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Pour Anne Hidalgo et ses lieutenants verts, la voiture, voilà l’ennemi !
 
Si l’on en croit Carl Schmitt, la politique consiste avant tout à désigner un ennemi. On connaît la célèbre formule de Gambetta : "Le cléricalisme, voilà l’ennemi." Pour Anne Hidalgo, et ses lieutenants verts, la bagnole, voilà l’ennemi !
La bagnole qui pollue, la bagnole qui embouteille, la bagnole qui obstrue. La bagnole qui devra se faire toute petite dans la rue de Rivoli, et dans l’avenue des Champs-Elysées elle-même. On ne pourra pas reprocher à la Mairie de Paris son inconstance. Après l’interdiction à la circulation des quais rive droite, tous les grands axes parisiens sont dans son collimateur.
Comme si nos édiles parisiens passaient leur temps - consciemment ou inconsciemment, peu importe - à régler des comptes historiques avec le passé de la capitale. Avec le baron Haussmann d’abord, qui a détruit les ruelles du Paris moyenâgeux pour ouvrir de grandes perspectives qui servirent d’abord à poser les canons qui mirent un terme à la tradition révolutionnaire de Paris. Avec Pompidou ensuite qui, après avoir ouvert les quais rive droite, avait même imaginé de faire traverser la ville par une autoroute, à la manière de Los Angeles.
Haussmann et Pompidou sont les deux symboles de tout ce que nos édiles écologistes haïssent : le second Empire et le gaullisme, l’Etat fort et la croissance économique, l’industrialisation et la promotion sociale de nouvelles élites parvenues.
La connotation sociologique de cette politique 'antivoitures' est en effet évidente. Ce ne sont pas les Parisiens qui en sont affectés, mais les banlieusards. Habitants de la petite et surtout de la grande couronne. Ces derniers subissent la double, voire la triple peine : ils n’ont plus les moyens de se loger à Paris ; ils ont été chassés de la banlieue de proximité par l’immigration qui occupe en masse les logements sociaux ; ils craignent, surtout les femmes, les transports en commun à cause de la violence des bandes venues de banlieue proche. Mais ils doivent travailler à Paris. Comment font-ils ?
La Mairie de Paris n’en a cure. Elle ne travaille pas pour eux ; ils ne votent pas dans la capitale. Deux catégories sont chères à son cœur : les bobos et les immigrés. Les premiers prennent souvent leur vélo, les seconds, le métro. Et les touristes ont le taxi ou le bus. C’est le reflet des nouvelles conditions économiques nées de la mondialisation : Paris est désormais riche de ses liens avec le vaste monde, plus que de ses relations avec le reste du territoire national. Les édiles parisiens se moquent donc de leur ancrage national, et ont les yeux de Chimène pour leur ouverture mondiale. La logique du grand Paris est là, implacable : ils tueront la voiture au profit de l’avion et du vélo.
Paru dans Le Figaro Magazine, 13 janvier 2017
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Donald Trump : une élection très controversée
 
La campagne contre le président élu ne faiblit pas. Après le comptage des voix et la légitimité du Collège électoral, c’est la Russie qui est mise en cause à double titre : piratage de l’élection et chantage possible (Donald Trump se serait livré à des "parties fines" lors de ses voyages en Russie ce qui permettrait de le faire chanter si nécessaire, selon le rapport de la CIA du 6 janvier).
Cette polémique est inhabituelle dans les annales américaines. Certes, le vote populaire donnait Hillary Clinton gagnante. Mais, une situation similaire s’est présentée en 2000. Le vote populaire était favorable à Al Gore mais c’est son opposant, George W. Bush, que la Cour suprême a choisi, sans que ne cela donne lieu à contestation. Les causes de cette campagne sont donc plus profondes qu’il n’y paraît. Elles tiennent à la politique étrangère américaine. 
 
Donald Trump est un électron libre, narcissique et machiste qui n’inspire guère la sympathie. Mais ce n’est pas de sentiment dont il est question ici mais de politique, celle des monstres froids que sont les états-nations. La chute de l’Union soviétique a donné lieu à la création d’un parti hégémonique aux Etats-Unis. Ses fondations sont la doctrine de Paul Wolfovitz et le Projet pour le nouveau siècle américain. La doctrine se résume ainsi : "Notre objectif est de prévenir la réémergence d’un nouveau rival qui pose une menace semblable à celle que posait l’Union soviétique… En conséquence, nous devons nous assurer qu’aucun pouvoir hostile ne domine une région dont les ressources lui permettrait de devenir une puissance mondiale". Le Projet en tire les conséquences pratiques. En tant que première puissance mondiale, les Etats-Unis doivent façonner le monde à leur image pour préserver leurs intérêts. Pour ce faire, ils doivent étendre un ordre international propice à leur sécurité et leur prospérité. Pour atteindre cet objectif, il convient d’accroître le budget de la défense. Le message est clair : il est dans la destinée des Etats-Unis de conduire le monde. Cette politique sera mise en pratique.
 
Les résultats ne sont pas à la hauteur des attentes. Cette politique a un coût financier mais plus encore humain insoutenable. Le nombre de morts, de blessés et de migrants en Afghanistan, en Irak, en Syrie, et en Libye se comptent en millions (650 000 morts en Iraq à juillet 2006, selon l’institut britannique The Lancet). L’image des Etats-Unis est sérieusement écornée, et plus encore leur influence sur la scène internationale. Ainsi, Rodrigo Duterte, président philippin, fait-il un pied de nez à son allié et protecteur américaine en visitant la Chine et en invitant la flotte russe à Manille – situation inimaginable il y a seulement quelques années. Le récent accord sur la Syrie, conclu entre la Russie, la Turquie et l’Iran, exacerbe un sentiment de frustration en excluant les Etats-Unis et leurs alliés. C’est un camouflet.
 
Face à l’échec de cette politique dont les effets sont visibles depuis des années, une voix s’élève : celle de Donald Trump. Son projet est révolutionnaire. Non seulement rejette-t-il la politique hégémonique des néoconservateurs mais il entend aussi mettre à bas l’architecture de la Pax Americana, c’est-à-dire l’OTAN, l’OMC, etc. pour la remplacer par des accords de gré à gré entre nations où les Etats-Unis seront en position de force en raison de leur poids économique, financier et militaire. Il pense ainsi obtenir un meilleur résultat à un moindre coût. D’où l’idée de "deals" qui revient sans cesse dans ses discours et dont il a une grande pratique. Isolé au départ, les réalistes de la politique étrangère se rallient peu à peu à sa bannière.
 
