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Humanae vitae : un Magistère à défendre
 
Nous célébrerons en juillet prochain le cinquantenaire de l’un des documents pontificaux les plus mal compris : Humanae vitae (HV). Ce texte, qui prenait courageusement à contre-pied l’idéologie dominante, était en fait une initiative prophétique de Paul VI, tant la contraception allait avoir de répercussions fondamentales sur la sexualité et la famille, ce que personne, excepté le pape et quelques visionnaires comme Karol Wojtyla, n’avait entrevu.
En effet, la contraception a opéré un bouleversement sans précédent des comportements qui a radicalement changé l’approche de la sexualité : en déconnectant totalement cette dernière de la procréation, on a déconnecté du même coup sexualité et amour véritable – au sens de don de soi, d’engagement et de fidélité dans la durée (à vie) en vue de fonder une famille. La sexualité n’est plus alors la conséquence de l’amour (sa dimension unitive), elle répond désormais à l’appel du simple désir physique, fût-il passager et superficiel. Certes, il s’est toujours pratiqué une certaine distinction entre sexualité et procréation, mais cette distinction ne valait pas séparation en ce sens que la sexualité demeurait ouverte à la vie, même quand une naissance n’avait pas été souhaitée. Aujourd’hui, le lien sexualité-procréation est tellement rompu que l’avortement est là pour régler le "problème" de l’enfant non désiré après l’échec d’un moyen contraceptif.
 
Dissociation sexualité-procréation
Or, les dissociations sexualité-procréation, puis sexualité-amour ont eu pour conséquence de déresponsabiliser les personnes et de banaliser la sexualité réduite à une simple fonction de plaisir qui, dès lors, se pratique avec n’importe quel "partenaire", même inconnu, souvent utilisé comme simple objet de jouissance – cela rejoint la "culture du déchet" que combat le pape François et dont l’égoïsme est le fondement. Mais les effets sont encore plus profonds. Ces dissociations n’ont pas seulement banalisé la sexualité hors mariage entre l’homme et la femme, elles ont aussi "légitimé" toutes sortes de pratiques sexuelles d’une part, notamment entre personnes de même sexe, et la procréation "technique" par PMA ou GPA d’autre part : ainsi l’enfant, devenu objet d’un "droit" pour les adultes, se fabrique (selon des critères eugéniques) et s’achète comme une vulgaire marchandise. On peut désormais avoir un bébé sans sexualité (PMA) et sans maternité (GPA).
Tout est lié, tout s’enchaîne logiquement et c’est en cela qu’HV est un texte prophétique : l’encyclique avait mis le doigt sur l’origine de l’engrenage dans lequel nous avons été happés. L’argumentation d’HV appuyée sur la loi naturelle était juste, mais appelait assurément un développement – d’où l’apport personnaliste précieux de saint Jean-Paul II dans sa "théologie du corps" et son encyclique Veritatis splendor (VS, 1993), texte essentiel à relire pour bien comprendre les enjeux actuels d’HV.

En effet, les mêmes arguments avancés contre HV, et définitivement démontés dans VS, ont été repris par ceux qui espéraient faire évoluer la doctrine de l’Église sur les "divorcés remariés" après la publication d’Amoris laetitia. Et l’on voit poindre à nouveau ces raisonnements à l’approche de l’anniversaire de l’encyclique de Paul VI. Or, VS rappelle trois points majeurs de toute bonne théologie morale : le lien de subordination indispensable de la liberté à l’égard de la vérité ; la bonne intention ou la fin juste visée par le sujet, pas plus que les circonstances légitimes ou les conséquences bienfaisantes, ne suffisent à rendre bon un acte dont l’objet est intrinsèquement mauvais ; en conséquence, la bonne conscience – sans se soucier de savoir si elle a cherché à se former correctement – ne peut décider de façon autonome du bien et du mal, ni s’auto-satisfaire. À partir de là, Jean-Paul II montre les erreurs du "conséquentialisme" et du "proportionnalisme" qui ont resurgi récemment : "Le premier entend définir les critères de la justesse d’un agir déterminé à partir du seul calcul des conséquences prévisibles de l’exécution d’un choix. Le second, qui pondère entre eux les valeurs de ces actes et les biens poursuivis, s’intéresse plutôt à la proportion qu’il reconnaît entre leurs effets bons et leurs effets mauvais, en vue du “plus grand bien” ou du “moindre mal” réellement possibles dans une situation particulière" (VS 75).
 
Une "évolution inévitable" ?
Ceux qui, aujourd’hui, s’offusquent qu’un document comme Amoris laetitia soulève des questions parmi les chrétiens, jusque chez les cardinaux, ne se gênent guère pour contester frontalement HV ! Au regard des attaques subies par l’encyclique de Paul VI depuis 1968, les dubia de 2016 des quatre cardinaux apparaissent pourtant comme un modèle de déférence à l’égard du pape !
Mais il est surtout un type d’argument, ressassé à l’envi, auquel il ne faut pas céder : celui de "l’évolution inévitable" des mœurs qui rend la morale chrétienne inaccessible, laquelle doit donc être aménagée. Dans l’ordre moral, l’histoire montre que rien n’est jamais acquis définitivement, dans le bien comme dans le mal : il n’existe donc pas "d’évolution inévitable". Et c’est avoir un grand mépris pour nos contemporains que de les juger incapables de s’élever moralement, comme si la grâce n’était pas là pour suppléer à notre faiblesse humaine. N’existe-t-il pas des couples épanouis qui vivent sereinement selon la loi naturelle et le Magistère de l’Église ? L’erreur est de croire qu’il peut être facile d’être chrétien et qu’il suffirait pour cela de s’aligner sur les exigences du monde présent, alors que nombreux sont ceux qui attendent de l’Église une parole forte de vérité, à contre-courant des fausses facilités de la culture ambiante.

Paru sur lanef.net, éditorial de juin 2018
Publié dans Devant l'histoire
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Immigration : pourquoi le pape se trompe
 
S’il est une personnalité dont il ne faut pas suivre les conseils concernant l’immigration,c’est le pape François. C’est pourtant ce que risque de faire Emmanuel Macron. A l’issue de sa rencontre avec le Saint Père, mardi au Vatican, le chef de l’Etat a confié que la conversation avait notamment porté sur "les populismes". Selon La Croix de ce mercredi, les deux hommes partagent la conviction qu’il faut aujourd’hui "entendre les angoisses dans la société, mais ne pas céder à la manipulation de ces peurs". Or la position que défend le pape, d’une ouverture de l’Europe à l’Autre, n’est qu’en apparente conformité avec le message du Christ ("J’étais étranger et vous m’avez accueilli", Matthieu). Le 16 avril 2016, sur l’île grecque de Lesbos, François a invité les Européens à l’accueil sans limite des étrangers, comme le rappelle Jean-Philippe Vincent dans une note pour la Fondation pour l’innovation politique (1) : "L’Europe est la patrie des droits humains, et quiconque pose le pied en terre européenne devrait pouvoir en faire l’expérience (…)", avait-il notamment déclaré. Cependant, cette vision millénariste, qui voudrait faire la cité de Dieu sur terre en oubliant les nations, est contestable et dangereuse. Le christianisme n’a jamais eu pour prétention d’être une doctrine politique destinée à changer le monde. "Mon royaume n’est pas de ce monde", dit Jésus. Comme l’écrit Jean-Louis Harouel dans un livre déjà cité (2) : "La manière chrétienne de changer le monde consiste à se changer soir-même", tandis que la démarche millénariste vise "à changer les autres". C’est ainsi que François est en train de faire de l’Eglise une ONG droit de l’hommiste, insensible aux angoisses identitaires des Européens qui se tournent vers les populistes honnis.
 
