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Il  parle d’or, mais pas d’argent…
 
Le 18 mars au matin, Monsieur Macron, un favori des médias pour la prochaine élection présidentielle, annonçait son programme en matière de défense. Comme aurait dit mon grand-père : "il parle d’or mais pas d’argent".
Monsieur Macron entend assumer ses responsabilités, avec un langage martial, citant Foch et de Gaulle : "Ma vision de la France, c’est celle d’une nation… qui a une vocation mondiale. Je refuse la tentation du repli sur le territoire et même sur le continent européen... J’assumerai pleinement mon rôle de chef des armées… et de responsable de la dissuasion". Il entend donc rester dans l’OTAN, maintenir nos liens avec nos alliés, rétablir les conseils de défense franco-allemand, au niveau du président et de la chancelière, conseils tombés hélas en désuétude.
Pour lui, la situation géopolitique mondiale doit tenir compte du caractère imprévisible de l’actuelle administration américaine, d’une Russie agressive, d’une Chine qui veut être respectée en Asie, d’un Moyen-Orient chaotique et d’un terrorisme militarisé. Cela dit, Monsieur Macron n’évoque pas ses fins et buts politiques ou stratégiques au Proche et au Moyen-Orient ou en Afrique. Pourquoi  y engager nos forces ?
Certes, Monsieur Macron veut une défense forte, modernisée, où la dissuasion nucléaire joue une partition clé. Il entend conserver une force opérationnelle de 77  000 hommes. Il serait conscient de l’usure de nos armées : "Elles sont utilisées aux maximum de leurs capacités, nos forces n’ont plus le temps de se reposer ni de s’entraîner… Nous ferons décroître progressivement l’opération Sentinelle en fonction de l’évolution de la menace terroriste." 
Cerise sur le gâteau, Monsieur Macron propose le rétablissement d’un service militaire universel, court, d’un mois, dès que les jeunes Français auront atteint l’âge de 18 ans "pour qu’ils aient l’occasion, même brève, de connaître la vie militaire… pour refonder le lien–nation".
Il convient de rappeler qu’une classe d’âge est de 700 à 800 000 jeunes gens. Il faudrait donc en incorporer 20 000 environ chaque mois : ce serait possible dans des conditions rustiques dans nos camps militaires. Le hic, c’est l’encadrement, au minimum un officier et trois sous-officiers pour 30 recrues. Il conviendrait donc de recruter de 600 à 700 officiers et autour de 2000 à 2200 sous-officiers. Le Monde du 21 mars dernier évoque un coût de 15 milliards d’euros pour la mise en place et de 2 ou 3 milliards annuels pour le fonctionnement. Où trouver cet argent, alors que Monsieur Macron envisage de ne porter le budget de la défense à 2  % du PIB qu’en 2025 ?
Monsieur Macron est-il conscient de l’état de nos forces ? Le général Desportes rappelait récemment que notre défense s’écroule : 40 % des hélicoptères sont indisponibles, les munitions manquent, les immeubles sont mal entretenus, l’entraînement est insuffisant,… etc.
Nos armées n’ont pas besoin de discours, mais d’une thérapie budgétaire de choc.  Comme je l’écrivais il y a trente ans : "les véritables choix stratégiques, c’est dans les budgets militaires qu’ils sont inscrits."
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Quelques réflexions sur les migrations
 

Intervention présentée à l'occasion de l'Assemblée générale des anciens fonctionnaires de l'UE lundi 27 mars

De nos jours nous avons tendance, en Europe, en France, simples citoyens ou responsables politiques, à commenter, à disserter, à s'opposer, sur le thème des migrations humaines : danger ou apport pour nos sociétés post industrielles et vieillissantes, mais qui restent attractives pour ceux et celles qui sont à la recherche d'un El Dorado, d'un monde simplement meilleur ; au risque de nous faire oublier que les migrations sont multiples, qu'elles concernent des domaines variés avant tout et qu'elles sont évolutives, dans l'espace et dans le temps même si certaines constantes sont à souligner ici ou là et que les déclarations intempestives de responsables politiques sur ce sujet relèvent plutôt de la posture que de la possibilité réelle de contrôler les flux migratoires.

La diversité des types de migrations
Il existe des types très variés de migrations : celles animales bien connues avec les longs déplacements des oiseaux, des animaux en liberté, des occupants des mers ; qui d'entre nous n'a pas admiré la beauté des flamands roses ou des gnous en Afrique de l'est, des oies du Canada aux Etats-Unis, des requins baleine dans le goubet de Djibouti ? Mais souvent certains virus émergent, voyagent aussi et représentent des dangers réels pour les habitants de cette planète. Migrations de l'information, des œuvres d'art, des systèmes politiques, des finances (envois d'argent des émigrés vers leur pays d'origine),… etc.
Ces thèmes variés, avec le phénomène migratoire en commun feront l'objet de différentes communications au sein de l'Académie des sciences d'outre-mer dont j'assure la présidence, sans oublier les migrations humaines, sujet dont je souhaite vous entretenir aujourd'hui.
 
Les migrations humaines aujourd'hui : un mouvement fort et qui n'est pas près de s'arrêter
Entre 2000 et 2015 le nombre de migrants a bondi pour atteindre un total de 244 millions de personnes vivant en dehors de leur pays d'origine dans le monde selon les sources des Nations Unies. Parmi elles, 60 millions sont des migrants et des réfugiés hors de leur pays d'origine et environ 6 millions sont "coincés" dans un pays ou une zone de transit ; 1 personne sur 112 est, soit un réfugié soit un demandeur d'asile soit un déplacé intérieur. La gestion hasardeuse de ces populations a aussi contribué à la création de camps de réfugiés de "longue durée". On compte aujourd’hui 32 camps de réfugiés installés depuis plus de 25 ans et ces colonies temporaires sont destinées à devenir des villes permanentes, privées toutefois d'infrastructures et d'activités économiques dignes de ce nom.
ll est intéressant de noter que malgré l'augmentation forte du nombre de migrants en valeur absolue, la proportion de migrants internationaux reste stable depuis 60 ans et s'établit autour de 3 % de la population mondiale. L'une des raisons de cette stabilité étant le coût élevé du voyage pour le candidat au départ ; une famille économise souvent pendant 10 ans pour financer un départ ; depuis 2000 il est estimé que le coût de ces voyages s'élève à 15 milliards d'euros, montant qui a principalement bénéficié aux passeurs. 
 
Des caractéristiques diverses des flux migratoires
          * les flux migratoires sont organisés
L'émigration d'une cinquantaine de millions d'européens vers les États-Unis à la fin du XIXème et au début du XXème siècle illustre bien cette organisation car les candidats au départ utilisaient des circuits structurés ; les courants actuels le confirment (émigration de Kayes au Mali etc...) d'où l'utilisation de "routes" par les passeurs. Il en va de même en ce qui concerne l'origine géographique des migrants : après l'année "syrienne" au sens large (les Afghans etc...), il semble que l'on assiste à une (des) année(s) africaine(s) qui utilise la voie de la Méditerranée, centrale de préférence (en 2016, 93 % des migrants arrivés en Italie sont africains) suite à la fermeture de la route des Balkans et grâce notamment à la coopération intéressée des autorités turques qui ont monnayé leur rôle de "garde-frontière" ; les chiffres indiquent que toujours en 2016 c'est l'Italie qui a reçu ces migrants qui ont transité par la Libye (181 000) devançant ceux passant par la mer Egée (175 000 migrants) 56 000 syriens se retrouvant bloqués dans des camps en Grèce. 
 
