Magistro Beta

Switch to desktop Register Login

Qu'est-ce que la stratégie au XXIe siècle ?
 
FIGAROVOX.- Pourquoi faut-il "entrer en stratégie"?
Vincent DESPORTES.- C'est simplement vital, tant pour le succès de toutes les entreprises humaines d'une certaine ampleur… que pour la survie du monde que nous aimons. Et pourtant, toujours davantage, les dirigeants, quel que soit leur champ d'action, sont dévorés par l'instantané. Si l'on n'y prend garde, la tentation du court terme frappe. Partout. Sauf exception, le politique se consacre d'abord au succès des prochaines élections. Il délaisse le long terme qui, quoi qu'il arrive, ne lui appartient pas et ne lui profitera pas ; il abandonne aisément les grands principes pour les petits choix et les faciles arrangements. La focalisation se fait sur les questions locales de court terme où des progrès tangibles peuvent être produits au cours des cycles électoraux. On promet beaucoup pour l'avenir - on y rasera gratis ! - mais on ne le construit pas, puisqu'il sera celui des autres. L'entrepreneur succombe à la même obsession. Les patrons de petites ou moyennes entreprises, peu secondés, sont accaparés par leur quotidien qu'accélèrent les flux croissants d'information. Ceux des grandes entreprises cotées, obsédés par la dictature des résultats trimestriels, sont facilement victimes de "myopie managériale" ; ils privilégient les bénéfices rapides au détriment de la création de valeur à long terme. L'actionnaire, souvent anonyme, attend des résultats immédiats dont l'absence le priverait de revenus et dégraderait le cours de Bourse. Les responsables sont jugés et remerciés sur leur capacité à mettre en œuvre de soi-disant stratégies… dont les résultats sont évalués toutes les douze semaines ! Il faut donc absolument que les dirigeants s'obligent à "entrer en stratégie": c'est la seule solution pour sauver le monde qui vient.
 
Mais "entrer en stratégie", n'est-ce pas une démarche incertaine et risquée ?
Certes… mais infiniment moins que de ne pas oser le faire ! Oui, la pratique stratégique est aussi nécessaire que périlleuse. Elle est en effet engagée en sens unique : ce qui fut ne sera plus jamais. La stratégie modifie de manière définitive le champ dans lequel elle se déploie. Elle se développe d'états nouveaux en états nouveaux, non rationnellement anticipables mais aussi irréversibles que le temps. La boîte de vitesses stratégique ne dispose pas de marche arrière et le billet d'envol ne peut qu'être qu'un aller simple et définitif pour un temps qui n'a pas de limite : en stratégie jamais de victoire définitive, pas de début, de milieu et de fin de partie, celle-ci n'étant que le début de la partie suivante. Le temps ne s'arrête jamais dans l'espace stratégique en reconfiguration permanente. L'exercice stratégique est hasardeux : mieux vaut s'y engager plus fort d'une bonne compréhension de ce qu'il est et de ce qu'il sera. Fruit de mes réflexions et de mon expérience, mon dernier ouvrage veut y aider.
 
Y a-t-il véritablement des écoles stratégiques différentes ?
Toute pensée stratégique est spécifique : la stratégie et son stratège sont indissolublement liés. C'est là tout l'intérêt de la notion même de culture stratégique. L'inné, la culture du stratège jouent un rôle important. La relation de tout acteur stratégique au monde, à son adversaire et à lui-même est spécifique. Confronté au même dilemme stratégique, un Occidental, habitué à l'action ponctuelle et rapide, en puissance, dans le temps court, choisira une stratégie très différente de celle d'un Asiatique penchant naturellement à l'action progressive dans le temps long, à l'économie des moyens par le contournement indirect de la volonté adverse. Au sein de cultures plus proches, comment pourrait-on imaginer qu'un Français - pétri de centralisme, de hiérarchie et de cartésianisme - puisse juger de la même manière qu'un Allemand naturellement fédéraliste, cogestionnaire et kantien ? Ou que le même Français, imprégné des alignements symétriques des jardins "à la française" saisis d'un seul coup d'œil, puisse aborder son espace concurrentiel avec le même esprit que son camarade britannique amoureux des courbes et des recoins, des irrégularités et surgissements successifs des jardins "à l'anglaise" d'un pays où la jurisprudence remplace Code civil et Code pénal? Inévitablement, les uns et les autres auront des lectures différentes de la réalité.
 
La pensée stratégique française a donc de vraies particularités ?
Oh, oui : elle est le fruit de notre géographie, de notre histoire, de notre culture. Mieux vaut connaître ses racines pour comprendre la force mais aussi les pièges de notre culture stratégique. Fortement influencée depuis le XIXe siècle par la pensée positive d'Antoine de Jomini, la réflexion stratégique française souffre d'une faiblesse historique.
Chez le général suisse, l'ennemi n'est pas considéré comme une volonté en conflit, mais comme une addition de capacités destinée à recevoir les effets de la stratégie de son adversaire plus qu'à y réagir. Cette objectivation trompeuse de l'adversaire permet à Jomini de postuler l'existence d'un adversaire passif, privé d'initiative, et donc de définir des règles précises pour la conduite de la guerre. Ce paradigme jominien a favorisé en France une représentation positive de la guerre, formulable en principes autonomes. Cet effacement du caractère éminemment dialectique de la confrontation stratégique s'est renforcé de la tendance naturellement cartésienne de notre pensée. Ceci est un vrai piège qui nous a valu de cuisantes défaites, en 1870, 1940 et même août 1914 face à une culture stratégique allemande fondamentalement clausewitzienne et concevant donc au contraire l'espace stratégique comme celui de la confrontation de deux volontés libres et indépendantes.
 
