Magistro Beta

Switch to desktop Register Login

La fausse monnaie a remplacé l’homme comme pivot de l’économie
 
Du silex taillé à l’intelligence artificielle, l’homme a toujours tenté d’accroître l’efficacité de son énergie. Il l’a d’abord fait par l’outil qui affine son énergie en la rendant plus précise, puis par la machine qui utilise une énergie externe pour remplacer l’énergie humaine.
La première machine a été la roue qui, encore outil dans la brouette ou la charrette à bras, était déjà machine dans le chariot à traction animale. L’intérêt indiscutable de la machine est de libérer l’homme pour qu’il puisse utiliser autrement et mieux sa propre énergie, ce qui fut fait partout dans le monde pendant des siècles, voire des millénaires.
Les premières machines utilisant une énergie ne nécessitant pas de repos furent le voilier sur mer et le moulin sur terre, qu’il soit à eau ou à vent. Ces machines étaient toutes construites par l’homme avec ses outils, et un équilibre s’est naturellement installé entre le travail nécessaire et les besoins existants, le travail freinant les besoins, les besoins stimulant le travail.
 
Depuis que la monnaie a remplacé le donner-recevoir-rendre que l’on connait encore dans la famille et qui n’a rien à voir avec le troc, la chaîne travail-production-vente a toujours été harmonisée par la chaîne travail-monnaie-achat, toutes deux plaçant l’homme, son travail et ses désirs au centre du dispositif économique.

Les arrivées successives de la machine à vapeur, du moteur à explosion et du moteur électrique voire électronique, ont augmenté l’efficacité des machines mais le malheur a voulu que dans le même temps, on nous fasse oublier l’origine humaine de l’énergie monétaire.
La société a très curieusement confié aux entreprises la gestion des deux engrenages qui pour ne pas se bloquer tournent forcément en sens inverses. Les chaînes complémentaires travail-production-vente et travail-monnaie-achat ne peuvent s’harmoniser que dans un système global cohérent que ne peuvent maîtriser isolément les entreprises et qui relève du monde politique et de l’intérêt général. Les entreprises ont cédé petit à petit pour survivre dans un monde de concurrence à la facilité de remplacer l’énergie humaine par l’énergie monétaire qui n’en est que le substitut. Elles ont fait évoluer la chaîne travail-production-vente qui démarre par l’homme, vers la chaîne machine-production-vente qui part d’une machine achetée. Cela n’a pas posé de problème au début, tant que l’argent n’était pas déconnecté de l’homme.
Malheureusement cette déconnexion s’est faite par à-coups au XXe siècle. Les entreprises ont aussi affaibli la chaîne travail-monnaie-achat en conflit d’intérêt avec leurs actionnaires qui tenaient à vendre le produit des machines dans un monde devenu compétitif car chacun se voulait riche en produisant beaucoup. Pour survivre les entreprises ont initié une immigration peu coûteuse et laissé à la collectivité le soin qui leur avait pourtant été aussi confié, de gérer la chaîne travail-monnaie-achat, de fournir la monnaie nécessaire aux achats sans lesquels il n’y a pas de ventes et donc pas de PIB.
 
Le XXe siècle a été, par le biais du capitalisme, le siècle des triomphes de l’apparence et de la double démesure. Apparence de la mort du travail et de la spiritualité, démesure de la fabrication d’objets par les machines et démesure de la fabrication de fausse monnaie par les banques qui ne s’en expliquent que par l’excuse affligeante qu’elles détruisent cette fausse monnaie dès qu’on la leur a rendue avec intérêts.
Les machines produisent et les banques fabriquent la monnaie qui va donner l’illusion que ces productions sont des richesses.
Nous ne vivons plus le double circuit naturellement équilibré, et se nourrissant mutuellement l’un l’autre, du travail-production-vente et du travail-monnaie-achat où l’homme et son travail étaient les pivots de l’économie. Nous devenons simples spectateurs du double circuit incohérent qui fabrique péniblement du PIB, le circuit machine-production-vente et le circuit banques-monnaie-achat. L’homme n’est plus bon qu’à consommer et à s’appauvrir pour rembourser les emprunts. Il doit en outre apprendre à bien voter pour confirmer sa complicité avec l’incohérence proposée et son approbation à l’enrichissement du clergé du système. On s’étonne de son hésitation et de la montée de l’abstention !
 
Tournent à plein dans les banques, les machines à créer la dette et tournent à plein dans les médias et dans les universités, les machines à formater les individus en leur faisant croire que les richesses futures rembourseront tout. La seule différence est que les médias le font sans gêne alors que les universités le font un peu gênées.
On a vu au XXe siècle la fausse monnaie fabriquée par les banques, remplacer la monnaie saine stockant réellement de l’énergie humaine et construire un nombre incalculable de machines pour produire tout et n’importe quoi. Le travail de l’homme n’était, parait-il, plus indispensable, ce qui a ravi les démagogues qui ont simplement oublié de se demander avec quoi les hommes, fussent-ils étrangers, allaient acheter ce que les machines produisaient. On n’avait plus besoin de travailleurs mais il fallait des consommateurs pour acheter car les banques tenaient à être remboursées pour pouvoir détruire la fausse monnaie qu’elles avaient créée pour fabriquer les machines.
 
