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Yémen
 
Je suis toujours abasourdi par la façon dont nos politiques, nos ONG et nos médias mettent le projecteur sur certains conflits et gardent le silence sur d’autres. Pendant quatre ans, rien ne nous fut épargné en Syrie et à Alep ; sauf le nombre de victimes civiles, nous avons tout su, un an durant, des combats autour de Mossoul. Rien sur le Yémen, sauf six pages dans Le Monde la semaine dernière…
 
En janvier 1990, je visitais le Yémen. J’avais été frappé par ses paysages somptueux, par la corruption grandissante -même à la poste on tentait d’arnaquer les touristes qui demandaient des timbres pour l’étranger, par la pollution (des sacs en plastique partout !). L’Islam intégriste était déjà présent, encore discret : je n’ai vu lors de mon séjour qu’une femme au volant d’une voiture, toutes étaient voilées. Mais il n’y avait pas de police religieuse comme en Arabie saoudite. Tous les villages disposaient de l’eau courante. Le réseau routier était en bon état, le tourisme se développait. Le sud et le nord tentaient de s’unir. Il y avait quelques mendiants, mais une certaine prospérité s’installait.
Le chef de l’Etat était certes un dictateur, mais plutôt du genre "despote éclairé" : c’était Ali Abdallah Saleh. Il fut hélas victime du printemps arabe, des intrusions saoudiennes et des Emirats Arabes Unis.
 
Aujourd’hui entre les guerres tribales et l’intrusion de l’Arabie saoudite et de ses alliés, le chaos et le choléra sont en place, vraisemblablement pour longtemps
Pendant un millénaire, le nord du Yémen fut dirigé par un imam proche des chiites zaïdistes : il ménageait les tribus, un système féodal et les Ottomans. Les Chiites zaïdistes (houtistes aujourd’hui) différent des Chiites iraniens par le nombre d’imams qu’ils considèrent comme légitimes. Nasser voulut démocratiser le Yémen : ses troupes s’y cassèrent les dents et quittèrent piteusement le pays en 1962… En 1967, le Yémen du sud, longtemps colonie britannique, se retrouva affublé d’un régime marxiste.
 
Aujourd’hui, un gouvernement sous l’influence saoudienne, avec l’aval de l’ONU et des Etats-Unis, présidé par Abd Rabo Mansour Hadi, ne dirige que le Sud Yémen ou plus exactement Aden. Il est en butte à un comité (South Transition Council) qui prône l’indépendance du Sud. Le nord est partagé entre les houtistes et les partisans de d’Ali Abdallah Saleh. Une coalition menée par l’Arabie saoudite et les Emirats arabes unis bombarde à tout va les écoles, l’infrastructure, mais surtout affame le pays.
Depuis 2011, Daech et Al Qaida dans la péninsule arabe (AQPA) profitent de l’effondrement de l’Etat pour s’installer discrètement, espérant réussir ce qu’ils ont raté en Afghanistan, en Irak et en Syrie.  Pour tenter de comprendre l’imbroglio local, ajoutons que l’Arabie saoudite soutient les Frères musulmans yéménites, tandis que les Emirats arabes Unis voudraient l’indépendance du Sud. Et bien sûr, tout cela finira par le chaos, comme en Afghanistan, en Irak et c.

Envoyé par l'auteur, 7 août 2017
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Yémen : silence ! on massacre !
 
Alors qu’elle ne participe que très marginalement aux opérations contre Daech, l’Arabie saoudite a été capable de réunir autour d’elle une coalition internationale de 150 000 hommes (1) pour conduire, depuis plus de deux ans, une sanglante guerre d’agression au Yémen (opération Tempête décisive). Elle a retiré en cette occasion la dizaine d’aéronefs qui participaient mollement aux bombardements contre Etat islamique, pour en déployer une centaine à sa frontière sud. Les Saoudiens affirment que leur coalition a largué 90 000 bombes pendant cette guerre qui dure depuis deux ans. Cela fait 123 bombes par jour, soit 5 par heure. Rien qu’en avril 2015, la coalition a conduit plus de 1 700 raids aériens, soit jusqu’à 80 certains jours ; on aurait bien aimé voir ses moyens engagés contre Daech.

Pourquoi les Saoudiens ont-ils déployé une telle armada, mobilisé leur Garde nationale et battu le rappel de leurs alliés arabes, asiatiques et occidentaux pour lancer une offensive contre les tribus d’un pays voisin, alors que Riyad ne fait absolument rien contre l’Etat islamique ? Sans doute faut-il rappeler que les Houthis sont des zaydites, une secte de l’islam proche du chiisme. Ils se battent, non pour imposer au monde une vision violente, obscurantiste et sectaire de l’islam, mais pour retrouver une autonomie et une considération vis-à-vis du gouvernement d’Aden qui leur ont été retirées en 1962. Les Houthis ne représentent en rien une menace pour la sécurité du Moyen-Orient ni pour la paix mondiale, même s’ils ont demandé le soutien de Téhéran (2) pour faire face à l’agression de Riyad.

Ce conflit semble toutefois ne pas intéresser grand-monde, contrairement au conflit syrien. Pourtant, comme l’explique le colonel Alain Corvez, "les crimes contre l’humanité commis par la coalition menée par l’Arabie saoudite au Yémen ont détruit toutes les infrastructures vitales du pays : barrages, eaux, hôpitaux, électricité, infrastructures routières, aériennes et portuaire et tué des milliers de civils dont de nombreux enfants car leurs frappes semblent vouloir non seulement détruire le pays berceau de l’arabisme et de ses cultures séculaires, mais aussi atteindre le moral des habitants à la manière nazie. Le choléra est désormais à l’état épidémique et les ressources médicales et de première nécessité ont du mal à atteindre le pays" (3).
Les Saoudiens ont bombardé toutes les installations de production alimentaire du Yémen. La marine et l’armée de l’air saoudiennes ont détruit la quasi totalité des infrastructures du port de Sanaa et ciblent tous les navires qui tentent d’y entrer ou d’en partir. Certains navires de secours officiels sont autorisés à passer, mais ils ont des difficultés à décharger fautes de grues. Les zones tenues par la rébellion sont véritablement affamées par les Saoudiens et leurs alliés. La situation humanitaire est catastrophique : plus de 10 000 victimes sont à déplorer - chiffre vraisemblablement largement sous-évalué - auxquelles il convient d’ajouter 18 millions de Yéménites confrontés à la famine et aux épidémies en raison du blocus imposé par la coalition.
 
