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Les Iles Eparses sont françaises
 
A l’occasion de sa première visite en France, le nouveau Président Malgache Andry Rajoelina a demandé la rétrocession des Iles Eparses du Canal du Mozambique à Madagascar. Pour le Président il s’agit d’une question d’identité pour retrouver la fierté nationale. Une commission mixte franco-malgache a été constituée. Une commission pour discuter de quoi ? A l’évidence ces îles appartiennent à la France.
Les Iles Eparses sont cinq ilots de 1 à 30 km2, un, Tromelin, à l’Est de Madagascar, les autres, Les Glorieuses, Juan de Nova, Europa et Bassas da India qui ne découvre qu’à marée basse, dans le Canal du Mozambique.
La France les a trouvées inhabitées et en a pris possession en 1896. Depuis des tentatives d’exploitation, cocoteraie aux Glorieuses, guano à Juan de Nova, sisal à Europa ont été conduites par des Français et avant qu’elles ne soient automatisées la France entretenait une station météo sur chacune des îles.
 
La demande des Malgaches est basée sur le fait que pendant la colonisation, les Iles Eparses avaient été reliées administrativement à Madagascar : "Madagascar et dépendances". Les Comores étaient aussi des "dépendances de Madagascar" jusqu’en 1946, elles sont maintenant indépendantes.
En I960 quand la France donna à Madagascar son indépendance, les Iles Eparses furent détachées et rattachées à la Réunion. Elles relèvent maintenant de l’administrateur des Terres Australes.
Jamais donc les Malgaches ne furent en charge des Iles Eparses, trouvées inhabitées par la France quand elle en prit possession.
 
Cette revendication n’est pas récente : en 1973, époque où les relations entre les deux pays étaient tendues, le Commandant Supérieur, qui était à l’époque le Général Bigeard, dont l’Etat-Major était à Tananarive, fut averti que les Malgaches préparaient un coup de force pour s’emparer de ces îles. Le général décida immédiatement d’implanter sur chacune des trois îles un détachement militaire de 13 hommes et un gendarme ; 46 ans après, régulièrement relevés, ces détachements manifestent toujours l’appartenance de ces îles à la France.
 
Tromelin, l’île située à l’est de Madagascar a été l’objet d’une semblable revendication mais par Maurice, un traité de cogestion était même en cours de négociation, jusqu’à ce que l’Assemblée Nationale fasse capoter le projet.
Remarquons que ces îles n’ont en soi aucun intérêt, elles sont généralement d’un accès très difficile par la mer, entourées de coraux, on y a construit des pistes qui permettent la desserte par avion. La seule source d’eau est la pluie et on est souvent obligé de les ravitailler par bateau. Elles sont de plus classées "réserves naturelles intégrales" et toute activité y est interdite. Signalons à ce sujet que les écologistes souhaitent curieusement le maintien des militaires, ceux-ci assurant la protection des tortues marines qui nidifient sur les plages.
Seulement les Iles Eparses génèrent une Zone Economique Exclusive de 640 000 km2 couvrant la moitié du Canal du Mozambique, zone de pêche, et où l’espoir de trouver du pétrole est sérieux.
Les prétentions malgaches n’ont donc aucun fondement et on ne voit pas pourquoi on a créé une commission alors qu’il n’y a rien à négocier.
 
Selon l’article 5 de la Constitution le président de la République est le garant de l’indépendance nationale, de l’intégrité du territoire et du respect des traités, il lui appartient donc de maintenir la souveraineté sur ces îles, d’autant que si on cède pour les Iles Eparses, on va être amené à céder pour Clipperton revendiqué par le Mexique, les Terres Australes, et pourquoi pas pour St Pierre et Miquelon, et Wallis et Futuna si, comme on l’y pousse, la Nouvelle Calédonie accède à l’indépendance.



Envoyé par l'auteur, 7 juin 2019
Publié dans En France
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Incendie de Notre-Dame de Paris : le bois porte l’âme d’une cathédrale
 
Pour la reconstruction du toit de Notre-Dame, beaucoup sont indifférents aux matériaux utilisés, "pourvu que l’apparence visuelle soit sauve", taxant leurs contradicteurs de "fétichistes". S’il faut bien sûr tenir compte de la fragilité du monument sinistré, de nombreuses raisons, symboliques, culturelles, sociales, écologiques etc. montrent que le bois est préférable et doit être utilisé le plus possible. Une reconstruction à l’identique, outre qu’elle respecte l’histoire de l’Art, à savoir que Notre-Dame est une cathédrale médiévale et le dernier chef-d’œuvre de l’architecture romantique, permettrait de revaloriser tout un secteur économique.
 
Pas de cathédrale sans pierres et sans forêt de bois
Une cathédrale est une société de pierres polies, ajustées les unes aux autres, triomphant de la pesanteur grâce aux clés de voûte : des voûtes coulées en béton détruiraient cette leçon grandiose sur le "vivre ensemble". À l’intérieur, s’élancent des fûts de pierre qui s’épanouissent en chapiteaux, souvent floraux, prolongés de nervures. Ces futaies minérales sont protégées par l’armature d’une vraie forêt, c’était d’ailleurs le surnom de la charpente de Notre-Dame, chef d’œuvre de la charpenterie gothique. Car la cathédrale synthétise le parcours biblique de l’humanité qui commence aux arbres du jardin d’Eden, et finit en ville, dans la Jérusalem céleste. En plan, une cathédrale représente une croix, transposition architecturale de celle, en bois, du Christ, fils adoptif d’un charpentier…
Pas de cathédrale sans nef ou vaisseau non plus : l’Église n’est-elle pas la barque de Pierre ? Il n’est pas interdit de voir dans la charpente une carène renversée qui navigue ventre au ciel, sur une île de la Cité qui ressemble à un navire échoué dans la Seine pour reprendre les termes de Victor Hugo dans Notre-Dame de Paris. Ce roman multiplie les métaphores arborées. Opposant "la prodigieuse variété extérieure de ces édifices" à leur fond permanent, Hugo écrit : "Le tronc de l’arbre est immuable, la végétation est capricieuse". Ces "puissantes bâtisses dont nous avons expliqué ailleurs le mode de formation et de végétation, n’avaient pas simplement des fondations, mais pour ainsi dire des racines qui s’allaient ramifiant dans le sol… " La cathédrale évolue-t-elle ? C’est sans rupture, sans grand geste architectural, pour Hugo : "la chose s’accomplit sans trouble, sans effort, sans réaction, suivant une loi naturelle et tranquille. C’est une greffe qui survient, une sève qui circule, une végétation qui reprend".  Lorsque Quasimodo part à la recherche d’Esméralda "au détour de la galerie qui donne sur les toits des bas-côtés, il aperçut l’étroite logette […] tapie sous un grand arc-boutant comme un nid d’oiseau sous une branche… "
 
