Magistro Beta

Switch to desktop Register Login

La question de la semaine : Comment et pourquoi faire disparaître deux millions d’euros
 
La maigre "gens" journalistique plutôt de droite s’excite beaucoup parce qu’apparemment environ 2 millions d’euro manqueraient dans la déclaration de patrimoine de monsieur Macron.
De fait, il semble qu’il ait gagné un peu plus de trois millions d’euro lors de son passage chez Rothschild et qu’il ne reste plus trace de cet argent dans ses déclarations de patrimoine les plus récentes que tout un chacun peut trouver sur le net, sauf sur le site officiel dont elle a été retirée tout récemment (sans aucun doute pour d’excellentes raisons).
 
Admettons que notre génie ait payé des impôts comme tout un chacun, on peut penser qu’il aurait dû lui en rester environ 1,8 millions sur les plus de 3 millions qu’il avait touché, que j’arrondis allègrement à 2 millions parce que j’aime bien les chiffres ronds.
Logiquement donc le patrimoine de monsieur Macron devrait avoisiner les 2 millions d’euro. Or il était annoncé dans la déclaration qui a disparu beaucoup, beaucoup moins puisque l’on en était à environ 200 000 euros de patrimoine net.
Et tout le monde, sauf bien entendu la presse officielle et le parquet financier, de vociférer qu’il faut diligenter une enquête toutes affaires cessantes pour avoir des explications sur cette disparition.
Voilà qui me semble une bonne idée, et dans le but d’aider dans leurs investigations les nombreux juges qui ne vont pas manquer de s’intéresser à cette affaire, car je continue à faire confiance à la justice de mon pays (c’est une blague…), je vais essayer d’expliquer au lecteur de l’IDL les différentes façons que j’ai croisé dans ma carrière pour faire disparaître de l’argent.
Ayant été dans la finance toute ma vie, j’ai en effet souvent vu des gens qui avaient besoin de faire disparaître de l’argent dont ils auraient eu du mal à expliquer l’origine, mais ce n’est pas le cas sous étude.
Dans ce cas précis, nous avons de l’argent qui a disparu alors qu’en expliquer la provenance était chose très facile. Honnêtement, je ne vois pas pourquoi monsieur Macron a fait disparaître cet argent et je ne peux pas croire que ce soit pour ne pas payer l’impôt sur la fortune tant cela serait mesquin de la part d’un homme de cette qualité.
Il doit y avoir autre chose.
 
Je me retrouve en fait devant le cas assez inhabituel d’un argent qui avait été gagné tout à fait légitimement et qui a disparu, ce qui pour moi est une nouveauté, mais, comme chacun le sait, les hommes politiques ont des raisons (en général liées à des financements de campagne) que la raison ignore.
Et donc il me faut traiter dans cette petite note du problème de comment faire s’évanouir de l’argent tout simplement, sans me préoccuper au début des raisons pour lesquelles l’heureux possesseur de ces sommes qui l’embarrassent a pour vouloir s’en débarrasser.
 
Première méthode, la plus ancienne : le dépenser.
C’est sans aucun doute la plus fiable. Pour arriver au résultat recherché monsieur Macron aurait dû dépenser à peu près un smic par jour durant la période en question. Voilà qui est faisable, mais qui prend du temps, et comme c’était un homme très occupé, voilà qui me parait peu probable même avec l’aide de sa charmante épouse.
Je l’écarte donc.
 
Deuxième méthode, le donner.
Là, ça devient un peu plus compliqué parce que tous les dons laissent des traces dans notre société parfaitement informatisée. Et cela amène en plus à une autre question : le donner, fort bien, mais à qui ?
Première réponse : à des gens de sa famille ou de son entourage immédiat, ce qui serait bien généreux de la part de cet homme de bien. Mais dans notre société hyper fiscalisée, ce genre de dons, à un frère, une vieille mère voir à son épouse engendre en général des paiements fiscaux dont il ne doit pas être difficile de retrouver la trace. Et comme ces paiements feraient apparaître notre héros sous un jour flatteur, je ne doute pas une seconde que si tel était le cas, nous allons avoir les bordereaux justifiant de tous ces paiements très bientôt.
J’attends donc, mais sans trop d’impatience.
Deuxième réponse possible. Cet argent a été donné à des œuvres de charité organisées pour recevoir ce genre de paiements.
Je songe par exemple à l’Institut Français pour la compensation des victimes de crimes contre l’humanité commis par notre pays au cours des siècles, ou de son pendant, le centre de recherches sur la disparition de la Culture Française. La rumeur court que ces deux célèbres instituts seraient financés par Georges Soros, mais je n’en crois pas un mot.
Hélas, une fois encore, je me retrouve devant le problème de la trace écrite que ces versements laisseraient dans les comptabilités de ces glorieuses institutions, et donc je suis ramené au problème précédent. Nul doute que notre homme ne tire un surplus de gloire si le public apprenait qu’il avait financé de si nobles causes et donc je ne vois pas pourquoi je ne devrais pas avoir accès à ces informations comme tous les autres citoyens d’ailleurs.
 
Ce qui nous amène à la troisième possibilité pour expliquer la disparition de tout cet argent : l’incompétence crasse de celui qui le détient.
Notre homme aurait fait de très mauvais investissements, ce qui ne serait guère surprenant puisqu’il ne lit certainement pas l’IDL. Mais enfin, faute avouée est à moitié pardonnée et au moins nous aurions une explication logique de l’état désastreux dans lequel se trouve notre économie : notre héros au sourire si doux est tout simplement incompétent dès qu’il s’agit d’investir.
Et là, j’ai un petit problème, car en bourse il y a perte et perte.
Si j’ai acheté de l’Enron en bourse sur les conseils de Goldman-Sachs, si j’ai confié mon épargne à Madoff, j’ai perdu 100 % de mon argent et il n’y a rien à dire.
Mais j’ai aussi vu assez souvent des gens perdre de très grosses sommes à Paris et voir cet argent réapparaître mystérieusement à Singapour ou aux Bahamas. Le coup est simple est tout d’exécution.
Imaginons qu’un escroc apprenne qu’une grande société française (EDF, Areva ?) dans laquelle l’état aurait une participation importante et qui est cotée à la bourse de Paris a fait de très mauvaises affaires et qu’un effondrement de son cours est probable. Malgré ces informations privilégiées désastreuse, il décide d’en acheter massivement. Quand le cours s’écroule, son portefeuille boursier prend une énorme gamelle et notre homme est ruiné - en France. Mais heureusement, notre homme a un ami à Hong-Kong, Singapour ou encore mieux aux USA qui avait pris la décision de vendre à découvert et pour un montant au moins équivalent la même société. Et donc le compte de cet ami monte du montant exact de la perte à Paris… L’argent a disparu en France pour réapparaître, et de façon parfaitement légitime, à l’étranger.
Cette pratique est vieille comme les marchés financiers et les impôts et si par hasard nous venions à découvrir que monsieur Macron a perdu beaucoup d’argent en achetant des sociétés nationalisées et cotées en bourse en France, alors j’aurais comme un doute.
Mais je n’y crois pas trop tant l’homme est habile et tant ce genre d’opérations laisse des traces.
 
Il me reste donc une seule solution pour expliquer la disparition de cet argent. Cet argent est sorti du compte de monsieur Macron non pas pour diminuer ses impôts mais pour financer sa campagne électorale.
Monsieur Macron en fin connaisseur en art qu’il est certainement tant cet homme a toutes les qualités, a acheté à l’un de ses soutiens qui pourrait être par exemple la petite fille d’un très célèbre collectionneur ou un homme d’affaires ayant pris le contrôle d’un grand journal du soir, voir un ancien ministre de la culture ou un patron des media, un tableau pour 1,8 million d’euro.
Cet achat pourrait être assorti d’une clause verbale de rachat à tout moment au prix initial, bien que cela ne soit pas vraiment nécessaire. Et le vendeur se serait bien sûr engagé à utiliser tous ses réseaux pour promouvoir la candidature de notre grand homme.
 
