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La mort du père
 
À maintes reprises, nous avons évoqué les dangers de la repentance historique, et particulièrement de la repentance coloniale qui fait des ravages parmi les populations récemment installées en France et précisément issues de nos anciennes colonies. Cette repentance, aussi absurde et nocive qu’injustifiée, semble s’inscrire dans un dessein beaucoup plus vaste que celui de l’étude historique, un dessein qui touche au cœur de notre civilisation : l’élimination du père.
 
La repentance s’attaque en effet à nos pères : c’est le rejet absolu de tout ce qu’ont réalisé nos anciens. Leurs personnes comme leurs actes sont à jamais couverts d’un voile de réprobation et de honte. Une fois leur image flétrie, souillée à longueur de médias, de fictions romanesques et d’études universitaires tendancieuses, le champ est libre pour attaquer le père d’aujourd’hui. Nous y sommes. Les fossoyeurs avancent maintenant à visage découvert. La "PMA pour toutes" est une nouvelle arme des sapeurs de l’autodestruction française. Il y en a beaucoup d’autres, comme cette récente loi imbécile qui interdit la fessée et les réprimandes des parents envers leurs enfants. Tout cela, y compris le plus ridicule, procède d’une même stratégie pour un même objectif. Ne parlons pas de complot, les acteurs de cette démolition sont au pouvoir et agissent à visage découvert. Mais la concordance des attaques contre la même cible est trop évidente pour n’être que le fruit du hasard.
 
Une déstructuration sociétale sans précédent s’accomplit donc sous nos yeux : après plusieurs décennies de coups de boutoirs plus ou moins directs, le père est en passe d’être purement et simplement éliminé. Après de petites touches insidieuses comme l’appellation administrative "parent 1 — parent 2" à la place de père et mère, on arrive maintenant à la fiction juridique d’un enfant qui aurait deux mères. Le père disparaît ainsi d’un système devenu fou à force de se déconnecter du réel.
 
Car le réel demeure, tenace, en dépit des artifices imposés par le totalitarisme LGBT et la lâcheté de ses suiveurs. Quels que soient les détours empruntés pour fabriquer un bébé à deux mères, celui-ci est toujours issu de la fécondation provoquée par la semence d’un père au contact de l’ovule d’une mère. Nul n’a encore trouvé le moyen de faire autrement. La disparition du père, dans la nouvelle langue PMA, est donc un mensonge, une fiction, un tour de passe-passe destiné à satisfaire les tenants d’une idéologie d’apprentis sorciers, dans le déni le plus complet de la réalité.
 
D’un geste thérapeutique – déjà sujet à réflexion éthique – en faveur des couples hétérosexuels infertiles, la PMA devient l’exercice d’un "droit à l’enfant" en faveur de gens qui ne veulent pas de relation hétérosexuelle. Qui plus est, ce nouveau "droit" qui n’aura plus rien de thérapeutique sera remboursé par la Sécurité sociale. La chosification de l’enfant, devenu simple objet de désir (PMA) ou de rejet (IVG), ouvre évidemment la porte à sa commercialisation (GPA). Jusqu’où va s’opérer la bascule entre l’être humain sujet de droit, et le même être humain devenant un simple objet ? La boîte de Pandore est ouverte. Après de telles manipulations et de tels mensonges, et dans la perspective des bouleversements attendus, les générations futures auront de beaux sujets de repentance à étudier. Mais au fait, dans la future société sans pères qui nous est promise, sur le dos de qui seront-elles autorisées à battre leur coulpe ?...

Envoyé par l'auteur, 26 juillet 2019
Publié dans A tout un chacun
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Pour une Europe a géométrie variable
 
Les péripéties saugrenues qui ont entouré le Brexit montrent combien est insatisfaisante la situation actuelle de l’Union européenne.
Elle apparait comme un bloc compact qui ne laisse d’autre choix à un Etat que d’être dedans ou dehors.
Cela est absurde au regard de la complexité de l’héritage européen, des relations diversifiées qui se sont tissées au fil des siècles entre les différentes nations, grandes et petites, qui la composent. La Grande-Bretagne ne se sent peut-être pas aussi européenne que d’autres pays ; elle n’en est pas moins, de manière éminente, partie prenante à l’histoire de l’Europe. Qu’elle n’ait pas supporté le carcan de Bruxelles est une chose, qu’elle soit tenue pour totalement exclue en est une autre.
Cela est d’autant plus vrai que les principaux acteurs de la négociation du Brexit, la commission de Bruxelles, la France et, au moins officiellement l’Allemagne, veulent une Europe de plus en plus intégrée qui deviendrait à terme une seule entité de droit international. Une entité qu’on appelle à tort fédérale car elle est en fait de plus en plus centralisée : en de nombreuses matières Bruxelles a plus de pouvoir en Europe que Washington aux Etats-Unis.
 
Imaginer qu’en constituant un bloc centralisé, elle deviendrait une Europe puissance est un leurre, au moins aussi longtemps que les décisions seront prises par une majorité de petits Etats dont le politique étrangère est déterminée à Washington (et si elle ne l’était pas à Washington, elle le serait à Berlin !). En 1956, deux grands Etats européens, la France et la Grande-Bretagne pouvaient se permettre, pour le meilleur et pour le pire, d’entreprendre une expédition militaire au Proche-Orient contre l’avis des Américains. Les Européens peuvent-il aujourd’hui envoyer ne serait-ce qu’un émissaire diplomatique sans leur feu vert ? Probablement pas. Etonnant aboutissement de 70 ans de construction européenne ! De fait, dans son action extérieure, l’Europe, c’est aujourd’hui l’OTAN  et rien d’autre.
 
L’Europe vers la guerre ?
Nous touchons là un deuxième risque de l’Europe-bloc : ce bloc, pour se montrer qu’il existe, ne sera-t-il pas porté, comme jadis l’Allemagne de Bismarck, à se chercher des ennemis ? Et lequel sinon la Russie ? L’hystérie antirusse qui règne aujourd’hui à Bruxelles, pire que dans la plupart des capitales du continent, sauf peut-être celles de la Pologne et des pays baltes, est inquiétante. Elle n’est pas pour déplaire à Washington, au moins aux faucons de l’Etat profond qui interdisent à Trump tout rapprochement avec Poutine et demeurent influents à Bruxelles. La résolution votée par le Parlement européen le 19 mars 2019 sur l’état des relations politiques avec la Russie n’est pas loin de la déclaration de guerre. La configuration géopolitique actuelle de l’Europe est au demeurant bien étrange si l’on se réfère à l’histoire récente du continent : excluant les Etats-Unis et la Russie, mais aussi le Royaume-Uni, elle est limitée à l’Ouest par l’Atlantique mais jusqu’où va-t-elle à l’Est ? Elle a déjà englobé les pays baltes. Au mépris de mille ans d’histoire commune avec la Russie, les dirigeants européens ont voulu à toute force placer de manière unilatérale l’Ukraine sous leur influence exclusive, ce qui, selon le regretté Helmut Schmidt (1) qui n’était pas précisément un extrémiste, fut la principale cause de la guerre actuelle. Et au-delà ? Cette Europe s’étendra-t-elle jusqu’à Stalingrad ? Nous n’en sommes pas loin ; d’autant que, le Royaume-Uni parti, l’hégémonie allemande sur les institutions de Bruxelles se fait de plus en plus pesante. Mais ne forçons cependant pas le trait : s’il est vrai que leurs périmètres sont analogues, l’Europe d’aujourd’hui n’est pas celle de 1943 !   
 