Le bois, ce sont aussi les artisans de France
La cathédrale est fille du Temple de Jérusalem dont on sait qu’on n’y entendit "ni marteaux, ni pics, ni aucun outil de fer" pendant sa construction ( I Roi 6,7). L’Éternel, en ses choix de matériaux serait-il "fétichiste" ? Ou peut-être visionnaire, s’étant avisé que le métal est lié à l’industrie et à ses méfaits dont notre génération ne peut nier qu’elle est en train de ravager la planète. Pour convoquer l’imaginaire du Seigneur des anneaux, plus familier à l’homme du XXIe siècle que l’univers biblique : là où règne le bois, introduire la suprématie du métal (avec ce que cela suppose d’hybris industriel), c’est comme ensemencer de l’avidité des Orques une œuvre née de la patience des Elfes. Des études ont bien montré que, dès l’origine, le fer avait été employé pour juguler les pressions s’exerçant sur les cathédrales et conforter leur stabilité : certes, mais il s’agissait d’un usage ponctuel et mesuré.
Car la manière d’incarner dans la matière n’est pas indifférente. C’est aussi un savoir-faire, un savoir être à taille humaine, qui doit s’incarner. Le bois que les compagnons travaillent toujours au corps à corps le permet. Évincer d’office tous les artisans qui descendent en droite ligne des constructeurs de cathédrales est une ignominie : c’est exactement comme si une partie de l’Amazonie ayant brûlé on en profitait pour bannir les derniers indigènes de la forêt afin de mieux exploiter la place. Là se joue la survie de ces corps d’artisanat, indispensables à la restauration de monuments historiques dont nous nous enorgueillissons… pour mieux les négliger.
C’est l’aveu caché du diktat "bannir le bois pour ne plus craindre les incendies" et qui signifie deux choses : d’abord que nous sommes devenus des minables, incapables de garder le trésor sur lequel ont veillé nos pères, ensuite que notre vénération du progrès technique est inconséquente. Car enfin, on nous promet des maisons écolos en bois, des buildings, des tours d’habitation et même ignifugés ! Et pour restaurer la cathédrale, on écarterait le bois, ce matériau ancestral, capable de conjuguer le sacro-saint progrès et le travail humain ? Et ceci alors que les charpentes récentes, (celle de la cathédrale de Chartres en métal ou celle de Reims en béton) sont loin d’avoir prouvé leur pérennité dans un pays qui dispose d’une des plus grandes forêts d’Europe, à une époque où l’écologie est à l’honneur ? On marche sur la tête.
Pascal Prunet, l’un des quatre architectes des monuments historiques chargés de la restauration de la cathédrale, vante la relative légèreté du matériau. Frédéric Epaud, chercheur au CNRS, a précisé que la fabrication du bateau L’Hermione a nécessité 2000 chênes, sans souci environnemental : soit deux fois plus que pour Notre-Dame. Que le temps de la mise en œuvre est plus rapide qu’on imagine : la construction de la charpente du XIIIe siècle de la cathédrale de Bourges aurait réclamé seulement 19 mois de travail pour une équipe de 15-20 charpentiers. Que les techniques traditionnelles sont économiquement viables et rentables pour les petites entreprises ; de plus "les bois équarris à la hache sont plus solides et de meilleure tenue que ceux sciés, ils se déforment bien moins au séchage, les bois courbes sont employés, les pertes sont minimes, l’ouvrage est plus beau". D’où le succès des chantiers traditionnels comme celui de Guédelon : un tel chantier-école sur le parvis de Notre-Dame, avec des dizaines de charpentiers équarrissant à la hache et travaillant selon les règles ancestrales serait spectaculaire, pédagogique  et prisé du grand public.
Quant à ceux qui veulent se montrer "créatifs", animés par un tout autre esprit, confondant une cathédrale avec une start-up ou un logiciel, qu’ils ouvrent un nouveau chantier mais ailleurs !  Sinon, ils prouveront qu’il y a bien un art dégénéré, qui n’est pas l’Art dit contemporain, alias l’Art financier, mais le Patrimoine, contraint sans cesse de se mettre au goût du jour, de s’actualiser, bref, de se "régénérer" à tout prix. Hugo en avait déjà jugé : "les modes ont fait plus de mal que les révolutions", ajustant "sur les blessures de l’architecture gothique, leurs misérables colifichets d’un jour"…

Envoyé par l'auteur,paru sur Contrepoints, 7 juin 2019
Publié dans A tout un chacun
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Sur la question de l’avenir de la droite, Pasqua avait tout vu et tout prédit
 