Les inepties inventées pour faire croire à la génération spontanée d’argent pour pouvoir le dépenser à faire du PIB, montrent la fertilité de l’esprit humain.
On a investi les esprits en faisant croire qu’un investissement qui est une dépense, permettait de créer des richesses futures, sans appauvrir personne. Les banques ont voulu dépasser Aristote qui avait "vainement cherché sur une pièce de monnaie ses organes reproducteurs". Elles affirment les avoir trouvés en donnant au verbe investir le sens de planter de l’argent et attendre la récolte.
On a appelé Production Intérieure Brute (PIB) la somme de toutes nos dépenses annuelles publiques (57%) et privées (43%), dépenses confondues de consommation et d’investissement en laissant aux médias et aux universités le soin de nous faire croire que la dépense était une création de richesse à nous partager. Bienheureux d’ailleurs qui nous dira si les dépenses faites par des associations subventionnées sont une dépense publique ou privée. L’important est de dépenser et de faire du PIB.
On a inventé à grand frais la publicité pour faire croire que tout ce que les machines produisaient en continu étaient des richesses et qu’il est intelligent de le reconnaître en s’appauvrissant pour les acheter.
On a inventé le chômage rémunéré puisque les machines n’étaient plus là pour libérer l’homme et lui permettre d’être utile autrement, mais pour le remplacer. On déshabille Pierre pour habiller Paul mais il y a de moins en moins de Pierre à déshabiller et de plus en plus de Paul que l’on habille de guenilles au lieu de reconnaître leur utilité tels qu’ils sont.
On a inventé les marchés à conquérir sur toute la Terre sans jamais se préoccuper de la réalité et de l’origine de l’argent que posséderaient ces nouveaux acheteurs tout en prétendant faire de la macro-économie.
On a inventé les produits qui n’existent pas encore, les métiers qui n’existent pas encore, les solutions qui n’existent pas encore… mais qui vont bien sûr tout résoudre dans une nouvelle harmonie sans doute apportée par les cigognes ou trouvée dans les choux.
On a donné un nouveau sens à la compétition qui n’était qu’une pétition commune, pour devenir le désir de la mort de l’autre avant la sienne en oubliant la coopération et le vrai vivre ensemble.
On a changé le sens du mot inflation qui était l’enflure de la création de la fausse monnaie pour devenir la hausse des prix qui ne vient que de la nullité énergétique de la fausse monnaie qui abaisse la capacité énergétique de la vraie monnaie avec laquelle on la confond.
On a inventé les subventions, le RSA, le revenu universel voire la monnaie hélicoptère pour donner à tous de la fausse monnaie pour pouvoir acheter beaucoup trop cher les fabrications en continu des machines. Tout ça sous prétexte d’une prétendue redistribution d’une manne inexistante que les banques anticipent par leur distribution de fausse monnaie.
On a créé les partis politiques qui sous couvert de démocratie "font de la politique", c’est-à-dire qu’ayant compris qu’il fallait choisir entre plaire et conduire, ils ont choisi de plaire et ont renoncé à comprendre et à réagir car cela contrarierait leurs électeurs.
 
Mais le pompon nous arrive maintenant avec la fuite en avant, éternelle solution si souvent utilisée par toutes les idéologies.
L’Union européenne ne marche pas, c’est parce qu’il faut plus d’union.
Le socialisme ne marche pas, c’est parce qu’il faut plus de socialisme.
Le libéralisme ne marche pas, c’est parce qu’il faut plus de libéralisme.
Le capitalisme ne marche pas, c’est parce qu’il faut plus de capitalisme.
Le mondialisme ne marche pas, c’est parce qu’il faut plus de mondialisme.
Et donc si les machines et la fausse monnaie des banques ne résolvent rien c’est qu’il faut plus de machines et plus de fausse monnaie.
 
Comme l’argent ne coûte prétendument plus rien (ce qui au passage va faire exploser les banques et les assurances) et comme les machines produisent grâce à des "investissements" qui seront récupérés sur les "richesses futures", nous avons décidé en gaspillant les ressources de l’ensemble de la Terre, que nous construirions une chose bien plus réussie que l’homme, cet animal qui se construit presque tout seul en 9 mois par un simple moment de plaisir, qui est alimenté par n’importe quoi, qui s’auto-répare pour la majorité des incidents et qui s’auto-régule en tout tant qu’il fonctionne correctement et ce, pendant des décennies. Nous construirons des robots qui meurent sans faire d’histoire et nous allons marier l’homme et le robot grâce à l’intelligence artificielle et au transhumanisme pour que la mort soit vaincue. Tout est possible puisque les machines et la fausse monnaie des banques vont s’occuper de tout ! L’homme n’aura qu’à s’appauvrir pour payer tout ça !
 
Et si nous retrouvions la cohérence, de la famille, de la tribu, de l’oïkos grecque, de la domus latine, de ces villages gaulois qu’Emmanuel Macron est si triste de trouver très heureusement réfractaires à sa fuite en avant ?
Et si nous nous interrogions enfin sur l’utilisation intelligente de nos compatriotes à partir de ce qu’ils savent déjà faire et non à partir de ce qu’ils devraient savoir pour faire tourner un système impossible que rigoureusement personne ne défend globalement ?
Et si nous envisagions de confier la chaîne travail-argent-achat à une économie mixte qui ne soit ni purement l’État comme dans le communisme, ni purement le privé comme dans le capitalisme ? Une économie qui stimule la liberté d’entreprendre tout en veillant à ce que la coopération domine toujours la compétition.
Et si nous nous nous rebellions contre le formatage des esprits qui coûte si cher en argent et en temps dans les médias, dans les universités et dans les campagnes électorales ?
Et si la prochaine révolution était enfin celle des esprits ? Elle pourrait germer dans les universités, dans les médias ou même dans les partis politiques puisque Pandore nous a appris en ouvrant sa boite que l’espérance ne s’éteignait jamais.

Envoyé par l'auteur, paru sur www.surlasociete.com, 1er octobre 2018
Publié dans A tout un chacun
Écrit par
En savoir plus... 0
Comment gérer la dépendance ?
 
L’ouverture d’une concertation sur la "réforme de la dépendance" pour préparer une "loi sur l’autonomie" est une démarche certainement pleine d’intentions louables. Malheureusement, le dicton est souvent vrai qui dit l’enfer pavé de bonnes intentions.
Depuis de nombreuses années, des voix s’élèvent pour réclamer une assurance dépendance, comme s’il était évident que ce problème requière la mise en place de nouvelles structures : une nouvelle branche de la sécurité sociale, ou des assurances privées dont les primes seraient en partie prises en charge par l’Etat ou la sécurité sociale. Partant de telles prémisses, il est probable que l’on débouchera sur une gabegie analogue à celle qui caractérise la superposition de l’assurance maladie publique et de complémentaires-santé privées. Comment éviter la mise en place d’une nouvelle usine à gaz ? En réfléchissant un peu !
 
La dépendance est à cheval sur la retraite et l’assurance maladie
On peut devenir dépendant très jeune, et même naître dépendant, mais le vocabulaire employé est alors plutôt celui de l’invalidité. Jetons donc un coup d’œil sur ce que dit de l’assurance invalidité le classique Droit de la sécurité sociale publié par Dalloz. Dupeyroux, Borgetto et Lafore écrivaient dans l’édition 2011 : "De nombreux systèmes d’assurances sociales ont assimilé l’invalidité à une sorte de vieillesse anticipée, regroupant les deux risques dans la même branche de la sécurité sociale. Mais la conception française la considère plutôt comme une maladie prolongée."
Le texte de ces éminents juristes révèle un point sensible : il existe des risques qui sont à cheval sur les domaines couverts par les deux grandes "branches" que sont la vieillesse et la maladie (ou la santé). La dépendance des personnes âgées fait typiquement partie de ces risques "à cheval" sur ces deux grandes branches. Les deux sont impliquées. L’important est donc de savoir qui doit faire quoi.
 