Légitimes sont les peurs de ceux qui s’affolent de l’angélisme du Vatican et de l’entêtement de Macron à ne pas percevoir la crise migratoire. Le président préfère parler de "crise politique", au prétexte que les flux de clandestins ont effectivement baissé depuis 2015. Mais cet argument factuel ne tient pas, si gouverner c'est prévoir. Or la pression migratoire actuelle n’est rien en comparaison de ce qui s’annonce. Selon un rapport de l’Onu de 2016, 60 millions de jeunes arabes se retrouveront, dès 2020, devant un marché du travail saturé. Quant à l’Afrique, qui compte 1,2 milliard d’habitants (Europe : 510 millions), elle sera forte de 2,5 milliards d’habitants en 2050, tandis que l’Europe en aura perdu 60 millions. Si rien n’est fait dès à présent pour protéger l’Europe de l’immigration, il n’est pas besoin d’être prophète pour annoncer de profonds déséquilibres culturels et religieux à venir. Ce mercredi matin, le navire humanitaire Lifeline attendait encore d’être autorisé à accoster sur l’île de Malte, l’Allemagne n’ayant toujours pas donné son aval à la solution commune retenue hier pour répartir les "migrants". Jeudi et vendredi, le Conseil européen, qui a toujours vanté les mérites de l’immigration, va devoir se confronter à ses erreurs et à leurs conséquences politiques. Elles mettent en péril l’avenir d’Angela Merkel. Si les européistes persistent dans leur ouverture impensée, en se contentant de la bénédiction papale, les peuples ne tendront pas l’autre joue.
(1) Ethique de l’immigration, juin 2018, Fondapol
(2) Revenir à la nation, Editions Jean-Cyrille Godefroy, 2014

Paru sur blog.lefigaro.fr/rioufol, 27 juin 2018
Publié dans A tout un chacun
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A travers la presse, les réalités de l'islam
 
La multiplication des attentats commis au cri de "Allah akbar " comme de ceux qui ont été déjoués, la lassitude suscitée par la ritournelle obligée du "pas d’amalgame", le choc provoqué dans l’opinion par le sacrifice du Colonel Beltrame semblent avoir levé une partie du couvercle, imposé par la "bien-pensance", qui empêchait d’aborder en vérité les questions que pose l’Islam à notre société.
 
La tribune "Non au séparatisme islamique" de plus d’une centaine d’intellectuels, publiée dans Le Figaro du 20 mars dénonçant "un apartheid d’un nouveau genre proposé à la France" par "le totalitarisme islamiste", et celle signée par 300 personnalités dans Le Parisien du 22 avril pour demander, face au "nouvel antisémitisme", "que les versets du Coran appelant au meurtre et au châtiment des juifs, des chrétiens et des incroyants soient frappés de caducité par les autorités théologiques " en sont une illustration marquante. Mais au-delà de ces interventions spectaculaires, plusieurs questions de fond ont été traitées ces derniers mois dans les médias. Vous en trouverez ci-dessous les éléments qui, concernant les réalités de l’islam, nous ont paru les plus importants.
 
L'islam n'est pas qu'une religion
"L’islam est à la fois une religion et un système juridique… la charia est décisive. Ce système de lois régit la totalité du comportement humain, y compris le religieux… La charia peut évoluer, mais ce qui reste, c’est l’idée selon laquelle la raison humaine n’est pas capable de déterminer par elle-même la bonne conduite." (Rémi Brague, Le Figaro 8 février 2018).
 
Propos qui font écho à ceux du très courageux écrivain algérien Boualem Sansal : "Cela fait des siècles que l’intelligence et la raison ont abdiqué devant l’islam" (Valeurs actuelles 15 janvier 2015).
"Dans l’islam on n’a pas besoin de conscience puisque la loi vous dit ce que vous avez à faire… La charia gouverne tout. L’islam constitue une civilisation clefs en main qui, en principe, peut vous donner toutes les recettes qui vous permettront de faire la volonté de Dieu dans toutes les circonstances de la vie, jusqu’au moindre détail. " (Rémi Brague, L’Homme Nouveau, 3 mars 2018)
 
C’est ce que confirment Hassan el-Banna, fondateur des Frères musulmans : "l’Islam est dogme et culte, patrie et nationalité, religion et Etat, spiritualité et action", et Hani Ramadan, son petit-fils et frère de Tarik : "C’est une organisation complète, qui englobe tous les aspects de la vie… C’est une culture et une juridiction, une science et une magistrature." (Valeurs Actuelles, 6 mars 2018)
 
Quelle différence entre islam et islamisme
"Il y a une différence de degré mais pas de nature entre islam et islamisme. La vraie séparation de nature apparaît entre un islam orthodoxe qui a une facette islamiste et un islam libéral réformiste qui est jugé totalement hérétique… ( et ce "depuis le Xème siècle lorsqu’il y a eu le blocage des écoles juridiques de l’islam"). L’islam orthodoxe sunnite est un tout qui n’accepte pas l’autocritique et qui n’a jamais remis en question les sources légales de la violence sacrée de l’islam. C’est là que puise le djihadiste pour légitimer et déculpabiliser son acte barbare… C’est pour cela que les djihadistes et les islamistes radicaux ne sont pas les seuls à excommunier les musulmans réformistes, puisque l’Université el-Azhar du Caire a elle-même excommunié tous les musulmans qui proposaient un islam rationnel qu’on appelle le mutazilisme…, qui propose d’utiliser la raison et de considérer le Coran comme créé par l’homme afin de pouvoir l’interpréter." (Alexandre del Valle, Boulevard Voltaire, 29 mars 2018).
 
Pascal Bruckner et Gilles Kepel font une analyse très proche :
Le terrorisme et l’intégrisme – salafistes et Frères musulmans- sont des frères jumeaux qui s’épaulent et agissent par des moyens différents … el-Azhar, qui est la "Sorbonne" de l’islam a attendu la fin de l’année 2014 pour condamner Daech."  (Pascal Bruckner, Le Figaro, 24 mars 2018).
 
Elle n’a d’ailleurs toujours pas répondu à l’adjuration du Président El Sissi, venu lui dire le 28 décembre 2014 "nous avons besoin de changer radicalement notre religion" et demander à son Grand Imam de parler car "la nation islamique est déchirée, détruite, court à sa perte."
"Le salafisme prêche une rupture culturelle fondamentale avec les valeurs de la société française. C’est sur cette vision des choses… que reposent aussi bien les doctrines du salafisme que du djihadisme. A la différence que celui-ci passe à l’acte et la traduit dans la violence. "(Gilles Kepel, Le Figaro magazine, 23 février 2018).
 
Mais il est difficile de tenir pareil discours, même si sa véracité est attestée par des textes entiers de la Ligue islamique mondiale et de l’Organisation de la Coopération islamique d’imams séoudiens, y compris le Grand mufti d’Arabie saoudite qui incitent les musulmans à refuser les mœurs des sociétés mécréantes, à islamiser l’Europe et à se plaindre de l’islamophobie pour désarmer les mécréants" (Alexandre del Valle, ibid.).
Car l’accusation d’islamophobie, source de multiples procès et "arme de destruction massive du débat intellectuel " (Pascal Bruckner, Le Figaro Magazine, 27 janvier 2017) a aussi été utilisée pour "chercher à interdire toute critique du dogme le plus rigoriste au sein de la communauté musulmane", tentative d’interdiction appuyée par "une nébuleuse islamo-gauchiste qui va aujourd’hui jusqu’aux Indigènes de la République et a touché certains partis comme la France insoumise." (Gilles Kepel, ibid.), et "des élites occidentales qui, par aveuglement ou pusillanimité se sont persuadées que magnifier l’islam fait reculer l’islamisme." (Boualem Sansal, interrogé par Annie Laurent, La Nef, novembre 2017).
 
L'indispensable émancipation de la pensée islamique
"Il est temps de refonder la pensée théologique islamique" affirme le théologien Ghaleb Bencheikh, présentateur de l’émission "questions d’islam" le dimanche matin sur France Culture. "Chaque jour que Dieu fait, des dizaines de vies sont fauchées par une guerre menée au nom d’une certaine idée de l’islam… ce n’est plus suffisant de clamer que ces crimes n’ont rien à voir avec l’islam… Ce n’est plus possible de pérorer que l’islam c’est la paix, c’est l’hospitalité, c’est la générosité … C’en est devenu insupportable ! La monstruosité idéologique de Daech, c’est le wahabisme en actes. C’est le salafisme dans les faits, la cruauté en sus. L’historicité et l’inapplicabilité d’un certain nombre de textes du corpus religieux islamique sont d’évidence, une réalité objective."
 
C’est ce que G. Bencheikh appelle "la partie belligène du patrimoine religieux islamique" qu’il est temps, dit-il, "de décla rer anti humaniste." Il importe "de renouer avec l’humanisme d’expression arabe… Il est consternant que cet humanisme soit oblitéré, effacé des mémoires et totalement occulté." (site internet : refonder-pensee-theologie-islam).
 