Il est absolument stupéfiant que seul un nombre extrêmement réduit d’observateurs internationaux et de médias évoquent cette guerre quasi-génocidaire conduite par Riyad. Presque personne n’a dénoncé les massacres et les destructions effectuées par l’armée de l’air saoudienne, pas plus la presse internationale que les Etats occidentaux. La diplomatie et les médias français se sont indignés à tort sur Alep, alors même que les djihadistes s’étaient livrés à de nombreuses exactions contre les populations civiles. Mais on ne les pas entendu sur le Yémen où les membres de la coalition violent sans aucun état d’âme toutes les conventions de Genève.
Evidemment, il existe une explication : les États-Unis fournissent les renseignements, le ravitaillement en vol, l’armement et les munitions à leurs alliés saoudiens. Et la France et le Royaume Uni soutiennent cette opération. Surtout, Riyad menace l’ONU d’arrêter de fournir de l’argent pour ses efforts de secours si elle dénonçait cette guerre. D’ailleurs, le Conseil de Sécurité a voté - à l’exception notable de la Russie - le 16 avril 2015, la légitimation de l’agression sous le chapitre 7, ce qui est un scandale et décrédibilise l’ONU. Les Occidentaux, en restant délibérément silencieux sur les atrocités commises  par l’Arabie Saoudite et ses alliés au Yémen sont complices de crimes contre l’humanité.

Au demeurant, en dépit de l’importance des moyens engagés, l’intervention des Saoudiens et de leurs alliés demeure un fiasco militaire.Elle s’avère par ailleurs totalement contre-productive, ayant eu pour effet de renforcer la présence de l’Iran et du groupe Al-Qaeda dans la péninsule arabique (AQPA) au Yémen, et de permettre l’implantation locale d’une branche de l’Etat islamique.
 
(1) Le Pakistan, le Qatar, les Emirats arabes unis, le Sénégal et la France – ainsi que et les Egyptiens sur le plan naval - se sont associés à cette opération à laquelle Washington a donné son feu vert.
(2) Les Houthis sont très sourcilleux quant à leur autonomie. En septembre 2015, les Iraniens leur avaient déconseillé de s’emparer de Sanaa, la capitale, sachant que cela allait déclencher l’intervention saoudienne ; mais ils n’en ont pas tenu compte. Par ailleurs, ils ont rejeté la demande de Téhéran d’installer une base navale permanente dans la zone qu’ils contrôlent.
(3) Alain Corvez, "Les pays occidentaux complice de crimes contre l’humanité au Yémen", Centre Français de Recherche sur le Renseignement (CF2R), Tribune libre n° 70, juin 2017 (www.cf2r.org).

Envoyé par l'auteur, 7 août 2017
Publié dans De par le monde
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Déclin annoncé des néoconservateurs
 
Renaud Girard a récemment annoncé le crépuscule des néoconservateurs. (1) Ce qui surprend, ce n’est pas tant son annonce que sa présentation de la pensée néoconservatrice. Elle serait un "messianisme démocratique". Si elle l’était, pourquoi serait-elle condamnée ? Non, hélas. Elle n’est ni messianique ni démocratique. Elle est brutale et destructrice. C’est ce qui la condamne.
 
Selon ses pères, Bill Kristol et Robert Kagan, "les buts moraux et les intérêts nationaux fondamentaux de l’Amérique sont presque toujours en harmonie". Cette vision du monde ne s’appuie pas sur la morale mais sur le rapport des forces en présence. Ce n’est pas un hasard si elle prit naissance après la chute de l’Union soviétique quand un monde bipolaire devint unipolaire pour un temps. Dans un document du Ministère de la défense de 1992 dont l’auteur est Paul Wolfowitz, il est écrit : "Notre objectif premier est de prévenir la réémergence d’un nouveau rival, sur le territoire de l’ancienne Union soviétique ou ailleurs, qui pose une menace du même ordre que celle posée par l’Union soviétique." Il n’y a rien de "moral" dans cet objectif qui est l’expression d’une vision hégémonique du monde.
La morale dont se prévalent Bill Kristol et Robert Kagan n’est qu’un faux-nez. Seule compte l’hégémonie américaine associée à la cause israélienne. D’où le souhait émis d’un nouveau Pearl Harbor dans "Projet pour un nouvel empire américain". Ce sera le "11 septembre". Cette analyse en apparence cynique que nous en faisons ne l’est que pour ceux qui ont oublié l’Opération Norwood qui prévoyait le massacre de plusieurs milliers d’Américains pour forcer la main du président Kennedy à Cuba, ou l’incident de la Baie du Tonkin qui entraînera les Etats-Unis dans une guerre aussi violente qu’inutile au Vietnam ou encore cette déclaration de Madeleine Albright selon laquelle la sécurité des Etats-Unis vaut bien la mort de 500 000 enfants irakiens. Faut-il aussi rappeler cette pitoyable performance de Colin Powell le 5 février 2003 aux Nations Unies destinée à convaincre le monde que Saddam Hussein dispose d’armes chimiques ? L’Irak sera envahi et détruit sans qu’il ne soit trouvé la moindre trace d’armes chimiques ce que les inspections de l’ONU, commencées en 1991 sous la direction du Suédois Hans Blix, avaient amplement démontré.
 
