Magistro Beta

Switch to desktop Register Login

Le saccage du bien commun
 
1 - Dans le cadre du grand débat, Marlène Schiappa anime un débat féminin ce soir à Bordeaux sur le thème de l’égalité Homme/Femme avant la venue d’Emmanuel Macron dans la même ville, aux côtés d’Alain Juppé toujours dans le cadre du grand débat. Selon un sondage publié ce 28 février par Kantar Sofres pour le Figaro, Emmanuel Macron bénéficierait non seulement d’une consolidation de son électorat mais aussi d’une remontée de sa cote de confiance auprès des Français, notamment chez les écologistes (+14%), ainsi que chez les plus de 65 ans (+5% – ce qui confirme par une hausse de + 20 points chez les moins éduqués, surreprésentés chez les plus de 65 ans). Alors que la fracture française ne semble jamais avoir été aussi évidente, ne serait-on pas en train d’assister, à nouveau, à une stratégie d’addition de groupes sociologiques plutôt qu’à une tentative de transcender, chez les Français, ces mêmes groupes sociologiques ? 
Oui, ce phénomène correspond à l’américanisation de la politique française. Pour gagner les élections, il faut s’adresser à des segments de l’opinion les uns après les autres. Le corps électoral est ainsi pris en compte par catégories sociales, professionnelles, idéologiques, religieuses. Ce phénomène se rattache fortement à la personnalisation à outrance de la politique française. Nous ne sommes plus dans la logique d’un débat d’idées, ni même d’un projet de société, mais dans une pure logique de séduction. Le pouvoir s’incarne dans un visage et une silhouette ultra-médiatisés, dont la vocation est de plaire et d’être aimé. Le leader s’adresse non pas à la raison du citoyen ou de l’homo politicus, mais à l’émotion d’un groupe. Peut-être que le geste du président Macron recevant Greta Thumberg le 22 février, cette adolescente suédoise militant pour la planète, a séduit l’électorat écologiste expliquant ainsi ce regain de popularité dans ce milieu. De même, la hausse de 20 % de la popularité de M. Macron chez les plus de 65 ans pourrait être, au moins en partie, le fruit de son geste spectaculaire et ultra médiatisé que fut l’embrassade d’un retraité en larmes pendant sa visite au salon de l’agriculture le 23 février (sondage réalisé du 22 au 25). Ces épisodes ont marqué les esprits. Ils illustrent la politique moderne fondée sur la séduction et l’image médiatique.
 
2 - Quelles sont les limites d’une telle stratégie politique qui semble destinée à ressouder le bloc macroniste, notamment au travers "d’appels du pied" envoyé aux électeurs ayant une sensibilité écologiste, ou au travers des annonces concernant les Seniors ? Ne peut-on pas y voir une forme d’aveu d’impuissance politique au regard des enjeux ?
La limite de cette politique s’impose d’elle-même. Elle joue sur une corde émotionnelle. Elle repose sur l’image médiatique de l’instant. Elle peut donc se traduire par une hausse de quelques points dans les sondages, en provenance d’une catégorie sensible à tel ou tel geste emblématique, telle ou telle parole du chef de l’Etat. Le monde médiatique s’extasie de cette remontée. Mais d’abord elle est toute relative. 26 % de confiance populaire, cela reste extrêmement bas. Pour de Gaulle, l’institution présidentielle reposait toute entière sur la confiance du peuple. Un président durablement impopulaire était inconcevable. Or, depuis les années 2000, les taux de popularité des présidents de la République sont en chute constante. Leur surexposition permanente fait d’eux les réceptacles naturels du mécontentement populaire. La sur-communication ressemble aux saignées de Molière : un remède à l’impopularité qui ne fait qu’aggraver le mal. Ensuite, elle est extrêmement superficielle. Quelques points de gagnés en raison d’une apparition médiatique réussie, risquent de se reperdre bien vite. Un véritable regain de la confiance dans les profondeurs du pays ne pourrait tenir qu’à la réussite durable d’une politique : une baisse marquée du chômage (par rapport au niveau européen), de la pauvreté, une amélioration de la sécurité quotidienne, de la maîtrise de l’immigration, une diminution des déficits publics, etc. La confiance, c’est tout autre chose que le grand spectacle.
 
3 - Dans une tribune publiée par le Figaro, le politologue Luc Rouban écrit : "c’est le niveau d’antilibéralisme économique et d’anticapitalisme qui reste la variable déterminante" du nouveau clivage français, sans que celui-ci ne soit de gauche ou de droite, mais tout en contestant l’idée d’une disparition du clivage droite-gauche. Au regard de ces différentes analyses, quelles seraient les lignes de force politique qui permettraient de transcender ces différentes catégories sociologiques, plutôt que de chercher à en faire l’addition ? 
Le paysage idéologique français est confus et morcelé. Il est évident qu’il ne peut plus se réduire à la classique opposition droite gauche. Au moins deux clivages se superposent. L’un est celui qui oppose la bourgeoisie urbaine, formée dans les écoles et les universités, à l’aise dans la modernité, ouverte sur l’international et sur l’Europe, à la France populaire, rurale, banlieusarde, oubliée de la mondialisation, bref, la France périphérique. L’autre met face à face une approche conservatrice et l’autre dite progressiste sur les sujets de société (immigration, mariage, religion, etc.) En croisant ces deux clivages, on obtient grosso modo quatre grands blocs idéologiques, à peu près calqués sur les principaux partis, LR, LREM, RN, Insoumis/gauche. La cassure entre ces quatre blocs est profonde, irréconciliable, radicale, rendant quasi impossible la constitution d’une majorité. D’autant qu’ils sont eux-mêmes fragmentés. C’est par un bouleversement de la culture politique que l’on peut espérer affaiblir ces clivages et essayer de réunir 2 Français sur 3. Il faut sortir la politique de l’impasse émotionnelle ou elle s’engloutit chaque jour, la personnalisation à outrance, les jeux d’adoration, d’idolâtrie et de lynchage qui poussent à la haine des Français les uns contre les autres. Et au contraire tenter de la refonder sur un discours de vérité – où en est-on, que peut-on faire vraiment – et sur l’action authentique en faveur de l’intérêt général : que faire concrètement pour lutter contre le chômage, l’insécurité, améliorer la maîtrise de l’immigration, redresser le niveau scolaire, réduire la dette publique, restaurer la compétitivité de la France, réduire drastiquement le niveau des impôts…

