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L'entreprise, dernier rempart dans la crise sociétale
 
Bonne nouvelle : en France, l'entreprise s'en sort et devient le socle de stabilité de la République. Mais pour que cela perdure, il faut redonner l'initiative aux salariés et à ceux qui les dirigent. Redonner au secteur privé les missions que l’Etat assure mal.
La France en ce moment ressemble à la dernière image du banquet de la célèbre BD d'Astérix au cours de laquelle tous se battent entre eux, sans savoir exactement pourquoi mais sur tous les sujets. Extraordinaire capharnaüm : rien ne résiste à l'esprit révolutionnaire ambiant. Tout y passe, les partenaires sociaux ne s'entendent pas - d'ailleurs ils n'ont jamais été d'accord -, les politiques se surpassent dans la division et saisissent n'importe quel prétexte pour discréditer l'adversaire, l'église et le clergé vivent l'enfer, la justice n'arrive plus à être juste, les racistes reprennent du poil de la bête immonde, les impôts se portent bien et servent de sparadrap pour faire croire qu'on agit, l'Etat est plus dispendieux que jamais sans satisfaire personne, les élections européennes laissent présager le pire, seuls les rats apprécient la capitale qui n'est qu'un immense embouteillage de travaux et de manifs, les carrefours français sont devenus des zones de blocage aux activités multiples, les samedis s'enchaînent en happenings...
Mais il y a une vraie bonne nouvelle, c'est que seule l'entreprise s'en sort, elle résiste à toutes les échauffourées et devient le socle de stabilité de la République. C'est en cette "institution" que les Français ont confiance et en elle seule. Ils la placent loin devant en termes de confiance et de réconfort, juste après leurs familles. On remarquera qu'elle sort indemne des centaines de récriminations qui nous minent confirmant que  "L'entreprise est une communauté et, à côté de la famille, une des cellules de base de notre société, un de ses indispensables corps intermédiaires. Comme telle, elle est un espace de liberté, de créativité, d'accomplissement de soi, de fraternité. " Ph.Le Tourneau.
Cette même entreprise qui fut l'objet en France de tous les courroux, n'est aujourd'hui plus attaquée dans ses fondamentaux, les Gilets jaunes ont même plutôt les petits patrons à la bonne ! Ils sont conscients que si leur pouvoir d'achat est insuffisant c'est le fait d'une administration fiscale insatiable et d'une gestion politique navrante depuis des décennies ; c'est un progrès considérable. Certes, il y a toujours les grands patrons qui sont des riches haïssables par nature et les dividendes maudits par inculture économique, de ce point de vue rien de nouveau. (72 % font confiance aux 
PME, 8 % aux partis politiques – IFOP).
 
Inverser les notions de confiance
Les entrepreneurs ont d’ailleurs réagi positivement dès le début de la révolte contre le pouvoir d'achat, en demandant, et en se battant pour que Bercy autorise une prime exceptionnelle défiscalisée et sans charges, le gouvernement a cédé non sans que Bercy ait d'abord refusé. C'est un succès, les patrons ont donné cette prime et c'est aussi un succès pédagogique : oui, ils souhaitent mieux payer leurs salariés, encore faut-il qu'ils le puissent, dont acte.  
Intéressante illustration à cette occasion d'un corps politique qui s'accroche à tout ce qui peut le réhabiliter, la PRIME PATRON (proposée et défendue par le mouvement ETHIC) est devenue immédiatement la PRIME MACRON, "Feignons d'en être l'organisateur." Non content de s'en attribuer l'initiative le pouvoir est allé jusqu'à encourager les patrons à donner ce qu'ils avaient eux-même proposé !
Que faudra-t-il pour que les politiques comprennent que le pouvoir tel qu’il est exercé nécessite de se remettre en question ? Qu’ils doivent pour le bien du pays reconnaître les limites de leurs compétences. Hors les missions régaliennes de l’Etat, c'est à l'esprit d'entreprise et à la société civile qu'il faut aujourd’hui confier les rênes du changement.
La vraie révolution est là, nous ne sortirons de ce chaos que par l'appel à la responsabilité individuelle et ce, dans tous les domaines. Les premiers sages renoncements de l'Etat devraient être de cesser de légiférer, cesser de vouloir gérer nos entreprises, cesser de créer des niches fiscales par clientélisme, cesser de faire semblant d'être le recours à tout et n'importe quoi sous peine que le dangereux affaiblissement de l'Etat ne s'accroît.
Il ne s'agit plus de rétablir la confiance, il faut rétablir l'ordre. Puis inverser la notion de confiance : que le pouvoir fasse confiance à ceux qui sont les piliers du pays au lieu de la réclamer sans succès pour lui-même. Les entreprises sont les seules garantes du "vivre ensemble", les seuls lieux d'enrichissement possible, l'emploi. Il faut redonner l'initiative aux salariés et à ceux qui les dirigent avec des règles simples, stables et non spoliatrices dans une saine nécessaire concurrence. Redonner au secteur privé les missions que l’Etat assure mal. Il faut un Etat garant, pas un Etat gérant.
Attention ! Car le fameux "grand débat" peut par des demandes multiples et contradictoires nous faire économiquement rebrousser chemin. Si c’est le cas, notre dernier garde-fou : l’entreprise, s’effondrera à son tour.