C’était en 1986. Le RPR et l’UDF avaient gagné les législatives. De justesse. Profitant de l’instauration de la proportionnelle par François Mitterrand, le Front national avait obtenu, avec 10 % des voix, un groupe parlementaire d’une trentaine de députés. Charles Pasqua, ministre de l’Intérieur, proposa à Jacques Chirac, devenu premier ministre, une alliance avec Jean-Marie Le Pen, qui aurait alors accepté cette main tendue. Mais Chirac refusa. Pasqua lui prédit que ce FN dédaigné prendrait un jour la place du RPR qui lui préférait le soutien des centristes, et que le rapport de force serait alors inversé. La prédiction de Charles Pasqua a été réalisée le 26 mai dernier. La liste LR - qui, doit-on le rappeler avec cruauté, représente l’alliance RPR-UDF d’antan ! - fait moins de 10 % : le score que réalisa Jean-Marie Le Pen aux européennes de 1984. Si l’on ajoute au score du RN ceux des listes de Dupont-Aignan et des partisans du Frexit, on frôle les 30 %.
Il est temps de pleurer sur le lait renversé, pour parodier une formule que Chirac répétait en boucle. La stratégie chiraquienne, tant glorifiée par les médias, s’est avérée une catastrophe. Les héritiers des gaullistes se sont peu à peu, comme l’avait aussi prédit Pasqua, embourgeoisés, devenant des notables centristes. Leur destin est de rallier Macron, comme le prouve l’attitude des deux anciens premiers ministres de Chirac, Alain Juppé et Jean-Pierre Raffarin, tandis que l’électorat populaire du RPR refaisait, lui, le chemin inverse, vers le Front national.
À deux reprises, le RPR, en 1990 dans le programme de Chirac, et en 2007 avec la campagne de Nicolas Sarkozy, a tenté d’écraser son concurrent en reprenant ses idées sur l’immigration et l’islam. À chaque fois, les électeurs ont été séduits ; à chaque fois, ils ont été désillusionnés. En 2012, ce sont ces électeurs de droite qui ont manqué à Sarkozy. Tous ceux qui se sentent trompés par la droite ne reviendront plus.
 
Aujourd’hui, il n’y a plus rien entre Macron et le Rassemblement national, entre les progressistes et les populistes. Une formule qui nous rappelle celle de Malraux qui disait, dans les années 1960 : "Entre les communistes et nous (les gaullistes), il n’y a rien."
À l’époque, Mitterrand agit à l’inverse de ce que fera plus tard Chirac. Il contracta une alliance avec le Parti communiste. Pourtant, le rapport de force était très déséquilibré : à la présidentielle de 1969, les socialistes avaient obtenu 5 % des voix ; le candidat communiste, plus de 20 %. L’Union de la gauche scellée en 1972 donna une coloration marxiste au programme de la gauche ; mais, au fur et à mesure que le pouvoir se rapprochait, les électeurs changèrent de cheval : au destrier communiste, bon pour la protestation, ils enfourchèrent le socialiste, qu’ils jugeaient meilleur pour l’exercice. Et Mitterrand, à son arrivée à l’Élysée en 1981, appliqua scrupuleusement ses promesses de campagne. La parabole de l’Union de la gauche est limpide. C’est sans doute pour cette raison que la droite à terre refusera farouchement de s’en inspirer.

Paru dans Le Figaro Magazine, 31 mai 2019
Publié dans Du côté des élites
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Pourquoi Les Républicains ont perdu
 
À quoi ressemble la France ? À un pays durablement fracturé. Les habitants des métropoles mondialisées se désolidarisent des inquiétudes de ceux qui, au cœur des provinces, craignent la dilution de leur mode de vie. La bourgeoisie urbaine a déserté le combat civilisationnel des "réacs" d’en bas. Elle a préféré rejoindre la majorité présidentielle et son parti de l’Ordre, conforté par la mise au pas des "gilets jaunes". La photographie des européennes fait ressortir cette mésentente civile : le Rassemblement national domine les territoires en quête de protections sociales et culturelles ; La République en marche s’impose dans les grandes villes ouvertes et enrichies, ainsi que dans l’Ouest désenclavé et catholique. À Paris, le feutré XVIe arrondissement a préféré voter pour le "progressisme" plutôt que pour le conservatisme de François-Xavier Bellamy (LR). Même à Versailles, l’enfant de la ville et adjoint au maire n’est arrivé que deuxième. Cet abandon de la cause identitaire par la droite élitaire, pressée d’être de son temps, vaut à Bellamy son échec cuisant (8,48 %). Ce séisme annonce un basculement politique.
 
Dès lundi, Geoffroy Didier, ex-bras droit de Bellamy, a reproché au vaincu son "conservatisme sociétal" et son plaidoyer contre l’arrêt des soins de Vincent Lambert. Cette débandade dit la médiocrité de cette droite sans convictions. La trahison est chez elle une seconde nature. La voilà prête à imiter la macronie bêtasse quand celle-ci désignait la tête de liste LR comme un "passéiste", au prétexte que le jeune philosophe évoquait brillamment les racines gréco-latines et judéo-chrétiennes de l’Europe. Rien de durable ne peut être construit avec cette caste sans honneur ni vision. Elle est prête à larguer la nation et le peuple pour ne pas paraître, aux yeux de prétendus modernes, nationaliste ni populiste. Les électeurs soucieux de la préservation de leur pays ne peuvent plus faire confiance à de tels bradeurs. Bellamy n’a pas à s’excuser de sa déroute comme il l’a fait : elle vient des défaillances répétées de son camp mouvant. Les Républicains n’apportent plus rien à la politique, sinon, pour certains, la honte du reniement.
 
La nouvelle révolution, entamée avec le réveil des Oubliés, n’épargnera pas les équilibres politiques. Édouard Philippe a raison quand il dit, au vu des résultats de dimanche : «"es anciens clivages ne sont plus." Le tête-à-tête entre Marine Le Pen et Emmanuel Macron balaie la vieille opposition droite-gauche, au profit de la confrontation mondialistes- souverainistes, avalisée par le chef de l’État. Toutefois, rien n’est moins évident que sa victoire, présentée comme acquise par le Système en dépit de sa deuxième place. Certes, moins de 1 % des voix sépare LREM (22,41 %) du RN (23,31 %). Mais ce score fait perdre au président son pari de battre Le Pen. RN gagne 600 000 voix par rapport à 2014 et arrive en tête dans 76 départements. Quant à Macron, s’il peut se féliciter d’avoir attiré 27 % des électeurs de François Fillon, il reste confronté à la défiance de 8 Français sur 10. Près de 50 % des inscrits se sont abstenus. Lorsque Loiseau dit de son bilan : "Ce n’est pas une défaite", resurgit l’incendiaire arrogance d’un pouvoir resté fragile.
 