Paru sur maximetandonnet.wordpress.com (pour Atlantico avec M. Edouard Husson), 1er mars 2019
Publié dans Du côté des élites
Écrit par
En savoir plus... 0
Des valeurs et des frontières, le nouvel équilibre européen de Macron
 
Plus original dans la forme, plus classique sur le fond. S’adresser directement et simultanément aux habitants des vingt-huit pays de l’Union européenne - Royaume-Uni compris -, c’est inédit pour un dirigeant européen. Ce choix recèle un double message. Le premier est qu’Emmanuel Macron croit en une citoyenneté européenne transcendant les appartenances nationales. Ce n’est pas une surprise. Dans son discours de la Sorbonne, il avait plaidé pour des listes transnationales aux européennes. Ce projet a été balayé par ses partenaires, il en reprend l’esprit à travers cette tribune.
Second message : par cet appel direct, il rompt avec la pratique habituelle des europhiles qui, au nom de la logique communautaire, se méfient à la fois de toute mise en avant personnelle et de toute adresse directe aux peuples. C’est une nouvelle forme du "en même temp" macronien : faire le pari de l’élan individuel et solitaire pour relancer un projet collectif. Comme s’il voulait marier le style d’un de Gaulle et les convictions d’un Delors.
Cette synthèse assumée sort des figures imposées du débat européen où les "fédéralistes" s’opposent en tout point aux "souverainistes". Bien sûr, Emmanuel Macron ne change pas radicalement de grille de lecture. Son combat reste plus que jamais tourné contre les "nationalistes" - qu’il a renoncé depuis quelques mois déjà à appeler "populistes". Contre ce "repli nationaliste" qui est "un rejet sans projet" ; contre ces "exploiteurs de colère, soutenus par les fausses informations qui promettent tout et son contraire".
Mais le président français procède à deux inflexions majeures. La première est de sortir de la réponse frontale. Au "nationalisme", il n’oppose pas le "fédéralisme", mais la "souveraineté européenne", notion autrement plus tempérée et équilibrée. Au "repli", il n’oppose pas "l’ouverture", mais la "protection". Face à ceux qui veulent moins d’Europe, il ne propose pas plus d’Europe, mais au contraire un retour à ses "valeurs" fondatrices : liberté, protection, progrès.
Une expression résume sa vision : "une Europe qui protège à la fois ses valeurs et ses frontières". Ce dernier mot est essentiel. Longtemps l’invocation des frontières appartenait au registre des souverainistes. Il était synonyme de fermeture, de repli. C’était un mot-clé de la campagne de Nicolas Sarkozy en 2012, lorsqu’il voulait reconquérir l’électorat FN. Certes, les frontières que défend Macron sont à l’échelle de l’ensemble de l’Union, pas à celle des États. Mais les europhiles, dont il est, ont admis que le projet européen serait définitivement rejeté par les peuples s’il ne répondait pas d’abord à ce besoin de protection dans tous les domaines (commercial, social, identitaire, sécuritaire…). Macron a compris que les "nationalistes" avaient prospéré sur l’impuissance, voire le refus, des instances communautaires à prendre en compte les peurs des peuples.
D’où sa deuxième inflexion : ne plus entretenir un clivage interne à l’Union en pointant du doigt les "méchants": la Hongrie, l’Italie, la Pologne ; mais tenter de susciter un sentiment commun d’appartenance face aux menaces extérieures de la Russie, la Chine ou les États-Unis.
Pour gagner son match avec Marine Le Pen, Emmanuel Macron rejette la carte d’une eurobéatitude qui n’a plus guère d’adeptes. S’il sort de la caricature, il lui reste malgré tout à réenchanter le rêve européen. Une "agence", une "conférence", un "office", une "banque"… Les propositions formulées dans sa tribune sont peut-être pertinentes. Mais insuffisantes pour croire à la "renaissance européenne" qu’il appelle de ses vœux.

Paru dans Le Figaro, 5 mars 2019
Publié dans Avec l'Europe
Écrit par
En savoir plus... 0
L’énigme Pierre Pucheu
 
Dans les derniers jours du mois d’avril 1943, un certain François Mitterrand, ancien membre du Commissariat général aux prisonniers de guerre (État français) reçoit la Francisque en récompense de ses loyaux services envers le régime du Maréchal Pétain. Au même moment, un certain Pierre Pucheu, ancien et éphémère ministre de l’Intérieur du même État français (juillet 1941-avril 1942) entreprend de rejoindre l’Afrique du Nord, via l’Espagne où il s’est réfugié en attendant que soit acceptée sa demande de servir comme simple capitaine dans les rangs de la France combattante.
 
Le premier deviendra président de la République quelques années après le général de Gaulle.
Le second sera fusillé le 20 mars 1944 après un simulacre de procès ordonné par le même général de Gaulle.
 
Gilles Antonowicz, déjà auteur d’une admirable biographie de Jacques Isorni, nous livre ici ce qui peut se faire de mieux dans un travail d’historien combiné à celui d’un avocat. La personnalité et les actes de Pierre Pucheu sont passés au crible d’une analyse rigoureuse. C’est aussi haletant qu’un excellent roman policier. L’enquête est menée avec rigueur et impartialité. Elle n’excuse aucune faute ni erreur, aucune compromission, mais elle réduit à néant les amalgames, les idées reçues, et surtout une légende noire fabriquée de toutes pièces par un parti communiste en quête de bouc-émissaire pour faire oublier ses propres turpitudes collaborationnistes. La remarquable manipulation politique, opérée à cette occasion par le général de Gaulle, est impitoyablement mise en lumière. En faisant exécuter Pucheu, le chef de la France libre fait d’une pierre deux coups : il s’attire les bonnes grâces des soviétiques et de leurs séides hexagonaux dont il a désespérément besoin sur son flanc gauche. À sa droite, il anéantit l’idée "du sabre et du bouclier" en fixant dans le sang la limite à ne pas franchir dans la compromission avec Vichy. Enfin, pour être précis, pas pour tout le monde, selon le degré d’utilité de chacun à la place qui lui a été assignée par l’homme du 18 juin. Ainsi, Maurice Couve de Murville, comme beaucoup d’autres, passera entre les mailles du filet, de Vichy à l’hôtel de Matignon. Mais Pucheu aura été plus utile avec douze balles dans la peau.
 
