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Chirac et la droite : je t’aime, moi non plus

ANALYSE - Les "barons" lui ont toujours reproché d’être plus chiraquien que gaulliste et son tempérament de «hussard» lui a longtemps fait rechercher la confrontation plus que le consensus.
 
Dans ses dernières confidences à son ultime biographe, Jean-Luc Barré, l’aveu est lâché comme un cri du cœur : "Je n’ai jamais été de droite !" (nos éditions d’hier). Cette prise de distance peut surprendre de la part de celui qui a été de tous ses combats durant plus de quatre décennies. C’est un des nombreux paradoxes chiraquiens, qui renvoie aussi à la conception que l’on se fait et qu’il se faisait de l’identité de la droite.
Sur le strict plan de la géographie politique, son appartenance à ce camp-là est difficilement contestable. Au-delà de l’anecdote de la vente de L’Humanité à la criée, à 17 ans, toute sa carrière électorale et gouvernementale s’est déroulée à droite. Et jusqu’à la présidentielle de 1988, c’est-à-dire durant plus de vingt ans, dans une droite hostile à toutes les tentatives d’ouverture. En disciple de Pompidou, il a combattu la "nouvelle société" de Jacques Chaban-Delmas ; en rival de Valéry Giscard d’Estaing il a ferraillé contre le "libéralisme avancé" de celui dont il fut premier ministre.

En créant le RPR, il a bâti une machine militante qui a le plus souvent été située plus clairement à droite que l’UDF giscardienne, laquelle se voulait de centre droit. Certes, le RPR s’inscrivant dans la lignée du gaullisme et revendiquant à son exemple la mystique du "rassemblement", par-delà le clivage gauche-droite, la réalité est plus nuancée. Mais le rapport de Chirac au gaullisme fut lui aussi complexe. Les "barons" lui ont toujours reproché d’être plus chiraquien que gaulliste et son tempérament de "hussard" lui a longtemps fait rechercher la confrontation plus que le consensus. À la tête du gouvernement en 1986, il a voulu mener une politique clairement libérale (les privatisations, la suppression de l’ISF) et droitière sur le plan régalien.

Sa défaite face à Mitterrand en 1988 marque un tournant incontestable. Il rompt avec le libéralisme, et plus globalement avec le réformisme. Sa campagne de 1995 sur la "fracture sociale" signe cette évolution, même si son premier souci fut tactique: Édouard Balladur occupant pleinement l’espace traditionnel de la droite, il a décidé de le contourner par la gauche. Avec le succès que l’on sait. Sa présidence fut ensuite dominée par son refus, jusqu’à l’obsession, d’être trop marqué de ce côté-là. Même si, y compris avec sa victoire contre Jean-Marie Le Pen en 2002, il n’a en rien cherché à élargir sa majorité à gauche.

La création de l’UMP fut au contraire le moyen de garantir la domination de la droite. Contrairement à la légende, l’UMP ne fut pas une réponse au choc du 21 avril 2002, mais l’aboutissement d’un processus de plusieurs années censé prendre acte de l’unification idéologique de toutes les sensibilités de la droite et du centre ; et accessoirement d’étouffer François Bayrou. Chirac fut l’artisan de ce parti unique. Avec cette contradiction : l’élargissement politique a correspondu à un rétrécissement idéologique. Tant qu’il ferraillait contre l’UDF, le président du RPR a entretenu la spécificité du parti issu du gaullisme : un discours centré sur la nation, une assise plus populaire, un primat de l’État sur les baronnies locales, un refus de l’atlantisme. L’unification de ces partis fut à la fois le fruit et l’accélérateur de l’uniformisation de la droite. Le souverainisme, notamment, n’eut plus sa place en son sein ; et Chirac l’a payé lors du référendum européen de 2005.
Cette évolution structurelle de la droite, qui a correspondu à l’évolution personnelle de l’ancien chef de l’État, a sa part de responsabilité dans cet autre paradoxe chiraquien : il s’est érigé en rempart absolu contre le Front national, mais a échoué à endiguer sa progression. Si Le Pen a approché puis franchi la barre des 15 % en 1988, 1995 et 2002, c’est parce que Mitterrand et la gauche ont su jouer de ce piège diabolique, mais aussi parce que Chirac et la droite n’ont pas su retenir une large partie de leurs électeurs.
Entre ceux qui lui reprochent de n’avoir pas voulu élargir la droite et ceux qui l’accusent de l’avoir vidée de sa substance, Jacques Chirac n’a au fond jamais cherché à définir la sienne. Devenant au fil des ans de plus en plus attiré par un grand large culturel l’éloignant des rivages traditionnels de la droite. Jusqu’à s’en méfier, presque à la rejeter, elle qui l’avait amené au pouvoir.

Paru dans Le Figaro, 28 septembre 2019
Publié dans Du côté des élites
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Souvenirs, Jacques Chirac
 
"A la fracture sociale s’ajoute aujourd’hui une distance croissante entre le peuple et ceux qui ont vocation à le représenter. Elle doit impérativement être réduite" annonçait-il avec au lendemain de son entrée à l’Elysée en 1995.  Pourtant, le choix de privilégier l’adhésion de la France à l’euro, dans la continuité de la présidence Mitterrand, au prix de fortes ponctions fiscales, d’une poussée du chômage et de la précarité, fut fatal à cet engagement et à la tournure de son premier mandat, saccagé par la dissolution ratée de 1997 et cinq années de cohabitation explosive et stérile avec la gauche plurielle de Lionel Jospin. Depuis, la fracture entre la classe dirigeante et le peuple n’a jamais cessé de s’aggraver, rongeant les fondements de la démocratie française et du pacte républicain. En se détournant de son intuition première, Jacques Chirac a sans doute manqué l’occasion de donner une toute autre envergure à son premier mandat.
 
Jacques Chirac voyait venir le danger communautariste. Face à la crise du foulard islamique qui hantait les établissements scolaires pendant les années 1990, après dix années d’impuissance et d’indécision, il fut à l’origine de l’un des derniers grands choix stratégiques en faveur de la paix civile. Sa main n’a pas tremblé au moment d’édicter l’interdiction de tous signes religieux ostentatoires à l’école, collèges et lycées, à l’issue d’une concertation exemplaire, illustrant ce que pouvait être la politique au sens noble du terme : un choix de gouvernement en faveur de l’intérêt général, qui fait l’objet seize ans plus tard, d’un quasi-consensus. Ce geste fort et prémonitoire, n’a cependant pas suffit à infléchir le cours d’une fragmentation de la société française dans laquelle certains voient poindre le risque de tensions violentes.
 