Le schisme qui se dessine est d’autant plus difficile à décerner que sur beaucoup de points (Israël, Iran, Chine, etc.), néoconservateurs et réalistes sont d’accord. La différence se situe au niveau de leur philosophie respective. Alors que pour les néoconservateurs l’asservissement de la Russie constitue un préalable à la soumission de la Chine et à l’hégémonie mondiale, pour les réalistes il suffit à la nation américaine d’être la première au monde – "primus inter pares" – pour assurer sa sécurité et son bien-être. C’est tout le sens du slogan : "America First".
 
Il ne s’agit donc pas d’une simple controverse électorale mais de quelque chose de plus fondamental qui remet en cause la politique étrangère américaine, les personnes qui la dirigent et en profitent.
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Un enjeu secondaire ?
 
Dans la situation difficile qui est la nôtre, où tant de nos concitoyens peinent pour joindre les deux bouts, où la terreur islamiste vient encore de sévir, à Berlin cette fois-ci, le gouvernement socialiste n’a rien trouvé de plus urgent que d’essayer de faire passer une loi instituant un "délit d’entrave numérique à l’IVG", alors même qu’existe déjà la loi Neiertz de 1993 visant le même but. L’opposition politique à ce projet ubuesque a été faible, tout comme a été peu dénoncé un autre projet de loi, intitulé "Égalité et citoyenneté", qui, après avoir été rejeté en seconde lecture au Sénat le 19 décembre, a dû être adopté à l’Assemblée trois jours plus tard.
Les socialistes, sachant qu’ils risquent fort d’être évincés du pouvoir en mai prochain, tentent de faire passer des lois "sociétales" en tablant sur le fait que la droite, comme à son habitude, n’y reviendra pas : ces sujets étant loin d’être accessoires, on aimerait l’entendre et connaître ses intentions ! En effet, le projet "Égalité et citoyenneté" est un véritable fourre-tout où l’on retrouve l’essentiel des revendications du gauchisme culturel : insertion de la notion de genre dans le code de procédure pénale, interdiction des agissements sexistes et de la fessée aux enfants, aggravation de la répression des comportements discriminatoires, pénalisation du négationnisme, etc.

Inflation de lois répressives
Ces deux projets sont symptomatiques d’une absurde inflation normative, la loi, de plus en plus complexe, prétendant imposer avec un arsenal répressif sans précédent le comportement "moralement correct", alors même que l’État dispose déjà d’un pouvoir outrancier en la matière, sans parler de la possibilité donnée à certaines associations de se porter partie civile au moindre "dérapage" de pensée non conforme. En matière de liberté d’opinion, le Rubicon a été franchi depuis longtemps et l’on attend d’un candidat de droite l’engagement ferme d’abolir d’un coup l’ensemble de ces lois liberticides, mesure qui aurait un impact symbolique puissant sans coûter un centime à l’État – au contraire, la cessation immédiate du soutien de toutes les associations gauchistes subventionnées permettrait même quelque économie.
La droite est mal à l’aise sur ces sujets qu’elle juge électoralement peu "porteurs" : là-dessus, les différents candidats, de François Fillon à Marine Le Pen en passant par Nicolas Dupont-Aignan, se rejoignent plus ou moins. Longtemps, la droite au gouvernement a limité son discours politique à l’économie, laissant à la gauche le monopole du pouvoir culturel. Aujourd’hui, tout le monde comprend que l’économie ne suffit plus, que les questions de souveraineté et plus encore d’identité, en lien avec l’immigration massive et la présence d’un islam de plus en plus revendicatif, sont devenues les préoccupations majeures des Français. Penser, dans ce contexte, que les questions dites de "société" sont un enjeu secondaire qui intéresse peu révèle une grave erreur de perspective, et ce pour plusieurs raisons.
D’abord parce que la déconstruction de l’anthropologie traditionnelle qui s’opère avec la théorie du genre, le "mariage pour tous", la manipulation du vivant, etc., est l’un des aspects de l’anxiété d’une population qui se sent menacée dans son existence et son identité, et que l’on prive ainsi de ses repères les plus ancestraux. Il demeure, enfoui au plus profond de chacun, un bon sens naturel qui peut assez facilement émerger à nouveau et même se traduire rapidement électoralement.

L’exemple de l’avortement
En effet - et c’est la seconde raison -, sur ces questions de société, nos politiques pensent que ne sont "populaires" que les revendications qui vont dans le sens de la déconstruction, du recul incessant des limites, de la satisfaction sans discernement de tous les désirs, bref tout ce que la gauche nomme le "Progrès". Mais, faute de fermes convictions, la droite a abdiqué sur ce terrain avant même de livrer bataille, comme si elle était au fond persuadée de la légitimité des doléances de la gauche. Mais celles-ci ne sont "populaires" qu’en proportion de l’invraisemblable propagande qui s’exerce en leur faveur, qu’en raison du déséquilibre flagrant dans les médias qui militent tous dans le même sens. Ce sont des sujets sur lesquels n’existe aucun débat, seulement et toujours le même son de cloche, ceux qui tiennent un autre discours étant bannis du système ou ridiculisés.
L’exemple de l’avortement est significatif. Alors qu’aucune parole contradictoire n’est audible, que la liberté d’expression n’existe pas dans les grands médias pour les défenseurs de la vie, on en arrive au stade où dire la vérité sur l’IVG devient un délit passible des tribunaux ! Pourtant, si les Français étaient honnêtement informés (1), beaucoup réviseraient leur position et l’opinion pourrait basculer, c’est bien ce qui inquiète tant ses partisans et c’est pourquoi leur seul recours est de verrouiller le débat.
Il y a un mouvement de fond qui se dessine marqué par un réveil des peuples et le retour à des fondamentaux plus classiques trop longtemps proscrits : ce serait une erreur stratégique de penser que les questions de société sont étrangères à ce mouvement.
Enfin, il y a une troisième raison qui est celle de l’honneur de tout responsable politique : sa vocation fondamentale est le service du bien commun, ses préoccupations ne sauraient être qu’électorales et faire fi de la vérité, même lorsque celle-ci n’est pas facile à expliquer. Et n’est-ce pas son rôle que de le faire, même à contre-courant ?