La dépendance des personnes âgées doit être financée par la branche vieillesse et traitée par la branche maladie
S’agissant ici de personnes du "quatrième âge", leur entretien et les soins qu’exige leur état relèvent clairement de la prise en charge des "anciens", c’est-à-dire d’un organisme (unique, si le Haut-commissariat dirigé par JP Delevoye va au bout de sa mission) en charge des retraites par répartition. Certains retraités restent autonomes jusqu’à leur heure dernière, tandis que d’autres ont besoin d’une assistance pour une forte proportion des actes de la vie courante. Cela relève économiquement de la partie assurantielle d’un bon système de retraites : de même qu’un tel système gère l’aléa correspondant à la diversité des âges au décès, de même serait-il logique qu’il prenne en charge financièrement l’aléa relatif aux problèmes de santé et à la perte d’autonomie des retraités.
Les soins et autres services prodigués aux retraités sont financés par les actifs, qu’il s’agisse d’une thérapie pour un cancer, de l’accompagnement nécessité par la maladie d’Alzheimer ou du "care" que requiert une incapacité à faire soi-même des actes de la vie courante (se laver, manger, se déplacer, etc.). Il serait donc logique que leur financement vienne des cotisations vieillesse, charge à France retraites (nom commode pour désigner l’organisme qui remplacera nos trois douzaines de régimes) de transférer les sommes nécessaires à France santé (ou à "France maladie", si l’on préfère cette dénomination).
 
Nul besoin, donc, d’une assurance dépendance spécifique venant ajouter aux organismes sociaux une extension de l’inutile Caisse nationale de solidarité pour l’autonomie (CNSA). La cotisation vieillesse doit logiquement financer les dépenses liées aux problèmes de santé et de dépendance des retraités. Le recul de l’âge moyen de départ en retraite devra naturellement être mis à contribution : le quatrième âge, celui de la dépendance, ne peut être convenablement traité sans écraser les actifs sous les cotisations sociales ou les impôts que si la sécu cesse d’offrir de trop longues vacances à des sexagénaires parfaitement capables de travailler.
 
Concrètement, la branche santé devrait organiser et mettre en œuvre les services de "care" destinés aux personnes dépendantes, comme elle organise et met en œuvre les soins aux malades et accidentés de tous âges. Simplement, le financement de ces services doit provenir du bon endroit : de la branche famille quand il s’agit de PMA, de surveillance de la grossesse, d’accouchement, et de soins aux mineurs ; de la branche vieillesse quand les bénéficiaires sont des retraités.
Autrement dit, mettons de l’ordre dans nos organismes de protection sociale et dans le financement de leurs activités, réorganisons-les selon une vraie logique économique, et les problèmes seront autrement faciles à résoudre que si nous continuons à entasser les institutions et à magouiller les financements sans réfléchir plus loin que le bout de notre nez.

Envoyé par l'auteur, 1er octobre 2018
Publié dans En France
Écrit par
En savoir plus... 0
La sécurité, première exigence des peuples
 
En votant à 46 % pour le député populiste, ancien officier de l'armée de terre, Jair Bolsonaro, le 7 octobre 2018, au premier tour de l'élection présidentielle, et en ne donnant que 29 % des voix à l'universitaire du Parti des travailleurs Fernando Haddad, la population brésilienne a-t-elle émis un vœu de retour à la dictature militaire, telle qu'on l'a connue de 1964 à 1985 ? Le plus grand pays d'Amérique latine aurait-il soudain tourné fasciste, comme le laissent entendre certains commentateurs ? Bien sûr que non.
La preuve en est qu'aux élections législatives - qui avaient lieu en même temps - le Parti social libéral (PSL) de Bolsonaro n'a conquis que 52 sièges sur 513, un nombre légèrement inférieur à celui du Parti des travailleurs (gauche modérée, dont le chef historique, le syndicaliste Lula, président de 2003 à 2011, a été jeté en prison pour une obscure affaire de corruption). Au demeurant, le Brésil est un pays fédéral, qui connaît de très solides contre-pouvoirs et ce n'est pas demain qu'il se transformera en dictature mussolinienne.
Mais il est évident que la population brésilienne a voulu, dans ce scrutin présidentiel particulier, envoyer un message très clair aux élites politiques : ras le bol de l'insécurité !
À Rio de Janeiro, il y a des quartiers entiers où la police n'ose plus entrer, même de jour. Dans les favelas, les gangs de la drogue se font la guerre dans les rues.
À Sao Paulo, la capitale économique, les automobilistes ont peur de s'arrêter aux feux rouges, craignant un car-jacking par des groupes de jeunes en capuches.
En 2016, le Brésil a recensé près de 62 000 homicides, soit sept homicides par heure en moyenne. Le taux de meurtres pour 100 000 habitants est de 25,5 au Brésil. C'est le plus haut du monde. Il est cinq fois supérieur à celui des États-Unis, vingt-deux fois supérieur à celui du Portugal, soixante-quinze fois supérieur à celui du Japon.
 
Les idéologues de droite, obsédés par leur culte de la liberté, et les idéologues de gauche, obsédés par leur culte de l'égalité, oublient trop souvent que ce que les citoyens demandent en premier à l'État, c'est de leur assurer la sécurité. Pour leur personne, pour leur famille, pour leurs biens. L'État ne se définit-il pas en effet comme l'institution disposant du monopole de la contrainte légitime ? Quand un État n'est plus capable d'assurer la sécurité à ses citoyens, il ne mérite même plus le nom d'État. Sans sécurité, les valeurs républicaines de liberté et d'égalité ne signifient plus rien, car privées de terrain d'application.
 
