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A propos de Marion Maréchal-Le Pen
 
Que penser de la faveur dont jouit Marion Maréchal Le Pen auprès d’une partie des catholiques de France ? Cet article a pour objet de répondre à cette question.
 
D’abord, quelle est l’identité du Front National ?
En devenant un grand parti, le FN, est devenu une coalition qui associe, comme souvent les autres grands partis, un partenaire majeur et un partenaire mineur.
Le partenaire majeur, c’est une masse populaire de salariés du secteur privé, de chômeurs et de prolétaires, dont beaucoup sont jeunes, et tous demandeurs de redistribution en matière de droits économiques et politiques. Florian Philippot est la personnalité dominante de ce premier groupe. Il donne à cette aile du Front National sa dimension autoritaire et néo jacobine ; l’autorité de l’Etat est censée remplacer la compétitivité perdue et protéger les classes populaires d’un appauvrissement sans fin. A dire vrai, dans ce domaine, il n’y a pas de grande rupture avec ce qu’ont fait le PS et les Républicains, on accentue seulement la même solution dirigiste.
Le partenaire mineur, c’est une réunion de personnes très conservatrices et de divers groupements dits "réactionnaires". Dans mon esprit, tous ces termes sont précis, techniques, et sans connotation positive, ou négative. Parmi tous les conservateurs, sont proches du Front ceux qui ne se sentent pas suffisamment reconnus dans les deux grands partis sociaux-démocrates. Les "réactionnaires" du Front se réfèrent soit à des idéologies antimodernes (antilibérales, antisocialistes), soit à divers épisodes contre-révolutionnaires de notre Histoire : Vendéens et Chouans, royalistes de 1871, boulangistes, Vichy, Algérie française, etc. Marion Maréchal-Le Pen est la principale représentante de ce deuxième groupe, surtout des conservateurs.
La valeur de l’Etat-Nation est le point commun entre les deux groupes, pour des raisons différentes. Pour les conservateurs comme pour les réactionnaires, il représente d’abord l’autorité des traditions et l’identité culturelle ; pour les "néo jacobins", il est d’abord la condition de la justice sociale et des droits démocratiques.
 
Entre les deux groupes, et leurs chefs, existe naturellement une solidarité et une tension, en partie réelle et en partie seulement apparente.
Conservateurs et réactionnaires ne sont pas satisfaits de leur rôle de partenaire mineur. Leur frustration s’explique par l’histoire. Le partenaire aujourd’hui mineur fut jadis majeur. Il fut même fondateur et au départ il était le tout du Front National
(1) ; puis, après que celui-ci se fût élargi à de vastes masses populaires, il resta longtemps partenaire majeur et garda le contrôle du Front ; mais à la fin, il en perdit le contrôle au bénéfice de la masse populaire et de ses représentants, à l’occasion du remplacement de Jean-Marie Le Pen par sa fille Marine. 
En théorie, le Front National pourrait être ou devenir une coalition sociale-conservatrice "normale", ou de "conservateurs sociaux", comme il en a existé de stables et d’efficaces, par exemple, celle de Bismarck dans l’Allemagne des Empereurs Guillaume. Mais en pratique, il n’y a aujourd’hui aucune cohérence économique ou culturelle entre ces deux fractions.
Florian Philippot tient un discours néojacobin, républicain-national, quelque chose entre Lazare Carnot et Jean-Pierre Chevènement, enrichi de références gaullistes de gauche, dirigistes et fiscalistes. Il promet de conserver l’Etat-Providence dans son état présent et de le renforcer. Il tend vers une économie nationale fermée, aussi par souci d’indépendance. Les conservateurs, tels Robert Ménard, comprennent que l’économie mondiale a changé, que Philippot rêve d’un âge révolu, qu’il faut faire la part plus belle à la liberté économique et qu’il faut réformer l’Etat, sinon on risquerait de ruiner la France.
Marion Maréchal-Le Pen ne s’exprime pas trop sur ces enjeux majeurs de notre pays. Elle préfère les sujets culturels. Elle milite pour les crèches dans l’espace public. Elle prend le contre-pied de Philippot sur le mariage homosexuel et l’avortement. Marine Le Pen est censée couper la poire en deux, mais on ne voit pas se dégager de synthèse plausible, ou de compromis fonctionnel.
 
Et cependant, l’intérêt vital de ce parti est d’assurer l’unité des deux factions. Sans les gros bataillons de Florian Philippot, le FN redevient un petit parti ; sans les discours de Marion Maréchal-Le Pen, il perd ses cadres et ses notables, sa porosité avec les élites sociales conservatrices, et il n’est plus qu’un parti prolétarien révolutionnaire, mené par une poignée de démagogues extrémistes.
Marine Le Pen a fait un choix culturel et politique fondamental, qui est de reléguer au deuxième rang la dimension conservatrice / réactionnaire, c’est ce qui s’appelle la dédiabolisation. En bonne politicienne, elle compte les électeurs. Les classes populaires confrontées à la pauvreté ont d’autres soucis que les indignations du bourgeois traditionaliste. Toutefois, comme La Manif pour tous a révélé l’existence d’un très fort courant, hostile à la culture libertaire du gouvernement de gauche, elle ne dédaigne pas de jeter un filet dans cette direction, par la bouche de sa nièce. D’ailleurs, si on chante l’identité nationale contre l’abstraction universaliste ou l’invasion islamiste, il faut bien saluer au passage les racines chrétiennes de la France. Tout cela n’est pas très cohérent, mais tient ensemble par l’urgence d’une union sacrée autour du thème de la Patrie en danger de double asservissement, par l’oligarchique internationale libertaire et par l’islamisme.
 