La brutalité du choix qu’offre l’Europe-bloc ne gêne pas seulement le Royaume-Uni : au dehors, la Russie, la Norvège ou la Serbie peuvent aussi se prévaloir, au moins en partie, de l’héritage européen. La Pologne et la Hongrie, à l’inverse, aujourd’hui incluses, mais dont l’histoire est originale, se trouvent mises à l’index par les instances de l’Union, comme les mauvais élèves de la classe.
S’il fallait, en dehors de l’héritage chrétien, chercher une donnée vraiment spécifique au continent européen, ce serait justement la complexité, effet du découpage naturel assez étonnant de ce petit "cap d’Asie", mais surtout témoin de la richesse de son histoire et de sa civilisation. Une complexité qui se trouve abolie par le modèle aujourd’hui dominant d’intégration, fondé sur l’idée d’Etats-Unis d’Europe, importée d’outre-Atlantique par des esprits simples et manifestement inadaptée à un continent aussi singulier que le nôtre.     
Face à cette dérive que représente l’idée d’une Europe bloc, il est urgent de reconfigurer les institutions européennes pour les adapter à la réalité géopolitique du continent. L'Europe doit "ouvrir ses fenêtres" aux partenaires de son environnement proche et sortir d'une opposition frontale entre les in et les out , comme on dit à Bruxelles, qui s'avèrera très vite suicidaire.
 
Au lieu d'un trou noir, une galaxie
La solution : s'orienter résolument vers un schéma d’Europe à géométrie variable (qui s'applique déjà d'une certaine manière, tous les membres actuels de l'Union n'étant pas dans l'euro) ; remplacer des institutions centrales monolithiques qui, à vouloir concentrer toutes les compétences, pourraient vite devenir un "trou noir", par une "galaxie" d’agences thématiques spécialisées, sur la modèle de l’Agence spatiale européenne ou de l’OCCAR (2). Les différents sujets d'intérêt européen qui sont aujourd'hui traités à Bruxelles pourraient continuer de l'être, par le même personnel le cas échéant, mais la participation à chacune de ces agences serait à la carte, certains membres actuels pouvant s'en retirer et certains pays aujourd'hui à l'extérieur, comme désormais le Royaume-Uni, mais aussi la Russie et pourquoi pas la Turquie ou le Maroc, pouvant adhérer à l'agence de leur choix ou s’y joindre pour telle ou telle action. La coopération politique, appuyée sur un secrétariat spécifique, suivrait le même modèle, avec la possibilité d’y associer certains pays tiers en fonction de l'ordre du jour.
 
Une Europe à géométrie variable permettrait à la fois d'atténuer la rigueur du Brexit et d’éloigner la Russie de la dérive vers l’Asie de l’Organisation de coopération de Shanghai ou encore de la tentation du duopole Washington-Moscou, en la réintroduisant dans quelque chose comme un nouveau "concert européen" conforme à ses aspirations profondes. Même perspective pour la Turquie aujourd'hui contrainte à s'inféoder à Moscou.
Telle que nous la présentons, cette formule ne serait pas incompatible avec un directoire, qui ne saurait qu’être informel, des principales puissances et des pays   les plus engagés dans les diverses coopérations.
Même s'il ne préjuge pas de l'avenir de l'euro avec lequel il n'est pas formellement incompatible, ce schéma obligera les adeptes d’une intégration sur le modèle monnetiste à faire leur deuil du super-Etat qui demeure leur objectif, destiné à périmer peu à peu les Etats-nations, avec ses frontières, son armée, son drapeau, et pourquoi pas ses timbres et son équipe de football.
Le modèle d’une l'Europe bloc ne contredit pas seulement la complexité qui est au cœur du génie européen. Comme le dit Jean-Jacques Rosa (3), il s'oppose aux tendances modernes privilégiant, non les constructions monolithiques, mais les organisations plurielles, souples, interconnectées, sans hiérarchie stricte. Ajoutons qu'au moment où la Russie est débarrassée du communisme et les Etats-Unis de ce projet mondial qu’était aussi le néo-conservatisme, le monde s’éloigne, pour le plus grand bien de la paix, des modèles idéologiques du XXe siècle auxquels on peut, même de manière atténuée, assimiler le projet européen de l'après-guerre.

La réorganisation des institutions européennes que nous proposons n’est pas une option. Qui peut croire que l'édifice actuel (ou ce qu'il en reste) pourra se maintenir longtemps en excluant frontalement les deux principaux centres financiers de la planète (New York et Londres) et la première puissance énergétique et militaire du continent ? 
Si l'Union européenne ne procède pas à une réforme rapide de ses institutions, on peut craindre qu'elle ne coure à une cataclysmique dislocation.
(1) Entretien - Bild 16 mai 2014
(2) L'Organisme conjoint de coopération en matière d'armement, basé à Bonn, qui avait  bien fonctionné avant d’être absorbé par l’Agence européenne de défense.
(3) Jean-Jacques Rosa, L'erreur européenne, Grasset.

Paru sur roland.hureaux.over-blog.com, 9 juillet 2019
Publié dans Avec l'Europe
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De la messe
 
La première messe célébrée par Mgr Michel Aupetit à Notre-Dame de Paris depuis l’incendie, le 15 juin, a suscité des réactions fort instructives, sans doute plus révélatrices de la profonde déchristianisation du pays que bien des démonstrations savantes. Car ce qui était en cause, finalement, c’était le principe même de la célébration de la messe dans ce sanctuaire dévasté. Autrement dit, de l’intérêt d’y célébrer le culte pour lequel il a été construit. Que des personnes étrangères à la foi catholique en la Présence réelle n’en voient pas l’utilité est normal. Mais qu’une telle question puisse seulement se poser parmi les chrétiens, voilà ce qui est particulièrement symptomatique de la déchristianisation des chrétiens eux-mêmes. Georges Bernanos écrivait avant la guerre : "Nous répétons sans cesse, avec des larmes d’impuissance, de paresse ou d’orgueil, que le monde se déchristianise. Mais le monde n’a pas reçu le Christ – non pro mundo rogo – c’est nous qui l’avons reçu pour lui, c’est de nos cœurs que Dieu se retire, c’est nous qui nous déchristianisons, misérables !" (1).