Lorsque, en 2003, les Américains ont envahi l'Irak pour y renverser la dictature politique de Saddam Hussein, ils se sont félicités d'y introduire la démocratie. De fait, en janvier 2005, eut lieu l'élection d'une Assemblée nationale constituante, où chaque Irakien a pu voter comme il l'entendait. Mais comme ils n'ont pas été capables, parallèlement, de maintenir la sécurité dans les rues, les Américains ont vite été détestés par la grande majorité de la population. Une mère de famille n'a que faire de son nouveau droit de vote si elle a peur d'envoyer ses enfants à l'école. Les Occidentaux néoconservateurs ont mis longtemps à comprendre que, pour les peuples d'Orient, il y avait pire que la dictature politique : l'anarchie. Et pire que l'anarchie : la guerre civile.
 
Aux Philippines, Rodrigo Duterte, le président populiste élu à l'été 2016, mène, avec des méthodes expéditives, une guerre sans merci aux trafiquants de drogue et aux toxicomanes (qui a déjà fait plus de 4 000 morts). Il dit vouloir éviter que l'archipel ne devienne un narco-État. Les fréquentes bavures de sa police n'ont pas rendu le président impopulaire. Il récolte des taux de popularité supérieurs à 75 %. La vérité est que la population, lasse de la criminalité engendrée par la drogue, est prête à payer le prix fort pour l'extirper du pays.
 
Depuis peu, les électorats d'Europe occidentale sont, eux aussi, tentés par différents votes populistes. La faute en revient aux gouvernements qui ont dirigé le continent depuis la fin des années 1960 qu'ils fussent inspirés par le libéralisme économique ou par la social-démocratie. Naïfs quant à la nature humaine, ils ont laissé se développer des quartiers où la loi de la jungle est venue supplanter les lois républicaines. Quand la population des quartiers populaires leur a demandé une réponse à poigne, ils ont fait preuve de pusillanimité, par peur d'être traités de "fascisants" par la bien-pensance bourgeoise (protégée, elle, par son argent). Ils n'ont pas compris que, pour tuer les tentations autoritaires, les démocraties devaient à tout prix assurer à leurs administrés le premier des droits de l'homme, qui est la sécurité.

Paru dans Le Figaro, 9 octobre 2018
Publié dans De par le monde
Écrit par
En savoir plus... 0
Retraites : va-t-on encore rater la réforme ?
 
Les informations relatives à la réforme des retraites parues dans Les Echos de ce lundi 8 octobre ne sont guère rassurantes. On savait déjà que le choix avait été fait de conserver un système de Ponzi, c’est-à-dire d’attribuer les points de retraite au prorata des cotisations vieillesse, qui ne servent absolument pas à préparer les pensions futures. Mais à cette erreur majeure il semblerait que vont s’ajouter diverses sottises, en particulier le maintien d’un âge minimal de liquidation de la pension, et la fixation par le législateur de l’âge pivot.
 
Neutralité actuarielle et âge pivot
Dans un système par points respectant le principe de neutralité actuarielle (principe fondamental pour disposer d’un système équitable et efficace), le calcul de la rente s’effectue en deux temps : on calcule d’abord le montant mensuel de la pension qui serait due si l’assuré social liquidait ses droits à l’âge pivot, puis on multiplie ce montant par un coefficient actuariel dépendant de l’âge de liquidation effectif. Si l’âge pivot est 65 ans, un départ à 60 ans s’accompagnera d’un coefficient nettement inférieur à l’unité, par exemple 0,75, et un départ à 70 ans donnera un coefficient bien supérieur à l’unité, par exemple 1,25. Il s’agit de laisser chacun libre et responsable de sa décision, sans risque ni possibilité d’être lésé ou avantagé : à chacun de voir s’il veut percevoir plus longtemps une pension mensuelle plus modeste, ou moins longtemps une pension plus conséquente.
 
L’âge minimal à la liquidation, stupidité bureaucratique
Dans un tel système, un âge minimal à la liquidation ne sert à rien pour l’équilibre financier du régime. Il manifeste simplement la tendance du législateur à multiplier les règles destinées à protéger les citoyens contre eux-mêmes. Liquider à 50 ans, avec une pension de misère, quelle horreur, il ne faut pas que ce soit possible, estiment les dirigistes, oubliant la diversité des situations.
Quid de la personne qui vient d’hériter de son oncle d’Amérique ou de gagner le gros lot à la Française des jeux ?
Quid de celle qui veut continuer à travailler, mais à temps partiel, et qui de ce fait acquerra encore des points, que cette fois elle liquidera à 70 ans ?
Quid de celle dont le conjoint est bien parti pour disposer d’une très confortable pension, et qui veut se rendre totalement ou partiellement libre pour s’occuper de ses vieux parents au lieu de les envoyer en maison de retraite ?
N’oublions pas qu’un grand avantage des retraites par points est de rendre possible les liquidations partielles et le cumul emploi/retraite avec totale liberté de choix pour les intéressés
(1).
S’il s’agit d’éviter que des citoyens, après avoir liquidé trop tôt une pension modeste, viennent ensuite quémander des secours publics, un entretien personnalisé suffit pour détecter le problème et déjouer ce comportement de pique-assiette. Les militaires ont heureusement compris, dans certains pays, que l’usage de munitions intelligentes était préférable à celui du tapis de bombes tuant les civils comme les soldats ennemis. Que nos réformateurs civils en prennent donc de la graine !
 
La confusion de la loi et de la gestion
La fixation de l’âge pivot doit-elle relever de la loi, ou constitue-t-elle une décision de simple gestion, dont la responsabilité revient à la direction générale du système unifié de retraites par répartition ? La réponse à cette question devrait être : au législateur de définir quels sont les paramètres utilisables pour la gestion du système, et de poser une règle d’équilibre financier à moyen terme du dit système ; à la direction de manœuvrer ces paramètres pour que le système fonctionne correctement, et notamment soit en équilibre.
Les dirigeants de notre pays ont hélas pris l’habitude, sous prétexte de démocratie, de faire prendre par le Parlement des décisions qui relèvent soit du Gouvernement, soit de la direction de tel ou tel organisme public. Cela déresponsabilise les agents de direction, réduits à un rôle d’exécutants ; et cela revient à confier des prises de décisions techniques à des instances dépourvues des compétences professionnelles ad hoc.
 