Quel est donc le sens de l’action de Marion M.-LP ?
Objectivement et quelle que soit son intention, elle joue sa partie dans le concert donné par les ténors du Front. Elle rallie les conservateurs sans inquiéter Philippot, qui tient solidement le pouvoir avec l’accord de la Chef. Le conservatisme de Marion n’a strictement aucune chance de devenir le partenaire majeur dans cette alliance. Et pourtant, cette jeune femme ne quittera jamais le FN. Elle n’existe politiquement, à vingt-sept ans, que parce qu’elle se nomme Le Pen et ne peut nulle part espérer être quelque chose d'aussi spécial que dans l’entreprise familiale, à condition qu’elle elle y joue son rôle – et elle le joue.
Elle affiche donc en public un catholicisme intransigeant, qui entretient dans le peuple français les vieux réflexes et stéréotypes anticléricaux, que Florian Philippot ne négligera pas de réemployer au besoin.
Pourquoi parle-t-elle de l’avortement ? Le gouvernement a commencé. Il fait de la provocation avec surenchère, pour gêner François Fillon, et bien sûr Marion saute sur l’occasion. Pourquoi ? Il s’agit d’enfoncer un coin, dans la coalition filloniste, entre les conservateurs et les libéraux, sans faire de tort à Marine Le Pen, puisque de toute façon Philippot dit le contraire. Il s’agit de recruter pour le Front les catholiques pro-vie et pro-famille, et de les écarter de Fillon en acculant celui-ci à la contradiction, comme l’avait déjà joué Juppé entre les deux tours de la primaire, en novembre 2016. Car la France n’est pas encore arrivée au point où se trouvent les Etats-Unis, où l’opinion salue avec délectation tout piétinement du "politiquement correct".
Enfin, on parle aussi de l’avortement et de l’islamisme pour se dispenser de parler des réformes fondamentales de l’Etat, du système social et de la stratégie économique de notre pays dans un monde ouvert.
 
L’avortement se trouve ainsi instrumentalisé, à des fins politiciennes, pour requinquer "à gauche" l’esprit anti-conservateur, pour recoller les deux gauches et pour draguer les conservateurs dans le Front.
En matière d’avortement, la simple exhibition d’un moralisme répressif, à la fois solidaire d’un complexe réactionnaire et indifférent à l’appauvrissement des peuples, ne peut que renforcer la domination culturelle libertaire. Le pape François l’a parfaitement compris, qui met la justice économique au centre du débat moral, ainsi que la charité pour les victimes des dogmes libertaires. Le problème de l’avortement ne peut trouver sa solution que dans une renaissance d’ensemble, économique et culturelle, de la nation ; une renaissance qui ne peut certainement pas avoir lieu sans un pouvoir politique respecté, ayant une idée équilibrée de la justice, qui n’a rien à voir avec les passions démagogiques ou sectaires.  
 
Les incohérences de certains catholiques ultras en politique
Peut-on d’abord les caractériser ?
Ils ont souci de la famille et de la vie, mais ils n’ont pas assez souci du travail, ni surtout conscience qu’il y a là un seul problème à deux dimensions : une de justice sociale / familiale et une de justice économique. Quand le pape le leur dit, ils pensent qu’ils savent mieux que lui ce que sont le catholicisme et la doctrine sociale de l’Eglise.
Ils voient peut-être que la famille est objectivement une valeur transpartisane, mais ils ne voient pas qu’en séparant les questions de famille et les questions économiques, ils réduisent la famille et la vie à des thèmes partisans, connotés d’une sensibilité de classe ou de caste.
Ils savent que catholique signifie universel, mais leur premier réflexe est toujours de fermer la France sur elle-même. Ils perdent ainsi la dimension évangélique du catholicisme et le transforment en pharisaïsme.
Ils croient en la puissance du Saint-Esprit, mais ils se sentent constamment menacés et pensent avant tout à exister en défense, à se protéger contre les dangers.
Ils veulent faire de la politique, mais ils restent entre eux, jugent les autres, n’ont pas le contact et ne savent pas passer des alliances.
Ils sont conservateurs, mais ils ne sont pas sociaux, ils ont peur du peuple et de la démocratie.
Ils sont ambitieux mais les meilleurs d’entre eux ne font pas de politique (jusqu’à présent mais cela est en train de changer).
Quand ils ont perdu la partie, ils se prennent pour des saints et des martyrs alors qu’ils ont simplement été mauvais.
Ceux qui, sans être du FN, tel Philippe de Villiers, soutiennent Marion Maréchal, voudraient promouvoir une alliance d’un FN d’abord conservateur (et non pas social) avec les conservateurs des républicains, le tout contre une Gauche diabolisée
(2). Dans l’abstrait, la manœuvre se conçoit, mais dans le concret elle est impraticable, car elle ne tient pas compte des rapports de forces, ni de l’état des esprits. Ce qu’ils reprochent à François Fillon (et donc aux électeurs de la primaire), c’est d’être en position de faire ce qu’ils voudraient faire, mais sans prétendre pouvoir tout faire. En réalité, il est probable que ces gens ne veulent pas gagner, car leur vie est confortable aujourd’hui, et ils ne seraient pas capables d’exercer le pouvoir ; dans ces conditions, une opposition stérile est le seul moyen de donner de l’importance à leurs personnes. Leur hostilité surprenante envers Fillon s’explique, si on comprend qu’il prouve, par sa simple existence et par son succès, l’inanité de leurs calculs. Loin d’être des saints et des héros, ils donnent du christianisme une image de bourgeois pharisiens et réactionnaires.
Florian Philippot sait qu’il ne sera jamais reconnu dans la bonne société conservatrice et il sait, comme sa Chef, que le Front ne peut se maintenir qu’en restant soutenu par un prolétariat en colère, peu porté aux distinguos et aux équilibres subtils. Ceux qui se disent "la Gauche" feront probablement un choix analogue.
Dans ces conditions, l’intérêt de la France est peut-être d’être gouvernée par des conservateurs réévaluant l’Etat-Nation. Mais il est certain qu’être conservateur en matière d’Etat, de système social et de stratégie économique, revient à condamner notre pays au déclassement. En matière culturelle, négliger l’identité universaliste de la culture française ainsi que son esprit d’entreprise et son sens du progrès, cela condamne aussi notre pays au déclassement. Enfin, négliger le rôle de la France auprès des autres nations européennes, c’est couper la France de sa vocation mondiale.  
 