L’insondable mystère de l’Eucharistie
Et le signe infaillible de cette déchristianisation des chrétiens est la relativisation de l’importance capitale et centrale de la messe dans toute vie chrétienne, à commencer par celle du prêtre. Toute baisse de la foi en l’Eucharistie engendre inévitablement des situations de crise ou de déclin. Ce n’est pas pour rien que le concile Vatican II a affirmé que la liturgie était "sommet et source de la vie de l’Église" (2). Le Christ, deuxième personne de la Trinité, a vécu parmi les hommes, admirable mystère ; et il nous a donné l’Eucharistie pour que nous le retrouvions là, au milieu de nous, quels que soient le lieu et le temps : réalisons-nous ce que cela signifie d’avoir le Christ lui-même vraiment présent sous nos yeux sous les espèces eucharistiques, mystère plus admirable encore qui ne devrait cesser de nous émerveiller si nous avions un peu plus de foi et si nous n’étions pas aussi blasés ? C’est pourquoi l’Eucharistie est absolument vitale pour la vie chrétienne – puisque c’est le lieu privilégié où nous rencontrons réellement le Christ en personne – et c’est aussi pourquoi il convient toujours de la soigner et de la rendre aussi belle et priante que possible, le culte rendu au Dieu vivant qui s’est incarné parmi nous devant refléter, par sa splendeur et sa sacralité, cet insondable mystère (3) !
Or, ce que nous nommons la "sécularisation", comme l’a si bien dit Bernanos, plus que les attaques du "monde" contre l’Église (qui, certes, existent bel et bien), n’est-elle pas d’abord la conséquence du recul de la foi des chrétiens, et de la foi en l’Eucharistie en particulier ? En notre époque ubuesque où l’on se demande souvent comment on en est arrivé là – au point, par exemple, de ne plus savoir faire la différence entre un homme et une femme ou entre un humain et un animal, de ne plus voir dans l’avortement, totalement banalisé en raison de nos consciences anesthésiées, un "crime abominable" (Vatican II), ou encore de ne pas se scandaliser que l’enfant devienne, avec la PMA et la GPA, un simple objet de désir que l’on achète sur un marché –, on devrait peut-être réfléchir à nos propres responsabilités de chrétiens. Car in fine, c’est bien l’évacuation de Dieu de nos vies et de nos sociétés qui, en bannissant la notion même de limite, a libéré l’hubris prométhéenne qui dort en chacun de nous.

Horizontalisme et déchristianisation
Ainsi, tous ceux qui, dans l’Église et depuis bien longtemps, travaillent à tout séculariser, à aplanir au maximum le surnaturel, à désacraliser tout ce qu’ils peuvent, favorisant systématiquement l’horizontalité aux dépens de la verticalité, notamment dans la liturgie, ont, de fait, contribué, bien plus efficacement que les adversaires les plus acharnés du christianisme, au grand mouvement de sécularisation dont crèvent les sociétés occidentales. Et à l’heure des actions à mener contre les "abus sexuels" dans l’Église, ce n’est certainement pas en "désacralisant la figure du prêtre" (Sr. Véronique Margron) que l’on résoudra le problème, cela ne contribuerait qu’à aggraver la sécularisation des chrétiens eux-mêmes.
Il est dans l’ADN d’un chrétien de s’occuper des pauvres et d’avoir un souci social de justice. Cependant, si cela se fait au détriment de la primauté de la vie intérieure, de la prière et de la messe, on risque fort d’y perdre l’essentiel : la charité. Combien de prêtres ont donné la priorité au "social" en délaissant l’Eucharistie et, absorbé par les combats du monde, ont fini par quitter le sacerdoce ? Sainte Mère Teresa l’a souvent dit : la réussite de son œuvre de charité tient d’abord à l’enracinement de ses religieuses dans la prière continue et la messe quotidienne, tel est le secret de toute "efficacité" chrétienne selon des critères non mesurables par des statistiques !
Le renouveau dans l’Église ne passera pas par de nouvelles "méthodes" d’évangélisation tirées du marketing, mais par un retour à l’essentiel dans nos vies : la prière et la messe ; le reste nous sera donné par surcroît et nos engagements dans la Cité, évidemment absolument nécessaires, n’en seront que plus fructueux.

(1) Nous autres, Français, dans Scandale de la vérité, Points/Seuil, 1984.
(2) Constitution Sacrosanctum concilium (1963), n. 10.
(3) Cf. saint Jean-Paul II, Ecclesia de Eucharistia (2003), n. 48-52.

Paru dans La Nef, Edtorial juillet-août 2019
Publié dans Au delà
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Etats-Unis : l’innocente victime
 
Du point de vue américain, la chose est entendue : les Etats-Unis ont été la victime d’une ignominieuse attaque à Pearl Harbor. Ils l’ont été à nouveau le 11 septembre. Aujourd’hui, c’est l’Iran qui menace leur sécurité. Ce sont les Iraniens qui ont abattu un drone américain, qui ont saisi un pétrolier étranger et s’affranchissent des contraintes du traité de Vienne. Qui doute de la malfaisance de ce pays doit se référer au
discours de George W. Bush du 29 janvier 2002. Le président américain y déclare que l’Iran avec l’Irak et la Corée du nord constitue un "axe du mal", la référence à un autre axe de l’histoire, celui de Berlin-Tokyo-Rome, souligne, s’il le fallait, la malignité de ce nouvel axe. Mais de quoi l’Iran est-elle coupable ? Et, les Etats-Unis sont-ils innocents ?
 
L’Iran est coupable de sa géographie, de ses richesses pétrolières, et de sa politique étrangère indépendante. La France fut aussi coupable de ce vice, au temps du général De Gaulle. Dieu merci, depuis Nicolas Sarkozy les choses sont rentrées dans l’ordre. C’est pourquoi la France maintient une force militaire en Syrie sans y avoir été invitée à l’inverse de l’Iran et de la Russie. On ne peut comprendre ce qui oppose les Etats-Unis à l’Iran sans revenir à 1953. Mohammad Mossadegh, alors premier ministre, considérant que le pétrole de l’Iran appartenait aux Iraniens, a eu l’idée saugrenue de nationaliser l’Anglo-Iranian Company, entreprise pétrolière détenue par des intérêts britanniques. Mal lui en prit. Kermit Roosevelt, chef de la CIA à Téhéran et petit-fils du président Théodore Roosevelt, le destitua grâce à un complot qui le fit passer pour un agent de l’Union soviétique, avec manifestations de la rue à l’appui. Ce coup d’état fut un tel succès que la CIA le reproduisit dans d’autres pays. Pour résumer une longue histoire, on peut dire que l’Iran est coupable de vouloir profiter de ses richesses et de définir sa politique.
 