Les Etats-Unis sont un empire – un empire d’une violence extrême. La guerre de Corée en est l’exemple même. Constatant qu’ils ne pouvaient conquérir la Corée du nord, les dirigeants américains décidèrent de l’éradiquer. La même politique fut appliquée au Vietnam avec l’usage massif d’un herbicide, baptisé "Agent Orange", pour en cacher l’horreur. Cette barbarie est présente tout au long de l’histoire américaine… La distribution de chocolat aux populations par les "boys" à la fin de Seconde Guerre mondiale ne doit pas faire illusion. Elle est le fait d’actes spontanés de soldats étrangers à la violence du "système" qui les dirige.
Les guerres en Afghanistan et en Irak qui seront suivies de la destruction de la Libye, de la Syrie et du Yémen n’ont rien d’un "messianisme démocratique". Elles sont l’application d’une politique décidée bien avant le "11 septembre". Plusieurs documents en attestent dont : "Une nouvelle stratégie pour sécuriser le Royaume", de Richard Perle écrit en 1996 ou cette lettre adressée à Bill Clinton en janvier 1998 par Robert Kagan, William Kristol, Richard Perle, Donald Rumsfeld et Paul Wolfowitz. Dans son discours du 3 octobre 2007, le général Clark, ancien commandant des forces de l’OTAn, apprend dix jours après le 11 septembre que le Pentagone prévoit la destruction de l’Irak, de la Syrie, du Liban, de la Libye, de la Somalie, du Soudan et de l’Iran. Constatant que le peuple américain n’est pas informé de cette politique, il n’hésitera pas à parler de "coup d’état". Dix ans plus tard, force est de constater que ce plan a été en partie réalisé.
 
Assistons-nous au crépuscule de cette politique néoconservatrice ? Sans doute. Ni la Russie, ni la Chine ne l’acceptent. Plus grave pour ses auteurs, elle aboutit aux résultats opposés à ceux recherchés. Ainsi, l’Irak est-elle désormais proche de l’Iran – un rapprochement qui oblige les Etats-Unis, sous la pression d’Israël, a envisagé un "changement de régime" dans ce pays. La violence appelle la violence sans que soit atteint le but fixé : le remplacement des Accords Sykes-Picot par la carte du colonel Ralph Peters. Ce dessein qui a failli réussir est sur le point d’échouer à moins d’un engagement direct des Etats-Unis en Syrie et en Iran. L’engagement en Syrie est impossible, sauf à envisager un affrontement avec la Russie, comme l’a rappelé le chef d’état-major Joseph Dunford lors de son audition au Sénat en février dernier. Un affrontement avec l’Iran ne l’est pas davantage puisqu’il remettrait en cause l’Accord signé par l’Iran, les Etats-Unis, la Russie, la Chine, la Grande-Bretagne, la France et l’Allemagne. C’est inenvisageable à moins d’une erreur grossière de l’Iran que les Etats-Unis aimeraient provoquer, comme le laissent entendre leurs déclarations, sans espoir d’y parvenir car la ficelle est trop grosse pour que les Iraniens la saisissent.
 
La politique néoconservatrice est un désastre absolu, si l’on y ajoute son coût humain et financier. Elle met en cause la stabilité intérieure des Etats-Unis, comme l’a démontré l’élection de Donald Trump. Elle est donc condamnée. Pour autant, va-t-elle s’effacer dans un avenir proche, comme le laisse entendre Renaud Girard ? En dépit de ses échecs, elle demeure la pensée dominante à Washington, à preuve les nouvelles sanctions à l’égard de la Russie votées par le Congrès. Il faut s’attendre à de nouvelles crises. Les empires disparaissent rarement sans livrer un dernier combat.
(1) Figarovox, 17 juillet 2017.

Envoyé par l'auteur, 7 août 2017
Publié dans De par le monde
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Éditorial : "Les dieux ont soif"
 
Les envoyés du roi de Siam, en 1686, ne furent pas reçus à la cour de Louis XIV avec plus de faste. Suspense savamment entretenu, mise en scène des enjeux, bref, trompettes et tambours, la dramaturgie qui accompagne depuis plusieurs jours l'arrivée à Paris du footballeur Neymar Junior est celle qu'on réserve d'ordinaire à la visite d'un grand chef d'État. Vladimir Poutine a eu droit aux honneurs de Versailles, Donald Trump à un défilé militaire sur les Champs-Élysées. Au nom du sport, de ses pompes et de ses œuvres, le transfuge de Barcelone va être reçu sous les ovations d'un stade en liesse. Notre époque a fait des footballeurs des demi-dieux - instituant un culte en leur honneur et leur réservant les offrandes dues à leur rang.
Bien sûr le jeu à la brésilienne de Neymar, le joga bonito, est pour les amateurs une promesse de plaisir et de bonnes soirées en perspective. Pour les dirigeants du PSG, l'arrivée du prodige constitue un argument pour attirer au stade les passionnés, mais aussi pour vendre leur gamme de produits dérivés. Le petit prince est aussi une marque.
 
Mais les sommes engagées ont quelque chose de macroéconomique. C'est d'ailleurs un pays souverain, le Qatar, qui met la main à la poche pour permettre de contourner les règles en vigueur dans le football européen (au nom du "fair-play", il est interdit à un club de dépenser plus qu'il ne gagne). 222 millions pour s'acquitter de la clause compensatoire, 300 millions d'impôts récoltés par l'État, à l'évocation de ces chiffres autour de Neymar, on croirait entendre un ministre parler réforme économique. 30 millions pour son seul salaire net annuel : la planète foot a quitté l'orbite de la Terre et ses contingences : toute peine mérite rétribution, juste rétribution : ni misérable ni excessive.
 
Les dieux ont soif. Mais à ce point ? La société du spectacle nécessite-t-elle vraiment autant d'argent pour le seul divertissement des hommes ? Notre époque, qui aime à se nourrir de gigantisme, notion qui lui tient lieu de valeur – combien ? -, devrait mieux s'interroger sur le sens profond de cet événement – pourquoi ? et après ? - afin de revenir, si elle le peut encore, à la mesure.