Utilisant l’une des plus belles armes de l’historien, à savoir la chronologie (tant méprisée de nos jours), Antonowicz réduit à néant la légende noire d’un Pucheu responsable des fusillades tragiques comme celle de Chateaubriant. Il replace ainsi tous les faits et gestes du personnage dans le contexte de son bref passage au ministère de l’Intérieur (un peu plus de huit mois) pour dégager sa responsabilité de tout ce qui a été commis avant et après lui.
 
L’étude approfondie de la composition, du fonctionnement et de la décision du tribunal d’exception qui condamna Pucheu est un travail de référence dont le lecteur ne peut sortir indemne. L’écœurement vous poursuit longtemps après en avoir tourné la dernière page.
La mort héroïque de Pucheu, qui refusa d’avoir les yeux bandés et commanda lui-même le peloton d’exécution, rétablit toutefois une confiance en la nature humaine quelque peu mise à mal jusque-là.
 
L’énigme Pierre Pucheu, Nouveau Monde Éditions, 2018.
Un maître livre, indispensable.

Envoyé par l'auteur, 4 mars 2019                
Publié dans Devant l'histoire
Écrit par
En savoir plus... 0
Bouteflika, symbole du mal-être de l'Algérie
 
Dans les traditions du Maghreb, le chiffre 5 est censé porter bonheur. Les mères bénissent leurs enfants les doigts grands ouverts au-dessus de leurs têtes, ou leur accrochent autour du cou des pendentifs en forme de main. En Algérie pourtant, depuis quelques jours, des manifestations vouent aux gémonies ce chiffre 5. Le porte-bonheur est devenu symbole du malheur algérien. Du mal-vivre de tout un pays gangrené par une démographie exubérante, la corruption endémique, l'aliénation à une économie de rente, fondée sur les deux seules richesses du pays, le pétrole et le gaz. Le chiffre 5, comme le 5
e  mandat présidentiel que s'apprête à solliciter un Bouteflika moribond, momie mutique, passant sa vie de pantin désarticulé entre Alger et Grenoble, où réside son médecin traitant.
Bouteflika a symbolisé à son avènement la fin de la guerre civile des années 1990 et la défaite improbable des islamistes. Bouteflika incarne aujourd'hui le chantage exercé par une camarilla d'affairistes et de militaires : Bouteflika ou la guerre, version algérienne du très gaullien "Moi ou le chaos".
Quand on parle de l'Algérie, le spectre du général de Gaulle n'est jamais loin. Bouteflika fut ministre du gouvernement Ben Bella en 1962 à l'indépendance algérienne. Il avait 25 ans et était une des vedettes de la dolce vita algéroise de l'époque !
Bouteflika incarne ce FLN à qui le Général a livré l'Algérie, alors même que l'armée française avait gagné la guerre sur le terrain. Des adversaires impitoyables qui exécutèrent par milliers opposants politiques et harkis fidèles à la France, et chassèrent violemment les pieds-noirs ("la valise ou le cercueil"), alors qu'ils auraient pu stabiliser l'État et l'économie du nouveau pays, à l'instar de ce que fit Mandela avec les Blancs d'Afrique du Sud. Un FLN qui, dès les années 1960, au temps de Boumediene, refusa de prendre des mesures de répression démographique à la manière chinoise, au nom d'une politique de puissance qui a étouffé tout développement économique. Un FLN enfin qui engagea l'arabisation de l'éducation pour extirper les traces de la colonisation française, et fit ainsi le lit des enseignants islamistes.
Après que l'armée eut gagné la guerre civile, Bouteflika, au nom de la réconciliation nationale, a ouvert les prisons et donné les clés de la société aux islamistes, préparant leur victoire politique future. Il ne faut jamais oublier que la bataille du FLN contre le colonisateur français se fit au nom de l'islam contre "les infidèles". Des infidèles chez qui toute l'Algérie a pris l'habitude de se faire soigner et de déverser son trop-plein démographique depuis cinquante ans - alors que de Gaulle avait accordé l'indépendance à l'Algérie pour que son village ne devienne pas Colombey-les-deux-Mosquées. Des infidèles assez fous pour avoir multiplié les lois (dans la lignée des accords d'Évian, jamais abrogés) qui permettront demain à des millions d'Algériens de venir retrouver un frère, un père, un cousin résidant déjà en France. Une invasion légale qu'avait prophétisée il y a des décennies le lointain prédécesseur de Bouteflika, Houari Boumediene…

Paru dans Le Figaro Magazine, 1er mars 2019
Publié dans De par le monde
Écrit par
En savoir plus... 0
Hidjab dans le sport : les complices du pire
 