Mais cette réforme ne peut venir que des musulmans eux-mêmes, même si notre dialogue avec des islamologues non musulmans peut y contribuer. C’est ce qu’après Pascal Bruckner et Rémi Brague dit la philosophe Razika Adnani, membre du Conseil d’orientation de la Fondation de l’islam de France et présidente des Journées internationales de philosophie d’Alger :
"Tout discours concernant la réforme de l’islam venant de non musulmans… sera vu par la grande majorité des musulmans comme une intrusion étrangère dans les affaires de leur religion et une nouvelle offensive de l’Occident contre l’islam. Ce sera un alibi pour les conservateurs pour riposter et précipitera ainsi l’échec du projet de réforme que certains musulmans, qui ne vivent pas forcément en France, veulent porter aujourd’hui… et qui n’est pas celle de l’islam de France, mais celle de l’islam tout court. L’idée d’un islam de France… spécifique à la France est une utopie… et comporte une arrogance teintée d’une ignorance… elle ne fera que renforcer les attaques de ceux qui croient détenir le vrai islam."(Figaro vox, 28 février 2018)
 
Mais cette réforme est essentielle et doit être encouragée ; comme le dit Boualem Sansal :
"Je tiens à alerter sur ce qui, à mon avis, est le problème numéro 1 de notre époque : l’islamisation conquérante, dont l’islamisme est une composante forte." (La Nef, novembre 2017).
Paru sur associationclarifier.fr, dans La Petite Feuille verte, 21 juin 2018
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Déboussolés !
 
Que ce soit dans le secteur privé ou dans le secteur public, les exemples abondent de crédulités, de naïvetés, de conceptions erronées prises pour des idées géniales, d’erreurs et d’incertitudes à peine croyables sur des résultats chiffrés. Les idées fausses mais "politiquement correctes" conduisent à des gaspillages étonnants. Aurions-nous perdu nos boussoles – notre bon sens ?
 
La confusion des cerveaux et des comptes dans le secteur privé
La dernière en date des révélations dans le domaine des estimations chiffrées concerne "les vrais chiffres de l’exit tax", pour reprendre le titre utilisé dans le journal Les Echos de ce jour, le 27 juin. Ce quotidien économique annonce une erreur gigantesque sur les précédentes annonces officielles relatives aux recettes attendues de cette ponction instaurée sur les plus-values réalisées par les entrepreneurs ayant choisi d’émigrer : il ne s’agirait pas de 6 Md€, chiffre avancé en Commission des finances à l’Assemblée nationale par le directeur de la législation fiscale, mais seulement de 1,55 Md€. Encore faut-il se méfier d’une confusion possible : le Conseil des prélèvements obligatoires (CPO) a donné une évaluation à 803 M€, mais ce chiffre concerne parait-il uniquement l’impôt sur le revenu, pas les prélèvements sociaux, qui sont eux aussi des prélèvements obligatoires, et donc du ressort du CPO.
 
La veille, un article du même journal annonçait un "record de pyramides de Ponzi démasquées aux Etats-Unis". Cette forme d’arnaque, portée à son apogée par le célèbre Bernard Madoff, consiste à proposer des placements procurant des rendements merveilleux, et à utiliser les sommes récoltées pour payer effectivement les intérêts promis et mener la belle vie. Cela dure jusqu’à ce que décline le montant des apports de nouveaux fonds, et que trop de déposants demandent le remboursement de leurs avoirs, ce qui entraîne des refus pour cause de caisse vide et l’intervention de la justice. Bien que de telles arnaques se produisent depuis des décennies, la crédulité est grande et le bon sens loin de chez nous.
Le succès des cryptomonnaies, signes numériques dépourvus de valeur réelle, à la différence des monnaies de crédit qui ont comme contrepartie des prêts finançant principalement les entreprises et l’immobilier, est un autre exemple du manque de bon sens chez un certain nombre de nos contemporains, et de l’absence de scrupules de "petits malins" prêts à chercher à s’enrichir aux dépens des nigauds. Bien entendu, de même que, dans la nature, les gros prédateurs mangent souvent les moins coriaces, beaucoup de ces "petits malins" qui croient au Père Noël se font berner par d’autres, plus astucieux ou mieux organisés.
 
La confusion intellectuelle dans les affaires publiques
Ce manque de boussole intellectuelle ne se constate pas seulement du fait d’erreurs d’estimation ou de manœuvres, légales ou illégales, destinées à s’enrichir sur le dos de personnes trop crédules. Il affecte de nombreuses décisions publiques. Là encore, il suffit d’ouvrir le journal du jour pour tomber sur des exemples d’aveuglement. Regardons cette fois Le Figaro du jour où j’écris, le 27 juin : un inspecteur général des finances, Patrice Cahart, y expose de façon nette et précise le gaspillage engendré par la mode qui pousse les pouvoirs publics à remplacer les centrales nucléaires par des éoliennes. Obligée d’acheter le courant éolien à un prix double de celui qu’elle obtient de sa revente, EDF se ruine ; beaucoup de nos paysages sont défigurés, et nous allons devoir ouvrir davantage de centrales thermiques pour prendre le relais lorsqu’il n’y a pas assez ou trop de vent : l’effet sur la production de gaz carbonique sera l’inverse de celui recherché. Tout cela suite à l’engouement irrationnel d’une partie de la classe politique pour une écologie de pacotille.
 
Le système de santé est pareillement victime – et les Français avec lui – d’idées absurdes concernant les économies possibles en la matière. Il y a une vingtaine d’années, les admissions en seconde années de médecine ont été réduites de façon sauvage dans le but de diminuer la consommation médicale. Depuis quelques années, c’est la chasse aux lits d’hôpitaux qui a pris le relais : ainsi se réjouit-on que 4 000 lits aient été supprimés en 2016 ! La première de ces politiques malthusiennes a pour conséquence que la France fait venir des médecins de pays dans lesquels ils sont déjà trop rares. La seconde aboutit à priver les hôpitaux de lits d’appoint qui ne coûtent pas grand-chose s’ils sont inutilisés, mais peuvent se révéler très utiles pour des patients qui n’ont personne pour s’occuper d’eux quand ils regagnent leur domicile après une opération, et pour se débrouiller lorsque se produit une vague d’entrées imprévue, par exemple suite à une épidémie, à une catastrophe ou à un attentat ayant fait de nombreuses victimes.
Les pouvoirs publics donnent ainsi fréquemment l’exemple d’une absence de bon sens tout-à-fait désastreuse pour l’efficacité des services publics, et donc mauvaise pour le pays et pour les Français. Or ce déficit de bon sens s’explique en grande partie par des modes intellectuelles qui s’imposent en devenant "politiquement correctes".
 
La crédulité des décideurs publics face à des affirmations péremptoires, telles que "le privé peut faire cela mieux et moins cher", ou "le numérique va nous procurer une simplification et des économies de gestion fantastiques", provoque des gaspillages en série, pour deux raisons principalement : premièrement, le secteur privé est dans bien des cas inadapté pour produire des services publics, et les commanditaires sont incapables de négocier correctement les contrats et de veiller au grain lorsqu’ils s’agit de surveiller leur mise en œuvre ; deuxièmement, s’agissant d’informatique, bon nombre de hauts fonctionnaires ne sont pas aptes à veiller à la réalisation correcte de ce qu’ils demandent, si bien que le résultat est un raté fantastique comme Louvois pour la solde des militaires ou le logiciel du RSI pour la sécurité sociale.
Dans un grand nombre de cas d’échec retentissant, de fonctionnement médiocre, de surcoût inadmissible, la cause première est la propension à croire au Père Noël qu’ont bon nombre de personnes nanties de diplômes prestigieux et de réputations solides, auxquelles ont été confiées des responsabilités importantes.