Envoyé par l'auteur, paru Challenges, 21 février 2019
Publié dans En France
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La peste verte, vrai visage de l'antisémitisme
 
"Elle est à nous la France !", a crié l’homme à la barbe teinte au henné, un keffieh palestinien autour du cou. La scène s’est déroulée samedi à Paris, lors d’une prise à partie d’Alain Finkielkraut. Rejoignant son domicile à pied, le philosophe s’était retrouvé par hasard sur le parcours de Gilets jaunes qui manifestaient. Le barbu, filmé à ses dépens, a été des plus injurieux, au milieu d’une poignée d’autres enragés. Parmi les propos entendus : "Barre-toi, sioniste de merde !", "Palestine libre !", "grosse merde sioniste !", "à Tel Aviv !", "nous sommes le peuple, Dieu va te punir !", "tu es un haineux et tu vas mourir en enfer !", etc. Et ce fameux : "Elle est à nous la France !", fleurant bon l’extrême droite. Du nanan pour tous ceux qui, Bernard-Henri Lévy en tête, dénoncent depuis trois mois l’antisémitisme fondamental des Gilets jaunes et, partant, l’illégitimité de leur révolte. C’est également cette accusation infâmante qu’avait suggérée le ministre Gérald Darmanin, en parlant de "peste brune" à propos des manifestations du 25 novembre 2018 sur les Champs-Elysées. Précédemment, en juin, le chef de l’Etat lui-même avait évoqué "la lèpre qui monte", partout en Europe avec la montée du populisme. Depuis le 17 novembre, date de la première mobilisation des Français oubliés, une propagande venue des amis d'Emmanuel Macron consiste à laisser croire que les Gilets jaunes doivent être tenus pour collectivement responsables des outrances commises par des groupuscules. Le déchaînement antisémite de samedi aurait dû être là pour leur donner raison. Mais les faits sont têtus : l’homme qui hurle : "Elle est à nous la France!" a été identifié comme un islamiste ayant évolué dans la mouvance radicale en 2014, selon Le Parisien de ce lundi.
Les macroniens demandent aux Gilets jaunes, avec raison, de se désolidariser de ces intrus. Toutefois, les donneurs de leçons ne font rien, eux-mêmes, pour désigner les vrais antisémites. Ils se contentent de pointer paresseusement un "fascisme" et un "néo-nazisme" devenus marginaux, s’ils existent encore. Ces fakes news sont cautionnées par le pouvoir et le discours dominant, qui disent pourtant lutter contre les mensonges. Les désinformations ont pour conséquence de fermer les yeux sur les nouveaux antisémites, ceux qui ont agressé Finkielkraut au nom d’un antiracisme dévoyé. Ces judéophobes grenouillent majoritairement à gauche, à l’extrême gauche, chez les islamistes et leurs alliés soraliens (Alain Soral et Dieudonné). Les coucous étaient dans la manifestation parisienne de samedi. Ils sont les "vrais fauteurs de haine" comme l’a bien dit Finkielkraut dimanche. La peste n’est pas brune mais verte et rouge. La lèpre qui monte n’est pas chez le peuple français qui veut renaître, mais chez ceux qui veulent s’accaparer la France ("Elle est à nous !", dit le salafiste) au nom d’un grand remplacement qui reste l’objectif d’une idéologie totalitaire et conquérante. Les Tartuffe sont légion chez les arbitres des élégances qui, à l’instar du PS, appellent mardi à manifester contre l’antisémitisme sans inviter le Rassemblement national, au prétexte que ce parti n’aurait pas rompu avec "la fachosphère" (Olivier Faure, PS, sur RTL ce matin). Pour ma part, en dépit de ma totale et ancienne solidarité avec les Français juifs et leurs alertes répétées, je ne m’associerai pas à cette démonstration insincère. Je ne veux pas y côtoyer, en effet, les faux culs et les lâches qui n’osent nommer la source de l’antisémitisme contemporain qu’ils prétendent combattre en l’épargnant.

Paru sur blog.lefigaro.fr/rioufol, 18 février 2019
Publié dans Du côté des élites
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Cette gauche frappée de daltonisme politique
 
Ils ont dit stop ! Ils ont dit non à l'antisémitisme ! Non au retour des années 30 ! Ils ont piétiné sur la place de la République qui leur rappelle tant de bons souvenirs. Les socialistes et toutes les associations antiracistes ont battu le pavé comme à leurs plus belles heures. Ils ont évoqué leurs souvenirs en commun. Ils ont frotté leurs belles âmes les unes contre les autres. L'antisémitisme, c'est leur truc ! Comme l'antiracisme. Comme toutes les causes humanistes qu'ils manient avec l'expérience des vieux loups de mer. Ils ne se rendent même pas compte que leur indignation est devenue un sujet de détestation, voire de franche rigolade. Nietzsche disait jadis : "Il n'y a pas plus menteur qu'un homme indigné." Et beaucoup de Français l'ont désormais compris. La gauche antiraciste continue de chercher les chemises brunes et ne voit pas les foulards verts. Ce daltonisme politique serait risible s'il n'était tragique. Les antisémites d'aujourd'hui ne trouvent pas leur inspiration dans Maurras mais dans le Coran. Ceux qui, depuis des années, ont tué des Juifs dans les rues de Paris ou de Toulouse n'ont pas crié "Heil Hitler !", mais "Allah Akbar !".
 