Laurent Wauquiez, président des Républicains, propose des "états généraux" du parti, à la rentrée. Gérard Larcher, président du Sénat (LR), veut pour sa part susciter dès à présent un rassemblement de la droite et du centre, en partant des élus de terrain. Ces gesticulations resteront vaines tant que la droite n’aura pas choisi son camp, entre progressisme et populisme. Macron sera réélu en 2022 s’il se retrouve face à Le Pen, restée isolée politiquement. Or cette issue pourrait être détournée si les souverainistes décidaient enfin de s’allier contre les mondialistes, en passant outre les interdits d’un rapprochement avec le RN recentré. Dès dimanche soir, la gauche en déroute n’avait que le mot "union" à la bouche. Rien ne justifie que ce qui reste de la droite conservatrice, élaguée de ses faux frères, ne puisse tisser de semblables coalitions avec ceux qui lui ressemblent. Sur les questions sociétales, les différences entre LR et RN sont mineures. Les questions économiques et sociales peuvent s’ouvrir à des compromis. Pourquoi tergiverser ?

Paru dans Le Figaro, 1er juin 2019
Publié dans Du côté des élites
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Environnement et immigration, les deux défis de l’UE
 
Abraham Lincoln définissait la démocratie comme "le gouvernement du peuple, par le peuple, pour le peuple". L’Union européenne (UE) regroupant des peuples différents, la démocratie européenne - telle qu’elle a été créée en septembre 1976 par le traité de Bruxelles instituant l’élection du Parlement européen au suffrage universel - devrait logiquement se comprendre comme le gouvernement des peuples, par les peuples, pour les peuples. Comment le Parlement qui vient d’être élu pour cinq ans parviendra-t-il à bien agir, démocratiquement, "pour" des peuples qui sont au nombre de vingt-huit ?
 
Le Parlement européen a plus de pouvoirs qu’on ne le croit. Non seulement il adopte (avec le Conseil représentant les États membres) les règlements (actes législatifs s’appliquant de manière automatique et uniforme dans tous les pays de l’UE) et les directives (textes instaurant une simple obligation de résultat, que les États membres ont deux ans pour transposer dans leur droit national), dont la Commission a le monopole de l’initiative. Mais encore il participe, par son vote de confiance, au choix de chaque nouvelle Commission (désignée par le Conseil). Le Parlement européen n’est plus la chambre d’enregistrement qu’il était à l’époque des attelages Giscard-Schmidt ou Mitterrand-Kohl.
 
À bien observer le résultat des élections européennes de 2019, deux préoccupations populaires émergent clairement : le souci de préserver l’environnement et celui de contrôler les flux migratoires. Les partis verts ont partout progressé en Europe. En Allemagne, Die Grünen sont devenus la deuxième formation politique, devançant largement les sociaux-démocrates du SPD. En Finlande, en Suède, en Lettonie, en Autriche, en République tchèque, en Irlande, au Royaume-Uni, en France et en Espagne, les Verts enregistrent de très fortes progressions. Cette progression est tellement forte qu’on peut dire que la gauche proeuropéenne est aujourd’hui bien plus verte que rose. Toute une partie de l’électorat européen est désormais concerné par les enjeux climatiques. Les jeunes couples qui votent vert refusent de compromettre leur bien-être ou la santé de leurs enfants au nom d’un productivisme industriel qui leur semble d’un autre âge. Bien respirer dans les villes est devenu leur priorité. Ils refusent la croissance pour la croissance et restent sceptiques quant au consumérisme de leurs parents. Emblématiques sont ces Scandinaves qui, pour leurs vacances en Italie ou en Grèce, ne prennent plus l’avion (très polluant) mais le train (moyen de transport le plus écologique).
Mais, pour amener l’UE à adopter une politique énergétique moins polluante, les Verts devront d’abord surmonter un énorme obstacle idéologique. C’est leur aversion irraisonnée pour le nucléaire, qui est l’énergie propre du futur. Pourquoi ne pas faire confiance aux progrès de la science et ne pas croire à la possibilité d’obtenir un jour de l’électricité propre et très bon marché ? La solution des besoins européens en énergie ne réside-t-elle pas dans les procédés de fusion nucléaire, tels qu’on les étudie actuellement au centre Iter (International Thermonuclear Experimental Reactor) de Cadarache (Bouches-du-Rhône) ? Les écologistes s’inquiètent de l’impact des émissions de gaz à effet de serre sur le changement climatique. Mais ils n’arrivent pas à comprendre qu’il n’existe aucune autre énergie non carbonée autre que le nucléaire qui ne soit pas intermittente. Le remplacement en Allemagne du nucléaire par le charbon est une catastrophe, à la fois pour la santé publique et pour l’émission de CO2. Tant qu’ils n’auront pas surmonté cette contradiction, les Verts ne pourront pas inspirer la politique énergétique de l’UE.
 
Les autres vainqueurs du scrutin européen sont les partis s’étant prononcé le plus clairement contre le laxisme migratoire. Très nombreux sont en effet les Européens qui s’estiment en insécurité culturelle face aux flux migratoires provenant des pays musulmans. Les pays du groupe de Visegrad (Hongrie, Pologne, République tchèque, Slovaquie) proclament qu’ils ne veulent accueillir que des chrétiens comme réfugiés. La majorité des Européens sont attachés à leurs frontières. Ils préfèrent une immigration choisie et légale à une immigration illégale nourrie par les réseaux de trafiquants d’êtres humains. Ils ne comprennent pas que l’UE n’ait pas anticipé la crise migratoire de 2015, conséquence directe des "printemps arabes" de 2011. Ils n’admettent pas que les riches pétromonarchies du Golfe aient accueilli si peu de réfugiés syriens. L’UE n’accroîtra sa popularité auprès des nations qui la composent que si elle parvient à mettre en place des politiques énergétiques et migratoires crédibles et efficaces.

Paru dans Le Figaro, 28 mai 2019
Publié dans Avec l'Europe
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Ce que nous devons à nos aïeux héroïques
 
Ce jeudi 6 juin, à 18 heures, une cérémonie internationale célèbre le 75e anniversaire du débarquement en Normandie, à Courseulles-sur-Mer (Calvados). Le président Macron, certes présent aux célébrations de la veille et du lendemain, ne sera pas à Courseulles-sur-Mer, provoquant des réactions indignées d’anciens soldats et d’élus, comme en novembre dernier à propos du défilé militaire supprimé… Quand, avec le temps qui passe, des événements décisifs s’écartent de plus en plus de notre présent, forcément leur importance décroît face aux préoccupations du jour. Les enfants étudient dans leurs livres d’histoire des événements que leurs parents ou grands-parents ont vécus dans leur chair. L’indifférence s’installe, et souvent l’oubli.
 