         * les nationalités des migrants évoluent
Parmi les nationalités des migrants arrivés en Italie, 9 des 10 principales nationalités sont africaines (les bangladais faisant exception). Les nigérians représentent le contingent d'africains le plus élevé ; la raison de cet afflux est lié à la situation économique au Nigeria et là, on distingue ceux des migrants qui peuvent se prévaloir du droit d'asile (érythréens, soudanais, éthiopiens) et ceux qui sont poussés à l'émigration pour des raisons économiques (nigérians, guinéens et ivoiriens en particulier).
 
          * la difficulté à opérer une distinction claire entre asile et réfugié économique, demain" climatique "
Si la Convention de Genève propose une définition stricte du droit d'asile (elle individualise les persécutions, c'est à dire qu'il ne suffit pas d'appartenir à une ethnie, à une catégorie y compris religieuse, menacée, il faut que la personne apporte la preuve qu'elle est persécutée ; les autres demandeurs entrent dans la catégorie des migrants économiques. Mais comment prouver que l'on est demandeur d'asile si sa maison, sa ville a été détruite sans pour autant entrer dans la définition de la Convention de Genève sur le droit d'asile ? De ce fait les migrations d'aujourd'hui sont "mixtes", elles sont un mélange de persécution et de la recherche d'un mieux-être économique et social.
 
          * Migrations et démographie : le cas de l'Afrique et du Sahel en particulier
En 2015, les migrants en provenance des pays au sud du Sahara ne représentaient que 10 % des migrants et la plupart de ces 32 millions de déplacés se trouvaient dans des pays voisins en Afrique tandis qu'une minorité, 9 millions selon l'OIM a réussi à venir dans l'un des pays de l'Union Européenne. Cependant ces chiffres, ces pourcentages pourraient changer rapidement étant donné l'explosion démographique constatée dans les pays du Sahel en particulier. Si les tendances actuelles se maintiennent, l'Afrique sub-saharienne devrait passer de 1,2 milliards d'habitants à 2, 5 milliards en 2050 soit l'équivalent du quart de la population mondiale et les pays sahéliens devraient passer de 89 millions d'habitants en 2015 à 240 en 2050 et à 540 en 2100. Le seul Niger pourrait compter 200 millions d'habitants contre 40 aujourd’hui ; si rien ne change, le Sahel devrait contribuer au tiers de l'accroissement démographique mondial en 2050. Ces tendances ne prennent pas en compte évidemment les éléments accompagnateurs de toute surpopulation à savoir guerres, épidémies, pandémies, famines, départs.
Il y a également d'autres moyens de mieux contrôler les naissances via un planning familial bien compris. Si en on prête à Houari Boumedienne la phrase qu'il aurait prononcée en 1967 "aucune bombe atomique ne saurait arrêter les masses affamées du sud attirées par les riches pâturages du nord " (introduction à mon cours sur le monde arabe contemporain Sciences Po, Paris, 3ème cycle) et un peu plus tard, en 1974 à la Conférence des pays non alignés à Bucarest "la meilleure pilule c'est le développement". Les dirigeants algériens sont revenus entre temps sur le sujet et ont mis en place un système de planning familial.
 
Par ailleurs et d'après des études menées  sur la jeunesse en Afrique par le professeur Hugon, il existe en Afrique la recherche, par une bonne partie de la classe moyenne (considérée comme telle dès que le revenu journalier dépasse les deux euros par jour !) une tendance à sortir du cycle infernal pauvreté/famille nombreuse /dépendance du clan familial comme vivre dans des résidences séparées du centre ville, avoir deux à trois enfants par famille, opter pour la monogamie, travail pour les deux époux etc...) . Mais cette tendance reste embryonnaire et de nouveau, si tout continue en l'état, les 3 à 4 millions de sahéliens qui ont émigré vers l'Europe depuis les indépendances passeront à 40 millions d'ici la fin du siècle. Des études récentes indiquent que si à court terme le développement d'un pays donné permet dans un premier temps d'élargir la base de personnes de plus de moyens, ces moyens sont utilisés pour financer le projet migratoire ; ce n'est que dans un second temps que le désir d'émigration baisse ; tout ceci à condition que démocratie et croissance économique soient au rendez-vous et que la démographie galopante perde en intensité (Maryline Baumand "migrations africaines : le défi de demain, the Youth and Leaders Summit, 2017 à Sciences Po) Face à ces défis que font les pays d'accueil ?

          *Les actions de l'Union Européenne
Sans entrer dans le détail des programmes en cours et au-delà des divisions des querelles entre Etats Membres sur le sujet, l'Union Européenne a mis en place des mesures complémentaires les unes aux autres sans garantie sur leur effet durable et positif : sécurité des frontières maritimes avec FRONTEX , Sophia, EURNAVFOR etc... mise à disposition d'un Trust Fund de 1,8 milliards d'euros disponibles pour financer des actions de développement durable (emploi pour les jeunes, formation, bonne gouvernance, programmes pour recycler et décourager les passeurs dans les pays de transit, Agades au Niger, etc...) avec de surcroît des accords avec les pays en première ligne (Afrique du nord, Libye, etc...) afin que ces pays bloquent ou à tout le moins, aident à la régulation des flux migratoires vers l'Union Européenne, etc... Ceci tout en sachant les risques de chantage de la part des pays "associés" (comme par exemple, la Turquie d'Erdogan). D'aucuns se plaindront des montants trop faibles du Trust Fund, de son saupoudrage (28 pays éligibles !) ou encore l'absence de programmes de planning familial, certes toujours délicat à faire admettre lorsqu'ils ne sont pas "internalisés" par le pays concerné avec en sus, le facteur religieux qui n'est pas à négliger
 
          *Le facteur religieux
Les pays sahéliens sont à majorité musulmane et par expérience vécue (Tchad, de 1969 à 1971, Niger, de 1973 à 1974, Mali, de 1988 à 1990) il n'est pas toujours facile d'aborder le problème démographique de façon sereine et franche sans que des arrières pensées ne soient prêtées à son interlocuteur. On retrouve des comportements similaires dans des pays à tradition catholique conservatrice (Rwanda avant le génocide) etc..; car la religion est souvent utilisée ou bien détournée à des fins politiques, de pouvoir, de domination voire d'exclusion.
Dans un autre registre je citerais l'appui à l'Ethiopie demandé par le Patriarche de l'église orthodoxe russe lors de la visite officielle du PM Meles en 2001, sous prétexte que les deux églises sont proches (l'éthiopienne et la russe) mais également parce que Pouchkine est un quarteron d'éthiopien. Cette "proximité" a joué son rôle dans le soutien apporté par les Russes aux Ethiopiens dans le cadre de la lutte du gouvernement éthiopien contre les islamistes somaliens. Les "supplétifs" serbes de l'empire Austro-hongrois, déçus par la promesse non tenue de les intégrer dans l'armée régulière, les Austro-hongrois émigrèrent vers le pays de "la douce orthodoxie", la Russie ; migrations de Jankevitch où les liens forts entre la Russie et la Serbie qui perdurent jusqu'à nos jours ; dans la même veine lorsque Chypre dut passer par les fourches caudines du plan ajustement du FMI et de l'Union Européenne, ce dernier a été accepté par les Chypriotes forcés pour éviter que les Russes ne mettent les 10 milliards d'euros nécessaires car là aussi, il s'agissait de renvoyer l'ascenseur aux Chypriotes : pendant le communisme en ex URSS c'est l'église orthodoxe chypriote qui a aidé l'église russe à survivre  etc.. 
Ce facteur culturel-religieux n'est pas à négliger ; si les migrants sahéliens ont des raisons de migrer massivement vers l'Union Européenne, comme les Européens  au XIXème et au début du XXème siècle (famine en Irlande, crises économiques dans les pays scandinaves, dans le nord italien etc...) les populations de départ et d'arrivée étaient de même culture et souvent de même région. Les Amériques avaient besoin de main d'œuvre à l'instar de l'Union Européenne ou de certains de ses États Membres (dans une étude que j'ai consacrée à un siècle d'émigration vers les États-Unis de 1860 à 1960, j'ai pu constater que pendant la crise de 1929 le solde migratoire est devenu négatif : plus d'émigrés repartaient vers leur pays d'origine ou vers un autre pays qu'il n'en entrait, de même il y a eu, toutes années confondues, un nombre important de migrants qui ne restaient pas dans leur nouveau pays d'accueil). Le danger est que cet obstacle qui s'ajoute à d'autres concernant l'intégration de tout migrant dans sa société d'accueil devienne un repoussoir de principe au détriment d'une politique raisonnée et dépassionnée d’immigration.
 
