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Et maintenant nous pourrons à nouveau aimer l'Amérique !
 
Beaucoup sont depuis vingt-cinq ans très critiques de la politique étrangère des Etats-Unis menée sous l'égide de la pensée néoconservatrice. Ils se font en conséquence taxer régulièrement d'antiaméricanisme de manière aussi mécanique que les critiques du communisme se faisaient autrefois taxer d'antisoviétisme par Georges Marchais.  
La doctrine néoconservatrice a inspiré aussi bien des démocrates comme Clinton, mari et femme, voire Obama, que des républicains comme Bush Jr. Nous n'incluons pas son père dans cette  série dans la mesure où la première guerre du Golfe (1990), à la différence de la seconde (2003) répondait à une agression réelle et, quoique déjà discutable, était conforme à la Charte des Nations-Unies. Les principes de cette doctrine : l'Amérique a un modèle de civilisation supérieur et la mission de l'imposer au reste du monde au besoin en changeant les régimes par la force. Par un étonnant paradoxe, sa mise en œuvre s'est traduite dans le Proche-Orient arabe par une alliance avec l'islamisme radical. Le bilan de cette politique : au moins sept guerres, des millions de morts (en incluant les effets de l'embargo imposé à l'Irak de 1991 à 2003).  
Rien à voir avec la période de la guerre froide où les Etats-Unis avaient généralement réagi à une agression du bloc communiste (Corée, Vietnam, Afghanistan), ni avec les rodomontades de Reagan qui a réussi à "gagner le guerre froide", sans jamais  attaquer personne, en tous les cas de manière ouverte (sauf la minuscule Grenade).     
 
Le paramètre idéologique
On ne peut manquer d'établir un parallèle entre ce qui s'est passé aux Etats-Unis depuis 1990 et ce qu'il était advenu de la Russie au temps du communisme.
Nous ne reviendrons pas sur les méfaits de ce régime, d'abord pour les Russes, puis  pour les peuples allogènes de l'URSS, ensuite pour ceux qui tombèrent sous le joug du communisme après 1945, notamment les pays d'Europe de l'Est. Que la Chine, devenue elle aussi communiste en 1949, ait ensuite pris ses distances avec l'Union soviétique n'empêche pas que l'idéologie marxiste y ait été au moins aussi dévastatrice.
 
Toutefois l'horreur que pouvait inspirer le communisme ne pouvait empêcher que beaucoup d'entre nous aient aimé la civilisation russe : ses icônes, ses églises à  bulbes, ses grands romanciers, ses grands musiciens, les films d'Eisenstein, etc. C'est pourquoi la chute du communisme permet de révérer à nouveau cette civilisation ; le nouveau régime, à la tête de qui se trouve Poutine, a certes des défauts mais il met en avant la religion orthodoxe et la patrie russe, deux valeurs que la Russie actuelle ne cherche pas imposer au reste du monde. Selon le mot du général de Gaulle, un pays bien gouverné doit être en paix à l'intérieur, respecté à l'extérieur (les deux  étant liés). C'est le programme qui semble être celui de la Russie actuelle, ce que ne veulent pas comprendre les néoconservateurs qui, avec un rare aveuglement, voient toujours  le soviétisme derrière la Russie de Poutine.
La même chose peut être dite des Etats-Unis. On peut aimer l'héritage américain   bien qu'il soit moins riche que le russe, aimer l'épopée du Far West, le roman américain, le jazz, la qualité du cinéma de Hollywood, les grandes universités aimer l'enthousiasme avec lequel  les Américains ont combattu à nos côtés au cours de la Première puis de la Seconde guerre mondiale, ainsi que leur résistance au communisme. On peut en même temps trouver détestables les effets de l'idéologie néoconservatrice dans le monde : une idéologie moins dévastatrice à l'intérieur que ne l'était le communisme en Russie, mais bien plus à l'extérieur, si on additionne les dégâts des guerres engagées en son nom au cours des dernières années, y compris par Obama, Prix Nobel de la Paix. 
Trump, malgré son style grossier a nettement pris ses distances avec cette idéologie : il récuse le regime change, il accepte l'idée que d'autres parties du monde ne soient pas adaptées aux valeurs américaines, il refuse toute complaisance avec l'islamisme et se propose d'établir un partenariat pacifique avec la Russie. Il se déclare mu par la défense des intérêts des Etats-Unis et non par la volonté de répandre une idéologie. Comme la chute du rideau de fer en 1990 à l'Est, son élection annonce à l'Ouest un  retour à la politique classique hors de toute idéologie.
 
L'idéologie est une véritable pathologie de la raison politique : comme la Russie s'en est débarrassée en 1990, les Etats-Unis viennent de s'en débarrasser en 2016.
Que nous trouvions Donald Trump aimable ou pas n'est pas la question. De même que la chute du communisme avait permis aux Russes et à ceux qui aiment la Russie de retrouver le goût de ce pays, la fin du néo-conservatisme - dont on mesurera bientôt toute la folie qu'il a représenté -  nous permet de redevenir les amis de Etats-Unis.
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Trump : un contre tous, tous contre un !
 
Le "système" existe, Donald Trump l’a rencontré ! Ce fameux "système" n’était pas seulement une élucubration paranoïaque et "complotiste" de populiste en manque d’ennemi. Les premiers pas chaotiques du Président américain révèlent des forces de résistance multiples et puissantes qui font bien "système" pour résister à tout changement voulu par l’élu du peuple. Les mêmes qui nous serinaient depuis des années la nécessité impérieuse de "réforme" sont soudain passés dans le camp du statu quo. Les mêmes qui, en France, n’ont pas de mots assez durs pour tancer le "conservatisme" indécrottable des Français louent et admirent ceux qui, en Amérique, "conservent" tout ce qu’ils peuvent.
 
La bataille américaine est édifiante et révélatrice. Face à Trump se sont levés successivement les médias, les juges, les défenseurs des minorités ethniques et sexuelles. Les politiciens démocrates mais aussi républicains. Au sein de l’Administration elle-même, des hauts fonctionnaires n’hésitent pas à saboter les ordres reçus en les faisant "fuiter" dans la presse. On retrouve les pratiques du temps de Nixon, qui fut le dernier Président à oser affronter l’idéologie des campus des années 60 au nom de "la majorité silencieuse". Il est amusant de lire sous la plume de journalistes de gauche que la CIA tant honnie lorsqu’elle renversait Allende et les gouvernements progressistes d’Amérique latine est devenue désormais la noble "communauté du renseignement". La CIA et l’establishment de Washington refusent en effet la réconciliation avec la Russie de Poutine, comme ils protègent une OTAN qui pourtant n’a plus lieu d’être depuis la disparition de l’Union soviétique.
 
L’autre pôle de résistance est constitué par les multinationales qui se sont enrichies comme jamais avec la mondialisation. Toute remise en cause du libre-échange déstabiliserait leurs chaînes de production et réduirait leurs profits colossaux. Ils ont reçu dans la bataille le soutien de la Chine, dont la classe moyenne est sortie de la misère grâce aux délocalisations des grands groupes occidentaux. Le prix Nobel d’économie Paul Krugman, homme de gauche, avait défini la mondialisation comme l’alliance des dirigeants du Parti communiste chinois et des actionnaires de Walmart (Carrefour puissance cent !). Le pacte fonctionne toujours.
 