Envoyé par l'auteur, 27 juin 2018
Publié dans Du côté des élites
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Faire contribuer l’action locale au redressement national
 
Tous ceux qui ont participé, directement ou indirectement, à la vie politique nationale depuis une quarantaine d’années, peuvent témoigner que celle-ci a été source de déceptions aussi récurrentes que cruelles pour les convictions que nous portons, soit que les espérances mis en tel dirigeant se soient révélées trompeuses, soit que le résultat des élections ait déjoué ces mêmes espérances : le cru 2017 vient de le confirmer encore une fois !
En revanche, l’action locale, qu’elle soit communale, départementale ou régionale, permet bien davantage d’inscrire ses convictions dans le pays réel.
Les raisons en sont assez claires : tout d’abord, on le sait, l’idéologie tient peu de place au niveau des territoires. Dès lors qu’on cherche à résoudre des problèmes tels que la sécurité des biens et des personnes, le soutien aux commerçants et aux autres chefs d’entreprise, le logement des familles, la scolarisation et l’accueil des tout petits, la voirie, le secours aux plus démunis, etc… les choix sont le plus souvent dictés par le terrain. Si on ajoute que les exécutifs locaux ne peuvent, à la différence des gouvernements, présenter un budget en déficit, ne serait-ce que d’un euro, on comprend pourquoi la bonne gestion est également la marque nécessaire de la gestion territoriale… Ensuite, parce que le rôle des partis y est bien plus réduit, y compris dans les plus grandes villes : je le constate tous les jours dans la mienne qui dépasse les 85 000 habitants. Même lorsque le responsable de l’équipe aux commandes se prévaut d’une étiquette politique, celle-ci est vite effacée par les préoccupations quotidiennes, d’autant plus que la plupart des autres élus n’ont pas d’appartenance partisane. Enfin, et cela est peut-être l’essentiel, dans une collectivité où les rencontres sont quotidiennes entre élus et habitants, qui partagent la même vie et se retrouvent dans les mêmes lieux, on ne peut pratiquer la "langue de bois" et l’action politique est immédiatement jugée en fonction de ses résultats.
 
Dès lors, deux possibilités se présentent : soit, concentrer ses efforts sur la seule gestion, dont on connait les "figures imposées" –réductions des dépenses, économies d’effectifs, modération des investissements pour ne pas augmenter excessivement la dette-. Cet impératif, qui est loin d’être négligeable, n’entrainera pour autant aucune adhésion profonde –même s’il se traduit notamment par une pause fiscale - s’il ne s’accompagne pas d’un véritable projet collectif, fondé sur une vision à long terme de la collectivité. Et c’est là – seconde possibilité - que l’action locale peut porter de vrais fruits : dans une commune en particulier, lieu d’excellence de l’incarnation politique, il appartient à ceux qui exercent une responsabilité de donner du sens à leur action en prenant des initiatives qui peuvent progressivement transformer le comportement et le cadre de vie des habitants. Les exemples sont très nombreux : aide à la création d’une école indépendante en lui cédant un terrain ou un local devenu sans objet, soutien à l’accueil des futures mères en difficulté et aux modes de garde familiaux, encouragement à la mixité générationnelle dans le parc social, préparation au mariage civil, politique d’intégration systématique pour les nouveaux naturalisés, découverte du patrimoine culturel national pour les élèves, participation des citoyens à des missions civiques en créant, entre autres, des auxiliaires de sécurité, renforcement de la solidarité au sein des conseils de quartier, organisation de conférences sur des sujets de fond, attention marquée aux projets culturels, spectacles vivants avec le concours des habitants… la diversité des actions possibles est considérable et riche de conséquences très positives.
 
En outre, s’agissant du "Comment faire", chacune de ces actions peut être facilement confiée à un adjoint ou un conseiller municipal et s’appuyer sur une association existante : le principe de subsidiarité doit pleinement s’appliquer.
Au lieu donc de se satisfaire de lamentations permanentes sur les malheurs du temps – et Dieu sait qu’ils sont graves - tournons-nous délibérément vers les potentialités de ces actions locales : que nous soyons élus, animateurs associatifs ou simples citoyens capables d’en convaincre nos édiles, soyons initiateurs de projets qui, demain, de proche en proche, feront plus pour la renaissance de la société française qu’un changement de majorité au Parlement

Article publié dans la revue Permanences n°565, envoyé par l'auteur,18 juin 2018
Publié dans A tout un chacun
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L'Europe fracturée par l'immigration illégale
 
FIGAROVOX/CHRONIQUE - Il n'y a pas, en ce début de troisième millénaire, de sujet géopolitique plus important que l'explosion démographique en Afrique.
 
Au moment des indépendances, dans les années 1960, le continent africain comptait 250 millions d'êtres humains. Aujourd'hui, en 2018, la population africaine a atteint 1,25 milliard d'êtres humains. Et on prévoit qu'elle doublera d'ici à 2050.  À une ou deux exceptions près, les administrations des pays africains sont submergées par cette croissance exponentielle de leur population. Ni la production agricole, ni les infrastructures, ni l'urbanisation, ni la scolarisation, ni la création d'emplois durables pour la jeunesse n'arrivent à suivre.
Quand bien même jugerait-on possible pratiquement de relever un tel défi démographique que manquerait sur place la gouvernance étatique. Soixante ans de coopération technique européenne en territoires africains indépendants n'ont pas réussi à y greffer le concept pourtant élémentaire de planning familial. "Si nous ne réduisons pas la taille de nos familles, notre pays continuera à souffrir de la pauvreté parce que les ressources disponibles ne pourront plus couvrir nos besoins", a reconnu Goodluck Jonathan, ancien président (2010-2015) du Nigeria.
C'est de ce pays aux richesses naturelles fabuleuses, mais mal gérées et mal partagées depuis l'indépendance en 1960, que provient aujourd'hui le plus grand nombre de ces jeunes immigrants illégaux qui essaient par tous les moyens d'atteindre les rivages du nord de la Méditerranée. Le Nigeria comptait 34 millions d'habitants en 1960. Il en compte aujourd'hui presque 200 millions.

L'Europe se retrouve seule à devoir gérer le problème planétaire qu'est l'explosion démographique du continent noir. Politiquement, l'Amérique et la Chine s'intéressent peu à l'Afrique, et seulement du point de vue de l'exploitation de ses richesses naturelles. L'Europe se retrouve donc en première ligne. Elle fonctionne comme un aimant à l'égard de la jeunesse africaine. On assiste à un début de déversement de la jeunesse africaine vers un prétendu eldorado européen, et ce pour quatre raisons : la proximité géographique ; l'existence en Afrique du Nord de réseaux de trafiquants d'êtres humains bien organisés ; la porosité des frontières physiques européennes ; la générosité des systèmes sociaux des pays membres de l'Union européenne.
Par exemple, la France représente 1 % de la population mondiale, 4 % de la production de richesse mondiale, 15 % des dépenses sociales mondiales. Peu de pays comme la France offrent à ses habitants les plus pauvres un revenu minimum garanti, l'instruction secondaire et supérieure gratuite, les colonies de vacances gratuites, les soins médicaux gratuits, ainsi que la prise en charge d'une partie des frais de logement. En Chine, pays qui se dit pourtant toujours communiste, tous ces services sont payants.
Le meilleur moyen de s'installer en Europe pour un immigré illégal est de se faire passer pour un réfugié politique et d'invoquer le droit d'asile. Celui-ci a été forgé par les Français de 1789 pour accueillir les étrangers persécutés dans leurs pays pour avoir défendu les idéaux de la Révolution française. On assiste aujourd'hui à un détournement massif du droit d'asile, car l'écrasante majorité des réfugiés sont des réfugiés économiques. Une fois qu'il a mis le pied sur le sol européen, le migrant sait qu'il pourra y rester à loisir, car les reconduites forcées vers l'Afrique sont statistiquement rares.