Et la France dans tout cela ? Pays d'immigration plutôt qu'un pays d'asile
La France n'est pas une terre "d'asile" mais plus celle qui accueille légalement des migrants au titre de conventions internationales signées avec la France (200 000 ressortissants non européens obtiennent chaque année un titre de séjour) À l'inverse, le taux d'acceptation des demandeurs d'asile est très faible (moins de 20 % et plutôt proche des 15 %). La France a privilégié l'arrivée massive de main d'œuvre (Jusqu’à la seconde guerre mondiale la France va accueillir des populations qui vont renforcer sa force de travail dominée par la Grande guerre avec notamment de forts contingents d'Italiens du nord qui s’installeront surtout en Savoie et dans le sud-ouest ou des Polonais dans les bassins miniers du nord de la France. Après la Seconde guerre priorité sera donnée à une immigration souhaitée d’une façon ou d’une autre par les dirigeants Français 1946 : début de la venue de travailleurs algériens en nombre, dans les années 60 l'immigration espagnole, marocaine, tunisienne et de certains pays d'Afrique sub-saharienne est en forte hausse suite aux accords signés avec les pays de départ. Cependant en 1974, les flux migratoires commencent à être contrôlés et en 1976, Valery Giscard d'Estaing décrète le droit au regroupement familial et entre 1997 et 1999, 100 000 sans-papiers sont régularisés. Les vannes de l'asile s'ouvrirent cependant lors de différentes crises mondiales (1956 accueils de 10 000 réfugiés politiques hongrois puis ce sont entre 10 000 et 15 000 Chiliens qui vont obtenir l'asile en France après le coup d'état de Pinochet puis entre 1975 et 1985 ce sont 110 000 réfugiés en provenance du sud-est asiatique qui seront accueillis. Si la France reste un grand pays d'immigration de longue date, elle n'est pas malgré tout un pays d'asile. Ceci a pour conséquence que, un peu moins d'un quart des personnes qui vivent en France soit un immigré soit enfant d'au moins un immigré (source INSEE, INED). La France est un pays "d'infusion durable", et non " d'invasion massive",de populations étrangères caractérisée également par l'impuissance radicale des politiques à réguler les flux migratoires.
 
Propos d'étape
Les migrations ont existé de tout temps ; elles peuvent prendre des formes diverses (migrations temporaires - soldats en guerre - religieuses - Israël - de peuplement, forcées - déplacement de populations  et pour des motifs variés (famine, desseins politiques, etc...) Elles sont traumatisantes tant pour les sociétés d'accueil que pour les sociétés de départ (indiens d'Amérique, Aborigènes, colonisations diverses etc...)
Pour les sociétés de départ, c'est souvent les vider d'une partie de leurs forces vives et au plan économique et social des modifications de leur mode de vie : de nombreux villages en Algérie, au Maroc et dans d'autre pays vivent sous "perfusion financière" grâce aux chèques des migrants ; c'est le cas des migrants économiques philippins, sri lankais, etc ...);  et au mieux  elles sont dérangeantes : Francois Héran cite un extrait des verbatim des discussions entre le Général de Gaulle et Alain Peyrefitte ; on explique à de Gaulle qu'il faudra accueillir quelques milliers de pieds noirs, ce dernier se récrie " jamais nous n'arriverons à accueillir 10 000 personnes ; au total ce fut 100 fois plus (plus d'un million de personnes qui s'intégrèrent rapidement, tant bien que mal, il est vrai que, dans un pays en croissance économique encore soutenue, le partage d'une culture commune facilite le tout ! "Nous sommes un grand pays d'immigration pas un pays d'asile" voir le Journal, le un, numéro 73. C'est dans cette région qu’au début du 20ème siècle il y eu des émeutes à Aigues mortes entre autres qui firent une dizaine de morts parmi les ouvriers italiens accusés de "voler le pain des Français "!
 
Ces immigrations sont perturbantes et donc elles peuvent être un vecteur de destruction, de domination, de perversion (l' "exportation" du système mafieux par les Italiens du sud migrants majoritaires aux Etats-Unis ; ceux du nord de l’Italie, en général mieux formés professionnellement préférèrent émigrer vers l’Europe, France et Royaume-uni ou vers l'Argentine) mais elles sont fréquemment un facteur d'enrichissement, de diversité pour les sociétés d'accueil. C'est pour cela que la construction de murs, de barrières pour empêcher des migrants de venir s'installer sur un territoire donné est la pire des solutions car sur un plan très terre à terre ce type de mesure qui peut entraîner l'économie du pays d'accueil à la récession et la priver de main d'œuvre pour la faire fonctionner. La tentation peut sembler forte parmi certains dirigeants européens d'imiter cette tendance, celle d'un repli sur soi car l'Europe devrait rester en première ligne de déplacements de population du fait de l'instabilité politique, économique et sociale qui continuera à régner dans sa périphérie. L'Europe continuera à avoir besoin de main d'œuvre pour épauler une population vieillissante tout en essayant de mieux maîtriser les flux migratoires même si la tâche s'annonce ardue car une évolution est en cours : les migrants "forcés" vont, dans les prochaines années, dépasser celui des migrants volontaires à cause des changements climatiques. Et à l’exception de déclarations ici ou là, la plupart des dirigeant européens n'ont, ni tiré les leçons du passé ni se sont préparés aux bouleversements sociétaux à venir.
Publié dans De par le monde
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Les limites du procès moral fait à Fillon
 