L’immigration est l’autre versant du système. En Californie, cette immigration massive (37 % de la population de l’Etat !) a permis à la fois de drainer les cerveaux du monde entier, de la France aux pays d’Asie, et de disposer d’une vaste domesticité corvéable à merci. Les seigneurs de notre époque, les fameux Gafa (Google, Apple, Facebook et Amazon), ne sont pas prêts à renoncer à leur statut. Ils se battent eux aussi pour défendre leurs privilèges. Comme les médias, comme les juges, comme la haute administration, comme les sénateurs corrompus de Washington, ils le font au nom de l’Etat de droit, des droits de l’homme, de la prospérité.
Depuis le mot de Madame Roland montant à l’échafaud, sous la Terreur, on connaît la chanson : "Ô Liberté, que de crimes on commet en ton nom !"

Paru dans Le Figaro Magazine, 24 février 2017
Publié dans Du côté des élites
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Macron peut-il gagner ?
 
 La candidature d’Emmanuel Macron à la Présidence de la République suscite l’intérêt d’une partie importante de l’opinion publique. Les sondages lui accordent une audience remarquable –quelque 20% des intentions de vote- et lui font espérer sa qualification pour le 2ème tour de l’élection présidentielle. Alors il se trouverait seul face à Marine Le Pen  et selon ces mêmes sondages, l’emporterait aisément.
Les deux mois qui restent à courir sont-ils susceptibles de confirmer cet aboutissement ? Apporter une réponse nécessite une analyse précise à laquelle je vais me risquer ici.
 
Il convient d’abord d’observer que Macron n’est rien d’autre qu’un candidat centriste, au sens le plus traditionnel de ce terme. Il représente une résurgence des tentatives électorales menées jadis par Lecanuet, Giscard, Barre et enfin Bayrou. Le fait qu’il vienne du centre-gauche alors que tous ses prédécesseurs étaient issus du centre-droit ne change pas grand-chose à la nature de son programme. En définitive, sa campagne s’inspire des trois principes posés par Giscard il y a près de cinquante ans : Macron est centriste (c'est-à-dire à égale distance de la droite et de la gauche), libéral et européen. S’il se singularise, c’est surtout par des bourdes de débutant comme il l’a fait au sujet de notre passé colonial ou de l’immigration.
Les candidats centristes à l’élection présidentielle ont tous échoué sauf un et une seule fois. C’était Giscard en 1974. Macron peut-il renouveler l’exploit de son illustre ancêtre politique ? Considérons successivement les facteurs qui lui sont favorables et ceux qui le desservent.
 
L’actuel candidat du centre est aidé par une chance que ses aînés n’ont pas connue. Ses rivaux les plus dangereux ont le plus grand mal à faire marcher leurs troupes. A sa droite, Fillon est embourbé dans des affaires qui sapent son autorité et son crédit. A sa gauche, Hamon ne parvient pas à donner un nouvel élan à un parti socialiste démoralisé et divisé. Le champ s’ouvre largement pour celui qui proclame sa volonté de réunir les modérés des deux rives contre les extrémistes Le Pen et Mélenchon. Ce n’est pas tout. Macron dispose d’atouts qui lui sont propres : il est encore plus jeune que Giscard en 1974 et déborde d’une vitalité contagieuse. Enfin il a montré un savoir-faire remarquable dans sa façon de tourner à son profit les évènements à mesure qu’elles se présentaient. Telles sont les raisons qui expliquent son envolée dans les intentions de vote.
           
Mais, précisément, son succès se ramène pour l’essentiel à l’exploitation de circonstances heureuses. Le processus électoral ne se limite pas à cela. Il obéit aussi à des évolutions en profondeur qui cheminent lentement, de façon souterraine et dont la puissance l’emporte sur celle de la conjoncture. Un candidat qui se fait le champion des valeurs centristes, libérales et européennes se place-t-il dans un courant d’opinion qui le porte aujourd’hui autant qu’elle le faisait il y a dix ans encore ? 
Il est facile de voir que le centrisme est, en tant que force politique, presque mort. Il est loin, le temps où Giscard rassemblait sans difficultés les soutiens de partis organisés et de parlementaires accourus de diverses formations, y compris de droite. Aujourd’hui Macron s’agite dans le vide. Son allié le plus prestigieux, Bayrou, est un lui aussi un homme seul. Les comités hâtivement constitués sous l’égide "d’En marche !" n’ont aucun enracinement populaire, aucune expérience militante, aucun réseau d’élus. Leur activisme bruyant cache mal leur maigre influence.
        
Libéral ? Le candidat l’est et son programme en témoigne. Mais est-ce vraiment à plus de libéralisme que les Français aspirent ? C’était peut-être vrai il y a dix ans. La crise qui a éclatée en 2008 a changé leurs attentes. Aujourd’hui le libéralisme est synonyme de pouvoir arbitraire des banquiers, d’inégalités excessives, de délocalisations, chômage et immigration incontrôlée. On veut restreindre son empire, pas l’augmenter. Et Macron n’ajoute rien à son prestige par son appartenance passée au monde des privilégiés de la haute finance.
Enfin, il y a l’Europe. Il n’est pas besoin de longs développements pour montrer qu’elle n’attire plus grand monde. Malade de ses contradictions, paralysée par ses erreurs, elle offre le triste spectacle d’un projet brisé. Macron propose d’aller plus loin dans l’intégration des Etats du continent. C’est une recette éculée qui n’a aucune chance de séduire une part significative de l’électorat.
 
Au total, les évolutions profondes de notre époque vont contre les idées du candidat Macron. Elles le vouent à un reflux massif des intentions de vote qui le portent aujourd’hui sur le devant de la scène. Il a réussi à échapper à son destin jusqu’à présent grâce à une suite inattendue de circonstances heureuses et parce que son projet était mal identifié. Il serait hasardeux de prédire que cette double chance lui sourira encore, semaine après semaine, jusqu’à l’échéance du 23 avril.
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Le vieux monde politique est en perdition
 
La "gauche morale" est hideuse : l’épais vernis vertueux craque sous ses vices. À écouter les petits saints, Donald Trump serait menteur, raciste, complotiste, bas du front : le Mal et la Bêtise incarnés. Mais le camp du Bien, saoulé d’auto-admiration, ne voit rien de son avilissement.
Ce week-end, les redresseurs de tort, Le Monde en tête, ont accusé le président des États-Unis d’avoir inventé un "attentat" en Suède, alors qu’il mettait en garde contre l’immigration de pays islamistes en guerre. En fait, ce mot d’ "attentat" n’a pas été dit par Trump, mais par ceux-là mêmes qui dénoncent les "fake news" (fausses informations). Autre exemple : un ancien chroniqueur de France Inter, Mehdi Meklat, porte-drapeau de la "diversité" et de ses leçons d’antiracisme, s’est révélé être l’auteur de tweets d’un antisémitisme et d’une haine inouïs. Mais la gauche clanique ne voit pas où est le problème.
 
Ces anecdotes illustrent l’impunité de la caste qui se donne en exemple. Quand Emmanuel Macron, en visite en Algérie, dit de son pays qu’il s’est rendu coupable, avec la colonisation, d’un "crime contre l’humanité", le candidat des "modernistes" avalise une contre-vérité humaine et juridique. Il se prête à un révisionnisme dans le dessein électoral de séduire des Français musulmans dont une partie a choisi de rejoindre, en France, le prétendu bourreau. Le cynisme de ce faux gentil, bouée de secours du Système en péril, a d’ailleurs atteint des sommets, samedi à Toulon : devant des pieds-noirs ulcérés, Macron a dit : "Parce que je veux être président, je vous ai compris et je vous aime." Cette désinvolture, qui reprend une expression du général de Gaulle de 1958 annonçant la trahison de sa parole, n’a choqué personne chez ceux qui ne s’incommodent de la sottise que chez les "ploucs" d’en face.
 