Paru dans Le Figaro, 3 août 2017
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Les fourberies de "Jupiter"
 
Tout a été dit ou presque, sur ce que les médias appellent l’affaire de Villiers. Si grave soit-elle, ce n’est qu’un épisode du renouveau annoncé qui consiste à détruire méthodiquement tout ce qui marche ou fait de l’ombre à Jupiter qui veut régner à tout prix, y compris sur un champ de ruines intellectuel, moral, identitaire, social, sociétal, ... etc.  ........ Tout a été dit ou presque, puisque la langue de bois permet souvent de rester politiquement correct et même, dit-on - constructif. Les autres sont persona non grata.
 
Les Français ont, parait-il, la mémoire courte et ils ne sont pas les seuls ; à plus forte raison, ils ne peuvent pas se souvenir de ce qui ne leur a pas été enseigné comme, par exemple, toutes les pages d’histoire qui valorisent nos racines et traduisent la grandeur de la France. Par contre, ils conserveront en mémoire ce qui, au-delà des écrits et des paroles a provoqué des blessures dont les cicatrices continueront de témoigner. Au cours du premier acte, des Français de plusieurs générations ont été dénoncés comme "criminels" pour avoir participé à "un crime d’Etat". Outre les vivants, nombreux sont les descendants de ces "criminels" à souffrir de cette blessure.
 
Dans un deuxième temps, au-delà du Général de Villiers Chef d’état-major des armées (CEMA) qui a été humilié et évincé de façon déloyale, c’est toute l’institution militaire, ceux qui la servent ou l’ont servi qui ont été atteints et profondément blessés avec des répercussions sur leur famille et leur entourage. Il parait tout à fait évident que le sort du Général de Villiers était scellé d’avance. Pour que ses qualités humaines et professionnelles, son expérience, sa droiture et son honnêteté intellectuelle ne fassent pas d’ombre à Jupiter, il fallait qu’il soit éliminé. Il est vrai qu’il ne pouvait pas cohabiter avec des personnages en marche, dont la première conviction est l’opportunisme. Il est le premier de la liste, d'autres suivront.
A ce propos, la première mesure à prendre pour "moraliser la politique" serait de démettre de son mandat tout élu qui, en cours de mandat, trahit ses électeurs en changeant d’opinion, de programme, de parti pour l’obliger à solliciter à nouveau leurs suffrages avec ses nouvelles convictions, même éphémères.
 
Pour être "compatible" fallait-il que le CEMA renonce à demander et à justifier les moyens dont nos armées ont si grand besoin ? Fallait-il qu'il mente en exprimant sa satisfaction de ne pas recevoir les crédits militaires promis ? Fallait-il qu'il se comporte comme tous les politiciens qui ont retourné leur veste une fois, deux fois, trois fois...... pour tenter de se faire élire et fait des promesses qu'ils sont sûrs de ne pas pouvoir tenir ?
 
Pour l’éliminer, le pouvoir a eu recours à une vieille technique (vive la modernisation !) utilisée pour se débarrasser habilement d’un indésirable. Elle consiste par un savant dosage d’humiliations et de camouflets à le pousser à bout dans son amour- propre et sa dignité jusqu’à ce qu’il se démette ... et il y a toujours des complices : par exemple pour rendre publics les propos d’un huis clos ! C’est le Général - disent les adeptes de "En marche" qui a trahi la confiance mise en lui par le Président de la République : celui-ci, en effet, venait de prolonger d’un an son mandat. Cette manière de procéder est une fourberie manifeste pour créer vis à vis de l'opinion une ambiance de trahison et accroître la culpabilité imputée au Général. Prolonger son mandat avec l'arrière-pensée de l'éliminer, c’était lui donner le baiser de Judas.
Inutile de repasser le film de ce qui a suivi, en notant toutefois que la démission rapide du Général de Villiers a coupé l’herbe sous les pieds de ceux qui voulaient abuser de la situation pour l’humilier davantage. En prenant l’initiative d’une démission circonstanciée, il privait Jupiter de la jouissance de l’avoir limogé. Et, quand Jupiter se rend sur la base aérienne à Istres pour implorer de façon théâtrale la confiance des armées, il ignore que les soldats sont des hommes et ne sont pas dépourvus d’affectivité, surtout vis à vis d’un CHEF qu’ils ont apprécié. Mais n’est pas chef qui veut ! "La plus grande preuve d'estime, que l'on puisse donner aux gens que l'on a l'honneur de diriger, - écrivait Lyautey - ce n'est pas de les flagorner, mais de leur parler gravement, en leur montrant les choses comme elles sont." Tout le contraire de l’autoritarisme !
Le comble et la palme de la goujaterie revient le lendemain au porte- parole du gouvernement, c’est à dire "La voix de son maître" formaté pour le bluff et l’arrogance. Il twite : "C’est le comportement du général qui a été inacceptable. On n'a jamais vu un CEMA s'exprimer via un blog ou faire du off avec des journalistes ou interpeller les candidats pendant la présidentielle (...). Il s'est comporté en poète revendicatif." et qui renchérit en brocardant la "bronca" de soutien faite au Général par les femmes et les hommes de tous grades servant à Balard, le Pentagone français. Pire, il enfonce le clou dans un article publié le lendemain dans le Figaro.
 
Il aurait été de bon ton, de la part de ceux qui alimentent les médias, qu’ils se soient émus du fait que le Général Pierre de Villiers a été privé - suprême affront - de la prise d’armes traditionnelle en rapport avec son niveau de responsabilités pour marquer son adieu aux armes. Une fois de plus, il n’est pas malséant, bien au contraire, de faire un parallèle avec ce qui a été réservé au Maréchal Lyautey en 1925. 
Lors de la guerre du Rif, le Cartel des Gauches - souhaitant un clash pour justifier l’élimination d'un Lyautey qu'il jugeait non compatible - lui refuse les renforts qu’il demande. Le Maréchal Pétain, après avoir trahi la confiance mis en lui par Lyautey, est désigné pour le dessaisir de ses pouvoirs militaires et arrive avec des renforts plus qu’excédentaires. Pour ne pas perdre la face, Lyautey ne disposant plus que des pouvoirs civils est acculé à la démission.
A son départ, il est accompagné jusqu’au port de Casablanca par une foule immense qui lui manifeste sa reconnaissance et ses regrets de le voir partir. Privé de navire de guerre, il voyage comme un touriste. Au large de Gibraltar, la marine anglaise lui rend les honneurs. A Marseille, seuls des amis l’attendent. Pas d’honneurs militaires dus à son rang. Près d’un siècle plus tard, les pratiques n’ont pas changé, seuls les discours sont plus lénifiants et plus fourbes.
 
