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Ne touchez pas au participe passé !
 
Un mouvement d’opinion a vu le jour dans l’objectif de simplifier la règle d’accord du participe passé. Né en Belgique, il s’étend aujourd’hui en France.
Deux anciens professeurs de français écrivent dans Libération du 2 septembre : "Osons l’affirmer : les règles d’accord du participe passé actuelles sont obsolètes et compliquées jusqu’à l’absurde. [Les nouvelles règles proposées d’accord simplifiées] compte tenu du fait qu’elles ne sont pas fautives, qu’elles suivent l’usage, qu’elles libèrent du temps scolaire, qu’elles sont recommandées par toutes les instances officielles d’avis sur la langue et les universités, on est en droit de se demander pourquoi ces [nouvelles] règles ne sont pas appliquées."
 
Nous voyons bien la logique qui est derrière ce raisonnement.
D’abord, celle de la table rase : en finir avec une vieille règle grammaticale venue du passé qui complique l’orthographe du français. Les auteurs de cet article effectuent un rapprochement révélateur entre les règles d’accord du participe passé et la religion chrétienne.
Ensuite le nivellement par le bas : puisque cette règle crée une inégalité sociale entre les personnes qui la maîtrisent et celles qui peinent à l’appliquer, il suffit d’y mettre fin pour rétablir l’équilibre. Une vision strictement inverse de celle des premiers républicains qui voyaient dans l’exigence scolaire un tremplin de la promotion sociale.
On en revient à l’éternelle question de la simplification de l’orthographe. Jusqu’à présent, les réformes ont porté sur l’écriture des mots. Aujourd’hui, un cran supplémentaire est franchi : on touche à un pilier grammatical, à la structure même de la langue. "Les fleurs que je t’ai offertes … "
 
De fait, les règles d’accord du participe passé avec les verbes être et avoir ne sont pas arbitraires. Elles ont une histoire qui remonte aux sources latines du français. Elles constituent une richesse, une subtilité de la langue. Les supprimer serait, non pas une simplification, mais un appauvrissement du français.
L’apprentissage de la règle d’accord du participe passé relève d’une sublime gymnastique de l’esprit et de la construction intellectuelle d’une personne. La logique de la simplification à tout prix conduit à la destruction du patrimoine intellectuel : à quoi sert le subjonctif ? Et la grammaire en général ? et les mathématiques ? Et la philosophie ? Et l’histoire ? toutes ces disciplines si compliquées.
Cette règle ne sert à rien, disent-ils, elle est "inutile". Mais elle est simplement belle ! "les fleurs que tu m’as offertes !" Elle fait partie du charme du français, de sa beauté et de sa poésie. Faut-il supprimer la beauté et la poésie, le charme de la langue ? La beauté et la poésie ne sont-elles pas tout simplement notre principale raison de vivre ?
 
Mais au fond, cette idéologique de la simplification à tout prix, qui s’exprime dans ce débat, n’est-elle pas l’un des sous-bassement du monde moderne ? Plutôt que de pousser les personnes à s’élever par le savoir et la culture en surmontant les difficultés de l’apprentissage, il suffirait de supprimer ces dernières pour assurer un strict égalitarisme entre tous les hommes.  Il est sidérant de voir comment les vieilles idéologies qui ont provoqué tant de malheurs resurgissent sous des formes les plus anodines et innocentes.

Paru sur maximetandonnet.wordpress.com, 6 septembre 2018
Publié dans A tout un chacun
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À la source d'Ingmar Bergman
 
Le cinéma et le théâtre rendent hommage au génie suédois à l'occasion du centenaire de sa naissance.
 
Il y a cent ans, le 14 juillet 1918, naissait Ingmar Bergman. Onze ans après sa disparition, en 2007, son ombre s'étend toujours sur le septième art comme celle d'un arbre puissant aux racines ténébreuses, aux branches tourmentées. Le cinéma et le théâtre rendent hommage au grand metteur en scène suédois en ce début de saison. Outre une rétrospective de ses œuvres, deux documentaires, À la recherche d'Ingmar Bergman, de Margarethe von Trotta, et Bergman, une année dans une vie, de Jane Magnusson (sortie le 26 septembre), se font écho pour explorer la personnalité et l'influence du cinéaste : comment est-il devenu cette figure immense ?
 
En 1953, son film Monika va faire le tour du monde. Deux adolescents amoureux, un été sur une île de rêve, l'érotisme, le naturel - et l'usure amère. Déjà Bergman dissèque le couple, explore les visages. Godard admire l'audace du gros plan face caméra de Harriet Andersson, prenant le spectateur à témoin de sa désillusion. Dans Les Quatre Cents Coups, Truffaut envoie Antoine Doinel voler une photo de Monika. Les jeunes critiques des Cahiers du cinéma qui vont devenir les réalisateurs de la nouvelle vague admirent Bergman comme un maître. Sur leurs pas, Margarethe von Trotta, venue vingt ans plus tard étudier à Paris, va le découvrir à travers une de ses œuvres majeures, Le Septième Sceau.
 
Curieusement, les deux documentaires commencent par des extraits du Septième Sceau. Scènes saisissantes : on n'avait jamais donné à la Mort cette présence physique qui en fait un protagoniste du drame. Bergman, qui voyait dans le cinéma "un formidable moyen de dépasser les limites", admettait qu'on ne suive pas : "Soit on accepte l'allégorie, soit on ne voit qu'un acteur au visage blême dans un grand manteau noir." En tout cas, la sombre figure est révélatrice. On ne peut parler de Bergman sans parler de la mort, qui le hantait.
La même année 1957, il tourne Le Septième Sceau et Les Fraises sauvages, où le vieux professeur se voit dans un cauchemar sortir de son propre cercueil. "Il appartient à cette littérature de nuit du romantisme allemand", dit Margarethe von Trotta. Le cinéma lui fournit la puissance de rêve qui permet, dit-il "de percer le voile de la réalité, d'atteindre d'autres mondes, de condenser des situations et des tensions".
 
Bergman, une année dans une vie montre l'obsession créatrice du metteur en scène. Outre Le Septième Sceau et Les Fraises sauvages, il monte au théâtre un Peer Gynt très acclamé puis Le Misanthrope, prépare un Faust, commence un troisième film, entretient cinq ou six liaisons.
Bergman est aussi l'homme de toutes les névroses, et la façon magistrale dont il les a exploitées à travers ses personnages, masculins et féminins, est peut-être la part la plus contemporaine de son œuvre. "Je ne connaissais pas sa vie privée, dit Margarethe von Trotta, et j'ai essayé de montrer comment il a été poursuivi par ses démons." Angoissé, jaloux, maniaque, manipulateur, drogué de travail et de sexe pour échapper à la dépression et à la douleur des ulcères à l'estomac, cruellement indifférent à tout ce qui n'est pas son art, notamment à ses enfants, il a mis en scène "ses démons" avec une terrible vérité. L'interview de son fils Dan est impitoyable. Bergman ne fera jamais le moindre geste pour adoucir le ressentiment de son fils, au contraire. Mais il tourne Sonate d'automne, retrouvailles entre une pianiste obsédée par sa carrière et sa fille délaissée (Ingrid Bergman et Liv Ullmann). Pour lui, "le cinéma est un instrument prodigieux quand il s'agit de capter l'âme humaine, la façon dont elle se lit sur un visage".
 