Quant aux Etats-Unis, se drapant dans les grands principes hérités du Siècle des Lumières, ils ne cessent d’intervenir dans les affaires intérieures des nations.
C’est Donald Trump qui arbitrairement a dénoncé le traité de Vienne. Comment peut-il reprocher aux Iraniens de s’affranchir des quotas que ce traité impose sur la fabrication d’uranium enrichi alors qu’il le rejette ? Les Etats-Unis ne sont pas la victime mais l’agresseur.
Qui doute que Franklin Roosevelt était au courant de l’attaque de Pearl Harbor ? (1) Pire, qu’il a tout fait pour la provoquer ?
Qui croit à la version officielle du 11 septembre 2001 quand Thomas Kean et Lee H. Hamilton, respectivement président et vice-président de la Commission d’enquête, ont cru bon d’écrire un
livre
pour faire part de leur frustration face tracasseries administratives et autres embûches qui les empêchèrent de mener à bien leur investigation ?
Qui doute encore que l’incident du golfe du Tonkin est une provocation américaine pour justifier la guerre au Vietnam ?
Qui doute que Jacobo Arbenz, président du Guatemala, a été assassiné sur ordre de Washington, que Juan Bosch, premier président de la République dominicaine élu démocratiquement, fut démis de ses fonctions par les Etats-Unis ou que Joao Goulart, président réformateur du Brésil, fut victime d’un coup d’état qui institua une dictature militaire, particulièrement brutale, de deux décennies ?
Ajoutons Augusto Pinochet pour faire bonne mesure.
Comble de l’ironie, à chaque intervention, les Américains se présentent comme les défenseurs de la liberté contre une agression prétendument communiste, alors qu’ils sont du côté des ploutocrates locaux en liaison directe avec leurs grandes entreprises pour piller les ressources du pays. Ce cynisme politique ne se limite pas à l’hémisphère sud. Elle s’applique au monde entier, Europe incluse. La Grèce en est le plus triste exemple.
 
Notons avant de conclure que cette politique interventionnisme est en parfaite contradiction avec les textes officiels que sont les trop fameux "Quatorze points" de Woodrow Wilson, la "politique de bon voisinage" de Franklin Roosevelt, la Charte de l’Atlantique d’août 1941, et l’Alliance pour le progrès de John Kennedy.
 
Les Etats-Unis sont la nation "indispensable", la Nouvelle Jérusalem dotée d’une "Destinée manifeste" … Il s’en suit qu’ils sont là pour conduire le monde, c’est-à-dire le dominer. Pratiquement, cela se traduit par le pillage des ressources naturelles à travers le monde, et l’ouverture des marchés aux produits américains. D’où les deux expéditions du Commodore Perry de 1853 et de 1854 pour ouvrir le marché japonais, la "libération de Cuba" pour s’approprier le contrôle mondial du marché du sucre, ou la conquête des Philippines qui ouvre la voie au marché chinois après l’annexion de Guam. Voilà comment il faut entendre la politique des portes ouvertes (open-door policy) du Secrétaire d’état John Hay : politique d’ouverture aux produits américains tout en protégeant le marché intérieur par des tarifs douaniers ou des clauses "antécédentes" (grand-fathering). (2) Tout cela est d’une parfaite hypocrisie et révèle une avidité insatiable dont le père Goriot lui-même ne serait pas capable. A ceux qui auraient encore des doutes, voilà ce que dit Woodrow Wilson : "notre marché intérieur ne peut absorber notre production… il nous faut un grand marché (mondial) pour l’écouler." (3) C’est cette même hypocrisie qui régit les relations extérieures américaines aujourd’hui. L’Iran en est la victime, les Etats-Unis l’agresseur.
 
(1) En 1999, le Sénat reconnu que les deux officiers en charge de la défense d’Hawaï, l’amiral Kimmel et le général Short, avaient agi de façon compétente et professionnelle et qu’en aucun cas la responsabilité de la destruction des navires américains ne pouvait leur être imputée. (David Ray Griffin. The American Trajectory: divine or demonic, p. 148)
(2) Les clauses “grand-fathering” émanent de lois et règlements américains qui donnent un avantage aux Etats-Unis dans les traités internationaux – avantages dont leurs partenaires ne peuvent se prévaloir.
(3) David Ray Griffin. The American Trajectory: divine or demonic, p. 69, p. 123.

Envoyé par l'auteur, 22 juillet 2019
Publié dans De par le monde
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Un débat sur la PMA sous pression politique
 
Ancien ministre, député LREM et ex-prétendant macroniste à la mairie de Paris, Mounir Mahjoubi l’a dit clairement. Son "objectif" est "d’annoncer dans la loi qu’il faudra débattre de la GPA". Ce n’est pas la position du gouvernement qui, par la voie d’Agnès Buzyn notamment, rappelle qu’Emmanuel Macron a pris deux engagements dans sa campagne : celui d’étendre la PMA et celui de ne pas ouvrir le débat sur la GPA ; et que les deux seront tenus.
 
La pression est cependant bien réelle, au sein de la majorité et à gauche, pour inciter l’exécutif à faire de la généralisation de l’accès à la PMA un point de départ et non un aboutissement. Le souhait de Mahjoubi et d’autres députés LREM d’aller vers la GPA n’a suscité aucune réaction ou rappel à l’ordre de la part du parti présidentiel alors qu’ils vont plus loin que la volonté du chef de l’État, tandis que l’opposition d’Agnès Thill à la PMA lui a valu une exclusion de son groupe et de son parti. Lors de la Marche des fiertés, des responsables de gauche ont défilé sous le mot d’ordre "marre des lois a minima", sous-entendant que le texte de la ministre de la Santé serait trop timoré alors qu’outre l’extension de la PMA il modifie les règles de la filiation et permet aussi la congélation d’ovocytes.
 