L'antisémitisme français traditionnel peut encore survivre à l'état individuel ; il n'est plus un phénomène politique depuis 1945. C'est la Seine-Saint-Denis islamisée que les Juifs quittent en masse, pas le XVIe arrondissement de Paris. L'antijudaïsme catholique a été démantelé par Vatican II. En revanche, des dizaines d'églises sont, depuis des mois, profanées, saccagées, voire brûlées. On aimerait que la police découvre les coupables…

Il y a aujourd'hui une alliance politique entre l'extrême gauche, qui cherche dans les banlieues des troupes pour lutter contre l'Etat et le capitalisme, et les Frères musulmans, qui cherchent une alliance avec des Français pour islamiser la France. Dans leur stratégie, les Juifs sont des ennemis parce qu'ils sont capitalistes et sionistes ; et les catholiques aussi, parce que ce sont des conservateurs et des croisés.
La gauche, à part quelques individualités iconoclastes, n'ose pas regarder cette réalité en face. Elle forme depuis des années le camp du déni, continue de prétendre que l'immigration est "une chance pour la France", que l'islam est "une religion de paix et d'amour" sans vouloir comprendre que le terreau de l'antisémitisme se trouve là. Et la droite s'est depuis longtemps soumise idéologiquement à la gauche.
Quant aux "gilets jaunes", ils ont payé très cher leur désorganisation. Ils ont été noyautés, puis submergés par des forces militantes mieux organisées et plus déterminées. Le gouvernement est trop content de leur mettre sur le dos les violences des black block et, désormais, l'antisémitisme vociférant des salafistes et des islamo-gauchistes. De son côté, la France insoumise tangue, à l'instar de son chef Jean-Luc Mélenchon, entre vieux réflexes de patriotisme républicain et nouvelles tentations islamo-gauchistes. Le paysage politique est complètement nouveau et terrifiant : c'est pour cette raison que la gauche préfère évoquer entre soi le bon vieux temps.

Paru dans Le Figaro Magazine, 22 février 2019
Publié dans En France
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Schiappa, attaque idéologique, erreur tactique
 
Voilà ce qui s'appelle rater sa cible. Une interview de Marlène Schiappa dans Valeurs actuelles, voilà qui était osé. Pour les deux parties, tant l'hebdomadaire d'une droite assumée et la secrétaire d'État à l'Égalité entre les femmes et les hommes semblent aux antipodes l'un de l'autre. Pour Valeurs actuelles, une preuve d'ouverture. Pour Schiappa, l'occasion de démontrer que son féminisme ne l'empêche pas de dialoguer avec ceux qui ne pensent pas comme elle. Et plus encore, de convaincre qu'elle a des positions plus équilibrées que ses adversaires le prétendent.
Et de fait, dans cet entretien, elle réaffirme son opposition à la GPA, s'indigne du déni sur les agressions sexuelles commises par des migrants, dénonce – enfin ! - la chronique salace et sexiste de Daniel Morin sur France Inter humiliant la journaliste Charlotte d'Ornellas, pourfend l'écriture inclusive et fustige ces débats féministes dont les hommes sont exclus. Bref, l'intention initiale n'était pas de "choquer le conservateur", mais plutôt de le toucher.
 
Pourquoi alors ce postulat aussi aberrant qu'insultant d'une "convergence idéologique" entre la Manif pour tous et "les terroristes islamistes" ? Pourquoi prétendre qu' "il y a des slogans de la Manif pour tous qui sont lancés dans les banlieues" ? Des survivants du Bataclan se souviendraient-ils donc d'avoir entendu leurs agresseurs chanter - dans une tonalité grégorienne, on imagine – "un père, une mère, c'est élémentaire", avant de sortir leurs kalachnikovs ?
Au moment où la quasi-totalité des dirigeants de droite se reprochent aujourd'hui d'avoir combattu dans la rue la loi Taubira, on ne demande pas à une ministre sincèrement "progressiste" de ne pas critiquer les opposants au mariage et à l'adoption pour tous. Mais si le choc des arguments peut être vif, l'outrance ne grandit jamais celui ou celle qui en fait preuve. Et il est toujours paradoxal de vouloir dénoncer le sectarisme de ses adversaires idéologiques en versant soi-même dans la caricature, voire la diffamation en qualifiant d' "homophobie" toute opinion non conforme à un discours officiel et en amalgamant un conservatisme sociétal qui s'assume sans pour autant l'imposer à un islamisme de nature totalitaire.
 