(1)
Rappelons encore que le Front National lui-même n’était qu’un groupuscule mineur dans une galaxie dite d’extrême-droite. François Mitterrand, soucieux de "diviser la droite", l’a avantagé et lui a permis d’unifier et de dominer cette galaxie, tout en élargissant ses bases électorales. Mitterrand ne prévoyait sans doute pas que le FN, loin de seulement diviser la droite, finirait par siphonner la majeure partie des voix populaires de l’union de la gauche que François Mitterrand avait bâtie, au point d’éliminer le parti socialiste et Lionel Jospin de l’élection présidentielle en 2002 (et 2016?).
(2) Ils raisonnent en termes binaires, sommaires, manichéens : la droite c’est le bien, la gauche c’est le mal. Comment peuvent-ils se plaindre si les autres en face pensent de même avec inversion des signes ?

www.henrihude.fr
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Les scénarios de 2017
 
Nous baignons tous, du matin au soir, dans l’illusion présidentialiste. De fait, l’Elysée est l’arbre qui cache la forêt d’une réalité infiniment complexe et le grand guignol médiatique ne doit pas occulter la réalité : un président sans majorité à l’Assemblée nationale – qui vote les lois – est privé de tout pouvoir réel. La période électorale qui entre dans ses deux derniers mois est sans aucun précédent dans l’histoire de la Ve République : totalement incertaine. Pourtant, le spectre des scénarios possibles n’est pas indéfini :
 
La victoire aux présidentielles de M. Macron, donnée aujourd’hui comme l’hypothèse la plus probable par les médias et les sondages. Elle traduirait le triomphe d’une image, d’un reflet, d’un enfumage à grande échelle, d’une chimère adossée au néant. Les socialistes l’ont rejeté (exclusion en cas de parrainage) et les Républicains ne le considèrent pas comme un des leurs. M. Macron, sans majorité possible, tente aujourd’hui de susciter ses propres candidatures aux législatives. Mais il est irréaliste de lancer dans la nature 600 candidats sans la moindre implantation locale et d’espérer leur victoire contre les partis établis. Nous aurions alors deux hypothèses : soit un éclatement de l’Assemblée nationale, sans majorité possible, signifiant le retour à une France totalement ingouvernable des dernières années de la IIIe et de la IVe ; soit, dans la logique de l’alternance, une nette victoire des Républicains, impliquant la nomination d’un Premier ministre républicain qui prendrait en main le gouvernement du pays, dans un contexte bien différent des précédentes cohabitations où le chef de l’Etat avait l’avantage de l’antériorité et de l’expérience.
 
Une victoire de Mme le Pen, improbable mais possible si elle était opposée au second tour à M. Hamon (ou M. Mélenchon). La présidente se trouverait alors, presque à coup sûr, face à une Assemblée législative droite/gauche profondément et unanimement hostile. Tout premier ministre nommé par elle serait aussitôt renversé. L’Elysée ne pourrait pas engager la moindre réforme ni prendre aucune décision en l’absence de majorité et de gouvernement stable. Nous entrerions dans une période d’impuissance générale, de fuite dans la polémique stérile et la communication à outrance, un désordre indescriptible et d’une durée indéterminée.
 
Une victoire de M. Hamon, à la suite d’une confrontation gagnante avec Mme Le Pen : rien ne permet de l’exclure à coup sûr. Nous entrons là aussi dans une logique de crise. Il est fort improbable qu’il obtienne une majorité absolue pour réaliser les promesses irréalistes sur lesquelles il a gagné les primaires socialistes dans une surenchère démagogique. Le parti socialiste se scinderait et le pays, sans gouvernement, déchiré par le spectre de son programme inapplicable, sombrerait dans le chaos.
 
Une victoire de M. Fillon, malgré tout la plus vraisemblable, suivie d’une "vague bleue" à l’Assemblée nationale. Ce scénario est le seul qui préserve la possibilité d’un système de "majorité présidentielle" permettant au chef de l’Etat de faire prévaloir sa volonté et d’appliquer une politique cohérente. Mais au-delà, les conditions de son élection n’auront, quoi qu’il arrive, rien de triomphal et son autorité personnelle en sera affectée dès le départ. Tout l’enjeu pour lui sera d’éviter de s’enfermer dans une logique de l’impuissance narcissique qui a miné le mandat de M. Hollande et d’essayer de construire un pouvoir de nature plus partagée et collective autour d’un Gouvernement d’action et de volontarisme.
 
Une autre issue : émergence fulgurante d’une autre personnalité républicaine ou assimilée – M. Dupont-Aignan, Mme Alliot-Marie, M. Guaino – ou tout autre personnage issu du monde politique de la société civile, prospérant soudain sur les ruines de la politique française. Qui sait ?
Quoi qu’il arrive, il me semble qu’après 2017, rien ne sera plus comme avant. Nous sommes dans une phase de transition, qui rend la période actuelle si étrange, incertaine, désagréable. Un régime, un système de pouvoir est en train d’agoniser et nous entrons dans l’inconnu…
maximetandonnet.wordpress.com
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Non à la France rêvée d'Emmanuel Macron
 
En cas de duel entre Emmanuel Macron et Marine Le Pen au second tout de la présidentielle, Jean-François Copé (LR) votera pour Macron. C’est ce que le député-maire de Meaux a dit, ce mercredi sur BFMTV/RMC, tout en assurant "faire bloc" derrière François Fillon. Ce dernier a été accusé, par François Bayrou ce matin sur France 2, d’être "sous l’influence des puissances d’argent". Le président du MoDem, qui n’exclut pas de se présenter, a associé Fillon aux "très grandes sociétés multinationales (qui) se paient des hommes politiques, appointent, donnent de l’argent à des hommes politiques pour qu’ils les aident à ouvrir des portes, à se servir de leurs relations pour leurs intérêts". Dans le même temps, Libération fait sa une sous le titre : "Si la gauche voulait ...", suggérant de revenir à la "gauche plurielle" qui allierait Jean-Luc Mélenchon, Benoît Hamon, l’écologiste Yannick Jadot et Macron. Je n’ose imaginer l’unanime indignation des professionnels de la politique si Le Figaro titrait à son tour : "Si la droite voulait …", en invitant les centristes, les républicains, Debout la France, le FN, etc. à s'unir face à un progressisme gagné par la fuite en avant. Ce que la gauche se permet depuis le congrès d’Epinay de 1971, la droite la plus bête du monde se l’interdit de peur d’être grondée. Et voilà donc Bayrou qui fait des trous dans la coque par plaisir de détruire, ou Copé qui récite sagement sa leçon parce qu’il ne peut faire autrement. Mais ces "responsables" savent-ils ce qu’ils veulent, à part s’afficher avantageusement ?
Macron, c’est tout ce que les Français sensibles à la fragilité du pays rejettent. Annoncer vouloir voter pour lui, même en dernier recours, est incompatible avec la défense d’une nation unifiée et assimilatrice. Son usage du mot "hexagone", vocabulaire désincarné qu’il partage avec Hamon, fait comprendre la froide distance qui sépare Macron de l’âme française. Samedi, à Lyon, le faux rebelle d’un Système qui le soutient a défendu le modèle multiculturel, qui est au cœur de la crise identitaire abordée par Fillon, mais aussi Marine Le Pen et Nicolas Dupont-Aignan. Il a déclaré : "Il n’y a pas une culture française ; il y a une culture en France : elle est diverse, elle est multiple". Il a aussi dénoncé l’ "obscurantisme", mais il le voit chez Donald Trump, et non dans l’idéologie islamiste qui nargue la République et a pris le monde occidental pour cible. Macron dit refuser les murs, les quotas, les frontières, les conflits. Un tel homme à l’Elysée signifierait l’abandon de la société d’intégration au profit d’une "inclusion" dans un espace ouvert et bienveillant. Pour le leader d’En Marche !, le FN représente "une France qui n’a jamais existé". Mais le communautariste qu’il avalise, et qui se consolide dans les cités, est celui qui produit les tensions et annonce les guerres civiles. Lundi soir, à Aulnay-sous-Bois (Seine-Saint-Denis) des policiers encerclés ont dû tirer en l’air à balles réelles. Si la droite ne s’affirme pas, elle poussera nombre d'électeurs dans les bras de Marine.