La pensée stratégique militaire s'applique-t-elle dans d'autres domaines d'action ?
Absolument ! La stratégie est "une": ce n'est pas parce que la stratégie est née dans les champs de guerre et n'a imprégné que beaucoup plus tard les autres champs de l'action humaine que les grands principes ne sont pas identiques. Il est même fascinant de constater que l'entreprise est un arrivant fort tardif dans le monde de la stratégie. Il a fallu pour cela que les entreprises aient à faire face à des conditions concurrentielles sévères dans un monde devenu à la fois plus ouvert et plus opaque. La stratégie des affaires est ainsi encore un art nouveau : la fin des Trente Glorieuses, le choc pétrolier des années 1970, la progressive transformation du marché de la demande en un marché de l'offre, la croissance de la concurrence étrangère en ont engendré le besoin. Il faut attendre le milieu des années 1960 pour que le premier livre de stratégie d'entreprise soit publié, qu'un premier cours de stratégie soit mis sur pied à la Harvard Business School, que les cabinets de consultants commencent à proliférer. L'un des précurseurs en ce domaine, Bruce Henderson - le fondateur du fameux BCG, le Boston Consulting Group - observe alors que "la plupart des principes de base de la stratégie proviennent de l'art de la guerre". A cette brève expérience entrepreneuriale, s'opposent en effet des millénaires de pensée et d'action stratégiques militaires. Puisque la stratégie est une quel que soit le milieu dans lequel elle se déploie, il est raisonnable de s'appuyer sur cette solide expérience militaire pour réfléchir la stratégie, et donc la complexité qui la rend nécessaire.
 
Au fond, faire une stratégie n'est-il pas simplement un pari sur l'avenir !
Inévitablement, mais un pari conscient et réfléchi ! Le premier point est que l'explorateur-stratège doit "entrer en stratégie" en conscience des multiples pièges tendus, afin de les déjouer et de construire l'avenir qu'il s'est choisi. L'avenir y est difficilement prévisible même si, aujourd'hui, les grands prêtres du big data tentent de nous faire croire le contraire : aucune conjonction de données et de calculs ne permettra de percer le secret des ricochets des réactions d'acteurs aussi indénombrables que toujours plus interconnectés. La connaissance stratégique ne peut prétendre à la perfection et toute décision stratégique est subjective par essence. Elle ne peut être qu'un pari étroitement lié au parieur-stratège, relatif à son inclination et à l'état momentané de sa compréhension de l'espace stratégique. Notre parieur-stratège doit décider sans aucune certitude quant aux résultats de sa décision. Ici se conjuguent l'angoisse et l'espoir volontariste du stratège. Si l'avenir est toujours conditionné par le passé, il n'est en rien déterminé à l'avance : chaque instant possède un nombre infini de futurs possibles. Et c‘est l'objet même de la stratégie que de peser sur le cours des événements pour les conduire, malgré les volontés antagonistes, vers l'avenir que le stratège a choisi. Rappelons-nous la belle perception d'Henri Bergson : "L'avenir, ce n'est pas ce qui va nous arriver, mais ce que nous allons faire" ! La stratégie, c'est d'abord la question d'un avenir à vouloir puis à construire avec et malgré le présent. Mais, ne pouvant prédire l'avenir, le stratège va le créer afin de se libérer de l'incertitude et de la fatalité, puis modifier le présent pour le conduire vers son ambition : il choisit et façonne le monde.
Vous avez effectivement raison, la nature même de l'espace stratégique implique que toute stratégie soit fondée sur des présuppositions - dont on recherchera cependant la robustesse par le biais de la science et du raisonnement - et que toute action humaine y relève du pari.
 
N'est-ce pas un peu inquiétant tout de même ? Il n'y a donc pas de vérité, de recette stratégique ?
Et non ! Aucune stratégie n'a de garantie de bon fonctionnement. Penser que la vérité, traduite en plan, permet d'atteindre l'objectif témoigne d'une prétention irréaliste à ce que la stratégie puisse maîtriser le réel. La tentation de vérité stratégique est dangereuse car elle conduit à l'aliénation intellectuelle, à l'idéologie, c'est-à-dire à l'inverse du doute, donc à l'échec. Pas de projet stratégique qui puisse se construire sur la certitude de la connaissance et de la compréhension : il s'agira tout au plus de parvenir à une approximation fiable de l'environnement et de la capacité causale des décisions. Dans ces conditions, il est évidemment illusoire de rechercher le succès stratégique à partir d'artifices et de raisonnements qui ne varient pas. Pas de livre de cuisine en stratégie, ni de solution universelle : pas de drill, mais un lent apprentissage de l'art du questionnement. Il existe des vérités techniques, il en existe de tactiques, mais il n'existe de vérités stratégiques que ponctuelles et momentanées, forgées d'adaptations, donc d'initiatives. La stratégie ne peut prétendre qu'à un compromis idéal sans cesse remis en cause : l'équilibre stratégique est par nature un équilibre dynamique qui ne se trouve que dans le mouvement et sa propre déformation. La vérité, le prêt-à-porter stratégique, sont des leurres pour stratèges incompétents. S'il en existait, la stratégie ne servirait à rien !
 
Un conseil encore pour l'explorateur-stratège ?
Sûrement. Une idée forte : la stratégie, c'est la question d'un avenir à vouloir puis à construire avec et malgré le présent. Cela exige vision, volonté et adaptation permanente focalisée sur l'ambition. En dépit des contestations que ne manquent jamais d'engendrer ses décisions, il "veut" fermement, afin de dépasser les difficultés rencontrées par son action dans un monde toujours nouveau, modifié de surcroît par ses propres agissements. Interface entre la pensée et l'action, navigant entre rationalisme et empirisme, rigoureux dans sa démarche mais jamais rigide, il doit à la fois douter et croire, concilier l'inconciliable et faire preuve de capacités rarement rassemblées chez un être humain Aussi, celui qui entre en stratégie doit-il penser en architecte et non en maçon. Loin de construire le futur à partir du passé et du présent, prêt à affronter ce qui n'a jamais été, il doit accueillir le flot continu des circonstances nouvelles comme autant d'opportunités et, sans s'en abstraire, se dresser au-dessus d'elles pour aller vers son ambition. Il doit refuser toute attitude seulement réactive face aux circonstances émergentes : ce serait nier la capacité de l'homme à engendrer des opportunités nouvelles. Il ne peut se contenter d'anticiper les évolutions prévisibles et de s'y préparer. Par son action, il s'efforce au contraire de modeler le futur, de provoquer les changements nécessaires à la réalisation de son ambition. Ne pouvant prédire l'avenir, il va le créer afin de se libérer de l'incertitude et de la fatalité, puis modifier le présent pour le conduire vers son ambition : il choisit et façonne le monde qui vient.
L'homme entre en stratégie parce qu'il ne se résigne pas : il entend créer son destin

Envoyé par l'auteur, paru sur Figarovox, 1er février 2019
Publié dans Du côté des élites
Écrit par
En savoir plus... 0
La passion de la division
 
C’est un lieu commun de dire que les Gaulois témoignaient d’une véritable passion pour la division. Elle aurait été l’une des causes principales de leur défaite face à Rome. Et cela se perpétue à travers les siècles : les descendants des Gaulois ont gardé la même passion, au point que celle-ci ruine aujourd’hui les familles politiques de l’intérieur, rendant superflue toute attaque de l’extérieur. Avec des amis aussi sûrs que ceux qu’il m’a été donné de voir récemment, les Républicains n’ont pas besoin d’adversaires.
 
