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Unir les droites
 
C’est un choix de société qui va être au cœur des 80 derniers jours. Or le brouhaha autour du "Penelopegate" interdit de percevoir l’enjeu du pile ou face. Les révélations qui s’accumulent, via Le Canard enchaîné, sur le rapport intéressé de Fillon à l’argent ont pour effet de faire taire un homme ayant eu, en tout cas, le courage de défendre la nation indivisible face à ceux qui voudraient sa libanisation. Le soupçon d’enrichissement qui l’accable, lui et sa famille, est aggravé par une défense qui relève de l’amateurisme. Reste que Fillon est surtout le bouc émissaire d’un système qui aura largement pratiqué le népotisme et l’utilisation privée de l’argent public. François Mitterrand employait ses fils à l’Élysée ; Jacques Chirac, sa fille. Le coiffeur de François Hollande est payé près de 10 000 euros par mois. Le procès médiatique qui est fait au "paria de la République" (1), avec un professionnalisme qui laisse deviner l’ombre du pouvoir ou de ses officines, tue le débat d’idées. Mais sans doute était-ce là l’objectif…
 
Les Français qui, majoritairement, ne veulent pas voir leur nation se laisser cannibaliser, ne peuvent se faire voler cette élection imperdable. La désislamisation de la France reste un objectif atteignable, à la condition que l’État cesse de reculer devant une contre-société agressive. François Fillon et Marine Le Pen revendiquent, avec Nicolas Dupont-Aignan, de mener ce combat existentiel, abandonné par la gauche soumise. Le bon sens commanderait que, dans l’incertitude qui menace l’identité française, leurs formations respectives oublient leurs querelles et leurs divergences économiques afin d’interdire à la gauche multiculturaliste de l’emporter. Plus que jamais, la question interdite de l’union des droites doit être posée publiquement par les électeurs, témoins éberlués de l’effondrement du vieux système politique. Si la tête de Fillon devait tomber à son tour, après celles de Sarkozy, Juppé, Hollande et Valls, le FN prendrait une position dominante.
(1) Maxime Tandonnet, Perrin

Paru dans Le Figaro, 3 février 2017
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Les Systèmes sont fatigués                                         
 
La logorrhée politicienne et journalistique, répétitive et désordonnée, incontournable gagne-pain de l'appareil politico-médiatique nous sature. Toujours des plaintes. Toujours des critiques. Peu de propos constructifs. Tous ces bavards - masculins pour la plupart – devraient plutôt réfléchir à nos nombreux passés, tenter de concocter un avenir de long terme, non réduit au lendemain électoral qui ne chante pas du tout, prendre un peu d'un sirop typhon qui ventilerait tout ce fatras. Cette maladie du commentaire instantané  de tout et n'importe quoi est accablante.
 
Depuis environ 240 ans – 2 siècles et demi –  ce qui est fort court dans notre histoire globale, et assez long pour nos vies de fourmis toujours pressées, les Occidentaux ont imposé à la planète entière une vision de la gestion collective des sociétés qui se résume à 3 formulations simples reposant sur un unique critère : la participation de la population à son propre gouvernement, entre autres par le biais de l'élection d'assemblées capables de décisions et de contrôler l'exécutif. Belle promesse d'Eden social, issue à la fois de la pratique politique et des idées des Lumières…
Historiquement, la première formule est la monarchie parlementaire : on garde le principe dynastique de continuité avec un souverain régnant, mais on lui adjoint une ou deux assemblées d'élus (ou de désignés) qui le surveillent, et sur lesquelles il n'a que peu de pouvoirs. Système issu des âpres luttes sociales de la fin du 17ème siècle en Europe du Nord, bientôt copié et approprié par les Britanniques.
Actuellement, c'est le profil qui résiste le mieux, car quels que soient les bienfaits ou les déconvenues du pur jeu politique, le monarque représente l'idéal de continuité, la stabilité de la Nation qu'il incarne, quelquefois même auréolé d'une nuance religieuse. Même si les familles régnantes contemporaines ont perdu beaucoup de sang bleu, en unissant leurs rejetons dans la roture (résultat d'inévitables études dans les campus universitaires et non plus en vase clos), ces familles sont respectées, travaillent dur dans le social, entretenant avec soin le culte protecteur de la perpétuité familiale.
 
La seconde formule vient de groupes issus de la précédente configuration mais qui sont, soit définitivement dégoûtés de tout monarque héréditaire, soit qui n'en ont pas sous la main : c'est le modèle présidentiel  Nord-Américain, issu de la révolte coloniale : très procédurier, il accorde d'assez forts privilèges au Président, comme s'il était souverain, mais l'environne d'un prégnant système caméral et de fioritures judiciaires implacables. Promis à l'éphémère par un mandat court, (4 années) ce souverain provisoire ne peut prétendre à une trop longue continuité et peut, si on le juge trop mauvais, être destitué. Les Nord-Américains n'ont jamais remis en cause ce système qu'ils trouvent parfaitement adapté à leurs besoins, leurs ambitions et leur fédéralisme, car chacun peut s'y exprimer librement.
 
Enfin, le troisième et dernier modèle est celui de la pure discontinuité républicaine : elle s'assoit sur la certitude de l'unité nationale, la sagesse du peuple, et les bienfaits de l'élection qui régénère en permanence l'univers politique. Sa volatilité permet d'adapter cette formule à toutes sortes de peuples, de nations unies ou fédérées. C'est la notion de République (res publica : affaire collective) qui dessine le lien de continuité :  en principe elle ne s'embarrasse pas d'adhésion religieuse, mais ce n'est pas une règle absolue. L'essentiel réside dans la répudiation définitive d'une dynastie souveraine assortie  de l'idée de tolérance et de pluralité. Dans cet axe, le domaine français domine, avec ses turbulences, l'italien (adopté à regret), le germanique, ainsi que les Républiques de l'Europe de l'Est dans une version radicale et unanimiste. Pour canaliser un peu cette fougue électorale, il fut très tôt tenté de limiter la possibilité d'être électeur, et tous les sons de cloche  s'enrobent d'un système de partis, afin d'éviter les plus discordants, mais l'évitement n'est pas garanti.
 
Hors ces jeux, quasi incontournables, point de salut ; car ils sont considérés comme les seuls praticables pour un objectif de bien-être social. On tolère quelques anachronismes, comme la monarchie du Bouthan ou un peu de clanisme africain ou pacifique, mais ils sont eux aussi atteint par la fièvre électorale moderne et ne subsistent que dans une stratégie quasi touristique. (car ce qui est exotique est forcément touristique).
Certes, l'imagination politique est limitée : depuis Aristote il est définitivement démontré qu'on ne gouverne que tout seul, à quelques-uns ou tous ensemble. Et cela "bien ou mal". Cela nous donne 6 modèles, un point c'est tout.
En fait, cette analyse est fausse ; on pratique les 3 à la fois, ensemble et de conserve : un homme seul ne peut gouverner, il est assisté d'un entourage oligarchique et a l'obligation de recourir, s'il veut être crédible, à l'élection dite démocratique.
 