Il est évident que les pays européens n'ont plus les moyens économiques, sociaux et politiques d'accueillir toute la misère du monde. Il est tout aussi évident qu'il n'y a aujourd'hui aucune solution miracle, tant sont complexes les problèmes humanitaires et juridiques soulevés par les migrations sauvages. Après l'échec du minisommet préparatoire du 24 juin 2018, le sommet européen du 28 juin promet d'être tendu.
Peu familiers de l'Afrique, et n'y ayant jamais eu de colonies, les pays d'Europe de l'Est refusent que l'Allemagne et la France leur imposent des quotas de migrants. Ils estiment que les sociétés multiculturelles sont un échec. Ils s'étaient déjà rebellés en 2015, lorsqu'ils n'avaient accepté du Levant que des réfugiés chrétiens, faisant observer que le christianisme disparaissait en Orient, alors que l'islam progressait en Occident.
Cela n'aurait aucun sens, ni juridique, ni politique, d'infliger une punition aux pays du groupe de Visegrad (Pologne, Tchéquie, Slovaquie, Hongrie). Quand ils ont rejoint l'Union européenne, ils ne se sont jamais engagés, ni à obéir à Paris et à Berlin, ni à recevoir chez eux sans visas des populations africaines ou moyen-orientales.
En revanche, en raison de l'urgence de la question migratoire, il est tout à fait légitime que la France et l'Allemagne, pays contributeurs nets, veuillent y concentrer les moyens financiers du budget européen. Il est clair que financer la construction d'autoroutes en Pologne ne constitue plus une priorité pour l'Europe. L'urgence est désormais d'arrêter l'appel d'air européen vers les populations africaines.
Les nouvelles priorités sont limpides : reconstruire un État en Libye et aider ses forces armées à combattre les trafiquants d'êtres humains et à sécuriser ses frontières méridionales dans le Fezzan ; déployer, aux côtés de la marine nationale de Libye, et dans ses eaux territoriales, des navires de surveillance européens capables de ramener les naufragés ou les dinghies surchargés d'êtres humains vers leur rivage d'origine. Le littoral libyen était naguère équipé de radars de surveillance que l'Union européenne avait financés. Ils furent détruits par des frappes franco-britanniques durant la guerre de 2011 contre le régime de Kadhafi. La coopération militaire, policière, humanitaire avec les autres États d'Afrique du Nord doit évidemment se poursuivre.
En Afrique noire, il faut en même temps accroître l'aide économique de l'Union européenne et la lier à l'instauration d'un planning familial, ainsi qu'à un développement de projets agricoles et énergétiques concrets, capables de nourrir et retenir chez elles les familles africaines.
L'Italie n'en peut plus, qui a vu plus de 700 000 migrants illégaux débarquer sur ses côtes depuis 2013. Sa générosité a des limites. Son nouveau ministre de l'Intérieur a prévenu que l'Europe institutionnelle jouait son existence même sur la question migratoire. Venant de la part d'un pays fondateur du Marché commun, c'est un message qu'il faut prendre au sérieux.

Paru dans Le Figaro, 26 juin 2018
Publié dans Avec l'Europe
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Devoir d'humanité
 
En se rendant au Vatican pour recevoir son titre de chanoine de Latran, Emmanuel Macron prend une nouvelle fois acte de la très vieille histoire qui unit la France à l'Église catholique.
Mais s'il ne s'agissait que d'une vieille coutume voulant que le président de la sixième puissance mondiale vienne accepter un honneur désuet des mains de chanoines dans une basilique de Rome, ce voyage n'aurait guère de sens. Gageons que, deux mois après le discours des Bernardins, il est un nouvel épisode des efforts du chef de l'État pour renouer le lien "abîmé" entre l'Église et sa fille prodigue, quoique aînée.
Ce mardi matin, François et Emmanuel Macron vont se parler. Migrants, crise de la conscience européenne, l'actualité donne à la rencontre une acuité exceptionnelle : peut-être que pendant l'échange des oreilles tinteront dans l'Urbs, sinon dans l'Orbs : le Vatican n'est pas si loin du Viminal, le siège du ministère de l'Intérieur italien occupé par Matteo Salvini.
Auprès de l'Église "experte en humanité" (Paul VI), Macron tentera de justifier sa politique, faite d'un réalisme qui ne voudrait jamais manquer à la solidarité. Les récentes déclarations du Pape rappelant que les gouvernements ont le droit de faire preuve de "prudence" quant à leur capacité à "accueillir, accompagner, organiser, intégrer" contribueront à les rapprocher.
Mais que serait cette humanité - le président français lui préférera le terme d'humanisme - sur laquelle s'est construite l'Europe, cette philosophie qui court de saint Martin et saint François et se prolonge jusqu'à Schuman et De Gasperi, si soudain l'Europe consentait à ce que le mot fût pris dans une acception restrictive ? Car que dire d'un monde soucieux de s'acquitter de son devoir d'humanité envers quelques sujets essentiels, les migrants en sont un, et qui en négligerait d'autres : miséreux des rues, enfants à naître de PMA pour toutes ou de GPA (les privant de père ou de mère), malades en fin de vie menacés d'euthanasie ? Bernanos avait résumé la situation d'un mot terrible : une société au cœur dur et à la tripe sensible.

Paru dans Le Figaro, éditorial, 26 juin 2018
Publié dans A tout un chacun
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La fiscalité locale moins libérale que jamais
 
TRIBUNE - En matière de fiscalité locale, les projets d'Emmanuel Macron sont à l'opposé des choix qui ont fait le succès de Margaret Thatcher en Grande-Bretagne, analyse l'essayiste *.
 
Le gouvernement promet un "big bang" en matière de fiscalité locale ; les propriétaires ne doivent en attendre rien de bon. Élu sur une image de libéralisme qui a paru confirmée par les ordonnances travail, Emmanuel Macron mérite-t-il cette réputation ? C'est douteux en matière de fiscalité locale. Un sujet loin d'être négligeable puisque les collectivités consomment 11 % du PIB et assument 85 % des investissements civils de l'État (c'est-à-dire à peu près tous les investissements de proximité).
Or le programme du président en matière de fiscalité locale risque de mettre la France - dans ce domaine précis - dans l'état où se trouvait le Royaume-Uni à l'arrivée de Margaret Thatcher en 1979. Rappelons où en étaient à cet égard nos amis britanniques : après vingt années dominées par la gauche, les collectivités locales, en majorité gérées par les travaillistes, étaient devenues très dépensières. Et pour cause : la fiscalité, essentiellement foncière, était concentrée sur 20-30 % de la population, celle qui votait conservateur. La majorité bénéficiait des services locaux et de programmes de solidarité sans y contribuer. Autrement dit, les uns élisaient, les autres payaient.
Le système n'était pas seulement ressenti comme injuste, il constituait une incitation à la dépense publique. Appauvrissant les classes moyennes, notamment dans les grandes villes industrielles du nord de l'Angleterre et de l'Écosse, il avait fait fuir les uns et découragé les autres. Le ressort de l'initiative avait disparu. Qui ne se souvient de l'aspect lugubre qu'avaient les villes britanniques des années 70, y compris Londres ?
Une des réformes capitales de Margaret Thatcher fut celle des finances locales : considérant qu'une collectivité locale était une sorte de club auquel tous les usagers des services publics devaient cotiser, elle introduisit un impôt qui serait payé par tous. La Dame de fer poussa certes le bouchon un peu loin, inventant la "poll tax" (contribution uniforme par tête), rappelant la capitation d'Ancien Régime. Le tollé qui s'ensuivit causa sa perte en 1990. Mais le principe d'un impôt local qui serait payé par tous, avec des modulations, fut maintenu. On sait comment les réformes thatchériennes, celle-là et d'autres, ont revitalisé le Royaume-Uni, en particulier les villes du Pays noir (ancienne région productrice de charbon et d'acier à l'ouest de Birmingham, NDLR).

En France, nous avions depuis toujours un impôt que chacun payait, c'était la taxe d'habitation, héritée de l'impôt sur les portes et fenêtres, une des "quatre vieilles" contributions directes instaurées par la Révolution française en 1791. Elle était proportionnelle à la surface occupée, mais aussi fonction de la pression fiscale de la commune, s'ajoutant, rappelons-le, pour les propriétaires, à la taxe foncière. Certes, les réformes de Lionel Jospin en avaient exonéré les plus modestes, mais elle restait payée par environ 80 % de la population.
Le projet d'Emmanuel Macron est de supprimer la taxe d'habitation en deux ans, ce qui conduira à faire porter l'ensemble du poids de la fiscalité locale sur la taxe foncière. La charge qui va peser sur les propriétaires sera d'autant plus écrasante que les dotations versées par l'État aux collectivités locales vont diminuer, que la taxe professionnelle (devenue CFE) n'est plus modulable et que les collectivités locales sont presque toutes incapables de faire des économies à court terme.
Tous les contribuables qui, déjà, ne sont pas assujettis à l'impôt sur le revenu ne contribueront presque plus aux finances locales demain. Contribueront davantage, au contraire, tous les propriétaires, les classes moyennes au sens large, y compris les petits retraités ayant épargné toute leur vie pour acheter un pavillon et qui, dans certaines communes, n'arrivent plus à payer les taxes. Un traitement particulièrement défavorable sera appliqué aux résidences secondaires. En outre, ceux qui ont un patrimoine foncier important paieront l'impôt sur la fortune immobilière (IFI) au lieu de l'ISF. Et il est à craindre que l'IFI soit peu à peu alourdi pour compenser l'exonération des valeurs mobilières.
Même causes, mêmes effets : le dévoiement de la démocratie locale qu'avaient connu les villes britanniques avant Thatcher est à attendre de la réforme Macron. Si les contributeurs aux budgets locaux sont désormais une minorité, la porte sera grande ouverte à la démagogie et à la dépense publique, déjà excessive.
 