Dans une petite ville (ou gros village) de la France rurale se tenait récemment une réunion publique autour de la députée LR de la circonscription. Pour la soutenir étaient présents d’autres députés du même parti, et non des moindres puisque le président du groupe à l’Assemble avait fait le déplacement, accompagné d’autres élus de diverses régions.
Précisons que l’auteur de ces lignes n’est pas adhérent de ce mouvement, mais qu’il estimait courtois d’aller écouter une députée qui semble bien travailler pour sa circonscription et de rendre leur politesse aux personnages importants qui se déplaçaient à cette l’occasion.
 
L’assistance n’était pas aussi nombreuse que l’on aurait pu l’attendre, mais la petite salle municipale était tout de même remplie aux deux tiers, ce qui est estimable. Le début de la réunion, pour être sympathique, demeurait très conceptuel avec l’évocation de grandes idées mais de peu de propositions concrètes. Comme souvent, les "questions" du public étaient plutôt des affirmations relatives aux convictions du "questionneur" et n’appelaient donc guère de réponses.
L’atmosphère commença à changer (en bien) avec l’intervention d’un truculent député alsacien qui, fort opportunément ramena le débat au domaine du réel, pour ne pas dire du terre à terre. Il fut suivi par le président du groupe parlementaire qui, enfin, parla de propositions concrètes comme l’harmonisation du temps de travail et de l’âge du départ à la retraite par rapport à nos partenaires européens. C’était très intéressant et très convaincant. Une autre proposition a particulièrement retenu l’attention. Dans le maquis des règlementations écologiques qui paralysent et tuent l’agriculture française face à ses concurrents européens, il a été proposé d’établir une règle toute simple qui tiendrait en un seul article : "aucune norme française ne doit être plus contraignante que la norme européenne". On éviterait ainsi, par exemple, l’asphyxie des producteurs français de fruits rouges. L’interdiction (uniquement française) d’utiliser certains insecticides ruine la production, sans empêcher pour autant l’empoisonnement présumé des consommateurs français puisque ces derniers peuvent acheter autant qu’ils veulent de fruits rouges d’Espagne ou de Hollande. Situation ubuesque où tout le monde, chez nous, est perdant.
 
La fin de cette intervention remarquable fut plus politique, avec une attaque en règle du président de la République, sur les bases d’un argumentaire implacable. Est-il déraisonnable de déplorer le manque de dignité d’Emmanuel Macron quand il transforme le palais de l’Élysée en boite de nuit LGBT, ou quand il adopte une pose câline sur la poitrine nue d’un repris de justice qui fait un doigt d’honneur ? Eh bien, il faut croire que certains notables du lieu sont devenus borgnes, car ils refusent de voir cela et admirent sans réserve les résultats de Macron face à la CGT dans la réforme de la SNCF.
L’allure de gendre idéal du président "bien convenable", et son bilan d’adversaire d’une CGT déjà moribonde avant son accession au pouvoir le mettraient donc à l’abri des critiques des bien-pensants. Le discours du président de groupe fut ainsi mal accueilli par certains "notables" qui ne se privaient pas de clamer leur indignation haut et fort à l’issue de la réunion. Non, décidément, avec des adhérents comme ça, LR n’a pas besoin d’adversaires. Ce n’est pas avec une petite morale étriquée du genre "on ne critique pas le président de la République, c’est le président de tous les Français, etc." que l’on vaincra des politiciens qui sont des tueurs (politiques) sans aucun scrupule. Le bon bourgeois rural, admirateur de Macron, qui m’apostrophait à la sortie sera leur première victime, mais ça il ne le sait pas encore, et surtout, ce qui est plus grave, il ne veut pas le savoir. À faire constamment le grand écart entre le respect de l’ordre établi et une forme d’admiration pour celui (Macron) qui, en réalité, sape les fondements moraux de cet ordre, on restera sur le cul sans grand espoir de se relever.

Envoyé par l'auteur, 3 février 2019
Publié dans En France
Écrit par
En savoir plus... 0
Projet de référendum de Macron, trois raisons d'être prudent
 
Un référendum ? "Je n'exclus rien", nous répondait jeudi Emmanuel Macron à propos de la rumeur circulant depuis une dizaine de jours d'une consultation organisée le 26 mai, jour des élections européennes. Qu'une telle hypothèse soit risquée n'est pas fait pour arrêter le président qui se vante, dans cette séquence, de "faire quelque chose d'inédit". Mais il est des expérimentations qui peuvent se révéler "hasardeuses", comme Lionel Jospin l'avait dit de la dissolution de 1997 qui l'avait involontairement conduit au pouvoir. Or, un référendum le 26 mai comporte trois risques.
Le premier serait d'occulter la campagne européenne proprement dite. Si une question politique était sur la table, qui imagine que l'on parle d'enjeux européens? Le débat serait purement national. De la part d'un autre pouvoir, on saluerait l'habileté tactique consistant à mobiliser sur autre chose que sur un scrutin qui n'a jamais passionné les électeurs. Mais de la part d'Emmanuel Macron, ce serait trahir son propre ADN. La colonne vertébrale de la pensée macronienne, c'est justement de défendre le primat de l'horizon européen ; c'est imposer comme sujet central une question considérée marginale. Au moment où il s'apprête à prendre une initiative forte, il torpillerait lui-même son grand dessein.
 
Le deuxième risque porte sur les thèmes soumis à l'arbitrage des Français. Le chef de l'État a déjà prévenu : pas question de s'en remettre au référendum pour décider de la politique économique, sociale ou fiscale. Dès lors, il ne resterait que les questions institutionnelles comme la réduction du nombre des parlementaires, l'instauration de la proportionnelle ou la modification des règles du cumul. Compte tenu des questions soulevées par la crise des "gilets jaunes", se contenter de demander au peuple de régler quelques curseurs relatifs à l'organisation de la vie politique, semblerait bien léger au regard de cette longue séquence qui a secoué le pays. Et si les questions posées ne sont que la reprise de ce que Macron avait déjà dans les cartons, il serait accusé de se servir de la crise des "gilets jaunes" comme d'un simple prétexte pour faire adopter des mesures que le Parlement aurait retoquées.
 