Sous les projecteurs actuels, la fatigue apparaît de manière implacable, embarrassante. Mais on n'a rien d'autre à mettre à la place. Les pratiques sont fatiguées, dénaturées, dévoyées ; les bienfaits de l'imagination sont en panne : aucun nouvel Eden politique n'est en vue, ce qui déprime le citoyen, et mène les préposés politiques au cafouillage.
On assiste, impuissant, à un processus d'auto destruction, sans qu'aucun véritable remède, hormis – peut-être – une révolte généralisée, forcément violente, encore plus dévastatrice que le cloaque politique dans lequel la planète est coincée, ne soit perceptible ;  ou un électrochoc inattendu, comme dans Mars Attack , de Tim Burton.
Il est toutefois possible de pointer les plus pesantes causes d'usure et de mal être, car elles signalent d'elles-mêmes les prémices des remèdes :
 
* La frénésie électorale : chaque Etat a désormais "son" système électoral, lequel s'exerce à tous les niveaux, locaux, nationaux, et parfois judiciaires. L'élection parlementaire, récurrente, détermine les orientations générales d'un gouvernement en principe issu de sa majorité ou des alliances qui y sont  négociées. Les chefs d'état, aux mandats de plus en plus courts, souvent contradictoires avec les majorités parlementaires, se retrouvent fragilisés, à moins qu'ils ne prennent la voie de l'autoritarisme passant outre les règles constitutionnelles ou les déformant à leur avantage. Ce capharnaüm national se répercute à l'échelon international, notamment en Europe : cette institution que l'on voudrait rassembleuse, tirée à hue et à dia par des élections nationales permanentes, se retrouve incapable (hors son aspect monétaire) d'exprimer une voix uniforme, de créer une véritable politique de rassemblement, ni un destin social cohérent. L'Europe des 28 (bientôt des 27) est devenue une boursouflure institutionnelle, terriblement coûteuse, incohérente, paralysée par des intérêts qui n'ont rien à voir avec le bonheur des sociétés ou la prospérité collective.
Par ailleurs la surabondance des élus plombe la prise de décisions qu'il s'agisse des états ou de la géante européenne : que voulez-vous décider avec plus de mille représentants, chaque groupe chantant un refrain différent ? Qu'il s'agisse des territoires ou des nations le "trop d'élus", - malgré cette idée au départ pleine d'idéal démocratique - est devenu une plaie.
Si l'on veut revenir à l'inquiétant "cas" français, l'instauration de primaires ( dont tout le monde se gargarise) dans le système politico-social français est une ânerie : son esprit initial consiste à mettre un verrou pour éliminer les indésirables de la course électorale ; mais ce verrou est mal ciblé, facilement contournable et surtout il enferme le vote des citoyens dans un "tri" préalable qui n'a rien à voir avec la liberté d'opinion. L'expérience actuelle est un désolant étalage d'incompétence, de petitesse et de fadeur, de discours faux et creux. Pire : ce combat de petits chefs met au jour et amplifie les désaccords, les contradictions de rivaux fragilisés par cette redoutable exhibition. L'union partisane interne est ensuite presque impossible ou carrément artificielle. La Primaire est la mise à mort du système de partis. L'élitisme d'une caste déjà très en dehors des réalités s'en trouve renforcé et contribue au maintien dans l'immobilisme. Est-ce bien prudent dans un pays comme la France, aussi saturé de politiciens ? Nul n'a de réponse, au-delà d'une grande fatigue électorale et d'un inavouable gâchis financier.
 
L'autre sottise – qui confine au rocambolesque - est le raccourcissement du mandat présidentiel à 5 ans : que peut-on faire et construire en France en 5 ans ? Rien. Tout simplement en raison de la lourdeur et de la complexité des règles dans lesquelles le pays s'est empêtré lui-même, de l'inertie administrative, de la lourdeur de toute procédure due à la surabondance des intervenants. La France est, de plus, en permanente campagne électorale, ce qui renforce l'immobilisme et dont elle n'avait vraiment pas besoin : car trop d'instabilité engendre le "sur place". Deux ans avant l'échéance de leur mandat, les présidents en poste sont déjà en campagne, leur première année étant consacrée à "apprendre le boulot" et apprivoiser le personnel de l'Elysée et les hauts fonctionnaires qui - eux – ne changent guère. Même si on a été très proche du pouvoir suprême, la fonction est très particulière ; de plus le nouvel élu hérite des engagements et de l'agenda de son prédécesseur… (pas facile d'échapper à une visite officielle prévue depuis 2 ans). La seconde année essaie de rattraper le temps perdu et de combler quelques promesses électorales ; en général il est trop tard ou le parlement a changé grâce au grand galop d'une élection nourrissant souvent l'opposition ; après on oublie tout, une grande fatigue s'installe en attendant une trêve qui n'arrive jamais.
 
* Trois "fractures" ne cessent de s'amplifier : celle des élites (ou élus) politiques avec les citoyens. Celle de de la rapidité des médias d'information avec les procédures politiques. Celle de l'univers administrativo-politique avec le pouvoir financier. Ce dernier gouffre semble devoir être "appréhendé" avec un nouveau type d'élu tel Donald Trump ou le président Xi qui sont tentés d'assimiler leur pays à une entreprise qui doit se débarrasser des stocks bloquants, et faire des bénéfices permettant le mieux être social toujours promis mais jamais atteint par l'ancien système. La démarche Brexit n'est pas loin de ce projet : mieux s'auto gérer en se débarrassant des gênantes limitations de l'Union Européenne.
Le reposant mystère de l'action politique a volé en éclats depuis 20 ans avec les réseaux d'information instantanée, une fouillant toujours plus profondément les procédés, conversations, paperasseries, déviations, cachotteries, faux pas, ratées et turpitudes des autorités en tous genres, des politiciens comme des institutions. C'est redoutable, effritant encore un peu plus l'image politique. Il n'y a plus aucune précaution hiérarchique, aucun respect ; on bombarde à tout va, avec une sorte de jouissance destructrice. Parfois cela devient surréaliste lorsque les leaders visés sont particulièrement fragiles ou fautifs. Le résultat est que "tout le monde ment", triche, dissimule, prend les chemins de traverse les plus inavouables vers le Graal : s'affranchir des règles des citoyens ordinaires. Par ailleurs, cette démarche qui voudrait ne trouver que de blanches colombes nimbées de vertus pour assumer le pouvoir suprême est infantile et illusoire ; le voyage politique n'est jamais innocent, et parfois boueux.
A cela s'ajoute de part et d'autre l'usage d'un vocabulaire galvaudé, confus, artificiel et pompeux dont on ne connaît même plus le sens : c'est quoi la nation ? Les fameuses "valeurs de la république" ? dont aucun leader n'a été fichu de donner ni une définition ni une liste claire. Devraient relire Tocqueville…
Du côté des journalistes, ce n'est pas mieux : souvent incultes, impolis, s'imaginent surpuissants en invitant des gens qu'ils ne laissent pas s'exprimer ; l'insolence, la morgue font partie désormais de la dévastation de l'univers politique dont les murs dorés ou en verroterie ne tiennent plus.
 
* De fait, les citoyens sont gouvernés par les médias, par (en France) une vingtaine de leaders informatifs ou désinformatifs ; et dans le monde, par quelques réseaux tentaculaires de dramatisation ou de lénification orchestrant pluie et beau temps planétaire. La surabondance des scoops sature les yeux et les oreilles. Il faudrait se souvenir du "trop d'informations tue l'information",  face à cette manie de privilégier les zizanies de petite ou grande envergure, faire la Une avec le nombre de morts, d'accidents, de désastres, de conflits. Au Moyen Age on terrorisait avec l'enfer, maintenant c'est avec l'actualité. Le meilleur moyen de gouvernement est "entretenir la peur". Nous sommes en plein dans ce procédé : peur immédiate de perdre le confort et l'abondance pour les riches, peur de ne plus espérer progresser pour les pauvres, et plus profondément peur d'anéantissements plus radicaux comme la guerre ou la montée des océans.
 
* Enfin, (mais la liste n'est pas close), sur le plan purement institutionnel, choque et désespèrele déséquilibre entre les délais politiques et la rapidité des outils informatifs : c'est sans doute une des plaies majeures du délitement des systèmes : de tous les systèmes, y compris des plus vastes et importants comme celui de l'ONU qui parle de se réformer depuis plus de 40 ans et ne fait toujours rien. Y compris de l'Europe qui s'est lestée d'institutions tellement pesantes et enchevêtrées qu'elle n'arrive plus à endiguer son propre marasme ; y compris de la France, pays de "l'interdit, de la précaution et de la taxe à tout va".
IL s'avère que les subtils mécanismes de la Constitution de Vème République - visant à éviter les désordres des républiques précédentes – ne sont sans doute plus adaptés aux nouvelles mœurs. Ce cadre tellement galvaudé et défiguré par de constantes modifications, est devenu opaque, n'est que rarement transmis aux jeunes générations dans les établissements scolaires.
S'y ajoute l'ignorance (vraie ou simulée?) de la prédominance de l'argent, finance et économie, sur tout le reste, y compris la politique. Le légendaire "mépris" des leaders français pour l'argent, au profit des idées et de la philosophie démocratique ne tient plus. Les vrais leaders sont les financiers, les banquiers, les intérêts économiques et commerciaux ; les politiques ne sont souvent que des paravents, zélés toutous qui doivent suivre le mouvement boursier et les tendances des marchés. Au-delà point de salut. Or cet univers-là garde avec soin ses secrets. L'argent sait se taire et bavarde peu dans les médias. Peu importe finalement la Dette - la fameuse - dont on nous a rebattu les oreilles, les déficits budgétaires, les gouffres des dépenses sociales, le catastrophique dénuement de l'Education et de la Justice, les deux mamelles de la Démocratie, la vraie.
 