Comme chacun le sait, et grâce à Monsieur Fabius qui voulait protéger son papa, ce qui est parfaitement compréhensible, les œuvres d’art ne sont donc pas soumises à l’impôt sur la fortune ni n’ont à être déclarées dans les situations de patrimoine requises par les autorités fiscales. Il me souvient qu’un ministre de l’intérieur avait utilisé il y a peu une telle technique, non pas pour faire disparaître de l’argent de France, mais pour le faire apparaître. Mais le principe est le même.
Et donc pour moi, les 2 millions d’euro ont dû être transférés au moyen d’une œuvre d’art à une tierce personne qui s’est engagée à financer la campagne de monsieur Macron à due concurrence de cette somme.
J’aimerais donc bien savoir à qui monsieur Macron a acheté un tableau ou une statue.
Cela m’en dirait beaucoup sur qui est vraiment derrière lui.

Paru sur institutdeslibertes.org, 20 mars 2017
Publié dans Du côté des élites
Écrit par
En savoir plus... 0
Appel à voter Macron"
 
L'embellie du Trocadéro aura été de courte durée et la mise en examen de FF nous met le moral en berne, il faut bien l'avouer !
Et oui, notre champion n'est peut-être pas le chevalier blanc tant espéré. Comme ses congénères, FF a eu le tort d'user des facilités offertes par un système laxiste. Il n'y a rien à faire, les catholiques n'ont jamais fait bon ménage avec l'argent.
Dont acte.
Mais il ne faut quand même pas oublier la présomption d'innocence !
Certes, il a été bien maladroit avec ses déclarations fracassantes qui visaient NS. Pourtant, celles-ci, rapprochées de sa faible défense depuis le début, tendent à prouver rétrospectivement que FF s'est toujours senti dans son bon droit, d'où le sentiment d'injustice qui l'accable. FF n'est pas foncièrement malhonnête mais plus probablement imprudent.
Et il ne faut quand même pas oublier la présomption d'innocence !
Bien. Mais une fois que l'on a dit cela, que nous reste-t-il comme perspectives politiques, les seules qui comptent pour la France. Le vrai débat, le seul qui compte réellement, c'est de savoir si Emmanuel Macron est le Président qu'il faut à la France ?

Alors, si vous pensez que le futur président doit être quelqu'un qui a "oublié" de faire sa déclaration d'ISF pour plusieurs millions d'euros, mais qui jouit d'une impunité médiatique et juridique grâce à la protection de son proche ami M. Drahi, propriétaire des principaux journaux et chaines de TV qui accablent FF depuis le début,
alors, vous avez raison, votez Emmanuel Macron !

Si vous pensez qu'en application de projets tout à fait officiels, européens et onusiens, de remplacement de la population européenne, il faut accroître encore l’immigration non européenne pour pallier les déficits démographiques,
alors, vous avez raison, votez Emmanuel Macron !

Si vous pensez que l'ouverture incontrôlée de nos frontières à une immigration de masse essentiellement musulmane ne pose à court terme aucun problème à la cohésion nationale, sauf pour des petits Français que l'on ose plus appeler de souche, au front bas et obstiné, rétrogrades et bêtement attachés à leurs traditions pluriséculaires que d'autres haïssent au plus haut point,
alors, vous avez raison, votez Emmanuel Macron !

Si vous considérez que l'on peut cracher impunément sur l'honneur de la France, son histoire, ses œuvres, son armée, tous ceux qui se sont dévoués dans nos anciennes colonies, son peuple en quelque sorte, en se livrant à de pitoyables repentances éhontées dans le seul but de draguer un électorat musulman,
alors, vous avez raison, votez Emmanuel Macron !

Si vous pensez que, vraiment, il n'y a pas de culture française, et que donc la France n'a jamais rayonné sur le monde au point d'être reconnue comme le pays phare, aimé, admiré, envié, célébré, copié, adulé, visité ... de l'art, de la littérature, de la peinture, de l'architecture, de la sculpture, de la gastronomie, que sais-je encore,
alors, vous avez raison, votez Emmanuel Macron !

Si vous pensez qu'il est bon pour l'économie française que de grands groupes financiers internationaux et autres fonds de pension anglo-saxons viennent essorer nos entreprises déjà exsangues avant de les jeter comme de vulgaires citrons pressés, laissant cyniquement derrière eux des millions de chômeurs,
alors, vous avez raison, votez Emmanuel Macron !

Si cela ne vous fait vraiment rien de soutenir un candidat rallié, poussé, vanté, payé, adulé, monté en épingle, mis sur orbite, manipulé par Robert Hue, Pierre Bergé, Bernard Kouchner, Alain Minc, Jacques Attali, Gérard Collomb, Daniel Cohn Bendit, François de Rugy, Bertrand Delanoé, sans compter avec le mentor en chef François Hollande, etc., etc. (voir Le Monde du 28 février), tous socialistes ou Vert,
alors, vous avez raison, votez Emmanuel Macron !

En fait, si vous pensez que la France n'existe pas, qu'elle n'a pas d'âme, qu'elle n'en a jamais eue et qu'elle n'en aura jamais plus et qu'elle ne se résume qu'à quelques arpents d'une terre autrefois bénie seulement vouée désormais à une mondialisation anonyme qui écrase l'Homme dans sa dignité profonde, au seul profit de l'enrichissement de ses mentors,
alors, vous avez vraiment raison, votez Emmanuel Macron !

Mais si vous n'êtes pas d'accord, alors réagissez à cette fantastique entreprise d'enfumage ! Ressaisissez-vous ! Réagissez et refusez de vous laisser intoxiquer toujours plus !
Votez François Fillon parce qu'il est le seul à avoir préparé, pensé et annoncé un programme, sans doute incomplet à certains égards, mais néanmoins le seul à vouloir remettre la France sur pied dans (presque) toutes ses dimensions, politiques, diplomatiques, économiques et culturelles.
Tant pis si l'enthousiasme doit céder le pas à la raison et au bon sens! Ce qu'il faut à notre pays, c'est un chef, capable d'affronter les combats de titans qui se préparent. D'une certaine manière, l'épreuve vécue par FF l'y aura d'une certaine manière préparé !
Courage, une bataille a peut-être été perdue, mais on n'a pas encore perdu la guerre !
Publié dans A tout un chacun
Écrit par
En savoir plus... 0
L’écosse sonne le réveil des anciennes nations
 