Enfin, le troisième risque est de confondre sondage et scrutin. Ce n'est pas parce que la réduction du nombre d'élus ou la proportionnelle sont plébiscitées dans les sondages que cela se traduira par une proportion équivalente de "oui" dans les urnes. Dans une campagne, toutes les évidences sont réversibles et la menace d'un vote sanction ad hominem toujours réelle. Avec le grand débat, Emmanuel Macron a repris la main. Mais il est encore loin d'avoir retrouvé la confiance d'une majorité de Français. La distance reste encore grande pour que la réponse à celui qui pose la question l'emporte sur la réponse à la question posée. Si un référendum est en soi une bonne idée, il est possible que le 26 mai - moins de quatre mois - soit trop proche pour éviter un vote passionnel. Pour Macron, où est la frontière entre l'audace et l'excès de confiance ? En 1997, Jacques Chirac aussi était convaincu de réussir son coup.

Paru dans Le Figaro, 4 février 2019
Publié dans Du côté des élites
Écrit par
En savoir plus... 0
Intercommunalité ou "supracommunalité" ?
 
Les lois territoriales françaises de la décennie 2010 se présentent comme voulant des "intercommunalités renforcées" (1), c’est-à-dire pour que les établissements publics réunissant plusieurs communes aient de très larges compétences. S’agit-il de développer un échelon géographique au service des communes et de leur population ou d’une "supracommunalité", c’est-à-dire d’un échelon qui décide à la place des communes et donc les commande ?
 
L’intercommunalité au service despopulations des communes
Il convient d’abord de rappeler que l’intercommunalité est, en France, une pratique fort ancienne. En effet, alors que les communes acquièrent – enfin – une certaine autonomie avec la loi communale de 1884, la première loi rendant possible l’intercommunalité date du 22 mars 1890. De fait, dès la fin du XIXe siècle, des communes s’associent dès qu’un projet, pour être mené à bien, le nécessite. Au fil des décennies, l’intercommunalité contribue à équiper la France en infrastructures essentielles: alimentation en eau potable, assainissement, électrification, aménagement hydraulique… En outre, l’intercommunalité permet de créer ou d’améliorer des services à la population: ramassage et traitement des ordures, restauration collective, construction et gestion d’équipements sportifs… La première formule juridique de 1890, appelée le syndicat intercommunal à vocation unique (Sivu) mérite d’être élargie: une loi de 1959 crée donc la possibilité de syndicats intercommunaux à vocation multiple (Sivom), ensuite assouplis par une loi de 1988 donnant à chaque commune adhérente d’un Sivom la possibilité de ne participer qu’aux tâches qu’elle juge utiles pour son territoire et ses habitants.
Puis la décentralisation légitime "les interventions économiques des collectivités territoriales" (2). Afin de pouvoir mieux déployer des stratégies de développement local, les lois multiplient les formes juridiques d’intercommunalité (3): loi de 1983 introduisant la notion de "Charte intercommunale de développement et d’aménagement", loi de 1992 créant la "communauté de communes" et la "communauté de villes", loi de 1999 "relative au renforcement et à la simplification de la coopération intercommunale" créant la "communauté d’agglomération", loi de 2004 relative aux libertés et responsabilités locales.
 
Bouleversement territorial etdémocratie
Avec les années 2010, un changement structurel intervient: depuis une loi de 2010, toute commune est obligée d’intégrer une intercommunalité et de lui transférer de larges compétences. Puis la loi NOTRe de 2015 se fonde sur quatre éléments. D’abord, elle organise une délimitation des intercommunalités essentiellement décidées d’en haut, par l’État central, sans consultation des citoyens. Elle se fonde sur l’idée que "big is beautiful", soit qu’il faut des intercommunalités les plus vastes et les plus peuplées possible. En troisième lieu, la loi NOTRe considère qu’une forte intégration de communes au sein d’une même structure à la délimitation rigide est plus efficace que le libre choix de coopération des communes selon le type de projets tel qu’il existait avant 2010. Cette forte intégration est jugée préférable à une émulation entre des communes qui conserveraient une part de responsabilités. Enfin, en imposant des normes semblables partout, la loi NOTRe méconnaît la diversité historique, géographique et culturelle des territoires français, les leçons à tirer des expériences étrangères (4) ou les avis de précédents ministres ayant l’expérience de ces questions. Il s’ensuit un véritable bouleversement territorial (5). La rigidité, et donc le refus de toute différenciation par la loi NOTRe, est ensuite accentuée par des circulaires d’application qui semblent ignorer les amendements votés par le Parlement et par un entêtement conduisant à refuser d’assouplir la loi, par exemple sur la question des compétences en matière d’eau et d’assainissement que la France n’est pas une vaste plaine à la morphologie (6). Pourtant, la géographie apprend homogène, mais, au contraire, un territoire fort diversifié de bassins-versants qui supposent une gestion de l’eau appliquée à ces espaces drainés par un cours d’eau et ses affluents. Au total, on peut se demander si les dernières lois territoriales des années 2010 ne signifient pas la substitution de l’intercommunalité par une "supracommunalité" concentrant des compétences au sein d’établissements publics agissant quasi-systématiquement à la place des communes (7) au risque de perdre le besoin de proximité. Ceci est-il de nature à favoriser la démocratie locale, qui est le fondement de la démocratie et de la citoyenneté?
 
(1) Intitulé du titre II de la loi du 7 août 2015 portant nouvelle organisation territoriale de la République (dite NOTRe).
(2) Plan intérimaire - Stratégie pour deux ans : 1982-1983. La Documentation française. Paris, novembre 1981, p. 189.
(3) Complétant celles déjà créées du district en 1959 et de la communauté urbaine en 1966.
(4)  Dumont, Gérard-François, "La démocratie se construit par le bas", Ensemble, inventons la commune du XXIe siècle, Paris, Association des Maires de France, 2016.
(5) Doré, Gwénaël, "Le bouleversement territorial en France : analyse et enjeux", Population & Avenir, n° 737, janvier-février 2018 ; Dumont, Gérard-François, "Le bouleversement territorial en France : bilan et perspectives", Fondation Res Publica, n° 114, 27 février 2018.
(6) En dépit des coûts supplémentaires que cela va engendrer.
(7) Même si cette substitution peut varier selon les modes de gouvernance territoriale ; cf. Dumont, Gérard-François, Les territoires français. Diagnostic et gouvernance, Paris, Armand Colin, 2018.