Mais, au-delà du débat de fond, Marlène Schiappa commet trois erreurs tactiques.
La première la concerne, elle : renouer avec une image d'amateurisme ou de celle par qui la polémique arrive, qu'elle s'efforçait de corriger avec opiniâtreté.
La deuxième concerne son gouvernement et sa majorité : avec une telle sortie, difficile pour Emmanuel Macron de convaincre de sa volonté d' "apaiser" la société, de rechercher le "consensus" sur les questions sociétales les plus délicates, de tirer les leçons d'une méthode qui avait "humilié" les opposants au mariage pour tous. Après Agnès Buzyn estimant qu'en choisissant François-Xavier Bellamy LR n'aura plus de "républicain que le nom", le mistigri de l'intolérance revient dans le jeu des Marcheurs.
La troisième erreur concerne la droite : alors que Macron mise sur un divorce à droite sur les questions sociétales, Marlène Schiappa a réussi à réconcilier la droite Wauquiez et la droite Pécresse dans une même condamnation de ses attaques contre la Manif pour tous.

Paru dans Le Figaro, 22 février 2019
Publié dans Du côté des élites
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L’islam en mal de créativité
 
Une situation paradoxale
En 1900, le nombre de musulmans dans le monde était évalué à 200 102 000 fidèles ; aujourd’hui, soit un peu plus d’un siècle plus tard, ils sont environ 1, 800 milliards, soit 24 % de la population mondiale qui approche 8 milliards de personnes. L’islam est désormais présent sur tous les continents.
Ce spectaculaire "bond en avant" démographique et spatial, survenu en si peu de temps, manifeste une vitalité qui s’exprime aussi par d’autres signes : renouveau de la pratique religieuse, retour à des traditions sociales tombées en désuétude au milieu du XXème siècle, une puissance d’attraction et une capacité de nuisance. Cet ensemble d’éléments est largement soutenu par les richesses résultant de l’exploitation de matières premières (pétrole et gaz) ; elles servent au financement de mosquées et d’écoles coraniques, à la rétribution des femmes pour le port du voile dans ses différentes formes, ainsi qu’à l’endoctrinement et au financement du djihad. L’islam est ainsi l’un des acteurs majeurs dans la géopolitique mondiale.
Certains musulmans voient dans ce dynamisme l’annonce du succès final de l’islam garanti par le Coran et la préférence d’Allah pour leur religion.
* C’est Lui [Dieu] qui a envoyé son prophète avec la direction et la religion vraie pour la faire prévaloir sur toute autre religion, en dépit des polythéistes (9, 33).
* Vous formez la meilleure communauté suscitée pour les hommes : vous ordonnez ce qui est convenable, vous interdisez ce qui est blâmable, vous croyez en Dieu (3, 110).

 
Et pourtant, "la quasi-totalité du monde musulman souffre du sous-développement et de la tyrannie", remarquait en 2003 l’orientaliste américain Bernard Lewis. Il étayait son affirmation sur le bilan résultant d’enquêtes menées sous l’égide d’institutions internationales : analphabétisme, indigence culturelle et économique, chômage massif des jeunes, violations des droits de l’homme, aliénation des femmes, censures, atteintes aux libertés publiques, partis uniques, etc., sont autant d’indices qui montrent le retard des sociétés islamiques par rapport à l’Occident et à l’Asie non musulmane (L’Islam en crise, Gallimard, p. 129-135).
Cette situation affecte surtout les pays arabes, centre géographique, historique et culturel de l’islam, dont la population est d’environ 300 millions de personnes. Selon un rapport publié en 2015 par la Ligue arabe, il y avait à cette date 54 millions d’analphabètes, dont une majorité de femmes, dans les 22 Etats membres de cette institution dont le siège est au Caire.


Des intellectuels musulmans admettent et déplorent cette réalité.
En 2004, Ahmed Zweil, savant égyptien émigré en Californie et prix Nobel de chimie 1999, dans une contribution au dossier "Arabes : sortir du marasme" publié par la revue Panoramiques, écrivait : "Où se situent-ils [les Arabes] sur la carte scientifique du XXIème siècle ? Cette région est riche en ressources humaines ; certains pays sont riches sur tous les plans. Cependant, l’ensemble des institutions scientifiques arabes réunies ne peut rivaliser avec une seule institution israélienne comme l’institut Wiseman. La population arabe […] n’a jamais créé une seule organisation scientifique de niveau international" (n° 66, éd. Corlet, p. 75-78).
Le politologue algérien Nour-Eddine Boukhrouh qualifie la situation actuelle de "civilisation naufragée". Il observe "la perte du sens de l’orientation chez les musulmans, leur obstination à regarder derrière eux au lieu de droit devant, leur attitude méprisante envers les autres civilisations qu’ils croient vouées à l’enfer quoi qu’elles fassent". Pour lui, les musulmans sont organisés "en système figé qui vit de la créativité des autres, en échange de leurs ressources naturelles" (Islam, la dernière chance, entretiens avec Saïd Branine, éd. Entrelacs, 2018, p. 124). Cela se vérifie dans les grandes universités islamiques, notamment El-Azhar, au Caire, institution ayant un grand rayonnement sur l’ensemble du monde sunnite (elle accueille environ 40 000 étudiants musulmans venant de nombreux pays), où "l’on apprend par cœur des ouvrages au contenu obsolète" (Id., p. 118).
 
