
 
Nous voilà bien loin de l’épuisement de la planète par l’homme surtout par les pays développés, là est la vraie menace, une croissance démographique mondiale incontrôlée provenant surtout des pays pauvres, incapables de se développer. Le déferlement africain vers les pays "nantis" qui connaissent un hiver démocratique a déjà commencé, il va s’accroitre déversant des populations non formées, déracinées, inassimilables. Le réchauffement de la planète et l’épuisement des ressources dus aux activités humaines sont des préoccupations bien secondaires .
dejudasatartuffelettresaumonde.hautetfort.com, 10 août 2017
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La terre a tremblé                                        
 
Les Français ont eu à entendre le lundi 3 Juillet le discours présidentiel devant le Congrès des 2 Chambres parlementaires. Certains l'ont trouvé trop long, sans réaliser tout à fait qu'il était, en cette circonstance, nécessaire de "préciser" les orientations souhaitées ou fantasmées des 5 années à venir…
En fait, ce discours, très construit, très travaillé, sans doute réfléchi et préparé de longue date (peut-être depuis le lycée ?) s'avère être une soutenance de thèse au sens le plus académique possible ; les briscards émérites en sciences politiques et économiques, ne s'y sont pas trompés : la construction progressive, au terme d'une introduction d'exposition, les développements classifiés, émaillés de citations bienvenues, de référents intellectuels largués aux bons endroits, l'explication généraliste, le résumé terminant chaque proposition, afin de réveiller l'auditoire, la progression académique, de la politique interne à l'européenne puis l'internationale, tout cela dans une langue très littéraire, conduisait au satisfecit convoité, avec mention très bien et les félicitations du jury.
Cette Charte proposant un avenir meilleur, une France régénérée et des Français remis sur les bonnes rails de la concertation, de la confiance et de la démocratie mutualiste, s'inspirait (cela a été dit à plusieurs reprises) de l'esprit des Lumières, des philosophies libérales récentes sans droite ni gauche pour ce qui est de la réforme sociale, et, au plan économique, directement, de Schumpeter et de sa fameuse destruction créatrice, consistant, dans la patience et la durée à émonder l'arbre économique de ses mauvaises branches, celles pourries et pesantes, pour greffer les embryons d'une renaissance collective.
 
Le lendemain mardi 4 Juillet, le Premier Ministre, en élève studieux et discipliné, observant rigoureusement les articles 20 et 21 de notre Constitution proposait "la mise en œuvre gouvernementale et administrative" des orientations présidentielles. Là aussi, une belle prose, travaillée, littéraire, produite par un homme honnête, convaincu et cultivé (voir les hommes qui lisent), dans le droit fil des campagnes électorales.
Suivirent plusieurs semaines de gesticulations, commémorations, discours presque tous semblables, revenant sur la nécessité d'être rassemblés et constructifs d'un lendemain qui, forcément chantera. Exercice de communication destiné à rassurer et bétonner l'acquis sorti des urnes.
Les Français ont cru en un nouveau Brumaire, en un jeune Bonaparte providentiellement vainqueur de nos vieux démons aveugles et empêtrés, avec sa garde rapprochée, un nouveau Code du travail sous le bras, allégé d'au moins 200 articles, d'un projet économique cohérent et d'une vision sociale adulte, diminuant l'assistanat au profit de la responsabilité citoyenne.
 
Tout cela était bel et bon, mon Ami, aurait dit Hercule Poirot
Las !…
Il s'agit d'une magnifique vision théorique, concoctée par quelques copains très cultivés, formés aux mêmes sources de savoirs, ayant répertorié par la pratique ministérielle, locale, territoriale, entreprenariale tous les défauts et blocages français, riches au surplus de regards comparatifs soulignant que d'autres sociétés aussi empêtrées que nous, usant de rigueur, discipline et volonté, prospéraient désormais, après un effort collectif réussi.
Mais le passage de la fiction progressiste à la médiocre réalité s'avère douloureux et sans doute décevant ; le couperet de la France vraie est impitoyable, et ces premiers de la classe se cognent aux murs du quotidien vécu :
 
1° le désastre financier, le vrai : même très bien informés, ces hommes et femmes de très bonne volonté, n'avaient pas eu accès à tous les dossiers, n'avaient pas compris l'ampleur du gouffre d'inconscience, de mensonge et d'incompétence des décennies précédentes. L'argent a filé, en quantité ahurissante, de toutes parts comme d'un tonneau démantelé, pire que celui des Danaïdes... sorties incontrôlées... rentrées cahotiques et mal employées... En voulant être partout, l’État s'est transformé en girouette financière et fiscale, assoiffé de mini réformes destinées comme des sparadraps, à cacher les trous les plus béants.
 