Selon la formule traditionnelle prononcée lors de sa prise de commandement, un Chef militaire s’engage à assurer "le succès des armes de la France". Encore faut-il lui en donner les moyens, surtout quand le matériel à bout de souffle met en jeu la vie des soldats. Le politique devrait s’engager à respecter en temps et en heure ses promesses. Par sa démission, le Général d’armée Pierre de Villiers a fait savoir que c’est lui qui a eu la force de caractère de tenir le cap.

Envoyé par l'auteur, le Colonel (er) P. Geoffroy, Président de l’Association Nationale Maréchal Lyauteyn, 4 août 2017
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Comment réformer la retraite des parlementaires ?
 
Il y a longtemps que les systèmes de retraite des députés, sénateurs et membres du Conseil économique, social et environnemental sont montrés du doigt par divers organismes, en particulier l’association Sauvegarde Retraites. Ces critiques sont, dans leurs grandes lignes, assez fondées : ces trois régimes, qui possèdent des points communs mais aussi des différences, ne donnent pas le bon exemple. Mais comment les réformer ? Deux possibilités existent.
 
La première, semble-t-il soutenue par l’Élysée et par Matignon, consisterait à faire rentrer dans le rang sénateurs, députés et conseillers, en leur appliquant la formule en vigueur pour les salariés du secteur privé. Mais le régime général et les régimes complémentaires ARRCO et AGIRC sont destinés à être réformés et fusionnés avec trois douzaines d’autres régimes catégoriels, conformément au projet présidentiel, pour former un unique régime par points : leur rattacher parlementaires et conseillers serait manquer une belle occasion de faire expérimenter par ceux qui conseillent et qui légifèrent la nouvelle formule destinée à l’ensemble des citoyens.  
 
C’est vers cette seconde possibilité qu’il faut se tourner. Les représentants des citoyens et de leurs organisations professionnelles ont vocation à prendre la tête du mouvement de réforme. Demandons-leur donc d’étudier (1) et, s’agissant des parlementaires, de voter, la création d’un régime de belle facture, pour eux-mêmes dans un premier temps, mais propre à être ensuite étendu à l’ensemble de la population. Faire absorber par ce nouveau régime, dûment testé par nos représentants, les trois douzaines de régimes par répartition actuels, aurait une toute autre signification que l’application aux dits représentants d’une formule dont chacun sait qu’elle est obsolète.
 
Le poisson pourrit par la tête, dit le proverbe. Eh bien, inversons la formule, lançons une régénération par la tête du système français de retraites par répartition !
Et allons encore un peu plus loin : chacun sait qu’il y a besoin, en sus de la répartition, d’une certaine dose de retraite par capitalisation. Le ou les fonds de pension que créeraient députés, sénateurs et conseillers économiques, adaptés aux spécificités de ces fonctions atypiques, donneraient l’exemple pour que se créent ou se développent des fonds de pension divers et variés, apportant aux Français le "sur mesure" dont chacun a besoin, parce que si tout le monde n’est pas député, tout le monde n’est pas non plus plombier, ou horticulteur, ou policier, ou PDG, ou salarié d’une start-up.
(1) Notre ouvrage La retraite en liberté (Le Cherche-midi, 2017),  qui fournit en 128 pages la substantifique moelle de vingt années de recherches sur la réforme des retraites, donnerait à cette étude une bonne base de départ.

Envoyé par l'auteur, Jacques Bichot, économiste, membre honoraire du CESE
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Lecture d’été : Napoléon, Jean Tulard, Fayard 1977
 
Il paraît que l’on enseigne plus, ou si peu, Napoléon au collège et au lycée. Voici une bonne raison pour se replonger dans ce grand classique des biographies de Napoléon. L’ouvrage est complet et didactique en même temps, trouve un bel équilibre entre l’événementiel et la description de la société française de ce temps. Jean Tulard nous fait partager un agréable moment de littérature historique. Ce livre a un immense avantage : il est non idéologique, non partisan, ne cherche pas à nous imposer un jugement de valeur, un point de vue politicien (ce qui est le sommet de la vulgarité et de la bêtise quand on prétend se mêler d’histoire). Sans revenir à la chronologie, très claire dans cet ouvrage, ni au contenu proprement dit, voici quelques rappels ou considérations éparses que sa lecture m’a inspirés :
 
Aucune conviction ne tient face à l’ambition et à l’orgueil. On l’oublie souvent : Napoléon est une créature de la Terreur. Venu de l’aristocratie corse, il a bâti sa carrière sur un engagement initial en faveur de l’indépendance de la Corse (pascal Paoli). Puis, avant tout ennemi de la monarchie qu’il exècre, il embrasse la cause jacobine, proche de Robespierre "le jeune" (le frère de Maximilien) et alors partisan résolu de la Convention dans ce qu’elle a eu de plus sanglant. Arrêté pour robespierrisme à la suite de Thermidor, c’est par une sorte de paradoxe étonnant qu’il est devenu par la suite l’icône du camp conservateur. Le grand écart entre la vision contemporaine de Robespierre, généralement considéré comme diabolique, et Napoléon, vu comme un héros de l’histoire, a quelque chose de contradictoire quand on sait que tous deux ont été des alliés jusqu’aux pires moments de la Terreur et la carrière de Napoléon issue en partie de cette alliance.
 
