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L’émotion et le cynisme
 
L’attaque suivie d’un épandage de gaz toxique (sarin ? ) le 4 avril dernier  à Khan Cheikhoun (province d’Idlib) a provoqué une émotion dans laquelle l’observatoire syrien des droits de l’homme s’est engouffré : le coupable ne pouvait être que Bachar el Assad et son régime. Je rappelle que cet "Observatoire syrien des droits de l’homme" est une officine islamiste basée à Londres : elle ne signale que les turpitudes de Bachar el Assad et elle occulte celles de ses ennemis. Immédiatement Donald Trump a voulu redorer son image : à la différence de son prédécesseur, il entend prouver qu’il ne recule devant rien, il donne satisfaction à ses alliés sunnites d’Arabie saoudite et du Golfe, il montre qu’il sait tenir compte des émotions des chaumières. Il a donc fait bombarder par des missiles de croisière la base aérienne d’où seraient partis les avions qui ont bombardé Khan Cheikhoun, le 7 avril, avant la moindre enquête sérieuse. Car enfin, tous, l’ONU en tête, s’étaient félicités de la destruction des stocks syrien de gaz de combat : les enquêteurs auraient-ils mal fait leur travail ? Les opposants à Bachar el Assad ont déjà utilisé des gaz toxiques récupérés dans les dépôts de Kadhafi : est-on certain que la thèse russe est fausse,  selon laquelle un bombardement syrien aurait touché un arsenal de Daech contenant des gaz asphyxiants ?
 
Cela dit, le bombardement de la base de Charit (orthographe incertaine) semble avoir eu des effets limités : la piste paraît toujours utilisable. Et les Russes vont vraisemblablement installer un système anti missile en Syrie. Peut-on croire qu’il n’y a pas risque d’escalade ?
La France a perdu toute capacité d’influence en Syrie depuis les fautes commises par Fabius quand il était ministre des affaires étrangères : le départ de Bachar el Assad est un préalable répétait-il. Faut-il en plus se mettre à la remorque des Etats-Unis ?
Mais le cœur du problème est ailleurs. Impose-t-on la démocratie et les droits de l’homme par des bombardements ? Si Bachar el Assad est éliminé, qui lui succèdera ? Quelques Syriens se prétendent démocrates, mais quand on voit leur façon de combattre en multipliant crimes de guerre, on reste sceptique... Les précédentes interventions occidentales n’incitent guère à l’optimisme : un Etat maffieux règne au Kosovo, le chaos est durablement installé en Libye, en Afghanistan et en Irak. Faut-il l’aggraver en Syrie ?
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Pitié ! Pas un autre "Grand débat"
 
Arrêtez les frais ! Un autre "Grand débat" sur la présidentielle n’est pas nécessaire. La resucée prévue le 20 avril (1) n’apportera rien de plus à la longue et fastidieuse soirée d’hier (près de 4 heures !) diffusée parCNews et BFMTV. Elle n’a d’ailleurs recueilli que 6,3 millions de téléspectateurs. Il est vrai qu’il ne fallait rien attendre d’une formule imposant à chacun des onze candidats un temps de parole en pointillé, limité à chaque fois à une minute trente environ. Il est évidemment loisible de saluer l’exercice démocratique, qui a permis à des personnalités méconnues d’exposer leurs idées. Mais ce Café du Commerce ne pouvait être à la hauteur des enjeux de la présidentielle, ni moins encore de l’image qui est attendue de la cinquième puissance mondiale. La lutte des classes, promue par Philippe Poutou et Nathalie Arthaud, a fait rappeler que ce communisme qui se pavane et fait la leçon reste l’héritier de celui qui, au XXe siècle, a causé plus de cinquante millions de morts. La faucille et le marteau, qui se retrouvent aussi parfois sur des drapeaux brandis lors de meetings de Jean-Luc Mélenchon, m’indignent autant que la vision d’une croix gammée. Mais si le régime nazi a connu son procès de Nuremberg, qui a heureusement criminalisé son idéologie et son insigne, le communisme n’a jamais eu à se confronter à ses propres massacres. Il passe à la télé…

La France réelle ne peut se résumer à cette grande majorité de candidats hostiles au libéralisme et à l’Europe, hormis François Fillon et Emmanuel Macron. Les réponses à la crise de l’endettement et à celle de l’identité nationale n’ont de ce fait été qu’esquissées. Ce mercredi, de nombreux médias promeuvent Poutou en vainqueur du show, pour avoir notamment accusé Fillon de corruption, dans un numéro de démagogie attendue. C’est dire à quel point les débats volent bas. Pour ma part, j’ai trouvé Fillon sobre et efficace, comme à son habitude. Je le vois comme le gagnant de cette épreuve. Macron ressemble de plus en plus à un personnage théâtral, désincarné et insincère ; à minuit, son carrosse s’est transformé en citrouille. Marine Le Pen a souvent fait figure de modérée devant les "révoltes" de Jacques Cheminade ou les violents assauts contre l’Union européenne de François Asselineau. Si Benoît Hamon n’imprime toujours pas face à un Mélenchon de plus en plus hugolien, Nicolas Dupont-Aignan a fait valoir son envergure politique et s’en est bien sorti. Je retiens aussi cette constatation du déroutant Jean Lassalle, faite après avoir arpenté les banlieues : "Il y a des enfants de France qui veulent mettre un terme à notre civilisation". Mais comme il avait dépassé son temps imparti, les journalistes lui ont demandé d’abréger.
(1) Dans la soirée de mercredi, France 2 a annoncé qu'elle renonçait à organiser ce débat

Paru sur blog.lefigaro.fr/rioufol, 5 avril 2017
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Et la Corée du Nord ?
 
Un proverbe congolais dit "Quand des éléphants se battent, il vaut mieux se mettre à l’abri". Constatons que les candidats à la présidence de la république française ne semblent guère se préoccuper de la Corée du Nord et de son programme atomique, si loin de nos réels soucis : emplois fictifs, sondages, népotisme, … etc. La Corée du Nord vient de lancer un missile à longue portée, ce qui laisse nos candidats indifférents.
Pourtant s’il existe un risque de déflagration nucléaire, c’est bien en Extrême-Orient qu’il existe, comme le rappelle l’hebdomadaire "Time" du 3 avril. Résumons en quelques mots une équation à plusieurs inconnues. 
 
Kim Jong Un est l’avatar contemporain du Prince de Machiavel : après avoir fait fusiller son oncle, il vient de faire assassiner son demi-frère. Il ne veut pas être éliminé comme Kadhafi l’a été. Il entend donc disposer d’armes nucléaires capables de frapper les Etats-Unis, de façon à être invulnérable et imposer ses choix pour une réunification de la péninsule coréenne.
La Chine ne veut pas d’une réunification des deux Corée, qui mettrait un allié des Etats-Unis à sa frontière. Même si la politique nucléaire de la Corée du Nord ne l’enchante pas, elle maintient avec le régime de Pyongyang des relations  économiques qui annulent l’effet des sanctions imposées par les Etats-Unis et ses alliés.
Les Etats-Unis sont depuis longtemps inquiets du potentiel nucléaire de la Corée du Nord. Le Président Clinton avait entamé des négociations pour arrêter le programme atomique coréen : les résultats ne furent pas évidents. Le Président Obama eut d’autres priorités, mais il avertit son successeur du défi que la Corée du Nord serait durant sa présidence.
 