blog.lefigaro.fr/rioufol, 8 février 2016
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"Silence" de Scorsese
 
Il y a déjà près d’un siècle que François Xavier est venu annoncer l’Évangile au Japon (en 1542), lorsque se déroulent les événements qui forment la trame de ­Silence. Les missionnaires jésuites, d’abord bien accueillis, ont suscité de nombreuses conversions, tant parmi les seigneurs que dans la population paysanne. Mais les bouleversements économiques et politiques ont amené la fermeture du pays aux étrangers.
L’expulsion des missionnaires, en 1587, est suivie du martyre des Japonais chrétiens (les crucifixions de Nagasaki, 1797). Ceux qui ne succombent pas ou ne renient pas leur foi (apostasie) deviendront des "chrétiens cachés". Et les suspects doivent abjurer régulièrement leur foi en piétinant l’image du Christ.
 
La question de l’apostasie est au cœur de l’histoire de Silence, à travers les personnages du jésuite Rodrigues et du Japonais Kichijiro. La foi personnelle peut-elle subsister après un reniement forcé sous la torture ?
Le père Guilhem Causse, jésuite, éclaire la vision profonde et complexe de Scorsese.
"Au moment de marcher sur l’image, Rodrigues perd pied, s’effondre : comme Pierre marchant sur les eaux. “Homme de peu de foi”, dit Jésus. Trop peu de foi dans le don de Dieu, trop de foi en sa propre force, jusqu’à l’effondrement et la main de Jésus qui vient le saisir. C’est la foi comme un don, plus fort que la foi en sa propre force. Le chant du coq alors retentit : c’est bien à Pierre que Rodrigues est identifié.
Dans le film, l’apostasie de Kichijiro et de Rodrigues est le moment où la foi est accueillie. La foi n’est pas un socle qu’on garderait intact au fond de soi : elle est un don, elle est Dieu qui se donne lui-même, sa présence. Mais le film présente aussi la figure de chrétiens qui vivent cette foi comme une force et une voix qui les fait tenir jusqu’au supplice. Les uns comme les autres ont en commun, selon l’espérance chrétienne, d’avoir donné priorité à la volonté de Dieu sur leur volonté propre, sachant que la volonté de Dieu est que tous les hommes vivent de son amour et que le mal dans le monde soit vaincu."
 
Cette universalité de l’Évangile est un autre thème de Silence, qui a des résonances très actuelles. Y aurait-il des civilisations, des cultures, incompatibles avec le message du Christ, comme le prétend Inoué, shogun et grand inquisiteur, pour qui le christianisme est foncièrement étranger à la nature japonaise.
Selon le père Guilhem Causse, l’écrivain Endo critique l’aspect européen d’un Dieu qui juge et sanctionne.
"Pour la culture japonaise, Dieu est d’abord entrailles miséricordieuses. Ces deux aspects, de justice et de miséricorde, sont présents dans la Bible et la tradition chrétienne : la civilisation japonaise est ainsi non seulement compatible avec le christianisme, mais elle vient rappeler aux Européens une dimension qu’ils risquent d’oublier.
Le film de Scorsese est davantage attentif à une autre question : qu’est-ce que la foi ? Qu’est-ce que nous dit de la foi, le fait que l’Église - la communauté de ceux qui mettent leur foi en Christ - soit fondée sur Pierre, qui a renié le Christ par trois fois ? Il y a là une question qui ne peut laisser aucun chrétien indifférent, qu’il soit japonais ou français."

Paru dans Le Figaro, 8 février 2017
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Éric Zemmour : "François Bayrou, ou l'oxymore permanent"
 
Jean-Jacques Rousseau nous avait conseillé d' "écarter tous les faits". Quand on ouvre un ouvrage de François Bayrou, surtout à la veille d'une campagne présidentielle, et qu'on lit dans l'introduction "contrairement à ce que disent les benêts, quand la crise s'avance, l'expérience ne nuit pas", on doit faire un effort pour "écarter tous les faits", en l'occurrence les entêtants parfums tactiques, le cynisme usé des ambitions élyséennes qui ressortent comme crocus au printemps, et la banalité commerciale de ces livres de politiques, mélange de confession personnelle et de programme électoral, qui ne sont que des moyens d'autopromotion médiatique. Avec le dernier livre de Bayrou, il y a d'évidence tout cela ; mais il y a autre chose : la réflexion d'un des derniers "agrégés qui sache écrire". La culture du lettré est à double tranchant pour le politique : elle marque sa supériorité sur ses pairs, mais aussi révèle plus crûment ses contradictions qui sont celles de toute sa classe, et de notre époque. François Bayrou ou l'oxymore permanent.
 
Bayrou est un fils de paysan qui aimait les livres ; un barrésien qui ne renie rien de la "terre et les morts" ; un catholique qui retrouve des accents péguystes lorsqu'il fulmine contre la domination de l'argent ; un lecteur avisé de Simone Weil qui considère que "l'enracinement" est un des besoins essentiels de l'homme. Il croit au peuple français, à son identité, et ne pense pas que l'Histoire de France ait commencé en 1789 : "C'est avec un peuple que l'on gouverne et non pas contre lui", nous dit-il avec conviction. Mais dans le cadre de son projet européen, il est allié (on pourrait dire même qu'il s'est acoquiné) avec des gens qui nient l'idée même de peuple (Cohn-Bendit), qui pensent qu'il faut gouverner contre les peuples (le cercle de la raison cher à Alain Minc) et en tout cas sans le peuple (les technocrates bruxellois et les juges européens). Il admire à la fois de Gaulle et Monnet, alors que celui-ci a toujours combattu celui-là, et que celui-là a toujours méprisé celui-ci. Il compare les frontières à des lignes Maginot, alors que c'est depuis que nous les avons abolies que nous ne maîtrisons plus rien : capitaux, marchandises, hommes, autant de "libertés" imposées par l'Europe pour mieux désarmer la souveraineté des États.
 