Il n'y a que de mauvaises raisons à cette réforme irresponsable. La première témoigne de l'emprise inégalée des logiques purement techniques. La taxe d'habitation était la plus lourde à recouvrer pour Bercy : beaucoup de petites cotes, le plus fort taux d'impayés. Le ministère des Finances, qui espère de la réforme en cours des économies de fonctionnement, l'a imposée au détriment de toute considération de citoyenneté et d'équilibre social.
La seconde raison est plus grave : au motif de "dégeler" la fortune française, excessivement portée sur le foncier, dit-on, ce sont les classes moyennes et moyennes supérieures que l'on accepte d'affaiblir un peu plus, au bénéfice d'un côté des contribuables très aisés, désormais libérés de l'ISF (il aurait été préférable de supprimer purement et simplement cet impôt sur le patrimoine), de l'autre des classes populaires bénéficiaires de transferts fiscaux et sociaux.
 
Ceux qui appellent la France à plus de libéralisme - et ils ont raison - ne savent pas qu'il y en a de plusieurs sortes : celui qu'avait incarné Margaret Thatcher était un libéralisme national, soucieux de s'appuyer sur les classes moyennes et moyennes supérieures britanniques et, pour cela, de limiter les dépenses publiques et les transferts fiscaux et sociaux. Celui qu'incarne Emmanuel Macron nous semble différent : soucieux de rendre la France attractive pour les investisseurs étrangers, il promeut des réformes (comme les ordonnances travail) qui les rassurent. En revanche, le président ne craint pas d'accabler les classes moyennes et moyennes supérieures. Celles-ci ont le sentiment qu'il est désormais mal vu de tenir à la propriété foncière. Ce libéralisme-là, en outre, si l'on s'en tient aux faits et non aux intentions affichées, n'a pas encore démontré sa détermination à réduire sérieusement les dépenses publiques et les transferts fiscaux et sociaux.
Il y a libéralisme et libéralisme. Celui que manifeste Emmanuel Macron risque d'exposer les Français à des déceptions.
* Ancien élève de l'École normale supérieure et de l'École nationale d'administration, Roland Hureaux a été le collaborateur de Philippe Séguin.
Il est notamment l'auteur de "Les Nouveaux Féodaux, l'erreur de la décentralisation (Gallimard, 2004).

Paru dans Le Figaro, 25 juin 2018
Publié dans Du côté des élites
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Sept considérations sur les églises d'Europe et les migrations
 
De nombreux Européens sont aujourd’hui exaspérés par les prises de position des autorités religieuses du continent, aussi bien catholiques que protestantes, à tous les niveaux, en faveur d’une large ouverture de l’Europe aux immigrants venus d’Afrique ou d’Asie, réfugiés ou pas.
Or il y a bien des raisons pour justifier cette réaction. Elles se situent à plusieurs niveaux.
 
Il est bien connu que les gens n’aiment pas qu’on leur fasse la morale. L’Eglise catholique a payé assez cher pour le savoir, au point de se trouver presque réduite au silence en matière de morale sexuelle où ses positions de toujours vont à l’encontre du courant dominant de notre époque (comme le culte du Dieu unique allait, dans le peuple juif, à l’encontre du courant dominant du Proche-Orient ancien !). Quel évêque s’aventurerait aujourd’hui à rappeler avec insistance que les conjoints doivent être fidèles, qu’il faut éviter les relations sexuelles hors mariage ou que l’homosexualité est un mal ?
Dès lors qui peut imaginer dans la hiérarchie ecclésiastique que le rappel réitéré du devoir d’accueil des immigrants ne suscite pas une exaspération analogue, tout aussi contre-productive ? Ces rappels sont d’autant plus mal venus qu’ils s’accompagnent de reproches ressentis comme injustes. Est-il judicieux de demander ostensiblement pardon à Dieu pour le manquement supposé des Européens à leur devoir d’accueil ? Y a-t-il sur terre et y eût-t-il jamais dans l’histoire des peuples qui aient été aussi accueillants pour des réfugiés que l’est l’Europe d’aujourd’hui ? Au moins s’agissant d’une arrivée en masse. Il s’agit certes la plupart du temps d’un accueil institutionnel mais n’est-ce pas les Européens qui en ont mis en place la logistique et de nombreux volontaires européens qui la servent ?  
 
Il n’est jamais bon de prendre les gens pour des imbéciles. Les autorités ecclésiastiques (ou les associations qui en sont proches) dénoncent trop souvent chez les Européens l’égoïsme, la "peur" de l’autre, le "repli sur soi", voire la xénophobie, elles leur demandent de savoir "s’ouvrir" à d’autres cultures. Qui dira combien ces accusations sont elles aussi exaspérantes ? S’ouvrir aux autres cultures ? Il y a quatorze siècles que les Européens sont confrontés à l’islam. Beaucoup de gens du peuple en font l’expérience quotidienne près de chez eux. Quant aux gens plus éduqués, ils connaissent les données démographiques (ou ils les subodorent car elles sont le plus souvent occultées) ; leur réaction n’a rien à voir avec un rejet primaire de l’autre ; en privé beaucoup seront très généreux  mais ils voient avec lucidité, dans un esprit de responsabilité, les risques qu’une politique d’accueil sans frein ferait courir à la communauté nationale et, au-delà , à la survie de la culture européenne  Que leur connaissance soit livresque ou directe, ils ont du mal à admettre que l’islam soit "une religion d’amour et de paix ". Ressasser cette idée, que la plupart des spécialistes récusent, est le meilleur moyen de perdre toute crédibilité.
 
Les peuples d’Europe occidentale ne sont pas seulement préoccupés par la cohésion interne de leur société. Ils veulent, au moins pour une partie d’entre eux, défendre ce qu’il est convenu d’appeler, d’une expression sans doute réductrice, leur identité. Ils ont le souci que la terre qu’ils occupent et qu’ils ont reçue de leurs ancêtres soit aussi celle de leur postérité, pas seulement biologique mais culturelle et spirituelle.
Quoi que prétende la doxa nihiliste, voire certaines gens d’Eglise qui voient là un risque d’ "idolâtrie", défendre son identité comme peuple est une préoccupation légitime. Comme le dit Jean-Paul II, l’amour de la patrie est une manière d’ "honorer son père et sa mère" de qui nous la tenons. Les chrétiens européens en seraient plus conscients si beaucoup n’avaient pas relégué au placard l’Ancien testament qui fait gloire à Abraham d’être "le père d’une multitude de peuples" (1) ou montre la recherche de  la Terre promise comme une aspiration légitime. S’il est vrai que l’Evangile a élargi les préoccupations du peuple juif aux dimensions du monde, des siècles d’histoire occidentale, qu’il serait absurde de disqualifier comme des temps de ténèbres, montrent que le patriotisme ou le souci de l’identité, pour peu qu’ils ne soient pas exclusifs d’autres préoccupations, ont toujours accompagné l’expansion du christianisme.
L’Eglise, reprenant la morale naturelle, fait de l’instinct de conservation, même dans les situations les plus dramatiques, non seulement un droit mais un devoir. C’est pourquoi elle récuse le suicide ou l’euthanasie. Pourquoi ce qui est un devoir pour les individus, persévérer dans son être, ne le serait-il pas pour une famille ou pour un peuple ?
Allons plus loin : il existe un pacte multiséculaire entre le christianisme et l’identité des principaux peuples européens. C’est même dans la stricte mesure où l’Eglise catholique a su épouser ce sentiment qu’elle a prospéré : la Pologne en est un bel exemple. Si le catholicisme polonais n’avait pas été intimement lié à l’identité nationale polonaise, l’Eglise universelle aurait-elle jamais eu un Jean-Paul II ? Au contraire, là où la symbiose s’est mal faite, comme en Europe du Nord, les pays ont versé dans la Réforme, la France se trouvant à mi-chemin (2). L’alliance intime du fait religieux et du fait national a connu son dernier épisode dans la résistance au communisme – y compris en Russie. Qui dira que lutter contre une idéologie totalitaire monstrueuse était de l’idolâtrie ?  
 