Envoyé par l'auteur, Paru dans Population et Avenir, décembre 2019
Voir aussi : L'absurde projet de réforme territoriale de Roland HUREAUX, paru le 11 août 2014 sur Magistro
Publié dans En France
Écrit par
En savoir plus... 0
La France, terre de violences et patrie de la guerre civile
 
Des blessures à la tête, des gens éborgnés, des mains arrachées. A chaque semaine, son nouvel acte de manifestations de "gilets jaunes". A chaque semaine, son nouveau lot de heurts, de violences, de blessures graves. Les "gilets jaunes" se plaignent des brutalités policières. Les policiers se plaignent de la violence des manifestants. Dialogue de sourds. Les deux camps n'ont pas tort. Depuis novembre, il y a eu, dans les rangs de la police, plus de mille blessés.
 
Mais on n'avait jamais vu depuis Mai 68 les forces de police aller ainsi au contact des manifestants, les viser à tir tendu, à face d'homme et à courte distance ; jamais on n'avait vu charger la police à cheval, jamais on n'avait vu des blindés se mettre en branle, jamais on n'avait vu les effectifs de la BAC se déployer et attaquer.
Depuis la mort de Malik Oussekine, en 1986, la police française s'enorgueillissait de ses méthodes pacifiques, qui évitaient le contact, et donc les risques de blessures ou de morts, ce que ne faisaient pas ses homologues anglo-saxonnes.
Mais c'était avant. Avant le 1er décembre.
Avant le saccage de l'Arc de triomphe retransmis par les télévisions du monde entier. Une humiliation nationale qui a été lavée par un changement de doctrine policière.
 
Désormais, le temps du contact est revenu. Et le temps des dégâts aussi. D'où cette impression d'inédit, de deux poids deux mesures. D'abord, ce ne sont pas des "gilets jaunes" qui ont saccagé l'Arc de triomphe, mais des bandes de pillards venus de banlieue. Et puis on se souvient justement des émeutes de banlieue de 2005. Alors, aucune manifestation n'était déclarée (!) et pourtant les émeutiers ne furent jamais inquiétés. C'était le temps de l'ancienne doctrine. Celle du refus de tout contact. Une doctrine qui est toujours d'actualité dans les banlieues, lorsque les forces de police sont accueillies à coups de boulons, molestées, quand leurs voitures ne sont pas brûlées, y compris avec des hommes à l'intérieur.
 
Jamais le ministre de l'Intérieur ne donna alors l'ordre aux forces de police de charger - bien au contraire ; jamais non plus les ministres, les députés de la majorité ne se permirent de lancer des insultes et d'accabler les banlieues du mépris dont elles abreuvent les "gilets jaunes". Déjà, lors de la manifestation de 2013 de la Manif pour tous, on avait remarqué que les ordres donnés aux policiers étaient moins tendres. Mais le pacifisme des manifestants avait alors évité le pire.
En banlieue, la passivité des forces de l'ordre a été interprétée comme de la faiblesse ; le rapport de force a changé d'âme ; la peur a changé de camp. On comprend que les policiers ne veuillent pas revivre ça. Mais pourquoi se venger sur les "gilets jaunes" ?
 
Cette violence, cette fureur, cette colère, venues de toutes parts, rappellent à ceux qui l'avaient oublié que la France a toujours été un pays violent, un pays de haines mal recuites, d'affrontements brutaux, de luttes des classes, de guerres de religions et de guerres civiles. La France est ce pays où les Français passent beaucoup de temps à ne pas s'aimer et même à se détester les uns les autres. Et ce temps semble bel et bien revenu.

Paru dans Le Figaro Magazine, 1er février 2019
Publié dans En France
Écrit par
En savoir plus... 0
En finir avec la France fonctionnarisée
 
"Aucun sens", a estiméFrançois Bayrou, ce mercredi, en commentant le projet du gouvernement de supprimer 120.000 postes de fonctionnaires d’ici la fin du quinquennat. Cet objectif, sur lequel Emmanuel Macron s’était engagé, a été confirmé mardi par le secrétaire d’Etat, Olivier Dussopt. Le gouvernement semble surtout attendre des efforts des collectivités locales, sommées de freiner leurs dépenses de fonctionnement. "Nous leur avions dit de ne pas augmenter de plus de 1,2%, elles sont plutôt autour de 1%", a expliqué Dussopt. Mais l’Etat sera plus crédible s’il se décidait à donner l’exemple, en limitant ses propres fonctionnaires d’Etat. La France fonctionnarisée est, depuis des décennies, suradministrée et sous gouvernée. Le prélèvement à la source, effectif dès la fin de ce mois de janvier, met encore davantage en lumière le poids énorme que constituent les ponctions sur le dos du salarié : ce dernier est exproprié de 56 % de ses revenus en moyenne. Aussi bien, Bayrou s’égare quand il juge que "cette arithmétique n’a aucun sens". La question du nombre de fonctionnaires (5,5 millions) doit être légitimement posée, quand 57 % de la richesse produite sont consacrés à financer la dépense publique et quand les prélèvements obligatoires représentent 45,3 % du PIB. Le ras-le-bol fiscal, qui a été le déclencheur de la révolte des Gilets jaunes comme de toutes les révolutions en France, est intiment lié à la ventripotence d’un Etat incapable de s’appliquer la cure d’austérité qu’il réclame à ses sujets, éreintés par l’impôt. Cette situation est devenue explosive.
 