Les référendums s’empilent les uns dans les autres comme des poupées russes. Le Brexit britannique a exaspéré les Ecossais qui ont voté majoritairement contre. Ce désaccord majeur a réveillé les velléités indépendantistes des Ecossais qui organisent un nouveau référendum à ce sujet. Ce ne sera pas le premier. Mais cela pourrait être le dernier si les Ecossais décident cette fois d’abandonner les Anglais. De fermer une parenthèse vieille de trois siècles, puisque l’acte de naissance du Royaume-Uni date de 1707. Les partisans de l’Europe rient sous cape. La victoire du Brexit affaiblit l’Europe, mais elle risque de désintégrer la Grande-Bretagne. Comme une punition céleste !
La vindicte est mauvaise conseillère. Le Brexit est un prétexte. Mais ce mouvement vient de loin. Il n’est pas limité à la Grande-Bretagne. Et l’Europe n’est pas du tout innocente.
C’est l’Europe qui, depuis des décennies, encourage les Régions à affirmer leur personnalité et leur autonomie. C’est l’Europe qui les arrose de subventions. C’est l’Europe qui a encouragé les Etats-nations, même les plus unitaires comme la France, à créer des institutions régionales, quitte à complexifier à l’excès son système de collectivités territoriales. C’est l’Europe qui leur a donné une représentation à Bruxelles et une dignité quasi étatique. C’est l’Europe, enfin et surtout, qui donne un gigantesque marché économique à des entre­prises locales qui autrefois avaient besoin pour vivre du marché national. Partout, en Europe, les anciennes nations se sont ­réveillées : l’Ecosse, mais aussi la Catalogne, la Flandre, l’Italie du Nord, ou même la Corse ou la Bretagne.
Toutes les antiques nations vaincues par l’édification des Etats-nations à l’ère moderne ont relevé la tête, assurées d’avoir un toit européen.
La Catalogne prépare son référendum d’indépendance ; la Flandre s’est peu à peu détachée de la Wallonie ; l’Italie du Nord n’a pas renoncé ; les indépendantistes corses, enfin, ont pris le pouvoir à la Région. Et le font savoir.
On peut même constater que ce mouvement ne s’arrête pas à l’Europe : le Yémen s’est divisé en deux ; la Yougoslavie a été découpée en morceaux ; l’Irak et la Syrie, et la Libye ne sont plus en réalité des Etats unitaires. Même aux Etats-Unis, l’élection de Trump pousse certains en Californie à réclamer que leur Etat si riche, et si dépendant de son immigration massive venue du Mexique, fasse sécession.
En 1945, il y avait 50 Etats à la naissance de l’ONU. Il y en a aujourd’hui plus de 150. Les indépendances coloniales sont passées par là. Mais on est désormais au-delà. On a détruit le monde de 1945 avec la chute du mur de Berlin. Le monde de 1919 a suivi avec la fin de la Yougoslavie et de la Tchécoslovaquie. Restent les plus vieux Etats-nations édifiés au cours des siècles qui tremblent sur leurs bases. Comme si la conjonction de la technologie (internet), de la mondialisation (grand marché sans frontières) donnait l’élan décisif à un fractionnement sans fin. Un retour à la féodalité à l’échelle de la planète.
Paru dans Le Figaro Magazine, 31 mars 2017
Publié dans Avec l'Europe
Écrit par
En savoir plus... 0
Brexit, Alea jacta est...                                                               
 
Le sort en est jeté : le Brexit existera. Theresa May a tenu son calendrier, même si beaucoup de travail comptable et juridique reste à faire. Le handicap principal étant que les Britanniques – membres de l'Union – ont supprimé à Londres presque tous les "conseillers" juristes et financiers, délégant l'essentiel au personnel de l'Union basé à Bruxelles ou auprès de Parlement et des Cours. Il a fallu, dans l'urgence, reconstituer un tissu d'analystes compétents ; exercice scabreux et coûteux. Rien n'avait été prévu en ce sens, tellement le résultat du référendum paraissait être de rester européen.
David Cameron restera dans la mémoire britannique et dans l'histoire de l'Angleterre comme celui qui a jeté son pays dans un maelstrom aussi violent qu'inattendu. Un exercice aussi difficile que la fin de l'Empire, laquelle s'était cependant opérée beaucoup plus lentement. La Reine, riche de ses 91 années et de ses 64 ans de règne aura vécu, à la fois en tant que souveraine et citoyenne britannique, l'évolution la plus extraordinaire de son pays, à la fois régressive dans la puissance, mais maintenue par la langue, la finance, et la banque.
 
Fin mars 2017, le fameux article 50 sera donc déclenché, ouvrant officiellement les négociations de sortie - le leave  - déjà entreprises officieusement, dans un climat d'ailleurs assez houleux. Chacun devra alors revenir à la raison et aborder ce gigantesque dossier avec patience et résignation. Le Livre Blanc en 77 chapitres sera entièrement examiné, ainsi que bien d'autres points, qui surgiront sans doute au fur et à mesure de la négociation. Le Brexit déclenche, certes, des effets visibles et immédiats, mais aussi des conséquences collatérales innombrables dans de nombreux domaines et cela à l'échelle de la planète entière, ce qui dépasse largement les intérêts strictement européens. Ces ricochets risquent de se maintenir pendant des décennies.
Trois aspects sont à retenir : le Royaume Uni, l'Union, le monde.
 
Le Royaume Unide Grande Bretagne est une structure fédérative complexe que le Brexit risque de faire exploser. Le Royaume Uni émane de la réunion en 1707 de deux Royaumes distincts : celui d'Angleterre et celui d'Ecosse. L'Ecosse est une vraie nation, avec sa langue, sa religion, ses coutumes et un système légal particularisé.
Quant à la Grande Bretagne, elle amalgame au Royaume le Pays de Galles, selon un système légal imposé par Henry VIII ; les Gallois n'ont plus que leur langue pour se distinguer des autres populations. Quant à l'Irlande du Nord, malgré de lourdes querelles internes, essentiellement basées sur les différences religieuses, les Unionistes l'ont emporté et ont obtenu de rester dans l'Union britannique.
Tout cela ne s'est pas fait dans la dentelle : de farouches luttes quasi permanentes, d'invraisemblables cruautés et aliénations ont émaillé cette histoire tragique, largement basée sur l'intérêt économique. Au 20ème siècle, les deux guerres mondiales, les progrès éducatifs et économiques ont permis un apaisement, mais qui reste émaillé de violences, notamment en Irlande. Soyons lucides : Irlandais, Gallois, Ecossais ont, en secret, l'âme révoltée.
 
Or le Brexit met en péril ce laborieux montage : les 3 acolytes annexés – car il s'agit  bien d'annexions – ont tous trois largement voté pour rester dans l'Union Européenne, et dans les 3 cas, à plus de 60 % des votes exprimés. Autrement dit les deux tiers de ces trois peuples – Ecossais, Gallois et Irlandais du Nord – contredisent fortement les Anglais brexiteurs  et si on ajoute à cela les plus de 45 % d'Anglais partisans du stay , cela fait beaucoup d'opposants au leave  en marche.
Sous la houlette de leur virulente Prime Minister Nicola Sturgeon, les Ecossais n'en démordent pas. Cette dernière a réclamé début mars un second référendum sur l'indépendance de l'Ecosse, assorti d'un stay in UE pour le début de l'année 2018. De plus les Ecossais sont furieux que les projets du gouvernement britannique soient surtout votés par Westminster et que l'assemblée écossaise ne soit pas davantage consultée. Ils considèrent cela comme un "comportement vexatoire". Les deux autres sont plus discrets mais non moins engagés dans une reconsidération de leur statut : les Gallois en ont marre de n'être que des joueurs de rugby, et si l'héritier du royaume est prince de Galles, cela ne les impressionne plus guère. En Irlande du Nord le Brexit a en quelque sorte réanimé les querelles religieuses : Catholiques et Protestants s'opposent une fois de plus ; mais beaucoup voudraient bien profiter de la situation afin de rejoindre la florissante République d'Irlande arrachée au Royaume Uni en 1922. Il est historiquement stupéfiant de voir, entre autres, le SNP et le Sinn Fein ambitionner de quitter le Royaume Uni et de rester dans l'Union Européenne !
 
Voilà l'imbroglio. Il est de taille et sous silence pour l'instant, mais il est embarrassant. A cela s'ajoute en Angleterre une situation sociale catastrophique, avec un nombre croissant de "pauvres et très pauvres", des comtés devenus des déserts sociaux, la perte de vitesse de la santé et de l'éducation. C'est, traitreusement, ce que narre avec beaucoup d'exactitude, le film de Ken Loach, I, Daniel Blake, couronné dans le monde entier. Comme le dit en souriant le réalisateur "L'art peut parfois servir de détonateur".
Pour l'instant, le seul effet de la perspective du Brexit est une notable augmentation du coût de la vie (une grande part de l'alimentation des iles britanniques est importée ainsi que les vêtements, les chaussures et les objets les plus usuels), une baisse de la Livre (encore relative) et la crainte de voir partir les acteurs de la vie financière. Le rôle de Londres, capitale de la finance européenne risque peut être de "fondre" au fur et à mesure de l'avancée effective du leave. Ce vote a été obtenu sur la la question du contrôle de l'immigration : même si c'était une vue justifiée, elle était parcellaire, ne tenant pas compte du véritable malaise social britannique.
 