Ce monde frelaté n’a que trop duré. Les âmes sensibles pleurent sur "le petit Théo" (22 ans, 1,94 m), qui accuse la police de l’avoir "violé" lors d’un contrôle antidrogue, sans s’arrêter sur la violence dont Théodore Luhaka a fait preuve. Et voilà que les macronistes hurlent au "complot russe" à mesure que leur candidat, produit de marketing, se dégonfle dans les sondages. Parallèlement, les chasseurs de sorcières encouragent des magistrats à accélérer leurs enquêtes contre François Fillon et Marine Le Pen pour de présumés emplois fictifs, à deux mois de l’échéance présidentielle. Ces justiciers tentent en fait d’occulter les sujets essentiels. Pourquoi faudrait-il taire qu’en Suède, ouverte au multiculturalisme depuis 1975, 80 % des policiers veulent changer de profession pour échapper à la violence ? Lundi soir, dans le quartier nord de Stockholm, ils ont tiré à balles réelles pour se dégager d’émeutes d’immigrés. Trump a raison de s’inquiéter.
 
Le dégoût qu’éprouvent de plus en plus de citoyens pour la politique, ses mots creux et ses petits hommes sans idéal doit beaucoup à ces malhonnêtetés intellectuelles. L’infantilisation de la gauche est telle que même Charlie Hebdo s’affole du niveau atteint. L’hebdomadaire pétomane, victime du djihadisme, presse les candidats, cette semaine, de ne pas reculer devant les offensives de l’islam radical quand il réclame une relecture de la laïcité, des aménagements particuliers, une reconnaissance du délit de blasphème. L’alerte du journal iconoclaste confirme la perdition des bons apôtres. Ils ne peuvent espérer gagner à nouveau qu’en poursuivant leurs combines. Mais ils sont de plus en plus rares ceux qui seraient prêts à se faire avoir, une fois de trop.
 
Illuminés pyromanes
S’il est une colonisation qui devrait indigner Macron et sa clientèle, c’est celle qui se déroule sur certaines parties du territoire. Mais cette installation d’une population nouvelle, qui pose des problèmes colossaux d’intégration et d’insécurité, indiffère les humanitaristes. Ils affirment une unilatérale haine de soi. Leur autodestruction va jusqu’à fermer les yeux sur le racisme des minorités. C’est l’ancien chef du gouvernement espagnol, José-Maria Aznar, qui avait déclaré en 2005 : "Je n’ai jamais entendu un musulman présenter ses excuses pour avoir occupé l’Espagne pendant huit siècles." Le fait d’avoir criminalisé la France, après avoir assuré de surcroît qu’ "il n’y a pas de culture française", place le leader d’En marche !, avatar de Dorian Gray, dans le même sac que les fossoyeurs de la nation. Ce serait folie de leur redonner les manettes.
L’inconséquence des illuminés pyromanes est telle que le think-tank socialiste Terra Nova n’a rien trouvé de mieux, mercredi, que de proposer de remplacer deux fêtes chrétiennes chômées par une fête juive (Youm Kippour) et une musulmane (Aïd-el-Kébir), dans une sorte de sadisme identitaire contre un pays éruptif. François Bayrou, qui a annoncé mercredi son ralliement au centrisme macronien et ses compromis marécageux, ne voit de priorité nationale que dans la lutte contre les conflits d’intérêts en politique. Pendant ce temps, le gouvernement canadien de Justin Trudeau, parangon de la tolérance aux yeux des gogos, envisage d’interdire toute critique de l’islam : tel est le sens d’une motion contre l’islamophobie déposée par une députée musulmane, Iqra Khalid, qui exclut de faire bénéficier cette disposition aux autres religions (Le Figaro, mercredi). Ces anti-Trump sont des dangers publics.

Paru dans Le Figaro, 24 février 2017
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Douze raisons de soutenir François Fillon
 
* De tous les candidats à la présidentielle, lui seul a une véritable expérience de l’Etat, notamment comme Premier ministre pendant 5 ans. Or, la mission de président de la République est par définition celle d’un sage expérimenté qui fixe un cap et s’en remet à un gouvernement pour diriger l’action de réforme. Elle est inconcevable sans l’expérience de l’Etat.
 
* Sur les grandes questions de société, la nation, l’Europe, l’immigration, l’intégration, les frontières, la cohésion nationale, les banlieues, il est le seul à avoir un projet réaliste et crédible en dehors des slogans tapageurs, démagogues ou utopistes. Sur ces sujets cruciaux, extrêmement délicats, lui et son équipe sont strictement les seuls à proposer et à pouvoir faire quelque chose de réaliste et ambitieux.
 
* Lui seul est en mesure de réunir une majorité à l’Assemblée nationale stable, cohérente, capable de légiférer et par conséquent un gouvernement en mesure de gouverner. Le lepénisme à l’Elysée, sans la moindre perspective de majorité, viscéralement rejeté à coup sûr par le Parlement, les pouvoirs publics, la société internationale, conduirait inévitablement l’Etat (et la France) au chaos absolu et le macronisme ne disposant d’aucune solution politique, aboutirait en peu de temps à une autre forme de pagaille et d’impuissance radicale, comme un retour aux pires heures de la IIIe et de la IVe Républiques. Voilà ce qui est une évidence et que si peu de personnes ne veulent voir.
 
* Lui seul dispose d’une vision européenne et internationale claire et équilibrée, d’une crédibilité susceptible de faire respecter la place de la France dans le monde.
 
* A ceux qui ne l’aiment pas d’un point de vue personnel, la politique doit se fonder sur la réalité, le gouvernement des choses, le destin de la Nation, l’avenir de nos enfants, elle n’est pas à titre principal une affaire de sentiment ou de ressentiments, d’amour ou de haine.
 
* Le lynchage médiatique dont il fait l’objet depuis un mois a quelque chose de terrifiant. Les faits qui lui sont reprochés sont certes choquants mais ils se rattachent à des mœurs largement répandus dans la classe dirigeante. Le faire payer, lui seul, pour les autres, en ignorant tout le reste, est une forme d’acharnement et de partialité. Céder aujourd’hui à l’hystérie d’un lynchage serait donner une prime au chaos et renoncer à toute forme d’avenir politique.
 
* "Ce qui ne tue pas rend plus fort" l’expérience d’un lynchage médiatique le rendra plus fort. Ce lynchage est à l’origine, chez lui, d’une prise de conscience: rien de bon ne se fait dans la solitude et l’obstination. Ses projets, notamment sociaux, qui inquiétaient le pays feront l’objet d’une large concertation et d’une négociation avec les forces politiques qui le soutiennent et sa future majorité.
 
* Après avoir subi ce qu’il a subi, il ne fait aucun doute que sa sensibilité aux questions d’honnêteté, d’éthique, d’exemplarité des comportements de la classe dirigeante sera exacerbée, et il faut s’attendre à de profondes et radicales réformes pour assurer la probité des mœurs de la France d’en haut.
 
* Il n’existe aucune solution de rechange, Nicolas Sarkozy a clairement renoncé à la vie politique, avec une dignité qui fait sa grandeur et son honneur, Alain Juppé ne veut pas en entendre parler et aucun autre candidat ne serait en mesure de s’imposer en si peu de temps.
 
* Ses chances d’être élus président restent réelles. En pleine tourmente médiatique, devenu la paria et le bouc émissaire de la France d’en haut, harcelé par le monde médiatique du matin au soir, il garde un socle de 20% de soutiens et n’a pas décroché vis-à-vis de M. Macron, encensé par ces mêmes médias. Cette position laisse espérer une "qualification" pour le second tour, voire une élection.
 