La gauche aimerait faire des Gilets jaunes le fer de lance de ses marottes étatistes et égalitaristes. Ce mercredi, Libération consacre son dossier à la meilleure façon d’accentuer la pression fiscale sur les riches. Mais ces revendications sont en contradiction avec la philosophie d’un mouvement qui conteste l’excès de taxes et d’impôts d’un Etat envahissant. N’en déplaise à Bruno Le Maire, ministre de l’Economie, qui dit vouloir "refonder le capitalisme", les Gilets jaunes ne s’inscrivent pas dans cette dialectique. Ces employés et petits patrons s’accommodent du libéralisme. Ils savent ce qu’est une entreprise privée et ses contraintes de rentabilité. Ils n’évoquent pas le chômage, ni ne contestent le Medef, ces figures imposées de la revendication sociale. Leur extrême sensibilité aux injustices les porte à dénoncer à la fois les privilèges que s’accordent certains puissants, surtout quand ils sont élus, et les préférences sociales de l’Etat-mamma au profit d’une immigration qui, de surcroit, entre en concurrence sur le marché du travail. La lutte des classes, construite sur l’envie et l’égalitarisme, n’est pas dans l’ADN de cette révolte de citoyens qui bossent dur mais qui rament, entravés par un système qui les étouffe. "Qu’est ce vous faites de notre pognon ?", questionnait Jacline Mouraud, une des figures des Gilets jaunes, à l’adresse de l’Etat. Eh bien ! Le pognon sert notamment à payer 20 % des salariés de France. Dans certains cas, le privé ne ferait-il pas aussi bien, sinon mieux, et pour moins cher pour les contribuables ? Un bonne question, pour un prochain référendum…

Paru sur blog.lefigaro.fr/rioufol, 30 janvier 2019
Publié dans En France
Écrit par
En savoir plus... 0
Le bonus-malus sur les contrats courts ou la bêtise économique
 
Créer un malus pour les contrats courts relève de l'ignorance économique et d'une méconnaissance criante des besoins des entreprises. Alors que la France entière se révolte en ce moment contre l'impôt, voilà qu'une nouvelle usine à gaz se profile. 
 
Les bonus-malus, autrement dit la carotte et le bâton, deviennent un mode de gouvernement. Cette fois, le malus s'appliquerait aux 
CDD, aux contrats courts, qui sont en forte progression, alors que le bonus féliciterait les bons entrepreneurs qui recrutent uniquement en contrat indéterminé. Dans ce cas, pourquoi ne pas donner un super bonus à l'État qui lui engage les fonctionnaires à vie ? Mais qui ne se prive pas en douce de recruter des contractuels… Au-delà même du manque de flexibilité induit que constitue cette épée de Damoclès, les termes sont particulièrement mal choisis, en effet quelle tristesse pour un chef d'entreprise lorsqu'il recrute d'avoir droit à un malus ! Le mal est donc dans le recrutement…
Cela relève à la fois d'une ignorance économique au plus haut niveau en ce qui concerne les besoins concrets des entreprises en matière d'emploi, mais nous assistons aussi à un retour du dirigisme dont ce gouvernement nous avait semblé être le fossoyeur. Dirigisme sur la méthode puisque le Président de la République s'est prononcé fermement : que reste-il donc à négocier aux partenaires sociaux ? Pour une fois que certains étaient plutôt d'accord pour prendre les choses sous un angle différent et s'occuper de la "personne" (le salarié) plutôt que de la durée du contrat, le jugement de Salomon (pardon… de Jupiter) est tombé.
 
Et le travail saisonnier ?
A travers cette bonne volonté louable d'assurer une sécurité d'emploi à ceux qui ne l'ont pas, on remet en cause tout un système d'adaptation au monde qui vient. C'est ainsi que l'on avait créé justement pour répondre à des besoins le projet de "contrat de chantier", "le contrat d'opération", "le CDI projet", etc. Que deviennent-ils ? Malus ou Bonus ? Au moment où l'on annonce que de très nombreux emplois vont disparaître, où les plateformes se multiplient, on veut nous injecter une pseudo flexisécurité, alors que l'on crée une flexitaxe d'insécurité. Oui, la liberté du travail passe par la possibilité de contracter de part et d'autre.
C'est aussi ignorer l'accélération de notre mode de consommation : les vacances se réservent au tout dernier moment, ce qui rend très difficile de recruter longtemps à l'avance un personnel fixe, de même toutes les professions de restauration sont-elles soumises à des fluctuations de plus en plus importantes ; les chantiers et le bâtiment souffrent d'un Code du Travail inadapté et sont réduits – hélas - à frôler souvent la légalité en matière d'embauche, qu'il s'agisse de sans-papier, de temps de travail, du dépassement de renouvellements de CDD autorisés. Bien d'autres professions sont concernées, les traiteurs, les saisonniers de toutes sortes. Le statut très particulier et qui coûte très cher d'intermittent du spectacle n'est pas donné à tout le monde !
Il faut savoir qu'il fut un temps en France où le renouvellement des CDD était illimité. Il a été, sous Martine Aubry, limité à deux puis un renouvellement. Le résultat fut que la profession du télémarketing, qui devait en permanence ajuster ses effectifs aux missions ponctuelles auxquelles elle devait répondre (numéro spécial de réception d'appel pour un produit déficient, campagnes choc d'information, cellules de crise…) émigra littéralement dans des pays périphériques ; les centres d'appels étant désormais en Tunisie, au Maroc, au Sénégal, en Irlande… Nous avons perdu ainsi plusieurs millions d'emplois. La France est le seul pays où les centres d'appels ne sont pas rentables. Le leader mondial Teleperformance garde, par patriotisme, sa filiale française. Plus aucune société de ce secteur n'est viable sans compenser par des filiales à l'étranger.
 
Fin des jobs étudiants
Emmanuel Macron pense favoriser l'emploi voire en créer et c'est exactement le contraire qui se passera. En favorisant les "insiders" ceux en place dans l'entreprise, on repousse tous ceux qui pourraient y faire un passage. Ce passage, même si l'on voudrait le pérenniser, est un pied dans l'entreprise pour nombre de demandeurs d'emplois qui n'en trouvent pas, et qui n'ont plus d'expérience. Les contrats courts sont souvent des contrats non qualifiés et c'est aussi une façon de se qualifier.
Par ailleurs, dans le coût actuel du recrutement, des licenciements, devant le risque que représente un CDI, le CDD est une forme de période d'essai jugée nécessaire car si la procédure de licenciement a été un peu facilitée, il n'en demeure pas moins qu'il coûte toujours aussi cher. Distinguons aussi les contrats courts des contrats à la journée. Mais depuis toujours, les "journaliers" ont contribué au fonctionnement de l'économie (on pense aux vendanges, aux récoltes, aux intempéries…). Enfin, on oublie les étudiants et certains salariés qui sont très heureux dans certains cas de pouvoir travailler "à la carte" dans une entreprise, selon leurs propres disponibilités.
Il ne s'agit pas de nier qu'un emploi stable est évidemment plus favorable en particulier pour se loger ou obtenir des crédits, et c'est plutôt là-dessus qu'il aurait fallu travailler. Bonus-Malus : une mesure imposée, décevante, démagogique, inefficace et qui en plus arrive à un moment où la France entière se révolte contre l'impôt ! Est-ce vraiment le moment de distribuer des malus qui sont entre autre des taxes comme les autres ?