Car il n’y a pas d’options satisfaisantes.
Ne rien faire ? Après tout, Israël, l’Inde, le Pakistan se sont dotés d’un arsenal nucléaire, au mépris de tous les traités visant à réserver l’arme atomique aux membres permanents du Conseil de Sécurité de l’ONU. Le monde n’est pas devenu plus dangereux pour autant. Toutefois, la tentation de la Corée du Sud et du Japon de se munir d’un arsenal nucléaire ne peut être sous-estimée, surtout si les Etats-Unis semblent s’accommoder de la situation actuelle.
 
Une frappe préemptive serait-elle possible ? Plusieurs présidents américains y auraient pensé selon  Gregory F. Treverton, ancien président du conseil américain pour le renseignement national. Mais il n’est pas sûr qu’une frappe pourrait éliminer la totalité de l’appareil nucléaire nord-coréen. Beaucoup d’installations sont cachées, secrètes, et les missiles sont mobiles. Une frappe devrait conjuguer des bombardements aériens, des "cyber-attaques", des raids de commandos.
Il faut rappeler que la capitale de la Corée du Sud est à portée de l’artillerie nord-coréenne. Toute action contre les installations atomiques de la Corée du Nord devrait être accompagnée d’une neutralisation d’une partie des moyens classiques. Une riposte "classique" du régime de Pyongyang serait probable, donc une seconde "guerre de Corée".
 
Eliminer Kim Jong Un serait-il plus sûr ? L’élimination de Kadhafi a amené le chaos en  Libye : peut-on être certain des réactions de la famille du dictateur, de son armée, de la population ? Comment assurer ensuite la maîtrise de l’arsenal nucléaire ? Kim Jong Un passe pour boire outre mesure et conduire dangereusement ses voitures. Peut-on espérer qu’un accident nous débarrasse de lui ?
L’équipe qui entoure le Président Trump souhaiterait que la Chine fasse pression sur la Corée du Nord, pour la contraindre à abandonner son programme nucléaire. Compte tenu des relations économiques entre la Chine et les Etats-Unis, c’est un rêve pieux : il n’y a guère de moyens de pression sur la Chine.
Nous sommes en présence de problèmes sans bonne solution. Espérons que nul ne perdra ses nerfs ou la maîtrise de cette crise… 
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Macron ou la France qu’on oublie
 
L’éloge exalté du multiculturalisme par Emmanuel Macron et la caution apportée par François Bayrou à ses déclarations sur la culture sont très préoccupants, explique le professeur de philosophie*.
 
Le 26 février, François Bayrou déclarait au cours d’une émission : "Il y a une culture française, et j’en suis le défenseur." Le 2 avril, devant les caméras, volte-face : "La culture française n’existe pas." Il aura suffi d’un mois, et d’un ralliement, pour ce nouveau reniement : avec de tels "défenseurs", la France a de quoi s’inquiéter… Sur le fond, un tel déni de réalité laisse incrédule. Comment M. Bayrou, agrégé de lettres, peut-il choisir d’ignorer à ce point ce qui fait la France ? Un tel propos peut bien se donner une façade savante, il est pourtant démenti par les faits, et par tous ceux qui hors de France ne peuvent même pas comprendre un tel débat. Car le monde entier sait qu’il y a une culture française ; il n’y a que nous pour le nier !
Notre pays est toujours la première destination touristique au monde, et ce n’est pas grâce à Orly et au RER B. Si 83 millions de visiteurs étrangers sont venus l’an passé en France, en dépit de nos infrastructures vieillissantes, de l’insécurité et de la menace terroriste, c’est parce que la France est pour eux d’abord un patrimoine, une architecture, des œuvres d’art, un art de vivre - bref, une culture, qui vaut qu’on traverse la planète pour venir s’émerveiller. Il n’y a que M. Macron pour dire sans plaisanter : "L’art français, je ne l’ai jamais vu." Ingratitude des héritiers qui refusent leur propre héritage…
 
Ce cas d’aveuglement volontaire ne doit pas prêter à sourire : il est le symptôme d’un déni très profond, dont les conséquences sont graves, qui se font sentir depuis plusieurs décennies déjà. Rien de nouveau en effet dans cette dépression française ; et M. Macron ne fait que rajeunir la voix qui porte le même discours démoralisant, un discours tellement vieux au fond qu’il ne voit plus d’avenir pour la France que dans son euthanasie. N’être plus qu’un hub où l’on entre et sort de façon indifférente, jusqu’à ce multiculturalisme dont le discours de Marseille a constitué une sorte d’éloge halluciné, en ne définissant plus les Français que comme une juxtaposition de communautés définies par leurs origines extérieures.
C’est au nom de ce projet que M. Macron devait dire et répéter qu’il n’y a pas de culture française. Non pas parce que c’est vrai, mais parce qu’il le faut, au nom de l’accueil de l’autre, de la diversité sans différences, de la mondialisation heureuse - bref, au nom du progrès. Rien de nouveau finalement dans cet espoir apolitique d’une disparition des nations : En marche ! est l’aboutissement de la fascination postmoderne pour l’universelle mobilité d’un monde sans frontières, et c’est tout logiquement que M. Macron nous demande nos voix pour diriger un pays dont il dit qu’il n’existe pas.
 
Mais ce déni de soi, pavé de bonnes intentions, est fondé sur un contresens tragique. Pour s’ouvrir vers l’extérieur encore faut-il avoir une intériorité ; pour accueillir encore faut-il demeurer et pour partager avec l’autre avoir quelque chose à offrir. On ne peut que mettre en danger l’unité d’une société quand on en retire ce qui peut fonder le commun. Or la culture est le seul bien qui puisse être infiniment partagé sans que personne n’en soit lésé : et c’est cet héritage commun qu’une parole politique irresponsable condamne depuis trop longtemps.
Le déni dont M. Macron se fait aujourd’hui l’avocat est déjà responsable de la crise éducative profonde que nous traversons : des millions de jeunes grandissent dans notre pays, auxquels nous n’avons pas transmis la maîtrise d’une langue, d’une histoire, d’une pensée - d’une culture par laquelle leur vie pouvait s’enraciner, devenir féconde et s’élargir aux dimensions de la cité. Comment s’intégrer à un pays dont on dit qu’il n’a pas de culture et pas d’identité ? Comment se reconnaître dans une histoire dont on affirme qu’elle n’a rien produit, sinon des crimes contre l’humanité ?
 
La culture ne peut pas diviser, au contraire : ce n’est qu’en elle que nous pourrons puiser des raisons d’aimer la France, sans chauvinisme sectaire, mais pour partager largement son aventure singulière. Pourquoi sinon être français, et pourquoi le devenir, si la France n’existe pas ? Car la France est une culture. L’un des plus grands écrivains à l’avoir épousée, Milan Kundera, l’expliquait ainsi : "L’ambiance spirituelle de toute ma jeunesse tchèque fut marquée par une francophilie passionnée." Et si cette passion résiste encore, dans le monde entier, même aux erreurs et aux fautes de notre pays dans l’histoire, c’est parce que "l’amour de la France ne résidait jamais dans une admiration des hommes d’État français, jamais dans une identification à la politique française ; il résidait exclusivement dans la passion pour la culture de la France : pour sa pensée, sa littérature et son art". Kundera avertissait déjà : une mondialisation qui nie les cultures ne pourra qu’aboutir à l’effacement de la France, "et l’indifférence à la France deviendra francophobie".
Il est malheureux que des responsables politiques français n’entendent pas aujourd’hui cet avertissement. Pour l’avenir de notre pays, et du monde auquel notre héritage peut encore apporter des sources singulières de vie et d’inventivité, la culture française n’a pas droit au suicide. Voilà éclairé, par la tentation du déni, l’enjeu de cette élection. Toute culture est fragile, nous le savons, et celle que nous avons reçue l’est plus que jamais aujourd’hui - comme l’écrivait Kundera : "Une raison de plus d’aimer la France ; sans euphorie ; d’un amour angoissé, têtu, nostalgique."
 