"Je me sers de moi-même comme arbre et comme hache. En fait, c'est tout ce que j'ai", dit-il encore. Une matière première largement traumatique, déposée au fond de lui depuis l'enfance. Il a beaucoup raconté son enfance dans ses livres de souvenirs, la sévérité de son père pasteur, la lanterne magique qui lui ouvre la porte du cinéma. Il en a fait le merveilleux Fanny et Alexandre, plein d'effrois et d'enchantements. L'enfance va avec le cinéma, qui va avec le rêve. Ingmar est ébloui de pouvoir modifier le rythme d'une image en tournant plus ou moins vite la manivelle de son projecteur. Ce monde de l'illusion lui offre tout de suite un refuge idéal pour s'évader de la réalité trouble et violente. Il y aura aussi dans ses films des forains et des clowns, des magiciens, des comédiens. Des masques et des visages.
"Il crée des plans d'une beauté stupéfiante, mais il n'est jamais formaliste, remarque Margarethe von Trotta. Je me souviens de sa réponse à Theo Angelopoulos, qui se plaignait qu'il devienne de plus en plus difficile de faire du cinéma : “Mais pourquoi vous ne faites pas de la télé ? Vous trouvez plus facilement les financements, ça va vite et vous avez beaucoup de spectateurs.” Il était sans préjugés, sans arrogance. Pour lui, c'est le contenu qui comptait. Scènes de la vie conjugale a un côté telenovela, d'ailleurs il disait s'être souvenu de Dallas."
 
De la réalité triviale aux abîmes métaphysiques, du conscient à l'inconscient, sa caméra traverse toutes les strates de l'existence. Il parle aux cinéastes comme Woody Allen ou Olivier Assayas, ce qui n'empêche pas Roger Corman, réalisateur de séries B et distributeur d'art et essai, de se vanter joliment de l'avoir apporté dans les drive-in.
Dans Une année avec Bergman, un intervenant le voit comme un grand explorateu r: "On pense aux navigateurs des XVIe et XVIIe siècles partis à la découverte d'autres continents. Il a joué ce rôle avec une ambition quasi colonisatrice. Il veut conquérir de nouveaux territoires du cinéma, inconnus de nous, inaccessibles, et les rendre visibles."

Publié dans Le Figaro, 4 septembre 2018
Publié dans Devant l'histoire
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Immigration : quand la gauche se réveille...
 
Est-ce la fin de la sacralisation de l’immigration à gauche ? Les postures humanistes sont encore bien ancrées chez les progressistes. Mais elles sont désormais ouvertement contestées par l’égérie de la gauche radicale allemande, Sahra Wagenknecht, présidente du groupe Die Linke au Bundestag. Mardi, elle a lancé son propre mouvement, "Debout" ("Aufstehen"), qui se propose de répondre aux demandes de protection d’un électorat populaire qui se tourne massivement vers la droite radicale. "Je ne veux pas laisser la rue au mouvement (anti-islam) Pegida ou à l’extrême droite", a-t-elle expliqué hier en estimant que ceux qui protestent "se sentent laissés pour compte" (
Le Figarode ce mercredi). Pour elle, les électeurs de l’afD, ce mouvement populiste qui prend de l’envergure, "ne sont pas tous des nazis (…) Il y a parmi les gens qui votent actuellement afD des personnes en colère qui se sentent abandonnées". Partant de cette analyse, Sahra Wagenknecht appelle à en finir avec "la bonne conscience de gauche sur la politique de l’accueil" promue par des responsables "vivant loin des familles modestes qui se battent pour défendre leur part du gâteau". Elle ajoute : "Une frontière ouverte à tous, c’est naïf. Ce n’est surtout pas une politique de gauche", car elle estime que les milliards dépensés par Angela Merkel pour accueillir plus d’un million de migrants en 2015 "auraient permis d’aider beaucoup plus de nécessiteux en Allemagne". Difficile de contester ce bon sens, même s’il faut faire confiance à la gauche européenne pour s’accrocher à ses tabous.
 
Reste que Jean-Luc Mélenchon ne semble guère éloigné de Sahra Wagenknecht. A Marseille, récemment, ses propos ont laissé voir une inflexion : "Oui il y a des vagues migratoires (…) Elles posent de nombreux problèmes quand certains s’en servent pour faire du profit sur le dos des malheureux (…) Nous disons : honte à ceux qui organisent l’immigration par les traités de libre-échange et qui l’utilisent ensuite pour faire pression sur les salaires et les acquis sociaux". Dans une lettre publiée dans L’Humanité le 7 janvier 1981, Georges Marchais, secrétaire général du PCF, avait déjà tenu un tel raisonnement : "Dans la crise actuelle, l’immigration constitue pour les patrons et le gouvernement un moyen d’aggraver le chômage, les bas salaires, les mauvaises conditions de travail (…) C’est pourquoi nous disons : il faut arrêter l’immigration sous peine de jeter de nouveaux travailleurs au chômage". Cette quête de l’électorat ouvrier par une gauche jusqu’alors prolophobe, si elle se confirme, pourrait bouleverser le paysage politique en affaiblissant le Rassemblement national. Au premier tour de la présidentielle de 2017, 37% du vote ouvrier s’était porté sur Marine Le Pen. La gauche française, adepte de la position de l’autruche, est-elle prête à entendre prioritairement les Français plutôt que les immigrés ?
Mardi, la gauche anglaise a dû admettre que son discours islamo-gauchiste avait généré des propos antisémites dans les rangs. Fin d’une époque ?

Paru sur blog.lefigaro.fr/rioufol, 5 septembre 2018
Publié dans Du côté des élites
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Iran-Amérique : deux stratégies sans issue
 
CHRONIQUE - Invoquant leur dignité bafouée, les dirigeants iraniens ont eu tort de refuser l'offre de dialogue de Donald Trump. Mais la Maison-Blanche aurait tort de suivre les recommandations extrêmes de John Bolton.
 
Depuis que la victoire de leur allié baasiste dans la guerre civile syrienne est apparue évidente, les gardiens de la révolution iraniens n'ont pas manqué de se gargariser de leur stratégie. Quels progrès la République islamique d'Iran n'avait-elle pas accomplis depuis 1988, date à laquelle, épuisée par huit ans de guerre, elle avait dû accepter un armistice sans bénéfice avec son agresseur, l'Irak de Saddam Hussein ! Il y a peu, les pasdarans se vantaient encore auprès de leurs visiteurs étrangers que la Perse des mollahs avait conquis son accès à la Méditerranée et mis la main sur quatre grandes capitales arabes : Bagdad, Damas, Beyrouth et Sanaa. Ce n'est pas entièrement faux et l'axe chiite est une réalité au Moyen-Orient.
Le militaire qui monte à Téhéran, le général Qassem Soleimani, patron de la Force d'intervention al-Qods, le fer de lance à l'étranger du corps de gardiens de la révolution, a indéniablement accru l'influence régionale de son pays. Tel un bon judoka, l'Iran a su depuis trente ans retourner en sa faveur les attaques, directes ou indirectes, déclenchées contre lui ou contre ses alliés.
 
Sur quatre crises, on peut dresser des constats qui se terminent à l'avantage de l'Iran.
Lorsque les Américains se retirent militairement en août 2010 de l'Irak, qu'ils avaient envahi en mars 2003, c'est pour - bien involontairement - le donner sur un plateau d'argent aux forces politiques chiites pro-iraniennes.
 
Au début de l'été 2015, personne n'aurait parié un kopeck sur le sort du régime laïc de Bachar el-Assad en Syrie, qui a réuni contre lui Turquie, Arabie saoudite, Qatar, États-Unis, France et djihadistes sunnites de l'ensemble du monde arabo-musulman. Damas est à deux doigts de tomber. L'Iran est très préoccupé par son vieil allié syrien, le seul qu'il ait eu lors de la guerre du Golfe de 1980-1988. Le général Soleimani fait alors le voyage de Moscou, pour convaincre Vladimir Poutine d'envoyer un corps expéditionnaire russe en Syrie. C'est chose faite en septembre 2015 et le régime est sauvé.
 