Du bilan mitigé de ses douze années à la tête de l’Etat se détache pourtant un choix, devenu emblématique de sa présidence. Jacques Chirac restera, pour l’histoire, l’auteur de la dernière grande décision politique inscrite dans la tradition gaullienne d’indépendance nationale. En s’opposant frontalement à l’invasion militaire de l’Irak par les Etats-Unis de M. Bush, au printemps de 2003, le chef de l’Etat français mettait en garde ce dernier contre le danger d’une déstabilisation en cascade du Moyen-Orient. Effondrement de l’Etat irakien, généralisation d’un chaos sanglant, anéantissement de la minorité chrétienne, enchaînement de guerres civiles exterminatrices, émergence de l’Etat islamique daesh, flambée de terrorisme – dont la France fut en Europe la principale victime, afflux de réfugiés. Chirac avait raison et rarement dans l’histoire de la Ve République, depuis 1969, le destin personnel d’un président de la République ne s’est autant confondu avec celui de la France qu’en cette occasion.
Paru sur maximetandonnet.wordpress.com, 27 septembre 2019
Publié dans En France
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Le roi de cœur
 
Jeudi 26 septembre, milieu de journée, gare Saint-Lazare, je suis assis dans le grand hall du 2ème étage où j’attends un train… un SDF s’avance vers moi et, le regard perdu dans le lointain, m’annonce dans un murmure : "France-Info vient de le dire… Jacques Chirac est mort… France-Info l’a dit". C’est ainsi que j’apprends brutalement la disparition de notre ancien Président. Que cette mort soit annoncée par un tel messager demeurera pour moi une sorte d’écho à cette proximité naturelle que Jacques Chirac affectionnait pour les plus humbles. Je pense aussitôt à Anne-Dao, rescapée des boat-people cambodgiens, dont il croise le regard mouillé de larmes à l’aéroport où il est venu accueillir un groupe de réfugiés, et qu’il décide en un instant, avec son épouse, d’adopter.
 
J’entre au cabinet de Jacques Chirac en 1977 alors qu’il vient d’être élu maire de Paris. Il a 45 ans, j’en ai 31. A notre première rencontre, j’ai tout de suite l’impression d’être avec un grand frère. Pendant la dizaine d’années où je resterai auprès de lui, entre autres fonctions comme directeur-adjoint de son cabinet, ce sentiment ne se démentira jamais.
Je me souviens encore de ma première sortie avec lui, un dimanche d’un été torride, Porte Maillot, pour un congrès qui réunissait 3000 chefs d’entreprise. En remontant les Champs-Elysées en voiture, il me lance : "Et si on allait prendre un verre à une terrasse au lieu de s’enfermer au Palais des Congrès ?". Le prenant au sérieux, je lui réponds bien sûr que ce n’est pas pensable et, lui, ravi que j’ai pu le croire, se moque gentiment de ma crédulité. Quelques mois plus tard, en charge du marathon de Paris, j’ai l’idée de faire passer la course dans chacun des 20 arrondissements, ce qui provoquera le plus gros embouteillage de l’histoire de la capitale ! Loin de me le reprocher, il s’en amuse en me suggérant simplement de ne pas persévérer forcément dans ce genre d’originalité…
 
Un grand frère à l’humour décapant  qui, dans les réunions de travail, était sans doute le plus chahuteur d’entre nous, mais qui nuançait toujours ses traits qui pouvaient être féroces d’une vraie tendresse : à un de ses adjoints, maire d’un des arrondissements les plus bourgeois de Paris, qui lui reprochait un jour de ne pas assez reconnaître ses mérites, je l’entendis répondre avec un grand sourire : "Ecoute, je me ferai tuer pour toi, mais si j’avais donné l’investiture à un cheval dans ton quartier, il aurait été élu, tu le sais bien !". Et tous les deux de partir d’un immense éclat de rire, tellement la formule était juste.
Cette bonne humeur presque permanente se doublait aussi d’une très grande indulgence pour ses collaborateurs, notamment les plus jeunes dont j’étais, qualité plus que rare dans le monde politique. Je me souviens ainsi d’un voyage à Brive où, ayant confondu à la descente du train un groupe d’élus départementaux avec les chauffeurs en charge de nous conduire, il me conseilla simplement de fréquenter plus souvent les terres corréziennes !
 
Quant à sa fidélité, elle n’est plus à prouver : ayant eu l’honneur d’être, sur sa décision, pendant 20 ans, le secrétaire général de la Fondation Claude Pompidou -dont il fut trésorier puis vice-président -  je peux témoigner de son constant soutien à Claude Pompidou et à sa famille. Présent à toutes les grandes manifestations de cette magnifique fondation, assidu à ses conseils d’administration aux côtés de cette dame exceptionnelle qu’était Claude Pompidou, prenant sans cesse avec son épouse de ses nouvelles, toujours présent en cas de difficulté, il exprima, jusqu’à ce que ses forces l’abandonnent, une amitié sans faille à tout ce que Georges Pompidou lui avait confié.
Mais c’est son attention et sa gentillesse, qui tenaient si peu compte du rang des uns et des autres, qui me marquèrent le plus :  chaque fois qu’il le pouvait, il s’inquiétait de notre vie personnelle. Un samedi matin, alors qu’il était à l’Elysée et que je revenais à Paris à sa demande, après quelques années d’absence, il me demanda de passer le voir.  L’huissier me fit entrer dans son bureau alors qu’un haut personnage l’attendait dans le salon voisin. Pendant plusieurs minutes, le Président prit avec luxe de détails des nouvelles de chacun de nos enfants, s’enquit de notre logement à Paris, de nos besoins éventuels, au point que, très gêné, je finis par l’interrompre en lui demandant s’il n’avait pas oublié son illustre visiteur.  Il me regarda d’un air étonné et, mettant sa main sur la mienne, me dit : "Ecoutez, après toutes ces années en province,  vous avez oublié que c’est un fichu em…".
 
Au-delà de ces anecdotes, qui ne visent qu’à s’attacher à la vérité et à la simplicité de l’homme, je n’oublie pas les deux critiques principales qui lui ont été adressées : la première en raison de son âpreté dans le combat politique, la seconde au motif de ses évolutions politiques successives.  Sur le premier point, je l’ai toujours entendu dire que la démocratie, faute d’un moins mauvais régime, reposait sur la loi de la majorité et que la conquête de celle-ci ne pouvait être que le fruit d’une lutte, sans illusion sur la possibilité d’une politique paisible et sans conflits. Sinon, comme le pensait Ionesco, il faut revenir au pouvoir monarchique où la succession par ordre de primogéniture mâle est censée régler la question…Encore que sa lucidité était grande au point qu’il me fit prendre un jour l’engagement - engagement tenu - de ne jamais adhérer… à un parti politique. Sur le second point, qui est incontestable, il faut bien comprendre que Jacques Chirac se méfiait de toutes les idéologies et ne voulait jamais s’enfermer dans un système théorique quelconque. Il était rétif même aux programmes, ce qui, d’ailleurs, a donné lieu à un contre-sens sur sa formule "les promesses n’engagent que ceux qui les reçoivent". Il souhaitait être libre et considérait le pragmatisme comme la meilleure manière de s’adapter aux attentes variables du suffrage universel, ce qui explique aussi sa réticence au réformisme "chamboule-tout". Peut-être plus à l’aise dans la conquête du pouvoir que dans son exercice – mais n’est-ce-pas là une des limites les plus manifestes du régime démocratique- il n’en reste pas moins celui qui, à Paris, a su démontrer, contre toutes les prédictions, que la création d’une mairie allait se révéler un immense succès. Et ce premier maire de la capitale en fut sans conteste le plus grand. Comme il reste, par son attention si particulière aux "vrais gens" ce roi de cœur si proche du cœur du peuple de France.