* Au cœur ce cet hallucinant lynchage, touchant à sa famille, il a fait preuve d’un caractère et d’un sang-froid qui en disent long sur sa capacité à présider la France.
 
* Une touche personnelle, pour finir: je le connais un tout petit peu, l’ayant fréquenté quand j’étais conseiller de Nicolas Sarkozy à l’Elysée. Il correspond à la perfection à l’image que je me fais d’un chef de l’Etat tel que la France en a besoin aujourd’hui : non pas un bavard ou gesticulateur, mais un personnage réservé, discret et modeste, tourné vers l’action et le bien commun.
maximetandonnet.wordpress.com
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Les difficultés d’une détente américano-russe
 
Tous les mois de février, depuis plus d’un demi-siècle, se tient, à Munich, une conférence sur la sécurité. Elle est à la stratégie internationale ce que le Forum de Davos est à l’économie mondialisée. La 53ème conférence (17-19 février 2017), a répondu à une question qui était sur toutes les lèvres : quel futur pour les relations russo-américaines ?
Aujourd’hui se sont dissipées les illusions surgies à la faveur du résultat inattendu de l’élection du 45e président des États-Unis. Elles voyaient la constitution quasi instantanée d’un duopole stratégique américano-russe, au motif que Donald Trump avait exprimé de l’admiration pour Vladimir Poutine et réciproquement. Comme très souvent dans les relations internationales, les réalités ont eu raison des rêves. Et les intérêts nationaux l’ont emporté sur les affinités électives. Selon les vœux du président américain, Washington va explorer les voies d’une amélioration de ses relations avec Moscou. Mais ce sera fait sur une base de Realpolitik classique, par les deux hommes - compétents, patriotes, réfléchis et expérimentés - que Trump a nommés à cet effet : le secrétaire d’État Tillerson, et le secrétaire à la Défense Mattis.
Que veut la Russie ? Son ministre des Affaires étrangères l’a clairement dit à Munich. Elle veut la "fin de l’ordre mondial libéral" conçu par "une élite d’États" occidentaux à visées dominatrices, qui soit remplacé par un "ordre mondial démocratique et juste". Pour la Russie, cette volonté de domination de l’Occident s’est clairement illustrée dans ses interventions militaires - non autorisées par le Conseil de sécurité de l’ONU - au Kosovo (1999), en Irak (2003), ou en Libye (2011, dépassement flagrant du mandat onusien initial).
Elle souhaiterait le démantèlement de l’Otan, qualifiée par Sergueï Lavrov de "vestige de la guerre froide". Elle appelle à des "relations pragmatiques de respect mutuel" avec Washington.

L’usage du mot "démocratie" par Lavrov n’a pas le même sens que celui employé par les néoconservateurs américains de naguère, interventionnistes à tous crins. Pour celui-ci, il s’agit d’instaurer une égalité de droits entre toutes les nations, grandes ou petites. Pour ceux-là, il s’agit de renverser des dictatures, afin d’y imposer le suffrage libre. Les deux camps ne sont pas exempts d’hypocrisie : les Russes qui taisent leur doctrine des "zones d’influence" ; les néoconservateurs occidentaux qui oublient qu’aucun État de droit ne peut naître du chaos, fût-il enfant d’élections libres. Avec la nouvelle Administration américaine, qui récuse l’ingérence au nom des droits de l’homme, la Russie obtiendra les relations de respect mutuel souhaitées. Mais il n’est pas question d’un délitement de l’Otan. À Munich, le vice-président Pence a réitéré l’attachement de Washington à l’Alliance atlantique, tout en demandant un effort financier accru à ses alliés européens, aussitôt accepté.
Parlant des relations russo-américaines, Lavrov a déclaré : "Le potentiel de coopération dans les domaines politique, économique, humanitaire est énorme ; mais il doit encore être réalisé : nous y sommes ouverts, dans la mesure où les États-Unis le sont." La réponse indirecte du vice-président américain (qui s’adressait à ses alliés) pourrait être qualifiée de prudente ouverture : "Les États-Unis continueront de demander des comptes à la Russie, même si nous chercherons des terrains d’entente."
Traduction : l’Amérique n’acceptera jamais l’ingérence russe au Donbass ukrainien ; mais elle est prête à coopérer avec Moscou pour stabiliser le Levant. Les Américains, dont l’ennemi principal est l’État islamique, estiment que, pour le détruire, ils ont intérêt à s’allier avec les Russes au Moyen-Orient.
 
On est loin du "grand bargain", rêvé par certains géopoliticiens, à Moscou comme à Washington, au soir de l’élection de Trump. L’idée était que Moscou, en échange d’une levée des sanctions occidentales liées à son ingérence en Ukraine, allait abandonner son alliance avec Téhéran et Pékin. Quelle naïveté ! Jamais l’Occident n’acceptera le viol de l’intégrité territoriale ukrainienne au Donbass. Si, à l’issue d’une amnistie politique décrétée par Kiev, les soldats russes s’en retiraient, l’Occident pourrait seulement "oublier" l’annexion de la Crimée, dont la population se sent très majoritairement russe.
Quant au Kremlin, jamais il ne touchera à ses partenariats stratégiques de long terme avec l’Iran et la Chine, pour les beaux yeux d’un président américain élu pour quatre ans.
Face à la montée en puissance de la Chine, l’Occident aurait certes besoin de forger un axe avec Moscou. Mais des changements diplomatiques de cette ampleur ne se font qu’après une patiente politique de "petits pas" convergents. La géopolitique n’est pas l’immobilier : elle ne connaît guère les "deals" d’un soir.

Paru dans Le Figaro, 21 février 2017
Publié dans De par le monde
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Du fait colonial
 
J’ai eu l’occasion de dire, dans une récente lettre ouverte, tout le mal que je pensais de la déclaration de Monsieur Macron à propos de la colonisation. Passé le temps de la réaction à chaud, je voudrais revenir sur quelques fondamentaux toujours oubliés par les médias et par les donneurs de leçons de morale historique. Plusieurs décennies d’enseignement obligatoire de la haine de soi ont fait beaucoup de dégâts. L’ignorance des faits historiques et la perversion du vocabulaire ont rendu l’opinion publique perméable à toutes les instrumentalisations, en témoigne un sondage effarant qui indique que 51 % des Français penseraient que la colonisation est effectivement un crime contre l’humanité.
 
La colonisation est un type de conquête territoriale qui a toujours existé. L’expansion coloniale s’est pratiquée sur tous les continents depuis la nuit des temps, à partir du moment où un peuple débordant de vitalité, d’ardeur guerrière ou de technologie, a pu s’éloigner de ses bases pour conquérir d’autres terres et soumettre d’autres populations à sa loi. Les changements climatiques, la faim, la recherche de nouveaux débouchés ont aussi conduit des peuples vers des migrations qui ont pris la forme de la colonisation.
Les Européens n’ont pas été les seuls colonisateurs de l’histoire. Les populations asiatiques qui ont franchi le détroit de Behring pour peupler les Amériques et donner naissance aux populations indiennes sont un bel exemple de réussite d’une colonisation de peuplement. Les Arabes, partis de la péninsule arabique au VIIe siècle, ont colonisé la quasi-totalité du pourtour méditerranéen, y compris une grande part de l’Europe méridionale. Les Ottomans s’en sont pris aux mêmes espaces après avoir conquis l’empire byzantin. En témoigne, entre autres, la régence turque sur Alger jusqu’à l’intervention française de 1830. Les Chinois, les Japonais, ont été à certaines époques de leur développement des colonisateurs, pour des raisons différentes, avec des objectifs et des méthodes différentes : les Chinois avec une emprise commerciale et financière quasi monopolistique sur l’Asie du Sud-est. Les Japonais avec des conquêtes militaires continentales et insulaires. Même des Américains, peuple anticolonialiste par essence, ont un temps colonisé les Philippines.
 