Bonne nouvelle : la résistance face à l’emprise islamiste en France ose enfin se manifester, sans craindre les culpabilisations des faiseurs de morale. La société française Décathlon, qui se vantait mardi matin d’"assumer complètement" la commercialisation prochaine d’un hidjab pour les pratiquantes de course à pied, annonçait mardi soir qu’elle suspendait son initiative, en prétextant "une vague d’insultes et de menaces" sans précédent. En réalité, Décathlon semble surtout avoir pris la mesure des appels au boycott de sa marque. Même Aurore Bergé, porte-parole de LaRem à l’Assemblée nationale, avait estimé dans un tweet : "Mon choix de femme et de citoyenne sera de ne plus faire confiance à une marque qui rompt avec nos valeurs". Il y a encore peu, la dénonciation de l’islamisme se heurtait aux intimidations de ceux qui feignaient d’y entendre une critique portée aux musulmans en général. Cette attitude est, certes, encore répandue. Mardi soir, lors d’un débat sur
CNews, la députée LaRem Fiona Lazaar m’a reproché de rapprocher hidjab et islamisme, en estimant que ces mots n’avaient "rien à voir" entre eux. Reste que de plus en plus d’esprits lucides reconnaissent dans ce signe distinctif la revendication d’un séparatisme culturel et l’appartenance à une civilisation qui, notamment, considère la femme comme un être inférieur. Ceux qui, comme la ministre de la justice Nicole Belloubet ce mercredi sur BFMTV, dénoncent une "hystérisation" du débat, prennent le risque de se faire les "complices du pire", pour reprendre une expression qu’Emmanuel Macron a réservé hier à ceux qui participent aux manifestations des Gilets jaunes.
Décathlon a le droit de commercialiser ce type de vêtement communautaire. Aucune loi ne l’interdit. Mais l’argument commercial n’est pas suffisant quand, en Iran des femmes défient le régime dictatorial de mollahs en enlevant courageusement leur voile en public. Actuellement, en Algérie, se développe un mouvement similaire. Sous le hastag ""Les prisonnières du voile en Algérie", des musulmanes dénoncent le hidjab qu’elles voient comme un "instrument d’oppression". Elles disent combattre le voile et non l’islam. La place de la France des Lumières et de l’émancipation est d’être auprès de ces musulmanes qui refusent leur infantilisation culturelle et le sexisme de la culture coranique appliquée à la lettre. C’est pourquoi Décathlon, société française, aurait déshonoré la mémoire de la nation en se soumettant aux exigences de visibilité d’une idéologie d’essence totalitaire qui prospère sur les faiblesses des démocraties molles. Les complices du pire sont ceux qui, par souci d’apaisement ou de compréhension, sont prêts à toujours plus d’accommodements avec ceux qui n’entendent pas se plier aux exigences d’intégration de la société française. Faut-il rappeler l’article 21-24 du code civil, qui fait toujours de l’assimilation la condition nécessaire pour obtenir la naturalisation française ? Jusqu’alors, le sport était l’endroit neutre par excellence. La tentative de l’islam radical de le subvertir justifierait, à l’instar de ce qui s’est fait pour protéger l’école de la pression fondamentaliste, une réflexion sur l’interdiction du voile dans cette activité. Qu'en pensez-vous?

Paru sur blog.lefigaro.fr/rioufol, 27 février 2019
Publié dans En France
Écrit par
En savoir plus... 0
Y a-t-il des guerres justes ? (4)
 
Faut-il se rallier à une position pacifiste ? Que faut-il penser de la notion de guerre juste ? A-t-elle encore une valeur ?  
Suite à l’urbanisation de la planète, les guerres ont tendance à devenir des guerres urbaines. Dans le passé, il y avait plus de militaires tués que de civils. Aujourd’hui c’est l'inverse - dix fois plus.
La combinaison de l’urbanisation, de l’hyper-technologie, de la guerre indirecte et des tactiques terroristes rend particulièrement difficile le jugement moral sur ces sujets.
 
De très nombreux auteurs ont disserté sur la guerre juste : Cicéron, saint Augustin, Vitoria, Suarez, Luther, Érasme (voir par exemple les textes choisis dans Gregory M. Reichberg, Henryk Syse, Endre Begby, The Ethics of War. Classic and Contemporary Reading, Blackwell, 2006). Pratiquement toutes les civilisations en ont parlé (Paul Robinson (éd.), Just war in Comparative Perspective, Ashgate, 2003).
 
Saint Thomas d’Aquin définit la guerre juste dans le traité "De la Charité" de sa Somme théologique.
Selon son enseignement (Somme théologique, IIa-IIae, Question 40), qui résume une doctrine traditionnelle, la guerre est un péché qui s’oppose à la charité, à l’amour du prochain, à l’amour que les groupes humains doivent avoir les uns pour les autres. Néanmoins, il existe aussi un droit et un devoir de se défendre et de défendre le bien commun. Nous savons qu'autrement, le monde serait livré au premier malfaiteur et à la guerre entre malfaiteurs. Mais un recours à la force armée ne peut être juste qu’à trois conditions :  
- 1° qu’il soit décidé par l’autorité légitime (autrement dit : pas de guerre privée).
- 2° qu’il vise à défende une juste cause, c’est-à-dire à corriger un tort très grave, réellement causé au bien commun.
- 3° qu’il soit mené avec une intention droite.
 
1° La guerre juste doit être décidée par une "autorité légitime"
Selon le droit international, aujourd’hui (nous parlerons de l'ONU plus longuement dans un autre article), il n’y a qu’une seule autorité légitime en la matière : le Conseil de Sécurité de l’ONU (CS). Toute guerre sans son aval, sauf cas de légitime défense, est une guerre d’agression. Mais cela n’a pas empêché les Américains d’aller en Irak en 2003 sans mandat du CS sous le président Bush II et plusieurs nations de les y accompagner. Le droit international fonctionne davantage comme un idéal international que comme un droit ou une constitution. L’"autorité légitime" légale n’a en fait guère de pouvoir, ni d’autorité.
Quand il y a opposition entre grandes puissances, le conflit porte précisément sur le point de savoir qui est, et où sera, l’autorité légitime effective ; autrement dit, qui détient de fait et détiendra le pouvoir constituant mondial, ou qui peut prétendre le détenir légitimement. Autrement dit, la règle thomiste de l’autorité légitime peut difficilement servir, dans une époque mondialisée, non qu'elle ait perdu sa valeur, mais parce que c’est son interprétation qui constitue précisément l’enjeu du conflit. Le CS n’est plus en fait qu’un utile forum de discussion, non une instance de décision, puisqu’il décide en général de ne prendre aucune résolution, dès que les grandes puissances ne sont pas d’accord. L’"autorité légitime" est de fait l’autorité nationale, si la nation est assez puissante. 
 