La force du charisme : Napoléon est un personnage au départ assez banal. Il est maigre, mal habillé, d’allure complexée, d’une apparence extrêmement simple, voire minable, tel que le décrivent ses contemporains, vêtu d’une gabardine trop grande pour lui, élève et étudiant moyen, même lors de sa scolarité militaire, faible orateur, avec son accent corse. Son "génie politique", n’est pas non plus évident, plus souvent mené par les événements et exploité par d’autres (Barras) que vraiment tacticien et dominateur. Intelligence stratégique sur le champ de bataille ? Sans doute mais il est servi par une génération de grands généraux, le dynamisme et la jeunesse d’un peuple, commet lui-même parfois de lourdes erreurs. Non, sa puissance personnelle tient sans doute à autre chose : un étrange et mystérieux charisme. Il envoûte, magnétise, ensorcelle ce qui l’approchent, en particulier ses généraux et ses soldats : la simplicité, le regard, la voix, un rayonnement mystérieux, indescriptible, qualité indéfinissable, propre aux "grands hommes".
 
Qu’est ce que le culte de la personnalité ?  Il en est de deux sortes : au XXIe siècle, la personnalisation du pouvoir est une construction factice, médiatique, sublimation sans fondement de personnages le plus souvent médiocres. A l’évidence, le culte de la personnalité, sous Napoléon, est tout autre chose : le fruit d’une œuvre gigantesque. Jusqu’à 1804, Napoléon, ou plutôt Bonaparte, est dans une logique d’héroïsme pur. Le personnage est immense. Il entraîne le pays par son fabuleux rayonnement. Les exploits qu’il accomplit sont sans équivalents dans le monde contemporain. Songeons un peu : en cinq ans, il remodèle en profondeur la carte de l’Europe notamment après Marengo (soumission de l’Autriche, domination sur l’Italie, l’Allemagne occidentale, paix d’Amiens avec la Grande Bretagne). Il accomplit la prouesse gigantesque de pacifier la France, en conciliant les acquis de la Révolution (principe d’égalité, code civil, biens nationaux) et l’essentiel de la France traditionnelle à travers le Concordat et la réhabilitation du christianisme. Après la Révolution, Napoléon réconcilie la France avec elle-même et favorise un grand élan de prospérité. Il fallait le faire…
 
L’héroïsme est éphémère. Voici un point de vue personnel que nul n’est obligé de partager. A partir de 1804-1805, il me semble que le héros immense, au sommet de sa gloire, bascule dans la démesure. Ainsi parle-t-il après Austerlitz, et un an après son couronnement : "Soldats, la dynastie de Naples a cessé de régner ! Son existence était incompatible avec le repos de l’Europe et l’honneur de ma couronne. Marchez, précipitez dans les flots, si tant est qu’ils vous attendent, ces débiles bataillons des tyrans des mers. [A Joseph] "Vous lui direz que je le fais roi de Naples, mais que la moindre hésitation, la moindre incertitude le perd entièrement. Je ne reconnais pour parents que ceux qui me servent. Ceux qui ne s’élèveront pas avec moi ne seront plus de ma famille. J’en fais une famille de rois ou plutôt de vice-rois." L’esprit humain, quel qu’il soit, est fragile. Ces paroles ne me paraissent pas être celles d’un homme qui a gardé toute sa lucidité. Elles ne sont pas celles d’un personnage sensé, ayant conservé toute sa raison. Il me semble, à la lecture de ces phrases, que Napoléon, à ce stade, aveuglé par son succès, a perdu pied et que son désastre est déjà en gestation. Je crois qu’il n’est d’héroïsme dans l’histoire que de courte durée, éphémère, le "sauveur" a une mission de quelques mois, quelques années au grand maximum, mais dès qu’il tente d’inscrire son action dans le temps, de s’incruster, de fixer, d’institutionnaliser son héroïsme, il roule à l’abîme entraînant son peuple avec lui.

Paru sur maximetandonnet.wordpress.com, 1er août 2017
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Réponse au général d’armée Faugère
 
La semaine dernière, le général Faugère procédait sur le site MAGISTRO à une analyse très fine de la crise dont le Président de la République et l’ancien CEMA furent les protagonistes. Cette analyse dit bien, me semble-t-il, ce que les militaires de tous grades peuvent ressentir après l'humiliation volontairement infligée par le chef de l’État à l’un des meilleurs CEMA que les armées aient connus.
 
Comme clé possible de compréhension de ce comportement apparemment inexplicable, l'auteur évoque un possible cynisme de la part du chef de l'Etat mais sans vraiment explorer cette voie.
Pour ma part, je suis convaincu que seul un cynisme absolu éclaire ce triste épisode : les jours du général de Villiers comme CEMA étaient comptés dès avant l'élection d’Emmanuel Macron.
Pour en comprendre les raisons, il faut évoquer en effet la crise qui s'est produite en 2014, lorsque ce dernier était ministre de l'économie et Pierre de Villiers, CEMA depuis quelques mois. Le directeur de cabinet de Bercy de l'époque est devenu depuis le Secrétaire général de l'Elysée !
Comme à l'accoutumée, Bercy avait imaginé d'effectuer une énième ponction sur le budget de la défense pour boucher le tonneau des Danaïdes des finances publiques. Pour manifester leur opposition devant cette pratique insupportable, le général de Villiers et les trois chefs d'état-major d'armée, soutenus en sous-main par J-Y Le Driand, leur ministre de tutelle de l'époque, avaient menacé de démissionner en bloc, menace qui ne s'était jamais vue jusqu’alors.
Devant pareille bronca, le Président Hollande avait alors arbitré en faveur des armées, désavouant ainsi Bercy et son ministre. Cet épisode ne pouvait qu'avoir impressionné très défavorablement quelqu'un qui, visiblement, nourrit une conception très centralisée, pour ne pas dire autocratique de l'exercice du pouvoir.
Comment un simple "technicien" de la défense pouvait-il avoir l'outrecuidance de prétendre s'opposer à une décision d'ordre politique !
Élu président, Emmanuel Macron ne pouvait donc pas garder comme CEMA un officier de la trempe de Pierre de Villiers, dont il savait d'expérience qu'il s'opposerait de toutes ses forces à l'effeuillage continuel du budget des armées.