Au reste, la bonne question est : a-t-on encore besoin des politiciens ?
Telle est la question posée par un éminent groupe de politologues canadiens : a-t-on encore besoin de ces supposés représentants cafouilleux qui, très souvent, ne représentent qu'eux-mêmes ? Ces personnages formatés dans les moules préétablis d'écoles élitistes ? Ces virtuoses des déclarations fumeuses et des discours sans but qui n'ont jamais rien dirigé ni risqué et qui imposent aux entrepreneurs, aux agriculteurs et aux citoyens ce qu'ils doivent faire ?
En s'appuyant sur les expériences récentes de la Belgique, de l'Italie, de l'Espagne, de la Thailande, de l'Australie, du Japon et quelques autres, il est démontré que ces pays ont bien "survécu", parfois fort longtemps, à l'absence de gouvernement et de majorité parlementaire, en ont même tiré quelques assainissements. Ils ont pratiqué une gouvernance flottante et non politique grâce à leur système administratif, le tissu économique et bancaire et la tranquille résignation des citoyens.
Il est intéressant de remarquer que les plus nombreux états de ce club des non gouvernés se sont appuyés sur une pratique présidentielle stable ou un monarque héréditaire, continuant chacun dans leur style, d'incarner l'unité nationale.
Juste au moment où un homme d'affaires habile mais corrompu, sorte de commis voyageur de la provocation, s'est offert comme ultime jouet la présidence des Etats Unis, avec l'intention annoncée de transformer son pays en un vaste supermarché du profit et de l'intolérance. Mais peut-être, aujourd'hui, est-il le plus brutalement clairvoyant, face aux idéalistes des Lumières. Le monde contemporain a perdu le goût des  idées pures  et du sacré. Le monde politique, dans sa globalité planétaire, devrait peut être tenté de "se redéfinir" afin de savoir "ce qu'il est et à quoi il sert" en dehors des conflits immédiats, des concours d'insultes et de coups bas que sont devenus les processus électoraux.
 
Les chasseurs de sinécures républicaines, mal armés d'un pouvoir illusoire, creusent un fossé d'une sidérale profondeur entre les nécessités d'évolution collective, et leur éventuelle mise en œuvre.
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Ce qui est lamentable dans l’affaire Fillon
 
Je ne suis pas particulièrement tendre envers François Fillon s’agissant de son projet. Notamment, j’ai sévèrement critiqué son approche floue et peu ambitieuse de la réforme de nos retraites par répartition. Mais la mise à mort médiatique, avec la complicité de membres de l’institution judiciaire, de ce candidat à la présidence de la République, est un signe trop éloquent de l’abaissement actuel du niveau de la réflexion et de l’action politique pour qu’il soit concevable de ne pas réagir.
 
On reproche à François Fillon d’avoir fait rémunérer son épouse en tant qu’assistante parlementaire. Passons sur le fait qu’il semble que, antérieurement à 2012, les sommes non utilisées du crédit ouvert à chaque député par l’Assemblée nationale dans le but de rémunérer éventuellement des assistants parlementaires étaient versées au député : si cela est exact, le ménage Fillon n’a rien reçu de plus, Madame ayant simplement perçu des sommes qui, sans son embauche comme assistante parlementaire, auraient abouti sur le compte en banque de son époux. Son seul avantage serait d’avoir ainsi acquis des droits à pension, ce qui en bonne justice est tout-à-fait normal pour une mère de famille, femme d’un homme politique sans cesse sur la brèche, qui s’est fixé comme objectif d’épauler son mari en étant disponible au maximum.
Donc, il est peu probable qu’il y ait moralement quoi que ce soit à reprocher au ménage Fillon. Mais supposons un instant que le dit ménage ait arrondi son budget d’un ou deux millions d’euros, sur une vingtaine d’années, de façon légalement discutable : serait-ce une raison pour priver la France d’un candidat que des millions de Français ont estimé être l’un des meilleurs, ou des moins mauvais ? Puisque tout tourne autour du fric, rappelons que l’organisation de la primaire au terme de laquelle François Fillon a été désigné candidat de la droite a coûté beaucoup plus cher que le malheureux million qui lui est reproché. Les responsables du lynchage juridico-médiatique, si leur action remet en question le résultat de cette primaire, auront donc volé au peuple français beaucoup plus que leur victime !
 
Regardons maintenant les vrais enjeux. Quand le patron d’une société du CAC 40 se fait augmenter ses émoluments de 100 000 € par an, ce qui est pour lui une vétille ne correspondant à aucun supplément de travail vérifiable, comment raisonnent les actionnaires ? Ils se disent "voilà un homme dont les décisions ont des conséquences qui se chiffrent en dizaines ou centaines de millions d’euros, et en milliers d’emplois, qu’est-ce que ça peut bien faire de lui donner en dix ans un million d’euros supplémentaire ? Certes, nous admirerions qu’il soit désintéressé, mais enfin ce n’est pas cela le vrai problème, nous avons besoin d’un manager de haut vol, pas d’un petit frère des pauvres."
 
Il en va de même pour la France. Sully, Mazarin, Richelieu, Colbert, se sont enrichis sur le dos du contribuable. Mais quelle importance si, en contrepartie, ils ont mille fois plus enrichi le peuple de France ? Un Président de la République n’est pas un Pape. On ne le choisit pas parce qu’il est vertueux, mais parce qu’il saura défendre les intérêts de notre patrie face à des personnages aussi puissants et rusés que Trump ou Poutine ou Xi Jinping ou Narendra Modi. Alors, ne tombons pas tête baissée dans le filet tendu par des hypocrites qui se font passer pour des afficionados de la vertu alors que leur objectif est uniquement d’empêcher le déroulement d’un processus démocratique !
À cet égard, la réaction de nombreux Français, à en croire les sondages, et celle de nombreux "amis" de Fillon, à en croire les média, est inquiétante. Ils n’ont, pour les premiers, pas d’échelle des valeurs et des enjeux, ni de sens critique à l’égard des manipulations médiatiques. Quant aux seconds, ils n’ont pas le moindre sens stratégique : au lieu de faire bloc autour de leur leader, ils s’éparpillent comme une volée de moineaux effarouchés.
Pauvre France !
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Pierre, Jacques, Alain, Bernard et Daniel, embarrassants soutiens d’Emmanuel Macron
 
Ils l’aiment. C’est beau comme ils l’aiment. Ils lui déclarent leur flamme, le trouvent beau, jeune, intelligent, moderne, humaniste. Et plus encore. Leurs patronymes incarnent les années Mitterrand, mais la plupart ont été très proches de Sarkozy aussi.
Ils s’appellent Attali, Minc, Bergé, Kouchner, ou encore Tapie ou Cohn-Bendit. Macron est leur chouchou, Macron est leur chéri, Macron est leur candidat. Macron ne leur demande rien comme ils ne lui demandent rien. Ni poste ni circonscription : ils sont au-dessus de ça !
Ils sont au-dessus de tout. Ils incarnent, avec un éclat souvent hautain, l’establishment. Les "élites mondialisées", comme disait naguère Jean-Pierre Chevènement. Le "système", comme dit Marine Le Pen. Les "belles personnes", comme dit Mélenchon.
Chacun incarne un petit morceau de la vraie croix d’une gauche qui a imposé ses valeurs depuis quarante ans. Minc, c’est "la mondialisation heureuse" ; Bergé, c’est "le Mariage pour tous" ; Attali, c’est entre autres, la guerre aux rentes et l’ubérisation de la société ; Kouchner, l’ingérence humanitaire ; Tapie, le capitalisme débridé des années 80 et la politique de la ville ; Cohn-Bendit, l’héritage libéral-libertaire de Mai 68. Tous sont pour l’Europe, le libre-échange, le multiculturalisme. Tous sont probusiness et promigrants. Anti-Brexit et anti-Trump.
 