(1) Droit et prévention de l’avortement en Europe, sous la direction de Grégor Puppinck (LEH Édition, 2016, 270 pages, 20 €) est une mine remarquable qui apporte de forts arguments contre l’avortement. À lire.
Paru dans www.lanef.net, éditorial janvier 2017
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Le président Obama
 
La plupart des commentateurs français présentent le Président Obama comme un dirigeant falot. Comment 55 % des Américains peuvent-ils être satisfaits de son action ? Surtout quand on pense au score en fin de mandat de nos présidents passés ou actuel. ..
Rappelons que le Président Obama fut élu parce qu’il promettait d’améliorer le système de soins médicaux en l’étendant aux plus pauvres (Obama care) et de rapatrier les corps expéditionnaires d’Afghanistan et d’Irak, qui ont coûté une fortune aux Etats-Unis sans obtenir de résultats probants.
Ce qui fut fait, malgré l’obstruction systématique du Congrès, dominé par les Républicains. Les seuls échecs furent l’impossibilité de fermer le camp d’internement de Guantanamo, et l’impossibilité d’améliorer les relations raciales...
Dès son élection, Obama constata que l’économie américaine était en faillite : 10 millions de chômeurs, 10 millions d’Américains ont perdu leur demeure. Obama parvient à sauver l’industrie automobile, à arrêter la récession, à encadrer les activités financières. Le nombre de chômeurs a été divisé par deux et la croissance est repartie. Obama arrive à doter d’une assurance maladie 20 millions d’Américains qui en étaient démunis.
180 000 soldats américains étaient déployés en Afghanistan et en Irak : il n’en reste que 15 000 aujourd’hui.
De plus, le Président Obama a entrepris d’améliorer les relations des Etats-Unis avec Cuba et l’Iran : on ne peut pas dire que notre diplomatie l’ait aidé, surtout lorsque Monsieur Fabius était notre ministre des affaires étrangères.
Obama a pris la décision courageuse d’éliminer Ben Laden, acceptant le risque d’une crise entre son pays et le Pakistan qui tolérait la présence sur son sol du fondateur d’Al Qaïda.
Une autre décision courageuse fut de ne pas intervenir au sol en Syrie : l’élimination de Bachar el Assad et de ses partisans, c’était inéluctablement l’arrivée au pouvoir en Syrie d’islamistes incontrôlables, dont Daech a montré le véritable visage. Les camps opposés se sont tous illustrés par leur refus d’appliquer le droit de la guerre et tous ont utilisé des gaz toxiques provenant des stocks libyens, ce que nos média n’ont pas su dire. De toutes façons, notre ennemi principal, c’est Daech, en France, au Mali ou en Syrie : nous aurions dû nous allier à tous ceux qui s’opposent à cette organisation, donc à Bachar el Assad et à Poutine.
Le Président Obama mérite mieux que la condescendance de la majorité de nos journalistes. Comme j’aurais voulu que nos dirigeants fussent aussi efficaces que lui !
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La roche Tarpéienne est proche du Capitole
 
Il y a huit ans le monde entier célébrait le retour du Messie sur terre. "Un enfant nous est né, un fils nous est donné" psalmodiait toute la presse à l’unisson des anges dans le ciel. Un certain Barak Obama venait en effet d’être élu à la Présidence des Etats-Unis et la terre allait connaitre une période de paix et de prospérité sans précédent dans l’histoire. Reconnaissant la qualité exceptionnelle de cette créature quasiment divine, la fondation Nobel lui attribuait immédiatement le prix Nobel de la Paix, avant même que l’élu (au sens biblique du terme cette fois) ait fait quoique ce soit.
Huit ans après, notre héros, notre nouveau Salomon, quitte la Présidence des Etats-Unis dans un mélange d’indifférence (aux USA) et de soulagement de la part de la plupart des alliés historiques des Etats-Unis.
 
La question que je veux traiter est donc simple : pourquoi ce curieux mélange d’indifférence et de soulagement après huit ans d’un règne que la grande presse n’a cessé de présenter comme "la marche triomphale d’un surdoué volant de succès en succès" ? La réponse une fois encore nous est fournie par un grand auteur français, Marcel Pagnol dans la fameuse réplique "Ce n’est pas que tu sois bon à rien, c’est que tu es mauvais en tout". Et elle est assez simple : monsieur Obama a été mauvais en tout.
Car dans la réalité, si l’on s’en tient aux faits et non pas aux intentions ou aux interprétations tendancieuses, notre génie planétaire a tout raté et restera sans doute comme le plus mauvais président que les Etats-Unis aient eu dans leur histoire. Et de l’avis général, la concurrence pour ce titre est rude.
Et pourtant, quand il est descendu des étoiles pour s’occuper de nous, pauvres terriens, il avait vraiment coché toutes les cases que tout homme de Davos pouvait demander à celui qui devait être leur chef ultime.
Il était à moitié noir, ce qui a beaucoup d’importance pour la gauche puisque tous les malheurs du monde viennent comme chacun le sait des "Dead white men", tels Aristote, Jésus ou Shakespeare.
Il était diplômé de Columbia et de la Harvard Law School où il avait tenu pendant ses études à Boston le rôle le plus prestigieux qui soit, celui de directeur de la revue juridique. La Harvard Law School est pour les USA ce qu’est l’ENA pour nous, l’endroit où se forgent les hommes d’Etat de qui dépend notre futur. C’était donc un homme d’une intelligence supérieure. Trump quant à lui a été à Fordham, université de seconde zone de la banlieue de New-York. On voit la différence de niveau intellectuel.
Il n’avait strictement aucune expérience qui aurait permis de juger ses capacités à prendre des décisions, son principal boulot ayant été d’être un "organisateur communautaire" dans les banlieues noires de Chicago avant que d’être "nommé" sénateur par la machine du parti Démocrate de Chicago. Nommé, car il se présenta sans grand risque dans une circonscription où les Républicains ne s’étaient même pas donné la peine de proposer un adversaire. Deux ans après, il était élu Président. Passer en deux ans d’organisateur communautaire à Chicago à Président des Etats-Unis, voilà qui est remarquable.
 
Comme l’a montré JF Revel, nul ne peut se dire de gauche s’il ne déteste les Etats-Unis. Lui était de gauche et ne s’en est jamais caché … et donc il n’aimait pas son propre pays, comme l’a montré sa longue fréquentation de la paroisse du révérend Wright, un pure raciste "anti blanc" s’il en fut et ses anciennes amitiés avec de remarquables théoriciens de la lutte armée des noirs contre les blancs ainsi que de la nécessité d’utiliser le terrorisme pour faire avancer les choses (Bill Ayers).
Il avait passé son enfance en Indonésie, suivant les cours d’une madrasa locale (école coranique), le second mari de sa mère étant Indonésien. Il avait donc toutes les qualités requises pour discuter avec l’Islam dont il se refusa toujours à dire le moindre mal ce qui est essentiel pour tout homme de gauche, comme chacun le sait.
Ce CV est en fait tellement parfait qu’il m’est arrivé de me demander dans mes moments de doute si monsieur Obama n’était pas tout simplement une création du département "marketing" des hommes de Davos… Mais cela n’aucune importance, tant malgré cette carte de visite parfaite, son bilan est absolument lamentable, et c’est ce qui compte… Voyons ses résultats en détail, en nous appuyant sur une idée simple : ce que veulent les citoyens aux USA – et souvent partout ailleurs - c’est la paix et la prospérité.
Force est de constater que monsieur Obama ne leur a amené ni l’une ni l’autre.
 