2° Intention droite
Ce qui reste très important, et non problématique, dans cette doctrine de guerre juste, c’est qu’il ne doit pas y avoir de guerre privée. C’est ce qui permet de comprendre la règle d’"intention droite", qui est la conséquence de la précédente. 
Dans une époque marquée par l’individualisme et la privatisation, il n’est pas inutile de rappeler cet enseignement : on n’a pas moralement le droit de faire de la guerre sa guerre à soi, ni d’y entrer de sa propre autorité, ni de la mener pour des motifs personnels. Ce qui donc est exigé moralement du soldat, c’est d’exercer son activité dans l’obéissance à l’autorité politique, à sa hiérarchie, et de rester dans le cadre de sa mission. Cette stricte discipline est aussi une condition de l’unité d’action et donc de l’efficacité de la force. S’il agit dans l’obéissance, il est un agent du pouvoir, qui seul a droit de recourir à la force au service du bien commun. S’il sort de l’obéissance, il n’est plus qu’un aventurier et un malfaiteur. 
Bien sûr il y a le cas où le pouvoir perdrait le Nord, et donnerait des ordres aberrants du point de vue moral. En ce cas, il faut obéir à sa conscience, même si cela conduit à désobéir et à se voir sanctionné. Cela fait partie de la grandeur tragique du soldat. Toutefois, une conscience a le devoir de s’éclairer et de ne pas se prendre pour un oracle du bien et du mal. De plus, le citoyen sait que le pouvoir dispose normalement d’une meilleure vue d’ensemble des situations, d’informations plus précises, à jour et plus sûres. Le doute de la conscience sur elle-même est donc souvent raisonnable et ce peut être encore suivre sa conscience que ne pas en suivre le premier mouvement.
 
Il n’est pas anormal qu’un militaire ait des doutes sur la justice de la guerre qu’on lui fait faire, sur la pertinence du jugement et des décisions prises par les plus hautes autorités de son État. Est-ce que cela veut dire qu’il n’obéira pas ? Il ne sait pas avec certitude que son État a tort. Par contre, il sait avec certitude que si la force n’est pas disciplinée, il n’y a plus d’État. C’est pourquoi en général il donnera sa confiance de principe et son obéissance aux hommes au pouvoir, mais non sans avoir réservé sa liberté de jugement. Il regarde dans les yeux les autorités suprêmes, et le politique doit pouvoir soutenir ce regard, celui d’un homme libre et juste. Si le politique sait lire dans un tel regard, il a conscience de porter, lui et lui seul, l’entière responsabilité morale de l’injustice éventuelle de ce recours à la force. Des militaires seront responsables de crimes éventuels commis dans cette guerre, mais le politique sera seul responsable du crime que peut être cette guerre. 

Il est naturel que le soldat soit affectivement attaché, sinon toujours au pouvoir qu’il sert directement, son État, du moins au corps politique dont ce pouvoir est la tête – à son pays, à sa patrie, à sa nation. Mais cela ne doit pas transformer pour lui en guerre privée, en affaire personnelle, un conflit dans lequel il se trouve engagé. Il a le droit de prendre une guerre à cœur, pas de s’y jeter à corps perdu.
Le combattant, surtout l’officier, doit garder une certaine distance, notamment par rapport à la propagande et dans le regard porté sur l’ennemi. "Le sang de nos ennemis est toujours le sang des hommes". Même si l’ennemi avait si absolument tort que notre défense fût absolument justifiée, il n’y aurait pas lieu de considérer a priori un combattant d’en face comme un démon. Contrairement à ce qu’on pense intuitivement, ce détachement relatif, cette absence de fanatisme politique, est probablement une condition d’action plus rationnelle et d’efficacité. 
 
3° La guerre juste n’existe que si le bien commun est gravement en cause
Dans une époque de privatisation maximale, il est difficile de comprendre la simple notion du bien commun. Pourtant, c'est par là que la guerre juste s’oppose à la guerre injuste.
Sans excuser ni justifier l’agresseur, il n’est pas toujours facile de dire où est la justice, car il est rare que l’agresseur ne pense pas avoir bonne cause et que les torts ne soient pas plus ou moins partagés. De plus, très souvent, l’agresseur a peur d’être agressé et prend les devants. Était-il fondé à avoir peur ? Relativement à quels intérêts ? Est-il tombé dans le piège d’une provocation ? Et ainsi, qui est réellement l’agresseur ? 
De plus, chaque guerre donne lieu à des plaidoiries politiques. Tout, y compris mettre à feu et à sang une région pour y contrôler des puits de pétrole, peut être rationalisé – la rationalisation est possible pour tout –, mais cela ne signifie pas qu’un juge équitable se satisferait de ces arguments.
Un accord sur ces sujets suppose l’établissement d’un concept commun de justice. Malheureusement, bien que nous ayons tous cette grande idée de justice, ce sont précisément sa définition précise et sa fondation rigoureuse qui sont parfois les enjeux du conflit.
 
P.S. Une version simplifiée de ce texte est parue il y a deux ans sur le site Aleteia . J'ai aussi développé mes vues sur la guerre et la paix dans
La formation des décideurs. Méditations sur un humanisme qui vient, Mame, 2018.
Paru sur www.henrihude.fr, janvier 2019


Publié dans A tout un chacun
Écrit par
En savoir plus... 0
Trump a la diplomatie de sa réélection
 
CHRONIQUE - Chine, Corée du Nord, Venezuela... La politique étrangère du président américain ne vise qu'un seul but : obtenir un second mandat en 2020. Rarement dans l'histoire des États-Unis d'Amérique et de la Maison-Blanche une politique étrangère aura été aussi méticuleusement orientée vers un seul but: la réélection du président.
 