Depuis le début de sa campagne, Emmanuel Macron ne dit pas grand-chose. Ne propose rien de précis. Reste dans une ambiguïté protectrice. Incarne la nouveauté, la modernité, le changement.
Parfois, il laisse échapper un mot, un signe, un geste qui le révèle, comme son discours fait en anglais devant un parterre allemand. Ses soutiens parlent pour lui. L’éclairent malgré lui. Lui donnent une épaisseur idéologique, historique, politique. Sociologique aussi.
On sait aussitôt d’où il vient et où il va. On détermine "d’où il parle", selon le vieux langage marxiste. Il est le candidat de l’establishment de gauche. Le candidat de la mondialisation, de l’Europe, du multiculturalisme.
Il a raison de se dire et de droite et de gauche : il est le candidat de la gauche qui se veut libérale et de la droite qui se veut moderne. Plus encore que les élus centristes qui l’ont soutenu, et leurs collègues socialistes qui, écœurés par la victoire d’Hamon sur Valls, le rejoindront, ces quelques noms prestigieux fixent la candidature Macron dans sa "pureté de cristal".
Déjà, Ségolène Royal le couve du regard de Chimène, tendresse qui annonce le ralliement ultime de François Hollande. Avec des amis comme ça, Macron n’a pas besoin d’ennemis.

Paru dans Le Figaro Magazine, 3 février 2017
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Le nouveau paria de la République ?
 
La violente polémique qui secoue la candidature de François Fillon à l'élection présidentielle n'a rien d'une surprise. Il fallait s'y attendre. La vie politique française n'a jamais supporté les têtes qui dépassent, les personnalités qui prennent l'ascendant. Dans l'histoire, les hommes d'État visionnaires, ceux qui ont eu raison avant tout le monde, ont été descendus en flammes et leur image est restée maudite des décennies ou des siècles après leur mort: le duc Albert de Broglie qui lançait un cri d'alarme contre l'affaiblissement de la morale et le risque de l'anomie ; Joseph Caillaux, prophète du carnage de la Grande guerre et de «la cascade de malheurs sans fins» qui devait en résulter ; Alexandre Millerand et André Tardieu, pourfendeurs des faiblesses de la IIIe République, traités de "réactionnaires" et de "fascistes" pour avoir réclamé un renforcement du gouvernement face à la montée du nationalisme en Europe et du nazisme ; Jules Moch, socialiste d'ordre, authentique résistant au nazisme - dont le fils aîné fut massacré par la Milice - et à la menace stalinienne en pleine guerre froide, injustement traité "d'assassin des ouvriers" ; Michel Poniatowski, chantre de l'autorité de l'État contre le chaos sociétal, six ans après mai 1968 et dès lors voué aux gémonies, Edith Cresson, seule femme Premier ministre, dont les bonnes idées ont été gâchées par une communication défaillante et les jalousies...
 
Dans mon livre les Parias de la République (Perrin, 2017), j'ai raconté la descente aux enfers de ces parias qui furent aussi de grands hommes d'État, et une femme Premier ministre, leur diabolisation qui les poursuit jusqu'aux yeux de la postérité.
Cet ouvrage annonce aussi la généralisation et la banalisation de la figure du paria dans la vie politique contemporaine. La médiatisation, Internet et la puissance des réseaux sociaux, les exigences de transparence, la défiance face à l'autorité et surtout, la personnalisation du pouvoir à outrance, transforme tout homme ou femme incarnant de pouvoir en bouc émissaire des frustrations et des angoisses d'une époque. Qui ne se souvient à quel point Nicolas Sarkozy fut traîné dans la boue de 2007 à 2012 ? Dans un tout autre genre, François Hollande a aussi connu, à la tête de l'État, le vertige de l'humiliation. La diabolisation des hommes politiques s'accélère : non seulement Sarkozy, puis Hollande, mais aussi Alain Juppé et Manuel Valls viennent de chuter. L'hécatombe est désormais 'inarrêtable'... Sans aucun doute, le tour viendra d'Emmanuel Macron, et sa chute sera aussi subite et aussi violente que son ascension fondée sur la sublimation d'une image.
 
Oui, il fallait s'attendre, tôt ou tard, à la lapidation de François Fillon. Le prétexte de l'emploi de son épouse à ses côtés est ambigu. Le recrutement de proches par des responsables politiques est une vieille - et mauvaise - habitude française. Alexandre Millerand, Vincent Auriol, François Mitterrand employaient leur fils à l'Elysée et Jacques Chirac sa fille. Combien de ministres ont recruté un proche dans leurs cabinets ? Combien de fils et de fille "de" ont hérité de la position politique de leur père ? 20 % des parlementaires emploient un membre de leur famille. L'un des plus hauts responsables actuels de la République a l'habitude de salarier sa femme auprès de lui. Tout cela est bien connu. À l'évidence, cette pratique n'est pas à l'honneur de notre République. Mais tout le monde s'en est jusqu'à présent accommodé, hypocritement, sans poser de question. Personne ne s'est interrogé sur la nature et l'effectivité des tâches accomplies par le conjoint ou le parent. Et voici que soudain, le dossier est opportunément rouvert, contre François Fillon.
L'homme se prête particulièrement à une diabolisation. Son caractère à la fois discret et volontariste a tout pour exaspérer un microcosme politico-médiatique plus enclin à idolâtrer le clinquant stérile et l'impuissance bavarde. La ligne de défense de François Fillon transparaît dans son discours du 29 janvier. Il s'apprête à endosser le rôle de paria, comptant sur un retournement en sa faveur. En témoigne la présence de Pénélope à ses côtés. Sa parole, conservatrice et libérale, semble avoir été façonnée pour exacerber les haines des idéologues de la table rase : "On me décrit comme le représentant d'une France traditionnelle. Mais celui qui n'a pas de racines marche dans le vide. Je ne renie rien de ce qu'on m'a transmis, rien de ce qui m'a fait, pas plus ma foi personnelle que mes engagements politiques". Peut-il réussir ? In fine, le résultat des élections de 2017 dépendra du corps électora l: emprise de l'émotionnel ou choix d'un destin collectif? Mais au-delà, une grande leçon de ces événements devrait s'imposer: l'urgence de refonder la vie politique française, sur une base moins personnalisée et plus collective, tournée vers le débat d'idées et non plus l'émotion - entre haine et idolâtrie - autour de personnages publics.
Paru sur Figarovox, 30 janvier 2017
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Quelle politique migratoire pour 2017 ?
 
Il ne fait pas grand doute que la question migratoire, liée à celle de l’identité, sera au cœur de l’élection présidentielle d’avril prochain. Place de l’islam dans la société française, crise des migrants, situation dans les quartiers sensibles, insécurité, chômage : nombre de questions appelant des réponses urgentes ramènent à la problématique migratoire.
Et, de fait, les Français expriment la volonté de plus en plus partagée de limiter l’immigration. Mais notre pays en a-t-il les moyens ? La question mérite d’être posée tant les outils de gestion migratoire, émoussés par la vision irénique d’un monde sans frontières qui a dominé ces dernières décennies, apparaissent inadaptés à la situation actuelle.
C’est donc à une refondation de sa politique migratoire que la France est appelée. Il y a beaucoup à faire, à commencer par assigner des objectifs forts et significatifs pour les Français à cette refondation. Le premier de ces objectifs devra être la baisse de l’immigration légale. La France a délivré plus de 225 000 permis de résidence en 2015. Entre l’immigration massive et l’immigration zéro, il y a une voie réaliste : un objectif situé à moins de 100 000 entrées par an. C’est celui qu’affiche François Fillon. Pour y parvenir, il faudra agir sur tous les leviers de la politique migratoire.