Prospérité                
Le revenu médian en termes réels aux USA est plus bas qu’il y a huit ans, c’est-à-dire que la moitié de la population au moins a vu son niveau de vie baisser pendant ses deux mandats. Près de 95 millions d’américains en âge de travailler ne cherchent plus de travail (en fait les statistiques du chômage sont très douteuses) et le taux d’emploi dans la population active est au plus bas depuis 35 ans.
Qui plus est, la quasi-totalité de la croissance a été capturée par moins de 1 % de la population, les "ultras riches" qui se félicitent tous les jours de l’avoir porté au pouvoir.
La réforme du système de santé faite en dépit du bon sens est un échec technocratique inimaginable puisqu’elle a réussi à faire à la fois exploser les coûts et à réduire les couvertures.
Depuis son arrivée au pouvoir la dette des USA, résultat de déficits budgétaires abyssaux, a grimpé de 9 000 milliards de dollars (plus que la somme de la dette accumulée par tous les présidents précédents depuis les débuts  du pays) alors que le PIB n’augmentait que de 3 800 milliards. Créer 3 800 milliards de richesse en huit ans en empruntant 9 000 milliards est à la portée d’une intelligence moyenne, mais cela en général ne dure pas.
 
 Paix extérieure 
Le Moyen Orient est à feu et à sang, et plus personne ne comprend ce que veulent y accomplir les USA. Par exemple, je me suis laissé dire qu’en Syrie et en Irak, il y avait en fait trois politiques américaines en cours, celle du Président, celle de l’armée américaine, et celle de la CIA et que tout ce petit monde se tirait dans les pattes allégrement au plus grand profit de la Russie ou de l’Iran. Et du coup et comme on pouvait le penser (voir mes articles écrits sur ce sujet il y a plusieurs années), l’affaire syrienne se termine au bénéfice de la Russie et de l’Iran. Le comble est que l’administration Obama a cru habile de signer un accord sur le nucléaire avec son ennemi juré… l’Iran, accord à ce point invérifiable que la diplomatie américaine en a caché les points essentiels à tous ses alliés, dont la France d’ailleurs. Comprenne qui pourra…
Quant à la CIA, Etat dans l’Etat et bras armée du complexe militaro industriel depuis toujours, elle avait fomenté selon ses habitudes un fort joli coup d’état en Ukraine pour se débarrasser d’un Président légalement élu certes mais corrompu. Le but évident de cette fine manœuvre était de permettre à Sébastopol de devenir une base de l’Otan et donc d’en virer la flotte Russe. Patatras, la Russie fait le coup du Kosovo et annexe la Crimée.
Cerise sur le gâteau pour parachever le désastre au Proche Orient, dans les toutes dernières semaines de sa présidence, monsieur Obama jette le masque et se révèle pour ce qu’il a toujours été, c’est-à-dire un anti Israélien primaire, (traduire anti-sémite), l’antisémitisme redevenant le vrai marqueur de la gauche qu’il a toujours été.
 
Passons en Asie, où nous constatons un écroulement stupéfiant de l’influence des Etats-Unis, tout un chacun comprenant que la soit disant protection américaine militaire américaine ne valait rien (cf. les Philippines). Voilà qui amène le Japon à se réarmer aussi vite que possible tandis que la Chine fait bouger ses gros muscles et la Corée du Nord ses tout petits muscles.
 
En Europe, la Grande-Bretagne a voté pour le Brexit, malgré la visite de monsieur Obama lui intimant l’ordre de n’en rien faire. Bien entendu, les Etats-Unis n’ont rien à dire sur le déferlement des immigrants sur le vieux continent, déferlement créé de toutes pièces par leurs erreurs militaires au Moyen Orient ou en Lybie. Et si monsieur Trump décide de sortir de l’OTAN ou d’en faire payer le vrai prix aux nations européennes, la prime de risque sur les actifs européens devrait beaucoup, beaucoup monter.
De façon générale,  il me semble donc que l’on peut dire sans crainte d’être démenti que le monde est beaucoup, beaucoup plus dangereux qu’il y a huit ans et que la paix est loin d’être assurée.
 
Situation interne aux USA : déroute totale des forces de gauche
Apres ces huit années désastreuses pour le niveau de vie moyen et la paix en général, le parti démocrate aux USA est fort logiquement en état de décomposition avancée, ayant perdu au niveau national mon seulement la Présidence de la République, mais aussi la Chambre des Représentants et le Sénat, ce qui fait beaucoup.
Au niveau des états fédérés, même débandade, les Démocrates n’ont plus que 15 gouverneurs (sur 50) tandis que dans nombre de ces états, les Républicains contrôlent aussi les deux chambres. Pendant les années Obama, les Démocrates ont ainsi perdu plusieurs dizaines de milliers de postes électifs et rétribués par les impôts, ce qui est mauvais pour les finances du parti mais encore plus pour le moral des troupes et le renouvellement des cadres… Ce qui fait que le parti Démocrate est devenu un ramassis de vieux croutons…
Ajoutons pour faire bonne mesure que le nouveau Président va nommer le neuvième juge à la Cour Suprême pour remplacer celui qui vient de disparaitre et comme deux membres actuels "de gauche" vont devoir se retirer dans les années qui viennent, on peut penser que nous allons avoir une cour suprême tout à fait conservatrice. Monsieur Trump va aussi pouvoir désigner plus de cent juges dans les juridictions inférieures dont les nominations étaient en attente du résultat des élections.
 