Il fallait donc s'en débarrasser, mais sans en prendre l'initiative pour ne pas porter la responsabilité de la rupture. En effet, il lui fallait absolument éviter le reproche de "politiser" la relation PR/CEMA, ce que ses prédécesseurs à l’Elysées s'étaient toujours abstenus de faire, les militaires étant ontologiquement neutres à l'égard du pouvoir, quelle qu'en soit la couleur politique.
L’éviction du CEMA allait donc se faire en trois actes, selon un plan parfaitement machiavélique.
Premier acte: La prolongation du CEMA dans ses fonctions était annoncée. Faisant suite aux mises en scène militaro-théâtrales qui s'étaient succédées depuis la prise de fonction du nouveau PR, elle devait témoigner de la confiance supposée de celui-ci à l'égard de la chose militaire. Quand on connait la rigueur morale de Pierre de Villiers, il n'y a aucun doute qu'il n'ait préalablement obtenu du PR les garanties budgétaires nécessaires sans lesquelles il n'aurait jamais accepté cette prolongation.
Deuxième acte : Mettant à profit les fuites (organisées par qui ? Personne ne s’en est soucié !) de l'audition à huis-clos du CEMA devant les députés de la Commission de la Défense, le PR sort du bois le 13 juillet, en humiliant outrageusement le CEMA, selon la manière indigne que l'on sait. La date retenue sciemment permettait de donner un écho maximum à la mise en accusation publique d’un CEMA devenu déloyal. Quand on sait l'intelligence d'EM, on ne peut avoir aucun doute sur le but d'une pareille charge. La violence de l'attaque était parfaitement proportionnée à l'effet recherché, à savoir une démission forcée d’un CEMA que l’on avait fait semblant de vouloir conserver, mais à la seule "initiative" de ce dernier. Et pour le cas où Pierre de Villiers n'aurait pas compris ce que l'on attendait de lui, le Premier ministre en remettait une louche dès le lendemain en précisant que, bien sûr, il "pouvait" rester CEMA, façon à peine déguisée de lui signifier qu'on ne le souhaitait pas. Et EM portait l'estocade dans le Journal du dimanche en agressant à nouveau sa cible avec une violence telle que celui-ci ne pouvait pas ne pas démissionner.
Et qui croira que le porte-parole du gouvernement déversa son flot de propos injurieux sans l'assentiment du PR ?
Troisième acte : Le général de Villiers démissionne en effet, mais en reprenant la main. Sans attendre d'être congédié comme un malpropre lors d'une "entrevue" prévue le vendredi suivant, il prend le PR de cours en annonçant sa démission selon une forme où l'on retrouve son légendaire sens de l'honneur et de la dignité. L’opinion publique est stupéfaite et indignée. Les media, qui ont tant contribué à son élection, sont sidérés.
 
Conclusion : Si la démission espérée a bien été obtenue, c’est au prix d’un désastre de la communication présidentielle. La confiance est durablement rompue entre le chef des armées et celles-ci. Cet épisode a révélé à la fois un cynisme démesuré, un amateurisme confondant, mais par-dessus tout, un mépris de la chose militaire apparu au grand jour.
Il convient de noter que les quatre principales "têtes pensantes" du ministère des armées ont été écartées : l'ancien ministre Le Drian, son ancien directeur de cabinet Levandovski, l'ancien directeur de la DGA et maintenant le CEMA.
La voie est libre désormais pour quoi ? Nul ne le sait.

Moralité : S’il faut des années pour construire la confiance, une seconde suffit pour la ruiner durablement.

Envoyé par l'auteur, 2 août 2017
Publié dans Du côté des élites
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Démographie au second trimestre 2017 : la baisse continue
 
L’INSEE vient de fournir le chiffre des naissances en France métropolitaine pour le mois de juin ; nous disposons donc des résultats pour le second semestre 2017. Le premier trimestre 2017 avait été marqué par une diminution assez sensible : 15 400, soit 8,1 %, par rapport au premier trimestre 2012 ; et 4 100, soit 2,3 %, par rapport au premier trimestre 2016 (1). La natalité poursuit sa baisse au second trimestre : 14 250 naissances "perdues" par rapport à 2012, soit 7,4 % ; et 3 300 de moins qu’en 2016, soit 1,8 %.
Il faut hélas ajouter à cela deux lacunes très inquiétantes relatives au "capital humain" : d’une part le traitement inadéquat de l’immigration, qui débouche trop sur l’assistance et la délinquance, et pas assez sur l’intégration, l’augmentation de la force de travail et de la capacité de production ; d’autre part la dégradation du niveau de la formation scolaire, universitaire et professionnelle, difficile à quantifier, mais relevée par de nombreux observateurs compétents.

Le quinquennat "normal" a été donc été marqué par une diminution de l’investissement le plus important pour l’avenir : l’investissement dans l’homme, tant qualitatif que quantitatif. Sachant que les infrastructures, les entreprises, l’équipement de nos armées, de nos administrations, et l’organisation de notre fonction publique, ont également souffert d’une insuffisance d’investissement, la France issue du quinquennat Hollande aborde le quinquennat Macron dans de bien mauvaises conditions.
(1) Données corrigées pour tenir compte du phénomène "années bissextiles"

Envoyé par l'auteur, 31 juillet 2017
Publié dans En France
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Nuages noirs sur le Pacifique
 
CHRONIQUE - Provoqués par la Corée du Nord qui vient de réussir le tir d'un missile intercontinental, les États-Unis accusent la Chine d'inaction. Les relations diplomatiques s'enveniment.
 