Donc, pour les médias, l’affaire est entendue : le second tour de la présidentielle se jouera entre Emmanuel Macron et Marine Le Pen. Les sondages appuient le scénario : ils placent François Fillon aux alentours de 17 %, loin derrière les deux premiers. A écouter le refrain repris par de nombreux commentateurs, le leader d’En Marche ! aurait même consolidé son assise, à l’issue du premier débat organisé, lundi soir, sur TF1 (trois heures et demi, près de 10 millions de téléspectateurs).
Je veux bien admettre que mon impression, tweetée lundi soir, d’un Fillon dominant calmement puisse être contestée par ceux qui ont vu dans son attitude une forme d’absence. J’observe néanmoins que cette stratégie de l’expérience tranquille a été gagnante pour celui qui n’était pas initialement le favori dans la primaire de la droite. En revanche, je ne comprends pas les dithyrambes convenus sur Macron, alors que sa prestation a été scolaire, surjouée, bavarde, consensuelle, vide de sens et d’idées. Pour une fois, je rejoins l’analyse de Laurent Joffrin (Libération de ce mercredi) quand il pointe "un flou volontaire" et un "penchant pour les phrases sonores et un peu creuses". Marine Le Pen a trouvé le bon angle d’attaque contre son adversaire désigné : "Vous avez un talent fou ! Vous arrivez à parler sept minutes, je suis incapable de résumer votre pensée, vous n’avez rien dit. C’est le vide sidéral".
Je persiste à émettre de sérieux doutes sur l’envergure prêtée à ce faux-nez du hollandisme, ostensiblement soutenu par une majorité de médias et de sondeurs.
Je crois Fillon encore capable de remonter la pente. Alors que Le Pen a confirmé, lundi, sa proximité avec Jean-Luc Mélenchon sur le rejet du libéralisme et l’indifférence portée au surendettement du pays, le candidat LR est le seul à proposer les réformes pour débloquer l’emploi et la croissance. Son approche de la question identitaire, et singulièrement de la place de l’islam dans la société, offre a contrario de nombreux points communs avec la candidate du FN. Ces atouts le place en compétiteur autrement plus sérieux que Macron, cheval de Troie du progressisme en déroute. C’est pourquoi la machine à scandales joue avec le feu à vouloir déstabiliser le candidat de la droite au profit d’un ambitieux visiblement pas au niveau d’un bras de fer avec Le Pen. Cette fois, Le Canard Enchaîné et Le Monde accusent successivement Fillon d’avoir servi d’intermédiaire dans un marché international à travers sa société 2F Conseil, et d’être soupçonné d’"escroquerie aggravée, faux et usage de faux", selon un réquisitoire supplétif du parquet national financier opportunément rendu public en violation du secret de l‘instruction. La première accusation n’est pas illégale. La seconde n’est pas prouvée. L’objectif de la gauche est de jeter la suspicion sur la moralité de Fillon. Pour Le Pen, cette stratégie ne fonctionne pas. Mais est-il moral de vouloir entraver un processus démocratique, en violant notamment la présomption d’innocence ? Les électeurs, las d'être dupés, pourraient bien estimer que non…
blog.lefigaro.fr/rioufol, 22 mars 2017
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Débat de la présidentielle : exercice démocratique ou grand show de téléréalité ?
 
Oui, le débat d'hier soir, sur TF1, était de qualité, comme on le dirait d'une émission de divertissement ou de téléréalité. Il fallait de la patience pour y parvenir, tenir jusqu'au bout de l'enfilade des spots publicitaires jusqu'à 21 heures. Audimat record : combien ce beau spectacle a-t-il rapporté à TF1?
Nous vivions un grand moment de politique spectacle. L'ouverture en fut dominée par une belle séquence d'hypocrisie : les cinq candidats, choisis arbitrairement par TF1 sur la base des sondages, déploraient l'absence des six autres qualifiés pour l'élection présidentielle, considérés comme des candidats de seconde zone. Le scandale démocratique est évident. Mais pourquoi ne pas l'avoir dénoncé avant ?
Le débat fut sans surprise. Chaque comédien était dans son rôle. M. Macron éclaboussait la scène de son talent : jeune, mince, le regard lumineux, le sourire avenant, drôle, plein de répartie. Au centre de la comédie, il était l'objet de toutes les agressions de ces adversaires, et retournait les attaques personnelles à son avantage. Face à lui, M. Hamon faisait pâle figure avec son aspect d'idéologue militant. M. Mélenchon se présentait en tribun magnifique, révolté, double de Georges Marchais. Mme le Pen était égale à elle-même, cultivant son caractère "antisystème" dans l'affrontement et l'agressivité. M. Fillon, le seul des cinq à disposer d'une expérience approfondie de l'Etat, tablait sur une image de sagesse et de modération.
 
Le débat tournait à bien des égards à l'exercice de mystification. M. Macron se présentait, sans soulever de protestation, comme "le candidat de la véritable alternance" après avoir été conseiller et ministre de M. François Hollande pendant cinq ans... Réussir à faire oublier sa qualité d'homme clé du quinquennat qui s'achève relève d'un véritable tour de force.
De fait, le spectacle consistait avant tout à vendre une image, une apparence, un produit politique. Le fond des discussions importait peu. Les échanges sur l'école, la sécurité, l'immigration, n'apportaient rien de nouveau, d'une singulière médiocrité. Les vieilles discussions ressortaient. Les mots sont usés jusqu'à la corde : "collège unique", "quotas", "garde-frontières", "police de proximité". Depuis combien de décennies la politique française tourne-t-elle autour des mêmes slogans ?
Certaines propositions des candidats semblent fuir tout sens des réalités. L'un d'eux veut réunir une "Constituante" pour créer une VIe république. Pourquoi, comment, dans quel but ? Quelle importance ? Une autre promet tout simplement "d'arrêter l'immigration", comme s'il suffisait de claquer les doigts… Les vieilles polémiques ne cessaient de resurgir, à l'image de la querelle du burkini, donnant lieu à de vifs affrontements sans queue ni tête.
 
Les sujets de niveau présidentiel, une fois de plus, brillaient par leur absence : la réforme de l'Union européenne, la compétitivité industrielle de la France, la crise de l'autorité et de l'éducation nationale, le drame des cités sensibles, le chômage de masse et l'exclusion des jeunes. Bien sûr les slogans abondaient, mais à aucun moment la question des moyens et des méthodes pour atteindre des objectifs n'était évoquée.
Le seul moment réellement constructif du débat portait sur les institutions : M. François Fillon a eu raison de dénoncer les dérives mortifères de "l'hyperprésidence", depuis le début des années 2000, qui aggrave la paralysie du fonctionnement de l'Etat et dévaste la vie politique française. Il a bien fait de préconiser un retour aux fondements de la Ve République, autour d'un président qui se limite à fixer le cap et d'un gouvernement qui gouverne la France sous le contrôle du Parlement. Enfin !
 
Pourtant, le débat présidentiel du 20 mars semble de bien mauvais augure à cet égard. Mettant l'accent sur le grand spectacle donné par des comédiens, il ne fait qu'accentuer la personnalisation démentielle de la politique française au détriment des enjeux de fond et de l'intérêt public. Les futures législatives, d'où est censée sortir une nouvelle majorité chargée de définir la politique française pendant cinq ans, ont été totalement passées sous silence. Le spectacle n'en finit pas de tuer la politique, au sens noble du terme. La France médiatique s'apprête à désigner sa nouvelle idole élyséenne en foulant aux pieds les sujets de fond qui conditionnent l'avenir du pays. Mais qu'est-ce qu'un président de la République aujourd'hui ? Avant tout le bouc émissaire des souffrances et des angoisses de la Nation. Après le temps de l'idolâtrie électorale, viendra celui de la disgrâce, quel que soit l'élu, puis le lynchage national du futur président, d'autant plus violent que son ascension aura été soudaine et artificielle. Dès lors, la France reprendra sa chute dans la crise de confiance et l'impuissance politique. Comment sortir de cette logique infernale ? En arrachant la politique au culte des personnalités et au spectacle pour la ramener au seul débat d'idées et au bien commun : tout le contraire du grand débat d'hier soir…
Paru sur Figarovox, 23 mars 2017
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L’Emmanuel
 
"Comme il parlait encore, une nuée lumineuse les couvrit. Et voici qu’une voix au fort accent batave, fit entendre de la nuée ces paroles : Celui-ci est mon Fils bien-aimé, l’Emmanuel, en qui j'ai mis toutes mes complaisances : écoutez-le ! L’Emmanuel  se dressa et d’une vox forte dit alors : lève toi et En Marche."  (D’après St Matthieu)
Vous avez aimé Hollande vous adorerez son fils spirituel, lancé par lui dans l’échiquier politique en même temps qu’une vigoureuse action médiatico-judiciaire, menée pour déstabiliser Fillon auquel la Présidence semblait promise.
Emmanuel Macron est un mondialiste avoué, pour qui la culture française n’existe pas et qui, en Algérie accuse son pays de crimes contre l’humanité, un immigrationniste, un multiculturaliste, l’homme des banques et du libre échange, celui qui dit à chacun ce qu’il veut entendre. Il se dit de gauche et est en effet soutenu par de vieux routiers, Robert Hue, Najat Belkassem,  Christiam Taubira, Bernard Kouchner, Jean Arthuis, Corinne Lepage, Jean-Paul Huchon ou Jean-Marie Cavada, tous socialistes ou verts, par cette "planche pourrie" de François Bayrou et surtout par des hommes d’influence, Jacques Attali, Alain Minc, Pierre Bergé, BHL et Daniel Cohn Bendit, tous militant pour la mondialisation, l’Europe sans frontière, le multiculturalisme, et propriétaires de la presse.
 