* Ancien élève de l’École normale supérieure, agrégé de philosophie et auteur de "Les Déshérités ou l’urgence de transmettre" (Plon, 2014).

Paru dans Le Figaro, 4 avril 2017
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Berlin ne veut plus obéir à Washington
 
Tout au long de la deuxième moitié du XXe siècle, l’Allemagne occidentale, première puissance industrielle d’Europe, fit le choix stratégique d’obéir à l’Amérique. Elle se réarma dès 1950, quand les États-Unis l’encouragèrent à le faire, dans le cadre de l’Otan. Elle se jeta à corps perdu dans la construction européenne, laquelle avait reçu la bénédiction de Washington.
Par le traité de l’Élysée (janvier 1963), elle établit un partenariat politique avec la France gaullienne, qui avait entrepris de restaurer son indépendance. Mais au moment de la ratification, les parlementaires allemands rajoutèrent un préambule rappelant leur lien privilégié avec l’Amérique, qui avait l’avantage de leur offrir une protection crédible face à la menace soviétique. Quand le général de Gaulle dénonça le "privilège exorbitant du dollar" ou l’aventure militaire américaine au Vietnam, les Allemands ne suivirent pas Paris. Ils n’en pensaient pas moins, mais ils voulurent rester loyaux envers leur grand protecteur.
 
Ce schéma d’une Allemagne qui obéit à l’Amérique n’existe plus. Lors d’une réunion ministérielle de l’Otan, le vendredi 31 mars 2017, le ministre allemand des Affaires étrangères a refusé d’obtempérer à une demande que lui faisait son homologue américain. Rex Tillerson était venu à Bruxelles pour demander à ses alliés européens d’accroître leurs dépenses militaires, afin d’atteindre le ratio de 2 % du PIB, fixé comme un minimum sécuritaire par l’Alliance atlantique. L’Otan se réunira en sommet le 25 mai 2017 et, dans un tweet émis juste après la visite d’Angela Merkel à la Maison-Blanche, le président américain s’était écrié : "L’Allemagne doit beaucoup d’argent à l’Otan et les États-Unis doivent être remboursés pour la protection militaire, efficace, et très chère, qu’ils assurent à l’Allemagne."
Les messages électroniques de Trump manquent parfois d’exactitude juridique : l’Otan n’est pas un club centralisant des dépenses de défense et financé par les cotisations de ses membres ; c’est une organisation faisant travailler ensemble des contingents nationaux, sous intendance nationale, mais sous commandement opérationnel américain. Ce qui est vrai, c’est que l’Allemagne ne dépense pour sa défense que 1,2 % de son PIB, contre 3,7 % pour les États-Unis.
Le ministre allemand a répondu qu’il était irréaliste de penser que l’Allemagne allait du jour au lendemain dépenser 2 % de son PIB pour ses armées. Avec pertinence, et peut-être avec une pointe d’insolence, Sigmar Gabriel a ajouté qu’il n’y "avait pas que les dépenses militaires qui contribuaient à la sécurité du monde, qu’il y avait aussi les dépenses de développement". Dans ce domaine, l’Allemagne, qui y consacre 0,59 % de son PIB, est loin devant l’Amérique (0,17 %).
 
Stratégiquement, c’est au début de ce siècle que l’Allemagne commença à prendre ses distances avec les États-Unis : elle rejeta la doctrine néoconservatrice (qui, par rapport à la paix, privilégie l’exportation de la "démocratie", si besoin par la force) ; elle refusa de participer à l’invasion de l’Irak en 2003 et aux bombardements contre la Libye en 2011.
Économiquement, l’Allemagne déteste le protectionnisme de Donald Trump. Le président américain, qui estime qu’on voit "trop de Mercedes à New York", a signé le 31 mars un Executive Order ordonnant à son Administration une analyse critique de la balance commerciale entre l’Amérique et chacun des pays étrangers commerçant avec elle. L’Allemagne est très largement excédentaire. Mais, farouchement attachée au libre-échangisme, elle n’a aucune intention de changer quoi que ce soit à sa politique exportatrice. Cela énervera-t-il l’exécutif américain ? C’est très possible.
Il s’agit donc désormais pour l’Allemagne d’éviter de devenir la bête noire de M. Trump, surtout au cas où ce dernier parviendrait à faire un deal avec le président chinois.
Jeudi 6 avril, Xi Jinping se rendra en Floride pour s’entretenir avec le président américain. La Chine accuse comme l’Allemagne un fort excédent commercial avec l’Amérique. Mais Pékin peut faire un cadeau stratégique à Washington - la mise au pas de la Corée du Nord ; alors que Berlin n’a rien à offrir. Comme Trump est apparu, depuis le début de son mandat, comme fort avec les faibles et doux avec les forts, il est possible qu’après avoir renié son affection pour Taïwan, il se couche une seconde fois face à Xi et dirige sa hargne vers l’Europe, si faible, si divisée.
C’est là que Berlin a un rôle historique à jouer : faire enfin de l’Union européenne, et surtout de ce qui marche le mieux en son sein - l’eurozone -, un bloc capable de résister à l’hégémonisme financier et judiciaire américain. Mais pour cela encore faudrait-il que les Allemands comprennent qu’aucune zone monétaire ne peut exister durablement sans que les États les plus riches y aident les plus pauvres.
Paru dans Le Figaro, 4 avril 2017
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Qu'est-ce qu'un président de la République ?
 
Les éditions Perrin viennent de rééditer en format de poche mon livre sur l'histoire des présidents de la République (2013), actualisé au 31 décembre 2016. C'est l'occasion pour moi de revenir sur la nature de la mission du chef de l'Etat, à travers les âges, et d'essayer d'apporter un éclairage aux électeurs sur les enjeux de fond de l'élection présidentielle d'avril-mai.
 
Le rôle du chef de l'Etat avant 1958 a été beaucoup caricaturé et minimisé. Non, le président français de jadis ne se limitait pas à inaugurer les chrysanthèmes. Le souvenir méprisant qu'on en garde correspond à certaines périodes de crise de la présidence de la République : Grévy, Deschanel, Lebrun lors de la débâcle de 1940.
En réalité, le chef de l'Etat, élu pour sept ans par le Congrès de Versailles, ou les deux chambres réunies, Chambre des Députés sous la IIIe (Assemblée nationale sous la IVe) et Sénat (Conseil de la République sous la IVe), exerçait une fonction essentielle dans le fonctionnement des institutions. Il se tenait au-dessus de la mêlée, ne prenait jamais part aux joutes politiciennes. Mais il exerçait un rôle de sagesse, de souverain impartial, désignait le Premier ministre, présidait le Conseil des ministres. Dans les temps de crise institutionnelle et morale ou internationale, les grands présidents imposaient leur autorité morale comme un repère. Les dirigeants de la classe politique se rendaient à l'Elysée pour l'écouter. Dans les temps de déchirement, son prestige personnel redevenait la référence suprême (Sadi Carnot, Raymond Poincaré dans la Grande Guerre, Alexandre Millerand, Gaston Doumergue, Vincent Auriol, René Coty). Mon livre fourmille d'exemples montrant comment la sagesse présidentielle, au-dessus de la mêlée, a permis de surmonter les déchirements voire de sauvegarder l'unité et l'intégrité de la Nation.
Le chef de l'Etat incarnait ce qui manque à la France aujourd'hui : une vision, une boussole, un repère.
 