L'Union Européenne
Le Livre Blanc définit les principaux chapitres du divorce. La négociation avec la Commission chargée de réaliser la rupture, pourra commencer en avril et prévue au maximum pour deux années. Elle s'avère délicate, et du côté européen le leader désigné – le Français Michel Barnier – n'est pas spécialement amène vis à vis de ses interlocuteurs. Néanmoins il faudra arrondir les angles si l'on veut aboutir à un schéma vivable des deux côtés de la Manche.
Le principal reproche britannique, au-delà de la question migratoire, est la concentration de tous les pouvoirs d’État à Bruxelles et d'avoir "réduit les Etats Européens au statut de provinces soumises aux directives". La Grande Bretagne ne supporte plus d'être ficelée dans des règles contraignantes aux antipodes de ses propres intérêts, des interdits jugés absurdes, des obligations harassantes et une paperasserie lunatique. Par ailleurs, même hors Euro, le Royaume Uni est très imbriqué dans le système européen, (contrairement à ce que l'on croit) : un des plus importants contributeurs, il influence activement les choix stratégiques économiques et financiers, de même que le droit européen. Les Cours européennes, même si l'influence juridique est très marquée par le droit continental (français et allemand), utilisent aussi, largement, le savoir procédurier britannique. Bref, plus on pénètre à l'intérieur du dossier de divorce, plus on se rend compte de l'enchevêtrement des données. Il ne s'agit pas de savoir "qui gardera le chien" mais "comment le découper ?". Un élément reste crucial : les 4 protagonistes insulaires veulent retrouver leur "identité" pleine et entière, ne plus appartenir à une entité administrative abstraite, autoritaire et globalisante. En fait tout cela est un vaste refus de la globalisation, de cette "mondialisation" négatrice de l'âme des peuples.
 
Le vote anglais exprime le fort désir de redevenir ou de rester indépendant, au-delà des intérêts économiques. Toutefois, il faut aussi avouer que les budgets européens contribuent énormément à cette identité nationale par le biais de financements et d'incitations, par exemple dans le sauvetage des patrimoines naturels et artistiques, dans l'éducation et l'aide sociale, dans l'organisation de nombreuses manifestations nationales. Les anti européens prêchent l'aspect "complètement artificiel" de la construction européenne, alors que eux, dans leur île, sont un vrai peuple et une vraie nation. La question migratoire, sous cet angle, a été très mal vécue, et le refus d'absorber des populations non désirées est catégorique. Le Royaume Uni a été depuis des décennies l'ultime employeur d'une Europe en perte d'emplois, et il est devenu hors de propos de continuer de la même manière, jugée pénalisante pour les citoyens britanniques.
Comme on le voit, tout cela est très contradictoire. De son côté l'Union Européenne, pressent le désordre que va générer la perte de ce partenaire important, l'amputation financière des budgets et la perte d'influence au niveau mondial, par le biais, notamment du Commonwealth, lequel partira avec son maître britannique. Au stade où nous en sommes, même si les pré-études sont très avancées, de nombreux aspects n'ont pas du tout été abordés, et l'on découvre à chaque pas de nouveaux corridors de perplexités.
 
Au niveau mondial, Theresa May a délibérément affiché son entente fondamentale et ses connivences avec les Etats Unis d'Amérique. La langue commune, l'histoire commune, le mode de vie de la Côte Est, les origines sociales, tout contribue à cette entente. Les Britanniques comptent beaucoup sur la vision bilatéraliste de Donald Trump dans les relations économiques et commerciales. L'autre point fort est le Commonwealth, structure informelle des 52 Etats ex-membres de l'Empire, restés dans le giron britannique par un solide tissu financier, bancaire et commercial et près de 2 milliards d'individus. Une part énorme de l'alimentation anglaise provient des pays du Commonwealth ; la bourse mondiale du thé (maintenant informatisée) est à Edimbourg, et celles de nombreux produits tropicaux en Angleterre. La culture de ces Etats devenus indépendants reste profondément marquée par le mode de vie anglo-saxon. Les prochains Jeux du Commonwealth (qui alternent tous les deux ans entre les Jeux Olympiques), avec leurs sports typiquement insulaires (cricket, polo, badminton, squash, lawn bowls, etc...) se dérouleront au Canada en 2018 et à Durban en Afrique du Sud en 2022. Le phénomène d'appartenance est très visible dans la presse people  : tous les membres de la Famille Royale se baladent sans arrêt dans ces pays ex-impériaux rappelant sans cesse cette appartenance plus que bicentenaire.
L'Europe va perdre gros avec l'éloignement de ces accords commerciaux infra Commonwealth : plus de 300 conventions d'échanges préférentiels vont devoir être renégociées. Lourd et long travail et fort handicap car les droits de douanes vont changer d'allure. Reste également en suspens l'installation des entreprises privées au Royaume Uni : resteront ? resteront pas ? Theresa a annoncé en novembre dernier qu'elle comptait faire de Londres le "Singapour de l'Europe" avec des droits d'installation et d'imposition très préférentiels. Mais cela est-il possible ?
 
Sans jouer aux devins, on peut conjecturer – si on est mentalement positif – que le Brexit sera "adouci" à la sortie des négociations : l'intérêt commun est de ne pas tout casser ; il est probable que certains chapitres feront l'objet d'accords particuliers, voire préférentiels, permettant la continuation de relations indispensables, et que d'autres marqueront une vraie rupture. C'est sans doute cela que réclament les Brexiteurs, comme toujours : garder les avantages et abandonner les inconvénients.
 
Bref, le Brexit, c'est la Suite de Fibonacci : on ne sait pas vraiment où l'on va !
Publié dans Avec l'Europe
Écrit par
En savoir plus... 0
Com versus communication…
 
Dans ces temps difficiles où les médias font ou défont la société politique, il est difficile de définir ce qu’est la communication. La tâche est ardue et ancienne. Depuis la fin de la 2e guerre mondiale, de nombreux chercheurs se sont penchés sur ce sujet : Shannon et Weaver avec leur modèle linéaire de transmission du message ; Lasswell avec son modèle de communication de masse ; Jakobson et ses recherches axées sur la linguistique ; Mac Luhan, Gerbner, Riley, le philosophe Habermas, etc.
 
A partir des années 70, le mot communication renvoie à plusieurs problématiques plus ou moins enchevêtrées : les médias de masse (presse, radio, TV), le développement parallèle de la communication publicitaire, du marketing politique et de la communication d’entreprise, les transformations de la communication interpersonnelle puis le début de ce qu’on appelle alors les Nouvelle technologies de l’information et de la communication (NTIC) et l’arrivée d’internet ont considérablement brouillé la signification et la compréhension du mot.
C’est la raison pour laquelle "les sciences de la communication, pluridisciplinaires par nature ne possèdent ni modèle ni champs de recherche unifié" (1). D’où la difficulté d’en cerner les contours et de leur trouver une identité propre.
 