L’Occident d’aujourd’hui entretient une relation particulière avec les commémorations de victoires militaires. Il y a, déjà, toutes les victoires militaires qui sont de telles défaites morales qu’on préfère ne plus en parler. Mais, surtout, l’idée même de célébrer un acte de violence peut apparaître en soi comme une inconvenance. Les regards portés sur les tranchées de 14-18 sont d’incompréhension et d’indignation : comment ont-ils pu accepter de perdre tant d’hommes pour gagner quelques arpents d’Allemagne ? Autrement dit, les motivations nous échappent, parce qu’il n’est pas si important pour nous de perdre ou de gagner un territoire - la notion d’identité territoriale paraît superflue, en tout cas à ceux qui n’en ont jamais été privés… Pour les commémorations de la Seconde Guerre mondiale, c’est autre chose : nous savons bien que sans l’intervention américaine nous aurions pu être tout à fait nazifiés, et pour longtemps. Le nazisme étant devenu le seul pôle moral, négatif, dont dépend toute l’éthique contemporaine, le souvenir du débarquement ne peut nous être indifférent.
 
Pourtant il y a un facteur qui rend ces souvenirs comme irréels. Nous vivons depuis ce temps dans un monde sans guerre. Bien sûr, les soldats français se battent et meurent en Afrique. Cependant ce sont des guerres choisies, qui ne se passent jamais sur notre territoire, menées par des armées de métier. La probabilité pour un jeune Français d’être enrôlé dans une guerre est considérée comme nulle. Au fond, tout se passe chez les Européens (et c’est encore plus vrai en Allemagne) comme si la guerre, en tant qu’événement violent et tragique, avait été littéralement rayée des possibilités humaines. Les sociologues du XXe siècle avaient bien souligné l’analogie entre la guerre et la fête - dépenses de moyens inhabituelles, oubli momentané des normes éthiques quotidiennes ; et dans le monde contemporain, seule la fête demeure ce moment d’excès et de gaspillage ; la guerre a été bannie pour l’évidente raison de sa violence et du risque vital. On a parlé imprudemment de la "guerre zéro mort" au moment de la guerre de Bosnie, en oubliant que le "zéro mort" était seulement de notre côté, pendant que les ennemis mourraient parfois en masse. Mais surtout, on ne voit plus très bien pour quelle raison cruciale, pour quelle finalité essentielle un jeune Français irait risquer sa vie. Sûrement pas pour un territoire et probablement pas pour une idée - quelle idée, d’ailleurs ?
 
La seule religion qui reste, l’écologie, est pacifiste. Autrement dit, la seule finalité précieuse étant désormais la vie humaine, une guerre quelle qu’elle soit n’aurait pour nous aucun sens.
Et pourtant… seuls des esprits utopiques rêvent d’empêcher désormais toute guerre grâce aux organisations internationales, aux tribunaux internationaux et peut-être au futur gouvernement mondial. La réalité est tout autre : les guerres menacent le monde humain en raison de sa diversité constitutive et de sa propension à la violence. L’espoir des humanistes peut restreindre la violence mais certainement pas l’éradiquer, parce que ce serait effacer la diversité de notre monde. Quant à notre pacifisme, il ne suffit pas, loin de là, à extirper l’ennemi : comme disait Julien Freund, ce n’est pas moi qui décide ou non d’avoir un ennemi, c’est lui, l’ennemi, qui me choisit.
 
D’où la situation singulière dans laquelle se trouve à cet égard un pays comme la France : une population pacifiste, persuadée de son immunité perpétuelle, et peu soucieuse de se battre pour aucune "cause" ("Une cause ! disait un personnage de Simone de Beauvoir. On n’est pas province à ce point !") ; et une armée qui conserve l’ancien esprit de courage et de sacrifice, bien visible dans les conflits d’Afrique. Que de ricanements sur le conservatisme de nos militaires aux cheveux courts, nantis d’épouses vertueuses et courant à la messe plus qu’à leur tour… Ils représentent cependant un îlot de réalisme au milieu d’un peuple illusionné : ils savent l’existence du tragique, et développent les qualités capables d’y répondre, dont le courage n’est pas la moindre. Robert Kagan décrivait (trop sommairement) un face-à-face entre des "kantiens" et des "hobbesiens". Ce sont toujours les seconds qui sauvent les premiers, parce qu’ils connaissent les vrais prix des choses, alors que les premiers se croient dans un monde enchanté. Ainsi le conservatisme de notre armée n’est-il que le signe de son efficacité en tant que telle. Elle peut nous protéger parce qu’elle ne croit pas à toutes ces salades romantiques qui nous font compter sur la paix éternelle. C’est parce que l’armée est si différente du reste de la population française que celle-ci peut se permettre de continuer à déployer son pacifisme confondant.
 
On a dit à juste titre que se souvenir des drames évite de les revivre. Le bonheur sans histoire dans lequel nous vivons est un profond anesthésiant, capable d’effacer la connaissance de ses sources. Au fond, les commémorations ont pour seul but de rappeler que chacune de nos grandeurs, de nos joies et de nos bonnes étoiles a été conquise sur le malheur et sur les tragédies. Que notre liberté a été arrachée aux démons de la servitude, et la paix aux entichés de violence. Que tout cela n’est en rien la faveur gratuite du destin, mais un cadeau offert au prix du sang par des ancêtres altruistes. La mémoire du jour le plus long nous rappelle que l’existence de l’homme est tragique et que tout ce qui est grand, loin d’être acquis pour toujours, doit se mériter constamment.

Paru dans Le Figaro, 6 juin 2019
Publié dans Devant l'histoire
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Le cri d’alarme de Darmanin envers les classes populaires
 
Classes laborieuses, classes dangereuses. Cette thèse sur Paris au XIXe siècle a marqué des générations d’historiens. Aujourd’hui, c’est l’absence des classes laborieuses dans son électorat qui est dangereuse pour Emmanuel Macron. Et c’est un de ses ministres, Gérald Darmanin, qui pousse le cri d’alarme. "Le clivage conservateurs-progressistes ne doit pas se transformer en clivage patriciens-plébéiens, les bourgeois et les élites étant la majorité présidentielle, et le peuple étant le Rassemblement national", prévient le ministre des Comptes publics dans un entretien au Point.
Toutes les analyses des résultats aux européennes ont souligné le glissement politique du macronisme, symbolisé par la percée de la liste Loiseau dans les villes et les secteurs historiquement les plus ancrés à droite. Lui-même issu des Républicains, dont il a été exclu après son entrée au gouvernement, Gérald Darmanin pourrait a priori s’en réjouir. Mais l’élu de Tourcoing s’inquiète plutôt de la signification sociologique de ce glissement.
 