Au Liban, le Hezbollah sort politiquement victorieux des 33 jours de guerre qu'il a faite à Israël pendant l'été 2006. La milice chiite libanaise (fondée par les pasdarans en 1982) n'a bien sûr pas battu militairement l'État hébreu. Mais comme elle a résisté à l'anéantissement que lui promettaient les dirigeants israéliens - une première chez les Arabes -, elle peut proclamer sa "divine victoire". En mai 2008, après une démonstration de force dans les quartiers sunnites de Beyrouth, le Hezbollah va obtenir ce qu'il a toujours recherché : un droit de veto sur toutes les décisions stratégiques du gouvernement libanais.
 
Au Yémen, la coalition arabe dirigée par l'Arabie saoudite, principal rival régional de l'Iran, piétine ; elle ne parvient pas à reprendre la capitale aux montagnards houthistes, que Téhéran soutient à très peu de frais.
 
Mais à quoi servent à l'Iran ses succès militaires avérés ? En quoi lui profite son "accès à la Méditerranée" ? Quel est le bilan coûts-avantages du fameux axe chiite ? Désormais soumise à un terrible régime de sanctions américaines, l'économie iranienne s'effondre. La population se lasse des aventures extérieures de ses dirigeants. Au demeurant, les prises de guerre ne sont pas si belles : le territoire syrien est ravagé ; la colère populaire gronde dans le port irakien de Bassora, toujours privé d'électricité et d'eau potable ; encouragé par les Émiriens, le sud du Yémen se prépare à faire sécession ; redevenu une place financière, le Liban applique à la lettre les diktats du Trésor américain. À quoi sert de hurler contre Israël, alors que les nations arabes se rapprochent de l'État juif ? À quoi sert une puissance qui n'apporte pas la prospérité à son peuple ?
La stratégie iranienne apparaît de plus en plus sans issue.
 
Invoquant leur dignité bafouée, les dirigeants iraniens ont eu tort de refuser l'offre de dialogue de Donald Trump. Mais la Maison-Blanche aurait tort de suivre les recommandations extrêmes de John Bolton (conseiller à la Sécurité nationale), qui veut asphyxier les Iraniens, pour les forcer à changer de régime. Cela ne se produira pas. Le résultat risque d'être l'inverse : l'éviction du président modéré Rohani, et le couronnement du général Soleimani.
 
L'Iran, dont les élites estudiantines et entrepreneuriales sont prooccidentales, se transformera par la réforme progressive, pas par une nouvelle révolution ou quelque violent changement de régime. Washington semble ne pas l'avoir compris. L'Iran et l'Amérique entretiennent l'un avec l'autre des stratégies sans issue. Tant que se poursuivront ces haines recuites, le Grand Moyen-Orient ne connaîtra ni la stabilité politique ni le retour de la confiance économique, pourtant indispensables au développement harmonieux de la région.

Paru dans Le Figaro, 3 septembre 2018
Publié dans De par le monde
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L'immigration de masse est un scénario perdant-perdant
 
FIGAROVOX/GRAND ENTRETIEN - Alors que la question de la crise migratoire occupe l'espace médiatique et le débat public, Renaud Girard analyse les conséquences de l'immigration massive sur les pays d'Europe comme ceux d'Afrique.
 
FIGAROVOX - Aujourd'hui, le continent africain connaît une explosion démographique et l'Europe vieillit. Pourquoi ne pas tout simplement accepter l'immigration ?
Il est évident que les pays européens n'ont plus les moyens économiques, sociaux et politiques d'accueillir toute la misère du monde.
Prenons le cas de la France. Si nous regardons la question de l'emploi, nous voyons que, toutes catégories confondues, le nombre d'inscrits à Pôle Emploi s'élève à 6 255 800 personnes. Une économie en sous-emploi n'est pas en mesure d'absorber des millions de migrants. N'oublions pas que les vagues d'immigration des années 50-60 arrivaient dans une France en plein boom économique et où le chômage n'existait pas. Ce n'est plus le cas aujourd'hui. Mais surtout, l'immigration de masse pose un problème identitaire et culturel. L'Homme n'est pas qu'un homo economicus désincarné, sans histoire ni racines ; il est avant tout un être de culture. La culture européenne - fille de l'Antiquité, du judéo-christianisme et des Lumières - risque d'être submergée par des populations dont le mode de vie est incompatible avec le mode de vie européen et dont la présence massive sur notre sol ne peut aboutir qu'à des tensions. L'immigration de masse sape la cohérence, l'unité et la solidarité des sociétés occidentales. Au lieu d'une société unie, l'immigration fragmente le corps social en une multitude de communautés indifférentes, voire hostiles, les unes aux autres. Certains membres des minorités (pas tous heureusement !) refusent de s'intégrer et basculent dans la délinquance, leur haine de notre pays pouvant aller jusqu'au terrorisme.
 
Cette crise migratoire peut-elle avoir de graves conséquences politiques ?
Cette crise identitaire risque bien de se transformer en crise politique.
D'une part, on constate partout en Europe l'inquiétante progression des mouvements extrémistes - en Allemagne, en France, en Italie, en Grèce… Ce phénomène politique est une conséquence directe de l'immigration. Dans les années 70, le Front National était un obscur groupuscule de nostalgiques de l'Algérie française. Sa percée électorale à partir du début des années 80 s'explique par l'immigration massive et les craintes qu'elle suscite. Il y a quelque chose de paradoxal chez les bonnes âmes bien pensantes qui à la fois fustigent les partis extrémistes et soutiennent l'immigration. Cela est incohérent. En effet, c'est l'immigration qui nourrit les partis extrémistes et risque un jour de les amener au pouvoir.
 
D'autre part, la crise migratoire risque de détruire l'Union européenne. 73 % des Européens considèrent que l'UE ne les protège pas. Partout, l'immigration favorise la montée des populismes. Au Royaume-Uni, le vote en faveur du Brexit s'explique en grande partie par le rejet de l'immigration. Les pays d'Europe centrale refusent tout diktat de Berlin leur enjoignant d'accepter des migrants sur son sol. L'Italie n'en peut plus, qui a vu plus de 70 000 migrants illégaux débarquer sur ses côtes depuis 2013.
Sa générosité a des limites. Son nouveau ministre de l'Intérieur a prévenu que l'Europe institutionnelle jouait son existence même sur la question migratoire. Venant de la part d'un pays fondateur du Marché commun, c'est un message qu'il faut prendre au sérieux.
 
Mais alors comment s'y prendre concrètement pour régler le problème migratoire ?
Nous devons réduire massivement l'immigration.
Pour atteindre cet objectif, nous devons reprendre le contrôle de nos frontières, suspendre le regroupement familial, lutter drastiquement contre l'immigration clandestine, rétablir la double peine. Toute personne étrangère qui commet un acte de violence ou connaît un début de criminalisation doit être aussitôt expulsée. Pour l'immigration illégale, terrorisons les passeurs en démantelant leurs réseaux, en menant des actions de guerre contre eux et en leur infligeant des peines drastiques lorsque nous les capturons. Montrons bien aux migrants que leur démarche est vaine en leur refusant systématiquement tout titre de séjour et toute aide sociale. Cela nous permettra d'arrêter l'appel d'air européen. Et faisons-le savoir dans leurs pays pour décourager les tentatives.
À cela doit s'ajouter, dans la plus pure tradition gaulliste, une politique humaniste, solidaire et active de codéveloppement avec les pays pauvres afin de leur permettre un développement économique, respectueux de l'environnement, créateur d'emplois et réducteur d'inégalités, de façon à réduire la tentation du départ.
Nous devons aussi cesser les aventures néocoloniales dans les pays du Moyen-Orient. Sans la catastrophique Guerre en Irak en 2003, il n'y aurait pas eu Daech ni les hordes de migrants syriens et irakiens de l'été 2015. En Libye, Kadhafi n'était peut-être pas très sympathique, mais il nous rendait service en servant de verrou face à l'immigration.
 