Il veut une démocratie ouverte en Europe alors qu'une démocratie nécessite l'existence préalable d'un peuple européen qui n'existe pas. Une démocratie ouverte en Europe signifierait la fin de la construction européenne car elle mettrait au grand jour les terribles rapports de forces entre nations, entre l'Allemagne et la France, entre le Nord et le Sud, entre l'Ouest et l'Est, que les technocrates bruxellois tentent d'occulter par leur jargon et leurs pratiques oligarchiques.
Il défend avec une farouche sincérité la langue française mais il se retrouve toujours dans le camp de ceux qui l'ont abandonnée à Bruxelles.
Il n'est pas de ces aveugles volontaires qui se refusent à admettre la montée inexorable de ce qu'il appelle une "double répudiation entre Français et Arabes". Il défend l'idée d'un "habeas corpus des nations", un droit de la nation française à rester ce qu'elle est, dans son histoire, ses paysages, son mode de vie. Mais il était prêt à soutenir à la présidentielle un Alain Juppé, adepte honteux du multiculturalisme et des "accommodements raisonnables" qu'il avait observés au Canada. Il exalte comme notre atout majeur notre démographie dynamique qui nous permettra dans moins de vingt ans de rattraper la population allemande, comme si nous devions préparer la prochaine guerre contre celle qu'il nous présente pourtant comme notre sœur européenne ; mais il tait pudiquement les rapports de forces démographiques qui penchent depuis une dizaine d'années, selon le très politiquement correct INSEE lui-même, en faveur du dynamisme démographique des familles immigrées.
Il n'ignore pas que l'islam impose la domination absolue de la religion sur toutes les activités humaines, mais il veut croire que cette opposition philosophique peut se dissoudre dans les compromis du réel. Il pense que la laïcité est "la volonté la plus achevée du respect de l'autre", alors qu'elle est l'arme la plus efficace pour empêcher la religion de conquérir l'espace public, ce que l'islam réussit pourtant avec une rare efficacité dans toutes les cités où les musulmans sont devenus majoritaires. Il s'obstine depuis des décennies à ne pas comprendre que son modèle Henri IV est venu après et non avant les guerres de religion, et que l'Édit de Nantes ne fut qu'une trêve et ne régla rien du tout.
L'ancien ministre de l'Éducation nationale ne dissimule rien de la lutte inexpiable qui oppose depuis des décennies pédagogistes et traditionalistes, ceux qui défendent l'enseignement comme une animation contre les partisans de la transmission ; mais il fait semblant de ne pas voir que les premiers ont écrasé les seconds. Il est fier d'avoir gagné une bataille (provisoire) en remettant le latin en 5ème alors qu'on sait désormais que l'effondrement du niveau en maths a été opéré à partir du remplacement des sections C et D par une grande section S, décidé alors qu'il était rue de Grenelle.
 
Lire du Bayrou, c'est y voir plus que les traditionnelles et souvent pittoresques circonvolutions d'un centriste qui veut ménager la chèvre et le chou, la droite et la gauche, le diable et le bon Dieu ; c'est lire et déceler toutes les contradictions d'un homme politique français depuis les années 1980. C'est le contraire des idées claires dont il se revendique, mais cette confusion des esprits et ces contradictions d'un homme et d'une ambition avortée éclairent les linéaments d'un choc frontal entre le peuple et les élites, et l'incapacité de la première génération qui n'a pas connu la guerre à éviter les conflits qui s'annoncent. C'est plus que l'échec d'un homme politique à s'extraire du marigot politicien pour oser affronter réellement le conformisme des élites parisiennes. C'est dévoiler quelques ressorts profonds du désespoir français.

Paru sur Figarovox, 8 février 2017
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Le temps des forteresses !
 
Il fut un temps où la France savait bâtir des forteresses pour défendre ses frontières et assurer à ses habitants la sécurité de leurs jours, la tranquillité de leurs nuits et la sérénité de leurs foyers. Aujourd'hui elle s'inquiète et si le grand bâtisseur de ses forts, Sébastien le Prestre, Marquis de Vauban revenait parmi nous, il ne verrait de sa "ceinture de fer" qu'un amas de belles ruines et de souvenirs glorieux uniquement pour ceux qui croient encore à son antique grandeur !
Et pourtant ces ruines ont une âme ; une âme si grande et si belle qu'aucune guerre sensible et matérielle ne saurait les détruire dans le cœur de ce peuple qui a tant aimé et tant haï à la fois ses rois et ses présidents et tant idolâtré et brûlé ses dieux, ses temples et ses églises !
J'ose imaginer encore : si le Marquis de Vauban revenait en terre de France, de son "pré-carré", ou de l'hexagone comme dirait certains politiciens égarés aux frontières, il reconstruira de nouveaux forts pour sauver "le plus joli troupeau qu'il est possible d'imaginer" faits d'honnêtes gens prêts à mourir comme d'Artagnan dans leur village où ils ont vu le jour ; il reconstruira une nouvelle ceinture de fer pour sauver la France de tous les maux qui l'assaillent et la ravagent sans pitié pour les orphelins, les veuves et les innocents. Il reconstruira un fort pour le paysan pour arrêter ceux qui pénètrent son pays pour brûler sa moisson au lieu de travailler à la faire fructifier ; Il reconstruira un fort pour l'homme religieux pour qu'il contemple librement sans se faire assassiner en pleine prière ; il reconstruira un fort pour ses penseurs et ses artistes pour qu'ils raisonnent et créent sans peur d'être censurés ou mutilés dans l'exercice de leur intelligence ou l'épanouissement de leur imagination ; il reconstruira un fort pour ses hommes politiques pour qu'il gouverne sans angoisse pour le bien commun et non les intérêts des maîtres de la matière première qui les asservit et les plonge dans l'illusion de posséder le monde !
              