En 1958 et 1962, le général de Gaulle a voulu renforcer le rôle du président de la République notamment en prévoyant son élection au suffrage universel. Du fait de son prestige, de son autorité naturelle, de sa légitimité nationale issue de l'appel du 18 juin 1940, le Général pouvait concilier la hauteur de la mission du chef de l'Etat et une présidence active, impliquée dans le gouvernement quotidien de la France. Son implication directe et son rôle dans l'achèvement de la guerre d'Algérie (1958-1962) a forgé une présidence omniprésente.
Mais après son départ en 1969, un bref intermède Pompidou puis VGE, le déclin de l'institution présidentielle n'a cessé de s'amplifier. Les présidents de la République (Mitterrand, Chirac) se sont trouvés écartelés entre leur rôle souverain de représentation de la France à l'international, de sage, garant de l'unité, de la cohésion et de l'avenir à long terme de la Nation, et celui d'élu sur un programme détaillé dont les Français attendent l'accomplissement de promesses.
Le passage du septennat au quinquennat en 2000 a achevé de dénaturer la fonction : élu pour un mandat aligné sur celui de l'Assemblée nationale, le président de la République est devenu de facto un chef de la majorité voire d'un parti politique, se substituant au Premier ministre dans le gouvernement quotidien de la France.
 
Surmédiatisé, devenu l'incarnation à lui tout seul du pouvoir politique, tenu pour responsable de tous les maux de la Nation, emporté et balloté dans la tourmente du quotidien, il en devenait le bouc émissaire naturel et l'otage. La présidence fondée sur le prestige du général de Gaulle tournait ainsi à une présidence infâmante, impuissante, qui n'incarne plus l'avenir de la Nation, mais au contraire ses angoisses, frustrations, déchirements. Son prestige et son autorité, fondements de sa mission, ont laissé la place au mépris populaire. L'élection de 2017 qui s'effondre dans la polémique, le chaos, voire le ridicule, marque l'apothéose de cet anéantissement élyséen.
 
Comment sauver la présidence de la République ? En réhabilitant la mission traditionnelle de hauteur, de sagesse, d'impartialité du président de la République en monarque républicain, au-dessus de la mêlée des passions et la folie de l'actualité, autorité garante des grands principes de la France et de son avenir, la politique du quotidien et le gouvernement du pays au jour le jour incombant au Premier ministre et aux ministres responsables devant le chef de l'Etat et le Parlement. Il manque à la France cette hauteur présidentielle d'un homme visionnaire et sage, un homme d'expérience et de vision à long terme, dans une actualité gagnée par la démence et la perte de tous les repères. Le retour au septennat pourrait être un premier pas vers cette redécouverte de la mission du chef de l'Etat, mais il ne suffirait pas. C'est un changement radical des mentalités et de la culture politique qui est nécessaire et ne se conçoit que sur le long terme. Il passe par la connaissance de l'histoire… D'où l'intérêt de cet ouvrage, me semble-t-il !

Paru sur Figarovox, 30 mars 2017
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L’agonie de l’Europe a commencé
 
Samedi dernier, l’Union européenne a atteint son soixantième anniversaire. Les 27 Chefs des Etats membres, réunis à Rome pour la circonstance, ont proclamé leur volonté de poursuivre et "approfondir" l’œuvre des Pères fondateurs. Mais le cœur n’y était pas. Les participants avaient sous les yeux les nombreuses fissures qui menacent la solidité de l’édifice communautaire. Trois d’entre elles sont particulièrement préoccupantes. Les difficultés financières de la Grèce hypothèquent l’avenir de la zone euro. L’afflux d’immigrés africains met en péril le principe de libre circulation entre Etats. Le Brexit, enfin, fait s’effondrer l’idée d’une union irréversible. Les serments pompeux des Chefs d’Etat n’ont pas réussi à cacher leur désarroi.
              
Les fidèles de la religion européenne ont tenté de voler à leur secours. Selon eux, les problèmes d’aujourd’hui peuvent être facilement résolus. Ils ont présenté, avant le "sommet" de Rome, une profusion de plans qu’à leur avis, il suffirait d’appliquer pour que l’espérance renaisse. Tous reviennent à élargir les pouvoirs des instances communautaires. Les difficultés de la zone euro ? Les techniciens de la Banque centrale font très bien leur travail ; il n’est que de leur accorder une autorité plus grande. L’immigration ? Qu’on laisse la Commission de Bruxelles fixer les contingents d’Africains et d’Afghans que chacun des Etats sera tenu d’accueillir. Le Brexit ? Si le peuple anglais est assez aveugle pour s’engager dans une impasse, que la Commission – encore elle - lui fasse payer un prix qui servira d’exemple. L’Europe redeviendra alors ce qu’elle doit être : une "entreprise extraordinaire" de réconciliation entre ses peuples et de prospérité partagée.
 
L’optimisme de ces fervents de l’Union a du mal à convaincre nos Chefs d’Etat, qui sentent l’insuffisance des mesures qui leur sont proposées. Le problème grec, par exemple, n’est plus dans la nature des prêts accordés au gouvernement d’Athènes. Il s’est déplacé vers l’effrayant coût humain de l’austérité imposée à la population. 4 enfants sur dix vivent maintenant sous le seuil de pauvreté ; plus de la moitié des habitants est sous alimentée ; le quart au moins des adultes est au chômage ; le taux de suicides a augmenté d’un tiers en deux ans ; bien d’autres statistiques témoignent tristement des ravages sociaux que la monnaie unique a provoqués. Il n’y a plus en Europe de prospérité partagée mais un abîme grandissant entre ceux qui profitent de l’euro et ceux qui en souffrent. Modifier quelques procédures de gestion n’y changera rien. Les Chefs d’Etat ne peuvent plus l’ignorer.
                 
Un aspect  plus pernicieux du malaise européen se cache dans ce qu’on appelle pudiquement à Bruxelles, le "déficit démocratique" de l’Union. Nos véritables dirigeants sont les 27 membres de la Commission. Ils n’ont aucune légitimité populaire et ne la recherchent pas. "Nous ne changeons pas de politique en fonction des élection" proclamait un vice-président de leur collège, il y a dix-huit mois. En théorie, leurs décisions sont contrôlées par le Parlement de Strasbourg. Mais ce dernier n’est qu’une pâle copie de pouvoir législatif. Ses élus représentent des courants d’opinion souvent instables, toujours minoritaires et qui n’ont reçu que des mandats populaires ténus et confus. Le Conseil européen, qui rassemble les Chefs des Etats de l’Union a, lui, une légitimité incontestable. Mais il ne se réunit que 4 jours par an et il est trop divisé pour imposer à la Commission quelque volonté que ce soit.
              