De manière plus précise, quelles sont les priorités pour faire face à l'afflux de migrants africains traversant la Méditerranée depuis les côtes libyennes ?
Les nouvelles priorités sont limpides : reconstruire un État en Libye et aider ses forces armées à combattre les trafiquants d'êtres humains et à sécuriser ses frontières méridionales dans le Fezzan ; déployer, aux côtés de la marine nationale de Libye, et dans ses eaux territoriales, des navires de surveillance européens capables de ramener les naufragés ou les dinghies surchargés d'êtres humains vers leur rivage d'origine. Le littoral libyen était naguère équipé de radars de surveillance que l'Union européenne avait financés. Ils furent détruits par des frappes franco-britanniques durant la guerre de 2011 contre le régime de Kadhafi. La coopération militaire, policière, humanitaire, avec les autres États d'Afrique du nord doit évidemment se poursuivre.
 
En Afrique noire, il faut en même temps accroître l'aide économique de l'Union européenne et la soumettre à condition. Tout d'abord, il faut être sûr que cette aide bénéficie bien aux populations et ne soit pas détournée par des administrations ou des gouvernements corrompus. Ensuite, il faut lier cette aide, c'est-à-dire la conditionner, à la mise en place d'un planning familial efficace. Soixante ans de coopération technique européenne avec l'Afrique n'ont pas réussi à y greffer le concept pourtant élémentaire de planning familial.
"Si nous ne réduisons pas la taille de nos familles, notre pays continuera à souffrir de la pauvreté parce que les ressources disponibles ne pourront plus couvrir nos besoins", a reconnu Jonathan Goodluck, ancien président (2010-2015) du Nigeria. C'est de ce pays aux richesses naturelles fabuleuses, mais mal gérées et mal partagées depuis l'indépendance en 1960, que proviennent aujourd'hui le plus grand nombre de ces jeunes immigrants illégaux qui essaient par tous les moyens d'atteindre les rivages du nord de la Méditerranée. Le Nigeria comptait 34 millions d'habitants en 1960. Il en compte aujourd'hui presque 200 millions.
 
Enfin, il faut orienter cette aide vers un développement de projets agricoles et énergétiques concrets, capables de nourrir et retenir chez elles les familles africaines. Le but de cette aide n'est pas d'industrialiser l'Afrique (ce qui ne ferait qu'augmenter les déséquilibres et donc accroître l'immigration) mais de développer des projets locaux, respectueux des sociétés traditionnelles (microcrédit, circuits courts, agriculture vivrière, biologique et équitable…).
 
Vous dites que l'immigration de masse est un "scénario perdant-perdant". Pouvez-nous nous expliquer ce concept ?
C'est un jeu auquel tout le monde perd. Le trafic d'êtres humains sur lequel repose aujourd'hui l'immigration africaine est profondément délétère à la fois pour les États africains et pour les États européens.
Comme je l'ai dit, l'Europe y perd sur les plans économique, culturel, sécuritaire et identitaire.
L'Afrique y perd, car elle se vide de sa sève. L'émigration prive l'Afrique d'une jeunesse intelligente, entreprenante et débrouillarde. Car les 3 000 euros qu'il faut payer pour le trajet y représentent une somme considérable à rassembler. Dans les pays du Continent noir, c'est un beau capital de départ pour créer une affaire, pour creuser un puits dans un village, ou pour monter une installation photovoltaïque. Bien souvent, les migrants ne sont pas les plus pauvres mais des membres de la petite classe moyenne. Dans les pays de transition comme le Niger, le trafic attire des jeunes pressés de faire fortune, les éloignant de l'élevage, de l'agriculture, de l'artisanat. Il n'est pas sain que les villages africains vivent dans l'attente des mandats qu'envoient ou qu'enverront les migrants une fois arrivés en Europe, plutôt que de chercher à se développer par eux-mêmes. Il est vital que les aides financières de l'Union européenne pour le Sahel et l'Afrique centrale aillent dans des actions qui combattent l'économie de trafic, mais aussi dans des projets agricoles ou énergétiques capables de fixer les populations sur leurs terres ancestrales. Enfin, les migrants eux-mêmes sont perdants. Ils déboursent de l'argent pour voir leurs rêves déçus. Ils attendaient le Paradis et se retrouvent perdus dans des pays où leur situation est très difficile.
Les seuls gagnants, ce sont les passeurs.
 
Justement, parmi les acteurs centraux de cette immigration illégale, il y a les passeurs...
Les passeurs sont des bandes mafieuses sans scrupule, qui promettent monts et merveilles aux migrants avant de se livrer aux pires exactions sur eux (escroquerie, racket, violences, viols, abandon en pleine mer...).
Aujourd'hui, ce sont les mêmes réseaux mafieux qui procèdent indifféremment au trafic d'armes (destinées aux djihadistes), à l'acheminement de la drogue vers l'Europe, au trafic des êtres humains.
Les passeurs - ces nouveaux Barbaresques - ont une méthode éprouvée. Ils entassent les candidats aux voyages dans des canots pneumatiques de fortune ; ils les poussent jusqu'aux eaux internationales à 12 nautiques du rivage libyen ; ensuite ils émettent un SOS ou appellent un centre de secours italien pour indiquer qu'un naufrage est imminent ; puis ils s'en retournent dans leurs repaires, abandonnant à leur sort leurs malheureux passagers, souvent sans eau douce ni nourriture. Le reste du voyage ne coûte plus rien aux passeurs, puisqu'il est pris en charge par les navires des marines ou des ONG européennes. Pourquoi ces derniers ne ramènent pas simplement les naufragés vers les ports les plus proches du littoral libyen ? Parce qu'ils considèrent qu'il s'agirait d'un refoulement contraire au droit humanitaire international. Les nouveaux Barbaresques le savent bien, qui sont passés maîtres dans l'art d'exploiter le vieux sentiment de charité chrétienne de cette Europe si riche, si bien organisée, si sociale.
 
Quel regard portez-vous sur les ONG ?
Sans le vouloir, certaines ONG participent, de manière gratuite, à un immense trafic, qui a dépassé depuis longtemps en chiffre d'affaires le trafic de stupéfiants.
Les ONG détournent le droit d'asile. Le meilleur moyen de s'installer en Europe pour un immigré illégal est de se faire passer pour un réfugié politique et d'invoquer le droit d'asile. Celui-ci a été forgé par les Français de 1789 pour accueillir les étrangers persécutés dans leurs pays pour avoir défendu les idéaux de la Révolution française. Le droit d'asile ne peut concerner que des individus, et non pas des groupes. Il ne peut s'appliquer qu'à des gens engagés politiquement et visés personnellement à cause de leur engagement. Il ne saurait valoir pour des gens qui fuient la misère ou même la guerre. Or, on assiste aujourd'hui à un détournement massif du droit d'asile, car l'écrasante majorité des réfugiés sont des réfugiés économiques. Une fois qu'il a mis le pied sur le sol européen, le migrant sait qu'il pourra y rester à loisir, car les reconduites forcées vers l'Afrique sont statistiquement rares.
 
Pour comprendre le problème des ONG, il faut revenir à la distinction du sociologue allemand Max Weber entre éthique de conviction et éthique de responsabilité. Ceux qui agissent selon une éthique de conviction sont certains d'eux-mêmes et agissent doctrinalement. Ils suivent des principes sans regarder les conséquences de leurs actes. Au contraire, l'éthique de responsabilité repose sur le réalisme, le pragmatisme et l'acceptation de répondre aux conséquences de ses actes.
 