C’est ainsi que l’on peut se demander ce que devraient apprendre les futurs professionnels de communication ?
De fait, pour une école qui a l’ambition de préparer des futurs professionnels la seule réalité qui compte est celle du marché. Il s’agit de préparer des collaborateurs fiables qui maitrisent à la fois les enjeux et les techniques de communication utilisées aujourd’hui dans les entreprises.
Ces enjeux et ces techniques peuvent se résumer en deux points : d’abord, il s’agit d’aider l’entreprise dans ses relations avec l’ensemble de ses publics externes. Cette communication vise principalement à informer, expliquer, faire comprendre, convaincre, vendre. On parle de communication commerciale, de communication  corporate ou institutionnelle. Ensuite, il faut aider l’entreprise à créer un climat social où chacun pourra trouver sa place, comprendre les enjeux, mesurer sa propre contribution à l’ensemble et s’épanouir ; cette communication vise là encore à informer, faire comprendre, faire adhérer à un projet, créer un sentiment d’appartenance et responsabiliser. C’est le champ de la communication interne.
Mais peut-on en rester là ?
 
Comme peut le laisser imaginer le simple énoncé de ces objectifs, la mise en œuvre d’une politique de communication est difficile et il existe de nombreux pièges auxquels les professionnels de communication se trouvent confrontés.
Par nature en effet, toute entreprise vise la performance économique. Cet objectif naturel peut souvent créer des tensions et place les décideurs dans des situations où les tentations sont nombreuses.
Dans toutes ces situations, la communication joue un rôle majeur. C’est souvent elle qui va penser les messages, créer les supports, préparer les discours, mettre les moyens techniques de son "art" au service des dirigeants, etc. D’où la tentation de la "com" dont parle Jean-Marie Charpentier, Vice-président de l’Association Française de Communication interne (AFCI) dans son livre "Refonder la communication" (2).
C’est ainsi que des professionnels non avertis ou peu scrupuleux peuvent facilement devenir des instruments au service de la désinformation, du mensonge voire de la manipulation. La fin justifie les moyens et tant pis s’il faut tordre le coup à quelques vérités
C’est pourquoi, les écoles qui souhaitent former des professionnels de la communication seraient bien avisées de revenir à quelques questions fondamentales. Rompus aux techniques de communication les étudiants qu’ils forment prennent-ils vraiment le temps de réfléchir à la finalité, aux méthodes et aux moyens de la communication.
Cette réflexion doit s’enraciner dans une double conviction :
 
La première est anthropologique.
Elle part du principe que pour s’épanouir et développer tous ses talents, toute personne humaine a besoin de communiquer. En communiquant, chaque homme marque progressivement son "territoire" personnel qui est à la fois emprunt aux autres et révélation de lui-même… ou plus encore, révélation de lui-même par l’échange et la confrontation avec les autres et avec le monde. De même, toute communication est médiatique au sens où elle nécessite l’utilisation d’un intermédiaire, d’un "média". Le corps, le langage et tous les outils de communication qui n’ont cessé de se développer ces dernières années sont autant de médias par lesquels nous pouvons créer cette communication. Ils sont indispensables comme des prothèses qui viennent palier nos infirmités mais ils ne sont pas la communication. La fascination qu’ils exercent aujourd’hui dans tous les domaines de notre vie ne doit jamais nous faire oublier que les moyens ne sont jamais une fin en soi et qu’on ne pourra jamais juger la qualité d’une communication aux moyens qui sont utilisés pour la mettre en œuvre.
 
La seconde est éthique.
Pour pouvoir servir la communauté la communication doit nécessairement se mettre au service du bien commun. Elle pose à chacun les questions du "bien agir", du "pour quoi agir ?", et de son rapport à la vérité : jusqu’où peut-on "enjoliver" les qualités d’un produit pour mieux le vendre ? Est-il légitime de dissimuler les faits lors d’une crise pour ne pas entamer le potentiel de l’entreprise ? Faut-il modifier la réalité pour se bâtir une image positive ? Peut-on instrumentaliser les personnes pour obtenir d’elles un meilleur un résultat ? Toutes ces questions doivent faire l’objet d’une réflexion approfondie qui s’enracine dans une conviction : c’est en s’approchant de la vérité qui permet aux personnes mais aussi aux communautés de mieux connaître leurs forces et leurs fragilités que chacun pourra faire usage de sa liberté pour se mettre librement  au service d’un bien commun.
 
C’est en approfondissant ces deux convictions que les écoles permettront aux étudiants de se préparer pleinement à leur futur métier, de posséder une boussole sûre lorsqu’ils devront eux-mêmes discerner au milieu des nombreux aléas et tentations de leur vie professionnelle. Cette réflexion deviendra une "marque de fabrique", un "savoir-faire différenciateur" qui ne pourra qu’être apprécié des employeurs qui cherchent de plus en plus des professionnels engagés, compétents et avisés. 

(1) B. Ollivier – "Les Sciences de la communication. Théories et acquis", Armand Colin - 2007
(2) JM. Chrapentier et V. Brulois– "Refonder la communication en entreprise", Fyp Editions - 2013
Publié dans A tout un chacun
Écrit par
En savoir plus... 0
Des lenteurs de la justice
 
Chacun le sait et le déplore : l’institution judiciaire, engorgée, met beaucoup trop longtemps à rendre son verdict pans une grande proportion des causes qui lui sont soumises. En particulier, la répression de la petite et moyenne délinquance serait nettement plus efficace si la sanction survenait très rapidement : un adolescent, par exemple, qui n’est jugé et puni que plusieurs mois – et parfois des années – après la commission du ou des délits qu’il a commis conserve un sentiment d’impunité, alors qu’une sanction très rapide l’aurait conduit à comprendre la gravité de ses agissements.
Il en va de même, mutatis mutandis, pour les jugements relatifs aux infractions au droit du travail. Liaisons sociales quotidien du 21 mars rapporte le cas d’une affaire simplissime qui a démarré en avril 2011 et qui n’a été définitivement tranchée par la Cour de cassation que le 15 mars 2017, soit 6 ans plus tard. Ce cas mérite qu’on y réfléchisse.
 
Il s’agit d’une étrangère dont l’autorisation de travail, expirée le 31 octobre 2010, n’a pas été renouvelée. Un premier retard à l’allumage est survenu au niveau de l’administration : l’employeur n’a été informé de ce refus que le 21 avril 2011, soit presque 6 mois après la cessation de la validité du titre de travail. Cela pose le problème de la lenteur administrative : si, trop souvent, l’administration s’avère incapable d’agir en temps réel, comment le pays en général et les entreprises en particulier n’en seraient-ils pas affectés ?
L’employeur a immédiatement appliqué les dispositions du Code du travail, c’est-à-dire convoquée cette employée à un entretien préalable au licenciement, puisque s’il avait continué à faire travailler cette personne, il se serait mis hors la loi. Une complication apparut alors : la salariée était enceinte, et notre droit du travail est à juste titre protecteur pour les situations de grossesse. Sauf impossibilité de maintenir le contrat de travail, ou faute grave, le licenciement d’une femme gravide est interdit. Dans ce cas, l’interdiction de travail notifiée par la préfecture entrainait-elle ou non une impossibilité de maintenir le contrat de travail, telle était la question.
La salariée s’étant prévalue des dispositions protectrices de la femme enceinte pour réclamer l’annulation de la rupture de son contrat, l’affaire suivit jusqu’en cassation le cheminement judiciaire classique. La Cour, par un arrêt du 15 mars 2017 qui devrait faire jurisprudence, jugea que l’employeur avait bien agi : les dispositions d’ordre public relatives à l’emploi des étrangers l’obligeaient bien à résilier le contrat de travail de son employée.
 
Au-delà de cet aspect juridique, en quelque sorte désincarné, intemporel, il y a les problèmes réels, humains et économiques, que l’auteur de l’article n’aborde pas, mais qui sont d’une importance cruciale pour les travailleurs, pour les employeurs, et pour le bon fonctionnement de notre économie et de nos rapports humains. Qu’il faille plus de 5 années pour dénouer une situation de ce genre est proprement ubuesque. Laisser tout ce temps dans l’incertitude sur ce qu’est la règle juridique à la fois une personne, une famille, et une entreprise, constitue à l’évidence une atteinte aux droits de l’homme. Les lenteurs de l’institution judiciaire peuvent être aussi graves, aussi contraires à la justice, que bien des infractions sévèrement réprimées par les tribunaux.
 