Dans son discours de politique générale, Édouard Philippe a redit son souhait "d’atteindre une forme de consensus sur ces dossiers", reprenant la condition initiale fixée par Emmanuel Macron pour légiférer en la matière. En deux ans, pourtant, les Français, qui ont fortement participé aux états généraux de la bioéthique, n’ont guère évolué. "Il y a deux blocs d’un poids identique, chacun aux alentours de 40 %, qui ne vont pas changer d’avis, fait remarquer à l’AFP Jérôme Fourquet, directeur du département opinion de l’Ifop. Et 20 % de la population qui va osciller dans ses réponses en fonction de l’argumentaire proposé"
 
Mais les conditions politiques du débat ont évolué. Officiellement, les principaux groupes parlementaires reconnaissent la liberté de vote à leurs députés. Mais la tonalité est différente de part et d’autre de l’Hémicycle. À LREM, plus que la liberté de vote, on brandit cette "avancée" avec la volonté d’en faire un marqueur progressiste fort.
Chez Les Républicains, cette liberté est au contraire mise en avant comme une preuve d’un refus d’en faire un motif de clivage entre la majorité et l’opposition, et plus encore un motif de clivage interne. Autrement dit, les pro-PMA entendent assumer leur combat quand les anti-PMA se préparent à faire profil bas.
 
On le voit aussi au sein du gouvernement. Ceux qui étaient hostiles à cette nouvelle étape ou exprimaient des "réserves" assurent désormais, à l’instar de Bruno Le Maire, vouloir "comprendre les arguments des autres" ou s’abritent derrièrele respect d’une promesse de campagne. Ceux qui y sont favorables, à l’inverse, l’affirment haut fort, comme Muriel Pénicaud, qui, au "Grand Jury RTL-Le Figaro-LCI", a présenté la PMA comme "une première grande étape". Ce qui signifie qu’il y en aura d’autres… Comme pour Mahjoubi, annoncer des combats à venir, c’est faire comprendre que celui qui est en cours est déjà réglé. Donc en banaliser la dimension transgressive.

Paru dans Le Figaro, 24 juillet 2019
Publié dans Du côté des élites
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La fragmentation économique du monde se poursuit
 
Avant-hier, nous avions eu le Brexit de Boris Johnson. Hier, nous avons eu le renforcement du protectionnisme américain de Donald Trump, au nom du programme "America first". Aujourd’hui, nous avons Shinzo Abe qui prend des représailles économiques contre la Corée du Sud, après que la Cour suprême de Séoul a validé la condamnation d’entreprises nippones à verser des compensations à des victimes de travail forcé pendant la Seconde Guerre mondiale.

Le 4 juillet 2019, le Japon a imposé des restrictions à l’exportation vers la Corée du Sud de trois matériaux critiques dans la production de puces électroniques et d’écrans plats, marchés où l’industrie coréenne est devenue de très loin le premier constructeur mondial. Le semi-embargo porte notamment sur deux produits dont le Japon est en position de quasi-monopole : les résines photosensibles dédiées à la lithographie des puces, et le film de polyimide fluoré utilisé dans l’élaboration des écrans Oled (Organic Light-Emitting Diode).
Cette mesure à forte portée symbolique risque de se retourner gravement contre l’économie japonaise, dont la Corée est l’un des principaux clients. Le gouvernement de Tokyo juge pour sa part que le traité nippo-coréen de 1965 a réglé une fois pour toutes les questions de compensations afférentes à l’occupation de la Corée par le Japon (1905-1945). La société civile coréenne, meurtrie par l’ignominie des "femmes de réconfort", reproche au Japon de n’avoir jamais présenté de réelles excuses à la Corée pour son comportement durant la guerre.
Dans l’Histoire, les relations entre Japonais et Coréens n’ont jamais été simples, même à l’époque contemporaine, où les deux nations partagent le même allié stratégique américain. Mais c’est la première fois depuis la guerre que le gouvernement japonais permet au champ politique (traditionnellement houleux) d’empiéter sur le champ de la coopération économique (traditionnellement bonne). Ce geste de Shinzo Abe ne saurait être minimisé : il envoie le signal que le Japon verse dans le nationalisme et qu’il pourrait se "trumpiser" sans nécessité. En Asie, l’image qu’on a de soi, l’ego national, l’emporte désormais sur ses intérêts économiques à court et moyen terme.

Commencée en 2016 dans l’univers anglo-saxon, celui-là même qui avait jadis inventé le libre-échange, la fragmentation économique du monde se poursuit. La dénonciation du TPP (partenariat trans-Pacifique organisant le commerce dans la région, hors la Chine) par l’Amérique en 2017 est d’autant plus étonnante que c’est elle qui avait donné, en octobre 1947, une seconde vie au libre-échange, grâce au Gatt (accord général sur les tarifs douaniers et le commerce, père de l’OMC).

Dans l’Europe des années 1990, qui furent celles de sa réunification derrière la bannière du capitalisme libéral à l’occidental, le libre-échangisme est un concept qui allait de soi. Ce n’est plus du tout le cas aujourd’hui. Il réunit contre lui un nombre toujours croissant de militants des trois couleurs qui montent électoralement : les rouges, les Verts, les bruns.

Paru dans Le Figaro, 23 juillet 2019
Publié dans De par le monde
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Lorsque Greta paraît  (Greta Thunberg devant l'Assemblée nationale)
 
Ce mardi, en pleine canicule, des parlementaires reçoivent à l’Assemblée nationale Greta Thunberg, la jeune militante de la cause climatique censée apporter un peu d’air frais sur le sujet. Apprenant sa venue, précédée d’un murmure flatteur, on songeait à la définition de la jeune fille par Flaubert - horresco referens : "Articuler ce mot timidement. Toutes les jeunes filles sont pâles et frêles, toujours pures." C’est dans le Dictionnaire des idées reçues ; à l’évidence, celles-ci ont toujours cours.
Lorsque Greta paraît, comment ne pas applaudir à grands cris ? La scénographie est parfaite. "Pâle et frêle", "pure" donc, elle vient de Suède, le pays des Nobel et du fameux modèle social, dont les arpents de neige disent assez le caractère immaculé de sa cause. Ses faits d’armes ? Être allé à Davos en train plutôt qu’en avion, avoir lancé avec succès des grèves scolaires pour le climat et surtout, surtout, morigéner et culpabiliser ses auditoires de puissants. Comme dans la chanson, Greta dit non, non, non, sans guère expliciter ses solutions pour sauver la planète, puisque telle est la mission qu’elle s’est octroyée. Il faut selon elle "serrer le frein à main". Toutefois, on ne sache pas qu’elle soit encore allée proposer cette conduite en Chine et en Inde, deux des plus gros pollueurs de la planète. Elle réserve ses flèches aux courtois, trop courtois, dirigeants occidentaux.
Sa candeur et sa belle intransigeance sont de son âge, qui est sans pitié. Dans notre époque "juvénolâtre", il la désigne même pour nous instruire sur la situation du climat.
Car ce qui est incroyable, c’est de voir une société s’en remettre à une toute jeune fille pour aborder des problèmes dont les spécialistes assurent qu’ils sont complexes, certains peut-être déjà insolubles, et surtout pleins de paradoxes.
Nous vivons dans un monde curieux : sceptique, revenu de tout, se défiant de ses élus et des experts ; et voilà que, contre toute raison, il demande à une enfant d’être sa princesse.