Le contraste est accentué par les moyens de communication modernes qui renvoient aux musulmans l’image de sociétés non islamiques en progrès constant. Les sentiments de frustration qui en résultent étaient d’ailleurs l’une des causes initiales du déclenchement des révoltes arabes en 2011. Depuis lors, non seulement aucune amélioration ne s’est produite mais la plupart des Etats du Proche-Orient et du Maghreb continuent de subir les effets d’une gestion publique désastreuse quand ils ne sont pas touchés par des désordres et affrontements confessionnels ou tribaux, annonciateurs de la dislocation de cette région.
Le monde musulman est ainsi en état de réactivité et non de créativité.

 
Aux sources de la stagnation
          Le Coran incréé
Au IXème siècle, la nature "incréée" du Coran a été imposée par le calife Mutawakkil siégeant à Bagdad comme un dogme qui n’a jamais été remis en cause officiellement. Contrairement à la Bible, écrite par des auteurs inspirés, le Livre saint des musulmans est considéré par eux comme une dictée divine préexistant à l’histoire, laquelle n’a sur lui aucune influence (cf. PFV n° 58).
"Cette théorie a acquis, à travers le temps et parfois la terreur, le privilège de se présenter aux consciences comme une vérité absolue. Beaucoup de fatouas ont assimilé son déni à de la mécréance", rapporte Razika Adnani, philosophe algérienne (Islam : quel problème ? Les défis de la réforme, éd. UPblisher, 2017, p. 143).
Selon le grand-imam Ahmed El-Tayyeb, recteur d’El-Azhar, "la lecture historique ne peut s’accorder à l’esprit du Coran qui est un texte divin, absolu, valable pour tous les temps et tous les lieux. C’est ce qu’on appelle le miracle inimitable du Coran" (Le Temps, Genève, 22 janvier 2011).
Intangible et immuable, le Coran échappe à toute analyse critique. Lui appliquer un traitement exégétique comparable à celui qui est admis et même encouragé par l’Eglise pour la Bible, impliquant la recherche de sources humaines, historiques ou littéraires à travers l’archéologie, la philosophie ou la linguistique, s’apparente à l’apostasie. Comment analyser "la" langue divine ?

 
          La connaissance, attribut exclusif d’Allah
Il est de même impossible de prétendre connaître Allah "l’inconnaissable", "l’inaccessible" (Coran 42, 4), dont le "mystère est incommunicable" (6, 50 ; 7, 188 ; 11, 31), et de scruter son intention, ce qui revient aussi à apostasier. C’est pourquoi il n’y a pas de théologie en islam. Il y a simplement une doctrine descendue du Ciel et transmise aux hommes par Mahomet, le "sceau des prophètes" (Coran 33, 40), dont l’analphabétisme supposé garantit l’origine et l’intégrité.
Voici la conclusion qu’en tirait au siècle dernier un Marocain, ancien musulman converti au christianisme. "Dieu, par conséquent, est absolument inaccessible à la “saisie” humaine. Et en même temps, Il est omniscient, omniprésent et omni-agissant, au point que l’homme ne peut être dit “créateur” de quoi que ce soit, pas même de ses actions propres. “Créer” est un acte divin, exclusivement divin ; aucune créature ne peut participer à une telle efficience […]. Aussi les penseurs musulmans auront-ils une profonde répugnance à admettre une réelle causalité – même seconde – chez les créatures" (Jean-Mohamed Abdeljalil, Aspects intérieurs de l’Islam, éd. du Seuil, 1949, p. 53).
La connaissance et l’initiative dans l’action n’appartiennent qu’à Allah.

* Il est celui qui entend et qui sait (54, 7).
* Il est celui qui connaît ce qui est caché et ce qui est apparent. Il est le Grand, le Très-Haut (13, 9).


C’est d’ailleurs Allah qui enseigne au premier homme le nom de tous les êtres vivants qu’Il a créés. Adam ne les nomme pas lui-même, contrairement à ce que rapporte la Bible où Dieu lui laisse ce soin (Genèse 2, 18).
* Il apprit à Adam le nom de tous les êtres (2, 31).
* Dieu, tout est soumis à sa Puissance ; Il exerce sur ses serviteurs une domination absolue. Il est le Sage, l’Informé (6, 17-18).

 
          Le Coran et la science
Simple "intendant" d’Allah, le musulman ne coopère pas avec le Créateur pour féconder la terre, toutes les découvertes scientifiques étant réputées avoir été prévues par le Coran.
Cette théorie, négligée depuis plus d’un siècle, jouit d’un regain de faveur dans l’Oumma (la communauté ou nation islamique), y compris dans certains milieux scientifiques, comme le montre l’universitaire tunisienne Faouzia-Farida Charfi, physicienne. "Aujourd’hui, on ne compte plus les articles sous toutes les formes traitant du caractère miraculeux du Coran et montrant qu’il contient les dernières avancées scientifiques telles que la physique nucléaire, l’envoi de fusées dans l’espace ou la théorie du Big Bang expliquant l’évolution de l’univers" (La Science voilée, éd. Odile Jacob, 2013, p. 87-89).
Cet auteur cite un professeur de mathématiques qui se base sur un verset coranique pour justifier ce concordisme.
* Le tonnerre grondant célèbre ses louanges. Les anges saisis de sa crainte le glorifient. Il lance la foudre et en atteint qui Il veut. Et l’on ose encore disputer de la puissance de Dieu dont les ripostes sont terrifiantes ? (13, 13).
 