L’opposition entre deux France - celle qui tire profit de la mondialisation et celle qui s’en sent victime, celle des "insiders" et celle des exclus, celle des cœurs de métropole et celle de la périphérie urbaine et de la ruralité - n’est pas nouvelle. Ce fut la France du "oui" et celle du "non" au référendum européen de 2005 puis celle du duel Macron-Le Pen à la présidentielle de 2017. Mais ce clivage s’est creusé à la faveur du scrutin du 26 mai.
Darmanin ne se contente pas du constat. Sa sortie est une mise en garde adressée à son propre parti. Quand il rappelle que "l’usine est aussi importante le coworking", il pointe la caricature que La République en marche donne parfois d’elle-même en se faisant le porte-voix d’une "start-up nation". Quand il met en lumière le danger d’une formation qui se réduirait à "un mouvement de cadres et de chefs d’entreprise", il pointe une dérive possible de LREM, que son renforcement auprès des catégories aisées pourrait accélérer.
 
Gérald Darmanin se défend de viser le président de la République qui, selon lui, partage ce constat. Ni Édouard Philippe, même s’il voit le premier ministre davantage capable de conquérir Paris que de reconquérir les catégories populaires. Mais le ministre des Comptes publics veut jouer sa participation. Non pas celle de représentant de l’aile droite du gouvernement, mais de chef de file d’une aile populaire. Car à ses yeux, "on ne peut pas réformer le pays sans l’adhésion des classes populaires ni gagner l’élection présidentielle sans le peuple", comme il le dit encore dans Le Point.
Pour Darmanin, l’acte II du quinquennat doit reposer sur deux jambes: l’écologie et le progressisme sociétal, d’une part - il veut rapidement le vote de la PMA ; le "populaire" d’autre part, c’est-à-dire l’accent sur le fruit du travail, le mérite ou la lutte contre l’islamisme politique. Pour lui, encadrer LREM de deux "flotteurs", droit et gauche, est hors sujet. Son objectif : convaincre un tiers de ces catégories populaires plus séduites aujourd’hui par le Rassemblement national que par la droite et par la gauche. Faute de quoi le macronisme serait en danger de mort.

Paru dans Le Figaro, 6 juin 2019
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Connaissez-vous Cantus Formus ?
 
Connaissez-vous la musique non officielle, tonale d’aujourd’hui ?
C’est sans doute la première fois dans l’histoire qu’un public qui aime la musique va à des concerts, écoute la radio, You Tube, etc. et ne connaît pas ou écoute le moins possible ses contemporains, qu’ils soient officiels ou dissidents. Les uns parce qu’ils sont inécoutables et peu mémorisables, les autres parce que, bannis de l’histoire officielle, ils n’accèdent pas à la visibilité. En ce qui concerne ces derniers, la plus grande partie du public mélomane ignore leur existence.
C’est une exception française : il est malséant d’être tonal. Depuis l’après-guerre dans les milieux politiques et intellectuels, seule la musique atonale est considérée, comme allant "dans le sens de l’Histoire". Cette situation s’est pétrifiée quand le ministère de la Culture en 1981 s’est transformé en ministère de la Création. Comment ce diktat a-t-il été possible dans un pays qui avait accueilli simultanément tous les courants artistiques, de l’académisme aux avant-gardes très extrêmes ?
 
Cantus Formus
Pour illustrer cette situation il est intéressant d’évoquer une des très rares associations défendant des expressions non officielles de la création musicale : Cantus Formus. Créée en 2003 par un jeune compositeur, Nicolas Bacri, elle rassemble de nombreux interprètes et compositeurs qui ne se satisfont pas des expériences musicales menées par l’avant-garde atonale et sérielle : "l’École de Vienne", devenue institutionnelle. Son but est de présenter au public des œuvres de jeunes compositeurs qui pensent que tous les ressorts de la tonalité n’ont pas été épuisés, des œuvres des XXe et XXIe siècle d’inspiration mélodique au sein d’une conscience organique de la forme. Nicolas Bacri a voulu que ces compositeurs bannis soient joués et qu’ils aient le privilège d’entendre leur propre musique et de la partager avec un public.
Sa légitimité pour entreprendre une telle aventure résidait dans son parcours : brillante carrière, œuvre reconnue à ses débuts en raison de son adhésion à la doxa atonale, puis une évolution vers la tonalité, vécue comme la découverte d’un monde nouveau. Cette "trahison" l’a exclu des faveurs institutionnelles en France mais ne l’a pas empêché de réaliser une œuvre très complète et d’être reconnu au-delà des frontières.  
 
Cantus Formus a trouvé le soutien du Conservatoire CRR de la rue de Madrid qui lui a accordé l’accès à sa salle de concert pour que cette musique soit interprétée et partagée gratuitement. Depuis quinze ans ce rendez-vous pluri-annuel a permis à un public fervent et passionné de découvertes d’accéder à des œuvres jouées souvent pour la première fois. Les médias qui s’adressent au grand public mélomane parisien ne lui en ont jamais dévoilé l’existence.  
Malgré l’absence de moyens financiers, l’aventure résiste au temps et rayonne. La pénurie pécuniaire n’a cependant pas permis l’essentiel travail d’histoire, d’évaluation, de critique, si nécessaire à son épanouissement. Et pas davantage la communication directe avec un large public en attente d’une musique de l’âme et du cœur que permet désormais Internet.