Envoyé par l'auteur, 28 septembre 2019
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PMA et écologisme, pour oublier le peuple
 
CHRONIQUE - L’entêtement de l’État à promouvoir à la fois des intérêts communautaristes et une idéologie postnationale l’éloigne toujours plus des gens d’en bas
 
Ils disent : respectons la nature et ses limites ! Les macroniens ne jurent plus que par l’écologisme, ce mondialisme qu’ils croient plus présentable. Mais les mêmes s’enflamment pour défendre la procréation médicalement assistée (PMA) pour les couples de femmes et les femmes seules. Transgresser la nature serait donc interdit… mais autorisé. La contradiction montre la fragilité de la conversion d’Emmanuel Macron à l’idéologie verte, cet universalisme de substitution. Les plus cohérents des écolos sont ceux qui, comme José Bové, refusent toute manipulation du vivant, qu’il soit végétal, animal ou humain. Le projet de PMA pour toutes, examiné par les députés depuis mardi, viendra bouleverser la condition humaine. Celle-ci sera dégagée du fait qu’un enfant était jusqu’alors, sauf pour les couples hétérosexuels infertiles, le fruit d’une rencontre charnelle entre une femme et un homme. Désormais, la technique autorise l’homme-dieu à devenir son propre créateur. Dès lors, tout est envisageable. L’homme transgenre pourra même être mère. Bienvenue chez les apprentis sorciers.
Les minorités homosexuelles militantes, qui attendrissent les progressistes, sont en train de bouleverser la procréation au nom de l’égalitarisme et de leur bon plaisir. Elles arguent de leur douleur à ne pouvoir enfanter. Du coup, les lobbies en sont à justifier l’homme enceint. Ainsi, dans Libération, Cléo Carastro, historienne et anthropologue, a pu écrire mardi, dans la logique d’une PMA ouverte aux femmes devenues hommes (les "trans") : " (…) C’est pour tou-te-s qu’il faut penser (la PMA pour toutes), pour les hommes et les femmes souhaitant engendrer (…) Deux hommes peuvent engendrer en mobilisant leurs seules forces procréatrices, et deux femmes le peuvent également (…)." Ces déconstructeurs ont perdu toute décence. Ils sont devenus mabouls. S’ébauche Le Meilleur des mondes d’Aldous Huxley : un univers totalitaire où les bébés fonctionnels sortent de laboratoires.
 
Rien n’est plus dangereux que les courbettes du pouvoir devant ces groupuscules despotiques et capricieux, qu’il prend pour l’air du temps. Il est vrai que l’opinion semble s’être laissée convaincre par cette PMA sans père. D’autres pays l’appliquent. Mais cette technique n’est pas un droit anodin offert aux lesbiennes. Lundi, l’Académie de médecine a alerté sur "une rupture anthropologique majeure". Agnès Buzyn, ministre de la Santé, a trouvé ces réserves "datées". Qu’on en juge : l’académie, qui invoque pour l’enfant le droit à "avoir un père et une mère dans la mesure du possible", met en garde contre "une rupture volontaire d’égalité entre les enfants". Elle estime que cette rupture "n’est pas sans risques pour le développement psychologique et l’épanouissement". Elle rappelle que "la figure du père" reste "fondamentale pour la personnalité de l’enfant". Elle juge que la médecine, dont la mission est de soigner, n’a rien à faire dans ce commerce qui se profile. Mais que peut la raison contre ceux qui la rejettent ?
 
Le mensonge en vient à être légitimé par l’État. Son soutien aux filiations techniquement bricolées et juridiquement fictives l’oblige à détourner des mots et à bidouiller des situations familiales. Nicole Belloubet, garde des Sceaux, a déjà annoncé que l’acte de naissance d’un enfant né par PMA mentionnerait les termes de "mère" et de "mère" pour désigner le couple ayant enfanté. Exit la trace du père, ou même de l’adoptant. Comme l’a expliqué le député LREM Jean-Louis Touraine : "Aujourd’hui, la mère n’est plus la femme qui accouche, mais celle qui décide d’être mère." Ce règne du : "Moi je" est l’autre ressort qui permettra demain aux couples de gays d’exiger la gestation pour autrui (GPA) et ses ventres de femmes à louer pour neuf mois. Nombreux sont les "humanistes" qui trouvent furieusement moderne ce monde infernal. Pour y résister, la Manif pour tous appelle à manifester le 6 octobre.

Paru dans Le Figaro, 28 septembre 2019
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Jacques Chirac, l’homme qui incarna tant de visages de la France
 
Le 5 avril 1967, l’annonce de la composition du gouvernement de Georges Pompidou s’achève par la nomination d’un secrétaire d’État à l’Emploi âgé de 34 ans. Jacques Chirac entre dans la vie publique et dans celle des Français. Il y restera plus d’un demi-siècle, un cas unique dans l’histoire politique française, tout juste égalé, en durée, par François Mitterrand. Du "bulldozer" - ainsi le surnommait Pompidou - impatient et conquérant, au vieil homme souffrant, il a offert tant de visages aux Français, il fut tant de visages de la France.
Si tous, puissants et anonymes, peuvent dire aujourd’hui avoir en eux "quelque chose de Jacques Chirac", c’est parce qu’il a tout été. Parfois successivement, parfois simultanément. Il a été l’homme de l’enracinement local et celui de la projection mondiale. Qui a eu plus l’amour du terrain que celui qui arpentait chaque centimètre carré de "sa" terre de Corrèze ? Et qui a le mieux interpellé la planète que celui qui s’opposa à la folle deuxième guerre américaine en Irak et s’inquiéta pour notre "maison qui brûle". En un temps où le cumul n’était pas mis au ban, il fut à la fois maire de Paris et député d’Ussel. Il fut en même temps chef de parti et chef du gouvernement. Énarque, il fut le moins techno de tous.
 
En un mot, Jacques Chirac fut le plus gourmand des politiques. Il a tout voulu, il a tout eu, jusqu’à ce Graal élyséen décroché deux fois. Il a tout été aussi et le "pragmatisme" de ses convictions a souvent été moqué ou dénoncé. Le "facho" Chirac est devenu "l’humaniste" apôtre de la tolérance. Le signataire critiqué de l’appel de Cochin est devenu le chantre incompris d’une Constitution européenne. Le premier ministre important le modèle libéral de Reagan et de Thatcher fut le président défenseur du "modèle social" français, jusque dans ses rigidités. Le "fana mili" pro-Algérie française justifia toutes les "repentances". Celui qui cautionna l’alliance municipale avec le Front national à Dreux restera comme le rempart le plus déterminé contre le lepénisme. Le plus volontariste des dirigeants fut aussi le plus prudent face aux réformes.
 