En recevant le Prix qui porte le nom de Sébastien le Prestre de Vauban, un prix que l'Institut des Hautes Études de Défense Nationale décerne chaque année sous l'autorité du Premier Ministre, je pensais au blason de la famille de "ce bon français" comme l'appelait Louis XIV, "D'azur au chevron d'or surmonté d'un croissant d'argent et accompagné de trois trèfles du second", et j'imaginais que ce croissant-là pouvait affronter avec la mesure de son génie tous les croissants noirs démesurés de la haine et de la terreur.
Et en regardant tous ceux qui m'entouraient Je les voyais autour de moi des généraux qui ont fait la guerre d'Algérie, d'Indochine comme Le Général de Lesquels et en mémoire, Erulin et de Borde ; l'amiral Alain Oudot de Dainville qui a commandé la Royale ; l'amiral Dupont qui a assuré la légitimité et la crédibilité de la dissuasion nucléaire ; le Général de Courrèges qui dirige l'Ihedn avec son équipe d'officiers de la réserve citoyenne comme Catherine Orphelin, Xavier Pacreau, Sabine Carion, Alban Maggiar, le colonel Gilles Pernet et Le Général Cahuet. Et couple artiste Eric et Tania Heidsieck qui a tant chanté notre terrible Marseillaise !
 
Des générations qui se retrouvent dans ce bureau, où une balle qui date des fureurs de la Commune reste coincé dans un miroir qui reflète encore les rêves terribles de l'histoire de France !
Saurions-nous aujourd'hui à l'instar de Vauban dresser les nouveaux sièges de résistance pour que cette nation, la première après l'éclatement de Charlemagne ! Saurions-nous rendre à ceux qui viennent après nous une France libre de ses angoisses et de ses peurs !
Car il faut bien savoir que seule la tranquillité de l'ordre qui assure le bien commun est une finalité en elle-même : il n'y a pas de guerres saintes il n'y a que des guerres qu'on sanctifie ! Il n'y pas de curées justes il n'y a que des guerres qu'on justifie; il n'y a pas de guerres légales il n'y a que des guerres qu'on légalise !
Et le mot de Fénelon sonne encore plus vrai quand il disait sans le craindre au Roi Soleil "Sire, toutes les guerres sont civiles !" Vauban avec sa cicatrice sur la jour gauche, "l'homme cruel" de Saint Simon et le "bon français" de Louis XIV, nous a laissé une ceinture de fer faite de pierres qui protège la terre, nous devons fortifier une autre ceinture de fer faite de valeurs qui défendent l'âme et l'esprit d'un peuple.
En effet, les princes de l’église comme les princes de ce monde savent qu'il y a un temps pour la guerre comme il y a un temps pour la paix ! Ils savent qu'il y a un temps pour tout selon l'antique sagesse !       
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Fillon : une déstabilisation prévisible, des conséquences imprévisibles
 
Il était tout sauf imprévisible qu'une opération de déstabilisation de magnitude élevée allait se produire à l'encontre de François Fillon pendant la campagne présidentielle. Si le prétexte n'avait pas été la question des emplois controversés de son épouse, n'en doutons pas, un autre aurait été trouvé. 
 
L'élection présidentielle française occupe en effet une place décisive dans la géopolitique mondiale. Trump a battu Clinton et projette de se rapprocher de Poutine. Mme May, exécutrice du Brexit, s'apprête à leur emboîter le pas. Mais la  moitié des Américains, le président Obama en tête, n'ont pas accepté la défaite d'Hillary Clinton. Ils pensent qu'elle n'a été battue que grâce à une manœuvre déloyale de Poutine. Pour eux, Poutine, c'est Hitler, rien de moins ; il faut donc, pensent-ils, se préparer à lui faire la guerre. Trump est un traitre acquis au président russe et ils espèrent le destituer. Ce camp a des relais politiques puissants en Europe : Hollande, Merkel, Juncker. Leur projet : faire bloc, renforcer l'intégration de ce qui reste de l'Union européenne après le Brexit et camper sur des positions hostiles vis-à-vis de la Russie. La plus grande partie de l'oligarchie et la quasi-totalité des médias, des deux côtés de l'Atlantique, sont dans ce camp.
 
De quel côté penchera le prochain président français ? On comprend que c'est là un enjeu capital qui n'intéresse pas que les Français. Naturellement, l'élection de Marine Le Pen, hostile à l'euro et présumée pro-Trump et pro-Poutine serait pour eux une catastrophe. Mais du simple fait que Fillon a témoigné quelques sympathies et une volonté d'ouverture à la Russie, il n'est pas non plus tenu par les milieux euro-mondialistes pour un homme sûr. L'affaire éclate, est-ce un hasard ? au lendemain  de sa visite à Berlin où se sont confirmées ses  divergences avec Angela Merkel au sujet des sanctions imposées à la Russie : Fillon veut les lever, Merkel pas. Malgré les gages qu'il s'évertue de donner, telles ses professions de foi européennes ou ses étonnants coups de patte à Trump et Poutine lors de son discours de la porte de la Villette, Fillon demeure suspect de "non-alignement". Comme Mélenchon et peut-être Hamon.
 
Emmanuel  Macron est par contre l'incarnation emblématique du président que le clan mondialiste pro-Bruxelles, pro-OTAN, pro-Clinton veut voir accéder à la tête de la France. La volonté d'une plus grande intégration européenne, fut-ce sous gouverne allemande, l'hostilité à la Russie, une vigilance sourcilleuse sur les droits de l'homme sans le moindre remord pour les cruelles guerres "humanitaires" menées au Proche-Orient en leur nom, ont tout pour rassurer ce clan. Les propos tenus par Macron au Liban sont clairs : il reste sur la ligne Sarkozy-Hollande exigeant le départ de Bachar-el-Assad, voie aujourd'hui sans issue et belligène s'il en est.
Si l'on croit que Marine Le Pen sera présente au second tour de la présidentielle, la seule question est : contre qui ? Il y a trois semaines, il n'y avait que deux réponses possibles : Fillon ou Macron.
Il était donc clair que Fillon était l'homme à abattre. Une guerre invisible lui avait été faite durant la primaire de la droite : il n'était pas innocent que, face à deux candidats atlantistes pro-Clinton, Juppé et Sarkozy, les médias aient longtemps feint de l'ignorer, le reléguant au rang d'outsider. Fillon a néanmoins été élu, l'histoire dira par quel subterfuge.
Il ne restait qu'à l'abattre pendant la campagne électorale, si possible avant la date limite de dépôt des candidatures de telle manière que les Républicains aient le temps de lui substituer un candidat mondialiste (ce que sont peu ou prou tous ceux à qui on pense pour le remplacer). Mais le but est de mettre Macron au second tour. Ceux qui font ce plan ne doutent pas qu'il gagnera contre Marine Le Pen.
 