Le mot colonisation regroupe donc des types de conquêtes extrêmement divers en fonction des époques, des pays colonisateurs, des pays colonisés, et des formes de domination coloniale choisies. L’extrême complexité des faits coloniaux met en lumière toute l’inanité de la simplification caricaturale qu’est la réduction à la notion de crime. À de notables exceptions près, comme au Laos avec Auguste Pavie ou au Congo avec Savorgnan de Brazza, toute conquête coloniale est généralement une conquête violente. De la "conquête des cœurs" accomplie au Laos par Pavie à l’extermination des aborigènes d’Australie, il existe une infinité de graduations dans la violence coloniale, et très peu d’entre elles sont susceptibles d’entrer dans la catégorie juridique des crimes contre l’humanité. La colonisation n’est pas forcément liée à la volonté délibérée et planifiée d’exterminer tout un peuple. Au contraire, la France a toujours justifié ses conquêtes coloniales par le désir de propager le progrès et la civilisation dont elle était porteuse. Elle s’est livrée à des combats, parfois à des massacres et des crimes abominables, mais jamais à une entreprise génocidaire organisée.
 
Si l’on se limite donc à l’observation de l’entreprise coloniale française dans sa deuxième phase, c’est-à-dire aux XIXe et XXe siècles, on voit d’abord trois formes de colonisation : les comptoirs commerciaux et/ou militaires (concession de Shangaï, territoire à bail de Kouang Tchéou Wan, etc.), les colonies d’exploitation (Indochine, Afrique du Nord, Afrique noire, etc.) et une colonie de peuplement, l’Algérie, devenue partie intégrante du territoire national sous la forme juridique de départements français (et non plus de colonie). On peut aussi distinguer les territoires confiés par mandat international à la France, comme le Liban et la Syrie, qui n’étaient pas à proprement parler des conquêtes coloniales ni des colonies d’exploitation.
 
Dans les comptoirs commerciaux et/ou militaires, la présence métropolitaine fut toujours relativement légère, avec quelques dizaines ou quelques centaines de "colons" au maximum. La France y était visible en raison de son habitude de construire des bâtiments officiels et des équipements collectifs avant même d’avoir obtenu le premier rendement économique ou politique de cette nouvelle "conquête". À ce sujet, l’histoire du territoire chinois de Kouang Tchéou Wan est emblématique de la méthodologie française qui a souvent consisté à mettre la charrue avant les bœufs en dotant l’espace colonisé d’infrastructures considérables, souvent inadaptées aux besoins réels des populations locales. Alors que les Anglais ont d’abord fait de Hong Kong un carrefour incontournable du commerce et de la finance, les Français ont créé à peu de distance un copié-collé de sous-préfecture française relativement décalé. Le mot "exploitation" n’a jamais été aussi inapproprié tant la France y a investi massivement en pure perte. On retrouvera la même caractéristique avec les grands travaux indochinois entrepris par Paul Doumer, admirables de notre point de vue européen, mais souvent inadaptés au contexte local.
 
La colonie d’exploitation est la forme de colonisation la plus répandue. Sous un régime juridique de colonie (administration directe) ou de protectorat (administration partagée avec le pouvoir local), elle a pour caractéristiques d’être provisoire et de ne concerner qu’un petit nombre de "colons". J’emploie à dessein le mot colon entre guillemets. Pour quelques dizaines de gros propriétaires, grands chefs d’entreprises ou hauts fonctionnaires, la grande majorité des "colons" était souvent constituée de gens appartenant à la classe moyenne, voire des petits employés, artisans ou commerçants aux ressources modestes.
 
-Exploitation : le mot n’est pas à prendre au sens péjoratif marxiste. Il peut aussi vouloir dire mettre en valeur, comme un exploitant agricole met sa terre en valeur. Un exploitant n’est pas un criminel. En Indochine, la colonisation d’exploitation a mis en valeur les ressources naturelles préexistantes et créé de nouvelles ressources comme l’introduction de l’hévéa, l’arbre à caoutchouc, indissociable aujourd’hui de l’image du Vietnam et du Cambodge.
 
-Provisoire : le but officiel des colonisateurs était d’accompagner les colonisés jusqu’à un certain niveau de développement. La réalité fut quelque peu différente, et beaucoup moins philanthropique. Une fois installé dans une position dominante relativement confortable, il est difficile de rendre les clés de la maison au premier occupant… C’est une des failles de ce système de colonisation, voire une des raisons essentielles de son échec. Le principe de base d’une colonisation d’exploitation n’était vraisemblablement pas viable. À la fin du processus colonial, on assista presque partout à une fuite en avant pour éviter de transmettre la totalité du pouvoir aux autochtones.
 
-Un petit nombre de "colons" : à la fin des années 30, à l’apogée de la colonisation française en Indochine, sur un territoire grand comme une fois et demie la France, on comptait moins de 25 000 "colons" auxquels s’ajoutaient environ 15 000 militaires. C’est très peu pour un territoire de cette dimension. La pax gallica qui régna sur l’Indochine pendant près d’un siècle ne peut pas s’expliquer uniquement par le recours à la force. Même si la force fut employée, et quelquefois de façon très violente, il y eut obligatoirement un consentement des populations pour supporter, au moins provisoirement, le joug colonial. Dans le cadre de cette relation équivoque et complexe, il y eut une véritable interpénétration culturelle, certains Indochinois adoptant tout ou partie de la culture française, certains colons français consacrant toute leur vie et toute leur énergie au développement et au rayonnement des cultures indochinoises. Là encore, ne voir qu’un crime dans un contexte historique aussi riche, aussi dense et aussi varié est une absurdité. De même qu’il est absurde de nier les spoliations et les violences engendrées par ce type de domination.
 
L’Algérie connut une colonisation de peuplement. Pour atteindre son objectif, cette forme de colonisation demande soit l’assimilation totale de la population autochtone à la culture du colonisateur, soit le développement séparé, soit l’extermination des autochtones. Contrairement à d’autres colonisateurs européens, c’est l’honneur de la France de ne pas avoir exterminé les populations algériennes, même si l’on ne doit pas oublier de terribles exactions commises au cours des cent trente années de présence française. La croissance démographique exponentielle des populations musulmanes est là pour prouver l’inanité des thèses "génocidaires".
L’assimilation totale a été délibérément refusée, afin de respecter le caractère propre (musulman) de ces populations dans le cadre d’une république laïque. Restait le développement séparé. Il y avait, certes, une forme de démocratie participative, mais avec deux collèges électoraux, l’un pour les Français, l’autre pour les musulmans. Ce système a prévalu jusqu’à ce que De Gaulle annonce en 1958 qu’il n’y avait plus en Algérie que "des Français à part entière", on connaît la suite donnée à cet engagement… Toujours est-il que la perte de l’Algérie française tient peut-être au fait qu’il n’y a pas eu assez de peuplement de souche européenne. 10 % d’européens, ne pouvaient pas faire le poids face à 90 % de musulmans. Une population européenne beaucoup plus nombreuse eut sans doute changé le cours des évènements.
 