Quel fut le "vrai" Chirac dont on a annoncé si fréquemment l’arrivée d’un "nouveau", comme on le fait d’un millésime de beaujolais ? Tous évidemment. Et d’autres encore, tant cet homme d’apparence si proche et si lisible a gardé ses secrets, sur ce qu’il était, sur ce qu’il pensait, sur ce qu’il faisait ; secrets que des Mémoires hélas superficiels n’ont pas dévoilés. Et c’est parce que Chirac s’écrit au pluriel qu’il fut alternativement, et parfois simultanément, le plus aimé et le plus rejeté des Français. Le candidat qui a plafonné à 20 % à ses quatre premiers tours d’une présidentielle est celui qui a battu le record sans doute inégalable de 25,54 millions de voix recueillies sur son nom en 2002. S’il acheva son long mandat présidentiel dans l’impopularité, ne comprenant plus les Français et ceux-ci ne le comprenant plus, il retrouva leur affection en s’éloignant d’eux et, plus tristement, en s’éloignant de lui-même.
 
Cette relation complexe fait partie du roman français. Ces successions d’affection et de désaffection l’ont construit ; comme l’ont façonné cette alternance de succès (l’entrée à Matignon, la création du RPR, la conquête de l’Hôtel de ville, la consécration élyséenne) et d’échecs, de trahisons, de déceptions. Homme toujours au grand cœur et parfois sans scrupules, gâté par l’existence et souvent cabossé par la vie, il laisse aux historiens le soin de dire si sa présidence a épargné la France ou si elle a laissé passer des occasions de s’adapter au monde ; et aux politologues de dire si, fondateur du RPR et initiateur de l’UMP, il aura construit ou délaissé la droite. L’homme qui fit de la "fracture sociale" un slogan de campagne aura au fond incarné bien des contradictions françaises. C’est aussi ce qui l’identifie à ce pays qu’il a servi et qui le pleure.

Paru dans Le Figaro, 27 septembre 2019
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Réchauffement climatique : l’humanité génère de l’eau !
 
C’est indéniable, la terre se réchauffe par rapport aux siècles précédents. Nous ne tiendrons pas compte des facteurs astronomiques de Milankovic, qui ont un impact sur les variations climatiques du globe terrestre, mais à une échelle de temps sortant de notre empan. Depuis le début de l’humanité jusqu’au milieu du XIXème siècle, l’homme ne faisait qu’utiliser ce que Dame Nature lui offrait, y compris avec quelques apports anthropiques comme la sélection de graines, à titre d’exemple dans le domaine de l’agriculture, base de notre alimentation. Vivant en équilibre avec la nature en utilisant du bois pour se chauffer avec un rythme de renouvellement qu’on peut placer à 30ans, âge d’une coupe de bois de chauffage, l’Homme s’est intéressé à des matières énergétiques plus rentables et calorifères que sont le charbon et, à partir de 1865, le pétrole.
 
Pétrole ! Voilà un mot qui résonne dans l’esprit de tous les humains, symbole de pouvoir, de richesse, de progrès, de développement pour des pays pauvres et d’expansion économique pour les pays riches. Pour le revers de la médaille, le pétrole est devenu le générateur de guerres sur fond tribal ou religieux, car la quête de ce précieux liquide se fait largement au détriment des populations locales qui, bien souvent, n’en voient pas le bénéfice, profitant à des pays souvent très éloignés mais en progression économique. En ce qui concerne le réchauffement climatique, le pétrole, dès qu’on le consume, est le grand responsable en tant que producteur de gaz carbonique, le fameux CO2. Or, la combustion des hydrocarbures qui le constituent, produit bien du CO2 (gaz à effet de serre), mais aussi de l’eau, conformément à la formule chimique ci-dessous.




Tous les chimistes et étudiants le savent, ainsi que les pouvoirs publics et les nombreux organismes qui s’occupent de près ou de loin de la pollution, son évaluation et ses éventuelles solutions, mais ne se sont, semble-t-il, jamais préoccupés de son apparition. Le CO2 provient de la liaison carbone-oxygène de l’air et l’eau de la liaison des hydrogènes avec le dit oxygène. Mais, au fait d’où vient cet oxygène de l’air ? Question à laquelle tout le monde répondra, de la photosynthèse pratiquée par les plantes, algues comprises, ces dernières ayant été les premières et étant les plus nombreuses. Or, dans le cadre de la photosynthèse, les plantes absorbent le CO2 et hydrolysent des molécules d’eau pour se servir des hydrogènes, afin de fabriquer des hydrates de carbone, base de la constitution des plantes, laissant libre l’oxygène issu de cette réaction.
 
Autrement dit, il y a plus de 100 millions d’années (temps de maturation nécessaire des matières organiques pour la constitution du pétrole, avec température et pression élevées), des algues ont détruit des molécules d’eau en relâchant dans l’atmosphère des molécules d’oxygène pour fixer des molécules de gaz carbonique. Quelques millions d’années plus tard, nous brulons des hydrocarbures qui relâchent du gaz carbonique dans l’air ainsi que des molécules d’eau sous forme de vapeur en mobilisant de l’oxygène de l’air actuel. Moralité, en brulant des hydrocarbures actuellement, nous faisons l’opération inverse de ce qui s’est passé il y a au moins 100 millions d’années. Les molécules d’eau et le gaz Carbonique se trouvent ainsi en supplément de ce qui existait jusqu’alors dans l’écosystème terre, puisque tous ces composants, à l’exception de l’oxygène fixé, étaient isolés dans les profondeurs de l’écorce terrestre depuis plus de 100millions d’années et ne rentraient pas en ligne de compte dans l’environnement. Donc, en utilisant des hydrocarbures au plan énergétique, notre environnement s’appauvrit en oxygène et s’enrichit en CO2 et en eau, indépendamment de la photosynthèse actuelle qui continue de fonctionner à son rythme. Certes, certains argumenteront en disant que ce n’est que de l’eau et que ça ne pollue pas. Or, elle vient en sus de ce qui existe actuellement et, par conséquent, on a une pollution physique due à sa présence et chimique par le captage d’oxygène dans l’atmosphère. Enfin, il faut considérer que la vapeur d’eau issue de la combustion des hydrocarbures est un excellent gaz à effet de serre et que la vapeur ça finit toujours par se condenser…
 
Quelle quantité d’eau l’humanité produit-elle avec le pétrole ?
Pour pouvoir chiffrer exactement cette quantité d’eau, il faudrait avoir les chiffres exacts de production des différents hydrocarbures concernés. Or, dès que l’on cherche ces chiffres on se voit opposer le secret géoéconomique et stratégique. De ce fait, pour chiffrer ce phénomène, nous avons utilisé la formule de la combustion (cf.infra). On se rend compte que chaque molécule de CO2 émise est accompagnée par une molécule d’eau (H2O). En calculant ainsi, on fait une erreur par défaut d’une molécule d’eau par molécule d’hydrocarbure brulée. Comme dans le pétrole les chaines carbonées ont entre 8 et 30 carbones(kérosène), on peut estimer l’erreur de l’ordre de 10 à 15% par défaut. Nous avons donc choisi de résoudre ce problème en utilisant les chiffres publiés concernant la production mondiale.
 