Macron face à Le Pen : un résultat incertain
Est-ce si sûr ? Sans nul doute François Fillon battrait Marine Le Pen. Mais pour Emmanuel Macron, ce n'est pas certain. On peut à première vue penser que, par ses ambiguïtés de toutes sortes, par son profil jeune et décalé, issu de la gauche mais séduisant la droite, Macron rassemblerait facilement l' "arc républicain" qui va de la droite non-frontiste à ce qui reste du parti communiste. Or il y a selon nous de sérieuses raisons d'en douter : la gauche de la gauche aurait peut-être voté plus facilement pour Fillon que pour Macron, homme de la haute banque, incarnation achevée des trahisons de la social-démocratie. Dès que les origines du complot contre Fillon viendront à la lumière, il risque d'en être de même à droite.
 
Mais le second tour de l'élection présidentielle ne se réduit pas à une arithmétique, il est un affrontement de deux personnalités et une confrontation de chacune avec les Français "les yeux dans les yeux". Le choc Macron contre Le Pen serait d'une extrême violence. D'un côté une incarnation caricaturale de l'oligarchie mondialiste (il a fait son discours de Berlin en anglais !), dont toutes les positions : Europe, immigration, ultralibéralisme, libre-échange, vont à l'encontre de celles des Français de base. De l'autre, une figure, certes très contestée, mais dans laquelle une partie du peuple se reconnait. Dans un excellent article (1), Jérôme Sainte-Marie a montré que, dans la situation de crise identitaire que les Français traversent, l'immigration, sur laquelle Macron, à la différence de Fillon, correction politique exige, n'offre aucune perspective, sera un enjeu central des présidentielles. L'affrontement entre les deux aurait le même caractère que celui de Clinton et de Trump : le déchaînement unilatéral d'une grande partie des médias et de la classe politique avec, malgré cela, la même incertitude quant au résultat. Et comme aujourd'hui aux Etats-Unis, celui qui l'emportera, quel qu'il soit, risque de pas être accepté par l'autre camp.
Les mondialistes qui ont fait les difficiles face à la perspective de la victoire de Fillon, jugé insuffisamment inféodé à l'ordre européen et mondialiste et qui ont cherché en la personne de Macron quelqu'un de totalement fiable, risquent une amère désillusion. Alors que la victoire de Fillon au second tour de la présidentielle ne faisait pas de doute, celle de Macron est bien plus aléatoire que ce qu'on imagine.   
(1) Le Figaro, 17/01/2017
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Attention à la marche …
 
A l’évidence, l’opinion parait quasi unanime à dire que tout va mal, que ce soit grâce ou à cause de l’invasion du numérique et du virtuel, que tout insulte les habitudes et les traditions, que tout échappe aux prévisions que ce soit dans le domaine moral, social, économique, politique ou sociétal.
Des avis autorisés donnent des explications sur le cas Fillon devenu la victime d’un lynchage politico-médiatique méticuleusement orchestré. Mais qui s’est vraiment inquiété jusque-là des invisibles qui tirent les ficelles et s’en réjouissent en coulisse ? Les analyses, les réflexions, les réactions et les stratégies de ceux qui, par principe, ont le savoir et le savoir-faire, seraient bien différentes s’ils tenaient compte des principes d’action de la guerre révolutionnaire. Encore faut-il les connaître.
 
Sous nos yeux, les "casseurs" de notre civilisation continuent par tous les moyens leur ignoble besogne au service de leur idéologie, avec des complicités connues, mais souvent aussi insoupçonnées qu’insoupçonnables. De nombreuses réactions émanent de citoyens indignés, mais isolés qui composent la majorité dite silencieuse  Elle est silencieuse, non pas parce qu’elle n’a rien à dire, mais parce que les médias les plus influents, rodés à la désinformation, non seulement leur refusent la parole, mais filtrent les réponses sollicitées en "micro-trottoir".
Dans ce contexte de sape et de démolition, il leur fallait, insidieusement et patiemment au fil des années, couper les citoyens de leurs racines en trafiquant l’Histoire. La citation de Foch prend tout son sens : "Les peuples ne perdent la vie que lorsqu'ils perdent la mémoire". Il leur fallait aussi appauvrir et orienter l’éducation, supprimer de la formation des jeunes la faculté de jugement, etc ….. C’est bien le but des directives du ministère de l’Education nationale qui, pour les mêmes raisons, laisse l’illettrisme se développer.
 
Le résultat est là : des femmes et des hommes mûrs pour le lavage de cerveau sont rentrés dans le moule de la massification. Il suffisait alors de leur donner un gourou sachant attirer par une ambiance rockstar pour les mettre "en marche" vers le nihilisme mortifère et la destruction de ceux qui défendent les valeurs fondamentales de notre humanisme. Ce n’est pas le moment de baisser la garde et de se faire voler le résultat de la primaire de la Droite et du Centre. Le mot de la fin peut rester à Aristote : "Le courage est la première des qualités humaines, car elle garantit toutes les autres".
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François Fillon, victime expiatoire de la crise des démocraties libérales ?
 
Que ceux qui essayent d'éliminer le redoutable concurrent qu'est François Fillon s'inspirent de l'exemple américain : les Démocrates ont tout fait pour écarter des présidentielles Bernie Sanders. Résultat, ils ont eu Donald Trump… pour le meilleur ou pour le pire !
 
Et si le procès que l’on fait au candidat des Républicains n’était en fait que le procès de la démocratie ?  Et si ce procès sans juge, sans avocat, sans partie civile et sans tribunal - si ce n’est la Haute cour médiatique et ses résonnances cybernétiques - n’était en réalité que celui de la démocratie en général, voire du régime démocratique dans son essence, depuis que Platon en a disséqué le corps et sondé l’esprit ? Et si l’affaire n’était en réalité que le reflet de ce grand Malaise dans la démocratie, remarquablement analysé par Jean-Pierre Le Goff ?   
En d’autres termes, ce n’est pas tant l’attitude supposée d’un François Fillon qui serait à blâmer, encore moins à lyncher publiquement, mais le système démocratique lui-même qui est à repenser, à expurger et à réformer, parce qu’il est porteur des germes de sa propre auto-corruption et que les dérives de la démagogie, du populisme, du clientélisme et du népotisme sont inscrites dans ses chromosomes, constituant ainsi son péché originel.
 