On se trouve dans la situation absurde où grâce à l’argent public des fonctionnaires font vivre une musique officielle inaudible, rejetée par public et interprètes, en excluant comme illégitimes des initiatives telles que Cantus Formus, où un compositeur de renommée connaissant la création de son temps dans son essentielle diversité essaie de permettre au public de l’entendre et d’en juger.
Il paraît plus fécond pour la création que l’expertise de l’art revienne aux artistes eux-mêmes, à condition qu’il y ait concurrence entre divers courants. C’est ce que disait Jules Ferry en annonçant en 1880 aux artistes plasticiens qu’il retirait tous les représentants de l’État des jurys de l’unique Salon. Il a invité ce jour-là les artistes à prendre en main leur destin, les a encouragés à créer d’autres Salons, leur promettant la construction d’un palais somptueux pour les accueillir et faire honneur à tous. Cette formule exemplaire a fait de Paris la capitale des Arts dans le monde pour cent ans. Depuis que
l’État décide ce qui est de l’art ou ne l’est pas, Paris a perdu son statut. Quoi de plus conservateur qu’un système où 200 Inspecteurs de la création supervisent la création pendant leurs 40 ans de carrière ?  Résultat : un unique courant musical, apparu entre les deux guerres du siècle dernier, devenu choix politique et stratégique après 1947 et rendu obligatoire en France en 1981. Ce qu’il est toujours.
Des mécènes privés non conformistes auraient pu créer une concurrence… cela n’a pas eu lieu, mais peut encore se produire.

Envoyé par l'auteur, paru sur Contrepoints, 22 mai 2019
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Les écologistes, meilleurs ennemis de l’écologie ?
 
Bravo à Yannick Jadot qui fut un très bon candidat, convaincu et plutôt raisonnable dans ses propos. Mais son offre politique - d'écologie de posture - peut-elle être durable ?  
La progression du parti des Verts en Europe est le reflet d'une réalité de ce que chacun d'entre nous ressent. Nous souffrons de voir les océans pollués de sacs plastiques, les rivières devenues des dépotoirs, les poissons en voie de disparation, les animaux sauvages en perdition, les ours polaires esseulés sur un bout de banquise qui fond, les baleines exterminées, les abeilles qui trépassent, les engrais chimiques qui nous empoisonnent à petit feu, l'air pollué qui nous rend asthmatiques etc. N'en jetez plus!
Nous sommes, chacun d'entre nous, responsables de cette planète que nous allons laisser à nos enfants dans un sale état. C'est bien cette idée même que l'on retrouve à l'origine de la notion de "développement durable" (sustainable development) dans le Rapport Bruntland dès 1987.
 
Epoque hystérique
Pourtant, en dehors des questions existentielles que nous nous posons devant les poubelles de tri (est-ce que je jette l'emballage plastique avec le papier ?), nous sommes très impuissants devant cette catastrophe humanitaire annoncée, même si la France est plutôt en avance dans sa lutte. Nos contradictions sont le reflet d'une époque hystérique sur tous les plans. Ainsi, lorsqu'on diminue la vitesse de 
90 à 80 km à l'heure ce qui, par définition, est bon pour la diminution du CO2, la France s'emballe, écolos confondus, car il faut bien qu'ils roulent, et vite !
Nous voulons "consommer bien" sous tous rapports : des produits de saison, des fruits et des légumes poussés à côté de chez nous, du bon coton bio, des vêtements éthiques (en fait les tee-shirts réclamés par nos ados bien-pensants viennent du bout du monde fabriqués dans des conditions douteuses, quand ce ne sont pas des faux), des produits de beauté sans conservateurs et puis pas de viande bien sûr, c'est mauvais pour tout : les pets des vaches = du CO2, la souffrance animale, le cholestérol... toutefois, il faut soutenir les éleveurs pendant que les vegans attaquent les boucheries.
La liste est infinie, nous sommes culpabilisés par tous et pour tout sur ce que nous consommons, mangeons, disons, faisons, pensons, portons… soyez "bio" sinon point de salut mais rassurez-vous, le marketing a compris et s'occupe des gogos écolos.
 
Une idéologie écologique qui divise
Le fait pour les Verts d'être pour la décroissance (croissance assurée du chômage), contre la mondialisation, contre la production industrielle, contre le profit et les entreprises, etc., est un non-sens. On nous propose une écologie de posture alors qu'il faut une écologie de solutions applicables que seules les entreprises sauront proposer.
Ce désir légitime d'un progrès salutaire dans notre gestion de la planète est devenu une idéologie qui divise et crée des groupes opposés qui s'affrontent pour brandir des opinions politiques jusqu'à braquer des pays comme les Etats-Unis.
Tant qu'on fera de l'écologie une idéologie punitive on n'avancera pas. Les fausses solutions économiques foisonnent en particulier en ce qui concerne les entreprises, la plus récente illustration concerne le marché des droits à polluer autrement dit "marché de permis négociables". On légifère pour limiter l'offre surabondante de quotas d'émissions que les entreprises peuvent acheter à 6 ou 9 euros la tonne de carbone ce qui devient une bonne affaire. Au supermarché du CO2 les Français réclament la tonne à 30 euros. Qui dit mieux ? Sachant que le vrai clivage éternel avec les Verts concerne le nucléaire et que les énergies de substitution posent de vrais problèmes qui n'ont rien à voir avec l'eldorado décrit par les puristes.

En ce qui concerne les résultats des élections européennes, bravo à
Yannick Jadotqui fut un très bon candidat convaincu et plutôt raisonnable dans ses propos avec des chefs d'entreprise sur sa liste... sauf qu'à côté de lui figuraient des repoussoirs telle que Michèle Rivasi
, spécialiste des questions de santé environnementale au Parlement européen et remarquée pour ses prises de position "contre" les ondes électromagnétiques et surtout contre les vaccins alors que des enfants meurent à nouveau de la rougeole partout dans le monde. Voilà qui les rend infréquentables du fait de la présence de gourous et extrémistes agités.
Les écologistes seraient-ils les meilleurs ennemis de l'écologie ?