Des musulmans s’appuient sur certains versets pour affirmer que la terre est plate.
* La terre ! Nous l’avons étendue (50, 7).
* Et la terre ? Nous l’avons déployée comme un tapis, et nous l’avons parfaitement étendue (51, 48).
* Dieu a établi pour vous la terre comme un tapis afin que vous suiviez des voies spacieuses (71, 19). Cf. aussi 78, 6 et 79, 30.

 
Pour le cheikh Abdoul Aziz Ibn Baaz, autorité suprême de l’islam en Arabie-Séoudite, "la terre est plate, et quiconque dit qu’elle est ronde est un athée et mérite d’être puni" (Cité par Jean-Jacques Walter, Les 2 Islams, éd. Télémaque, 2017, p. 146).
Des organismes officiels, spécialisés en chimie, physique, astronomie, mathématiques, biologie, médecine, géologie, se vouent même à ces démonstrations : le Conseil suprême pour les affaires islamiques (Egypte) ; la Commission internationale du miracle scientifique du Coran et de la Sunna (Tradition mahométane), basée à La Mecque. F.-F. Charfi observe à cet égard : "Un nombre non négligeable d’étudiants musulmans se laissent endoctriner par ces discours qui prolifèrent sur la Toile et à la télévision. C’est un des moyens utilisés pour calmer la frustration de la jeunesse, séduite par les applications de la science moderne dans le domaine de la communication, dont elle n’est que consommatrice".
Pour cet auteur, tout cela éclaire "la raison de la fermeture du monde musulman à la science : elle n’est acceptée qu’à condition d’être intégrée à la religion, elle n’a pas de domaine autonome" (La Science voilée, op. cit., p. 112-118).
" “Allez jusqu’en Chine requérir la science des hadiths”, fait-on dire au Prophète, maxime que les modernes apologistes de l’islam ne cessent d’ânonner pour prouver l’ouverture de l’Oumma à l’égard de la technique occidentale", remarque le journaliste franco-algérien, Slimane Zéghidour (Le voile et la bannière, Hachette, 1990, p. 107). Mais, explique-t-il, outre que cette citation est réputée non authentique, le mot "science" ne se réfère ici qu’à la religion et en aucun cas aux matières profanes.

 
Pour conclure
L’islamologue tunisien Mohamed ben Assur (mort en 1973), chercheur au CNRS, déçu par cet attachement au passé de ses jeunes compatriotes, écrivait : "Je suis affligé de constater que nos étudiants continuent de réfléchir comme des personnes du VIIIème siècle" (cité par Karim Ifrak, La réforme en islam, éd. Albouraq, 2018, p. 81).

Envoyé par l'auteur,  paru sur La Petite Feuille Verte de l'association Clarifier, 14 février 2019
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L'Amérique, ex-leader du monde libre
 
Merkel et Macron ne se trompent pas sur Trump : ils le savent déterminé à appliquer en politique étrangère une stratégie fruste capable de lui apporter sa réélection.
 
Dans son allocution du 16 février 2019 à la Conférence de sécurité de Munich - qui est aux questions stratégiques internationales ce que le forum de Davos est aux questions économiques internationales -, le vice-président des États-Unis a affirmé que son pays était plus fort que jamais, et qu'il demeurait le leader du monde libre. Phénomène jamais vu, les Européens de l'Ouest présents dans la salle s'abstinrent de l'applaudir.
Deux jours auparavant, à Varsovie, lors d'un sommet visant à rapprocher Israël et trois pétromonarchies du Golfe (Arabie saoudite, Bahreïn, Émirats arabes unis) au nom de leur détestation commune de l'Iran, Mike Pence avait usé d'un ton paternaliste pour s'adresser à la France, à la Grande-Bretagne et à l'Allemagne, absents de la conférence mais néanmoins vieux alliés de l'Amérique. À ces trois démocraties, principaux partenaires de l'Amérique dans sa défense du "monde libre" depuis 70 ans, le vice-président avait non seulement demandé de jeter aux orties un accord international dûment signé et sanctuarisé par une résolution du Conseil de sécurité de l'ONU (l'accord nucléaire avec l'Iran du 14 juillet 2015) ; il avait de surcroît exigé d'elles qu'elles arrêtent de commercer avec Téhéran.
 