En premier lieu, il convient de restreindre les flux de migration pour "raisons familiales" dont on oublie souvent qu’ils ne se limitent pas au regroupement familial : ils représentent la principale cause d’entrées sur le territoire (92 000 en 2015, 41 % du total) qui alimentent le phénomène d’ "autoengendrement" de la migration familiale, mis en lumière par la démographe Michèle Tribalat. Le renforcement des conditions d’accès à la nationalité (105 000 naturalisations en 2014) doit, lui aussi, contribuer à endiguer ce phénomène mais surtout à élever l’effort d’intégration demandé à tout candidat à la naturalisation.
L’immigration de travail (21 000 entrées en 2015, 9 %) doit, elle, être réduite à son minimum tant que les conditions socio-économiques, en particulier le chômage, sont telles que nous les connaissons. De même, la politique d’accueil des étudiants étrangers (70 000 en 2015, 31 %) doit moins servir de filière d’immigration détournée qu’à attirer les talents du monde entier. Quant à la politique de l’asile (63 000 demandes d’asile en 2015), elle doit être refondée pour empêcher que les flux des autres voies d’immigration ne se reportent sur elle et qu’elle reste accessible à ceux qui en ont réellement besoin.
Enfin, il doit être mis fin à la banalisation de l’immigration illégale en proposant un statut nouveau aux irréguliers (assimilable à celui de guest workers) mais en renvoyant sans recours possibles ceux qui choisissent de rester dans la clandestinité. L’aide médicale d’État (AME) doit naturellement être supprimée.

Le deuxième objectif, celui d’un meilleur contrôle des frontières, nous amène à poser la question de l’Europe que le géographe Gérard-François Dumont qualifie de "premier espace d’immigration au monde". Il convient de cesser d’opposer frontières nationales et frontières européennes pour entrer dans une logique de double ligne de contrôle. Faut-il rappeler que les accords de Schengen prévoyaient la possibilité de réintroduction temporaire des contrôles aux frontières nationales en cas d’afflux inopiné de clandestins ? Ce sont bien ces accords que la Hongrie a appliqués à l’été 2015 !
L’Union européenne (UE) doit à ses peuples de faire du contrôle de ses frontières une priorité dans les prochaines années - fût-ce au prix de l’abandon d’autres politiques : en refondant les règles de l’espace Schengen, en définissant mieux les missions de l’agence Frontex et en triplant son budget, en travaillant à la convergence des règles en matière d’asile et en établissant une liste stricte des pays d’origine sûrs au sein de l’UE. Un objectif de 5 000 gardes-frontières et gardes-côtes pris en charge par l’UE serait un signe tangible de son volontarisme. De même que l’application du principe de subsidiarité, qui limiterait les interventions européennes sur la politique d’accueil et d’intégration des États membres. À Strasbourg, il est enfin temps d’exiger une réforme en profondeur de la Cour européenne des droits de l’homme, qui s’est arrogé des droits exorbitants.

Mais tout cela ne suffira pas si, troisième objectif, l’exigence d’intégration n’est pas remise au cœur de notre politique migratoire. Celle-ci doit impérativement être pensée à l’aune des capacités d’intégration - celles de notre pays comme celles du candidat à l’immigration. Ces dernières consistent en sa volonté d’adopter les "formes de vie", selon la belle expression de Pierre Manent, qui assurent la cohésion d’une société qui le précède et qu’il choisit de rejoindre.
Comment faire ? D’abord en étant intransigeant sur la maîtrise du français. Il est légitime d’attendre des personnes qui s’installent sur notre territoire un niveau qui leur permette de communiquer, de travailler ou d’y suivre une scolarité. Le niveau exigé aujourd’hui est trop faible pour assurer l’autonomie de l’immigré. Il convient donc de l’élever afin de garantir son indépendance linguistique.
Ensuite, comme le fait la Suisse, en faisant des acteurs locaux, et d’abord de la commune, les premiers acteurs de l’intégration. La connaissance fine des réalités locales, la capacité à évaluer le degré d’intégration d’une personne, la réactivité face à une situation problématique sont avant tout locales. En Suisse, c’est donc sous le regard de leurs voisins qu’il est demandé aux immigrés de faire les efforts d’intégration qu’on attend d’eux ; c’est au plus près de leur lieu d’habitation qu’ils trouvent les outils mis à leur disposition pour y parvenir (les cours de langue se passent en mairie, par exemple).
Enfin, le plus important sans doute, en ajoutant un volet culturel à la formation civique et linguistique dispensée à tout étranger désireux de s’installer en France. Il faut réaffirmer la nécessité pour les immigrés de s’adapter à la culture et aux coutumes françaises, non pas dans une optique de hiérarchisation des cultures ou d’humiliation, mais parce que c’est la seule façon de sauvegarder les conditions d’une vie commune. Il est naturel et normal que les "formes de vie" de la communauté d’accueil priment dans les aspects courants de la vie sociale (habitudes alimentaires, références historiques et culturelles, égalité entre les hommes et les femmes, fêtes chômées du calendrier, etc.).
Paru dans Le Figaro, 18 janvier 2017
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François Fillon, l'homme à faire taire
 
Une constatation se dégage du "Pénélopegate" : le troublant amateurisme de François Fillon. Cette impréparation apparaît d’autant plus que, comme il l’a souligné mardi, il doit faire front à "une opération de calomnies très professionnelles, d’une extrême ampleur, sans précédent sous la Ve République". Ses fautes de communication et ses imprécisions dans des faits qu’il a tardé à reconnaître s’ajoutent aux maladresses de ses porte-paroles qui, avant même cette affaire, avaient déjà laissé voir un manque de coordination et une impréparation au sommet. Face aux révélations du Canard Enchaîné, qui en remet une louche ce mercredi sur les sommes perçues par l’épouse du candidat Les Républicains (près d’un million d’euros au final) et deux de leurs enfants (84.000 euros), Fillon a fait le choix, erroné selon moi, de se draper dans sa dignité bafouée et sa présomption d’innocence. Or le tribunal médiatique, cette régression démocratique, est pareil aux anciens Comités de salut public : il juge et condamne sur le champ celui qui ne sait se défendre dans l’urgence. Ce qui est en cause ici dépasse le népotisme de Fillon, qui est commun à d’autres hommes politiques, de droite ou de gauche. François Mitterrand faisait travailler ses fils à l’Elysée, et Jacques Chirac sa fille. Le problème se situe dans les largesses annexes que se sont accordés les parlementaires, ces nouveaux fermiers généraux. Rien ne semblait interdire à Fillon de puiser dans les fonds mis à sa disposition pour rémunérer des assistants. Mais cette pratique doit être réformée.

Fillon, qu’un sondage place ce mercredi derrière Emmanuel Macron et Marine Le Pen au second tour de la présidentielle, se donne "quinze jours" pour répondre au "coup d’Etat institutionnel" dont il se dit victime. Sa position de nouveau "paria de la République", que dénonce
Maxime Tandonnet, en fait le bouc-émissaire d’un système politique qui a trop longtemps vécu dans l’entre-soi des carriéristes (1). Cette relative injustice s’ajoute à l’acharnement visant à faire taire un homme ayant choisi de répondre à la crise identitaire qui taraude la société. Ceux qui, derrière Le Canard, veulent méthodiquement abattre Fillon, qui se défend mal pour l'instant, sont à deux doigts de réussir leur dessein. Les dégâts sont déjà considérables dans l’opinion. Cependant, la gauche à la manœuvre suit là une stratégie agressive à courte vue. Rien ne dit qu’elle sera profitable à Macron, cet avatar d’un hollandisme rhabillé de neuf. Seule Marine Le Pen partage avec Fillon, au-delà des divergences économiques, la même inquiétude sur la crise de civilisation et les moyens d’y répondre. Forcer Fillon à renoncer à représenter le courant conserveur, très majoritairement choisi par les électeurs de la primaire, donnerait au FN l’opportunité de se placer en recours pour la droite orpheline. La chasse à l’homme lancée par les Fouquier-Tinville peut amener Le Pen à l’Elysée.
(1) Claude Postenak, Le Nouveau Partage, Fauves Editions
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La Russie et Poutine revisités
 