Paru dans Le Figaro, 23 juillet 2019
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Le Festin de Qu Dongyu (Chine)       
                                    
Le 23 Juin 2019 Qu Dongyu, vice-ministre chinois de l'agriculture a été élu à la Présidence de la F.A.O. (Food and Agricultural Organisation) pour un mandat de 4 ans à une majorité écrasante de 108 voix, succédant ainsi aux 2 mandats du brésilien José Graziano da Silva (2011/2019).
C'est la première fois qu'un Chinois occupe un poste clef dans le cadre des 12 Organisations-mères qui forment le noyau dur de l'ONU. La FAO en est une des plus importantes avec l'OMS (santé), l'OMC (Commerce), le FMI et la Banque Mondiale.
La FAO c'est "la nourriture du monde", des futurs 8 milliards d'habitants de la planète ; elle l'encourage, la surveille, la finance, l'oriente, en délivre les statistiques, la prévoit, tente d'enrayer les plus grosses sottises, les plus grandes tricheries, établit les compensations, surveille l'eau, les grains, les poissons, les poulets, le bétail, les forêts. Les sacs de farine ou de riz, distribués dans le monde avec leurs sigles imprimés en bleu pâle, c'est elle.
Mettre un ministre chinois à cette présidence, c'est dire le chemin parcouru tant par les décideurs onusiens que par la République Populaire dans son intégration au monde international. De plus, voilà une manière de reconnaître l'expertise chinoise en matière d'alimentation.La nourriture c'est l'obsession de la Chine : on y a eu tellement faim ; les famines y ont été millénaires, les plus récentes – celles générées par l'occupation japonaise puis celles du système Mao (le Grand Bond en Avant : affamer les campagnes pour nourrir les villes naissantes) et sont dans la mémoire collective et dans celles des dirigeants du Parti : la croissance chinoise et sa paix intérieure dépendent de son alimentation. Tant que chaque Chinois aura son bol de riz quotidien il se soumettra ; le slogan actuel étant qu'il "mange de la viande au moins une fois par semaine".
Cette prégnante obsession fait que depuis les années 70, la Chine exploite, achète des terres agricoles dans le monde entier, encourage et finance toutes sortes d'expériences en ces domaines, notamment en Afrique (ex anglaise ou française), divers pays d'Asie du sud-est (le Vietnam), et même en Europe (en France la Beauce, les vignobles, le bois) et en Amérique du sud. Leader dans de nombreux secteurs d'expérimentation et de recherche, la Chine s'est imposée dans un consensus très favorable.
 
L'autre aspect intéressant de cet "entrisme" dans les rouages les plus essentiels de l'ONU est qu'il illustre très bien, que la Chine profite du vide laissé par les Etats Unis : en se retirant délibérément de certains Traités internationaux, le traité de Paris sur le Climat, le Trans Pacific, en réduisant (ou prévoyant de le faire) ses contributions à de nombreuses organisations (l'OTAN entre autres), en mettant des bâtons dans les roues aux accords d'échanges de l'Alena avec le Canada et le Mexique, avec les Latinos au nom d'"America first", en taxant jusqu'à l'extravagance toutes sortes d'échanges, la Maison Blanche finit (ou finira) à court terme par être contreproductive, pour tout le monde y compris les Etats Unis.
On a compris que Donald Trump hait le multilatéralisme, veut exploser l'OMC, la Banque Mondiale et le FMI, veut la peau de tout pays ou structure – en particulier l'Europe - qui se mettrait en travers de sa mirobolante route.
Et puis, il y a Pékin, désormais deuxième contributeur des opérations de maintien de la paix au sein de l'ONU, qui exporte sa vision du monde, basée sur la collaboration, une stratégie d'influence et de patience. Les essaims de diplomates chinois multiplient les contacts avec leurs homologues dans tous les domaines, même avec les Japonais et la République Indienne. Ce qui était impensable il y a 10 ans. Il ne faut pas oublier non plus qu'au-delà du Cirque Donald et ses rodomontades, les échanges agricoles entre la République populaire et les Etats Unis sont importants : le blé, le maïs, le thé le riz et le soja...et du bétail, des herbes, des fruits, des légumes, des poulets et toutes sortes d'autres choses... comme le lithium par exemple. En fait, la grande peur américaine est de ne plus être l'incontestable Number One.
La Réunion du G20 à Osaka n'a pas, sur le fond des problèmes, apporté de grandes nouveautés. Mais c'est l'esprit qui a changé : 19 Etats, chefs d'Etats et premiers ministres ont clairement fait comprendre que LE problème était la dangerosité de la politique américaine, qui d'ailleurs n'est pas une politique, mais un zigzag échevelé, et n'a rien à voir avec les apaisements nécessaires aux relations internationales.
 
Donc cette entrée (brillante) à la FAO est un véritable signe de changement : la Chine a été acceptée tardivement à l'OMC, en trainant les pieds et avec des restrictions car l'Occident considère que sa pratique des échanges n'est pas conforme et s'avère souvent douteuse. Si les Etats Unis restent cramponnés à la Doctrine Monroe de l'isolationnisme de 1823, ils sont réellement déconnectés des réalités contemporaines : cette Doctrine aura 200 ans en 2023 ; ce sera l'année de l'inauguration de l'OBOR à Duisbourg. Il est visible, que passée le premier réflexe de sidération, un front international nouveau se dessine et y intègre la République Populaire.
Hélas !...Cet avancée glorieuse, dorée, est gravement (et piteusement) remise en cause par l'affaire de Hong Kong ; brutale, incongrue, inutile. Peut-on faire confiance ? Voilà la question. 2 aspects : pour la Chine elle-même la révolte des Hongkongais risque de mettre le feu à l'intérieur même de la Chine. Et la péninsule autonome lui est d'une grande utilité financière car totalement intégrée au système occidental. Pour le monde entier c'est l'indéniable signe du profond malaise généré par la gestion chinoise. Avoir déployé le drapeau de Dominion britannique dans l'enceinte du pseudo parlement est le signe d'un terrible danger et d'un immense désespoir.
Envoyé par l'auteur, 11 juillet 2019
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Les Français veulent de l’ordre
 
Stop aux fausses bonnes consciences, aux faux humanistes, aux faux pacifistes, aux faux hommes de gauche qui hurlent à la dictature dès que l'on tente de rétablir l'ordre. 
 