Les trois plus grandes puissances européennes se sont rebellées contre le diktat des États-Unis d'Amérique. Elles constatent que l'Iran se conforme parfaitement à ses obligations de dénucléarisation ; elles ne voient pas l'intérêt qu'elles auraient à pousser l'Iran au désespoir et à se doter de la bombe atomique.
Elles veulent le retour du Moyen-Orient à un minimum de stabilité. Et elles constatent tristement que Washington ne fait rien en ce sens. Elles redoutent que davantage de désordre y soit créé par les deux obsessions contradictoires qui agitent Donald Trump avant la fin de son premier mandat : faire tomber le régime au pouvoir à Téhéran, retirer au plus vite les forces spéciales américaines opérant au nord de la Syrie, en territoire kurde. Les puissances européennes auraient pu pardonner cette maladresse de la stratégie américaine, mais certainement pas le chantage condescendant qui s'y est ajouté.
 
Trump a en effet enjoint la France, la Grande-Bretagne et l'Allemagne de reprendre chez elles au plus vite les djihadistes qui se sont réclamés d'elles, après avoir été faits prisonniers par les combattants kurdes des Forces démocratiques syriennes, alliées des Américains dans leur guerre contre l'État islamique. Sinon, a-t-il dit, ils les relâcheraient dans la nature. Si le président américain avait voulu signifier aux Européens qu'il se moquait totalement que surviennent à nouveau chez eux des massacres de terreur islamique, il ne s'y serait pas pris autrement. Car, sur les 800 djihadistes qui aspirent au retour sur le territoire européen, combien tenteront de commettre un attentat ? Où et quand les programmes étatiques de déradicalisation islamique ont-ils jamais marché ?
 
La France et l'Allemagne avaient détesté le néoconservatisme de l'équipe de Bush 43 (43e président des États-Unis). Prétendre imposer la démocratie par la force des armes leur était apparu comme une illusion. Mais Paris et Berlin attendaient que l'Amérique remette un minimum d'ordre dans l'Irak qu'elle avait envahi en 2003. Or, gagnée par l'impatience, elle en était partie militairement en 2010 - pour devoir y revenir en 2014. La France et l'Allemagne apprécient aujourd'hui le réalisme de Trump et sa méfiance absolue envers les opérations extérieures "humanitaires". Mais elles ne peuvent accepter que le président américain refuse d'assumer les conséquences des stratégies passées de son pays. Elles appellent cela de l'irresponsabilité.
Merkel et Macron ne se trompent pas sur Trump : ils le savent déterminé à appliquer en politique étrangère une stratégie fruste capable de lui apporter sa réélection. Ils comprennent sa priorité de défendre l'ouvrier américain face à l'envahissement des produits "made in China". Mais ils lui réclament une dose minimale de cohérence et de multilatéralisme. Pourquoi avoir saboté le traité transpacifique d'Auckland ? Pourquoi refuser de comprendre qu'en matière de protection de la propriété intellectuelle et de règles équitables de commerce, les intérêts des États-Unis, de l'Europe et du Japon sont alignés face à la Chine ? Pourquoi toujours privilégie le bilatéral dans le dialogue avec Pékin ? Pourquoi trouver légitime l'application du droit américain au monde entier ?
Dans la société des États, comme dans la société des hommes, le leadership exige un minimum de considération pour son prochain, ce que Trump n'a pas. Vu la faiblesse politique actuelle des leaders des trois grandes puissances européennes, le grand gagnant de ce déclin de l'influence internationale américaine sera évidemment la Chine…

Paru dans Le Figaro, 19 février 2019
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"Parent 1" et "parent 2": jusqu'où ira le déni du sens commun ?
 
L'amendement visant à remplacer "mère" et "père" par "parent 1" et "parent 2" sur les documents scolaires atteste que deux visions incompatibles de la société s'affrontent aujourd'hui, argumente le professeur de philosophie politique.
 
Un amendement au projet de loi "sur l'école de la confiance" a mis le feu aux poudres. Cet amendement voté en première lecture (contre l'avis du gouvernement) par les députés de la majorité, propose d'utiliser les termes "parent 1" et "parent 2" dans les formulaires administratifs de l'Education nationale, en place de "père" et "mère". L'amendement, qui n'est pas définitivement adopté, ne risque guère de l'être : très probablement le Sénat ne le votera pas. Et devant les indignations qu'il a suscitées, ses instigateurs ont compris qu'ils n'avaient aucune chance. Ils ont déjà proposé un amendement différent, qui constitue un recul.
 
L'intérêt évident de cette affaire, c'est ce qu'elle signifie en termes de débat d'idées. On aura constaté que dans les débats, chaque courant accusait l'autre de tenir des propos "idéologiques". Cela ne devrait pas être une accusation, ni d'un côté ni de l'autre, à moins qu'on prenne le terme au sens du fanatisme le plus bas. Il est bien évident, en effet, que nous trouvons là deux "idéologies" face à face, au sens large de visions du monde et de visions sociales. Il n'y a pas de honte à cela. Nous avons cru au tournant du siècle que l'époque des idéologies était passée : c'est faux.
Le courant conservateur, resté chrétien ou non, s'oppose désormais violemment, dans l'Occident tout entier, au courant post-moderne dans son évolution présente. C'est un combat si récent qu'il n'a pas encore de nom (Emmanuel Macron parle de "progressistes" et de "populistes", mais ce dernier mot est une injure, il vaudrait mieux éviter les injures si l'on veut pouvoir se parler). Pourtant on ne peut nier qu'il s'agisse de deux visions du monde inconciliables.
 