Aujourd'hui, les ONG qui viennent au secours des migrants sont dans l'éthique de conviction. Elles déposent les migrants sur les côtes italiennes et s'offrent un frisson narcissique en jouant au sauveteur. Mais après elles n'assurent pas la suite du service : elles ne se demandent pas ce que devient le migrant en question ni quelles sont les conséquences politiques et culturelles de ces migrations sur l'Europe. Pour sortir de la facilité, les membres des ONG devraient héberger eux-mêmes les migrants, les éduquer, leur trouver du travail. Peut-être auraient-ils une autre attitude.
Bien sûr, la compassion et la bienveillance sont des valeurs cardinales. Il n'est pas envisageable de laisser des gens se noyer en mer quand un navire les croise. Il faut les sauver. Mais il faut ensuite les redéposer sur les côtes libyennes, leur point de départ. Puisque de toute façon, leur présence en Europe est illégale.
 
Pourquoi les politiques migratoires européennes sont-elles selon vous un "déni de démocratie" ?
L'arrivée incontrôlée et en masse de migrants peu au fait de la culture européenne déstabilise profondément les États de l'UE, comme on l'a vu avec le vote référendaire britannique et le vote législatif italien. Dans les années cinquante et soixante, les peuples européens se sont exprimés par les urnes pour accepter les indépendances des ex-colonies. En revanche, on ne les a jamais consultés démocratiquement sur l'immigration, qui est le phénomène social le plus important qu'ils aient connu depuis la seconde guerre mondiale.
 
En France, la décision d'État la plus importante du dernier demi-siècle porte aussi sur la question migratoire. C'est le regroupement familial. Il a changé le visage de la société française. Il est fascinant qu'une décision aussi cruciale ait été prise sans le moindre débat démocratique préalable. Il s'agit d'un décret simple d'avril 1976, signé par le Premier ministre Jacques Chirac et contresigné par Paul Dijoud. Ce ne fut donc ni un sujet de débat, ni l'objet d'un référendum, ni une loi discutée par des représentants élus, ni même un décret discuté en Conseil des Ministres, mais un décret simple comme le Premier Ministre en prend chaque jour sur des sujets anodins. Cette mesure provoqua immédiatement un afflux très important de jeunes personnes en provenance de nos anciennes colonies d'Afrique du nord.
Consultés par référendum par le général de Gaulle - qui ne voulait pas d'un "Colombey-les-deux-Mosquées" -, les Français ont accepté, en 1962, de se séparer de leurs départements d'Algérie, où une insurrection arabe brandissant le drapeau de l'islam avait surgi huit ans auparavant. Cinquante-six ans plus tard, ils voient les titres inquiets de leurs journaux : "450 islamistes vont être libérés de prison !". Ils s'aperçoivent alors qu'on leur a imposé en France une société multiculturelle, sans qu'ils l'aient réellement choisie. Jamais les Français ne furent interrogés sur l'immigration de masse, le multiculturalisme et le regroupement familial.
 
De même, Angela Merkel (qui avait pourtant reconnu l'échec du multiculturalisme allemand en 2010) n'a pas jugé bon de consulter son peuple lorsqu'elle déclara unilatéralement que l'Allemagne accueillerait 800 000 migrants. Pourtant il s'agit là de choses fondamentales qui concernent à la fois la vie quotidienne des citoyens et l'identité profonde du pays.
La démocratie ne consiste-t-elle pas à interroger les populations sur les choses les plus importantes ? La démocratie ne sert-elle pas à ce que les peuples puissent décider librement de leurs destins ? On peut fort bien soutenir que le brassage culturel enrichit les sociétés modernes. Mais, dans une démocratie qui fonctionne, le minimum est que la population soit consultée sur l'ampleur du multiculturalisme qu'elle aura ensuite à gérer sur le long terme.

Paru sur Figarovox, 31 août 2018
Renaud Girard est correspondant de guerre et chroniqueur international du Figaro.
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La paupérisation des classes moyennes
 
Tout le monde le constate et personne ne l’explique.
Dans une société cohérente chacun est utile et reconnu comme tel. Certains produisent, d’autres distribuent, d’autres encore facilitent par leurs services la production, la distribution et la préparation du futur par la fabrication et l’éducation des enfants. C’est simple et cela marche très bien par l’intelligence de chacun et par une approche commune du lendemain.
Mais dans une société incohérente comme la nôtre où la peur de la mort, le désir de plaire et les fantasmes d’un lendemain qui chante dominent tout (un psychanalyste dirait que c’est la même chose), une fausse cohérence a été artificiellement fabriquée par des règlements, des normes et des lois qui n’arrêtent pas de se surajouter pour tenter vainement de rendre cohérent ce qui ne peut pas l’être.
Le résultat se fait naturellement sentir. La production est contrainte, la distribution est contrainte, les services sont contraints. Tout est rendu plus coûteux et plus difficile par une réglementation imbécile qui se dit intelligente car fondée sur une création annuelle de richesse qui n’existe pas. Cette erreur fondamentale que personne ne veut relever enclenche une double spirale abominable.
 
D’un côté la réglementation qui part toujours de bons sentiments, alourdit tout ce qui est utile et elle rend la vie impossible à ceux qui produisent, à ceux qui distribuent et à ceux qui sont réellement là pour leur faciliter la tâche en s’occupant de leur santé ou de leur sécurité. Pour tous ceux-là qui sont la classe moyenne, la vie quotidienne est de plus en plus difficile. Ils sont de moins en moins efficaces vu le temps et l’argent dépensés à connaître et à respecter les normes puis à prouver qu’ils les respectent. Pour survivre ils sont obligés de travailler beaucoup plus. Ils sont de moins en moins nombreux à se dépenser de plus en plus pour gagner de moins en moins tant pour la collectivité que pour eux-mêmes.
De l’autre on multiplie à une vitesse incroyable les inutiles qui coûtent de plus en plus cher et que l’on fabrique à la chaîne dans l’enseignement supérieur public et privé : les contrôleurs qui ne servent qu’à justifier les normes et à freiner ce qui est utile en en suggérant de nouvelles, les conseillers qui survivent en expliquant aux autres ce qu’ils n’arrivent pas à faire eux-mêmes, les formateurs qui font semblant de préparer les autres à l’impossible et qui se voient bien le faire "toute la vie" des autres, et surtout toute la leur, les commentateurs qui sont là pour faire croire qu’avec des réformes, ça peut durer et les chercheurs comme les analystes qui sont nombreux à chercher comment rendre cohérent l’incohérence où à expliquer pourquoi nous n’y arriverons évidemment jamais.
 
Cette armée d’inutiles, devenue très largement majoritaire quand on y rajoute les étudiants, les retraités et les chômeurs, fait gagner les élections aux plus rusés d’entre eux et tient donc le pouvoir. Elle est une sorte de sangsue plus grosse que le corps qu’elle ponctionne, dans une économie à laquelle elle n’apporte rigoureusement rien et qui s’est construite sur le mensonge que le PIB est une production, une création de valeur alors que ce n’est que la somme de nos dépenses. L’augmentation de nos dépenses s’appelle la croissance économique et nous vivons, apathiques et amorphes, la stupidité majeure d’attendre la croissance tout en limitant nos dépenses comme nous le demande l’Union Européenne, l’un des lieux de rassemblement des inutiles surpayés et satisfaits d’eux-mêmes.
Dépenser plus pour faire de la croissance et, en même temps comme disent certains, dépenser moins pour respecter les critères de Maastricht est la prétendue nouvelle cohérence qui doit porter ses fruits que beaucoup d’inutiles font semblant d’attendre comme le Messie. Ils donnent à leur rêve le nom de science économique et on cherche vainement un Politique qui ne dise pas à sa manière "Sans croissance on ne peut rien faire". Ils avaient trouvé comme porte-drapeau Nicolas Hulot qui a expressément dit sur France Inter que sa démission venait du manque de cohérence d’une politique qu’il cherche lui-même à tâtons.
 