Par-delà l'affaire elle-même, dont le dénouement n’appartient qu’à la justice, il faudrait s’abstenir d’occire l’ennemi et de frapper l’hostie, pour se pencher sur l’essentiel : la crise de la démocratie libérale dont l’affaire Fillon n’est que l’un des symptômes.  
Malheur à celui par qui le scandale arrive : le grand paradoxe ou injustice est que cette réforme fondamentale de la démocratie parlementaire et postmoderne est portée par celui que certains stigmatisent et que d’autres culpabilisent, non guère par vertu mais par haine de classe, comme dirait leur très cher Marx, et surtout par calcul bassement politicien. Serait-ce parce qu’il dénonce cette corruption éminemment plus grave et dévastatrice pour la France, à savoir celle des valeurs, des idées, de la civilisation, de l’identité, de la laïcité, de la République… qu’on cherche à le discréditer par la casuistique moralisante d’une hypothétique prévarication ?
 
Il n’y a pas pire bassesse que de disqualifier un adversaire politique sans livrer bataille. Il n’y a pas pire lâcheté que d’éliminer un candidat sans l’affronter à visage découvert, sur les idées qu’il défend et sur le programme qu’il préconise pour relever un pays économiquement exsangue, sécuritairement exposé, socialement atomisé, culturellement agressé et spirituellement anesthésié. A vaincre sans péril, on triomphe sans gloire. Et cela vaut aussi bien pour François Fillon que pour tous les hommes politiques, depuis Valéry Giscard d’Estaing jusqu’à Dominique de Villepin, en passant par Pierre Bérégovoy dont on avait "livré aux chiens l’honneur" pour reprendre cette formule à Mitterrand. Combien d’hommes d’Etat ont été jugés et exécutés sur une présomption, une délation fallacieuse, ou même un égarement moral, et jamais sur leurs compétences intrinsèques et à plus forte raison sur leur patriotisme ? Les hommes, tous les hommes ont leurs titres de noblesse et de faiblesse.

Que celui qui n’a jamais péché lui jette la première pierre, enseignent les Evangiles que le laïcisme honni et que le gauchisme méprise. Plutôt que de voir la paille dans l’œil de Fillon, les archanges de la pureté morale et autres Torquemada de la vertu devraient regarder la poutre dans leurs propres yeux. La quasi-majorité des élus de droite comme de gauche emploient des proches ou intercèdent en leur faveur pour les faire embaucher dans telle ou telle ministère ou entreprise. Ce n’est pas un crime ni un délit.
C’est un habitus, une tentation humaine, trop humaine pour susciter autant de calomnies et de lynchage médiatique n’épargnant ni un homme présumé innocent jusqu’à preuve du contraire, ni son épouse, ni ses enfants.
 
Il est parfaitement clair que dans cette cabale très bien ficelée et synchronisée, les gardiens de la vertu et de la pureté ont ciblé l’épouse pour atteindre le candidat à la présidence. Mettre à mort un adversaire politique, ce n’est pas nouveau dans le rituel "démocratique". Si la démocratie athénienne a fait son entrée dans l’Histoire par la condamnation à mort de Socrate, la démocratie française a inauguré son règne par la décapitation de Louis XVI et de son épouse, Marie-Antoinette, celle que la horde appelait l’étrangère et que l’élite souillait par la vraie fausse "affaire du Collier". Dans ce que certains qualifient déjà de "Penelopegate", il y a beaucoup de violence symbolique et il y a également du non-dit qui joue sur le ressentiment populaire, sur l’atavisme instinctif et sur la mémoire collective !   
 
A supposer qu’il y eut "faute", nonobstant le caractère parfaitement légal d’embaucher son conjoint, tout homme a droit à l’erreur précisément parce qu’il est humain. Même pour les sacro-saints Papes, l’infaillibilité est un dogme, pas une essence. Mais, comme le disait si justement Shakespeare, "Sois aussi chaste que la glace et aussi pur que la neige, tu n’échapperas cependant pas à la calomnie". La politique est intrinsèquement violente et dans l’éthique de certains, tous les moyens sont bons pour éliminer un redoutable concurrent qui pourrait mettre fin à leur pouvoir et provoquer le redressement politique, économique, diplomatique et civilisationnel de la France. Mais attention aux effets d’agrégation : aux Etats-Unis, les Démocrates ont tout fait pour écarter des présidentielles Bernie Sanders. Résultat, ils ont eu Donald Trump…pour le meilleur ou pour le pire !
Publié sur Atlantico, 6 février 2017 envoyé par l'auteur
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Osons le dire !

Osons le dire : il est difficile de rester indifférent aux accusations répétées dont François Fillon est l’objet dans les media ces derniers jours. Et, même si aucune preuve n’a été apportée qu’il ait enfreint la loi, beaucoup d’entre nous s’interrogent. Devons-nous encore lui faire confiance et le soutenir pour qu’il devienne le prochain président des français ?
Mais au fait, qu’attendons-nous d’un président ?

Personnellement, j’ai choisi François Fillon lors des primaires car j’ai adhéré à l’analyse très concrète qu’il fait de l’état de la France et de ses problèmes. J’ai trouvé très pertinentes un grand nombre des propositions qu’il fait pour redresser le pays. J’ai été sensible à la part majeure qu’avait pris la société civile dans la co-construction de son projet présidentiel. Et j’ai vu en lui un homme de grande expérience, ayant mené plusieurs réformes majeures, sans jamais reculer ni devant la rue ni face aux pressions politiques ou médiatiques. J’ai apprécié enfin la vision qu’il avait de la place de la famille dans la société et sa volonté de faire exister une laïcité respectueuse des croyances de chacun mais ferme sur les valeurs de la République.
Aujourd’hui, rien de tout ceci n’a changé. Pourquoi hésiter alors à lui apporter notre soutien ?
Parce que les media disent des horreurs sur son compte à longueur de journée ? Parce qu’il aurait eu un comportement légal mais non angélique il y a 5, 10 ou 15 ans ? Parce qu’il a mieux gagné sa vie que la moyenne des français et que l’argent, en France, ça dérange ?
Oui, nous rêvons tous d’un homme providentiel, parfait, sorti de la cuisse de Jupiter pour venir sauver la France… mais prenons garde. A nous détourner trop vite de celui qui reste un bon candidat proposant un excellent projet, nous pourrions fort bien finir par confier les clefs du pays à des personnages aussi peu recommandables que dénués d’expérience.
Alors, prenez le temps de réfléchir à ce que vous voulez pour la France dans les 5 ans à venir et si cette réflexion vous a intéressé…partagez.
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Adossée à des fondamentaux politiques avérés. Magistro, une tribune critique de bon sens, raisonnée et libre, d'information civique et politique.

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