Un chef d’entreprise, parfois submergé par les problèmes à régler, doit toutes affaires cessantes s’occuper de diverses formalités administratives, sauf à encourir des sanctions, et l’institution judiciaire aurait l’éternité devant elle, quelques soient les angoisses et les préjudices qui peuvent résulter pour les justiciables de sa lenteur à dire le droit ? Il est grand temps de se pencher sur le fonctionnement de l’institution judiciaire, pour la rendre plus efficace. Il ne suffit pas que les décisions prises par les magistrats soient in abstracto conformes aux règles juridiques ; la Nation a besoin que ces décisions répondent in concreto aux besoins de justiciables qui ne peuvent pas sans subir un grave préjudice attendre des mois ou des années le jugement nécessaire pour solutionner un problème délicat.
Nous n’avons hélas guère de travaux économiques consacrés aux dégâts provoqués par les lenteurs des tribunaux. Nous manquons également d’études précises sur les causes de ces lenteurs. Certes, l’insuffisance des crédits alloués à notre système judiciaire, carcéral et policier est un coupable que l’on a toujours sous la main, et dont on peut ad libitum répéter le procès, mais cette question budgétaire n’est pas seule en cause.
 
L’organisation et le fonctionnement de nos tribunaux laissent visiblement à désirer. Les règles de procédure sont à passer au peigne fin pour détecter tout ce qui joue inutilement en faveur d’un allongement des délais entre le début et la fin d’une action en justice. Cette question n’est pas seulement très importante pour les justiciables que les lenteurs de Thémis soumettent à une sorte de supplice, mais aussi pour tous ceux qui recherchent un emploi auprès d’entreprises dont les dirigeants, échaudés par des procès interminables, préfèrent modérer la croissance plutôt que d’accroître, avec le nombre de leurs salariés, le risque de nouveaux épisodes judiciaires hallucinants. 
Publié dans En France
Écrit par
En savoir plus... 0
Ne pas sortir de l’euro : bonnes et mauvaises raisons
 
Disons-le tout de suite : je ne suis pas partisan de sortir de l’euro. Mais je suis agacé par l’empilement de mauvaises raisons auquel se livrent certains pour justifier cette position, dont je me réjouis qu’elle soit partagée par une majorité de Français.
Si l’on pouvait sortir de l’euro du jour au lendemain, en prenant un simple décret, le retour au franc ne serait peut-être pas une mauvaise chose. Les Français, en effet, sont un peu comme les Grecs : s’ils peuvent consommer plus qu’ils ne produisent, ils ne se gênent pas pour le faire, et le déficit commercial de la France ne les en empêche pas dès lors que notre pays peut s’endetter facilement et à bon compte, ce que permet l’euro.
Celui-ci constitue une bulle protectrice à l’intérieur de laquelle il est facile de faire distribuer de l’argent par l’État pour acheter des biens et services chinois et allemands sans avoir à produire et vendre l’équivalent à l’étranger. En revenant au franc, nous reviendrions à la dure mais stimulante réalité économique au lieu de nous endormir dans le confort douillet d’un cocon protecteur – jusqu’au jour où le cocon se cassera, par exemple parce que la dette publique sera devenue trop lourde.
Mais la sortie de l’euro nécessiterait des négociations interminables, qui absorberaient nos pouvoirs publics et les empêcheraient de se consacrer à l’énorme travail de réforme dont notre pays a besoin. Il faut, par exemple, sortir notre sécurité sociale du piège de l’État providence où l’ont enfermée une succession de dirigeants tous issus de la "droiche", comme disait Madelin avant que le Front National ne lance la formulation UMPS.
 
Il faut sortir notre administration de la léthargie où l’a plongée la possibilité pour ses cadres dirigeants et pour les ministres de faire bêtise sur bêtise – ou de ne rien faire – sans risquer la moindre sanction. Il faut rendre à la Nation l’armée, la police et la justice qui lui sont nécessaires pour ne pas subir la perte de son identité. Il faut donner à nos enfants l’éducation et la formation professionnelle dont ils sont sevrés. Il faut se débarrasser de la bureaucratisation européenne et de l’esprit gnangnan imposé par une conception caricaturale des droits de l’homme.
Bref, si nous faisons cela notre énergie réformatrice sera entièrement absorbée pour redonner à la France ce qui lui fait défaut depuis plusieurs décennies, ce que nous avons laissé en déshérence au profit de chimères à la mode. Comme nous ne pouvons pas tout faire à la fois, n’ajoutons pas au programme de redressement national déjà lourdement chargé une sortie de l’euro qui nous mettrait à dos tous nos voisins avant même que nous ayons commencé à négocier avec eux les choses importantes, comme par exemple l’endiguement des flux migratoires.
 
Ceci étant, le niveau des raisonnements concluant à la nécessité de rester dans l’euro est parfois consternant. Dans Les Echos du 22 mars, par exemple, une journaliste reprend le cas de la tannerie Gal, une petite entreprise qui fabrique de la sellerie de très haut de gamme, dirigée par une femme venue exposer son cas dans une émission consacrée à Marine Le Pen. Celle-ci n’avait pas su répondre à ce chef d’entreprise travaillant principalement à l’export et important la quasi-totalité de ses fournitures, et pourtant tout dans ce dossier donnait à penser que Nathalie Gal et ses 15 salariés n’avaient rien à craindre de ce changement en dehors de quelques frais inhérents aux opérations de change : payer les peaux scandinaves plus cher en francs, du fait de la baisse de cette devise, ne conduit en aucune manière à vendre les selles de luxe plus cher en euros ou en dollars, la préservation du tarif antérieur suffisant pour engranger davantage de francs.
Dans le même article, Sabine Delanglade s’inquiète pour les achats de machines importées d’Allemagne, d’Italie ou du Japon, renchéris par une baisse du cours du franc. Mais où est le problème ? Les ventes en euros, dollars, yens, et autres devises rapporteront davantage de francs, permettant de compenser la hausse (en francs, pas en devises !) du prix des produits exportés. Pour une bonne partie d’entre eux, les discours visant à noircir le tableau des conséquences probables d’une sortie de l’euro en matière de compétitivité internationale ne démontrent que la méconnaissance par leurs auteurs de mécanismes économiques pourtant assez simples.
La vérité est que la sortie de l’euro ne serait ni une catastrophe, ni une panacée (1). Ceux qui la prônent comme ceux qui la proscrivent sont trop souvent motivés par le désir de ne rien changer – voire de revenir en arrière, comme Marine Le Pen en matière de retraites. Or notre pays a surtout et terriblement besoin de réformes structurelles et managériales pour devenir plus efficace – seul moyen durable de devenir plus compétitif.
 
(1) Pour plus ample réflexion sur ce sujet, voir François de Lacoste Lareymondie, "Sortir de l’euro : est-ce la bonne question ?"La nouvelle Revue Universelle, n° 47, hiver 2017.
Publié dans Avec l'Europe
Écrit par
En savoir plus... 0
L’élection présidentielle et l’euro
 
Plusieurs candidats ont fait de l’euro une question clé de la campagne présidentielle. Il convient donc de s’interroger à ce sujet. L’euro a-t-il tenu ses promesses ? Sinon, faut-il en sortir ? A la première question, la réponse est sans appel : non, l’euro n’a pas tenu ses promesses. A la seconde, la réponse est plus nuancée. L’euro n’a pas tenu ses promesses mais il ne s’ensuit pas qu’il faille en sortir. L’euro souffre de défauts congénitaux auxquels il est possible de porter remède.
 