Voici qui annonce la fin du gouvernement par les juges que la gauche aime tant pour pouvoir tourner la Démocratie. Les tribunaux aux USA vont donc cesser d’être à gauche…
Tout cela confirme fort bien le mouvement  mondial d’effondrement de la gauche dont j’ai souvent parlé dans ces papiers. On peut donc affirmer sans craindre d’être démenti que le Président Obama a été le fossoyeur de la gauche américaine qui aura beaucoup de mal à se remettre de son passage au pouvoir. L’ironie est qu’il a pourtant parfaitement suivi le programme sur lequel il s’était présenté. On peut faire tous les reproches que l’on veut à monsieur Obama, mais pas qu’il ait menti.
Il nous avait annoncé qu’il voulait que les USA cessent de se servir de leurs forces militaires pour intervenir dans d’autres pays. C’est ce que le monde entier a bien compris et on voit chaque jour les résultats heureux de cette politique tant au Moyen-Orient qu’en Ukraine ou aux Philippines. Il nous avait fait savoir que son but était de transformer les Etats-Unis en une sociale démocratie à l’européenne en augmentant le poids de l’Etat dans l’économie, et il y est fort bien parvenu. Du coup, le taux de croissance a baissé de moitié, et comme on pouvait s’y attendre, la classe moyenne a été laminée.
Il nous avait expliqué dès le départ que les énergies fossiles étaient condamnables et avait refusé d’accepter la construction d’un pipeline reliant le Canada aux USA tout en empêchant tout nouveau forage chaque fois qu’il le pouvait.
Des réglementations diverses et variées freinant toute croissance et non votées par le Congrès ont littéralement explosé sous son règne au travers de la procédure dite des "exécutive orders" mais la bonne nouvelle est que comme ces mesures n’ont pas été votées, elles seront abolies d’un trait de plume par son successeur…
De même, il a soutenu que les immigrants illégaux avaient le droit d’être aux USA même s’ils y avaient commis des crimes et devaient bénéficier de tous les avantages des citoyens "normaux" ce qui est fort honorable de sa part et ne lui coutait pas grand-chose, à lui.
Et enfin rendons-lui justice : dans son premier entretien avec tous les grands banquiers de Wall Street, il leur avait fait savoir qu’il était là pour les défendre, et cela il l’a très bien fait aussi.
 
Il est donc absolument irréfutable que le Président Obama nous avait annoncé fort clairement qu’il était écologiste, mondialiste, pacifiste, anti impérialiste, favorable à une immigration incontrôlée ainsi qu’à une hausse du poids de l’Etat dans l’économie, tout en étant bien disposé vis-à-vis des musulmans et clairement opposé à Israël. A la surprise de ceux qui avaient voté pour lui, Il se révéla aussi un supporter éclairé de la finance "de connivence" et donc un ennemi implacable des petites entreprises écrasées sous des réglementations de plus en plus tatillonnes. .
Il  nous faut donc reconnaitre avec l’honnêteté intellectuelle qui nous caractérise que monsieur Obama a appliqué avec beaucoup de méthode et de constance un programme parfaitement conforme à tous ceux préconisés par la gauche dite "moderne". On voit qui a inspiré monsieur Macron, qui du coup essaye de nous refaire le coup du sauveur tombé de nulle part.
Cette gauche dite moderne (dont les idées sont portées en France par Terra Nova) a décidé il y a déjà longtemps que trahir la nation n’était plus suffisant et qu’il fallait aussi trahir le peuple en essayant de faire croitre a ses cotés un peuple de remplacement.
L’embêtant pour la gauche est que le peuple existant ne partage pas cette analyse et l’a fait savoir en élisant monsieur Trump, à la stupéfaction de ceux que Nassim Taleb appelle de façon plaisante "les éduqués mais néanmoins stupides" ou ENS en Français (educated yet idiots ou EYI en Anglais) et que Thomas Sowell appelle les Oints du Seigneur.
Encore, une fois, salopard de peuple.
Il se révolte avant même d’être remplacé.
Un jour il faudra interdire à tous ces gens-là de voter.
Pour leur bien.
Paru sur institutdeslibertes.org
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Quelle diplomatie pour la France en 2017 ?
 
La France ne peut pas attendre qu’un nouveau président s’installe à l’Élysée au mois de mai prochain pour réfléchir et concevoir une politique étrangère prête à répondre aux grands défis qui nous viendront cette année de l’étranger.
Ils nous viendront principalement de cinq directions : des États-Unis, où il nous faudra réagir à une nouvelle Administration portant peu de considération à la France ; de Russie, qu’il faudra ramener dans la famille européenne ; du Moyen-Orient, où la voix de la France n’a jamais été aussi peu entendue depuis Bonaparte ; d’Afrique, où des millions de jeunes hommes ne rêvent plus que de migrer vers le nord ; de l’Union européenne, que le pays de Monnet et Schuman se doit de remettre debout. Pour traiter sur un pied d’égalité avec notre imprévisible allié américain, comme avec notre turbulent partenaire russe, nous disposons de l’atout considérable que nous a laissé le général de Gaulle : notre indépendance stratégique. Le président français n’aura pas à quémander auprès de Donald Trump un quelconque maintien du parapluie nucléaire américain ; il pourra questionner droit dans les yeux Vladimir Poutine sur la réalité de ses intentions dans le Donbass ukrainien et la mer Baltique. Encore faut-il que nous poursuivions la modernisation de nos armées, sans rechigner sur l’effort budgétaire.
 
Pour édifier une grande politique étrangère, l’indépendance est indispensable ; mais elle n’est pas suffisante. Il faut aussi du poids. Or nul ne peut aujourd’hui, sans un minimum de puissance économique, prétendre peser sur les affaires du monde. Voilà pourquoi il est crucial de redonner toute sa vigueur à l’axe franco-allemand. Ce dernier a été mis à mal par l’incapacité de Paris à respecter ses promesses en matière de déficits publics. Les critères de Maastricht sont une invention française ; les Allemands considèrent à raison que la moindre des choses serait pour la France de les respecter.
 