Il n'est pas besoin d'être de droite et encore moins d'extrême-droite pour avoir une envie irrésistible "d'ordre" ces derniers jours. Soyons honnêtes, laissons-nous aller, avouons : nous en avons marre, mais vraiment marre !
 
Il ne s'agit pas de mauvais sentiments qui auraient remplacé le politiquement correct relégué au placard, ni de près ou de loin d'un relent "fasciste" (l'accusation à la mode), ni de racisme, ni de ségrégation, ni de discrimination... Aucun rapport avec tous ces mots que l'on nous assène avec un index médiatique menaçant pour cette culpabilisation incessante qui nous gagne peu à peu pour notre plus grand mal.
Nous en avons seulement par-dessus la tête de ces violences, de ces attaques, de ces scandales dont on nous abreuve jusqu'à la lie jusqu'à ce que le suivant chasse l'autre.
Qu'avons-nous fait au Bon Dieu ?
Nous en avons assez que le plus beau feu d'artifice qui soit, celui du
14 juilletde cette année accompagné d'un concert féerique, ait été l'occasion pour que des minables cassent, encore, ce qu'ils trouvent sur les Champs-Elysées. La fête nationale une bonne occasion ? Nous sommes outrés que le même soir des individus sous prétexte qu'ils gagnent une demi-finale de football se comportent comme des voyous prenant même le périphérique à l'envers ! Marre que des hordes régulièrement s'en prennent aux forces de l'ordre, aux pompiers à coups de mortier dans les banlieues… 195 voitures brûlées à Paris en deux nuits, mais ça c'est presque de l'ordinaire ! D'ailleurs, la préfecture ne veut plus communiquer de chiffres, ils ont peur que les intéressés veuillent établir des records. Nous en avons assez que nos policiers et nos gendarmes "principalement pris pour cible" soient épuisés et impuissants et que les mêmes scénarios se reproduisent sans cesse.
Nous en avons assez des fausses bonnes consciences, des faux humanistes, des faux pacifistes, des faux hommes de gauche le cœur dans la poche (même plus sur la main) qui hurlent à la dictature dès que l'on tente de rétablir l'ordre. On ne fait pas d'omelettes sans casser des œufs et tout un chacun comprend qu'au bout de ces mois d'exaspération, on ait le coup de matraque trop leste.
 
Reprendre la France en main
Ras-le-bol qu'on nous gâche la vie, qu'on nous abîme le plaisir de ce magnifique défilé de nos Armées qui sont notre dernier rempart, incarnant le sens de l'honneur et du dévouement et qu'on en profite pour siffler le chef de l'Etat ! Honte que des politiciens s'en saisissent pour en remettre un peu sur le dos d'
Emmanuel Macron, comme si c'était lui qui provoquait ces crachats républicains.
Ras-le-bol que des
profs
qui croient avoir la science infuse confisquent les copies du bac de nos enfants au nom d'une "non-concertation", sachant qu'ils ont géré quasi seuls l'Education nationale depuis des années pour en faire un mammouth qui perd des places tous les ans.
Ras-le-bol que tous les "interpellés" (434 agités violents le 14 juillet) soient relâchés sans sanction après chaque manif, ce qui est une véritable incitation à recommencer. Nous sommes exaspérés et de tout cœur avec tous ceux qui ont perdu du chiffre d'affaires, ceux dont les voitures ont été brûlées, les vitrines saccagées, les produits volés, les riverains qui ne sortent plus. Nous ne supportons plus non plus, le déni, le prétexte du droit au droit de grève, les apitoiements sur les manifestants molestés et les reculades. Nous ne comprenons pas cette immigration passoire indifférenciée qui fait de ces malheureux immigrés des parias cachés dans des conditions insalubres et dangereuses, tout cela parce que nous sommes incapables de les accueillir et que nous faisons semblant ...
Mais quand va-t-on reprendre la France en main ? Faire preuve d’autorité, de ce minimum répressif qui garantit la sécurité et la vie d'une vraie démocratie ? De quoi les gouvernants ont-ils si peur ? Est-ce parce qu’ils sont impuissants, parce qu’ils ont peur de s'attaquer à tous ces sujets de société ? C’est évidemment plus facile de dérembourser l'homéopathie ou d'interdire la fessée !
 
Proposer un minimum d’ébauches de solutions
La France silencieuse n'en peut plus, la France macroniste, la France de droite, la France de gauche, la France du bon sens, la France des valeurs partagées et non pas celle du fameux "populisme " que nous encourageons au contraire en ne réagissant pas, de peur d'être qualifiés... de populistes !
Nous finissons par mépriser ces reculades, ces errements, ce manque de courage, ces ministres pas si intègres que ça et ces conseillers pas si vertueux... Cette dégradation nous ronge depuis des années, maintenant nous voulons un chef qui n'ait pas la main qui tremble lorsqu'il s'agit de prendre les moyens d'arrêter ce climat de mini guerre civile larvée. Nous voulons un ministre de l'Intérieur exemplaire qui fasse peur aux casseurs et aux délinquants, une justice implacable et l'exécution des peines prononcées : 80 % des mandats d'amener ne sont pas exécutés, selon la gendarmerie.
Et si nous n'avons pas les moyens de nettoyer certaines zones de trafic et de banditisme, si nous n'avons pas assez de prisons, pas assez de forces de l'ordre, etc., qu'on le dise et que l'on nous annonce au moins des ébauches de solutions au lieu de baigner dans ce non aveu d'impuissance permanent. Sinon les "braves" Français iront chercher ailleurs cet ordre républicain et gageons que nous n'y gagnerons pas au change.
En attendant comme dit la chanson : Vive les vacances ! Les dossiers au feu, les ministres au milieu !

Paru dans Challenges, 18 juillet 2019
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Brandir un drapeau est un acte éminemment politique
 
FIGAROVOX/ENTRETIEN - L’auteur de Décomposition française* a analysé avec une rare justesse le processus d’intégration. Elle voit dans les débordements qui ont émaillé les victoires de l’Algérie lors de la Coupe d’Afrique des nations l’expression d’une défiance d’une partie des enfants de l’immigration à l’égard de la France.
 