Comme dit le proverbe, quand on demande à n’importe qui de faire n’importe quoi, il s’en tire n’importe comment : c’est exactement ce qui se passe depuis des années en matière de retraites par répartition, à cause de la manie qu’ont nos gouvernants, de quelque bord politique qu’ils soient, de faire voter par le Parlement des dispositions de simple gestion. Imagine-t-on un grand distributeur, disons Carrefour ou Auchan, qui devrait faire approuver par l’Assemblée générale ou le Conseil d’administration le prix de vente des bananes et celui des barils de lessive ? Voilà, en forçant un peu le trait, où nous en sommes pour la prise de décision publique.
 
Cessons donc de confondre la stratégie et la tactique, l’exercice du pouvoir politique et la prise de décision techniques. La technocratie, c’est-à-dire le pouvoir des techniciens, est une excellente chose s’il s’agit de conférer aux ingénieurs le droit de prendre les décisions qui relèvent véritablement de leur compétence. Mais elle est la pire des choses quand elle consiste, soit à laisser aux techniciens des pouvoirs qui reviennent de droit aux élus, soit à confier au personnel politique le maniement de manettes que les techniciens manœuvreraient de façon beaucoup plus professionnelle.
(1) Voir notre ouvrage La retraite en liberté, Le Cherche midi, 2017.

Envoyé par l'auteur, 8 octobre 2018
Publié dans Du côté des élites
Écrit par
En savoir plus... 0
Ne ratons pas le coche russe !
 
Charles de Gaulle appelait de ses vœux une Europe "de l’Atlantique à l’Oural". Autrement dit, l’ancrage à l’Europe de la partie occidentale de la Russie. Il nous faut encore plus d’ambition : jusqu’à Vladivostok et au détroit de Béring ! Il est en effet probable que la Sibérie devienne pour les bébés qui naissent aujourd’hui ce que le Far West fut pour les nourrissons des pionniers européens du XIXème siècle qui traversaient l’Atlantique.
Trois raisons à cela : l’immensité de cette contrée, les ressources de son sous-sol, et l’éventualité d’un changement climatique qui la rendrait, à terme, beaucoup plus accueillante. Avant d’aller coloniser des exoplanètes, l’humanité se répandra sur les étendues terrestres actuellement sous-peuplées, dont la Sibérie est la plus importante.
L’attitude occidentale vis-à-vis de Poutine est ahurissante : nos dirigeants le poussent dans les bras des autocrates chinois, à tel point que Le Figaro du 15 septembre pouvait titrer sans craindre d’être ridicule "l’axe sino-russe" à propos de manœuvres en Sibérie où la Chine avait détaché un (modeste) contingent. Se rend-on compte, à Bruxelles et dans les différentes capitales européennes, de ce que sera le monde que nous préparons à nos petits-enfants si la prodigieuse machine économique et politique du seul communisme qui ait réussi s’empare de ce qui sera vraisemblablement la grande nouvelle ressource de la seconde moitié du XXIème siècle ?
Les bécassons bruxellois, vexés comme des poux par le Brexit, sont incapables de faire ce qu’il faut pour que le Royaume-Uni reste un pilier de la réalité européenne même s’il n’est plus membre de la machine bureaucratique qui a phagocyté l’alliance des nations européennes. Il n’est donc pas étonnant que ces hommes occupés à édicter des normes sur la taille des cages à poule, l’affinage des fromages et les déficits budgétaires ne conçoivent pas la stratégie d’association avec l’immense Russie qui serait vitale pour notre civilisation.
 
Si les formations politiques nationales ne sont pas complètement sclérosées, elles devraient mettre l’enjeu russe et sibérien au cœur des prochaines élections européennes. Ramener la Russie dans le concert européen, lui offrir la place de premier violon, et donner ainsi à l’Europe la possibilité de jouer le rôle mondial qui est sa vocation, cela changerait la donne.
 
Cette élection est importante car elle pourrait être l’occasion de mettre en selle un stratège. Nous n’en avons pas, ni à Bruxelles, ni à Paris, ni à Berlin. Macron et Merkel sont des tacticiens assez habiles, mais cette qualité ne suffit pas pour être membre d’une équipe d’obstétriciens politiques capable d’aider efficacement le monde d’aujourd’hui à donner le jour au monde de demain dans des conditions satisfaisantes pour l’Europe. Trouvons un stratège, ou l’Europe vieillissante ne sera plus, selon la formule gaullienne, qu’une grande lumière qui s’éteint.

Envoyé par l'auteur, septembre 2018
Publié dans Avec l'Europe
Écrit par
En savoir plus... 0
Le naufrage annoncé du macronisme
 
Recherche ministre de l’Intérieur, désespérément : Emmanuel Macron, qui a confié cette nuit le poste de premier flic de France à son premier ministre, Edouard Philippe, laisse voir le vide qui est derrière la clinquante Macronie. Ce monde clos se révèle, en effet, incapable de fournir sur le champ un successeur à Gérard Collomb qui a jeté l’éponge. Il est loin le temps où Macron, tout juste élu, se permettait en juillet 2017 de rabrouer le Chef d’état-major des Armées en lui rappelant : "Je suis votre chef". Cet autoritarisme déplacé, que le général Pierre de Villiers avait récusé en démissionnant de ses fonctions, a montré depuis ses limites annoncées. Non seulement Jupiter ne maîtrise rien des humeurs de son gouvernement, mais il se fait humilier par celui, Collomb, qui avait été son premier soutien. En confirmant, hier dans Le Figaro, son intention de démissionner en dépit du refus présidentiel, le ministre de l’Intérieur a fait acte de rébellion. Ceux qui ne veulent voir dans sa décision spectaculaire qu’un désarroi affectif passent à côté du SOS politique envoyé par celui qui veut désormais se réfugier dans sa mairie de Lyon. Ce que fuit Collomb, après Nicolas Hulot et le général de Villiers, est une pratique du pouvoir personnalisée à l’extrême et inefficace. Elle a fait le vide autour d’un président nombriliste habité par son propre destin. Inutile de préciser, pour les habitués de ce blog, que le naufrage du macronisme n’a rien d’étonnant. La mascarade habite le pouvoir depuis le début. La marée qui se retire dévoile des nageurs sans maillots et sans bouées.
Collomb a eu le mérite d’indiquer le nord, dans un gouvernement guidé par l’air du temps. Le ministre de l’Intérieur a fait connaitre ses critiques sur la généralisation du 80km/heure sur les départementales, le fardeau fiscal excessif supporté par les retraités, la pratique hautaine du pouvoir, les risques découlant du fait du prince (affaire Benalla), le politiquement correct. Pour autant, l’histoire ne le classera pas parmi les grands ministres de l’Intérieur. La raison en est simple : les sujets qu’il avait à traiter - l’immigration, la violence urbaine, le communautarisme, le terrorisme islamique, etc. – n’ont jamais été pensés comme des priorités par le chef de l’Etat. L’impasse de Macron sur les problèmes sociétaux, au profit de l’économie, explique peut-être pourquoi le ministère de l’Intérieur sera géré, en tout cas pour l’instant, par le premier ministre. Ce mercredi, dans une rapide cérémonie de passation de pouvoir avec Philippe, Collomb a insisté sur la situation "très dégradée" des quartiers difficiles. "On vit côte à côte, je crains que demain on ne vive face à face". En réalité, ce face à face hostile est une réalité depuis longtemps. "On n’est plus en République, j’en ai parlé à Collomb" s’est d’ailleurs émue ce week-end Martine Aubry, maire de Lille. En 2011, elle expliquait, parlant de sa ville : "35 % de Maghrébins, eh bien c’est génial. Moi je m’emmerde dans une ville où on est tous pareils". L’atterrissage des autruches s’annonce brutal.
Paru sur blog.lefigaro.fr/rioufol, 3 octobre 2018
Publié dans Du côté des élites
Écrit par
En savoir plus... 0
Anniversaire de la Constitution : le réveil du bon sens
 