Envoyé par l'auteur, paru dans Challenges, 31 janvier 2019
Publié dans Du côté des élites
Écrit par
En savoir plus... 0
Et l'Art dans le Grand débat ?
 
Rémy Aron, l’ancien président de la Maison des artistes, lance une pétition : "Stop au dirigisme artistique d’État ! Pour un respect de la diversité ! " ? En ces temps de discussions animées, y aurait-il une chance pour que les politiques écoutent enfin ? Diversité ne signifie pas forcément qualité mais c’est un préalable et une obligation démocratique.
Constatant l’échec de l’Etat (200 "inspecteurs de la création"et pas un seul artiste français au Top 200 des artistes mondiaux), que son inféodation à la spéculation financière multiplie pratiques opaques et conflits d’intérêts etc., la pétition en souligne les conséquences : l’exclusion des lieux institutionnels de la plupart des artistes non-alignés sur l’esthétique "Art Contemporain" globalisable et financiarisable, la disparition des savoir-faire etc. Les pétitionnaires demandent donc la création d’un groupe de travail parlementaire sur l’intervention de l’Etat dans la création artistique avec audit, publication d’un état des lieux et propositions de réformes. Vous pouvez la signer sur Change.org. La précédente commission, sous F. Hollande, n’avait même pas audité le président de la Maison des artistes (!) se cantonnant à écouter les hommes du système. L’administration, comme la presse française, restent dans le déni de la dissidence française … mieux connue à l'étranger.
 
S’il y a de la contestation dans l’Art, il y a aussi de l’Art dans la contestation. Dès novembre, Bansky a revendiqué sur Instagram une œuvre réalisée à Paris (un gilet jaune jetant un bouquet de fleur), avec ce commentaire : "Cinquante ans depuis le soulèvement de Paris en 1968. Le lieu de naissance de l’art du pochoir moderne". Si beaucoup d’actuels graffitis répondent à ceux de 68, comme "Faites l’amour, pas la galère", d’autres apportent une note écolo, très XXIème siècle : "Des banquises, pas des banquiers !". Le street-art (et c’est le moindre de ses paradoxes) est à la fois local et global, grâce à internet, il est donc un moyen idéal de diffusion des idées ou des soutiens. D’où la fresque réalisée à Miami, dans le quartier de Wynwood réputé pour ses œuvres en plein air, par MTO, un artiste français : des gilets jaunes anonymes se tenant la main en dessous de l’inscription : "Et d’ici Manu, tu nous entends ?".
 
Bien entendu, les ronds-points, lieux emblématiques de la contestation, ne sont pas en reste. Depuis des lustres on y érigeait des œuvres d’art, pas toujours plébiscitées par la population locale, or, le 8 décembre sur un rond-point à Wasselonne, en Alsace, est apparu un gilet jaune, œuvre du vitrailliste Roland Pfann, qui a même reproduit les bandes réfléchissantes grâce à un verre spécial.  Cliquer
Il y eu aussi l’initiative du street-artiste Pascal Boyart, PBoy, détournant "La liberté guidant le peuple" de Delacroix en y incrustant des gilets jaunes, rue d’Aubervilliers, à Paris. Mais l’esprit du temps ludiquo-lucratif reprenant ses droits, l’artiste y glissa douze mots codés cachés permettant de gagner 1000 € en bitcoin via un flashcode. Beaucoup plus polémique est la fresque en grande partie noir et blanc qui vient d’être peinte, ce dimanche, au même endroit (un espace autorisé pour l’art de rue) par le groupe Black Lines : 30 mètres de long sur le thème "Hiver jaune" et qui met en valeur Christophe Dettinger, le boxeur incriminé dans une échauffourée avec la police. Sans oublier une famille groupée devant le fenestron télévisuel où s’affiche "Rêve-olution"… A suivre.
Envoyé par l'auteur, paru sur www.sourgins.fr, 29 janvier 2019
Publié dans Du côté des élites
Écrit par
En savoir plus... 0
Culturellement correct
 
Le danseur russe Sergeï Polounine vient de se voir signifier une interdiction de séjour à l’Opéra de National de Paris où il était invité à interpréter le rôle de Siegfried dans Le Lac des Cygnes. Les causes invoquées dans la presse pour cette rupture sont des propos homophobes et des propos grossophobes (sic) tenus par lui sur différents médias et réseaux sociaux. Circonstance aggravante, il serait un admirateur de Vladimir Poutine.
 
Ce jeune danseur (29 ans) d’origine ukrainienne, récemment naturalisé russe, est présenté par les médias comme un mauvais garçon, le bad boy de la danse classique. Seulement, il y a des limites à l’expression d’une "mauvaise vie". Le XIXe siècle avait sa pudibonderie bourgeoise, les temps modernes ont inventé, pour la remplacer, le culturellement correct. Il y a de nouveaux tabous dont la transgression entraine la mort sociale du coupable, même dans un monde artistique qui se veut souvent transgressif. La condamnation est sans appel, d’ailleurs il n’y a pas de tribunal, pas de jury, même pas de débat, juste une sanction arbitraire.
 
Au-delà de l’apparence provocatrice et parfois contestable que Polounine aime à adopter, il faut tout de même savoir que l’on est en présence d’un des artistes les plus extraordinaires de sa génération. Afin de s’en faire une idée, j’invite le lecteur à se rendre sur Youtube pour regarder une vidéo qui totalise à ce jour vingt-six millions de vues : Polounine dansant "Take me to church".
Sergeï Polounine a quelque chose de plus que les autres. On n’y peut rien, c’est comme ça, il crève l’écran et il brûle les planches. Il fait sienne l’histoire qu’il raconte en dansant, au point de sembler précéder la musique qui l’accompagne, comme s’il la créait en même temps qu’il la danse. Jamais en pause, il est en perpétuel mouvement guidé par une pensée et des sentiments qui n’appartiennent qu’à lui au moment où il danse, tout cela servi par une technique époustouflante dont les sauts prodigieux ne sont qu’une des multiples facettes.
 