Alors que nous multiplions dans les mégapoles les inutiles d’aujourd’hui en pensant qu’ils créeront les utiles de demain, le pouvoir n’envisage pas un instant de partir de chaque individu pour voir en quoi il pourrait être utile comme cela se passe dans tout groupe cohérent. Il prend tout à l’envers en comptant sur la "valeur ajoutée" des entreprises pour créer de l’argent et fournir des emplois. Il faut la grosse Bertha des médias, le jargon des économistes et la créativité des publicitaires pour donner un semblant de crédibilité à ce non-sens qui pousse à la détente, au bien-être, aux vacances, aux voyages, à la possession de son logement etc. sans jamais se soucier du "Où trouver l’argent nécessaire ?". Cette question est réputée sans intérêt puisqu’elle est sous-traitée aux entreprises. Or la "valeur ajoutée" n’existe que si des clients viennent s’appauvrir en monnaie de la valeur de leur achat. Et il n’y a aucune création de richesse, il n’y a que des échanges qui constatent qu’on en avait produits.
 
La valeur ajoutée des entreprises est comme le sel en cuisine.
C’est ce que rajoute l’opérateur pour que le consommateur consomme.
Cherche-t-on à récupérer la valeur que le sel a ajoutée au plat pour se la partager ensuite, une fois le plat consommé ? Bien sûr que non mais c’est pourtant ce que notre élite nous propose en parlant de valeur ajoutée des entreprises et de PIB qui en serait l’agrégat et qui serait une ressource. Les entreprises ne font pourtant que "cuisiner" ce qu’elles achètent pour le vendre à leurs clients. Une fois leurs clients rassasiés parce qu’ils se sont appauvris en achetant, est-il raisonnable de construire le futur sur l’énergie passée des cuisiniers ?
Qui est conscient que la valeur ajoutée des entreprises n’existe que si elle a déjà été consommée par des clients qui l’ont déjà payée ?
Qui est conscient que la TVA n’est qu’un réveil après deux siècles de sommeil de la gabelle, l’impôt sur le sel de l’Ancien Régime ? Le salaire retrouve son étymologie en étant le prix du sel que l’entreprise rajoute pour faire consommer sa production à ses clients.

 
Le pouvoir dépense sans succès des sommes folles dans l’Education Nationale, 6ème entreprise mondiale, pour formater à l’incohérence et, en attendant, il flatte ses électeurs et recherche désespérément l’argent que les entreprises lui fournissent mal.
Nos dirigeants ont d’abord cru trouver la solution dans le commerce extérieur et dans le libre-échange qui porte très mal son nom car sa réalité est tout simplement de vouloir faire payer les autres. Le résultat est qu’au lieu de faire payer les autres comme les Allemands ou les Néerlandais savent très bien le faire, c’est nous, Français, qui payons en plus pour les autres sans en avoir bien sûr les moyens.
Ils ont ensuite eu l’idée géniale de faire comme les Américains et d’avoir une monnaie qui ne vaut rien tellement le déficit commercial est abyssal et tellement on fabrique de monnaie. Mais ils ont oublié en créant l’euro et l’Union Européenne pour se donner l’impression d’être puissant, que la puissance américaine est militaire et qu’elle seule impose une valeur au dollar qui n’en a plus aucune tellement ils en fabriquent.
 
Ils ont enfin inventé l’emprunt sur richesses futures à des fabricants d’argent, alors que l’humanité n’avait jamais connu que l’emprunt sur gage bien concret, d’argent précédemment gagné.
 
Les richesses futures n’arrivant évidemment pas plus que la croissance, l’emprunt n’est quasiment jamais remboursé autrement que par de nouveaux emprunts ou, pour les particuliers qui empruntent pour investir ou pour consommer, par une demande d’augmentation de salaire répercutée sur les prix. L’emprunt systématique a faussé à la hausse tous les prix et chacun peut imaginer le vrai prix de l’immobilier s’il était vendu sans emprunt avec des salaires non faussement dynamisés. Dix fois ? Cent fois moins cher ? Sans doute entre les deux.
L’État qui n’arrête pas d’augmenter son emprunt de 100 000 € toutes les 43 secondes se pose tout de même des questions et utilise une grande partie de son temps et de son intelligence à trouver des façons discrètes de faire payer les Français sans qu’ils ne s’en rendent trop compte. Il est inutile d’en faire la liste tellement chacun la vit quotidiennement
 
Le résultat est doublement catastrophique.
 
D’un côté la grande armée des inutiles a du s’inventer une utilité pour se donner une apparence et, ayant constaté le vide que laissait au moins provisoirement les religions hors Islam, elle a enfanté sans le vouloir une nouvelle morale laïcarde et vigoureuse qui l’occupe et la distrait. Cette morale, fondée sur la richesse imaginaire de notre pays, sacralise la ribambelle des luttes contre le sexisme, le racisme, l’homophobie, le tabac, la vitesse… en un mot la liberté. Il suffit d’appeler discrimination la distinction pour la faire passer en un instant du bien au mal. Elle prône en revanche le laxisme pour tout ce qui est plaisir sans devoirs et qui n’existe que par l’illusion que nous créons des richesses permettant ces plaisirs : le divorce, l’avortement, le mariage pour tous, la loi du genre, les médias gratuits, le transhumanisme, la recherche médicale effrénée, … etc.
 
De l’autre c’est l’effondrement de la structure de notre pays. Il y a 50 ans les classes moyennes n’avaient qu’un salaire par foyer qui était suffisant pour bien vivre, souvent avec même une employée de maison. Les femmes pouvaient avoir, en plus de leurs 3 à 12 enfants des activités extérieures bénévoles. Aujourd’hui il n’est quasiment plus possible de vivre avec une seule rémunération par foyer. Les rémunérations sont trop basses par rapport aux prix de tout et elles sont encore trop hautes, parait-il, pour être compétitives depuis que la compétition a terrassé la coopération.
Les familles n’ont plus le temps de s’occuper de l’éducation de leurs enfants et sont obligées de tout sous-traiter, ce qui n’est qu’apparemment gratuit. La peur de ne pas assumer le poids financier et l’éducation des enfants freine le renouvellement de la population. Trouver une place de crèche à Paris se fait 3 ans à l’avance et les crèches sont pleines de races non européennes que notre richesse imaginaire nous invite à accueillir alors qu’elles remplacent petit à petit nos inutiles dans le travail comme dans la procréation.
La confusion entre production et richesse qui nous fait nous croire riches parce que nos machines produisent alors que le bon sens de nos compatriotes n’est plus utilisé, conduit inéluctablement à une révolution. Tous ceux qui n’envisagent pas sérieusement la révolution des esprits, préparent déjà, sans le vouloir mais en le sachant, une révolution sanglante. Tout parti politique sérieux se doit d’en être conscient.

Envoyé par l'auteur, paru sur www.surlasociete.com, 1er septembre 2018
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La Mostra de Venise a sa théorie du genre
 
Jacques Audiard, Olivier Assayas et David Oelhoffen représentent le cinéma français dans la compétition vénitienne. Un cocktail de cinéma d'auteur et de cinéma de genre.
 
Qui a dit que les Français ne savaient pas pratiquer le cinéma de genre ? Les trois films en lice pour le Lion d'or, présentés ce week-end, semblent avoir été choisis par Alberto Barbera, le délégué artistique de
la Mostra, pour démentir cette assertion courante.
 

Jacques Audiard n'a jamais boudé les codes du cinéma de genre. Il prétend seulement leur donner un style personnel. Avec Les Frères Sisters, son premier film américain, tiré d'un roman de Patrick de Witt, il s'attaque au western. Plutôt comme on s'attaque à une montagne qu'à une diligence. Il ne s'agit pas de piller, mais de parcourir des paysages et des figures que le cinéma hollywoodien a rendus mythiques. Les deux frères du titre, Charlie et Eli Sisters (Joaquin Phoenix et John C. Reilly) sont des tueurs à gages en chemin pour exécuter un nouveau contrat. De l'Oregon à la Californie, ils pistent l'homme à abattre, un chimiste, Warm (Riz Ahmed) qui voyage en compagnie d'un détective (Jake Gyllenhaal). Leur tandem d'intellectuels apporte un contrepoint politique et utopiste au duo des frères, plongé dans la violence primitive de l'Ouest, dont Charlie s'accommode avec un cynisme désenchanté, tandis que le sensible Eli rêve d'en sortir pour retrouver une vie normale. À travers un récit linéaire et une mise en scène très graphique, Audiard affine peu à peu la relation de ces deux enfants mal grandis, pleine de conflits et de nostalgie. Son "appropriation culturelle" du western va vers une réflexion intime sur les liens familiaux. Et il dédie son film à son frère aîné, mort à 25 ans.
 