Il y a vingt ans, on pensait que ce déficit démocratique serait compensé par les consultations populaires qui étaient organisées chaque fois qu’un nouveau traité "approfondissait" l’Union. Mais les référendums ont vite fait apparaître le contraire de ce qui était espéré. Les Danois, les Irlandais, les Britanniques, les Français, les Néerlandais,  ont voté "non" à l’intégration européenne. Surpris et dépités, les fidèles de l’espérance supranationale en sont arrivés à la conclusion brutalement exprimée par Jean-Claude Juncker, le Président de la Commission : "Il ne peut y avoir de choix démocratique contre les traités européens". Les verdicts populaires ont été corrigés par des référendums de rattrapage, comme en Irlande, ou contournés par d’autres procédures, comme en France. Pour que l’Europe progresse, les instances de l’Union n’ont pas hésité à piétiner les souverainetés nationales et leurs expressions les sacrées : des votes libres.
            
Ces deux exemples montrent que la mal dont souffre l’Europe ne peut trouver son vrai remède dans des recettes aussi simplistes que la création d’un poste de ministre des finances de la zone euro ou un nouveau fonds de garantie commune. Si l’on va au fond du problème, on aboutit à un constat simple : ce qui est en cause, c’est l’idéologie européenne elle-même. Elle a pour principe central la croyance selon laquelle les identités nationales sont devenues des anachronismes et doivent être dépassées. Dépassées par quoi ? Par une organisation post-identitaire qui se substitue peu à peu à nos vieilles nations et qui repose sur quatre piliers. Ce sont les "quatre libertés" que François Hollande vient de proclamer irréversibles et non-négociables : libertés de circulation des biens, des services, des hommes et des capitaux. Les partisans de l’ordre post-identitaire croient tellement que leur idéologie répond à l’appel de l’Histoire qu’ils tiennent pour secondaires, voire négligeables, les volontés nationales. Elles expriment des identités moribondes. Ils attendent avec ferveur la naissance d’un homme nouveau – le citoyen européen - et une communauté politique nouvelle – l’Union européenne.
             
Leur ambition est-elle réaliste ? En pratique, l’intégration menée au nom des quatre libertés a abouti à la formation d’une oligarchie technocratique et financière qui, comme espéré, s’est détachée des anciennes patries. Les peuples, eux, n’ont pas cette chance. Ils sont menacés par des formes nouvelles d’aliénation qui s’appellent précarisation du travail, appauvrissement et exclusion. Les Grecs en éprouvent douloureusement le poids. Mais la plus répandue, la plus redoutable des aliénations provoquées par l’Europe, c’est la privation d’identité nationale. Amputer l’être humain d’une part essentielle de son identité, qui est l’appartenance à une nation, c’est lui faire violence et s’exposer à de virulents chocs en retour. L’accroissement des pouvoirs abandonnés à Bruxelles a eu pour conséquence inévitable l’audience grandissante des partis dits identitaires comme le Front national en France et l’UKIP en Angleterre. Ailleurs les circonstances ont porté les électeurs vers des identités nationales de substitution comme on le voit en Ecosse, en Catalogne, en Lombardie, voire en Corse. Nos gouvernants, qui croient de leur devoir de faire progresser le projet européen, sont désemparés devant ce contrecoup qu’ils n’avaient pas prévu. Ne sachant comment le parer, ils se répandent en vaines incantations.
               
Le rêve d’une Europe post-identitaire a soulevé les espoirs de la génération devenue adulte en 1968. Il se dissipe à mesure que cette génération quitte la scène et que ses illusions deviennent criantes. Il laisse derrière lui des nœuds de contradictions que la génération montante aura beaucoup de mal à défaire. Les Anglais sont les premiers à s’y essayer, sans doute parce qu’ils sont les plus chatouilleux quant à leur identité et les plus menacés par son déchirement. D’autres peuples suivront. Les Allemands viendront en dernier. L’agonie de l’Europe post-identitaire sera alors terminée.
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Des anti-Fillon suicidaires
 
Il est étonnant de voir comment les puissants de ce monde, dotés de moyens supérieurs, d'une stratégie fortement pensée, peuvent s'aveugler sur leurs vrais intérêts.
On se souvient de ce célèbre tableau de Breughel montrant une file d’aveugles marchant ensemble au précipice. C'est ce qu’évoquent les manœuvres par lesquelles l’appareil gouvernemental s’efforce d'assassiner politiquement Fillon, allant jusqu’à une instrumentalisation de la justice sans précédent en période électorale qui nous rapproche des pratiques totalitaires (1). Le but de ces manœuvres est clair : faire élire par tous les moyens Macron à la présidence de la République.
Que les coups soient bien évidemment partis des plus hauts sommets de l’Etat, qui en doute ? On rappelle que les parquets et spécialement le parquet financier créé par Hollande sont aux ordres directs du gouvernement. Et personne n’imagine évidemment que ces manœuvres visant à casser Fillon aient pour but de faire élire Hamon !
Le monde entier suit de près l’élection présidentielle française car son enjeu géopolitique est fondamental : il s'agit de savoir dans quel camp se situera la France le 7 mai prochain. Cela ne signifie pas que les anti-Fillon reçoivent des ordres de l'étranger : la doxa euro atlantiste des élites occidentales est suffisamment homogène pour que ses représentants français, dans les sphères politique ou médiatique, puissent suivre leur ligne propre tout en étant en phase avec celle de leurs mentors internationaux. 
Sachant le désastre du quinquennat Hollande, les caciques de la gauche auraient pu se contenter d'accepter le jeu démocratique normal : le parti au pouvoir ayant échoué, c'est à l'opposition de prendre les rênes. Jusqu'à la prochaine alternance. Fillon ne représente d’ailleurs aucun risque de bouleversement majeur du statu quo : aucune remise en cause du libre-échange, de l’Europe de Bruxelles, ni de l’euro. Son programme de rigueur, si décrié, est au contraire le seul moyen de sauver, à supposer qu'on veuille la sauver, la monnaie unique d’une débâcle générale. Sa prudence sur le plan sociétal ne devrait pas inquiéter.
Mais cela n'a apparemment pas suffi aux tenants de la pensée dominante. Ils veulent désormais un alignement sans réserve. Or Fillon a une faille : il ne considère pas Poutine comme un ennemi. Il n'est nullement question qu'il s'inféode à lui mais le seul fait qu'il ait pris ses distances par rapport à la rage néoconservatrice antirusse suffit à le rendre suspect.
La moralité politique étant en baisse généralisée, les gens de gauche en place n'acceptent pas non plus de perdre leurs places et, avec Fillon, ils seraient obligés de les céder à d'autres. Avec Macron, qui a été pendant tout le quinquennat un des plus proches collaborateurs de Hollande et qui demeure fondamentalement un des leurs, ils les garderaient.
 