Admettons que les considérations purement économiques (et donc égoïstes) soient une raison insuffisante pour refuser l’afflux d’immigrés, d’autant qu’elles ne sont pas toujours convaincantes. Il reste qu’on ne saurait dire que les pays d’accueil doivent aux réfugiés un emploi ou un logement de bon niveau quand une partie de leurs ressortissants en manquent. Ne leur est dû que le strict nécessaire pour survivre, une assistance médicale et le respect de leurs droits fondamentaux : ne pas subir des violences ou des injustices arbitraires, mais non un certain nombre de droits dits réels tels que le travail, un compte en banque, un revenu substantiel et surtout le droit de rester indéfiniment en Europe.  ’est déjà bien plus que ce à quoi ils peuvent s’attendre dans presque tous les autres pays du monde.
Deux confusions ne sauraient être faites : la première entre les devoirs des individus et ceux des responsables publics. Un individu isolé peut et même parfois doit sacrifier son intérêt personnel au  service des autres, selon la logique des conseils évangéliques ; mais tout le monde n’est pas dans la position du Père Kolbe (3) : ceux qui ont la responsabilité d’autrui, du père de famille au chef politique, n’ont nullement mandat pour prendre ce genre de décision à la place de ceux qu’ils doivent d’abord protéger.
La deuxième confusion porte sur l’obligation de charité : il y a toujours eu une hiérarchie dans son exercice : le prochain, ce n’est pas l’humanité abstraite, c’est d’abord (après Dieu) son conjoint et ses enfants, puis ses proches, ses voisins, et en dernier lieu seulement l’humanité en général. On veut bien admette que le migrant se fait proche et donc prochain en venant jusqu’à nous ; mais là aussi, il faut distinguer : si des individus mus par l’esprit évangélique peuvent leur donner la priorité à leur propre dépens, les chefs des peuples ont, eux, le devoir de respecter les préséances naturelles. Une France qui a plusieurs millions de chômeurs ne doit pas un emploi aux réfugiés. Une Italie où les jeunes couples se réfugient dans les parkings pour faire l’amour (pardon Messeigneurs !), faute d’espace intime chez les parents qui les hébergent, ne doit pas réserver les logements sociaux, déjà insuffisants, aux étrangers. Comment s’étonner que, face à des choix qui délaissent les normes multiséculaires du bon sens, beaucoup de ces jeunes Italiens aient eu le sentiment d’être comme "des brebis sans berger" ? Le dernier scrutin de ce pays n’est-il pas une cinglante sanction de ceux qui les ont jusqu’ici dirigés sans se soucier de leur situation réelle ?  
On ne saurait non plus opposer les exigences de l’Evangile à celles d’une morale supposée archaïque et barbare ; si des individus sans responsabilité peuvent prendre la voie du sublime évangélique, les gouvernants et autres responsables civils n’ont pas le droit de présupposer chez leurs protégés les qualités évangéliques les plus élevées, ni la mission de les leur inculquer. Le péché originel interdit d’organiser la cité en misant tout sur la bonté des hommes : on sait ce qu’il est advenu quand d’autres ont voulu par exemple extirper, au nom des mêmes idéaux, l’instinct de propriété : "Le monde moderne est plein d’anciennes vertus chrétiennes devenues folles" (Chesterton). On en connait les suites : "qui veut faire l’ange fait la bête" ; hier le totalitarisme, demain la guerre civile ?   
 
Le premier devoir vis-à-vis des réfugiés (les vrais naturellement) est de faire qu’ils n’aient plus besoin de l’être et qu’ils puissent donc rentrer chez eux. Cela signifie de tout faire pour ramener la paix dans les pays d’où ils viennent. Cela signifie encore plus clairement de ne pas y mettre la guerre
Or si on considère la situation des différents pays d’où ont afflué les réfugiés : Syrie, Irak, Afghanistan, Libye, ce sont les puissances occidentales qui sont directement responsables du fait qu’ils sont en guerre, France comprise. Il arrive que les responsabilités dans le déclenchement d’une guerre soient partagées, mais là, elles ne le sont pas. Les gouvernements de l’Europe occidentale membres de l’OTAN, ont tous collaboré à apporter une aide militaire aux mouvements réputés démocratiques, qui étaient en réalité djihadistes, dont le but était de renverser le gouvernement légitime de la Syrie, plongeant le pays dans une guerre civile épouvantable. Si l’espoir de paix revient aujourd’hui, ce n’est pas à ces gouvernements là qu’on le doit mais à la Russie de Poutine et, dans une moindre mesure, à Trump. Face à ces agissements criminels, que les chrétiens d’Orient connaissent bien pour en être les premières victimes, on cherche en vain une autorité religieuse occidentale (4) qui ait élevé la voix pour mettre en cause les  gouvernements des pays chrétiens (ou ex-chrétiens) qui se sont acharnés  à plonger le Proche-Orient dans la guerre, ni pour dire clairement qui était responsable de ces guerres. La postérité jugera peut-être un jour plus sévèrement ce silence que celui que l’on a imputé au pape Pie XII durant  la seconde guerre mondiale (5).
Allons plus loin : ces expéditions qui ont plongé pas moins de sept pays dans le chaos se sont faites au nom des droits de l’homme et de la nécessité d’ "ouvrir" au monde des pays fermés (Irak, Afghanistan, Libye, Syrie). Des idéaux souvent applaudis par les gens d’Eglise qui ne semblent pas avoir conscience de leur aboutissement criminel. A l’inverse, un Trump qui s’efforce d’y ramener la paix, sera suspect parce qu’il construit un mur à la frontière du Mexique. Ceux qui ont élevé des enfants savent pourtant que pour éviter les disputes entre eux, la sagesse commande parfois de les séparer…
Curieusement les plus ardents partisans de l’accueil sans frein des réfugiés : Union européenne, Foundation for an Open society de George Soros, une grande partie des médias, ONG de tout poil, toutes forces dites progressistes, sont généralement les mêmes qui ont applaudi des deux mains aux entreprises de déstabilisation de pays du Proche et Moyen Orient. Sachant que la plupart de ces forces sont par ailleurs ouvertement antichrétiennes, beaucoup de fidèles sont surpris de voir les chefs des Eglises faire cause commune avec elles.   
 
Il serait possible à l’Europe occidentale d’accueillir beaucoup d’immigrants mais à condition qu’ils se convertissent en masse à la religion historique du continent qui est le christianisme. Une telle conversion est sans doute le seul espoir qui reste, compte tenu des évolutions démographiques, d’y maintenir la paix civile. Moins que l’immigration en tant que telle, c’est le différentiel de fécondité qui conduit à terme l’islam en Europe occidentale à une position de force, pas nécessairement majoritaire, face au bloc des héritiers naturels de la civilisation européenne, qu’il s’agisse des Eglises ou des héritiers des Lumières. Or il n’y a pas d’exemple qu’une telle situation, celle d’un pays pluriconfessionnel ou multiculturel, n’ait pas conduit à la guerre civile : le Liban, la Bosnie, le Sri-Lanka sont là pour nous le rappeler. Au mieux le multiculturalisme conduit à la dictature, comme le montre l’exemple de la Syrie et comme on en voit déjà les prémisses en Europe, par le développement de la police de la pensée ou des lois d’exception. La vertu de prudence commande d’être conscient de ces risques.
Or il est très peu question aujourd’hui de conversion dans les sphères officielles du catholicisme – et du protestantisme en dehors des évangéliques. Tout se passe comme si le même monde ecclésiastique qui veut que les Etats ouvrent leurs portes aux migrants, s’attachait à fermer celles de ses églises aux candidats au baptême ; à tout le moins beaucoup sont-ils très réticents pour les accueillir : les convertis de l’islam qui ont déjà pris beaucoup de risques dans leur démarche se plaignent en majorité de ce manque de soutien. La priorité affichée est au respect des "diversités culturelles" (6) de ces nouveaux venus qui incluent, même si cela n’est pas dit franchement, le maintien dans la religion musulmane. Une religion qui est aussi une civilisation très différente de la nôtre et qui comporte des aspects singulièrement aliénants, en particulier pour les femmes. Le prosélytisme, fait sans précédent dans l’Eglise, est découragé, voire blâmé. On n‘a pas assez dit combien une telle attitude qui tend, de manière subliminale à réserver le message du Christ aux Européens de souche contient de racisme inavoué. Et il faut répéter quels risques mortels elle fait courir à terme à la paix civile.
 