Avec Doubles vies d'Olivier Assayas, le cinéma d'auteur français en tant que tel apparaît comme un genre. Dans le bain international de la Mostra, le film est regardé comme un produit typiquement français. On parle, on mange, on couche, activités qui ont rendu fameuse notre civilisation sous le nom de conversation, de gastronomie et de galanterie. Assayas en donne une version contemporaine, à l'heure de la réalité virtuelle.
Guillaume Canet est un éditeur inquiet de la dématérialisation du livre. Il vit avec une actrice de séries (Juliette Binoche), qui le trompe avec un de ses auteurs (Vincent Macaigne), lequel vit avec la directrice de communication d'un homme politique. L'éditeur a lui-même une aventure avec la jeune responsable du développement numérique qu'il a engagée. Cette petite bande d'intellectuels très germanopratins se retrouve constamment pour agiter les thèmes obsédants du passage au numérique, du virtuel et du réel, de l'autofiction et du narcissisme généralisé, de la viralité des réseaux sociaux… Un peu trop sérieux et laborieux au départ, le film évolue vers une légèreté ironique et un ton à la Woody Allen. Ce qui n'est pas contradictoire. On connaît les affinités du cinéaste new-yorkais avec l'esprit français.
 
David Oelhoffen, qui avait déjà apporté à Venise Loin des hommes, d'après Albert Camus, s'intéresse plutôt aux réseaux asociaux. Frères ennemis réunit
Matthias Schoenaerts et Reda Kateb dans un polar de banlieue très lisible et très rythmé. Ils ont grandi dans la même cité et pris des chemins opposés. Manuel (Schoenaerts) trempe dans le trafic de drogue, Driss (Kateb) est entré dans la brigade des stups grâce à sa connaissance du milieu. Un règlement de comptes sanglant remet les deux amis face à face. Driss tente de sauver la peau de Manuel tout en faisant son boulot. Sa position d'agent double est aussi acrobatique que celle de Manuel, pris dans les rivalités de divers trafiquants concurrents. C'est un thriller bien mené, dans la ligne du cinéma efficace et populaire d'un Verneuil ou d'un Boisset - à qui on ne faisait pas les honneurs des grands festivals.

Pour l'instant, les Américains, du Nord et du Sud, font la course en tête, à la Mostra. Ce serait bien le diable si on ne retrouvait pas au palmarès l'étincelant Ballade de Buster Scruggs des
frères Coen
, anthologie du western aussi virtuose par son scénario et ses dialogues que par sa mise en scène. Ils sont chez eux sur ce terrain, et d'une aisance stupéfiante dans le maniement de la légende, passant du comique désopilant à l'ironie macabre avec des touches de mélancolie et de fantastique. Roma, la grande saga autobiographique d'Alfonso Cuaron, domine aussi la compétition. Netflix a bien joué (les deux films sont ses productions). Mais les cinéastes aussi : ils ont obtenu le label cinéma et la sortie en salles de leurs œuvres initialement destinées aux seuls abonnés de la plateforme numérique, pour pouvoir briguer les Oscars.
Paru dans Le Figaro, 3 septembre 2018
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Prélèvement à la source de l’impôt sur le revenu : abandonnons cette réforme nocive !
 
Prélever à la source les cotisations sociales est déjà une idée contestable, car elle aboutit à priver les salariés de la connaissance concrète, sensible, de ce qui leur est demandé au titre des assurances sociales. L’existence de cotisations dites "patronales", subsistance injustifiée de pratiques remontant au XIXème siècle, joue le même rôle néfaste : priver le citoyen d’un accès correct à la vérité économique. On ne le dira jamais assez : la dissimulation du prélèvement social supporté par les travailleurs, et donc du coût réel de la protection sociale, est inadmissible dans un pays qui se prétend démocratique.
Nous sommes donc déjà dans une situation grave, qui mériterait que soit entreprise une réforme importante pour accéder à une véritable citoyenneté économique et sociale. Or voici que, non contents de conserver cet épais écran obscurantiste, nos dirigeants voulaient en rajouter un autre, en alignant le prélèvement fiscal sur les pratiques antidémocratiques qui ont cours en matière de prélèvement social. "Voulaient" : il serait tellement souhaitable que cet usage de l’imparfait soit justifié ! Il serait tellement bon pour la France que soit exact le titre utilisé par Les Echos de ce 30 août 2018 : "Les doutes gagnent l’Elysée sur le prélèvement à la source".
Celui-ci serait mauvais pour l’impôt sur le revenu (IR) comme il l’est pour les cotisations sociales, parce que l’anesthésie de la douleur liée au paiement, quand elle est pratiquée pour pouvoir en accroître les causes encore et encore sans que le malade-contribuable-cotisant s’en rende trop compte, est intrinsèquement perverse.
 
Mais, s’agissant de l’IR, il existe des raisons supplémentaires pour refuser l’anesthésie. Certaines de ces raisons (complications pour les entreprises, particulièrement les TPE, et les autres employeurs, notamment les ménages) ont été largement développées dans les media, la cause est entendue, nous n’y reviendrons pas. En revanche, il faut insister sur le danger que présente le prélèvement à la source pour le caractère familial de l’IR.
Quand le système du quotient familial (QF) a été adopté, à l’unanimité du Parlement – fait rarissime – dans le cadre de la loi de finances pour 1946, ce fut en connaissance de cause : il s’agissait de reconnaître la cellule familiale comme une entité, le plus petit des corps intermédiaires. La représentation nationale a, dans ces circonstances oh combien difficiles, compris que la France ne se redresserait, comme l’avaient dit Charles de Gaulle et quelques autres, que si la natalité reprenait de la vigueur ; or les enfants ne naissent pas dans les choux ! La famille est le lieu naturel de leur venue au monde et de leur éducation durant de longues années. La famille est donc, au même titre que l’entreprise ou la commune, un corps intermédiaire que l’Etat doit traiter comme tel, en la respectant.
La formule de l’IR mise en place fin décembre 1945 était la traduction fiscale directe de ce respect de la cellule familiale. Le contribuable à l’IR n’est ni le père, ni la mère, ni l’enfant, mais la communauté qu’ils forment, liée non seulement par l’affection, mais aussi par la mise en commun des ressources et des efforts. Le gain professionnel d’un parent n’est pas son revenu à lui, mais une partie du revenu familial. En prélever une partie, c’est amputer aussi le niveau de vie de son conjoint et de ses enfants, qui ne se distinguent pas véritablement du sien – du moins dans une famille normalement unie.
 