Les chiffres que l'on peut trouver sur le "net" fluctuent souvent d'un site à l'autre, mais restent dans une moyenne, ce qui va nous permettre d'approcher les quantités d'eau produites et d'oxygène disparues. Sachant qu'actuellement sur la planète la consommation de pétrole brut frise les 100 millions de barils par jour en 2018, un baril valant 159 litres, on consomme donc 15 900 000  mètres/ cube par jour de pétrole brut. Ce pétrole ayant une densité moyenne de 0,8, la consommation revient à 12 720 000 tonnes par jour de pétrole. Sachant qu’une tonne de pétrole produit en moyenne 3,04 tonnes de gaz carbonique (CO2), les "terriens" consommant des hydrocarbures liquides émettent dans l’atmosphère 38 668 800 tonnes de CO2 par jour. La masse molaire du CO2 étant de 44 grammes, nous émettons 878 836 363 636 moles de CO2 par jour. Sachant, d’après la formule de la combustion des hydrocarbures (cf infra), que l’on émet autant de moles de CO2 que de moles d’eau (à une approximation par défaut), nous émettons donc dans l’atmosphère, au moins 878 836 363 636 moles d’eau par jour sur la planète avec la consommation des hydrocarbures liquides. Une mole d’eau pesant 18 grammes, cela représente 15 819 055 tonnes d’eau, soit 15 819 055 mètres/ cube d’eau par jour. Pour générer cette eau, les hydrogènes issus des hydrocarbures ont soustrait de l’atmosphère 439 418 181 818 moles d’oxygène (O2). Considérant qu’une mole d’oxygène O2 pèse 32 grammes, il est fixé 14 061 382 tonnes d’oxygène par jour dans des molécules d’eau issues de cette combustion. Une mole de gaz oxygène occupant 22,4 litres à pression et température normales, il a disparu 9 842 967 272 mètres/cube d’oxygène (gaz) par jour de notre atmosphère, fixés dans l’eau ainsi produite.
 
Par an, à ce rythme-là, la consommation de pétrole produit 5 773 955 075 mètres/cube d’eau venant en sus de notre potentiel actuel qui ont prélevé 3 592 683 054 280 mètres/cube de gaz oxygène par an, perdus pour la vie sur terre. Quand on en est à regarder le niveau des mers et océans avec inquiétude, le moindre centimètre peut avoir de l’importance. Sachant que la consommation de pétrole devient exponentielle du fait de l’entrée de la Chine et de l’Inde dans le clan des pays industrialisés, la suppression d’oxygène et la création de vapeur d’eau va s’envoler, agissant sur le réchauffement du climat avec toutes les catastrophes idoines : pluies torrentielles, grêle hors norme, tornades, cyclones, montée des eaux, migrations climatiques (le Bangladesh surpeuplé étant l’un des premiers concerné du fait de sa faible altitude). Par ailleurs, en ce qui concerne la vapeur d’eau, celle-ci a une durée de vie allant de 7 jours à un mois en fonction des conditions météo, avant de se condenser en passant à l’état liquide. Plus il y a de points de production au plan local, plus la vapeur d’eau sera importante et plus l’impact sur le climat local pourra se faire sentir, avant de se répercuter sur le climat au plan global, cette vapeur venant en sus de la naturelle évapotranspiration. Voilà qui pourrait peut-être expliquer les épisodes cévenols hors norme de ces derniers temps, les pluies d’orage du Sud-Est de la France, etc…
 
En ce qui concerne la production d’oxygène sur Terre, outre les effets négatifs de la déforestation en Amazonie et en Asie du Sud-Est, on peut s’inquiéter de l’influence de ces masses de déchets essentiellement plastiques, qui s’accumulent dans les océans en suivant des courants centripètes mus par l’effet de Coriolis, autrement appelés 6ème continent. En effet, on sait que les plus grands producteurs d’oxygène sur terre sont les océans, par le biais de micro-organismes végétaux marins qui constituent le phytoplancton. Les rayons solaires pénétrant à travers la surface de l’eau donnent à ce phytoplancton l’énergie nécessaire à la photosynthèse, fixant le  CO2 dissous et émettant de l’oxygène qui enrichit les mers et par conséquent notre atmosphère, l’oxygène ayant un seuil de solubilité dans l’eau, moindre dans les eaux chaudes et plus important dans les eaux froides. Dans ces aires, situées initialement dans le Pacifique Nord, estimées à 3,5 millions de km2, les déchets se trouvent jusqu’à 30 m de profondeur, lieu de la pénétration maximale des rayons solaires. On peut ainsi s’interroger sur la baisse de rendement en oxygène de ces sites océaniques, où les masses de plastique diminuent la pénétration des rayons solaires en intensité et en profondeur. De plus, le 6ème continent du Pacifique Nord a fait malheureusement des émules dans tous les grands océans sur les deux hémisphères. Cette baisse de production naturelle d’oxygène viendrait en surplus de l’élimination de l’oxygène par la combustion des hydrocarbures, réduisant par conséquent le renouvellement de nos réserves d’oxygène dans l’atmosphère. A plantes constantes, celles-ci ont leur limite de production d’oxygène ne permettant pas de fournir la quantité d’oxygène ainsi absorbée ou diminuée. A terme, on est en droit de se demander : "De l’augmentation de CO2 ou de la diminution de l’oxygène, laquelle des deux va gagner ?" Quoi qu’il en soit, il est temps de prendre conscience que l’humanité se trompe en s’obstinant à utiliser les hydrocarbures à grande échelle. Ce constat s’applique également au gaz, sujet de la prochaine session.
Prochaine session : "Il y a de l’eau dans le gaz !"