Les aspects positifs, les erreurs et les crimes liés à la colonisation de l’Algérie ont fait l’objet d’études approfondies, chiffrées, solides, avec des raisonnements implacables comme les travaux de Jacques Marseille et de Daniel Lefeuvre, peu suspects de sympathies "colonialistes". Ces scientifiques ont démontré que rarement la colonisation avait été rentable pour la Métropole. La thèse du "pillage colonial" est donc, le plus souvent, contestable. Il semble stupéfiant que, par idéologie, certains ne tiennent aucun compte de ces travaux et n’acceptent de voir encore que le verre à moitié vide ou le verre à moitié plein. Colportées par des politiciens en campagne, les interprétations simplistes de l’Histoire ont plusieurs défauts : elles mélangent les genres, notamment le politique, l’historique, le mémoriel et le judiciaire. Ce n’est jamais bon. Ensuite, elles instrumentalisent le passé au service de causes contemporaines qui n’ont pourtant pas besoin que l’on ajoute de l’huile sur le feu. En répétant continuellement aux jeunes issus de l’immigration que leur pays d’accueil est un criminel contre l’humanité, on ne fait qu’attiser leur haine et leur mépris. Et l’on ne gagne pas une once de considération dans les pays anciennement colonisés où, comme dans l’ancienne Indochine, le respect des ancêtres est officiellement érigé en culte. La façon dont les repentants traitent nos propres ancêtres nous ridiculise et déconsidère la France. Ce comportement irresponsable fait courir à notre pays des risques incommensurables, comme celui bien réel de l’implosion qui menace des pans entiers de notre territoire. Après tout, c’est peut-être ce qu’ils veulent…
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Ruineuse décentralisation ?

Les hommes politiques qui ne sont pas "à gauche toute", quand ils se présentent à une élection, ne manquent pas de ressasser le même refrain : il faut diminuer la dépense publique, et pour cela réduire le nombre des fonctionnaires. Pour le prochain quinquennat, ils expliquent par exemple qu’il faut diminuer de X centaines de mille le nombre de fonctionnaires. Certains précisent que, dans ce but, ils prévoient de ne remplacer qu’un fonctionnaire sur deux parmi ceux qui partent à la retraite. D’autres veulent embaucher principalement sous contrat salarial ordinaire.
Parmi les points importants qui restent le plus souvent en dehors des limites de leurs épures se trouve le fonctionnement des collectivités territoriales et la prodigieuse augmentation du nombre de leurs employés. Ces collectivités ont actuellement recours à 1,9 million d’agents, et l’augmentation de cette "fonction publique territoriale" (locution, en abrégé FPT, qui inclut aussi bien les contractuels que les fonctionnaires stricto sensu) a été, depuis 1982, beaucoup plus rapide que celle des deux autres fonctions publiques, celle de l’État (FPE) et celle des hôpitaux (FPH).
 
Pourtant, des témoignages comme celui d’Aurélie Boullet, auteur (sous le pseudonyme Zoé Shepard) du récit intitulé Absolument dé-bor-dée (Albin Michel, 2010), devraient inciter à la réflexion : ne serait-ce pas là qu’il y a le plus de "gras" dont la disparition ne nuirait nullement au "muscle" ? Et l’affaire des emprunts toxiques territoriaux, qui a "coûté plus de 5,5 Md€ aux contribuables et aux banques" selon Les Echos du 9 février, ne devrait-elle pas orienter les recherches d’économies dans la même direction, en osant ébranler l’un des piliers de la doxa "politiquement correcte", à savoir que la décentralisation serait une merveille ?
 
Quelques chiffres  
En prenant comme indice 100 les effectifs 1982, on arrive en 2003 (selon le document Chiffres-clés 2005 du ministère de la fonction publique) à l’indice 113 pour l’emploi total, 114 pour la FPE, 127 pour la FPH et 143 pour la FPT. Les progressions de la PFE et de la FPH n’ont rien de choquant : l’État a créé des emplois comme l’ensemble de l’économie française, à un rythme légèrement supérieur à celui de la démographie (la population a augmenté de 10,7 % entre ces deux dates) ; les établissements hospitaliers ont logiquement augmenté un peu plus leur personnel en raison du fort développement des techniques médicales et chirurgicales ; mais comment expliquer le bond en avant de la FTP ?
 
Pour la période récente, les Chiffres-clés 2016 indiquent la progression de 2004 à 2014 : base 100 en 2004, on arrive en 2014 à 103 pour l’ensemble de la FP comme pour l’emploi total, mais à 90 pour la FPE, 112 pour la FPH, et 124 pour la FPT. Certes, des postes ont été transférés de l’État aux collectivités territoriales, particulièrement dans les établissements scolaires, mais cela n’explique pas tout. On ne saurait écarter a priori l’hypothèse selon laquelle la façon même dont fonctionnent les collectivités territoriales les incite à créer des postes en nombre excessif.
 
L’impact de la décentralisation
La décentralisation fut lancée par Gaston Defferre, ministre de l’intérieur et de la décentralisation de 1981 à 1984. La loi du 2 mars 1982 eut pour objet, notamment, de remplacer par un "contrôle de légalité" le contrôle de tutelle auquel étaient jusque-là soumises les collectivités territoriales. Dès lors, le contrôle devint purement légaliste : dès lors qu’ils ne commettent pas d’infraction, les élus locaux sont intouchables ; leurs erreurs de gestion, comme par exemple l’émission d’emprunts comportant des clauses à haut risque – les fameux emprunts "toxiques" – ne peuvent plus être sanctionnées, si ce n’est au niveau électoral. Il en va de même pour les embauches à tout-va, y compris celle des "petits copains", et pour les subventions en tous genres, pourvu que les apparences légales soient sauves.
 
Dans une petite commune, le contrôle de l’équipe municipale par la population peut être efficace : les électeurs sont dans une certaine mesure à même de se rendre compte si tels travaux d’aménagement ou telle création de poste présentent une utilité réelle.
En revanche, dans les communes de grande dimension, dans les communautés urbaines, dans les départements et les régions, le contrôle démocratique par la base ne fonctionne plus guère : la gestion est si complexe que personne, à de rares exceptions près, n’y comprend goutte, si bien que le vote "politicien" en faveur de l’équipe qui se réclame d’un parti choisi au niveau national l’emporte souvent sur le vote "local" basé sur la gestion.
 
Il résulte de cela que se constitue une sorte de féodalité : des ducs, comtes, barons et hobereaux régionaux, départementaux ou urbains se substituent pour une large part aux serviteurs du pays que sont les préfets et autres hauts fonctionnaires à responsabilité territoriale. Et, bien entendu, cette noblesse d’un nouveau genre – ni d’épée, ni de robe, disons une noblesse d’urnes – n’a de cesse de s’entourer (aux frais du contribuable, ou en empruntant) de ce que l’on appelait jadis une "maison" (un ensemble de serviteurs et de courtisans).
 
En revenir au principe de subsidiarité
Le caractère démocratique  de la gestion d’une région, d’un département ou d’une grande agglomération est purement factice. Il faut, certes, gérer des problèmes qui ne sont ni nationaux, ni locaux, mais pour mettre en œuvre une bonne gestion les élections ne sont pas la solution : des "grands commis de l’État" feraient le travail de façon plus professionnelle et plus impartiale, générant par rapport à la situation actuelle d’importantes économies, notamment en matière de personnel.
En revanche, au niveau réellement local, la démocratie de proximité, mise en œuvre du principe de subsidiarité (régler les problèmes au plus près possible de ceux qui les vivent), ferait merveille. À l’échelle de quelques milliers de citoyens, l’équipe municipale connait chaque famille et le dévouement de ses membres, récompensé par de modestes honneurs et de menues indemnités, peut rendre inutile le recours à de nombreux agents salariés. Bien des problèmes pourraient aussi être réglés à ce niveau mieux qu’ils ne le sont aujourd’hui par la bureaucratie d’une entité territoriale de moyenne ou grande dimension, ce qui diminuerait le besoin d’embaucher de plus en plus d’agents.
 