Homme pragmatique, Donald Trump ne s'embarrasse pas de grandes idées sur trente-six sujets. Après le résultat mitigé des élections législatives de mi-mandat, le président s'est fixé un objectif prioritaire : il a décidé de ne gaspiller aucune énergie qui ne serve pas la préparation de sa campagne électorale de 2020. Sa stratégie vise à pouvoir remobiliser entièrement sa base électorale de 2016, tout en grappillant quelques voix supplémentaires au centre.
Dans sa tête, son programme électoral est déjà en place. Il repose sur trois concepts simples, qu'il exploitera à l'envi : réélisez-moi car grâce à ma politique intérieure, on n'entre plus sur le territoire américain comme dans un moulin ; grâce à ma politique économique, le taux de chômage n'a jamais été aussi bas ; grâce à ma politique étrangère, le sol américain est sanctuarisé et les intérêts américains sont protégés dans le monde. Sur ces trois sujets, peu importe la vérité des faits : la seule chose qui compte en politique est le ressenti.
Donald Trump tiendra, les 27 et 28 février 2019, un sommet avec le dictateur nord-coréen Kim Jong-un. Le propos du président américain à son nouvel "ami" est simple : renoncez aux armes nucléaires, les sanctions seront levées et vous réussirez aussi bien que les Vietnamiens (que les Américains ne soumettent à aucun embargo d'aucune sorte et qui sont pourtant restés officiellement communistes). Trump a dit qu'il n'était pas pressé. La seule chose qui compte pour lui est que Pyongyang ne reprenne aucun essai balistique ou atomique. Car le message que veut donner Trump à son électorat tient en une phrase : par mon audacieuse diplomatie, j'ai désamorcé une menace nucléaire qui pesait sur le territoire américain. C'est d'autant plus crédible que le premier ministre japonais, Shinzo Abe, s'est mis en tête de proposer Trump pour le prix Nobel de la paix…

Après avoir soufflé le froid sur les Chinois pendant plus d'un an, Donald Trump a décidé ce lundi 25 février de passer à l'air chaud. Il a repoussé aux calendes grecques l'augmentation punitive des droits de douane imposés aux produits chinois de 10 à 25 %, qui devait se faire le 1er  mars. Il a laissé entendre qu'un accord commercial important pourrait sortir de sa prochaine rencontre en Floride avec Xi Jinping. Les Bourses asiatiques et occidentales sont aussitôt repassées au vert, tant elles sont attentives aux ratés du moteur économique sino-américain. Trump était prêt à se brouiller un long moment avec la Chine, mais pas au prix d'une récession économique aux États-Unis, qu'on lui aurait aussitôt imputée.
Appliquant le vieux principe diplomatique qu'on préfère toujours un diable qu'on connaît à un dieu qu'on ignore, Xi Jinping est prêt à jouer la réélection de Trump. Les Chinois sont parfois désorientés par l'imprévisibilité du président américain, mais ils lui reconnaissent un grand mérite: son insensibilité absolue aux questions des droits de l'homme. Pékin est prêt à s'engager à respecter la propriété intellectuelle américaine, et à importer davantage de produits américains, offrant ainsi à Trump une victoire diplomatique qu'il pourra exploiter dans sa campagne.
Les cyberattaques de l'État chinois contre les firmes européennes ne s'arrêteront probablement pas pour autant ; mais Trump n'en a que faire. Il n'a jamais conçu l'Amérique comme une protectrice bienveillante et gratuite des Européens.
Le soudain intérêt de Trump pour le Venezuela est motivé par son désir de gagner davantage de voix chez les électeurs latinos, qui sont souvent socialement des conservateurs et qui détestent le castrisme. Trump, qui n'aime pas la guerre, n'enverra pas les marines "neutraliser" Maduro. Mais il emploiera tous les autres moyens à sa disposition pour le faire partir.

Étant le contraire d'un néoconservateur, Trump estime que les soldats américains n'ont rien à faire dans les bourbiers syrien et afghan, auxquels l'électeur moyen américain ne comprend rien. Il les retirera dès qu'il pourra le faire sans publicité négative pour lui.
Pour ne pas paraître "vendu aux Russes", Trump a renoncé à améliorer les relations Washington-Moscou d'ici à la fin de son premier mandat. De toute façon, Poutine ne l'aide pas beaucoup, comme le montre l'embastillement de l'investisseur américain Michael Calvey, signalant le renoncement des "siloviki" (les hommes responsables des "ministères de force" russes) à installer un État de droit chez eux.
Tout cela fait-il une grande politique étrangère digne de figurer dans les livres d'histoire ? Sans doute pas. Mais, pour l'heure, Donald Trump n'en a cure…

Paru dans Le Figaro, 26 février 2019
Publié dans De par le monde
Écrit par
En savoir plus... 0
L’introuvable séparation des pouvoirs
 
Le Premier ministre a déclaré que les rédacteurs du rapport sénatorial sur l’affaire Benalla "méconnaissent le principe de séparation des pouvoirs". Il s’agit là d’une de ces déclarations dont on rit, mais qui devrait nous faire pleurer. Car le principe de séparation des pouvoirs, en France comme dans beaucoup de pays, est très mal appliqué. Pourquoi ? Parce que la séparation des pouvoirs requiert non seulement de la bonne volonté, une coopération franche et loyale entre le Législateur et l’Exécutif, mais aussi de la clarté dans les idées. Or, hélas, le monde politique ne cultive guère la clarté conceptuelle, indispensable pour savoir ce qui dépend du pouvoir législatif et ce qui dépend de l’Exécutif.
 
L’exemple des lois de finance
Le méli-mélo conceptuel qui préside à la préparation et au vote des lois de finances annuelles, ce "budget" de l’année N+1 soumis au vote des parlementaires durant les dernières semaines de l’année N, est extraordinaire. Ces textes n’ont en effet pas grand-chose à voir avec la notion de loi, texte qui présente des règles devant être respectées de manière pérenne par chaque citoyen et chaque organisation. Or une "loi de finances" formule un ensemble de commandements valables, dans une forte proportion des cas, uniquement pour l’année N+1. C’est en particulier le cas pour les enveloppes budgétaires attribuées aux ministères ou aux actions spécifiques : l’année suivante les montants attribués ne seront, sauf exception, pas les mêmes.
 