Le 20 décembre 2016 à Moscou, les ministres des affaires étrangères de la Russie, de l’Iran et de la Turquie se sont réunis et ont réglé entre eux le problème syrien, en précisant "beaucoup de joueurs extérieurs ont essayé d’utiliser (le printemps arabe) à leur avantage, dans le but de changer le régime… avant une prise conscience … la priorité n’est pas le changement de régime mais la lutte contre le terrorisme.. ". On ne peut imaginer un pire camouflet envers les initiatives de l’ONU, des Etats-Unis, de la France : depuis cinq ans, nous avons tout faux, et nous avons gâché tous nos atouts. La Russie s’est fabriqué deux entités à sa solde en Géorgie, elle a absorbé la Crimée, elle se maintient en Transdnistrie et dans l’est de l’Ukraine, elle a réglé en sa faveur l’affaire syrienne avec les méthodes que Poutine avait employées en Tchétchénie, elle a résisté aux sanctions occidentales, elle fait bonne figure au G 20, son PIB augmente plus que le nôtre (0,6% en 2016, 1,6 en 2017). Et si Poutine obtenait plus de 60% d’opinions favorables jusqu’en 2014, il en obtient 85% depuis ! Quel de nos dirigeants ne rêverait pas d’un pareil score ?
Soyons clair : c’est la stratégie mise en œuvre depuis quatre ans par Poutine, dans le cadre de traditions centenaires, qui l’a emporté et une majorité de Russes en sont conscients..
Il est consternant de constater comment nos dirigeants se trompent sur la Russie et Poutine - trop souvent présenté comme un petit lieutenant-colonel du KGB ou un tyran – alors que son parcours depuis 1990 à la mairie de Saint-Pétersbourg jusqu’à son arrivée au Kremlin en 1996 et son élection en 2000 est stupéfiant. Comment les Occidentaux peuvent –ils ignorer qu’il s’est coulé dans les traditions séculaires russes ? Depuis la présidence de Sarkozy en passant par le ministère des affaires étrangères de Fabius, nos gouvernants cherchent à plaire à Bernard Henri Lévy : ils prétendent que leur priorité est la défense des droits de l’homme, plutôt que la préservation de nos intérêts.
 
Le renouveau des réflexions sur la Russie
En 2016, une série d’ouvrages a été publiée, soit sur la Russie actuelle, soit sur Poutine.
Dans un livre d’entretiens avec des journalistes russes en 2000, traduit et publié chez nous en 2016, Poutine se décrit comme "un petit voyou de rue", sans doute de la provocation. Il se livre net, brutal, patriote. Il est efficace, discret ; sa forme physique, son style direct et familier le font tel que les Russes veulent que soit leur dirigeant. Il voyait la Russie comme partie de la culture européenne, mais elle devait être prête à se tourner vers l’Orient si l’Europe la rejetait. Il est fidèle en amitiés et il s’entoure toujours des membres de son premier cercle, Dima Medvedev, Nicolaï  Patrouchev, Alexeï Koudrine, Igor Ivanov, Igor Setchine.
Parmi les grands hommes qui l’inspirent, il y a Pierre le Grand en Russie, Bonaparte, de Gaulle, Ludwig Erhard, père du miracle économique allemand.
 
Une continuité historique
Pour comprendre Poutine, il faut se replacer dans l’histoire longue. Et ne pas s’étonner de voir son bureau orné du portrait du Tsar Alexandre 1er, dont la devise fut "Orthodoxie, autocratie, identité nationale".
Très tôt, il y eut des affrontements entre l’Occident et  la Russie. Certains taxent Charlemagne de russophobie. Mais c’est la querelle théologique et le schisme de 1054 qui coupa l’Europe en deux parties souvent hostiles.
C’est au XVIIème siècle que la Russie s’ouvrit pour la première fois et avec difficulté aux influences occidentales : elle sortait alors de l’occupation mongole, du temps des troubles (1598-1613), elle venait d’échapper à la conquête polonaise. Les réticences face à l’Occident sont une constante de l’histoire russe. Klioutchevski nota : "A quoi l’Histoire destine la Russie ? Est-elle vouée à être la lumière de l’Orient, ou à ne rester que dans l’ombre de l’Occident ?" Et dans sa Chronique, le diacre Ivan Timophéev écrivit en 1620 : "Les Russes se tournent le dos, regardant les uns vers l’Orient, les autres vers l’Occident." Cela dit, la Russie hésite toujours entre l’attrait pour l’Occident, le courant eurasiatique qui voit son avenir en Orient, et les slavophiles, tentés par le retour à la Moscovie des origines. Alexandre Douguine défendait sans nuance l’idéologie eurasiatique : il a été démis de son poste à l’université de Moscou.
Quand Soljénitsine prônait la fusion de la Russie, de la Biélorussie et de l’Ukraine, c’est bien le projet slavophile qu’il soutenait.
 
La continuité politique
A partir de 1994, Boris Eltsine voulut calquer en Russie le modèle occidental libéral. Mais les échecs et les pommes de discorde se sont multipliés : Tchétchénie, Iran, Irak, Serbie, Kosovo. Dès 1996, le ministre Primakov ressortit la carte chinoise et il fit entrer la Russie dans le groupe de Shanghaï, devenu l’Organisation de Coopération de Shanghaï (OCS), qui regroupe la Chine, le Kazakhstan, la Kirghisie et le Tadjikistan. Comme le remarquait Léonid Ivachov : "L’Occident ne sera jamais l’ami de la Russie". Ou Victor Baranets : "Sarkozy et Medvedev peuvent toujours s’embrasser, nos intérêts seront toujours divergents." Nous avons mal mesuré le choc que fut l’effondrement de l’URSS pour les Russes et les difficultés traversées par la Russie depuis 1992. Après l’effondrement de l’URSS, les Russes, humiliés, ont serré les rangs autour de Poutine qui les a sortis de la misère et qui leur a restitué une fierté nationale.
Quand Poutine déplore la disparition de l’URSS et la qualifie de "plus grande catastrophe", il regrette la stabilité du régime soviétique : il succéda aux Romanov qui régnèrent de 1613 à 1917. L’intérêt stratégique russe est désormais de reconquérir l’essentiel du terrain perdu depuis 1992. Pour Poutine, le vieil adage romain "Quieta non tangere, ne touchez pas à ce qui est stable" est un principe  politique : un tyran qui assure la stabilité de son régime et qui est prévisible est toujours préférable à un démocrate farfelu. Il faut absolument éviter le chaos qui succéda à la disparition de la Russie tsariste comme à celle de l’URSS. Et la situation qui suivit le "printemps arabe", de la Tunisie à l’Afghanistan, ne l’inspire pas davantage.
 
D’une façon générale, les media occidentaux reprochent à la Russie de ne pas se comporter comme une démocratie occidentale et à Poutine de ne pas ressembler à un dirigeant européen : ils ne l’ont jamais été, et ils veulent rester eux-mêmes.
Il y a bien sûr des opposants à Poutine. Le plus célèbre est Nemtsov, proche de d’Eltsine, assassiné le 28 février 2015 sous les murs du Kremlin. Selon lui, la corruption et la criminalité procéderaient du sommet de l’Etat russe, du système clanique qui le dirige. Pour Nemtsov, le pouvoir de Poutine serait essentiellement nationaliste, militariste et revanchard. Je pense que cette analyse est excessive. Le retour de la Crimée dans la mère patrie a provoqué une ferveur et un élan patriotique indéniable chez la majorité des Russes. Pour eux, il s’agissait de la fin de la période post-soviétique et du retour de la Russie dans l’Histoire.
Il y a 60 millions d’internautes en Russie : incontestablement, la majorité d’entre eux est satisfaite de Poutine.
 
La politique russe aujourd’hui
En politique intérieure, Poutine a voulu écraser les tentatives de sécession, comme en Tchétchénie, et les baronnies régionales qui s’étaient constituées sous Eltsine. Bien entendu, il lui faut interdire toute résurgence de ces phénomènes.
Le modèle sociétal prôné par Poutine, c’est l’intégration à la famille, aux groupes, aux valeurs traditionnelles.
Il y a quatre variables qui définissent la politique extérieure russe :
- le monde est en proie à un choc de civilisations ;
- la Russie doit affirmer sa propre voie vers la modernité ;
- dans l’état de nature des relations internationales, seule la force prévaut ;
- le pays doit être en alerte constante pour organiser sa défense.
En effet, la Russie est entourée d’Etats faibles ou instables, comme au Caucase, en Asie centrale, voire en conflit ouvert comme en Arménie.
En foi de quoi, la Russie soutient l’Arménie face à la Turquie, le Kazakhstan face à la Chine. L’Europe lui est utile comme partenaire commercial et pour éviter d’être coincée entre les Etats-Unis et la Chine. A notre libéralisme et notre cosmopolitisme, la Russie oppose ses traditions, son attachement aux valeurs familiales et religieuses, sa volonté de maintenir sa souveraineté nationale.
 