Depuis que l’Angleterre de Theresa May se dirige - hélas - économiquement vers un Brexit dur, et militairement vers un alignement sur Washington, il n’y a pas pour Paris de choix diplomatique alternatif à l’axe franco-allemand. Ce dernier a montré son efficacité dans l’espace ex-soviétique avec l’établissement du "format Normandie" (Russie, Ukraine, France, Allemagne) inauguré le 6 juin 2014, et la signature du protocole de Minsk du 11 février 2015. Tout le défi de notre diplomatie orientale en 2017 sera de transformer le probable rapprochement Washington-Moscou en force d’impulsion pour faire réussir Minsk, à savoir le retour du contrôle de l’Ukraine sur ses frontières au Donbass, assorti d’une amnistie et d’une autonomie politique pour cette région russophone et russophile. Il faut agir vite, afin que nous puissions, ensemble avec les Allemands, suspendre dès l’été prochain les sanctions contre Moscou : elles pénalisent notre agriculture et notre industrie, alors qu’elles n’ont jamais eu la moindre chance de faire plier une nation aussi fière et résiliente que la Russie.
Dans le bras de fer avec la Chine que l’Europe ne pourra éviter, il vaut mieux avoir avec nous les Russes, qui sont de culture européenne. À partir du 20 janvier 2017, qui marquera l’installation de Trump à la tête de l’exécutif américain, les États-Unis adopteront une politique commerciale agressive. Le président élu a décidé de nommer Robert Lighthizer US Trade Representative. Cet avocat, qui sera à la tête d’une puissante agence comptant 200 professionnels, est un dur, prêt à utiliser l’arme du protectionnisme dans ses bras de fer bilatéraux. Sous Reagan, alors qu’il était le numéro 2 de cette institution, c’est lui qui avait réussi à casser le dumping japonais. Il est impossible pour la France de prétendre entamer seule une négociation commerciale avec des géants comme l’Amérique ou la Chine. Paris devra donc se servir de la Commission de Bruxelles comme d’un levier. N’oublions pas que cette dernière sut remettre à leur place Apple et Google !
Pour donner sens à cette construction européenne qui nous a tant profité, nous devrons, en 2017, concentrer nos efforts sur l’euro-zone et militer en faveur des harmonies fiscale, budgétaire et sociale, sans lesquelles elle n’a aucune chance de fonctionner bien longtemps.
 
L’Europe apportera le levier financier indispensable à notre nouvelle politique africaine, destinée à aider nos partenaires à fixer sur leur sol leurs jeunes hommes et à contrôler leurs frontières. Notre diplomatie moyen-orientale pourra en revanche se passer de Bruxelles, car elle consistera à jouer les intermédiaires sincères entre l’Iran et l’Arabie saoudite, dont la dangereuse brouille n’est pas fatale - dans les années 1995-2005, les deux puissances du Golfe entretenaient d’excellentes relations. À condition d’y remettre du réalisme, de l’énergie et de l’imagination, la France pourrait se forger à nouveau une grande politique étrangère.

Paru dans Le Figaro, 10 janvier 2017
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Un désastre militaire
 
S’il est un domaine de l’action régalienne où la logique de résultat doit l’emporter sur celle des moyens, un domaine où il est dangereux de sacrifier le futur au présent, c’est bien celui de la défense. Et pourtant, c’est aussi celui où ces règles élémentaires ont été ignorées depuis cinq ans, au mépris du premier des principes stratégiques : proportionner les moyens à l’enjeu. L’impossible a été demandé aux armées : elles l’ont fait, mais à quel prix ?  

Nos armées ont été engagées sans retenue. A l’étranger, elles l’ont été de manière réactive sans que de ces déploiements – des pays baltes à l’Afrique centrale jusqu’au Moyen Orient - émerge une stratégie solide. Sans, hélas également, que la France arrive à dépasser ses brillants succès tactiques pour les transformer en succès stratégiques durables. L’Adrar des Ifoghas a été remarquablement pris aux djihadistes début 2013 ; ils s’y sont aujourd’hui réinstallés. En Centrafrique, notre laborieuse intervention a porté indéniablement certains fruits, dont des élections nationales, mais, faute de moyens, nous sommes partis trop tôt, laissant un pays divisé prêt à retomber dans ses luttes fratricides. Au Moyen Orient, nous participons aux combats, mais nous demeurons un "junior partner" avec une influence mineure sur la conduite de la crise - et donc son règlement ultérieur. A l’intérieur, Sentinelle use inutilement nos forces à contre-emploi dans une gabegie capacitaire incapable de prévenir le prochain attentat.

Que les armées soient engagées, c’est normal. Mais qu’elles le soient aujourd’hui au détriment de notre défense de demain, c’est dangereux. La dégradation des armées ne date pas de cette mandature, mais la faute nouvelle est que, malgré l’explosion des interventions militaires, jamais n’ont été attribués aux armées les moyens leur permettant de conduire leurs missions tout en préservant les capacités de le faire à l’avenir. Les promesses ont remplacé le courage ; peu importe, cela tiendra bien jusqu’en 2017 ! D’ailleurs le militaire, à la silencieuse obéissance statutaire, fait toujours … au mieux, ce qui est à la fois sa grandeur et sa faiblesse. Jusqu’à l’usure.
Depuis le Livre Blanc de 2013 et sa LPM, l’équation est la même : des moyens physiques alloués sous-dimensionnés par rapport aux missions théoriques, mais celles-ci très en deçà des menaces et des déploiements réels. Ainsi, malgré les demandes pressantes des hauts responsables, malgré leurs auditions très franches devant la représentation nationale, nos armées, asphyxiées chaque jour davantage, se sont usées en se consommant plus vite qu’elles ne pouvaient se régénérer.
Le bilan est terrible. Certes, les troupes déployées bénéficient encore d’un entraînement performant et de moyens assez adaptés, du moins si l’on ignore la vétusté incroyable de certains équipements et les déficits capacitaires qui réduisent l’efficacité et l’autonomie de nos forces. Mais cette excellence ponctuelle s’obtient en sacrifiant le reste, comme si le fruit se rongeait de l’intérieur pour rester présentable sur l’étal des 14 juillet.

Nos matériels en service affichent un taux de disponibilité dangereusement bas. Pour les hélicoptères par exemple un taux inférieur à 40 % (moins d’un hélicoptère sur deux peut décoller, ce qui est aussi le cas de nos avions de patrouille maritime ATL2 !). Les crédits d’entretien constituant la première variable d’ajustement budgétaire, le système de maintien en condition est resté celui du "temps de paix", mal adapté au suremploi des matériels. Cette situation impacte l’entraînement des forces ; elle a conduit au concept pudique d’ "entraînement différencié" qui affaiblit la cohérence d’ensemble.
La préparation opérationnelle – modulable à la baisse instantanément – a de fait servi de deuxième variable d’ajustement budgétaire : nos forces sont aujourd’hui globalement sous-entraînées. En 2015, nos troupes de mêlée n’ont bénéficié que de 64 jours d’entraînement contre 90 prévus dans la Loi de Programmation Militaire, nos pilotes d’hélicoptères et de chasse ont volé respectivement 156 heures et 150 pour une norme de 180.
A force de suremploi, les munitions sont venues à manquer, avec aujourd’hui une nécessité urgente de remonter le stock des munitions critiques, missiles et roquettes notamment.
Les "réductions temporaires de capacité", autre fallacieux concept, sont devenues des trous béants où se détruit l’autonomie stratégique de la France et se dégradent ses atouts : ainsi, notre Marine Nationale n’est plus capable de patrouiller notre Zone Economique Exclusive, la 2ème au monde, pourtant l’une de nos grandes richesses.