Hayek, dans Droit, législation et liberté, explique clairement la différence entre les "lois de juste conduite", qui précisent les principes que doivent respecter à la fois les citoyens, les administrations, les entreprises et les autres sortes d’agents, et les "commandements", par lesquels l’exécutif ordonne de faire ceci ou cela. Dans un pays respectant le principe de séparation des pouvoirs, il reviendrait au Législateur d’écrire et promulguer les lois de juste conduite, et au Gouvernement d’agir dans l’intérêt de la Nation en prenant les décisions concrètes, dans le respect des lois.
Un pays où l’on appelle "loi" des textes contenant des ribambelles de dispositions destinées à la marche des affaires tant privées que publiques, comme le taux de tel impôt ou le budget de telle administration, souffre de confusion des pouvoirs.
 
En France, la Constitution prend acte de cette confusion et donne à l’Exécutif le moyen de faire son travail en décidant chaque année quel sera le budget de l’année suivante : c’est l’article 49-3, qui autorise le Premier ministre à "engager la responsabilité du Gouvernement devant l’Assemblée nationale sur le vote d’un projet de loi de finances ou de financement de la sécurité sociale." Le texte est alors "considéré comme adopté, sauf si une motion de censure, déposée dans les 24 heures qui suivent, est votée dans les conditions prévues à l’alinéa précédent." Sans cet article qui redonne de façon compliquée le pouvoir budgétaire à l’Exécutif, le pays serait ingouvernable.
 
Le contrôle a posteriori de l’action gouvernementale
Ce qui précède ne signifie nullement que l’Exécutif doive être mis à l’abri de tout contrôle. Et il ne serait pas absurde de confier ce contrôle à deux institutions complémentaires, une Cour des comptes aux compétences élargies pour en faire une institution de contrôle technique de l’action gouvernementale, et un organe émanant du Législateur. La Cour analyserait l’action gouvernementale et, en s’appuyant sur ces analyses, le Législateur donnerait quitus de sa gestion au Gouvernement, ou lui ferait des remontrances dûment circonstanciées. En cas d’infractions sérieuses aux règles de juste conduite, ou d’incompétence, le Législateur renverrait à leur foyer certains membres, ou tous les membres, du Gouvernement, et le président de la République ferait le nécessaire pour mettre en place un nouveau Gouvernement.
Une telle organisation permettrait une réelle séparation des pouvoirs. Le Gouvernement ne perdrait plus son temps à faire des lois qui sont en réalité des ensembles de décrets et d’arrêtés revêtus du sceau parlementaire : il pourrait travailler de manière plus sereine, n’ayant pas à batailler avec le Parlement pour chaque action, comme c’est le cas actuellement. En revanche, sa responsabilité globale et celle de chacun de ses membres à titre personnel serait clairement engagée. Le Gouvernement aurait beaucoup plus de liberté d’action, il n’y aurait plus de contrôle a priori par le Parlement, mais un contrôle a posteriori effectué par une instance parlementaire placée dans de bonnes conditions pour juger sur pièces.
Aujourd’hui le Parlement valide a priori l’action gouvernementale : comment taperait-il ensuite sur les doigts des ministres ayant agi de travers ? Pour qu’il existe un vrai contrôle "sur pièces" de cette action par les représentants du peuple, il est nécessaire que ceux-ci n’aient pas antérieurement approuvé les plans d’action gouvernementaux au terme d’un marchandage : le gouvernement pris globalement, et chaque ministre en ce qui concerne son domaine de compétence, doivent faire ce qu’ils estiment être le meilleur pour le pays, dans le respect de "lois de juste conduite" brèves, claires et nettes, en en prenant l’entière responsabilité. Si notre pays évolue dans cette direction, qui est celle d’une véritable séparation des pouvoirs législatif et exécutif, il s’en portera beaucoup mieux.

Envoyé par l'auteur, 23 février 2019
Publié dans En France
Écrit par
En savoir plus... 0
Il faut une prestation d’accueil du jeune enfant… pour les entreprises
 
Les difficultés de la conciliation entre vie familiale et travail professionnel féminin sont particulièrement fortes lors de la grossesse et des premières années de la vie de l’enfant. Pour l’entreprise, le congé de maternité est un vrai problème, et ce n’est pas en obligeant les pères à prendre eux-mêmes un congé de paternité qu’on le résoudra.
Pour faciliter les choses coté famille, il existe des prestations. Certes, elles ont rétréci comme peau de chagrin, mais enfin elles existent, et si nos gouvernants avaient un souci intelligent de l’avenir du pays, les réformes que nous avons proposées dans un récent article de Futuribles (numéro de novembre-décembre 2018) pourraient donner une nouvelle vitalité à la politique familiale. En revanche, les entreprises sont laissées quasiment seules face au problème de la grossesse, du congé de maternité, et du retour au travail des jeunes mères. Ce n’est pas normal.
Pour une entreprise ou une administration, l’arrivée d’un bébé est difficile à gérer. Il faut assurer le remplacement temporaire de la jeune maman, aménager ses horaires, faire preuve de souplesse : tout cela entraîne des soucis, des problèmes d’organisation, et des frais. En étant ouvert à la maternité, en faisant tout son possible pour que tout se passe bien, pour que les futures mamans et les mamans ne soient pas stressées par les difficultés que créent leur état et leurs responsabilités, un employeur rend un service d’intérêt national. Il n’est pas normal que la collectivité nationale, par l’intermédiaire de la branche famille de la sécurité sociale, ne prenne pas en charge le coût de ce service.

Autrement dit, la France, où la natalité est en train de s’effondrer (de 802 000 naissances en 2010 à 720 000 en 2018, pour la France métropolitaine), aurait tout intérêt à instaurer une sorte de prime à la naissance … pour l’entreprise ou l’administration où sa maman travaille.
Entendons-nous bien : il ne s’agirait en aucun cas d’une subvention, mais bien de la rémunération d’un service rendu. Une entreprise employant des femmes en âge d’avoir des bébés n’est pas seulement productrice des biens ou services qu’elle vend à ses clients, elle est aussi co-productrice de ce qu’il y a de plus précieux au monde : les enfants. Employons l’affreux langage des économistes : l’entreprise est coproductrice de capital humain. Elle n’investit pas seulement dans ce qui va servir à produire ce qu’elle vend ; elle investit aussi dans le patrimoine le plus précieux du pays, sa population. Et comme cet investissement dans les bébés est bon pour toute la communauté nationale, il serait normal que celle-ci prenne son coût en charge.