Il est vrai que l’on peut être étonné et déçu des rapports de François Fillon à l’argent, mais quand on entend le silence assourdissant des parlementaires sur ces affaires, on peut penser que nombreux sont ceux qui ont eu des comportements similaires. De toute façon les sommes en jeu sont sans commune mesure avec ce qu’a gagné Macron chez Rothschild.
Le problème est de savoir si on veut élire à la Présidence un ascète à la morale irréprochable ou un dirigeant capable de redresser la France en faisant les réformes nécessaires. On n’entend jamais reprocher à Richelieu, Mazarin et Colbert de s’être enrichis comme ils l’ont fait sur les deniers de l’Etat, on ne se souvient d’eux que comme des grands ministres. La façon dont Fillon résiste à toutes les attaques avec calme et détermination incite à penser qu’il serait ferme pour gouverner.

Le plus étonnant dans cette affaire est que les droites réunies, sans exclusive, représentent 60 % de l’électorat, et que l’on risque de voir élu un homme de gauche qui pendant quatre ans a participé au désastre du quinquennat.
Il faudra un jour que la "droite" comprenne que le ban où on a cantonné le Front National ne sert qu’à la gauche et qu’il n’est pas raisonnable d’avoir comme seul but de "faire barrage au F.N."
Un accord à minima entre les deux droites, de désistement réciproque pour les législatives et l’engagement de Fillon à soutenir Marine Le Pen, s’il n’est pas au second tour, éliminerait le risque de voir Macron élu et assurerait une majorité de droite à l’Assemblée nationale.
On peut rêver mais la droite est tellement bête qu’elle préfèrera élire le digne fils de Hollande.
dejudasatartuffelettresaumonde.hautetfort.com
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Qu'est-ce que l’on va dire aux enfants ?
 
Nous sommes tous en train de nous demander pour qui voter et, comme dans The Voice, la télé va faire la différence : c'est probablement la noblesse de la démocratie ? Façon de parler, car Dupont-Aignan, qui lui est exclu du débat démocratique revu par TF1, a du mal à accepter que ce soit une chaîne de télévision qui décide des candidats à présenter au public, sachant bien sûr que l'on sélectionne les produits qui font vendre (audience).
 
Que répondre ? Que c'est vrai "puisque toute le monde le fait" ?
Mais la vraie difficulté est toute autre : qu'allons-nous dire à nos enfants ? A eux qui se passionnent pour nos conversations en boucle sur le prix des costumes et les salaires supposés fictifs de la maman. Le remboursement du mariage de la petite est devenu en soi un enjeu familial à l'échelon national : "Dis maman, tu ne vas pas me faire rembourser mon mariage quand même ?!". "Mais non Marie ! (le père grommelle, il trouve l'idée pas si bête) mais tu sais il y a des gens qui n'ont pas les moyens des réceptions qu'ils donnent ! Et d'ailleurs je t'ai dit qu'il n'était pas question de faire des folies, franchement, ce n'est pas cela qui compte... "
Plus sérieusement, c'est sur le fond que cela se complique. Diane a triché à son dernier contrôle. Vous trouvez cela inadmissible, elle va être sévèrement punie. "Mais maman ! Tout le monde le fait !" Elle se permet de glousser en plus : "On ne peut pas me mettre en examen, j'y étais déjà, hihi ! ". Que répondre ? Que c'est vrai "puisque toute le monde le fait" ? Que c'est donc normal et acceptable ? Le contraire de tout ce que vous vous échinez à leur inculquer.
Sans compter les 18-20 ans qui vont voter pour la première fois et que cela passionne ou dégoûte, c'est selon. Ils sont effarés par cette entrée tonitruante et nauséabonde dans la vie républicaine et démocratique. Ils le disent haut et fort et beaucoup ne veulent pas aller voter. C'est là que Macron a du bon, car dans le casting il y a quand même un jeune présentable, qui a la virginité politique pour lui et l'ambiance start-up pour atténuer le côté ringard des vieux du renouveau qui se bousculent au portillon. Ouf ! Quel que soit leur choix, il est satisfaisant pour les parents d'avoir un contre-exemple (momentané?) au "tous pourris".
 
Sans argument vous sautez à pieds joints sur les médias
Et puis, il y a Gaspard qui vient de passer le concours d'entrée à Sciences Po et qui trouve le programme Fillon top. Mais il vous regarde droit dans les yeux au déjeuner et vous dit : "...mais je ne peux quand même pas voter pour quelqu'un qui a truandé autant ? C’est magouilles et cie !? En plus, il a trahi sa parole ... ". Et là, bon courage pour argumenter ; je vous laisse disserter sur la morale à deux vitesses, sur le manque d'argent de la classe politique, le droit au salaire fictif (pas vraiment fictif parce que, en fait, c'est une somme à laquelle on a droit et donc on ne vole personne), le sentiment d'injustice, la justice tout court, etc. L'enfant bien élevé par vous ricane... Finalement, vous en êtes plutôt fier(e). Pour l'ABS (abus de bien social) ouf ! La prépa Sciences Po n'en est pas encore là... Votre fils continue de donner une leçon de morale à votre génération toute entière et vous commencez à en avoir marre. Vous partez alors dans des divagations sur la nécessaire alternance et le bien du pays qui fait qu'on passe sur certaines choses...
Les yeux bleus de l'ado vous transpercent, il ne pensait pas ça de vous, vous le décevez dit-il. Sans argument vous sautez à pieds joints sur les médias, dont c'est la faute... Et la justice qui n'est pas indépendante ! Votre rejeton est de plus en plus dégoûté. Terrible dilemme : lui dire qu'il vit dans un pays merveilleux et qu'il faut savoir fermer les yeux ? Ou alors vous indigner avec lui contre d'inadmissibles turpitudes, ce qui serait plutôt le genre de la maison ? Votre moral est au plus bas : bien la peine de vous être donné un mal de chien pendant 18 ans pour lui donner des valeurs et voir en un jour flétrir tant de lauriers...
Il vous reste donc la solution d'abonder en son sens, la morale sera sauve !  Libre à vous ensuite, planqué(e) dans l'isoloir, de faire le contraire de ce que vous lui avez dit... ou pas !
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La télé fera l'élection le 20 mars !
 