Mais, en France, de nos jours, il y a plus important que d’être artistiquement génial, il faut d’abord être culturellement correct. Alors, sans débat, sans confrontation avec l’intéressé, on le rejette encore plus violemment que lui-même ne critique les homosexuels et les gros. Ses propos sont souvent ineptes, voire blessants, mais si l’on interdisait de scène tous les artistes qui profèrent publiquement des inepties...
En ce qui concerne les homosexuels, Poulinine aurait dit, en substance, qu’il y a suffisamment de ballerines dans un ballet classique pour que les hommes s’y comportent en hommes et pas en femmes... Il y a pour le moins un manque d’élégance à stigmatiser ainsi certains de ses collègues, mais est-ce un motif valable d’exclusion ? On peut voir dans la sanction qui lui est infligée un effet direct de la théorie du genre, devenue "loi et prophétie" dans une société soumise à une nouvelle religion dont la tolérance n’est pas la première vertu. Il est donc désormais interdit de dire qu’un homme doit agir en homme. Censurons vite Frédéric Mistral qui fait dire au père de Mireille : "Un père parle en père, un homme agit en homme" !
 
L’exclusion dont ce danseur est frappé en raison de ses opinions et de ses idées politiques n’est pas seulement incongrue, elle est terriblement angoissante quant à l’état de la liberté d’expression dans notre pays. On est moins exigeant avec certains rappeurs qui tiennent ouvertement des propos racistes et lancent des appels au meurtre. Deux poids, deux mesures pour une indignation sélective et une sanction arbitraire. Heureusement, le talent de Poulinine est tel qu’il faudra beaucoup plus coriace que la petite bien-pensance politico-médiatique française pour l’empêcher de s’exprimer mondialement dans un art qu’il maitrise à la perfection.

Envoyé par l'auteur, 24 janvier 2019
Publié dans Du côté des élites
Écrit par
En savoir plus... 0
La révolte de Bécassine
 
Il y a beau temps que la politique de la France est celle de Paris. Louis XIV était bien parti à Versailles pour s’en affranchir, ça n’a pas empêché son arrière-arrière petit-fils Louis XVI d’y être ramené par la populace – le boulanger, la boulangère et le petit mitron - pour qu’il y soit à disposition. Depuis toutes les révolutions, 1789, 1930, 1948, la Commune sont parisiennes et ont défini l’avenir du pays.
Il y eut longtemps, Paris et la province, puis Paris et les régions et maintenant Paris et les territoires, mais c’est toujours la même chose Madame de Grand-Air, la Parisienne qui sait tout et Bécassine la paysanne débile et illettrée. Bécassine est le parfait symbole des "sans dents", des gens de peu ou de rien, qui ne comprennent pas la subtilité des décideurs Parisiens, petits marquis, clones issus de la même batterie, l’ENA, qui mènent la France là où elle ne veut pas aller.
 
Depuis la fin des trente glorieuses, le chômage ne fait que croitre, la France est asservie à Bruxelles où se prennent toutes les décisions importantes, la famille est mise à mal - mariage pour tous, bientôt PMA voire GPA, démantèlement de la politique familiale -, une immigration invasive qui fait que l’on ne se sente plus chez soi, chez soi.
La France est écrasée de taxes en tout genre, championne d’Europe des prélèvements obligatoires, le niveau de vie stagne et peut être régresse, le chômage de masse se maintient. Pendant ce temps-là des intouchables, corps à statut, hauts fonctionnaires surpayés et inamovibles, commissions et autorités innombrables souvent inutiles, élus bénéficient d’avantages injustifiés,
On a mis en place un état socialiste qui se mêle de tout, cinq millions de foyers ont besoin d’une aide de l’Etat pour se loger, autant de personnes sont indemnisées pour travailler plutôt que de rester au chômage.
Et puis un jour on a créé une taxe pétrole pour dissuader les gens d‘utiliser leur voiture, on augmente indéfiniment le coût de l’électricité pour financer des éoliennes à l’origine de nombreuses nuisances y compris sanitaires et qui défigurent les paysages, on veut contraindre les Français à changer de voiture, à remplacer leur chaudière à isoler leur maison comme si ils avaient les moyens de le faire, au nom d’une fumeuse transition énergétique qui est loin d’être leur principale préoccupation, et – cerise sur le gâteau – on limite la vitesse à 80 k/h.
 
Pendant ce temps-là Paris ne fait que croître, on crée le grand Paris à coup de dizaines de kilomètres de métro, alors qu’il faudrait aménager le territoire en créant ou en maintenant des entreprises, en étendant à tout le pays les moyens de communication modernes.
Les gens des "territoires" voient par ailleurs disparaître leurs trains, leurs écoles, leurs bureaux de poste, leurs médecins et leurs hôpitaux et se sentent considérés comme des citoyens de  seconde zone. Alors ils se révoltent et revêtent le gilet jaune, occupent les ronds-points et manifestent tous les samedis depuis trois mois. La révolte des Gilets Jaunes c’est la révolte de Bécassine contre Madame de Grand-Air, des campagnes contre les métropoles qui disposent de transports en commun, d’hôpitaux, de lycées de haut niveau, de théâtres et ne sont pas contraints chaque jour à faire des dizaines de km pour se rendre à leur travail.
Les Gilets Jaunes, une révolte qui ne vient pas de Paris, on ne sait pas comment traiter ce phénomène, alors pour les endormir on monte des opérations de communication, réunions de maires, grand débat dont on peut prévoir que les "élites" omniscientes ne tiendront aucun compte.
 
Il faudrait à la France une réflexion sur les profondes réformes nécessaires sur l’organisation de l’Etat et des administrations, sur l’Europe, sur les aides sociales, sur le contrôle de l’immigration, et des gouvernants qui aient le courage de les mener à bien ainsi qu’une une nouvelle "nuit du 4 août" pour abolir les privilèges.

Envoyé par l'auteur, 1er février 2019
Publié dans En France
Écrit par
En savoir plus... 0

Adossée à des fondamentaux politiques avérés. Magistro, une tribune critique de bon sens, raisonnée et libre, d'information civique et politique.

Top Desktop version