Elargissons notre vision étriquée de l’entreprise et de l’administration. Les établissements d’enseignement ne sont pas les seuls à contribuer à la formation du capital humain, les employeurs ont en la matière un rôle irremplaçable. Ils assument – parfois bien, parfois mal, voire très mal – un rôle dans le renouvellement des générations. Il est injuste et contreproductif qu’ils n’obtiennent pour cela aucune rétribution. Les enseignants sont rémunérés pour apprendre aux enfants et aux jeunes à lire, écrire, compter, etc. : pourquoi les employeurs de futures mamans et de mères de jeunes enfants ne le seraient-ils pas en raison de ce qu’ils font pour leur rendre possible la conciliation aussi peu stressante que possible entre leurs deux grandes responsabilités, celle de leur(s) enfant(s) et celle de leur travail professionnel ?

Envoyé par l'auteur, 23 février 2019
Publié dans En France
Écrit par
En savoir plus... 0
Du "grand débat national"
 
Face à la contestation des Gilets jaunes, le président Macron ouvre un "grand débat national" qui se déroulera jusqu’au 15 mars. Ce procédé, légitime en soi, est cependant révélateur de la déliquescence du politique et donc du fonctionnement même de la démocratie.
 
D’abord ce débat est censé aborder des thèmes tellement nombreux et disparates que cela en devient un véritable "fourre-tout", il est ainsi difficile d’établir une hiérarchie des priorités. Une telle initiative donne surtout l’impression d’avoir comme objectif de désarmer la contestation en détournant l’attention – et pendant ce temps, M. Macron signe à Aix-la-Chapelle, dans la plus grande discrétion et sans l’ombre d’un débat, un important traité avec l’Allemagne.
Ensuite ce "grand débat" n’a aucun statut contraignant, si bien que le gouvernement en fera ce que bon lui semblera. On a bien vu lors des états généraux de la bioéthique combien il faisait peu de cas d’une consultation de la base lorsque celle-ci ne va pas dans son sens (une large majorité des personnes s’était prononcée contre la PMA, ce qui n’a strictement rien changé).
Enfin les lieux de débats existent en démocratie – médias, élections, partis, référendums, Parlement… – sans avoir à en créer de nouveaux, artificiels et phagocytés par le pouvoir. Le recours à ce subterfuge montre, s’il en était besoin, combien les instances régulatrices du débat démocratique ne fonctionnent plus : une majorité de nos concitoyens se sent exclue et non représentée.
 
Un problème de représentation
Prenons le cas des médias. Même s’il faut reconnaître que sur la "mondialisation heureuse" de M. Macron des voix discordantes s’expriment de plus en plus, conscientes de ses conséquences dévastatrices (règne de l’argent-roi, extension de la pauvreté, délitement du lien social…), il n’en demeure pas moins que les médias les plus influents – la télévision notamment – partagent tous la même idéologie. Ils sont les gardiens vigilants du politiquement correct, ignorant le besoin d’enracinement des peuples et donc les problèmes soulevés par l’immigration massive et l’islam. Surtout, ils militent unanimement pour la "culture de mort", pour la déconstruction anthropologique en cours et pour toutes les transgressions morales. Le simple fait qu’un François-Xavier Bellamy ait évoqué, "à titre personnel", son opposition à l’avortement a déclenché un tsunami médiatique – le cas d’Agnès Thill est également éloquent. C’est très clair : il y a des opinions interdites et leur périmètre ne cesse de s’élargir, les Gilets jaunes l’ont bien compris !
 
Le référendum ? Alors que son principe était dans l’esprit de la Ve République, les présidents ont très peu utilisé ce moyen de consultation simple et direct. Et une des rares fois où un référendum a été mis en œuvre sur un sujet central, l’Europe en 2005, nos dirigeants n’en ont tenu aucun compte en imposant sous une autre forme ce que les Français avaient massivement rejeté !
Quant au Parlement, il connaît un grave problème de représentation qui tient aussi bien au discrédit des partis politiques qu’au décalage entre les idées majoritaires parmi le peuple et celles des députés censés les incarner. Et la droite bourgeoise n’essaie même pas de s’émanciper du magistère moral de la gauche boboïsée déconfite – tutelle aussi ridicule que paralysante –, qui désigne encore qui est fréquentable et qui ne l’est pas.
 
La désagrégation du lien social
Comme au XIXe siècle où la bourgeoisie avait peur du peuple et imposait un suffrage censitaire pour le tenir à distance, aujourd’hui la "France d’en haut" cultive la même peur du peuple, un même mépris pour cette "France périphérique" qui lui est devenue totalement étrangère et qui ne dispose d’aucun moyen d’expression.
Une différence toutefois : aujourd’hui, l’individualisme exacerbé, l’éclatement de la famille, l’effacement des corps intermédiaires, la primauté de l’argent, la prédominance du virtuel… tout cela a entraîné une désagrégation sans précédent du lien social. Or si les Gilets jaunes sont une réaction aux points soulevés plus haut, ils ont surtout trouvé dans les rassemblements autour des ronds-points un lieu de fraternité et de solidarité qui n’existe plus ailleurs : cela ne devrait-il pas nous interpeller, surtout nous chrétiens ?
Ces Gilets jaunes sont un révélateur supplémentaire du dysfonctionnement de notre démocratie. Fondamentalement, l’enjeu est de redonner toute sa place au politique, car la démocratie n’a de sens que moyennant la primauté du politique sur toutes les autres instances qui, aujourd’hui, ont pris le dessus : l’économique, le financier, l’Union européenne… Le politique a été remplacé par le concept de "gouvernance", laquelle est largement aux mains d’ "experts" qui agissent dans l’ombre sans aucune légitimité démocratique. Et l’on s’étonne de la crise actuelle !

Paru dans LA NEF  n°311, février 2019
Publié dans En France
Écrit par
En savoir plus... 0

Adossée à des fondamentaux politiques avérés. Magistro, une tribune critique de bon sens, raisonnée et libre, d'information civique et politique.

Top Desktop version