Un jeu très risqué
Pourtant ces gens qui veulent tout gagner risquent de tout perdre.
Au début de l’année, personne ne doutait que François Fillon l'emporte largement, il était clair en tous les cas qu'il était le seul à battre facilement Marine Le Pen au second tour. Ceux qui ont voulu le déstabiliser s'imaginent qu'il en irait de même avec Macron, voire Hamon. Quelle grave erreur !
Nous n’hésitons pas à dire qu'en déstabilisant François Fillon, ils ont pris le risque de mettre au second tour un candidat qui peut être battu par Marine Le Pen. Certes les sondages donnent aujourd'hui à Macron une certaine avance sur Fillon au premier tour et une victoire large sur Marine Le Pen au second. Mais s'y fier serait ignorer un certain nombre de données fondamentales qui rendent cette prévision aléatoire.
Entre Emmanuel Macron et Marine Le Pen, il ne s'agira pas d’un concours de diplômes ou de compétence ni de beauté, pas même de programmes, au sens technique. Ce sera un concours de légitimité et il se jouera dans un face à face qui sera une épreuve de vérité. L'affrontement, qui aurait été amorti avec Fillon, compte tenu de ses positions moyennes, sera d'une violence inouïe.
On ne saurait en effet imaginer deux candidats plus antithétiques :  
Marine Le Pen ne veut plus d'Europe (celle de Bruxelles). Macron veut en rajouter une couche.
Marine Le Pen veut arrêter l'immigration. Macron qui vient de féliciter Merkel sur ce chapitre (ce que n'a jamais fait Hollande), lui ouvre les bras.
Deux sujets existentiels sur lesquels, comme sur d’autres, au moins 60 % des Français sont aujourd’hui du côté de Marine Le Pen.
Comment réussir ce concours de légitimité quand on accuse la France de crime contre l'humanité, qu’on nie l'existence d'une culture française ou qu'on fait un discours en anglais à Berlin ? Comment prétendre être le chef d'un peuple en le mettant en accusation au banc de l'histoire ou en crachant sur ses totems ? Macron qui aime tant l'anglais n'a visiblement pas compris ce que veut dire leadership. Il est vrai qu'on ne l'apprend pas à l'Inspection des finances. Dans ce concours, tout ce que la campagne virevoltante de Macron s’évertue à cacher viendra au jour. Il n'est pas certain qu’il gagne alors la partie.
 
Le sociologue Marc Abélès (2) a mis en relief le concept d’éligibilité. Une donnée complexe de nature anthropologique qui sous-tend la mécanique électorale. Il est douteux qu'avec ses prises de position sur l'histoire et la culture françaises, Macron soit vraiment "éligible". D'autant que les meilleurs experts pensent que la question identitaire sera décisive dans cette élection (3).
A côté de la légitimité, il y a l'arithmétique électorale. Même si la gauche n'aime pas Fillon, personne ne l’y déteste assez pour ne pas voter pour lui au second tour dès lors qu'il s'agira de "faire barrage au Front national" : il n'aurait ainsi pas de mal à faire le plein des voix de Dupont-Aignan à Mélenchon.
Ce n'est pas si certain pour Macron : une partie des Républicains excédés par les coups portés à leur candidat - et qui commencent à comprendre d'où ils viennent -, sanctionnera Macron en votant au second tour pour la candidate du Front national. Quant à la gauche de la gauche, ceux qui auront voté Mélenchon ou Poutou, comment imaginer qu'ils voteront pour un candidat issu de la banque Rothschild, figure accomplie du "social-traître". Au mieux ils s'abstiendront.
Ajoutons qu'après le Brexit et l'élection de Trump, Macron est tout sauf dans le sens d’histoire.
 
Ceux qui ont fait le calcul qu’en déstabilisant Fillon, ils auront Macron apportent la preuve de leur aveuglement sur les véritables dynamiques de l'opinion. Macron reste le candidat des élites mondialisées, "hors sol », vivant dans un cocon qui les rend étrangères à un peuple toujours suspect de "populisme". Leurs erreurs d’appréciation dans les votes anglais et américain déjà signalés, plus celle, en France, du référendum de 2005, ne leur suffisent pas. Au demeurant, quel mépris du peuple d'imaginer que par le matraquage médiatique, beaucoup d'argent, une communication très professionnelle destinée compenser le vide du propos (car jusqu' ici Macron n'ose pas dit ce qu’il est vraiment) et des prestations scéniques de saltimbanque inspiré, on puisse faire avaliser par le peuple français des options qui, jusqu'à la caricature, résument tout ce qu'ils rejettent.
Les réseaux nationaux ou internationaux qui ont voulu déstabiliser Fillon parce qu’ils ne le trouvaient pas assez à leur goût pourraient bien, à ce jeu, avoir Marine le Pen. Ce n'est sûrement pas le résultat qu'ils recherchaient.
 
(1) Rappelons qu'en 1965, le général de Gaulle avait refusé de réactiver la procédure engagée à l'encontre de François Mitterrand qui était toujours en examen pour outrage à magistrat, soupçonné d’avoir organisé un faux attentat contre lui-même. Autre temps, autres mœurs.
(2) Marc Abélès, Jours tranquilles en 89, ethnologie politique d'un département français, Paris, Éditions Odile Jacob, 1988.
(3) Article de Jérôme Sainte-Marie, Le Figaro, 22 février 2017
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Pourquoi personne n’arrive à contenir la hausse des dépenses publiques
 
Depuis trente ans, inlassablement, les think tanks libéraux qui occupent le devant de la scène française et tentent d’alimenter les programmes des partis plaident pour la baisse des dépenses publiques et ils ont raison :  ce devrait être là une priorité nationale. Ces dépenses publiques sont passées de 38, 5 % du PIB en 1970 à 57,7 % en 2015. Elles continuent à s’élever.
Même si la gauche est plus responsable que la droite à cet égard, celle-ci n'a nullement profité de ses passages au pouvoir pour renverser la tendance, au contraire. Il est même frappant de voir combien les analyses et les propositions des libéraux restent lettre morte. 
On impute cette hausse permanente à différents facteurs : la démagogie, l’incompétence des politiques qui laissent souvent filer les budgets sans y prendre garde ou n'y attachent pas d’importance. Mais beaucoup de nouvelles dépenses sont engagées sans que personne ne les demande !
Même si ces explications ont une part de vérité, les raisons de la hausse des dépenses publiques sont plus profondes.
 
Le rôle de l'idéologie
Elles tiennent, pensons-nous, à l’investissement des politiques publiques par l'idéologie.
Ce terme d’idéologie a de nombreuses significations. Nous en retiendrons une : des politiques publiques inspirées par des idées simples, généralement fausses parce que trop simples, fondées sur des clichés qui circulent dans les milieux dirigeants (presse comprise) ou ce
’analyser de près certaines réalités de terrainrtaines administrations et non sur une analyse fine des réalités.
Ce refus d avant de décider existe dans tous les pays, mais il est particulièrement répandu en France où la suffisance des décideurs parisiens (et parfois provinciaux) semble les dispenser de s'abaisser à regarder les choses de près ; méprisant les acteurs de terrain, ils les soupçonnent a priori d'être prisonniers de partis pris démagogiques.  A l'origine de ces attitudes se conjuguent curieusement nos deux grands héritages, celui de l’Ancien régime : une société de cour arrogante et de celui de la Révolution française : une propension inégalée à l’abstraction.
 
Il a été admis une fois pour toutes sans examen que 36 000 (1) communes étaient source de gaspillage, alors que c’était exactement le contraire : ces petites communes étaient gérées à l'économie, leur regroupement en ensembles intercommunaux s'est avéré au contraire terriblement dispendieux. Mais les think tanks libéraux continuent de répéter comme des perroquets qu'il faut regrouper les communes, les départements, et le gouvernement vient de procéder, sans nécessité, au regroupement des régions, ce qui entraînera sans nul doute des dépenses publiques supplémentaires. On peut en effet tenir pour une loi économique que plus une entité publique est grosse, plus elle entraîne de frais généraux.
Quand nous parlons d'idéologie, nous ne nous référons pas à un grand système totalitaire tel que celui qui a régné en son temps en Union soviétique (2). Il s'agit d'idéologies sectorielles qui suivent généralement le même modèle simplificateur mais qui ne sont reliées entre elles que de manière lâche. Certaines sont même contradictoires : par exemple, au ministère de la Santé, la tendance est à la fois à fonctionnariser la médecine libérale et à libéraliser le statut des pharmaciens.
 