2° le désastre administratif et gestionnaire : la question des fonctionnaires n'est que la face la plus visible de ce problème de fond : des dispositifs surannés, empilés les uns sur les autres au gré des lubies politiques, soit pléthoriques, soit insuffisants, communiquant mal... La croissance exponentielle du pouvoir préfectoral avec des moyens désuets, des découpages de circonscriptions et domaines de compétence mal définis, et là aussi souvent un gâchis d'énergies et d'argent assez stupéfiant. Le manque d'arbitrages et de concertations, et très souvent de malheureux acteurs qui ne savent pas vraiment ce qu'ils font ou devraient faire... Le fatras, quoi…
 
3° L'acharnement médiatique, absolument terrifiant, presque uniquement critique, le regard permanent sur les "détails", l'intrusion dans les projets, le travail réel. Les élus nationaux passent environ, toutes charges confondues, environ un tiers de leur temps à "communiquer", se montrer, répondre aux journalistes. Pendant ce temps, on ne travaille pas vraiment, finis les projets mirobolants en petits cercles d'étude, les idées lumineuses autour d'un verre et d'un clavier d'ordinateur... On passe à la moulinette des Cassandre et de procureurs professionnalisés à tout instant. C'est épuisant…
 
4° le scepticisme économique et social : les Français ne croient plus aux réformes, et surtout, ne se croient pas réformables ; ils ont leurs vieilles bonnes habitudes de luttes stériles, de bagarres idéologiques datant des 150 dernières années, d'affrontements pour ne rien bouger. La grande tradition française aime quoi ? Défiler dans les rues avec des banderoles, bloquer les entreprises et partir en vacances. Point. 
La mondialisation est très loin d'elle, elle l'imagine peu, l'Europe n'est qu'un tissu d'injustices et de combines. La part vieillissante de la population n'a aucune ambition ni désir de changement, tout en se plaignant beaucoup (c'était mieux avant). Les millions de chômeurs vivotent mal, voire très mal, mais survivent environnés d'un assistanat aussi incohérent qu'inefficace. Une grande partie des étudiants ne sait pas du tout où elle est sensée aller, trop souvent munie de diplômes vides de sens.
L'agriculteur ordinaire crève de faim, alors que fournir la nourriture est le travail fondamental à toute population. Les éboueurs et les videurs de poubelles sont toujours aussi mal considérés, les balayeurs n'existent plus. Sauf dans les parcs d'attraction.
 
5° l'obstacle de la lenteur : les 4 aspects précédents, outre l'extrême complexité de nos procédures, installent l'obligation d'être lent. Nous sommes dans un projet idéal qui s'est donné 5 années pour obtenir des résultats, sinon réussir. Mais c'était sans compter avec l'incohérence en place, le manque d'argent et de moyens, les distorsions imprévues. Et puis, il y a le quotidien dévorant : une fois au pouvoir, il faut affronter tous les inattendus, les accidents, les agitations, les ratages, les trublions et troubles en tous genres. Ce faisant, on est obligé de ralentir le pas, alors que l'on rêvait d'un Brumaire immédiatement applicable…
C'est une bonne idée – sur le papier – d'avoir voulu changer le personnel politique national, d'essayer d'inventer de nouvelles règles, de nouveaux profils : mais il y a les cafouillages des débutants : être un représentant national est un vrai métier qu'il faut apprendre et maitriser. Cela ne se résume pas à "un weekend end de briefing accéléré" Sauf ceux et celles qui étaient déjà "dans les circuit", les nouveaux venus déchantent, se révèlent souvent fades, gaffeurs, et sont parfois terrifiés par leur propre imprudence ; il y aura forcément des défections et des cartons rouges. Il y a aussi l'écueil des fausses bonnes idées : en théorie, c'est bien mais sur le terrain le projet n'est que partiellement praticable ou même pas du tout ; parfois il apparaît trop élitiste, utopique, l'intention est mal perçue, déformée, mal interprétée et risque de faire trop de vagues. La soutenance d'une thèse brillante n'implique pas forcément sa réussite.
 
Bref, en ce moment ça patine. C'est normal. Tout le monde est très fatigué : la terre a tremblé, mais à l'analyse, ce n'est pas un séisme ni l'éruption du Krakatoa : juste des fissures dans l'édifice monstrueux. Il faut attendre : la vie est une longue patience (Lao Tseu) et celle politique, avec son art inlassable de tricoter et défaire, l'est encore plus. Les fustigeurs professionnels devraient sucer quelques bonbons au miel et les acteurs garder espoir, en ayant à l'esprit que "Diriger, c'est gouverner ses alliés".

Envoyé par l'auteur, 9 août 2017
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Adossée à des fondamentaux politiques avérés. Magistro, une tribune critique de bon sens, raisonnée et libre, d'information civique et politique.

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