Le fisc a longtemps respecté l’institution familiale. Mais les sirènes de l’individualisme, manœuvrées par ceux qui voient la société comme un ensemble d’atomes isolés (les individus) et non pas comme un tissu de cellules (les ménages), n’ont pas tardées à mugir. Ces manieurs de sirènes ont affirmé, sans démonstration, mais en le répétant inlassablement, que le système du quotient familial (QF) a pour effet et pour but de procurer des réductions d’impôt à certains individus titulaires de revenus.
Des organismes statistiques, y compris l’INSEE, se sont comportés comme des serviteurs de ce dogme, multipliant les calculs relatifs à cette imaginaire réduction d’impôt. Or, dès lors qu’un ectoplasme fait l’objet de statistiques, il est considéré comme existant : la magie du chiffre a donc accrédité l’idée saugrenue selon laquelle le QF serait un dispositif destiné à récompenser ou avantager les adultes ayant des enfants, et non pas une façon de réaliser l’objectif "à niveau de vie égal, taux d’imposition égal".
La retenue à la source de l’IR est un moyen puissant au service de cet individualisme fiscal. Prélever l’impôt sur les revenus de chacun des conjoints séparément est un excellent moyen pour séparer psychologiquement, pour les questions budgétaires, ceux que le maire a uni légalement. D’ailleurs, tout naturellement, une option est proposée : ne pas appliquer le même taux aux deux salaires, par exemple, qui rentrent dans les caisses du couple.
 
Que nos dirigeants renoncent donc à un projet de réforme qui contribuerait à promouvoir encore un individualisme antifamilial dont notre société ne souffre déjà que trop. Le mécanisme de l’IR est bien rôdé, c’est une des rares institutions françaises qui ne requiert pas d’être réformée en profondeur : laissons donc tomber cette réforme inutile, héritage du président de la République ayant atteint à juste titre le plus bas des niveaux de popularité au sein de la population française ! Il y a assez de pain sur la planche, notamment si l’on veut enfin passer du traficotage incessant et stérile de nos assurances sociales à une véritable réforme de ce Capharnaüm, pour ne pas abimer, sous prétexte de le réformer, notre IR. Les réformes inutiles, comme on le sait, empêchent de réaliser les réformes nécessaires : passons aux choses sérieuses !

Envoyé par l'auteur, 30 août 2018
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L'insoutenable légèreté des verts
 
CHRONIQUE - Alors qu'ils ont réussi à imposer nombre de leurs idées dans le débat public, les écologistes sont travaillés en permanence par des contradictions existentielles insolubles.
 
Le cimetière des éléphants écologistes est plein à craquer. Avant Nicolas Hulot, il y avait eu Cécile Duflot, Dominique Voynet, Antoine Waechter, Brice Lalonde. Et tant d'autres, dont les noms ont déjà été oubliés. Ministres démissionnaires ou virés, présidentiables lilliputiens, apparatchiks enfermés dans leurs combines de partis, ou idéalistes victimes de querelles picrocholines, les verts n'ont jamais réussi à s'imposer dans la vie politique française, alors même que leurs thématiques, au départ marginales, étaient reprises par tous.
Leurs habitudes groupusculaires font ressembler leur vie partisane à un dinosaure de la IVe République. Leur manie gauchiste et égalitariste coupe toutes les têtes qui dépassent. Leur millénarisme exalté de secte les rend inaptes aux compromis de la politique. Hulot n'a jamais réussi à trouver sa place sous Macron, comme Duflot n'avait pas réussi à s'entendre avec Valls, et comme Voynet avait passé sa vie gouvernementale à chouiner sous Jospin. Napoléon disait : "Je commande ou je me tais." Les verts disent : "Je commande ou je pleurniche."
Les écologistes français ne s'entendent pas avec le "monde du business", a expliqué Hulot. Mais ils ne s'entendent pas non plus avec la technostructure nucléaire d'EDF, ni avec les agriculteurs utilisateurs de pesticides, ni avec les automobilistes qui veulent aller travailler, ni avec
les amoureux des paysages qui refusent de les voir abîmés par les éoliennes.
 
Les écologistes ne sont ni de droite ni de gauche. Ils sont contre la mondialisation capitaliste, dénoncent les traités de libre-échange avec l'Amérique du Nord ou le Japon, mais interdisent la fermeture des frontières aux migrants. Ils sont partisans du local pour les salades et du global pour les hommes. Ils exaltent le droit des peuples indiens à défendre leur identité en se fermant aux autres, mais traitent de fascistes et de racistes le peuple français ou ses voisins européens qui ont le même désir. Ils sont affolés à juste titre par l'exploitation excessive des ressources naturelles, mais se refusent à voir que la première raison en est l'explosion démographique sur la planète. Ils rejettent avec véhémence les expériences sur les animaux, mais approuvent celles sur les humains à l'image de la GPA. Ils défendent la dignité animale, mais ne disent mot de l'abattage rituel sans étourdissement pour ne pas être accusés d'islamophobie. Ils prétendent lutter contre les émanations de CO2, et vitupèrent le nucléaire, seule énergie pourtant décarbonée. Ils prétendent pouvoir gérer l'État, mais rejettent avec véhémence la nation. Leurs contradictions sont innombrables et finissent par les rendre inaudibles, incompréhensibles, odieux.

Paru dans Le Figaro Magazine, 31 août 2018
Publié dans Du côté des élites
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Après Benalla, Hulot démasque la macronie
 
L’affaire Benalla, qui a éclaboussé le président cet été, a mis au jour la perpétuation du monde ancien construit sur le fait du prince et les privilèges du clan. L’affaire Hulot, qui ébranle à nouveau le pouvoir avec la démission surprise du ministre de la Transition énergétique, illustre pour sa part la constance de la vieille politique-spectacle et sa vacuité. Le nouveau monde, promis par Emmanuel Macron, se révèle être le recyclage de pratiques dépassées et détestables. "Make our planet great again", avait lancé le chef de l’Etat en juin 2017, en mimant son aspiration à devenir le leader mondial de l’écologie. "Je ne veux plus me mentir", lui a répondu, mardi matin sur France Inter, celui qui avait été présenté comme "une prise de guerre" quand il était entré au gouvernement il y a plus d’un an. Hulot, en claquant la porte sans préavis et aussi brutalement, fait comprendre sa dénonciation des faux semblants produits par la théâtrocratie macronienne.
Cette grande mascarade n’est évidemment pas une découverte pour ceux qui, dès le départ, ont pointé le cynisme et l’insincérité du chef de l’Etat. Après la désillusion d’une partie de la droite, échaudée par les pratiques népotiques de Macron, voilà une partie de la gauche qui est prise à son tour par le doute après les aveux de tromperie du ministre écolo. Le socle présidentiel, qui avait largement aimanté les uns et les autres, a pris un sérieux coup dans l’aile.
Nicolas Hulot a expliqué ses difficultés à affronter les défis écologiques en déclarant : "On s’évertue à entretenir voire à réanimer un modèle économique marchand qui est la cause de tous ces désordres". Cette critique du libéralisme, fauteur de désordres écologiques, est de ces idées toutes faites qui restent à démontrer. Nombreux sont les acteurs privés qui pallient les insuffisances de l’Etat, qui lui-même peut devenir un acteur zélé des désastres. S’il est un ennemi de l’écologie, c’est le progressisme dont se réclament les idéologues Verts. Une écologie bien comprise est d’abord une démarche conservatrice : celle qui vise à protéger les ressources, les espèces, les paysages. Le progressisme n'aime pas la limite. Il reste dans une fuite en avant qui légitime le bétonnage des sols, l’urbanisation à outrance, l’agression des sites. C’est pour amadouer Hulot que Macron a avalisé le programme off-shore des éoliennes. Des sites maritimes superbes risquent demain d’être défigurés par des champs d’éoliennes de 200 mètres de haut qui viendront saccager des horizons maritimes, comme entre Noirmoutier et l’île d’Yeu (62 éoliennes de 202 mètres chacune, sur 112 km2, à 11 km des côtes). L’écologiste Antoine Waechter parle, à propos du développement de l’éolien terrestre, d’une "escroquerie intellectuelle et politique" et dénonce "les spéculateurs du vent". Hulot n’est pas l’écolo que l’on croit.

Paru sur blog.lefigaro.fr/rioufol, 29 août 2018
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Adossée à des fondamentaux politiques avérés. Magistro, une tribune critique de bon sens, raisonnée et libre, d'information civique et politique.

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