Dimanche dernier, après la qualification de l’Algérie, il y a eu 282 interpellations suite aux désordres causés par des supporteurs algériens. Doit-on y voir de simples "débordements" liés à la liesse ou le symptôme d’un malaise plus profond ?
Ce n’est pas la première fois qu’on observe ce phénomène, et cela prend une ampleur inquiétante, du fait du nombre de personnes enclines à braver l’ordre républicain. Par ailleurs, hisser ou planter un drapeau n’est jamais anodin. C’est un acte éminemment politique qui symbolise, tout comme l’hymne national, un ancrage moral, l’attachement à un socle de principes et de valeurs, et bien sûr un enracinement sentimental. Brandir le drapeau sous le nez de l’ancien pays colonial, c’est l’expression d’une revanche sur l’Histoire. Une revanche qui s’est trouvée légitimée par le candidat Macron lorsqu’il a accusé la France de "crime contre l’humanité".
L’Occident freudien justifie, excuse, et son monde politique affiche au grand jour sa trouille des "jeunes" de l’immigration. Il est donc perçu comme accommodant, conciliant, peureux : traduire "dévirilisé". Cet Occident n’inspire plus ni respect ni crainte, sentiments ici intimement liés. Est désormais profondément ancrée la conviction que pour obtenir, il faut faire peur ; terrible spirale !
 
Au-delà des violences, comment expliquez-vous ce besoin d’afficher bruyamment leur identité d’origine pour des jeunes souvent nés en France ?
C’est bien la démonstration que la naissance en France n’est pas un critère d’analyse pertinent ! L’arrivée continue de migrants produit un ré-enracinement dans les mœurs d’origine. L’intégration s’est dégradée dans le temps avec le refus croissant de respecter les principes républicains, à commencer par la laïcité et la liberté qui permet à chacun de choisir sa propre vie. Ce sont les femmes qui en subissent de plein fouet les conséquences. J’ai souvent pensé que si les menaces avaient pesé en priorité sur les hommes, nos gouvernants auraient su réagir promptement.
Afficher son identité d’origine, c’est montrer son allégeance et ainsi avoir la paix, car à mesure que l’État cédait aux revendications communautaires, le groupe culturel d’origine accroissait sa pression - voire sa répression - sur chacun des membres supposés lui appartenir. C’est la capitulation de l’État qui pousse un nombre croissant de personnes de l’immigration à tourner le dos à l’intégration culturelle.
Autre faute : avoir installé une prime à la non-assimilation. Du fait des politiques de discrimination positive progressivement mises en place, s’afficher ou se revendiquer de la "diversité" peut parfois faire office de coupe-file. Il n’y a plus vraiment de raison pour que les enfants de l’immigration s’assimilent. Or, le gouvernement prévoit d’intensifier ces politiques.
 
"C’est un pauvre cœur que celui auquel il est interdit de renfermer plus d’une tendresse", expliquait Marc Bloch dans L’Étrange Défaite. Peut-on reprocher aux enfants de l’immigration leur fierté pour leurs origines ? Celle-ci est-elle incompatible avec le respect, voire l’amour, de la France ?
Nul n’interdit de renfermer plusieurs tendresses dans son cœur, mais Marc Bloch disait bien plus important : que la France était la patrie dont il ne saurait déraciner son cœur et qu’il s’était efforcé de la défendre de son mieux. Il est mort pour la France ! Nous ne sommes pas du tout dans la même situation.
Nombre de parents éduquent leurs enfants dans un respect quasi religieux de leur pays d’origine. Et c’est lui qui devient ainsi le vrai pays de leurs enfants. Un pays qui n’a rien fait pour eux et qu’ils adulent. Quant à la France, c’est elle qui leur a donné ce qu’ils possèdent, les prend en charge si besoin… Le problème n’est donc pas économique, et l’amour ne se décrète ni ne s’achète !
Le passé douloureux de la France se trouve constamment remis sur le devant de la scène, et il n’est plus question que de lutte contre des discriminations et une "islamophobie" dont les Français de souche se rendraient coupables. Des lois sont votées pour contraindre l’expression et empêcher ainsi les Français de dire ce qu’ils ont sur le cœur. Il ne fait plus bon être français dans ce pays que je ne reconnais plus. Mon chagrin est infini.
 
Dans votre dernier livre notamment, Décomposition française, vous montrez toute la complexité du processus d’assimilation. Est-ce toujours un choix douloureux ?
Oui. S’assimiler à un autre peuple que celui de ses ancêtres est une décision personnelle, intime, qui se joue entièrement sur le registre affectif et moral. Au sein d’une même famille, et évoluant dans un même environnement, certains enfants s’assimilent, d’autres pas. Cette problématique dépasse par ailleurs largement l’approche simpliste et nuisible de l’origine des prénoms. Ayant travaillé à l’intérieur du système politique et administratif, je peux témoigner du fait que beaucoup de ceux qui ont participé à mener la France dans la situation actuelle portaient des prénoms chrétiens.
 
Vous plaidez plutôt pour l’intégration…
Je plaide pour la reconnaissance du fait que l’intégration est un processus à l’issue non prédictible qui peut déboucher ou pas sur une assimilation. Or le code civil, qui imposait que l’octroi de la nationalité française soit subordonné à l’assimilation, a été violé. La citoyenneté a été vidée de sa substance. Plus grave encore, les papiers d’identité confèrent un droit de propriété sur la terre. Les élites ont donc disposé de la France comme si elle leur appartenait en propre, ce qui est contraire au principe démocratique inscrit dans la Constitution : "Le gouvernement du peuple, par le peuple et pour le peuple".
 
François Hollande, dans Un président ne devrait pas dire cela, évoquait le risque de la partition. Comment l’éviter ?
J’ai abordé à maintes reprises la liste des erreurs à éviter et des politiques à déployer. L’urgence ici, c’est d’alerter sur deux projets en cours qui pèseront sur la cohésion nationale. Le président a évoqué l’idée d’une organisation de l’"Islam de France". L’opération a déjà commencé dans les territoires avec une circulaire adressée aux préfets par le ministre Castaner. L’expérience montre que le risque existe que certains membres partagent de près ou de loin des idéologies incompatibles avec la République.
Or, la défense de l’intérêt général commande non pas le placement sous tutelle d’une partie des descendants de l’immigration, mais au contraire leur émancipation pour qu’ils puissent vivre leur religion dans sa seule dimension de foi, donc dépouillée de ses dimensions politiques. Par ailleurs, en reconnaissant récemment les diasporas africaines, le président donne corps à l’existence de plusieurs peuples sur un même territoire : les diasporas sont des peuples qui gardent un sentiment de leur unité malgré l’éclatement géographique (Dominique Schnapper). Il accélère, là aussi sans le vouloir, la partition de la France. Qui saura lui faire entendre raison? Il y a urgence.
 
* "Décomposition française. Comment en est-on arrivé là ?" (Fayard) a reçu le prix Honneur et Patrie de la Société des membres de la Légion d’honneur.

Paru dans Le Figaro, 19 juillet 2019 (entretien avec Alexandre Devecchio, du Figaro)
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