Bref, la voie la plus prometteuse pour nous sortir de l’ornière où nous a plongé la décentralisation d’apparence mise en place en 1982 est probablement un double retour : au rôle de l’État dans la gestion des grandes unités territoriales et urbaines, et à la démocratie de proximité, réellement respectueuse du principe de subsidiarité, pour les "villages" au sens large du terme, englobant non seulement les villages ruraux mais aussi les quartiers urbains possédant une réelle identité.
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Dieu ou Allah ? Jésus ou Issa ?
 
Précédemment, nous avons justifié le maintien de l’usage de la graphie française pour désigner le "prophète de l’islam" : Mahomet et non Mohamed ou Muhammad.
Dans celle que vous allez lire (ci-dessous), nous nous interrogeons sur la manière d’écrire "Dieu" lorsqu’il s’agit de celui des musulmans. Autrement dit, en français, faut-il dire "Allah", comme le font la plupart des auteurs d’écrits relatifs à l’islam ? La réponse à cette question ne va pas de soi car l’écriture choisie – Dieu ou Allah – sous-entend une expression théologique spécifique.
Nous prolongeons cette analyse en abordant un sujet connexe mais lié au précédent thème : que signifie Issa, retenu par le Coran pour désigner Jésus, Fils de Dieu pour les chrétiens ?
 
Origine et sens du mot "Allah"
Si l’on veut respecter la logique linguistique, il convient de dire "Dieu" lorsqu’on s’exprime en français, comme on dit Deus en latin, Dio en italien, God en anglais, Gott en allemand, etc.
"Allah" est un terme sémitique antérieur à l’apparition de l’islam, au même titre qu’ "Eloah" en hébreu ("Elohim" étant le pluriel de majesté) et "Elah" en araméen. Provenant de la racine étymologique El ou Al, il désigne toute divinité quelle qu’elle soit, sans rapport nécessaire avec le monothéisme. Il est parfois incorporé dans un prénom. Ainsi, selon la biographie de référence de Mahomet, rédigée par Ibn Hichâm, le père du prophète de l’islam, Mahomet, qui professait l’une des religions païennes en vigueur à La Mecque au VIIe siècle, se nommait Abdallah, c’est-à-dire "Serviteur du dieu". (Cf. La vie du prophète Mahomet, Fayard, 2004).
Le nom "Allah" résulte de la contraction de l’article al- et du substantif ilâh ("divinité"). L’article semble avoir été ajouté pour signifier le caractère unique de ce Dieu ("Le Dieu") et exprimer le monothéisme intégral, comme le suggère le Coran.
 
"Dis : “Lui, Dieu est Un, Dieu ! L’Impénétrable ! Il n’engendre pas ; Il n’est pas engendré, nul n’est égal à Lui” " (112, 1-4).
Ce verset comporte une réfutation implicite de la foi des chrétiens en la divinité de Jésus-Christ, le Verbe incarné, et en la Trinité. Dans un souci de cohérence théologique, les chrétiens de langue arabe, lorsqu’ils font le signe de la Croix, disent : "Au nom du Père, et du Fils et du Saint-Esprit, le seul Dieu". C’est aussi pour eux une manière de témoigner de leur foi monothéiste auprès des musulmans qui leur reprochent parfois leur "trithéisme".
 
Allah n’est donc pas un nom propre à l’islam, c’est "Dieu" écrit en langue arabe. Comme leurs compatriotes musulmans, les chrétiens arabophones prient aussi Allah ; et ceci même si le nom ne reflète pas une réalité doctrinale identique puisque, dans l’islam, le Dieu unique est résumé par le dogme de l’unicité (Tawhîd) – un Dieu Un et seulement Un -, tandis que, dans le christianisme, Dieu s’est révélé comme Un en Trois Personnes, ainsi que l’exprime le dogme de la Trinité.
Pourtant, depuis plusieurs années, des militants islamistes contestent aux chrétiens le droit de dire "Allah". Pour eux, ce nom doit être réservé au Dieu du Coran. En Malaisie, où les chrétiens représentent 9 % des 28 millions d’habitants, l’affaire a défrayé la chronique à partir de 2007, après une décision du ministère fédéral de l’Intérieur interdisant l’usage du vocable "Allah" dans le journal catholique The Herald. Suite à divers recours en justice introduits par l’Église locale, certains lui ayant donné satisfaction, la Cour suprême de Kuala Lumpur a tranché par un arrêt définitif du 21 janvier 2015, confirmant la décision du ministère.
 
Pour leur part, les traducteurs francophones du Coran écrivent tantôt "Dieu" (cf. Denise Masson, Folio-Gallimard ; M. Savary, Garnier Frères ; Sami Aldeeb Abou-Sahlieh, L’Aire), tantôt "Allâh" (cf. Régis Blachère, Maisonneuve & Larose ; Édouard Montet, Payot). Des traducteurs musulmans eux-mêmes écrivent "Dieu" (cf. Cheikh Boubakeur Hamza, Enag Éditions).
Cependant, afin d’éviter toute confusion théologique et toute vaine querelle, il nous semble aujourd’hui préférable d’utiliser le substantif "Allah" lorsqu’on évoque le Dieu des musulmans. Et ceci vaut pour toutes les langues. Mais, nous ne sommes plus ici dans une logique sémantique.
 
Et Jésus ?
Si les chrétiens arabophones prient Dieu avec le même nom que les musulmans, il n’en va pas de même pour Jésus. Tous refusent Issa (prononcer Aïssa) que le Coran donne à Jésus. Ce nom est pour eux une falsification, celui de Jésus en arabe étant Yasû’. Les chrétiens vivant en Arabie avant l’islam ont continué à appeler ainsi Jésus après l’apparition de cette nouvelle religion, et ceci jusqu’à leur disparition de ce territoire ; ceux du Levant, bien qu’arabisés, ont conservé le mot araméen en vigueur dans leur idiome antérieur, celui que parlait le Christ. Il s’agit de Yassouh ou Yessouah. Ce nom signifie "Yahvé sauve". Jésus est donc Dieu. Cette vérité est d’ailleurs explicite dans l’Évangile selon saint Matthieu lorsque l’Ange du Seigneur dit en songe à saint Joseph : "Tu l’appelleras du nom de Jésus, car c’est lui qui sauvera son peuple de ses péchés" (Mt 1, 21).
 
Pourquoi le Coran n’a-t-il pas adopté l’écriture arabe, Yasû’, pour nommer Jésus ? La raison en est fondamentale. Elle tient à l’identité que l’islam lui donne. Dans les cultures sémitiques, le nom porté par une personne n’a rien d’anodin, comme l’a démontré le Père Antoine Moussali, lazariste libanais (1921-2003) :
"Donner un nom à quelqu’un ou à quelque chose, c’est nommer son essence, ce qui le caractérise en propre, ce qui le personnifie […]. L’emprise est tellement forte que l’on serait tenté de dire que ce n’est pas l’individu qui porte le nom, mais le nom qui porte l’individu. Être, à la manière humaine, c’est être nommé. " (La croix et le croissant, Éditions de Paris, 1997, p. 43).
 