Un enquête d’opinion Odoxa le Figaro révèle ce matin que seuls "44% des Français sont attachés à la Ve République", à l’occasion du soixantième anniversaire de cette dernière. Il est fascinant de constater à quel point l’opinion, dans son immense majorité comprend mieux les choses que les élites médiatiques et politiques.
Oui, les institutions politiques actuelles de la France contribuent au malaise général, ce que les personnalités dirigeantes ou influentes ne perçoivent pas, ou si mal.
Les institutions, dans leur fonctionnement quotidien, reposent sur une imposture. Elles ont l’apparence de l’autorité à travers la sublimation d’un chef. Pourtant, l’excès de la personnalisation du pouvoir qui touche à son paroxysme favorise l’inefficacité et le chaos. La réélection présidentielle s’impose comme la fin suprême, au détriment du bien commun. Dans ce système, le culte d’un personnage, devenu un but en soi, prend le pas sur l’intérêt général. La communication prend donc une place démesurée et écrase le sens de l’action authentique au service de la nation. L’obsession de l’image présidentielle, socle du régime, a pour effet d’affaiblir l’Etat et ses outils de gouvernement : Premier ministre, ministres, parlementaires, services publics, collectivités.
Oui les Français ont raison.
L’obsession de la course à l’Elysée transforme le monde politique en une maison de fous et accélère la chute de la France par rapport aux pays voisins. L’argument selon lequel le système actuel favorise la stabilité des gouvernements est mensonger : il permet certes une apparence de stabilité, liée à la déresponsabilisation des acteurs : pendant cinq ans, ils peuvent provoquer les pires catastrophes, par leurs gestes, leurs paroles, leurs choix ou plutôt, non-choix, à l’abri de toute sanction. Mais les conséquences de leurs errements, qui ne s’expriment pas immédiatement, se manifestent sous d’autres formes. La crise est larvée, profonde, se retrouve dans le découragement ou le dégoût des citoyens. La crise de confiance se substitue à la crise politique : or, elle est infiniment pire. Elle n’éclate pas d’un seul coup mais se traduit par une déliquescence de l’esprit public. Le gouvernement n’est pas renversé tous les six mois mais il tourne dans le vide, se démotive et se délite – d’où la vague de démissions –  tout en se coupant de la population.
 
Cependant, la plupart des commentateurs commentent une erreur essentielle. Ils confondent la Ve République du Général de Gaulle et le régime actuel qui n’a plus rien à voir. Il suffit de relire le texte de la Constitution du 4 octobre 1958 –  notamment ses articles 5, 20 et 21 – qui est d’une clarté absolue : un président arbitre et protecteur, impartial, au-dessus de la mêlée ; un gouvernement seul en charge de gouverner le pays ; un Parlement dont la mission est d’exercer la souveraineté nationale et de contrôler le gouvernement. Au fil du temps, la Ve République a été totalement dévoyée de ses objectifs. Elle finit par se réduire, de quinquennat en quinquennat, aux facéties médiatisées d’un acteur élyséen, et une bataille de postures, au détriment de l’intérêt général, du choix d’une politique cohérente et efficace axée sur le bien commun. Le quinquennat présidentiel, adopté en 2000, en a eu un impact désastreux en favorisant "l’omniprésidence".
 
L’opinion publique, à travers ce sondage, montre qu’elle sent bien l’essentiel. Reste à en convaincre les élites médiatiques et dirigeantes, ce qui est plus difficile tant les esprits sont intoxiqués. Et puis, une génération narcissique acceptera-t-elle de renoncer à son rêve de magnificence élyséenne ? Sans doute suffirait-il de peu de choses pour s’engager dans la voie d’un redressement. La question n’est pas de "transformer la Constitution" et encore moins de passer à une VIe République, mais simplement de l’appliquer ! Il est étrange qu’une Nation qui se veut républicaine et démocratique ait ainsi banalisé à un tel point le viol permanent de sa Constitution. Certes, le retour à un septennat, rendu non renouvelable, aurait pour avantage évident d’atténuer la démesure élyséenne qui corrompt la vie politique. Mais il n’est même pas certain qu’il soit indispensable. Une idée simple, ne nécessitant aucun changement juridique, serait de faire élire l’Assemblée nationale avant le président de la République. Dès lors nous aurions une majorité en charge de l’application d’un projet, un Gouvernement digne de ce nom, chargé de l’appliquer, et un président guide et protecteur, au-dessus de la mêlée, conformément à l’esprit initial de la Ve République. Le président Macron, en décidant la dissolution de l’Assemblée nationale avant la fin de son mandat, rendrait ainsi un fier service au pays.