Envoyé par l'auteur, 21 septembre 2019
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Islamisme et féminisme
 
Un peu à la façon de Montesquieu

     Ce sont deux fléaux (deux fanatismes) dont la conjonction voire la sidérante coalition forment un des symptômes de notre actuelle déliquescence française.
     Ce sont deux faits aussi patents que les patates (dirait Chesterton), aussi irrécusables l’un que l’autre : l’invasion des médias par la femme, l’invasion du territoire par l’islam.
     L’un de ces faits patents (le féminisme) non seulement n’est pas camouflé mais il envahit l’actualité avec une obsession presque obscène. L’autre – invasion islamique de la France et avec celle-ci dévaluation de la féminité - est camouflé systématiquement. 
     La collision et la collusion de ces fléaux, je me répète, est un phénomène rare, exceptionnel, dont je ne trouve l’antécédent ni dans notre pays ni en Europe.
     Le féminisme exige l’égalité entre l’homme et la femme en tout et partout ; le Coran précise avec une clarté extrême que l’homme, d’institution divine, est à jamais supérieur à la femme.
     Les violences volontaires exercées sur une épouse ne sont pas conseillées par notre droit, elles sont même passibles d’une amende. Le Coran les prescrit.
     Et l’on apprend, grâce à l’intervention télévisée d’une mouquère rompue à la servilité, qu’en Algérie environ 60 °/° des femmes souhaitent la gifle, la fessée ou autres sévices, parce que les rouer de coups prouve la virilité de leur époux. 
     (Si la verge défaille, que les verges travaillent !).
     A "France Info", l’autre matin, la speakerine de service s’étouffait d’exultation à signaler que The Testaments, dernier ouvrage en date de l’auteure(re), de l’écrivaine(ne) Margaret Atwood, féministe de choc, allait faire chez nous le même tabac que fait everywhere in the world La Servante écarlate.
 
      Ne faut-il pas souhaiter un double nettoyage ? Nettoyer le Coran de tout ce qui infecte l’islam toujours gros de l’islamisme, à quoi s’emploie, mais peu écoutée, peu aidée, une élite de musulmans intelligents. Nettoyer le discours féminin du ressentiment, de la paranoia, du survoltage agressif, qui l’infectent.
     Le Coran n’est pas un aérolithe ; sa fabrique (comme celle de la Bible) tolère des échenillages, des adaptations. Nettoyé de ses scories, (du local, du tribal, du bédouinisme), il peut être un supplément aux Evangiles ; sa toilette mettra en relief ses beautés, ses vérités qui sont grandes ; alors la femme, lavée des versets vexatoires, y trouvera sa pleine, son évangélique dignité de personne.           
     L’islamisme est un machisme coranique ; le féminisme est un machisme inverti.
     L’affectation de virilité est une forme de la "Bêtise au front de taureau".
     Il faut rire de la fatuité imbécile de l’homme remerciant le Ciel de n'être pas une femme. 
     Marco Polo raconte comment Agianie, fille d’un chef Mogol, jetait bas tout mâle qui luttait avec elle. Aucun barbu de Daech ne lui eût résisté.
    
     Il existe aussi une virilité de l’esprit. La philosophe Simone Weil se distingua par une pensée et une écriture parmi les plus viriles du vingtième siècle. Nos enragées du féminisme auprès d’elle font l’effet de midinettes. Comparée à elle al Baghdadi est un oison.
 
     A la sotte guerre des sexes, attisée aujourd’hui par la virulence islamique et la virulence féministe, une religion de la nuance et de la douceur, du pardon au lieu du talion, de l’ouverture du cœur au lieu du tétanos des préjugés ancestraux ou des prétentions progressistes à dénaturer la nature, une religion donc  excluant toute violence sinon celle du désir de Dieu, voilà ce que nos politiciens et nos journalistes, s’ils étaient moins calfeutrés dans leur idéologie du global et leurs vessies de conciliation des inconciliables, s’ils étaient un peu plus lucides et un peu moins lâches, devraient non seulement appeler de leur vœu mais favoriser en paroles et en actes.

Envoyé par l'auteur, 23 septembre 2019
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Un débat ouvert sur fond de scepticisme de l’opinion  (la question de l'immigration)
 
Voilà ce qui s’appelle faire du "teasing". Au fil des jours, Emmanuel Macron multiplie les prises de parole sur la question de l’immigration, qui fera l’objet d’un débat parlementaire, lundi prochain à l’Assemblée, puis mercredi au Sénat. Quel sera d’ailleurs le statut de ce débat ? Il ne sera ni introductif ni conclusif.
Il ne sera pas introductif car depuis que le chef de l’État a mis le sujet sur la table, les querelles ont déjà largement commencé. Non sans confusion, improvisation ou approximation puisque sur l’aide médicale d’État, par exemple, la polémique a démarré au quart de tour, sur son périmètre et sur son coût, alors que le ministère de la Santé n’a pas même encore reçu le rapport censé en faire l’évaluation. Il ne sera pas conclusif non plus car personne n’imagine que quelques heures dans un hémicycle, ou plutôt une succession de discours de quelques minutes chacun, suffisent à épuiser un débat récurrent et explosif depuis quatre décennies, ni n’aboutissent à des solutions concrètes et efficaces à court terme.
En s’emparant du sujet, Emmanuel Macron a pris, consciemment, un double risque. Celui de troubler une majorité plus à gauche que lui sur cette question et celui de décevoir une opinion plus à droite que lui en la matière. Et l’entreprise est d’autant plus ardue qu’il va à rebours de ce qu’il avait dit lui-même avant d’entrer à l’Élysée. Sur d’autres sujets périlleux, comme la réforme des retraites, il peut braver les résistances en s’appuyant sur ses engagements de campagne. Sur l’immigration, il doit justifier une conversion personnelle.
 
À ce stade, le chef de l’État est donc confronté à trois écueils. Celui de la "scoliose", comme on désigne à Matignon la torsion de la colonne vertébrale du macronisme. Jusqu’où pourra-t-il transgresser des tabous sans provoquer l’explosion de ses troupes et de son parti ? S’il cherche avant tout à rassurer les siens, il sera alors confronté au deuxième écueil : celui de l’écart entre l’ambition affichée - crever l’abcès d’un "mal français" consistant à ne pas "regarder la réalité en face", selon les propres mots du président - et les conclusions du débat. Des grands mots suivis de trop petites décisions exposeraient Emmanuel Macron à l’accusation d’être velléitaire. Comme Nicolas Sarkozy qui avait lancé avec fracas un débat sur "l’identité nationale" qui n’avait débouché sur rien. Ce deuxième écueil serait plus grave que le premier car il accroîtrait le sentiment d’impuissance donné sur la question de l’immigration par tous les gouvernements successifs. Ce risque-là oblige l’exécutif à sortir du débat parlementaire avec des propositions suffisamment fortes et concrètes pour être crédibles.
 
Mais il demeure un troisième écueil : le scepticisme de l’opinion. Le dernier baromètre de la confiance OpinionWay-Cevipof-Le Figaro révélait que 33 % des Français seulement croyaient aux statistiques officielles en matière d’immigration. Flux, coût, asile, reconduites… les chiffres ne compenseront jamais le choc des images et le poids des idées établies. C’est ce scepticisme-là d’abord que Macron devra vaincre. Et un débat au Parlement n’y suffira pas.

Paru dans Le Figaro, 26 septembre 2019
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Le nouvel axe stratégique Washington-Delhi
 
CHRONIQUE - La rencontre de Narendra Modi et de Donald Trump à Houston scellait symboliquement une nouvelle réalité géopolitique : l’émergence d’un axe stratégique entre la plus grande démocratie du monde et la plus vieille démocratie au monde.
 