Sans chercher à être inutilement alarmiste, a-t-on le droit d'esquisser une comparaison entre la zone du Pacifique nord au soir du vendredi 28 juillet 2017 (jour de l'essai nord-coréen réussi d'un missile intercontinental capable de frapper atomiquement les grandes villes de la côte ouest des États-Unis) et l'Europe au soir du dimanche 28 juin 1914 (jour de l'assassinat à Sarajevo de l'archiduc héritier d'Autriche) ? Dans les deux cas, avons-nous affaire à un problème politique local qui va fonctionner comme un catalyseur, où les séquences actions-réactions s'accélèrent tellement que les puissances ne parviennent plus à en contrôler le cours ?
Comparaison n'est pas raison, d'autant plus qu'en un siècle les moyens physiques de la diplomatie ont fait des pas de géant : les photos satellite évitent de fantasmer sur des préparations militaires qui ne seraient pas réelles ; les ministres des Affaires étrangères de puissances rivales se parlent volontiers sur leurs téléphones portables, plusieurs fois par jour si nécessaire ; les chaînes de télévision d'information en continu alertent les opinions publiques et les parlementaires en temps réel dès que surgit un sujet de tension dans les relations internationales. Mais force est de reconnaître que le problème de la Corée du Nord est à la fois sérieux et persistant et qu'il n'a pas cessé d'empirer au cours des deux dernières décennies.
 
La course à l'arme nucléaire du gouvernement de Pyongyang, qui est un des piliers idéologiques de ce régime stalinien, ne laisse pas d'inquiéter les deux grands alliés régionaux de l'Amérique que sont la Corée du Sud et le Japon. Les Japonais, seul peuple à avoir subi le feu nucléaire dans l'Histoire des hommes, se disent qu'ils n'ont décidément pas de chance avec les bombes atomiques. Lorsqu'ils étaient bellicistes, ils en reçurent deux sur leur archipel. Maintenant qu'ils ont une Constitution pacifiste leur interdisant de détenir des armes offensives, ils voient monter le risque d'être à nouveau frappés. Le fait que ce ne soit pas par l'Amérique, mais par son ennemi numéro un, ne change rien au désagrément.
 
Le président Trump a réitéré son entier soutien envers ses alliés asiatiques face à la Corée du Nord, soulignant que les États-Unis étaient prêts à utiliser l'éventail complet de ses armes pour ce faire - expression qui inclut l'usage de l'arme nucléaire. Pour résoudre la crise, les États-Unis estiment que l'ONU ne serait d'aucune utilité et que les "pourparlers ne servent plus à rien sur ce dossier", comme l'a dit Nikki Haley, leur chef de mission permanente au Conseil de sécurité.
Les Occidentaux ont longtemps considéré qu'ils pouvaient compter sur la Chine pour résoudre ce cas de prolifération nucléaire à sa frontière. Après avoir reçu le président chinois dans sa résidence de Floride les 6 et 7 avril 2017, le président américain a cru avoir réussi à passer un deal avec son homologue : la Chine réglerait une fois pour toutes la menace nucléaire nord-coréenne, en échange de quoi l'Amérique renoncerait à adopter contre elle des mesures protectionnistes.
Il y eut, visiblement, malentendu. Le 30 juillet 2017, à 1 h 30 du matin, le président Trump exprima sa déception, par un tweet : "Je suis très déçu par la Chine. Nos dirigeants dans le passé ont commis la folie de lui faire gagner des centaines de milliards par an en commerce, et malgré cela… les Chinois ne font RIEN pour nous sur le dossier coréen, à part parler. Nous n'allons pas permettre que tout cela se poursuive. La Chine pourrait facilement régler ce problème !"
À Pékin, le ministère des Affaires étrangères a réagi en rejetant la faute sur Washington et en s'indignant que les Américains puissent lier des "problèmes qui n'ont rien à voir entre eux". Pékin accepte de considérer la menace pour la paix internationale que constituent les programmes militaires balistique et nucléaire nord-coréens. La Chine applique toutes les résolutions du Conseil de sécurité de l'ONU sur la question. Pékin accepte aussi de discuter avec Washington des moyens de ramener à l'équilibre les flux commerciaux entre les deux pays. Mais les Chinois refusent absolument de relier dans leur diplomatie "deux domaines aussi différents".
Il faut reconnaître que les diplomates chinois répètent à l'envi aux Occidentaux depuis plus de dix ans qu'ils n'ont aucune influence sur la Corée du Nord ; que Pyongyang n'a jamais considéré Pékin comme un grand frère ; que les Nord-Coréens exigent de parler d'égal à égal avec les Américains, sinon rien…
 
Quand, sur le dossier nord-coréen, les Chinois rejettent la faute sur l'Amérique et ses alliés, ils ont en tête ses politiques néoconservatrices passées de changements de régime par la force. Pour Pékin, le renversement de Kadhafi - qui avait pourtant renoncé à son programme nucléaire et dénoncé aux services secrets anglo-saxons les trafiquants pakistanais d'équipements proliférant - a renforcé le dictateur Kim Jong-un dans sa conviction qu'on ne pouvait pas faire confiance aux Occidentaux et qu'il fallait toujours leur opposer un rapport de force.
Les Américains ne peuvent envisager désormais de frappe préventive contre la Corée du Nord, sauf à mettre en péril la vie de centaines de milliers de civils en Corée du Sud et au Japon. Diplomatiquement, ils ne peuvent rien espérer de la Russie, à laquelle ils appliquent des sanctions sur un autre sujet. Ils ne peuvent plus rien imposer politiquement à la Chine, qui leur grignote tous les jours leur ancienne hégémonie navale sur le Pacifique. Chez lui, le président Xi Jinping est présenté comme le grand bâtisseur d'une "Muraille de Chine maritime" - dont les fortins sont ces récifs de la mer de Chine méridionale que Pékin a militarisés en violation du droit international.
Une superpuissance qui décline, une autre qui émerge, un potentat local qui dérape : voilà quand même un dangereux cocktail géopolitique qui nous rappelle quelque chose…

Paru dans Le Figaro, 1er août 2017
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Adossée à des fondamentaux politiques avérés. Magistro, une tribune critique de bon sens, raisonnée et libre, d'information civique et politique.

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