Envoyé par l'auteur, paru dans Challenges, 31 mai 2019
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Les détenteurs de la violence légale
 
La définition d’un État est la détention de la violence légale sur une population dans un espace donné. Cette violence peut être physique (armée, police) ou cérébrale (justice, impôts). C’est cette violence qui donne apparemment raison à celui qui a le pouvoir de l’actionner et tout naturellement le fossé se creuse entre le philosophe qui cherche la vérité en doutant par définition, et le politique qui se contente de chercher à détenir la violence légale pour avoir raison en se dispensant de douter.
Ceux qui détiennent actuellement le pouvoir d’actionner cette violence sont de plus en plus régulièrement remplacés vu leur inefficacité sans que l’on s’oriente pour autant vers une réflexion philosophique calme sur les raisons de cette inefficacité. Il est plus reposant de les dénigrer et de tout attendre de ceux qui les remplaceront et qui sont auréolés de toutes les vertus avant d’être affligés de tous les vices.
Ne faut-il pas revenir au vieux principe de juger un arbre à ses fruits et regarder les fruits du siècle que l’on affirme être celui des Lumières ? Il a rompu un équilibre multi-millénaire entre le spirituel et le temporel en généralisant ce que le roi d’Angleterre Henri VIII avait initié et qui est la base de l’organisation mentale actuelle anglo-saxonne, la soumission du spirituel au temporel.
 
Les Lumières nous ont apporté le fascisme pour ceux qui voulaient être reconnus comme les plus beaux, les plus forts et les plus intelligents ; le fascisme est mort du mépris des autres. Elles nous ont apporté le communisme pour ceux qui rêvaient par la violence à une absence de violence légale; le communisme est mort par effondrement d’une construction incohérente. Les Lumières nous ont apporté le capitalisme pour ceux qui confondaient le contentement et la richesse et qui pensaient s’enrichir sans appauvrir quiconque en étant contents d’un échange ; le capitalisme n’est pas encore mort et c‘est son agonie et les soins palliatifs mis en place par ses défenseurs qui heurtent tant le bon sens populaire.
 
La violence légale s’est aujourd’hui mise exclusivement au service du capitalisme. Côté violence physique, les armées veillent à ce qu’aucune autre forme d’organisation sociale ne naisse nulle part sur la Terre pendant que la police contient les interrogations populaires. Mais c’est du côté de la violence cérébrale que le capitalisme désormais sans concurrence fait très fort.
Par un principe de précaution généralisé, fait d’interdictions et d’obligations, et verrouillé par les lois mémorielles, il instaure une violence légale officiellement protectrice et réellement infantilisante qui permet, dans une fausse démocratie, d’acheter moins cher l’affect d’une population à qui l’on affirme donner tout le pouvoir tout en veillant à ce qu’elle ne puisse être informée totalement. Toujours par l’argent, l’information, de plus en plus sous-traitée à la finance, se réduit à un éclairage ostensible, non pas de l’ensemble de la scène mais exclusivement de ce qui doit marquer les esprits, le tri étant fait en amont par l’Agence France Presse.
Cela fabrique tout naturellement une représentation populaire détentrice de la violence légale mais qui ne ressemble en rien au peuple qu’elle est supposée représenter. Le muselage de l’internet par la violence légale est en cours puisque la dissolution de la goutte d’eau dans l’océan ne semble même plus suffire.

Mais le capitalisme fait encore plus fort pour durer par une prise en ciseau des esprits. D’un côté on formate à grand frais les êtres et de l’autre on crée une division totalement artificielle entre ceux qui résisteraient encore au formatage.
Le formatage se fait pendant de très longues années dans une éducation dite nationale où l’on diffuse que la nation n’existe plus et que la Terre rebaptisée LA planète est le seul espace cohérent d’un capitalisme universel. On fait croire que la dépense, baptisée produit par le PIB, est une création de richesse à se partager et on fabrique de la monnaie pour pouvoir dépenser sans jamais expliquer que la monnaie n’est plus le constat d’une richesse déjà existante mais celui d’un espoir que l’on sait irréalisable mais qu’on implante dans les esprits.
On détourne d’ailleurs l’attention de ce seul problème fondamental en faisant vivre artificiellement les contradictions secondaires. La démocratie dit que la majorité a raison donc on va valoriser toutes les minorités quelles qu’elles soient en les portant toutes au pinacle avec l’aide de la violence légale. On constate une fonte bien réelle des glaciers et on va totalement artificiellement dire que l’homme en est responsable par le CO2. Là, la contradiction est plus subtile car elle est induite sans jamais être formulée. On ne dit jamais que le principal gaz à effet de serre est la vapeur d’eau sous forme de nuages qui garde la nuit la chaleur solaire comme chacun le constate. On ne dit jamais que la Terre a été glaciale et torride bien avant que l’homme n’apparaisse et qu’il est essentiel de comprendre pourquoi avant de chercher ce que l’homme a pu réellement modifier. Il est ridicule de se prendre pour Dieu et vouloir changer le climat quand on n’a encore absolument rien compris au déplacement des anticyclones et que l’on surexploite l’animal, le végétal et le minéral, voire même l’humain que l’on réduit à un consommateur-électeur-spectateur.
 
Mais pour tous ceux qui résisteraient au formatage et dont on martèle le mépris en les appelants extrêmes ou populistes, le capitalisme et sa violence légale ont réussi le tour de force de les diviser en deux pour qu’ils dépensent l’essentiel de leur énergie à se haïr. On a oublié que les trois moteurs de l’homme sont son cerveau avec sa raison, son cœur avec ses sentiments et son ventre avec ses besoins. La seule différence entre la droite et la gauche est que la droite privilégie la raison et donc l’harmonie alors que la gauche privilégie les sentiments et donc le mouvement. Les deux sont pourtant essentiels et la droite comme la gauche ne sont que deux parties de nous-mêmes qui se dissocient en deux simplismes quand nous sommes fatigués. La force du capitalisme et de sa violence légale est de flatter les besoins pour ne pas laisser se marier la raison et les sentiments. Se crée un fossé totalement artificiel entre Michel Onfray et Eric Zemmour qui disent pourtant grosso modo la même chose avec des mots différents.
 
L’avenir est entre les mains de la jeunesse dont la fragilité est peu respectée. Pour qui voudrait constater une facette de cette fragilité je propose de lire l’article de Contrepoints : Éloge de la mondialisation signé par un jeune étudiant très bien formaté

Envoyé par l'auteur, paru sur www.surlasociete.com, 1er juin 2019
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Adossée à des fondamentaux politiques avérés. Magistro, une tribune critique de bon sens, raisonnée et libre, d'information civique et politique.

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