À Houston, au Texas, le dimanche 22 septembre 2019, un meeting présidé par Narendra Modi et Donald Trump, bras dessus, bras dessous, a réuni, dans une ambiance de fête, plus de 50.000 Américains, pour la plupart d’origine indienne. Un tel rassemblement en l’honneur d’un dirigeant étranger constitue un phénomène rare sur le territoire des États-Unis. Il scellait symboliquement une nouvelle réalité géopolitique : l’émergence d’un axe stratégique entre la plus grande démocratie du monde et la plus vieille démocratie au monde.

L’Inde a beaucoup évolué avant de devenir aussi proaméricaine qu’en ce début du deuxième mandat du très populaire premier ministre issu du nationalisme hindou. Après son indépendance, en 1947, l’Union indienne adopte, intérieurement, le socialisme démocratique (ses dirigeants ayant été formés à l’école de la Société fabienne britannique) et extérieurement le mouvement des non-alignés. Mais comme son ennemi pakistanais adhère en 1955 au CENTO (Central Treaty Organization), organisation militaire proaméricaine qui fonctionnera jusqu’en 1979, l’Inde se rapprochera de l’Union soviétique. Cette amitié avec Moscou se renforcera après l’humiliation que l’armée de Mao infligera à l’armée indienne en 1962 dans l’Himalaya. C’est à cette époque que la Chine et le Pakistan deviennent des alliés stratégiques, ce qu’ils sont toujours. De 1979 à 1998, Pékin aidera secrètement Islamabad à se doter de la bombe atomique.

Durant l’invasion soviétique de l’Afghanistan, l’Inde se tient dans une prudente neutralité, alors que le Pakistan et l’Amérique arment et financent la résistance islamique. La nouvelle alliance entre l’Inde et les États-Unis va se construire en deux phases. La première est celle de la visite présidentielle américaine à Delhi de mars 2006, où George W. Bush décide d’accorder à l’Inde le privilège d’acheter de la technologie nucléaire américaine civile. La seconde phase est celle de la signature à Delhi, en septembre 2018, de l’accord Comcasa (Communications Compatibility and Security Agreement), qui permet non seulement les ventes à l’Inde de matériel militaire américain, mais aussi l’échange rapide et sécurisé de données militaires sensibles, comme la position des troupes chinoises le long des frontières avec le Bhoutan et l’Inde. À l’été 2017, l’armée indienne avait éprouvé quelques difficultés à suivre les mouvements des troupes chinoises lors de leur confrontation sur le haut plateau du Doklam (que cherche à grignoter la Chine, au détriment du petit royaume du Bhoutan, allié de l’Inde). Tous les ans, les manœuvres navales Malabar permettent aux marines américaine et indienne de s’entraîner ensemble à combattre la pénétration des eaux de l’océan Indien par les sous-marins chinois.

Face aux dangers de l’hégémonisme chinois en Asie, l’Inde et les États-Unis ont décidé de s’allier. Tout concourt à ce que fonctionne bien ce nouveau partenariat stratégique. Les deux peuples ont en commun la langue anglaise et le goût pour la démocratie. La communauté indienne aux États-Unis (1 % de la population américaine) réussit brillamment et est parfaitement assimilée. Sa figure la plus connue est l’ancienne gouverneure de Caroline du Sud, ancienne ambassadrice à l’ONU, Nikki Haley (née Nimrata Randhawa), que beaucoup voient comme le meilleur candidat républicain possible à la présidentielle de 2024.

Stratégiquement, les Indiens s’inquiètent que l’Afghanistan puisse retomber aux mains des talibans. Ils poussent les Américains à n’en pas partir trop tôt. Ils s’allient avec eux dans le combat mondial contre l’islamisme.
La Chine est un rival pour les États-Unis, car elle essaie de les supplanter dans la cyberguerre et dans la guerre de l’espace. La Chine a un projet de domination technologique de la planète, que l’Amérique a décidé de stopper (développement du Cyber Command et du Space Command, guerre à Huaweï, etc.). Mais l’Inde, qui n’a jamais pratiqué l’espionnage à l’encontre de l’industrie américaine, apparaît comme une puissance complémentaire et amie. La confiance, l’entente et la coopération règnent entre la Silicon Valley et Bengalore.

Est-ce à dire que l’Inde serait prête à se soumettre à l’Amérique ? Non. Elle a depuis longtemps adopté une posture gaullienne d’indépendance (développant par elle-même sa propre force de frappe). Elle devient l’alliée de l’Amérique, pas sa vassale, comme le montre le choix qu’elle a fait du Rafale pour moderniser son armée de l’air. L’Inde accuse un retard technologique et industriel sur les Chinois. Mais ses institutions politiques leur sont supérieures. Démographiquement, l’avenir appartient davantage à l’Inde qu’à la Chine. Et cela, les Américains l’ont parfaitement compris…

Paru dans Le Figaro, 24 septembre 2019
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Monsieur Draghi s’en va : histoire résumée d’une réussite européenne éclatante
 
Mr. Draghi s’en va, mais hélas, le mal qu’il a fait aux pays européens va perdurer. Mais avant d’en arriver à une analyse de ce qu’il a détruit, j’aimerais rappeler les grands traits de sa carrière.
Mr. Draghi apparait dans l’Histoire comme le directeur général du ministère des finances Italiens de 1992 à 2001, au moment des négociations qui précédaient la création de l’Euro.
Les textes, acceptés par tous les pays prévoyaient entre autres que le déficit budgétaire ne pouvait être supérieur à 3 % du Pib. Or, peu avant d’entrer dans l’Euro, ce déficit était supérieur à 7 %, ce qui aurait dû interdire à l’Italie de faire partie de la nouvelle monnaie.
Qu’à cela ne tienne.
 
Monsieur Draghi passe avec JP Morgan un accord de "swap" par lequel ces derniers achètent pour 35 milliards d’Euro.de produits dérivés issus par l’Italie qui comptablement et miraculeusement font baisser le déficit de 7.5 % à 2.5 % en deux ans. La Commission Européenne saluera comme il se doit les efforts "héroïques" faits par l’Italie. Que le lecteur ne se fasse pas trop d’illusions, le déficit est réapparu une fois l’Italie dans l’Euro…
Cette opération a été l’objet d’une enquête de la Cour des Comptes Italienne dont les résultats semblent indiquer que le Trésor Italien a beaucoup perdu à la suite de cette manipulation. On parle de plusieurs milliards d’euros. Et comme les produits dérivés sont un jeu à somme nulle, les milliards d’euros perdus par l’Italie ont été gagnés par quelqu’un d’autre, mais j’ai du mal à deviner qui et qui aurait pu toucher des commissions sur une opération aussi profitable (pour JPM)
La Grèce, qui avait le même problème passe un accord similaire en 1997 avec Goldman-Sachs pour maquiller ses comptes et cette deuxième opération aurait rapporté à GS  300 millions d’Euros et sera dénoncée ensuite au moment de la faillite de la Grèce. A noter que personne ne fut inquiété ni à JP Morgan ni à GS puisque ces opérations étaient "légales" à l’époque.
Mission accomplie, l’Italie est dans l’Euro et Mario Draghi prend sa retraite et devient vice-président de… Goldman-Sachs Europe, où il est le responsable de 2002 à 2006 des négociations avec les Etats européens. En 2006, sur proposition de Berlusconi, il devient le gouverneur de la banque centrale Italienne et le Président du forum de la stabilité financière pour l’Europe, en charge de prévenir les crises systémiques et comme de bien entendu il ne voit rien arriver de la crise de 2009 -2011.
 