Paru sur maximetandonnet.wordpress.com, 4 octobre 2018
Publié dans En France
Écrit par
En savoir plus... 0
Nom : Aznavour ; Prénom : Charles
 
Il était le plus grand, le plus vieux, le dernier. Il était l'ultime incarnation de cette génération d'immenses chanteurs français qui furent au XXe siècle, ce que les poètes étaient au XIXe siècle : Brel, Brassens, Ferrat, Ferré, Barbara, Gainsbourg, etc.
Après eux, viendra
la génération des yé-yé, avec Johnny comme patron et icône, qui ne rêvaient que d'être américains. Tout est une question de date de naissance : ceux-ci avaient vu le jour après la Seconde Guerre mondiale, alors que l'armée américaine s'imposait comme la principale force de l'Occident. Ceux-là étaient nés dans les années 1920, alors que l'armée française sortie des tranchées jouissait encore de son surnom de "meilleure armée du monde".
 
Cette cohorte venue de tous horizons n'avait qu'une seule patrie : la France. La France, et sa langue, surtout, qu'ils chérissaient comme la plus adorée des maîtresses. Aznavour écrivait d'abord ses textes, et attendait patiemment que son bijou trouvât chaussure musicale à son pied.
Cela pouvait durer longtemps. Peu importait, le texte était toujours premier, la musique seconde. La musique était internationale, jazz dans ses débuts, et puis piochée dans tous les continents, les paroles étaient françaises. Aznavour plongeait dans les dictionnaires et n'en sortait que lorsque son texte était parfaitement poli : un diamant. Il s'était imprégné de tous les poètes français, jusqu'à ce qu'il fît corps avec eux, qu'il ait transformé en langue Aznavour ce qui était naguère à Hugo, Verlaine, Rimbaud, Lamartine, etc. C'est ainsi qu'on devient un auteur français. C'est ainsi qu'on est reconnu mondialement, y compris aux Etats-Unis, comme le plus grand chanteur du XXe siècle.
 
Il chantait l'amour, mais aussi la rupture, l'amour éconduit, la souffrance, le temps qui passe, la jeunesse qui s'enfuit. Il célébrait aussi la Vierge Marie et le charme des petites églises.
Certaines de ses chansons firent scandale. On les trouvait trop crues, jusqu'à l'indécence. Il en serait de même aujourd'hui. Nos ligues de vertu féministes n'apprécieraient pas "Donne tes seize ans", comme les associations LGBT auraient fait interdire les sarcasmes de Brel ou Brassens sur ceux qu'on n'appelait pas encore les gays.
 
Parce que le prénom arménien choisi par sa mère était trop compliqué, l'infirmière de la maternité l'avait changé en Charles. "J'aimerais la rencontrer pour la remercier", disait-il. Il avait même coupé son nom d'origine Aznavourian. Le grand footballeur français des années 1950 avait fait de même, écourtant son patronyme polonais Kopaszewski en Kopa. L'assimilation avait des règles qu'aucun immigré ne refusait au nom d'une identité tyrannique et d'une individualité capricieuse.
A l'époque, les immigrés rejoignaient un pays et pas une diaspora. Ils adoptaient la culture, l'Histoire, les héros des Français de souche et ne leur imposaient pas, avec l'arrogance d'un colonisateur, leurs mœurs et coutumes étrangères. Aznavour le disait lui-même : "J'ai abandonné une grande partie de mon arménité pour être français… Il faut le faire. Ou alors il faut partir." Abandonner pour mieux conquérir. Se dépouiller pour mieux se parer. Se fondre pour mieux briller et accomplir un sublime destin français.

Paru dans Le Figaro Magazine, 5 octobre 2018
Publié dans A tout un chacun
Écrit par
En savoir plus... 0
Islam et nationalisme turcs en Allemagne
 
CHRONIQUE - S'il est normal et sain que les leaders allemand et turc se voient régulièrement, la récente visite de Recep Tayyip Erdogan en Allemagne a laissé un sentiment de malaise.
 
Pourquoi la visite du président turc en Allemagne, les 28 et 29 septembre 2018, nous a-t-elle laissé un diffus sentiment de malaise ?
Il n'y a rien d'anormal à ce que le chef tout-puissant de la première économie du Moyen-Orient se concerte avec la chancelière, qui préside aux destinées de la première économie d'Europe. Les deux pays entretiennent de très anciennes relations, dont l'apogée fut l'alliance secrète germano-ottomane du 2 août 1914, passée entre le gouvernement des Jeunes Turcs et celui du Kaiser Guillaume II.

Après sa rencontre le vendredi 28 septembre avec Recep Tayyip Erdogan, Frère musulman prêchant le néo-ottomanisme, Angela Merkel n'a pas caché les divergences de fond existant entre les deux pays - l'Allemagne est un État de droit démocratique, la Turquie ne l'est pas. Mais la chancelière a insisté, à raison, sur les rôles positifs que la Turquie pouvait jouer dans la stabilisation du Levant et dans la gestion des flux migratoires. Il est évident qu'aucune solution politique ne sera trouvée en Syrie sans la participation de la Turquie, qui fut le principal sanctuaire et pourvoyeur d'armes des rebelles, en grande majorité islamistes, qui combattirent le régime baasiste de 2012 à nos jours, et dont la défaite semble à présent irrémédiable. Il est également évident que l'Union européenne et la Turquie, liées par l'accord d'union douanière du 31 décembre 1995, ont tout intérêt à coordonner leurs efforts pour stabiliser ensemble l'est de la Méditerranée.
En Europe, nous ne goûtons ni les régimes ni les idéologies qui prévalent dans les quatre plus grandes puissances du Moyen-Orient, que sont la Turquie, l'Égypte, l'Iran et l'Arabie saoudite. Elles s'entendent mal entre elles mais elles ont toutes une importance historique, démographique, économique, géopolitique, qui justifie que l'Allemagne poursuive avec chacune d'entre elles une diplomatie propre. Bref, il est normal et sain que les leaders allemand et turc se voient régulièrement, ne serait-ce que pour lever les malentendus qui pourraient exister entre les administrations des deux pays.
 