En aval, les hommes souffrent : la surchauffe opérationnelle, les tensions sur les effectifs affectent aussi les temps de repos. Ainsi, en 2016, plus de la moitié de la force terrestre a exécuté 150 jours de mission hors garnison. La vie courante n’est pas épargnée : autre variable d’ajustement, les crédits consacrés à l’entretien de l’immobilier se sont effondrés, passant de la norme de 6 €/m²/an à moins de 2 €, ce qui ne permet plus de freiner la dégradation du patrimoine. La décision de retirer la politique des ressources humaines au chef d’état-major des armées a conduit à des aberrations, la logique budgétaire dominant désormais. L’armée française, la plus engagée des armées européennes, est aussi la moins encadrée : il manque aujourd’hui – officiellement - 600 officiers ! Dans ce contexte, hors les opérations, le moral des militaires chute et il est difficile de les retenir dans l’institution. L’efficacité gestionnaire s’est imposée au détriment de la finalité opérationnelle, la politique de défense – pourtant première mission de l’Etat - venant s’inscrire dans les impératifs communs des politiques publiques …
D’autres vers, plus pernicieux, ont été glissés dans le fruit. Ainsi du plan de civilianisation massive des armées, manœuvre de marginalisation de l’Institution lancée au mépris de sa finalité et de l’intérêt de ses membres. Ainsi de l’évolution imposée au Conseil supérieur de la fonction militaire, recomposé désormais de membres professionnels permanents à la main du ministre. Ainsi encore de la création des Associations Professionnelles Nationales Militaires, bombe à retardement pour l’efficacité des armées, dont le ministère a entériné la création soi-disant imposée par la Cour Européenne des droits de l’homme.

Le Maréchal Foch rappelait dans son discours de réception au Palais Mazarin : "Un gouvernement ne peut avoir que la politique de son état militaire". L’évident précepte est ignoré depuis cinq ans. En aval, un héritage désastreux : une spirale mortifère de suractivité, un mur de difficultés à venir sans résultat stratégique probant. Il aura fallu attendre les attentats de 2015 pour que le gouvernement se résolve à faire un geste symbolique, laissant d’ailleurs aux successeurs le soin de payer l’addition. La très insuffisante augmentation du budget 2017 (600 millions) est sans rapport avec les réinvestissements indispensables pour rééquilibrer l’équation moyens/missions. Et si chacun se réjouit de l’accroissement de nos exportations de matériels militaires, impliquant d’ailleurs un lourd accompagnement des armées, il n’a aucune retombée directe sur le redressement de ces dernières.
En cause, l’extravagante contradiction entre la surintensité de l’emploi des forces, la surexposition stratégique de la Nation et l’absence de mesures à la hauteur de cette démesure. Une faute stratégique et politique que la France paiera longtemps.

Paru dans une autre version dans Le Monde, 8 janvier 2017
Dernier ouvrage : La dernière bataille de France, Gallimard, Grand Prix 2016 de l’Académie Française
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Le "Gross Paris"
 
Quand j’entends parler du Grand Paris – très à la mode ces temps ci – je ne peux m’empêcher de penser au "Gross Paris" dont on parlait pendant les années "les plus sombres de notre histoire" alors que Pétain regnans, nous souffrions sous von Scholtitz.
Sauf quelques inconvénients principalement alimentaires, la vie à Paris était facile, à part quelques voitures grises immatriculées WH, il n’y avait pas grand monde dans les rues, quelques voitures à cheval avec lesquelles les bougnats livraient le rare charbon, un peu de vélo-taxis, quelques voitures marchant au gazogène, une source d’énergie renouvelable puisque brulant du charbon de bois, les vélos étaient les rois du pavé. Métros et vélos étaient les seuls moyens de locomotion, un rêve d’Hidalgo. Gamin revenant de mon collège de jésuites, je descendais la rue Reynouard – ceux qui connaissent apprécieront – avec un vélo dépourvu de frein.
Pas de pollution à part les crottins des chevaux.
Depuis Paris est de venu une ville monstrueuse où on ne respire plus, où on circule un jour sur deux, où les pannes et les grèves de train, sans parler des manifestations de chauffeurs de taxis ou de VTC, bloquent la ville et empêchent de se rendre au travail.
Beaucoup passent trois heures par jour dans des transports.
Et c’est ce Paris que l’on veut encore développer sous le nom de Grand Paris. Une nouvelle ligne de métro faisant le tour de Paris, de nouvelles autoroutes, c’est démentiel.
A l’heure où on voit venir le télétravail, on empile des gens dans les tours de la Défense.
Paris est devenu le cancer de la France pompant toutes les richesses et provoquant la désertification de la province.
Et pourtant on a créé un réseau de TGV mettant de nombreuses villes moyennes, Tours, Le Mans à moins d’une heure de la capitale. Plutôt que de décentraliser les entreprises et les administrations on a transformé ces villes en cités dortoirs d’où chaque jour on va travailler à Paris : les logements y sont tellement moins chers et la vie y est plus facile.
Ce qui est affligeant c’est que le gouvernement approuve, ainsi que la présidente de la région Ile de France et "la" maire de Paris. Celle ci étant parfaitement schizophrénique, voulant diminuer la pollution en pourrissant la vie des automobilistes et voulant attirer plus d’activités dans sa ville.
Il y a des tas de choses que l’on peut faire en province à moindre coût, les mutuelles d’assurance sont pour beaucoup à Niort tandis que les grandes compagnies d’assurance ont leur tour à la Défense.
Dans ce domaine comme dans beaucoup d’autres, le gouvernement et le parlement laissent faire, voire encouragent.
dejudasatartuffelettresaumonde.hautetfort.com
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Le multilatéralisme, le grand défi pour 2017
 