Inutile de souligner qu’un homme d’une telle envergure fait partie du groupe des trente, de Bilderberg, est titulaire de nombreuses distinctions européennes et que sais -je encore… Toutes ces réussites éclatantes le qualifient sans doute aucun pour le poste de patron de la BCE, ou il est promu le 1er novembre 2011 pour succéder à Jean-Claude Trichet, de sinistre mémoire. Et c’est bien sûr à la BCE que monsieur Draghi va donner la pleine mesure de son talent.
Je ne reviendrai pas sur les détails de son action entant que Président de la BCE mais sur l’esprit qui a prévalu lors de son mandat.
Monsieur Draghi est un idéologue européen acharné, un homme de Davos s’il en fut.  Son but est de créer un Etat Europeen envers et contre tout et seul cela l’intéresse.
Normalement, le but d’un bon banquier central est de créer les conditions monétaires pour que le système crée le maximum de richesse avec le minimum d’inflation. Et la meilleure façon de faire est d’essayer d’avoir des prix de marché aussi bien pour le taux de change que pour les taux d’intérêts.
Le premier "prix", celui des taux d’intérêts étant devenu fixe à l’intérieur de l’euro, le blocage des taux de change vis-à-vis de l’Allemagne de tous les taux de change dans la zone euro interdit que la plus grande productivité de l’Allemagne soit compensée par une variation des taux de changes comme cela se pratiquait depuis 1950. Et donc, le seul endroit dans les marchés où cette différence pouvait s’exprimer était le marché obligataire, substitut imparfait au marché des changes. Et c’est par les marchés obligataires qu’arrive la crise de l’euro de 2009, ce qui était parfaitement prévisible mais semble surprendre tout le monde. L’écart entre les taux allemands et Italiens ou Espagnols à partir de 2009 se met à monter, monter, monter… Et à la place de reconnaitre que l’Euro ne fonctionnait pas et ne pouvait pas fonctionner, monsieur Draghi décida de casser ce second thermomètre en ordonnant à la BCE d’acheter directement les obligations des pays mal gérés.
Et du coup, la zone Euro s’est retrouvée avec des faux prix, non seulement sur le taux de change mais aussi sur les taux d’intérêts.
Un système de jeu à somme nulle où l’une des parties crée de la richesse tandis que l’autre s’appauvrit continûment diverge naturellement et donc ne peut qu’exploser à terme et je suis bien sûr que monsieur Draghi, en bon élève de Solow et Modigliani qu’il fût au MIT, est parfaitement au courant du phénomène que je décris.
Et pourtant sa solution fut de remplacer la création de richesse par la création de dettes étatiques encourues par ceux qui ne pouvaient plus produire de la richesse de façon efficace et cela bien que cette solution eût été strictement interdite par les traités.
 
Normalement, cette avalanche de nouvelles dettes aurait dû amener à une explosion des taux d’intérêts, qui aurait mis fin au désastre de l’euro, mais pour empêcher le marché de faire sauter l’euro, la décision fut prise que la BCE achèterait cette dette et la porterait dans son bilan comme un "actif" alors qu’aucune vraie richesse n’avait été créée en contrepartie. Le résultat est que l’économie de la zone euro est en train de rentrer en récession et que ni la BCE ni les gouvernements n’ont plus aucun moyen de lutter contre ce qui pourrait bien être un cataclysme, le plus étonnant pour la plupart des observateurs étant que l’Allemagne elle-même soit en train de plonger ce qui est pourtant parfaitement normal puisque un taux de change sous-évalué et des taux d’ intérêts trop bas ont littéralement forcé les entreprises allemandes à continuer à investir dans le secteur automobile, en train de rentrer en crise de surproduction structurelle.
Mais le pire est ailleurs.
 
Depuis la nuit des temps, il existe des charlatans qui expliquent que faire croitre la quantité de monnaie c’est faire croitre la quantité de richesse. L’un d’entre eux fut John Law qui vers 1720 réussit à convaincre le Regent et la bourgeoisie française de cette foutaise.
Quelque temps après, Cantillon, un économiste et banquier Irlandais établi à Paris qui avait fort justement vendu à découvert des papiers français qui ne valaient rien publia un petit livre "Traité sur le Commerce" dans lequel pour la première fois dans l’Histoire un intellectuel expliquait la différence entre la création de monnaie et la création de richesse, qui n’ont rien à voir l’une avec l’autre.
Cela va faire donc trois cent ans que cette distinction a été mise en lumière, et pourtant monsieur Draghi a encore une fois essayé de faire croire au public que créer de la monnaie à partir de rien allait créer de la richesse, ce qui est de sa part à la fois une lâcheté, une abomination intellectuelle et de la démagogie pure et simple.
Recommander une politique dont vous savez qu’elle va échouer simplement pour rester dans les cercles de pouvoir est ce que je peux imaginer de plus sordide et pourtant c’est ce que monsieur Draghi a fait et sans aucun remords puisque cette semaine encore il a essayé de renforcer la politique qu’il suivait depuis sa nomination alors même que cette politique avait déjà échoué misérablement. Et des rumeurs courent que le Conseil de la BCE a dû le bloquer dans cette course à l’abime avant qu’il ne quitte son poste pour être remplacé par madame Lagarde.
Ce qui m’amène a parler de madame Lagarde.

Je ne m’attends pas à être "déçu en bien" par  cette personne qui a déjà échoué au ministère des finances français, avant de laisser une ardoise de $ 55 milliards au FMI.
Ma première impression est que madame Lagarde ne faisant pas partie des vrais cercles de pouvoir fera un merveilleux bouc émissaire si l’Euro venait à sauter, et que lui faire porter le chapeau ne devrait pas être trop difficile. Les "hommes de Davos", à mon avis, ne verraient aucun inconvénient à ce qu’une "femme de Davos" soit rendue responsable d’un désastre qu’eux seuls auraient créé.
En 1939, toutes nos élites supportaient la ligne Maginot.
En 1945, seul Gamelin l’avait soutenu
Je verrai bien madame Lagarde en nouveau Gamelin

Paru sur www.institutdeslibertes.org, 16 septembre 2019
Publié dans Avec l'Europe
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