Le césaro-popisme
Historiquement, les Tsars et l’église orthodoxe ont pratiqué une symphonie des rapports de l’Eglise et de l’Etat. Nicolas Bedaiev écrivit : "le christianisme fut adapté à l’autorité de César", c’est ce que j’ai appelé le césaro-popisme. Depuis les Romanov, la Russie s’est sentie responsable des peuples slaves, Bulgares, Serbes,… etc. Depuis le traité de Kutchuk-Kainardi en 1774, la Russie s’est voulue la protectrice des chrétiens du Caucase et de l’empire ottoman.
Depuis 1860, une mission russe était installée à Jérusalem : elle fut prolongée par la Société Impériale Orthodoxe de Palestine (SIOP), qui étendait ses activités dans ce qui est aujourd’hui  le Liban, la Syrie, la Jordanie. En 2014, Poutine avait réuni à Moscou les quatre patriarches orthodoxes  d’Alexandrie, d’Antioche, d’Istanbul, de Jérusalem. Ces personnalités ont déclaré Poutine : "Le vrai Président chrétien  orthodoxe", et ils ont loué sa volonté "d’agir indépendamment de l’Occident." Ces personnages reprenaient mot pour mot les déclarations du philosophe Nicolaï Danilevski  qui, dans "La question d’Orient", soutenait qu’il n’y avait pas d’antagonisme entre chrétiens orthodoxes et musulmans, mais bien plutôt un conflit entre la culture européenne et la civilisation slave, héritière de Byzance
 
Les relations avec l’Islam
Les Slaves ont une longue expérience des relations avec les peuples musulmans, même si elles furent souvent tumultueuses.  Surtout quand on se souvient des vingt millions de Musulmans inclus dans l’ensemble  russe.
Dès 921, des relations étaient établies entre le souverain bulgare et celui de Bagdad. Du XIIIème au XVème siècle, la Horde d’or -des Turco-Mongols- dominèrent la Russie, l’Ukraine et la Bulgarie. La Russie s’est toujours intéressée à l’Orient et à la Méditerranée.
Rappelons Nicolas 1er : "La grandeur de la Russie exige qu’elle parle la première chaque fois qu’il s’agit du destin de l’Orient". Quant à Catherine II, elle faisait bombarder Beyrouth en 1770. Lors de la signature du traité de Kutchuk-Kaïnarsji, le 21 juillet 1774, le traité imposé  à l’empire ottoman fit de la Russie la protectrice des chrétiens orthodoxes de cet Etat. En 1780, Catherine II  avait imaginé un projet grec qui consistait à recréer l’empire chrétien d’Orient, dont Constantinople serait la capitale : ce projet fut repris par Nicolas II, qui y voyait le prix de sa participation au 1er conflit mondial. La révolution de 1917 fit capoter cette idée.
Le désastre subi par les armées arabes en novembre 1956 lors de la nationalisation du canal de Suez, puis la rupture de la fusion entre l’Egypte et la Syrie en 1961, permirent à l’URSS de s’engager pour réorganiser leurs armées, leurs services de renseignement, et pour approvisionner en armement la Syrie et l’Egypte.
La suite logique de cette histoire et de ces traditions, ce sont les efforts russes depuis 2011 pour sauver le régime de Bachar el Assad, ce sont les bases russes de Tartous et de Hmeimim, une base partagée avec l’Iran, ce sont les alliances avec la Turquie et l’Iran. Il convient de remarquer les capacités de la diplomatie russe, s’alliant sans vraie difficulté  avec les Chiites, les Sunnites, la Turquie en dépit du conflit avec l’Arménie… Et cette politique étrangère est toujours approuvée par le parti communiste russe !
Il ne faut jamais oublier les cartes dont dispose la Russie dans la région :
- ses vingt millions de musulmans russes qui lui ouvrent les portes de l’Organisation de la conférence islamique,
- sa diaspora juive en Israël,
- sa tradition de protectrice des chrétiens d’Orient.
Soyons clair : la Syrie est désormais un condominium russo-iranien.
 
L’influence russe en France
Les partisans d’une diplomatie proche de la Russie et ceux qui pensent que nous devrions avoir avec Poutine des relations normales sont accusés d’être des agents d’influence à la solde du président russe : le cas est net avec le dernier livre de Cécile Vaissié. Beaucoup de Français ne peuvent oublier que les Russes furent leurs alliés durant les deux conflits mondiaux du XXème siècle. Le dialogue franco-russe fut initié par de Gaulle, et le Président Chirac créa le "Dialogue franco-russe" présidé par le député Philippe Mariani. Jean–Pierre Chevènement a longtemps suivi les relations avec la Russie. Les fiascos occidentaux au Kosovo, en Afghanistan, en Irak, en Libye devraient nous inciter à méditer les raisons des succès russes. Que le Front National se soit financé en Russie faute de pouvoir l’être en France ne met pas forcément ce parti sous la coupe du président russe. Vouloir des relations normales avec la Russie et son président, ce ne devrait pas être considéré comme une trahison…
 
Quelles perspectives ?
La Russie n’est plus la troisième Rome, elle n’est plus la patrie du socialisme, mais elle refuse d’être considérée comme une puissance régionale, selon le mot du Président Obama. Elle vient de prouver au Proche et au Moyen-Orient qu’elle est incontournable. Son poids géopolitique est tel qu’on ne peut persister à la bouder sans léser nos intérêts.
Quand on considère le poids respectifs des échanges entre la Russie et les Occidentaux -400 milliards de dollars- et ceux des échanges entre la Russie et la Chine -80 milliards de dollars, il est clair que nous avons tout intérêt à jouer la carte d’une Russie européenne : laissons quelques rêveurs songer à un avenir eurasiatique pour leur patrie.
 
Bibliographie
- Hubert Seipel "Poutine, une vision du pouvoir", Editions des Syrtes, 2016, 364 p.
- Eugène Berg "La Russie de Poutine", Revue Défense nationale, décembre 2016,p. 57-70
- Jean-François Bouthors "Comment Poutine change le monde", Nouvelles éditions F. Bourin, 2016, 144 p.
- Françoise Daucé "Etre opposant dans la Russie de Vladimir Poutine", Ed. Le bord de l’eau, 2016, 160 P. 
- Bruno Drweski "La nouvelle Russie est-elle de droite ou de gauche ?"
- Fondation Prospective et Innovation "Chine et Russie : quelles stratégies"
- Gilles Gallet "Pour une Russie européenne", L’Harmattan, 2016, 1898 p.
- Jean-Robert Jouanny "Que veut Poutine", Seuil 2016, 172 p.
- Guy Mettan "Russie-Occident, une guerre de mille ans", Ed. des Syrtes, 2015, 236 p.
- Alexandre Latsa "Un printemps russe-Vers un renouveau de la Russie", Ed. des Syrtes, 2016, 310 p.
- Jean-Sylvestre Mongrenier & Françoise Thom : "Géopolitique de la Russie" Que sais-je, PUF, 2016, 128 p.
- Jean-Christophe Romer : "Russie Europe : des malentendus paneuropéens", Les carnets de l’observatoire, 2016, 212 p.
- Boris Nemtsov "Le rapport Nemtsvov : Poutine et la guerre", Solin, Actes Sud, 2016, 208 p.
- Mathieu Slama "La guerre des mondes",  Editions de Fallois, 2016, 126 p.
- Natalia Guevorkian, Natalia Timakova, Andreï  Kolesnikov : "Vladimir Poutine, Première Personne" Ed. So Lonely, 2016, 210 p.
- Cécile Vaissé : "Les réseaux du Kremlin en France" Les petits matins, 2016, 392 p.
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Identité et différences : qu’en dit l’économiste ?
 
Les questions culturelles sont rarement abordées en s’appuyant sur l’analyse économique. Certes, il est fréquent de raisonner en termes de services culturels, un "business" parmi d’autres, en calculant par exemple la valeur ajoutée que crée la production picturale ou cinématographique. En revanche, s’il est question de "culture judéo-chrétienne" ou de conformisme "politiquement correct", la parole semble devoir être laissée aux sociologues et aux philosophes. L’intérêt de leurs approches est évident, mais il est regrettable que l’on néglige ce que l’analyse économique peut apporter à la réflexion sur ce sujet important.
 