Toute la grande histoire diplomatique du XXe siècle se confond avec le long effort des hommes de bonne volonté pour construire un multilatéralisme qui fonctionne dans les relations internationales. Après le suicide européen de la Première Guerre mondiale - provoqué par une réaction en chaîne sur des alliances militaires bilatérales -, la SDN de Genève avait suscité un immense espoir. Il fut vite déçu, après que le Sénat américain eut refusé la ratification du traité de Versailles et donc l’adhésion de la première puissance mondiale au nouveau système diplomatique multilatéral.
Il fallut le traumatisme supplémentaire de la Seconde Guerre mondiale, puis l’édification de l’ONU par les puissances victorieuses pour que le multilatéralisme s’impose enfin dans les relations internationales. Ce dernier a incarné une triple avancée en diplomatie. Il donne du temps à la décision, temps qui permet de laisser retomber la fureur des réactions de sang chaud et évite l’improvisation. Grâce au forum que constitue toute enceinte multilatérale, il exige un effort minimum d’explication publique - et donc de réflexion stratégique - de la part de l’État qui entend prendre telle ou telle initiative périlleuse pour la paix. Le multilatéralisme, source du droit international, a créé pour les puissances un devoir de justification par rapport à celui-ci. Enfin, tout système multilatéral fournit mécaniquement de multiples partenaires prêts à jouer les médiateurs. Jamais la guerre franco-prussienne de 1870 n’aurait éclaté si Napoléon III avait dû exprimer ses griefs - très exagérés - dans un cadre multilatéral. Le discutable geste de colère de Khrouchtchev, frappant de sa chaussure son pupitre à l’Assemblée générale des Nations Unies en 1960, a eu le mérite d’être spectaculaire, sans que soit versée la moindre goutte de sang. Si le président George W. Bush s’en était tenu au respect des règles de l’ONU, il n’aurait pas pu intervenir en Irak en 2003, et les États-Unis, comme le Moyen-Orient, s’en seraient portés beaucoup mieux. Le multilatéralisme ne peut pas à lui seul garantir la paix mondiale. Mais il accroît considérablement ses chances, comme l’a montré l’accord de désarmement nucléaire signé avec l’Iran le 14 juillet 2015.
Les institutions multilatérales ont démontré leur utilité dans bien d’autres secteurs depuis 1945 : la stabilité financière (FMI) ; le commerce international (OMC) ; la prévention des épidémies (OMS) ; la lutte contre le réchauffement climatique (succès de la COP21), etc.

La grande question pour les relations internationales en 2017 est de savoir si les grandes puissances continueront ou non à jouer le jeu apaisant du multilatéralisme.
Entre Washington et Pékin, les relations promettent d’être tumultueuses. Donald Trump a bien sûr le droit de prendre qui il veut au téléphone, y compris la présidente de Taïwan. Malvenue est la leçon que cherche à lui faire la Chine, au moment même où elle foule aux pieds les engagements qu’elle avait pris pour Hongkong. Trump est également fondé à critiquer une Chine qui envahit commercialement les pays étrangers, sans offrir la même ouverture sur son marché national. Mais attention aux dégâts que pourrait faire une guerre commerciale bilatérale ! Il serait dangereux que Trump, mû par un ego surdimensionné, se mette en première ligne. Il serait préférable que les griefs américains s’expriment d’abord dans l’enceinte de l’OMC.
La principale pomme de discorde entre la Chine et ses voisins d’Asie du Sud-Est reste l’hégémonisme de Pékin en mers de Chine méridionale et orientale. Les Chinois ne devraient pas être aveuglés par le succès provisoire qu’ils ont obtenu en négociant bilatéralement avec le folklorique président philippin Duterte. La Chine ne retrouvera jamais la confiance de ses grands partenaires asiatiques tant qu’elle n’aura pas accepté de négocier avec eux dans un cadre multilatéral le partage de ces domaines maritimes.
En 2017, l’Amérique essaiera de rétablir un partenariat stratégique avec la Russie. Si un deal se faisait sur le dossier ukrainien - reconnaissance de l’annexion de la Crimée contre retrait russe du Donbass -, ce serait une chance pour la paix. Mais attention à ne pas donner le moindre signe de faiblesse au Kremlin ! La construction multilatérale qu’est l’Otan doit à tout prix être maintenue en Europe de l’Est, car la guerre est trop souvent fille de la peur.
En Europe, un Brexit dur serait une erreur. N’hésitons pas à prolonger les négociations. Les Anglais ont trop besoin des Européens et réciproquement. Les Brexiters ont été effrayés par l’invasion migratoire. Mais pour résoudre à long terme le problème de l’immigration illégale dans le monde, on a, à l’évidence, besoin de plus de multilatéralisme !
En diplomatie, ce n’est pas l’idéologie, mais c’est le réalisme qui plaide en faveur du multilatéralisme…

Paru dans Le Figaro, 3 janvier 2017
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2016 ! ... 2017 ?
 
2016 a commencé dans la peur, après une année 2015 ensanglantée par le terrorisme, en particulier les attentats de Paris des 7 et 9 janvier puis du 13 novembre qui ont fait 130 morts. C'est peu de le dire : la réponse des dirigeants politiques ne fut pas à la hauteur du drame épouvantable qui a frappé la France. Le thème de la déchéance de la nationalité, comme mesure emblématique destinée à répondre à la menace terroriste, annoncé lors du discours de Versailles du chef de l'État à l'issue du massacre du 13 novembre, a dominé le premier trimestre politique de 2016. Il a déchiré la gauche comme la droite. Fin mars, après trois mois de guerre idéologique incompréhensible, le pouvoir politique, face à une opinion abasourdie par tant de remue-ménage, renonçait à son projet de révision constitutionnelle en faveur de cette mesure.
 
Autre trimestre, autre psychodrame : la réforme du droit du travail dès la fin de la polémique sur la déchéance de la nationalité, mobilisait l'attention médiatique. Un mouvement de grèves et de manifestations s'enclenchait dans le pays, provoquant un mécontentement général. Confronté aux déchirures de sa majorité le gouvernement faisait acte d'autorité en utilisant le fameux article 49-3 de la Constitution qui permet l'adoption d'un texte de loi sans vote. Mais cette réforme, après des semaines d'agitation, vidée de sa substance, ne trouvait même pas grâce auprès des représentants du patronat qui le jugeaient inutile voire nocive sur certains points pour la compétitivité.
 
Et puis, dans ce tumulte général, le sang a recommencé de couler en Europe, subissant les conséquences directes de la guerre qui ravage le Moyen-Orient. Le 22 mars, l'aéroport de Bruxelles était frappé par un attentat qui faisait 30 morts. En France, la tragédie se poursuivait : le terrorisme frappait à Nice pendant la fête du 14 juillet où un camion fou provoquait la mort de plus de 80 personnes dont une dizaine d'enfants, sur la promenade des Anglais. La France touchée une nouvelle fois au cœur ne donnait cette fois-ci, contrairement aux massacres précédents, aucun signe de solidarité autour de ses dirigeants politiques. Bien au contraire, la tragédie de Nice entraînait, pour la première fois, une polémique sur le dispositif de sécurité. Deux semaines plus tard, le djihadisme frappait une cible emblématique de la France profonde avec le meurtre d'un prêtre âgé, pendant la messe, dans la commune normande de Saint-Étienne de Rouvray.

Publié dans Du côté des élites
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