C'est exagéré, provocateur, je sais.
Mais il n'empêche que le 20 mars, sur TF1, les cinq principaux candidats à l'élection présidentielle s'affronteront. Pour rien au monde, je ne manquerais le spectacle.
Je ne bouderai pas mon plaisir au prétexte que la joute médiatique ne les réunira pas tous. En revanche, le 20 avril, sur France 2, nous aurons le groupe au complet et sans désobliger quiconque, les favoris demeureront probablement les mêmes que le 20 mars.
Jamais la télévision n'aura eu une telle importance dans un moment capital de notre vie démocratique. On peut critiquer tant qu'on voudra le système des primaires mais l'honnêteté oblige à rappeler que ce n'est pas lui qui est pervers mais ses suites, parfois. Pour la primaire de la droite et du centre, impossible de nier que la remontée dans les sondages de François Fillon a été brillamment amplifiée par son excellence lors des débats sur les différentes chaînes de télévision.
Cette hypertrophie de l'influence médiatique tient probablement à la pauvreté en amont des interventions partisanes dont le fond déçoit les observateurs. Ce n'est pas nouveau mais il me semble que cette tendance s'est aggravée. Comme si dorénavant les adversaires n'attendaient que la lumière médiatique pour briller et convaincre. Comptaient sur leur apparence largement entendue pour s'illustrer.
 
Le 20 mars sera une date essentielle, peut-être décisive.
Parce qu'on les verra face à face et que tout fera signe, constituera message, enseignement. Les corps, les attitudes, les indifférences, les sourires.
Parce qu'ils seront contraints de sortir du cocon confortable et consensuel des réunions où leurs partisans s'entendent rappeler ce qu'ils pensent déjà, ce qu'ils ont envie d'entendre.
Parce qu'aucun ne pourra compter sur une bienveillance orientée mais je l'espère seulement sur une objectivité éclairée et un ton courtois de la part des deux journalistes questionneurs. Je n'ai aucune inquiétude avec Gilles Bouleau.
Parce que Marine Le Pen est détestée par les quatre autres auxquels elle rend la pareille.
Parce que Jean-Luc Mélenchon et Benoît Hamon, pour appartenir selon eux à la vraie gauche, n'en seront pas moins en hostilité affichée - à cause de l'impossibilité de l'union dont l'autre sera forcément responsable et du faible écart entre eux dans les sondages.
Parce que François Fillon n'est apprécié, sur les plans humain et politique, par aucun mais qu'il trouvera vraisemblablement avec Emmanuel Macron son procureur le plus délicatement incisif et critique.
Parce que ce dernier aura du mal à se lover dans son "ni droite ni gauche" face à Fillon qui le renverra à gauche, à Mélenchon et Hamon qui l'expulseront à droite et à Marine Le Pen qui le stigmatisera comme mondialiste et "mensonge sur pattes".
 
Ces rapports de force, fondés d'abord sur le heurt de tempéraments avant de l'être par la contradiction des projets, seront passionnants à observer et à analyser. Et la politique d'aujourd'hui, même si on peut le déplorer, vire davantage vers la psychologie et la personnalisation que vers l'idéologie.
Surtout, à condition que les interrogations des journalistes ne soient pas si nombreuses qu'elles coupent le rythme des réponses, nous aurons à notre disposition un vivier intellectuel et technique dans lequel nous pourrons puiser à loisir.
 
Je les imagine, je les entends déjà.
- Le tribun talentueux, impétueux, impérieux mais vexé quand il n'intimide pas ou n'est pas choyé. C'est Jean-Luc Mélenchon.
- La parole tranquille, mesurée, pédagogique, pour faire oublier le caractère irréaliste et dangereux du fond, et dominer la frustration d'avoir été abandonné par la gauche officielle. D'abord par Manuel Valls. Car quelle piètre consolation d'entendre Arnaud Montebourg inviter Jean-Luc Mélenchon à retirer sa candidature comme si on était quitte en incitant à de l'inconcevable (Le Monde), de bénéficier du soutien de Sylvia Pinel et du concours de l'intrépide Cécile Duflot ! Je parle de Benoît Hamon, courageux et martyr.
- L'urbanité, la douceur, l'empathie des explications, la volonté d'enrober le flou et l'imprécision des mesures et des pistes, la banalité ici, la nouveauté là, dans la soie et le velours d'un verbe apaisant pour que le réel se laisse convaincre. On écoutera Emmanuel Macron qui devra opérer la mue, face à de rudes bretteurs, du gourou séducteur en rival convaincant.
- La tenue, la roideur, presque la froideur de la cohérence et de la radicalité. Le style et le comportement autarciques mais qui avaient si bien su faire leurs preuves. Sans que la timidité née de l'orgueil se dégrade en l'arrogance de la vanité. Ce sera François Fillon qui ne pourra rien éluder mais continuer à nous tenter pour demain.
- Le volontarisme brutal et péremptoire. Sans les imparfaits du subjonctif. Comme si face à une réalité complexe et à une France déboussolée par un François Hollande apprenti président sorcier, il fallait à toute force compenser le caractère absurde des solutions par l'affirmation qu'enfin on aura "quelqu'un qui en a" ! Marine Le Pen en roue libre.
 
Le 20 mars, on aura peut-être des pudeurs, des délicatesses, des prudences, on se taira ou on glissera sur tel ou tel thème, on rappellera à celui-ci un engagement, à celle-là une outrance, on se livrera à fond ou non, mais je suis persuadé que les cinq auront dans la tête que leur argumentation sera d'abord faite d'eux-mêmes.
Et que le 20 avril, noyés dans une honorable masse, ils ne pourront plus rattraper ce qu'ils auront manqué le 20 mars.
Paru sur www.philippebilger.com, 17 mars 2017
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Les deux fondamentaux de la démocratie                   
 
L'existence réelle de la Démocratie dans un pays se mesure à la qualité de ses deux éléments fondamentaux : l'Education et la Justice.
Rien d'autre.
Leur qualité ou leur absence, leur délabrement ou leur fiabilité permettent clairement de savoir quel est le degré de réalité du principe démocratique. Quel est le principe ? Certes, il est selon la définition traditionnelle "le gouvernement du peuple par le peuple" ; mais ce slogan recouvre en fait la nécessité pour ce peuple qui veut se gouverner lui-même - par l'intermédiaire de ses élus et de ses institutions – d'accéder au niveau de connaissances nécessaires pour ce faire, et ainsi de pouvoir assurer, directement ou indirectement, l'ordre social et la paix publique. Les deux outils fondamentaux de l'ordre démocratique sont donc l'Education et la Justice.
                             
Sous cet angle, la forme du gouvernement importe peu : la démocratie peut s'exercer dans un royaume, une république, voire un empire ou toute autre forme d'aménagement du pouvoir et de la société ; il peut y avoir un contexte religieux ou idéologique, ou rien de ce genre. Cela peut être très variable. Mais l'essentiel, dans l'objectif d'une démocratie véritable restent l'Education et la Justice : que chaque enfant, chaque citoyen, puisse de manière équitable, égalitaire et partagée, accéder à la connaissance ; que chaque citoyen puisse, sans crainte, compter sur une appréciation juste, équitable et égalitaire de sa situation lorsqu'il y a conflit ou faute sociale.
Une société qui se dote de manière solide et continue de ces deux éléments fondamentaux, peut être considérée comme démocratique.
 
L'Education
Dans notre contexte contemporain, certains pays se sont dotés d'un système d'enseignement très performant, de manière à obtenir un tissu social cohérent et suffisamment responsable. Cela commence tôt, dès la nursery et le primaire. On y apprend non seulement à lire, écrire, compter, mais aussi les bonnes manières, la propreté, le respect d'autrui et de l'environnement ainsi que le respect des institutions. On y développe dès l'enfance le sens de la responsabilité et le poids éventuel d'une sanction. Cela se fait aussi dans la pluralité des opinions et des groupes sociaux, chacun pouvant afficher son appartenance ; mais cette pluralité encouragée à la tolérance, est encadrée  sous la responsabilité de l'Etat. Dans un monde désormais "ouvert", il est précieux de ne pas aboutir à l'univocalité.
 