Or, le nom coranique de Jésus, Issa, est dépourvu de toute signification. Celui qui le porte n’est qu’un prophète parmi d’autres, même s’il jouit d’une position éminente et singulière. Le Coran le présente en effet comme "le Prophète de Dieu, sa Parole qu’il a jetée en Marie, un Esprit émanant de lui" (4, 171). Et, même s’il est décrit comme "Parole de Vérité" (19, 34, "fortifié par l’Esprit de sainteté" (2, 253), il s’efface devant Mahomet, le "sceau des prophètes" (33, 40), dont il annonce d’ailleurs la venue (61, 6).
L’intention qui préside à ce vide nominatif est évidente : Issa ne saurait donc prétendre à une mission salvifique, laquelle ne peut appartenir qu’à Dieu. Or, pour les musulmans, malgré ses attributs, Jésus n’est pas Fils de Dieu. Le Coran est intransigeant à ce sujet.
"Dieu est unique ! Gloire à Lui ! Comment aurait-il un fils ?" (4, 171) ;
"Créateur des cieux et de la terre, comment aurait-il un enfant, alors qu’il n’a pas de compagne, qu’il a créé toute chose et qu’il connaît tout ?" (6, 101) ;
"Il ne convient pas que Dieu se donne un fils" (19, 35).
Issa nie lui-même se faire passer pour une divinité. "Dieu dit : “Ô Jésus, fils de Marie ! Est-ce toi qui a dit aux hommes : Prenez, moi et ma mère, pour deux divinités, en dessous de Dieu ?” Jésus dit : “Gloire à toi ! Il ne m’appartient pas de déclarer ce que je n’ai pas le droit de dire. Tu l’aurais su, si je l’avais dit. Tu sais ce qui est en moi, et je ne sais ce qui est en toi” "(5, 116).
 
Par ailleurs, si "Messie" (Masîh) remplace Issa dans onze versets (p. ex. :"Ceux qui disent : “Dieu est, en vérité, le Messie, fils de Marie”, sont impies", 5, 17), cet attribut, interprété par certains commentateurs musulmans comme un titre d’honneur et par d’autres comme la marque d’une onction divine l’ayant préservé de l’influence de Satan (1), est étranger à la vocation de Jésus telle qu’elle est décrite dans les récits évangéliques. Pour l’académicien Roger Arnaldez (1911-2006), "cette qualification de Messie n’est plus alors en relation avec la mission que Jésus doit remplir parmi les hommes ; elle est une marque apposée sur lui dans sa relation avec Dieu et le monde angélique" (Jésus, fils de Marie, prophète de l’islam, Éd. Desclée, 1980, p. 87). Autrement dit, il s’agit d’un Messie sans messianisme.
 
Pour conclure
Dieu est désigné par le même vocable en arabe et en français, mais le Dieu du Coran n’est pas celui de la Bible.
Quant à Jésus, s’il n’est pas rare d’entendre des musulmans francophones affirmer qu’ils croient en lui, son nom coranique, Issa, ne désigne pas le Christ de l’Évangile.
Ces précisions peuvent être utiles à des chrétiens soucieux d’un dialogue sans confusion avec des musulmans. Il est certain que Jésus est au cœur d’une controverse doctrinale irréconciliable entre christianisme et islam. Mais, aujourd’hui, certains fidèles de cette religion sont fascinés par la figure énigmatique, voire mystérieuse, de Issa, qui se présente dans le Coran comme un prophète, certes musulman, mais aussi comme "un Signe pour les mondes" (21, 91), "illustre en ce monde et dans la vie future, il est au nombre de ceux qui sont proches de Dieu" (3, 45), ayant aussi bénéficié de privilèges exceptionnels, notamment sa conception miraculeuse dans le sein virginal de Marie (19, 20) et sa capacité à résister aux tentations du démon, avantages dont même Mahomet a été privé (2).
 
(1) Maurice Borrmans, Jésus et les musulmans d’aujourd’hui, Ed. Desclée, 2005 ; R. Arnaldez, Jésus, fils de Marie, prophète de l’islam, Desclée, 1980 ; Georges Tartar, Jésus-Christ dans le Coran, Centre évangélique de témoignage et de dialogue islamo-chrétien, 1995.
(2) R. Arnaldez, Jésus dans la pensée musulmane, Desclée, 1988 ; Fawzia Zouari (dir.), Douze musulmans parlent de Jésus, Desclée de Brouwer, 2017.

associationclarifier.fr, la Petite Feuille verte, février 2017
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Ce Traité qui fait déchanter les lendemains…
 
C'est l’anniversaire le plus discret de l’année. Pas de bougies ni gâteau. Le traité de Maastricht fête ses vingt-cinq ans et tout le monde regarde ailleurs. Les anciens partisans du "oui" n’en sont pas particulièrement fiers ; les anciens partisans du "non" n’ont pas envie de célébrer une défaite.
La monnaie unique s’est pourtant installée dans la liste brève des grandes monnaies mondiales ; mais l’euro n’est toujours pas parvenu à contester au dollar son rôle de monnaie de réserve.
Les chantres du oui promettaient une période de croissance et la fin du chômage ; la zone euro est la région du monde où la croissance est la plus faible. Les concepteurs de la monnaie unique assuraient qu’elle favoriserait "la convergence" des économies européennes ; elle a au contraire accentué les divergences. Nos experts avaient oublié une loi économique élémentaire : dans une zone unifiée, chaque pays se spécialise dans ce qu’il a de meilleur : l’industrie la plus productive (l’Allemagne) devient l’usine de la zone ; les plus doués dans les services (France, Espagne) développent toujours plus de services ; et les mieux dotés en belles plages et en patrimoine culturel (Italie, Grèce) attirent toujours plus de touristes. Seule une politique de change peut permettre de contrebalancer ces évolutions inexorables : c’est ainsi que Pompidou a forgé les grands groupes industriels français à l’abri d’une monnaie dévaluée. La monnaie unique est une machine conservatrice qui rend beaucoup plus difficiles les changements de cap économique.
C’est pour cette raison que l’euro qui était conçu comme un outil de paix a provoqué une résurgence des conflits entre nations. L’industrie allemande a réduit en miettes la concurrence de ses rivales française et italienne. La production industrielle de cette dernière a baissé de 20 % depuis l’introduction de l’euro. La seule solution pour compenser ces effets structurels serait une redistribution entre vainqueurs et perdants. Mais les Allemands refusent avec véhémence cette "union de transferts".
 
L’euro est donc un échec économique, mais est avant tout un symbole politique, celui d’une plus grande unification du continent européen. Cette monnaie fut voulue par les Français et imposée aux Allemands qui connaissaient, eux, les lois économiques. Mitterrand voulait s’emparer du deutsche mark, la "bombe atomique" allemande. Mais c’est l’Allemagne, qui ne voulait pas de l’euro, qui en profite le plus : son industrie règne sans partage sur le continent et exporte mieux grâce à une monnaie plus faible que ne le serait le seul mark.
Mais le bon temps s’achève pour les Allemands. Trump veut fermer le marché américain aux voitures allemandes tandis que la politique accommodante de la Banque centrale européenne exaspère les épargnants allemands qui accumulent des économies guère rémunérées.
L’euro s’est avéré une tragique erreur économique ; mais s’en débarrasser pourrait en constituer une plus tragique encore. C’est l’ultime argument des partisans de l’euro. Alors, comme on dit à Bruxelles : happy birthday !
Paru dans Le Figaro Magazine, 17 février 2017
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