Des réformes nocives
L'idéologie n'est pas seulement une simplification et donc une falsification du regard porté sur le réel, elle inspire d’innombrables réformes plus nocives les unes que les autres. Pour qui veut comprendre la différence entre une réforme "naturelle" et une réforme idéologique, il suffit d'appliquer la règle suivante : une réforme "naturelle" vise seulement à résoudre les problèmes quand ils se posent, ce qui est déjà assez tant il y en a ; une réforme idéologique vise à résoudre des problèmes qui ne se posent pas, sans résoudre ceux qui se posent vraiment. Simplement, elle veut redresser telle ou telle réalité qui n'entre pas dans les schémas abstraits que les décideurs ont établie en norme. Il en est ainsi de la plupart des normes européennes : ainsi celles qui ont entraîné le sectionnement d’EDF et de la SNCF en plusieurs entités indépendantes sans autre objectif que de se mettre en conformité avec une théorie de la concurrence généralisée à caractère idéologique (au demeurant contestée dans le cas d'espèce par beaucoup d’économistes) et qui a bien plutôt créé les problèmes qu'elle n'en a réglé.
On pourrait ajouter beaucoup d’autres exemples.
En matière de réforme de l'État où sans tenir compte de la spécificité de la sphère publique, on a tenté d'imposer de manière artificielle des méthodes de gestion prétendues issues du privé, l'effet a été de créer du désordre et d’affaiblir la motivation des agents : indicateurs d’efficacité manipulés, primes de résultat arbitraires, gestion des carrières lourde et formaliste, regroupements de services aux cultures éloignées etc. L’éducation nationale, de manière plus ancienne, avait imposé le principe du collège unique : on pensait assurer l'égalité des enfants en imposant le même moule à tous sans tenir compte de leurs aptitudes différenciées, une idée aussi stupide que si on avait dit que pour égaliser une série de nombres, il fallait les multiplier tous par deux ! Souvent, l'idéologie est l’imitation servile de modèles étrangers : ainsi la réforme de la politique agricole commune de 1992, d’inspiration américaine, qui a alourdi le coût des soutiens ou l’imitation du modèle pédagogique allemand (inefficace) par la multiplication d'exercices interdisciplinaires dans l'enseignement secondaire qui brouillent les repères et démoralisent les enseignants.
 
Le bon sens est la chose là moins partagée
Dans cette multiplication de politiques idéologiques, il est rare que les idées de bon sens arrivent à faire leur chemin : on citera la création des Instituts Carnot dans le domaine de la recherche qui ont été instaurés avec succès en 2006, parce que leurs promoteurs avaient pu travailler hors du feu des projecteurs et des stéréotypes du parisianisme. L'extension du domaine de l'idéologie est facilitée par l'obsession de la communication (la com') : des schémas simples sont plus faciles à expliquer aux journalistes ou au grand public ; fusionner tous les services de renseignements civils en un seul semble a priori propre à en améliorer l'efficacité même si le désordre entraîné par cette réforme que rien ne nécessitait (le renseignement intérieur marchait très bien jusque-là), est une des causes de la perte de contact de nos services avec les milieux terroristes à partir de 2010 et, par-là , des attentats de 2015.
 
La dépense publique, variable d'ajustement
Quel rapport entre l'idéologie et la dépense publique ? Il est plus grand que l'on croit. On peut dire que chaque fois qu'une réforme est idéologique et donc mauvaise, la dépense publique constitue la variable d'ajustement.
Cela de différentes manières :
 
- D'abord parce que toutes les réformes créent du stress et entrainent une forte dépense d'énergie, spécialement celles qui touchent à l'administration elle-même : pendant plusieurs années, le service est perturbé, les agents étant mobilisés par le changement interne. Une administration en réforme permanente est une administration qui coûte bien plus cher que celle qui fonctionne normalement sans être chamboulée. D'autant que, généralement imposées de haut, comme c'est l'usage en France -  toujours l'esprit de Cour-, ces réformes sont mal reçues par le personnel qui se démoralise et se démobilise. L'action administrative a besoin de cadres stables ; les déstabiliser en permanence entraîne une perte d'efficacité ; la perte d'efficacité entraîne des besoins de personnel supplémentaires ;  
 
- Ensuite parce que les agents étant naturellement conservateurs (mais qui ne l'est pas ?), les autorités politiques qui souhaitent que la réforme se fasse sans heurts achètent leur consentement par une large distribution de primes ou d'avantages de carrière. Une première tentative de fusionner les services fiscaux et les services du Trésor avait échoué face aux résistances. L'administration ne voulant jamais se déjuger est revenue à la charge quelques années après : une seconde réforme a réussi parce qu'une prime de fusion a été généreusement distribuée à un personnel qui était déjà parmi le mieux payé de la sphère publique. De même, la perspective de fusion (non encore réalisée heureusement) de la police et de la gendarmerie a conduit à aligner les avantages statutaires des uns sur ceux des autres, selon la règle du mieux disant (3). Pour attirer les élus locaux réticents dans les structures intercommunales, la loi Chevènement leur a permis de multiplier les postes de vice-présidents devenus de coûteuses prébendes et d’augmenter les indemnités ;
 
- Enfin la plupart de ces réformes idéologiques étant mal conçues car inadaptées à la réalité concrète, créent des dysfonctionnements divers et généralement coûteux. La mise en place des communautés de communes et d’agglomération a entraîné la création de 200 000 postes de fonctionnaires en plus de ceux qui existaient déjà : sont en cause, outre le principe lui-même de la course à la dimension, les mécanismes financiers du rapprochement intercommunal comme, par exemple, les distributions de dotations incitant à la dépense, ou la complication plus grande des nouvelles procédures. Si l'on n'avait rien réformé du tout - et cette réforme est typiquement idéologique puisque personne ne la demandait et qu'aucun problème grave ne la rendait nécessaire - le coût aurait été encore moindre.
L'instauration des Agences régionales de santé, selon le même principe de "regrouper pour mieux gérer" a entraîné la création d’une couche bureaucratique supplémentaire dans le monde hospitalier ; par ailleurs les chefs de pôles sont venus s’ajouter aux chefs de service. De même l'idée absurde que nos universités étaient trop petites, inspirée par les critères très particuliers du classement de Shanghai, a déterminé la création d'organismes fédérateurs, les PRES, qui ne sont eux aussi qu’une strate supplémentaire ;
 
-  Ajoutons, et c'est le plus grave, que le règne de l’idéologie dans certains secteurs clef de l’appareil d’État français fait tant de dégâts que le seul moyen de les réparer est d'engager de nouvelles dépenses publiques. L'exemple le plus patent est l'éducation nationale qui a vu au cours des quarante dernières années l'application du collège unique, des théories pédagogiques pseudo-scientifiques absurdes, notamment dans l'apprentissage de la lecture, des idées de Bourdieu selon lesquelles, pour rendre l'éducation plus égalitaire, il fallait abaisser les exigences en matière de langue, de tenue, d’obéissance, ce qui a eu pour conséquence un relâchement général de la discipline dans les écoles. Par elles-mêmes ces réformes n'alourdissent pas les coûts mais elles ont pour effet une baisse du niveau que l'on tente de compenser en créant de nouveaux postes pour diminuer sans cesse les effectifs des classes, en instaurant de coûteuses ZEP aux crédits renforcés et en allongeant la scolarité etc. Les libéraux font souvent le procès aux enseignants que leur efficacité est faible, que leurs syndicats "n'en ont jamais assez". Ils proposent un système lui aussi idéologique qui coûtera cher sans résultat : l'évaluation généralisée.