En Europe, les pionniers ont sans doute été les Nordiques, la Confédération Helvétique. La France de la 3ème République a ainsi "francisé" des centaines de milliers d’enfants, qu'ils soient Bretons, Basques, Auvergnats, ou de familles venues d'Italie, de Pologne, de l'ex Empire Austro-Hongrois. L'école de Pagnol et de Duhamel a "inventé" la France du XXème siècle.
Plus récemment, le Japon, la Corée du sud, Singapour, et même l'Australie se présentent comme des "pays fous d'éducation" : de judicieux budgets et des programmes planifiés sur 3 ou 4 générations d'élèves leur ont permis, d'une part d'absorber et surtout d'intégrer culturellement les populations très diverses auxquelles ils ont dû et doivent continuer à faire face. Après leur avoir été longuement fermée, l'Australie est désormais une des nations parmi les plus ouvertes aux Asiatiques. Singapour a dû faire face à une population aux origines multiples, souvent peu éduquée ; il a donc fallu créer pendant un demi-siècle un système à la fois respectueux des particularismes et fédérateur d'une fierté nationale : deux ou trois langues obligatoires selon l'ethnie, une culture commune et l'interdiction de tout prosélytisme. Plus de 280 établissements privés distillent sous le contrôle de l'Etat un enseignement commun et particularisé. La Corée du Sud devait, dès la paix venue, prouver qu'elle était capable d'exister : elle l'a fait en renouant avec les traditions agrégées à un enseignement moderne de haut niveau, demandant à ses enfants un effort continu ; le résultat est là : dans le Top 30 des Universités mondiales, 14 sont de la zone Pacifique-Asie. L'Etat fédéré de Victoria (Australie) s'affiche même "l'Etat de l'éducation" (c'est écrit sur les plaques d'immatriculation des véhicules : Victoria the state of education).
Chacun sait que les deux extrémités du corps social sont les plus coûteuses : la jeunesse et son éducation (sans avoir la certitude d'un retour à l'investissement) et les anciens, les plus âgés. Pour financer ces deux pôles coûteux, les "actifs" et le marché du travail doivent être prospères et bien fonctionner : tout est lié. Autrement dit, si l'économie est défaillante, fonctionne mal, voire pas du tout, un des premier postes laissé à l'abandon sera l'Education. Et si, en plus, on plombe cette dernière de méthodes saugrenues, d'attitudes xénophobes et d'innovations permanentes vite oubliées, on peut être assuré de retrouver les enfants et les adolescents dans la rue, sans bagage pour l'avenir.
 
Pour la Justice,
c'est plus délicat : la Justice est en principe "le Troisième pouvoir" comme l'ont théorisé Locke et Montesquieu. Diderot est d'accord. Proudhon dans sa violence dit aussi que c'est "le lieu le plus pourri" d'une nation. Que le pouvoir judiciaire soit nommé, élu ou coopté, son aménagement est toujours difficile et son impartialité aléatoire, car il repose sur un amalgame complexe : en premier lieu les règles de droit et de procédure doivent être bien fixées et stables. C'est ce que nous avons en France. Elles doivent aussi être adaptées au corps social qu’elles sont censés pacifier. Là, il y a sans doute sérieusement à revoir. Ensuite, le corps judiciaire doit être aussi impartial que possible et ne pas entretenir les fractures entre les différents groupes composant le tissu humain. Enfin il y a "l'âme et conscience" de chaque acteur du corps judiciaire, ses faiblesses, ses choix personnels ses a priori dans le jugement qu'il doit avoir de ses semblables. C'est très compliqué. Le principe : "le droit, rien que le droit" est inapplicable autant que le laxisme systématique.
Par ailleurs, dire que "la justice est la même pour tous" est une vue de l'esprit... Selon que vous serez puissant ou misérable"... n'est pas une moralité fabuliste passée de mode, bien que de réels progrès aient été accompli pour "égaliser" procédures et peines.
 
En France,  le pouvoir judiciaire, a toujours été au service de l'Etat : Il est fait pour cela ; "faire régner l'ordre" autant que faire se peut. La satisfaction du citoyen, vient ensuite. La pratique révolutionnaire des Comités de Salut public et de Sûreté en sont une image vivace, même en les atténuant avec les 3 articles de sûreté, 7, 8, et 9, de la Déclaration des droits du 26 Aout 1789. C'est aussi très visible sous les Empires et la Restauration (Monte Cristo, Edmond Dantès sacrifié), et la 3ème République a mené une lutte acharnée contre la criminalité en même temps qu'elle éduquait les enfants (Jean Valjean, la bande à Bonot), faisant de la crainte du bagne un argument de conformité sociale. La longueur du service militaire obligatoire était aussi un puissant "calmant" social.
Une justice totalement vertueuse n'existe pas. Toutefois, en France, nous avons la chance qu'elle ne soit pas totalement minée par la corruption, comme c'est le cas dans de nombreux pays : il suffit de "payer" pour être exonéré ; néanmoins, sa politisation sous la 5ème République est une cause majeure de son délabrement : chaque parti au pouvoir, détruit ce que le précédent a tenté. En ne lui accordant pas toujours les moyens dont elle a vraiment besoin pour remplir une tâche de plus en plus multiforme. Cette stratégie de délabrement volontaire est une véritable catastrophe.
 
Certes qu'il s'agisse d'Education ou de Justice, il y aura toujours des marginaux, des violents, des ingérables non détectés ; mais le bon fonctionnement de ces deux Fondamentaux limite les accidents majeurs d'un parcours social qui n'est jamais évident, quel que soit le pouvoir en place.
Une des dernières stupidités à la mode est de donner en exemple aux Français "le modèle suédois". Quelle lubie !!
Nous comparer à la Suède ou à tout autre Nordique est absurde : ce sont des pays à "petite population" (5 ou 6 millions d'habitants). Tout le monde se connait, il est très difficile de tricher ; la gestion collective est à la fois minutieuse et simplifiée. Cela est quasi impossible pour une population de plus de 65 millions d'habitants (très diversifiés) et des villes dépassant les 2 millions.
Ce sont des sociétés très "solidaires", qui ont eu et gardent le souvenir de vies très dures (la dernière "grande famine" autre que due à une guerre est Finlandaise vers 1880, d'où l'émigration massive vers l'Amérique). Il n'est pas question de mettre en péril le groupe social pour protéger un intérêt particulier qui ne servirait pas l'ensemble de la communauté ;
Ce sont des pays très majoritairement protestants, avec des principes d'honnêteté et de loyauté ; l'éducation porte fortement cette marque. La bonne fortune est un don de Dieu, elle doit donc être vertueuse. Le travail est une valeur fondamentale. Tout comportement "suspect" peut être "signalé", sans que cela soit automatiquement agressif ; cela consiste généralement en une "remise au pas", et un encouragement à être meilleur. Parfois il y a "aide au recadrage".
Les acteurs politiques sont soumis à de stricts contrôles financiers et moraux. Les sanctions sont sévères et sans appel. Il en est de même pour les familles régnantes dont les "listes civiles" sont soigneusement justifiées. Si elles se permettent quelques frais somptuaires pour des célébrations généralement familiales et dynastiques, celles-ci sont financées sur leurs "cassettes privées", et les dons éventuels sont dument contrôlés.
Nous sommes en France, pour le moins, très loin de ces schémas.
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L’innommable chaos
 
Jamais, dans toute l’histoire de la République, les Français n’ont été à tel point méprisés, moqués, manipulés.
A travers M. Macron, la scène politico-médiatique leur offre une sorte de sauveur providentiel digne d’un autre âge. Son unique mérite : être jeune, beau, télégénique. On en oublie tout simplement qu’il a été le conseiller et le ministre de l’Economie de M. Hollande, c’est-à-dire un homme clé d’un quinquennat jugé désastreux par une majorité de Français. La contradiction est évidente : il se présente comme le candidat de "la véritable alternance" alors qu’il est dans la stricte continuité d’une politique menée depuis 5 ans… "Ni droite ni gauche", c’est gentil mais comment définir une ligne présidentielle avec des soutiens totalement disparates ? Sur l’économie, la politique internationale, la sécurité, l’immigration, l’Europe ? Je ne comprends pas comment une telle imposture, un tel néant peut aussi bien triompher dans la naïveté générale.