En revanche, on a ressenti un malaise certain le lendemain, samedi 29 septembre, lorsque le président turc, dans un déploiement sécuritaire sans précédent, est allé inaugurer la nouvelle mosquée de Cologne. Cet immense bâtiment d'architecture contemporaine de béton et de verre, censé représenter l'épanouissement d'une fleur, a été construit en plein centre-ville par le Ditib, pour y abriter son siège. Cette organisation musulmane turque, qui contrôle plus de 900 lieux de culte en Allemagne, reçoit ses ordres directement de la Diyanet, l'office religieux du gouvernement d'Ankara. Le procureur fédéral d'Allemagne a lancé plusieurs enquêtes pour vérifier si la Turquie n'a pas utilisé le Ditib au cours des deux dernières années pour espionner des opposants à Erdogan réfugiés en Allemagne, qu'ils soient gülenistes (adeptes d'une secte musulmane, qui fut d'abord l'alliée, puis la concurrente et enfin l'ennemi du mouvement islamiste d'Erdogan), ou nationalistes kurdes. Des milliers de partisans du nouveau sultan, agitant le drapeau turc, rouge et blanc - étoile et croissant de lune de l'islam -, ont convergé vers la mosquée, aux cris de "Qui est la plus grande ? La Turquie !"
On peut trouver surprenants les rassemblements nationalistes d'immenses foules turques à Istanbulou à Ankara, qui viennent communier avec les provocations anti-occidentales de Recep Erdogan. Mais cela se passe en Turquie. En revanche, quand cette ferveur islamo-nationaliste s'exprime dans la ville natale du grand leader chrétien-démocrate Konrad Adenauer, on est pris de vertige.

On s'aperçoit que la jeunesse turque - dont la présence en Allemagne remonte aux années 1960 - a fait le chemin inverse de celui de la jeunesse allemande. Après la défaite de 1945, c'est le christianisme qui a su redonner sa dignité à une Allemagne qui avait été si profondément souillée par le nazisme. Ce sont les chrétiens-démocrates allemands, italiens, néerlandais et français qui ont bâti l'Europe de la paix, des échanges, de la prospérité. Mais avec la montée de l'individualisme consumériste à la fin des années 1960, les Allemands se sont progressivement déchristianisés et ont cessé de faire des enfants. Dans l'autre sens, une grande partie de la jeunesse turque d'Allemagne est passée du laïcisme hérité d'Atatürk à l'islamisme d'Erdogan, tout en adoptant le nationalisme propre aux deux. Bien qu'élevée dans les écoles allemandes, sa loyauté va à la Turquie avant d'aller à l'Allemagne. Elle n'a pas peur de faire des enfants.
Il y a un schisme qui se creuse entre la jeunesse allemande et la jeunesse immigrée d'origine musulmane. On n'a pas l'impression qu'Angela Merkel en ait vraiment pris la mesure.

Paru dans Le Figaro, 2 octobre 2018
Publié dans Avec l'Europe
Écrit par
En savoir plus... 0
Pollution et Art contemporain
 
A Bruges, à l’occasion de la Triennale 2018, le cabinet d’architectes New-Yorkais Studiokca a réalisé une baleine de 5 tonnes pour sensibiliser le public à une noble cause, celle de l’environnement : nos déchets plastiques sont en train d’asphyxier les mers. Jusque-là tout va bien mais le résultat, une baleine géante en plein quartier historique, tout près de la statue de Van Eyck, transforme Bruges en annexe de Disneyland, ou pire, en pseudo Marineland, alors que ces derniers sont dénoncés par les défenseurs des animaux. Fallait-il ériger, à cet endroit, une baleine constituée de déchets plastiques retrouvés dans les mers ? Autrement dit, pour dénoncer la pollution des mers, faut-il polluer visuellement le patrimoine qui n’y est strictement pour rien ?
Vous me direz, "c’est pour la bonne cause", mais remarquez que les mêmes procédés sont utilisés par l’AC : pratiquer ce qu’on dénonce… Et ceci devrait nous mettre la puce à l’oreille. L’écologie doit être cohérente ou elle n’est pas : on ne peut dénoncer une pollution par une autre… à moins d’être le faux-nez d’intérêts pas vraiment écologistes. Pour comprendre ce qui se cache derrière ce cétacé, il faut avoir en mémoire les révélations de Cash Investigation… le magazine de France 2 du 11 septembre dernier : "Plastique, la grande intox". Ce reportage a mis en lumière que de respectables associations mobilisant de généreux bénévoles, donnant temps et énergie, sont en fait financées… par les industriels du plastique et ceux qui utilisent cannettes et récipients en cette matière. Les journalistes ont remonté au siècle dernier et aux USA pour trouver l’origine de cette pratique. N’allez pas croire à un remord ou à une conversion sur le tard : ces lobbys industriels tentent ainsi de détourner l’attention du public de leurs activités lucratives et dévastatrices, afin de faire porter la responsabilité de la catastrophe écologique au seul consommateur.
Or notre baleine brugeoise, comme n’importe quel objet d’AC, est porteuse d’un discours… accusateur : les fautifs seraient les utilisateurs des "sacs, bouteilles d’eau, produits ménagers, gobelets"… Autrement dit, la pétrochimie ne fait que produire des objets vertueux qui peuvent même accéder à la dignité d’œuvre d’art, ils sont simplement mal utilisés par un public de sagouins. Les charmants jeunes gens qui composent Studioka, ce tandem d’artistes/architectes, sont-ils liés à un circuit semblable à ceux mis en lumière par France 2 ? En quelques clics les liens apparaissent. Leur projet Vortex -
cliquez - est réalisé au bénéfice de Green up Vermont une association écologiste 'mécènée' par - cliquer - entre autres, l’american Chimestry council, bref l’industrie chimique américaine !
 
Sinon, les affaires reprennent. Un rapport de la Cour des comptes, révélé par Le Canard enchaîné, impute à Jean-Paul Cluzel, patron du Grand Palais de janvier 2011 à janvier 2016, des notes de taxis excessives et la location d’une "limousine" pour plus de 410 000 euros en cinq ans. Il est vrai qu’Agnès Saal, mise en cause pour des faits similaires, vient d’être réintégrée haut fonctionnaire “à l’égalité, à la diversité et à la prévention des discriminations”, auprès du secrétaire général du ministère de la Culture.
Et pendant ce temps, faute de moyens, le patrimoine agonise comme la mythique Grande Chaumière menacée par une opération immobilière avec mise en vente aux enchères le 16 octobre prochain. Gauguin, Bourdelle, Léger, Foujita… Garouste ou Zao Wou-Ki y ont travaillé et on y vient encore du bout du monde. Vous pouvez signer la pétition - 
cliquez

Envoyé par l'auteur, paru sur www.sourgins.fr, 25 septembre 2018
Publié dans Du côté des élites
Écrit par
En savoir plus... 0

Adossée à des fondamentaux politiques avérés. Magistro, une tribune critique de bon sens, raisonnée et libre, d'information civique et politique.

Top Desktop version