En fait, la raison d’être de ces dysfonctionnements, tient à l’application, et cela dès le niveau le plus élémentaire, des principes faux qu'on a vus. Cette application a été décidée en haut lieu, les enseignants, conscients des inconvénients générés, n'y sont pour rien, sinon qu’ils adhèrent à des syndicats qui ont soutenu ces réformes. On peut dire la même chose de la Justice, autre secteur hautement idéologique : les idées perverses du Syndicat de la magistrature y ont pénétré, répandant à tous les niveaux la culture de l'excuse et se traduisant par une augmentation de la délinquance qui rend nécessaire l'augmentation des effectifs de police et de gendarmerie, la création de nombreux postes d’éducateurs généralement inopérants, sans compter des troubles de l'ordre public coûteux. Parallèlement, les procédures n'ont cessé d'être compliquées au nom d'un droit de l'hommisme échevelé (alors même que les atteintes à la vie privée se multiplient sous l'effet de lois antiterroristes). Si la justice se faisait craindre davantage, il faudrait moins de policiers et de gendarmes !  
On pourrait aussi montrer comment la réforme de la PAC de 1992 a coûté beaucoup plus cher au contribuable tout en démoralisant le monde agricole désormais assimilé à un consommateur de subventions. Cela pour faire droit à la théorie libérale prônée par le GATT qui disqualifiait le soutien des prix.
L'idée que la plupart des augmentations de la dépense publique depuis 1980 sont imputables à des réformes à caractère idéologique, peut être étendue à l’explosion des dépenses d'indemnisation du chômage (y compris toutes les formes d'emploi aidé) qui ne sont pas sans lien avec la préférence bien antérieure à l’euro pour une monnaie forte, qui a, elle aussi, un caractère idéologique et est la cause de l’augmentation du chômage.
 
Le libéralisme érigé en système est aussi une idéologie
Face à ces mécanismes de pensée (ou de non-pensée), qu'on ne voudrait cependant pas généraliser pour ne pas nous exposer nous aussi au soupçon d’idéologie, l’inaptitude des think tanks libéraux àpromouvoir, malgré leur hégémonie intellectuelle, une vraie politique d'économies est frappante. Ils ressassent à chaque échéance électorale des propositions de coupes sombres dans les dépenses sociales dont on ne voit jamais la couleur, des privatisations érigées en système (tantôt opportunes, tantôt pas) alors qu’elles ne concernent que les stocks publics, pas les flux, ou la réforme des statuts des fonctionnaires (qui coûtera très cher elle aussi, n'en doutons pas). Le problème est qu'ils sont eux aussi porteurs d'idéologie, c'est à dire de schémas simplifiés qui semblent les dispenser s'une étude approfondie des réalités. Idéologie nourrie de leur peu d'empathie pour le monde du service public qui n'est pas le meilleur moyen d’en connaître en finesse les mécanismes. Idéologie qui n'est sans doute que le reflet des préjugés sommaires de leurs financeurs (grands groupes) ou de leurs relais (grands médias) qu'ils se doivent de satisfaire en allant dans leur sens. Ils sont à l'origine, directe ou indirecte, de nombreuses réformes qui ont abouti à une augmentation des dépenses publiques : ainsi, l'assimilation abusive du management public au management privé d'où résultent la LOLF de 2001 ou le regroupement des communes, dans laquelle des libéraux peu au fait du fonctionnement réel de l'Etat ont imaginé trouver une source d’économies alors que c’était le contraire. L'évaluation généralisée, presque toujours fallacieuse en dehors du critère du profit, est de la même eau. Le libéralisme transformé en système est lui aussi une idéologie et il n’échappe pas à la loi commune des idéologies qui est d'alourdir la dépense publique.
 
Parmi les raisons qui favorisent l'envahissement de la sphère publique par le mode de pensée idéologique, il y a l'incompétence, les modes internationales, il y a aussi la paresse intellectuelle. Il est plus facile de proposer des réformes qui se traduisent par la déclinaison mécanique de grands principes éloignés du terrain (la loi Macron est, au moins en partie, assez typique à cet égard) que d'analyser en détail comment fonctionnent réellement les services, ou encore de consulter les gens de la base. La paresse va généralement avec l’orgueil, celui de savoir sans s'être informé. Les sept péchés capitaux ne sont certes pas tous impliqués au même degré dans ces dérives, mais il est certain que la France n'est pas près de contenir les dépenses publiques tant que ne sera pas opéré dans le mode de pensée de nos gouvernants ce qu’Ernest Renan appelait une grande réforme intellectuelle et morale.

(1) 36 593 exactement en 2015
(2) Encore que le système communiste ait été fondé, lui aussi, sur quelques idées trop simples : la propriété doit être supprimée, l'Etat doit s'occuper de tout.
(3) De la même veine, est le projet récent de fusionner les écoles de police et de gendarmerie qui témoigne d'une parfaite ignorance des cultures spécifiques de ces institutions et qui, s'il était réalisé, coûterait très cher.
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Emmanuel Macron échappe au dialogue de terrain avec les PME : la déception !
 
Après 5 mois d’attente et de tergiversations, les équipes d’Emmanuel Macron viennent de refuser le débat prévu et promis entre le candidat et les patrons du mouvement ETHIC.
 
Plus de 300 patrons étaient attendus pour cet évènement.
Emmanuel Macron a visiblement souhaité échapper à des questions concrètes, précises, concernant le nouvel environnement économique qu’attendent les entrepreneurs. Tous les candidats à l’élection présidentielle sollicités par ETHIC ont accepté cette rencontre à l’exception de Jean-Luc Mélenchon… et d’Emmanuel Macron.
Les entrepreneurs d’ETHIC (Entreprises à Taille Humaine, Indépendantes et de Croissance) soupçonnent que le flou des mesures réservées aux entreprises et l’absence de calendrier de leur mise en œuvre soit la cause de ce refus, bien plus que l’emploi du temps évoqué comme prétexte.
Ainsi, la première réforme proposée par Emmanuel Macron en faveur des entreprises serait la réforme du code du travail. "Cette réforme du code du travail tant attendue prendrait au minimum 1 an si l’on est réaliste et aussi optimiste".
Emmanuel Macron en effet, veut, comme pendant le dernier quinquennat renvoyer aux partenaires sociaux la responsabilité de cette réforme ainsi que de nombreuses autres. "Pourquoi donc réussirait-on maintenant avec la même méthode ce qui a échoué pendant 5 ans ? Notre dialogue social en l’état, ne fonctionne pas"
ETHIC se devait de signaler publiquement ce refus en le regrettant. A moins d’un mois du 1er tour de l’élection présidentielle l’indifférence d’Emmanuel Macron prend un sens tout particulier pour les entrepreneurs dont certains sont hésitants sur leur vote.

Communiqué de presse d'ETHIC, 31 mars 2017
 
ETHIC est un Mouvement de réflexion et d’actions patronales regroupant des Entreprises de Taille Humaine Indépendantes et de Croissance. Ses missions consistent à promouvoir l’image de l’entreprise tout en prônant les valeurs éthiques, la place centrale de l’homme au cœur du système économique et la liberté d’entreprendre. Dans toutes ses réflexions et à travers ses actions en faveur d’une meilleure pédagogie de l’entreprise, le Mouvement se positionne comme l’instigateur d’une nouvelle éthique du capitalisme, correspondant aux problématiques d’aujourd’hui
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