Chez la candidate lepéniste, les choses sont encore pires. Le personnage n’a pas la moindre esquisse de mérite, de réussite, d’engagement au service de la Nation – Macron, au moins, a réussi la réforme des transports en autocars. Elle n’est rien d’autre que l’héritière d’un parti extrémiste créé et présidé par son père pendant 30 ans. Et voici cette personne sublimée sans vergogne dans une sorte de culte de la personnalité, produit d’un aveuglement général qui fait froid dans le dos. Dans la pire des hypothèses, celle de son élection à la présidence, elle ne pourrait pas bouger un petit doigt, retranchée à l’Elysée, en l’absence de soutiens dans l’appareil d’Etat et de majorité parlementaire, mais déclencherait une guerre permanente au sommet de l’Etat et paralysie générale des institutions et des services publics. Voilà une évidence absolue qui n’intéresse personne… 

Quant à M. Fillon, chacun pense ce qu’il veut. Mais enfin, à 5 semaines des élections présidentielles, qui peut ne pas voir l’hallucinant matraquage et l’œuvre de destruction, jour après jour, dont il fait l’objet ? Nous savons qu’il suffirait de gratter un peu sous le vernis de M. Macron et de le Pen pour mettre à jour autant de vicissitudes. Mais cela n’intéresse évidemment personne et les scandales potentiels à leur sujet, aussi détonants que ceux de M. Fillon, sont étouffés dans l’indifférence…. Deux poids, deux mesures : cette élection est faussée, truquée, pervertie… La France politique est en plein chaos, en pleine démence. Nous vivons dans un pays déboussolé, meurtri, par le terrorisme, le chômage, l’humiliation, l’impuissance, l’effondrement de ses valeurs et de ses capacités de jugement, les élucubrations de sa classe dirigeante. Tout n’est que jeu d’illusion, d’idolâtrie et de manipulation. La politique a déserté le monde des réalités et de l’action. Sauf surprise, dans la décomposition générale, la désintégration politique, aucune majorité parlementaire stable et durable ne semble en mesure d’émerger pour réformer le pays. La présidence de la République est en train de crever de la bêtise et de la médiocrité générale. Cette élection est une véritable infamie, un crime contre la démocratie. Chaque jour des sondages nous intoxiquent un peu plus sur le rapport de force entre les candidats. Il en est un qui manque gravement : que pensent les Français, la France profonde, de cette sordide comédie ?  En tout cas, nous marchons vers un chaos innommable.

Paru sur maximetandonnet.wordpress.com, 18 mars 2017
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Marine Le Pen peut déjà leur dire merci
 
Ils ne comprennent pas : comment Marine Le Pen peut-elle être aux portes du pouvoir, alors que les résistants au populisme ne cessent, depuis le 21 avril 2002, de lui faire barrage ? Enrico Macias n’a-t-il pas juré de rejoindre la Suisse si elle était élue ? Jean-Marie Le Clézio, Prix Nobel de littérature, n’a-t-il pas menacé de rendre son passeport ? Et Yannick Noah, et Olivier Py, semblablement prêts à l’exil. Et les autres pétitionnaires du show-biz, qui signent et re-signent contre la "bête immonde".
Quant aux médias, c’est à croire que plus personne ne les prend au sérieux lorsqu’ils dénoncent les "propos nauséabonds" du FN et prédisent "le retour aux années 1930".
Trêve de plaisanterie : ces bravoures d’opérette ne pèsent rien, bien sûr, devant la colère française. C’est elle qui, il y a quinze ans, avait mené par surprise Jean-Marie Le Pen au second tour de la présidentielle (16,86 % des voix). Aujourd’hui, sa fille double ou presque le score au premier tour, dans des sondages qui circulent sous le manteau. Les belles âmes ont fait son succès. Elles pourraient lui offrir sa victoire en mai.
Le Front républicain rempile. Mais il étale son inefficacité : jamais Marine Le Pen n’a été si puissante, confrontée à la puérile ligne Maginot des belles âmes. Une victoire finale, farfelue il y a six mois, devient possible à mesure que les opposants se montrent incapables d’argumenter, sinon en criant au fascisme. La mobilisation anti-Le Pen met en branle un système somnambulique : celui qui a conduit la France à cet état insurrectionnel. Ce n’est plus tant la femme politique qui attire des électeurs que le rejet viscéral d’un monde faux qui se contente de ses excommunications. Les excédés veulent en finir avec l’humanitarisme des pharisiens. Les Révoltés reprochent aux Mirobolants d’avoir jeté l’opprobre sur leurs désirs d’enracinement ou de protection culturelle. Les faux gentils, monstres d’indifférence, auraient tout intérêt à se faire oublier. Mais la bêtise insiste toujours, avait prévenu Camus.
 
En fait, rien n’est moins convaincant que la propagande qui présente Emmanuel Macron, produit gazeux de la bien-pensance progressiste, en rempart du FN. Le cliché annonce la tromperie renouvelée. Celui qui estime qu’ "il n’y a pas de culture française" et qui louange la diversité identitaire devrait regarder l’enquête Ifop parue mardi (La Croix). L’étude fait ressortir le fort sentiment d’appartenance des sondés à la nation (86 %). La gauche moderne et immigrationniste le rejoint car elle se retrouve dans sa vision d’une société multiculturelle, prête aux concessions avec l’islam. Là encore, Macron devrait lire Hamed Abdel-Samad (Figaro Magazine, 10 mars). L’auteur du Fascisme islamique (Grasset) constate, parlant des musulmans en Europe : "Beaucoup sont certes contre l’État islamique, cependant ils ne s’opposent ni à l’idée du califat ni à la charia en soi." Un second tour Macron-Le Pen serait un défouloir pour ceux qui ne veulent plus de cette classe hors-sol, qui ne voit de danger que dans la fureur du tiers état.
 
L’approche économique de Marine Le Pen reste le dernier obstacle qui la sépare de beaucoup de ceux qui ne croient plus, contrairement à elle, en l’État stratège ni en la pérennité de l’État-providence. La perspective d’une sortie de l’euro et de l’Union européenne suscite de légitimes méfiances. Le programme libéral de François Fillon est plus en phase avec la réalité. Confrontés à l’impéritie de l’État, les gens ont souvent appris à se débrouiller sans lui. Si l’on veut bien admettre que le leader des Républicains propose un bon équilibre entre les questions identitaires et économiques, il reste encore loisible de prévoir sa victoire sur Macron au premier tour. Sa mise en examen, mardi, s’ajoute à une suite de suspicions qu’il endure avec un sang-froid qui finit par impressionner. En fait, seul Fillon reste capable de battre Le Pen, tous deux unis par une justice qui a sorti le gourdin. Pour les droites, cet acharnement devient sans doute un atout.
Paru dans Le Figaro, 17 mars 2017
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Adossée à des fondamentaux politiques avérés. Magistro, une tribune critique de bon sens, raisonnée et libre, d'information civique et politique.

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