L’identité, un concept ensembliste
Le substantif "identité" est moins restrictif que l’adjectif "identique". Ceux qui parlent d’identité française, non pas au sens administratif – la "pièce d’identité" – mais pour signifier qu’il existe une langue française, une littérature française, un art culinaire français, etc., estiment que les Français ont, pour la plupart d’entre eux, beaucoup de choses en commun, et qu’une partie importante de ce patrimoine culturel commun les différencie des Allemands, des Chinois, des Mexicains et des Nigérians. Cela ne signifie pas que les Français sont identiques les uns aux autres, mais qu’ils ont en commun des usages, des connaissances, des références, des qualités et des défauts, qui diffèrent nettement de ceux des autres peuples.
Autrement dit, l’identité correspond à l’existence de caractéristiques communes, qui n’excluent pas la diversité, mais qui suffisent pour définir un ensemble. Rappelons que la théorie des ensembles n’est pas seulement le fondement des mathématiques, mais de toute réflexion logique. Et bien sûr, quand il y a des ensembles il y a des parties, des "sous-ensembles" ; il existe ainsi différents niveaux d’identité, qui s’emboîtent les uns dans les autres comme des poupées russes : humaine, occidentale, française, auvergnate ; ou encore humaine, judéo-chrétienne, catholique, chaldéenne catholique. Quel rôle économique jouent ces identités ?
 
L’identité au service de la coopération
Les économistes – du moins ceux qui ne sont pas des ultra-libéraux bornés – savent que le marché n’est pas le seul organisateur de la coopération entre les hommes. Pour coopérer, il faut se comprendre, respecter des règles communes, et aller si possible jusqu’à une certaine empathie. Au sein d’une entreprise, d’une administration, d’une association, les êtres humains collaborent entre eux, ce que rappelait le mot "collaborateur" par lequel on désignait jadis – avant le drame de l’Occupation – bon nombre de salariés.
Adam Smith, dans sa Théorie des sentiments moraux, a bien montré l’importance de l’empathie entre des hommes qui se reconnaissent comme "semblables". La "main invisible" du marché n’est pas pour lui l’alpha et l’oméga, comme le savent ceux qui ne sont pas contentés de lire les passages les plus célèbres de La richesse des nations. Adam Smith voit dans la division du travail la cause la plus importante de la prospérité ;  cette division du travail est rendue possible par la spécialisation de personnes initialement très semblables les unes aux autres : ce qui différencie les travailleurs n’existe que grâce à la nature humaine qu’ils ont en commun. Il faut posséder le même soubassement, un ensemble conséquent de caractéristiques communes, un "tronc commun" comme on dit pour les programmes scolaires, pour travailler ensemble de façon efficace comme pour vivre ensemble de manière agréable.
 
L’économie des conventions
En remontant moins loin qu’Adam Smith, l’ouverture (dans la seconde moitié du XXe siècle) d’un domaine de recherches appelé "économie des conventions" témoigne du fait que les rapports marchands ne sont pas l’alpha et l’oméga du champ économique. Sans langage commun, au sens large du terme, incluant par exemple le langage mathématique, il n’y a pas de production possible utilisant la division du travail ; le récit mythique de la construction de la tour de Babel, interrompue par une soudaine incapacité des hommes à se comprendre les uns les autres, montre que nos lointains ancêtres l’avaient compris. Et bien d’autres conventions jouent un rôle essentiel pour la production et la consommation, qui reposent sur des échanges d’informations entre de nombreux agents – et donc sur la possibilité de se comprendre. Le langage du corps et de la tenue vestimentaire est, à cet égard, presqu’aussi important que celui des mots et des phrases.
Bon nombre d’accusations de discrimination viennent de l’ignorance de cette réalité, ou du refus de la prendre en compte. L’embauche d’un collaborateur suppose que l’on puisse communiquer avec lui de façon fiable, avec des risques réduits de quiproquos. Certes, un X peut communiquer convenablement avec des personnes qui ne sortent pas de Polytechnique, mais pas forcément, du moins dans un premier temps, avec un ingénieur venant d’un pays où la conception du travail, des rapports humains, etc., est très différente de la conception française. Tout simplement parce que les conventions, les référentiels intellectuels et moraux, sont trop dissemblables.
 
Le confort identitaire
De plus, vivre dans un environnement humain compréhensible et en quelque sorte familier est un des buts que poursuivent généralement les êtres humains. Camus, dans L’étranger, montre où peut mener le dédain des conventions, en prenant comme exemple un personnage qui ne manifeste pas de chagrin lors du décès de sa mère. Le romancier est révolté par cette pression sociale en laquelle il voit une sorte de camisole de force, mais il n’en est pas moins vrai que se comporter d’une manière qui heurte les us et coutumes de ceux avec lesquels on vit engendre de la gêne, voire même des sentiments violents dès lors qu’est transgressé un usage ayant une fonction sacrée (c’est-à-dire une utilité pour la cohésion sociale, selon l’analyse que fait Durkheim des phénomènes religieux).
Le comportement de Meursault (l’étranger de Camus) engendrait de l’inconfort pour ceux qui l’entouraient : au lieu de produire de l’utilité, il produisait de la désutilité, dirait-on dans le langage de cuistre qui est souvent celui des économistes. Il en va de même pour l’arrivée sur une plage d’une cohorte de femmes en burkini, vécue comme une agression par des vacanciers autochtones qui, soit manquent de largeur d’esprit, soit détectent une volonté effective d’imposer une conception des rapports homme-femme très différente de celle qui est actuellement présente dans l’identité française.
 
Les différences, entre valeur ajoutée et nuisance
Les différences identitaires sont comme certaines substances médicinales, bénéfiques à dose homéopathique ou modérée, et nocives à forte dose. Les Français, pour la plupart, sont heureux de voir des personnes qui vivent et pensent autrement qu’eux, et d’entrer en contact avec elles – mais pas à jet continu. Le tourisme reflète l’attrait de la différence culturelle, mais il doit une grande partie de son succès au fait que les principes actifs de la différence, comme les virus dans un vaccin, ont été fortement amoindris.
Il faut compter de plus avec le phénomène suavi mare magno : Lucrèce a très joliment exprimé le contentement de celui qui, dans le confort de son intérieur douillet, entend mugir le vent et déferler la mer déchaînée. Après quelques péripéties, le touriste retrouve la sécurité de son chez-soi avec un plaisir décuplé. Les manières de faire différentes des nôtres nous intéressent et nous divertissent quand nous les observons de façon épisodique, que ce soit dans notre pays ou à l’étranger ; omniprésentes au quotidien, elles perdent de leur attrait, et deviennent même souvent désagréables.
Sur le territoire national, la présence d’étrangers en petite proportion est agréable (elle "crée de la valeur"), mais une présence massive brouille les communications, rend incertains les codes et les conventions, crée un climat de confusion culturelle. Les différences sont enrichissantes tant qu’elles ne dépassent pas certaines limites ; pour constituer une valeur ajoutée plutôt qu’une nuisance, elles doivent ne pas détériorer l’édifice relativement fragile des us et coutumes qui ont puissamment contribué à forger notre identité.
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Après la victoire de Benoit Hamon, ETHIC s'inquiète de la menace implicite sur les entreprises
 
Le mouvement ETHIC prend acte de la victoire de Benoît Hamon à la primaire socialiste. Les chefs d'entreprise réitèrent leur invitation à ce dernier pour le recevoir afin de débattre, comme ce sera ou fut le cas pour les autres candidats.
ETHIC s'inquiète vivement de ce que l'entreprise ait été quasi absente des débats et que les promesses faites soient une véritable menace économique y compris sur le terrain.
ETHIC s'alarme de l'absence de pédagogie qui contribue à répandre l'idée que les financements sont indépendants des entreprises qui sont les seules créatrices de richesses. Les chefs d'entreprise sur lesquels repose la croissance du pays, sont absents de cette campagne, entre autres dans les débats publics et télévisés.
Le mouvement ETHIC rappelle que c'est sur ces derniers que reposent les dépenses de l'Etat et que pèse l'endettement.
(1) Entreprises de Taille Humaine Indépendantes et de Croissance

Communiqué de presse du mouvement ETHIC (1) présidé par Sophie de MENTHON
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