Une monnaie unique ne fonctionne que si certaines conditions sont satisfaites. La première tient à la nature des économies des pays membres. Si elles sont structurellement semblables, aucun aménagement n’est nécessaire. Si elles sont dissemblables, des transferts inter-états doivent corriger les déséquilibres entre états membres. Aux Etats-Unis, la Californie et le Texas sont riches. L’Arkansas et l’Oklahoma sont pauvres. Des transferts fédéraux rétablissent l’équilibre entre les Etats. De tels transferts n’existent pas dans la zone euro.
La seconde condition tient à la politique économique. La politique américaine est définie à Washington. Dans la zone euro, la politique est définie par l’Allemagne. C’est une politique mercantile basée sur la compétitivité des entreprises. Celle de la France lui est opposée. Elle privilégie le pouvoir d’achat pour assurer la paix sociale. L’Allemagne jouit d’un solde commercial structurellement excédentaire, la France d’un solde structurellement déficitaire.
 
Cette situation se traduit par une créance de l’Allemagne sur les membres de la zone euro. Le chiffre était de 17,5 milliards euros en janvier 1999. Il est de 743 milliards en décembre 2016, soit 24 % du produit intérieur brut. A cette date, la France avait une dette 35 milliards d’euros. En valeur absolue, les dettes de l’Italie et de l’Espagne sont les plus élevées, 364 milliards et 333 milliards d’euros, respectivement. En valeur relative, c’est la Grèce qui arrive en tête (41 % du produit intérieur brut) devant le Portugal (39 %) et l’Espagne (30 %). La politique économique de la zone euro conduit donc à un déséquilibre croissant entre l’Allemagne et le reste de la zone euro.
 
Pour rester viable, la zone euro doit adopter des transferts inter-Etats et changer de politique économique. L’Allemagne est y opposée. L’euro ne peut survivre en l’état. Une solution consisterait à créer une zone, plus restreinte comprenant l’Allemagne, la France, les Pays-Bas, la Belgique, le Luxembourg, la Finlande et l’Autriche. Précisons que la France ne pourrait y participer qu’à la condition de consentir aux réformes structurelles que l’évolution de l’économie mondiale exige. Dans ce schéma, la sortie des autres pays de la zone euro pose un problème quasi insoluble.
 
Cette solution n’est pas satisfaisante. Une autre solution serait de convaincre l’Allemagne d’abandonner ses dogmes économiques. Elle devrait y consentir car elle est en infraction des règles de l’euro. Son solde commercial qui s’élève à 9 % du produit intérieur brut, est 3 % au-dessus de la limite imposée par le Pacte pour l’euro. C’est aussi dans son intérêt. Si rien n’est fait, sa créance non seulement atteindra des sommets mais sera constituée de débiteurs peu solvables. Quand la zone euro s’effondrera sous le poids de la dette, elle sera face à une économie européenne en pleine crise qui l’entraînera dans sa chute. La raison devrait la convaincre de modifier sa politique. Si elle y consent, la zone euro tiendra ses promesses.
Publié dans Avec l'Europe
Écrit par
En savoir plus... 0
Christine Angot, visage de la "gauche morale"
 
Non, Christine Angot ne regrette rien. "Moi agressive ?", s’étonne-t-elle ce lundi dans Libération, au rappel de sa prestation de vendredi sur France 2 face à François Fillon. Sous la Terreur, la justice expéditive des Comités de salut public devait probablement ressembler à ce procès bâclé et bavard auquel l’écrivain s’est prêtée, au nom du peuple français. Son intervention aurait pu être l’interpellation légitime d’une citoyenne s’adressant à un candidat donnant le sentiment de vivre dans un monde à part. Mais le dialogue est devenu une accusation sans preuves, motivée par la seule certitude de Mme Angot de représenter le peuple, la vertu, la vérité. La haine et l’hystérie ont crevé l’écran. "Je n’ai aucun sens de la répartie", concède la harengère, qui ne pousse pas plus loin son autocritique. Mme Angot, accueillie en héroïne sur deux pages du nouveau Père Duchesne, résume ce qu’est devenue la "gauche morale" : une violente imposture qui ne s’embarrasse pas du respect minimum dû à l’interlocuteur, condamné avant d’avoir été entendu. Le scandale Fillon, que la justice et les médias mettent en feuilleton en tirant le moindre bout de ficelle, pourrait devenir un scandale d’Etat, tant le poids de l’exécutif apparait de plus en plus dans la volonté de faire tomber le candidat des Républicains, au profit d’Emmanuel Macron.
 
Le problème n’est pas de savoir s’il y a, concrètement, un "cabinet noir" à l’Elysée. La gauche abuse de cet argument, improuvable en effet, pour contester la "machination" dont Fillon accuse François Hollande. Il existe plus sûrement des connivences informelles, des structures clandestines, qui lient entre eux, pour des motivations politiques, des élus, des policiers, des juges, des journalistes. Cette amicale des comploteurs n’est pas propre à ce quinquennat. Cependant, celle-ci est sacrément efficace. L’opération de déstabilisation de Fillon laisse voir une professionnelle maîtrise du temps et des dossiers. Dans ce contexte, les Républicains ont raison de saisir, ce lundi, le procureur de Paris et le procureur national financier, suite à des révélations apportées par le livre "Bienvenue Place Beauvau". Selon six responsables LR qui ont lancé la procédure, 17 passages du bouquin relèveraient des qualifications d’association de malfaiteurs, corruption, trafic d’influence, atteinte à la vie privée, abus d’autorité, violation du secret de l’enquête, du secret professionnel, etc. Rien n’est pire que les donneurs de leçons de morale qui ne s’appliquent pas à eux-mêmes ce qu’ils exigent des autres. La gauche est dans cette tartufferie. Le déchaînement de Mme Angot contre Fillon a symbolisé le visage, outrancier et injuste, du camp du Bien. Attention au retour de manivelle.

Paru sur blog.lefigaro.fr/rioufol, 27 mars 2017
Publié dans Du côté des élites
Écrit par
En savoir plus... 0
Présidentielles : critères de discernement
 
Beaucoup ne sont guère satisfaits de cette campagne présidentielle, qui ne semble permettre aucun réel débat de fond. Notre pays si fragilisé aurait pourtant bien besoin de profiter de ces élections pour vivre un vrai temps de discernement.
Discernement sur les questions majeures que nous rencontrons, les solutions à apporter, celui ou celle qui pourra le mieux les porter, discernement enfin sur les fondements et les repères communs qu’il nous faut retrouver pour vivre ensemble et que nous aurons à transmettre aux générations qui viennent. Mais ce discernement si nécessaire est empêché. Le débat semble impossible, comme si certains n’avaient pas intérêt à laisser s’exprimer un vrai dialogue de fond. Certains candidats d’abord, sans doute plus à l’aise dans le slogan ou l’incantation. Certains médias sûrement, préférant chercher le buzz qui rapporte de l’audience facile ou s’enivrant à l’idée de "faire l’élection" en flinguant les uns et encensant les autres. Leur travail serait pourtant nécessaire pour servir humblement la réflexion des Français en leur offrant les moyens d’un choix apaisé. Nos évêques pointaient déjà cette responsabilité dans le document "Retrouver le sens du politique" (à consulter
ici) : "Les médias ont un pouvoir d’influence dans leur manière de présenter les choses, et une responsabilité dans la qualité́ du débat public quand ils préfèrent slogans, petites phrases, et a priori réducteurs, à l’analyse sérieuse et au débat respectueux."
 
Malgré tout, il va bien falloir voter. L’Eglise rappelle que c’est un devoir moral pour tout catholique (voir Catéchisme de l’Eglise Catholique § 2240) et pas seulement un droit. Il faudra donc choisir. Sur quels critères ? L’Eglise donne-t-elle des consignes de vote ? Bien sûr que non. Elle ne veut pas nous infantiliser. Elle en appelle au contraire à notre conscience, se mettant au service de notre liberté en éclairant notre discernement. Comme souvent, l’Eglise nous interpelle, nous éclaire, nous encourage à prendre en compte tel ou tel sujet… mais nous laisse ensuite libres. En cela, nous restons responsables de notre vote. C’est aussi ce qui explique qu’il peut y avoir un réel pluralisme chez les catholiques, comme nous allons le voir.
 