Les chrétiens d’Orient, de manière unanime, déconseillent aux Européens d’accueillir en masse des réfugiés musulmans, or personne ne les écoute. Ils ont pourtant la double légitimité de l’ancienneté dans le monde chrétien et du martyre. Ils ont payé cher, bien plus cher que nous, aux cours de l’histoire, y compris la plus récente, pour savoir ce qu’implique la coexistence avec l’islam. Ce n’est pas à eux qu’on racontera qu’il est "une religion d’amour et de paix". Les évêques d’Afrique noire n’ont pas une position différente. Quand ils prophétisent que ce qui leur est arrivé hier nous arrivera demain, les chrétiens d’Orient expriment, outre l'amour de notre culture, leur crainte de perdre cette base arrière qu’a longtemps constitué pour eux l’Europe. Comme dans la réticence à la conversion des musulmans, ne peut-on voir dans ce mépris de l’opinion des premiers concernés une forme de racisme ?  Les chrétiens d’Orient sont bons pour alimenter les intentions de prière mais sur le plan géopolitique, leur opinion semble ne pas compter.
Il va de soi que s’il n’y avait pas déjà une minorité musulmane significative en Europe occidentale, s’il n’était question que d’accueillir des individus ou des familles isolés ou encore d’authentiques opposants aux régimes en place, on comprendrait que le refus de l’accueil par des chrétiens soit blâmable. Mais la situation de l’Europe est telle que l’accueil des migrants n’est plus un problème individuel, une question de pure charité : il a un impact sociologique et historique considérable ; il est devenu une question clef pour l’avenir de notre continent, celle de la concorde qui règne entre ses habitants, et celle de son caractère de pays d’héritage chrétien. Si les autorités religieuses européennes de toutes dénominations, ne prennent pas très vite conscience de la manière réelle dont se pose le problème, elles s’exposent à un grave discrédit qui risque d’aggraver encore la désaffection des peuples vis-à-vis des Eglises. "Le bon pasteur connait ses brebis". En l’espèce, ça reste à démontrer.
 
Non seulement les autorités politiques d’Europe occidentale ont le droit de s’opposer à de nouvelles vagues migratoires et les populations de les soutenir dans cette attitude, mais elles en ont le devoir dès lors que c’est elles qui ont la responsabilité, avant toute autre considération, de préserver la paix civile. La rupture de la paix civile est le plus grand malheur qui puisse arriver à un peuple, non seulement quant à son bien-être, mais quant à la moralité, la guerre ouvrant toujours la porte à la haine exacerbée et aux pires atrocités. Pour qui est en charge de gouverner un peuple, préserver les conditions de la paix civile est le premier devoir de la charité.
 
(1) Gn 15,5
(2) Le patriotisme français a sa dimension catholique : "Catholiques et Français toujours !" mais elle n’est pas exclusive : il a aussi sa dimension gallicane puis républicaine.
(3) Le père Maximilien Kolbe donna sa vie en échange de celle d’un père de famille à Auschwitz-Birkenau  (1941).
(4) Nous en exceptons le pape Jean Paul II lors des guerres, d’Irak et de Yougoslavie et plus récemment une incise discrète du cardinal Sarah dans  Dieu ou rien, Fayard 2015.
(5) A tort selon nous.
(6) Cf. Amoris Laetitia, § 46

Paru sur roland.hureaux.over-blog.com, 21 juin 2018
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L'Europe des nations entame sa reconquête
 
CHRONIQUE - L'échec des euro
péistes, ces peuplophobes, est programmé. À moins que Macron et Merkel reconnaissent avoir fait fausse route, l'issue de la crise migratoire ne fera pas l'économie de leur mise en cause.
 
L'Espagne est gagnée par le syndrome de la Castafiore. La cantatrice de Tintin vocalise sur Gounod : "Ah! Je ris de me voir si belle en ce miroir !" S'enivrent ainsi d'eux-mêmes ceux qui, depuis dimanche, se mirent dans leur grande bonté en s'ouvrant aux 629 "réfugiés" de l'Aquarius, navire indésirable en Italie, à Malte, en France. "Bienvenue chez vous", est-il écrit à l'entrée du port de Valence. Sur la mairie, une banderole : "Nous voulons accueillir." En dessous : "Le passé est en noir et blanc. Le futur multicolore." Le nouveau gouvernement socialiste de Pedro Sanchez a offert à chaque clandestin une carte de séjour de 45 jours, ainsi qu'une carte sanitaire gratuite. Il a fait enlever les lames tranchantes posées sur les hauts barbelés (6 mètres) qui séparent du Maroc les enclaves espagnoles de Ceuta et Melilla sur respectivement 8 km et 12 km. La moitié des clandestins de l'Aquarius, dont les 11 Marocains et les 43 Algériens, veulent venir en France…
Les socialistes espagnols auraient dû lire saint Vincent de Paul : "Le bruit ne fait pas de bien, et le bien ne fait pas de bruit." L'exhibition de leur générosité sonne faux. Ce narcissisme a pour résultat paradoxal d'amener à un oubli de soi. C'est ainsi que l'Union européenne, tombée en dévotion pour l'Autre, s'est mise à mépriser les peuples et les nations qui la constituent. Ce ne sont pas les malheureux Africains débarqués à Valence, accueillis par 2 300 personnes, qui déstabiliseront l'Europe. Cependant, il y a une irresponsabilité de la part de la gauche espagnole, soutenue par le pape François, à ne pas s'estimer solidaire d'une inquiétude collective qui ébranle la construction européenne. "L'Europe est dans un processus de décomposition", a admis, mardi, le ministre Bruno Le Maire, avant une rencontre entre Emmanuel Macron et Angela Merkel. Mais ces deux-là aussi ont été étourdis par l' "Air des bijoux" : "Ah, je ris…!" chantent-ils ensemble.
C'est la folle décision de la chancelière d'accueillir, en 2015, un million de réfugiés musulmans, sous les applaudissements des européistes exaltés, qui est à l'origine de la prévisible rébellion des peuples, furieux de n'avoir jamais eu leur mot à dire. "Mère Angela" (ainsi nommée par les médias dévots, en comparaison de Mère Teresa) avait été unanimement louangée par ceux, dont était Macron, qui estimaient indiscutable l'ouverture de l'Europe, au nom de ses valeurs humanistes et de son "hiver démographique". La suite est connue : les agressions sexuelles à Cologne et les premiers attentats, la montée de l'antisémitisme islamique, l'échec de l'intégration d'un peuple nouveau, etc. Une fois encore, les Cassandre ont eu raison. Mais les bons apôtres, bénis par le Vatican, ne feront pas leur mea culpa. Les intégristes des droits de l'homme restent insensibles au droit à préserver sa propre patrie. Ils persistent à penser, comme le secrétaire général de l'ONU, Antonio Guterres, mardi, que les migrations sont "inévitables" et "nécessaires".
Attendre de Macron et Merkel qu'ils agissent pour résoudre la question migratoire revient à demander à deux pyromanes de gérer les incendies qu'ils ont allumés. Mardi, Benjamin Griveaux, porte-parole du gouvernement, a appelé à "la solidarité européenne contre les populismes", faisant comprendre que la menace est, pour l'État, dans le réveil des nations et non dans l'immigration de peuplement et l'islam totalitaire. Ces aveuglements sont des complicités. La chancelière, pressée de se ressaisir par son ministre de l'Intérieur, Horst Seehofer (CSU), est affaiblie. Le président français, qui prétendait relancer l'Europe souveraine en se moquant du "repli national", n'est compris que des hypocrites: ils se gardent d'offrir chez eux l'hospitalité qu'ils défendent. Mardi, Macron et Merkel ont demandé "une réponse européenne" à la crise migratoire. Mais c'est l'Allemagne qui, il y a trois ans, a choisi unilatéralement d'ouvrir ses frontières. Cette Europe-là, coupée des gens d'en bas, n'a pas de leçons de solidarité à donner.

Paru dansLe Figaro, 22 juin 2018
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