Je vous propose pour ma part trois étapes pour notre discernement. Il n’y a rien d’infaillible dans mes propos, mais ils peuvent peut-être aider certains d’entre vous.
Revenir au programme
Si nous critiquons l’absence de débat de fond, nous ne pouvons pas nous-mêmes en rester à la forme. Plutôt que de vouloir sonder les reins et les cœurs de nos candidats, sachons ce qu’ils veulent faire concrètement pour notre pays. Prenons le temps de lire ces programmes, pour ne pas dire demain : "nous ne savions pas… ".
Ces programmes, nous pouvons les lire à la lumière des deux textes que nos évêques nous proposent :
ici et ici. Le premier liste quelques sujets essentiels sur lesquels ils attirent notre attention : projet de société, respect de la vie, éducation, famille, précarité, écologie, travail, immigration, violence, moralisation de la vie publique… Le deuxième dresse un constat grave et sérieux de la société, pour discerner les enjeux de cette élection importante.
Ces deux textes sont donnés pour éclairer notre discernement. La question à nous poser n’est pas : "existe-t-il un programme idéal et parfaitement conforme ?" (je ne le crois d’ailleurs pas) mais plutôt : "quel programme semble le mieux prendre en compte, même de façon imparfaite, les enjeux les plus décisifs pour notre société, avec l’éclairage que notre foi peut leur donner ?".
Au fond, il s’agit de discerner quel candidat et quel programme permettront que le bien commun, qu’une vision juste et respectueuse de l’homme et de la femme et les repères fondamentaux de notre société auxquels nous sommes tant attachés, puissent être protégés et reconnus plus largement. Il n’existe pas de "programme catholique" ni de programme parfait. Il existe par contre des cadres plus ou moins porteurs pour le bien commun et c’est à cela que nous sommes attachés comme catholiques, soucieux de l’avenir de toute notre société. Si les catholiques sont unis sur la finalité (le bien commun), ils peuvent ne pas avoir le même discernement sur les moyens (les mesures proposées par les candidats) qui vont permettre de progresser vers cette finalité. Quel "mieux possible" permettra chaque candidat ? A chacun de nous de discerner.
 
Empêcher de nouvelles transgressions
Si aucun de ces programmes n’est parfait, si "tout est lié" comme le dit le pape François, et qu’on ne peut réduire un programme à telle ou telle mesure qu’on y trouve, il me semble que notre conscience chrétienne doit rester particulièrement sensible aux questions éthiques qui touchent aux fondements même de la société, c’est-à-dire à l’anthropologie (vision ou définition de l’homme) sur laquelle se construit une vision authentique du bien commun. Pourquoi ? Parce qu’on touche là, comme l’ont toujours affirmé les papes, à la racine de tous les autres droits. Tout ce qui abîmera encore le respect de toute vie, la filiation, la famille… abîmera encore un peu plus toute la société.
Celle-ci a déjà été très fragilisée par différentes lois sociétales du quinquennat qui s’achève. Le minimum qu’on puisse espérer, c’est qu’il n’y ait pas de nouvelles transgressions éthiques dans les cinq prochaines années. Promouvoir le suicide assisté ou la PMA sans père – c’est-à-dire un droit à l’enfant généralisé – comme "nouveau progrès à conquérir" en dit long sur l’idée qu’on se fait du progrès… Il est encore temps pour les candidats concernés d’y renoncer, car cela ne pourrait que les disqualifier aux yeux de nombreux catholiques.
Ce progressisme éthique – même souriant – est destructeur. Il n’est pas un réel progrès car il ne fait qu’augmenter la confusion sur les grands principes qui doivent structurer notre vie ensemble. Une société libertaire, dans laquelle le désir individuel devient tout-puissant simplement parce qu’il est sincère, au détriment de la recherche du vrai bien pour tous, est une société toujours plus fragilisée et fracturée, dont les plus petits seront les premières victimes.
Certes, on mettra du temps pour reconstruire, et sans doute il nous faudra compter sur une prochaine génération d’élus pour cela. Certes, on peut regretter que certains ne soient pas plus courageux pour se libérer de la pensée dominante et reconstruire sans complexe ce que d’autres ont détruit sans scrupule. Mais si on peut au moins stopper la spirale de destruction, ce sera un premier pas et un cadeau pour les générations qui viennent.
 
Quel candidat et quelle équipe ?
L’élection n’est pas une canonisation. Je n’attends pas le Messie (il est déjà venu !) et ne réclame pas des candidats une perfection qui n’est pas de ce monde. Nos candidats sont à l’image de la société sécularisée de laquelle ils ont émergé. Ils en portent les désirs, les aspirations, les blessures, les fragilités et les faiblesses.
Ce qu’il nous faut discerner, c’est la capacité à gouverner des uns et des autres, dans le contexte national et international que l’on connaît. Si on croit
au rayonnement de la France et à sa vocation universelle, il faut que la personne qui sera élue soit en mesure de l’incarner. Dans la situation de guerre contre l’islamisme radical, de tensions internationales, de désordre intérieur, il faut un président solide, capable de garder la tête froide et le sens de ce qu’il sert. Qui sache trouver les mots pour parler aux Français lors des heures difficiles que nous ne manquerons pas de connaître à nouveau. Qui puisse donner du sens aux efforts que les Français vont devoir faire pour relever notre pays, socialement, moralement, économiquement.
Ce chef ne sera pas seul à exercer le pouvoir. Il va arriver avec une équipe, il va nommer des ministres, des hauts-fonctionnaires… c’est toute la tête du pays qui va être ainsi remodelée, tous les leviers du pouvoir qui vont arriver dans de nouvelles mains (ou pas !). On ne peut pas ignorer cela.
C’est ainsi une autre question qu’on peut se poser : au-delà des qualités et des limites du candidat, fera-t-il émerger autour de lui des figures qui pourront porter l’idée du bien commun que nous nous faisons ? Quelle nouvelle génération d’élus nous donnera-t-il ? Avec qui voudra ou pourra-t-il gouverner ? Cet entourage n’est jamais d’un seul bloc, il y a une certaine diversité ; mais permettra-t-il au moins à une véritable vision du bien commun d’exister et d’infuser ?
 
Voilà quelques idées, qui mériteraient certainement d’être développées. Des hommes et des femmes se soumettent à notre vote. Ne laissons personne décider pour nous. Ayons cette liberté intérieure qui nous fait discerner avec maturité et gravité celui ou celle que nous reconnaîtrons comme notre autorité légitime pour les cinq années qui viennent. Ce n’est pas d’abord un choix affectif. C’est d’abord un choix de la raison. Il ne nous est pas toujours donné de pouvoir admirer nos chefs, ou d’être enthousiasmés. Mais passant au-dessus de toute amertume ou rêverie, il nous faut les choisir et avec eux, les idées qui demain arriveront au pouvoir. Que chacun discerne, choisisse et agisse aussi : c’est en parlant, en échangeant, en faisant vivre ce dialogue de fond, que votre choix et celui de ceux qui vous entourent pourront converger vers le bien commun ! Le pape François nous le disait
aux JMJ de Cracovie
: ne laissez pas l’histoire se faire sans vous !
Paru sur www.padreblog.fr, 21 mars 2017
Publié dans A tout un chacun
Écrit par
En savoir plus... 0

Adossée à des fondamentaux politiques avérés. Magistro, une tribune critique de bon sens, raisonnée et libre, d'information civique et politique.

Top Desktop version