L'amendement dont il est question ici proposait de remplacer les mentions "père" et "mère" par "parent 1" et "parent 2" dans les circulaires scolaires "afin d'envoyer un signal de respect aux familles homoparentales". Autrement dit, en principe pour éviter la discrimination dont seraient victimes les couples homosexuels, obligés jusqu'à présent de dénaturer leur identité pour "entrer dans les cases". L'objectif était donc, pour éviter la discrimination des couples homosexuels, d'instituer la discrimination des couples hétérosexuels, qui dès lors, à leur tour, auraient été forcés de renoncer à leur identité pour "entrer dans les cases". Or les couples hétérosexuels représentent la presque totalité des parents, et les couples homosexuels avec enfants, une infime partie.
On nous rétorque aussitôt que les couples hétérosexuels ne devraient pas se sentir discriminés parce qu'ils seraient invités à s'appeler "parent 1" ou "parent 2" : car ce n'est pas là un renseignement faux (comme ça l'est dans le cas inverse) mais un renseignement plus général. C'est là que l'amendement en question prend toute sa signification. Sous prétexte d'envoyer un signe de respect aux couples homosexuels, il avance encore d'un cran dans la vaste entreprise d'indifférenciation qui caractérise le moment présent. Ce type de mesure avait d'ailleurs été présagée, lors des débats sur la loi Taubira, en 2013, par les conservateurs, ce qui n'avait pas manqué de susciter des accusations de fantasmes. Il n'y a pourtant rien de fantasmatique à avoir compris que des militants associatifs qui ne représentent qu'une toute petite minorité de nos concitoyens (et nullement tous les homosexuels) souhaite supprimer dès que possible les identités, spécificités, rôles et appartenances, en utilisant tous les moyens symboliques à disposition. La question n'est que de savoir si, et jusqu'où, elle y parviendra. Dans le cas qui nous occupe, c'est un échec.
 
On s'est d'ailleurs aussi avisé que "parent 1" et "parent 2" était discriminant pour le "parent 2" ! Si je dois m'appeler "parent 2", cela ne signifie-t-il pas que je suis subalterne, moins important, et finalement un domestique ? Qui va prendre la place du "parent 1", place convoitée bien sûr ? Cela ne donnera-t-il pas lieu à des querelles et à du ressentiment ? C'est devant ce nouveau et crucial problème que la rapporteure LREM Anne-Christine Lang a prévu de déposer un autre amendement, imposant de faire figurer sur les circulaires aussi bien les mentions "père et mère" que "parent 1 et parent 2". Manière de sauver l'honneur.
 
Il n'y a pas de complot pour instaurer en France la théorie du gender, ni d'ailleurs pour sauver les identités du père et de la mère. Il y a simplement des associations militantes très actives qui manifestent une aversion pour toutes les différenciations, les frontières, les identités, et s'efforcent en général de brouiller tous leurs traits. Et il existe aussi un vaste peuple assez placide (mais capable de se mettre en colère) qui ne réclame que du bon sens - car on est bien obligé, pour garder les yeux en face des trous, d'appeler le père un père et la mère, une mère.
Ces dénis du sens commun seraient capables de nous faire vivre dans des sociétés fantastiques, où tous les critères de réalité auraient été supprimés. Faut-il rappeler - mais oui, il le faut - que la presque totalité des couples se composent d'un homme et d'une femme, devenus père et mère par la conception d'un enfant qui leur est commun ? Orwell avait raison : nous devrons nous battre pour faire admettre que deux et deux font quatre.

Paru dans Le Figaro, 19 février 2019
Publié dans Du côté des élites
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Reconnaître les nouveaux terreaux de l'antisémitisme
 
L'agression dont a été victime samedi Alain Finkielkraut révèle les ambiguïtés qui prospèrent aujourd'hui au sein d'une gauche communautariste et indigéniste.
 
L'agression verbale dont a été victime samedi Alain Finkielkraut confirme la nécessité d'un sursaut national contre l'antisémitisme, dont la manifestation organisée ce mardi par les partis politiques peut être un signe salutaire. Mais le débat politique n'est pas toujours à la hauteur de cette exigence, encore enfermé dans des grilles de lecture anciennes qui occultent les formes actuelles de l'antisémitisme en France.
Une partie des responsables partisans font des gestes et des paroles haineuses, entendues ces dernières semaines, l'expression d'un antisémitisme de "petits Blancs" qui trahirait la nature profonde des "gilets jaunes". Comme si les croix gammées taguées ou les "sales Juifs" proférés étaient l'expression de tout un mouvement. Celui-ci, incroyablement composite, semble ne plus avoir prise sur des débordements violents ou haineux qui le salissent. Mais il est paradoxal de voir les tenants habituels du "pas d'amalgame", notamment après les attaques terroristes, transformer tous les "gilets jaunes" en héritiers directs des groupes antisémites de l'entre-deux-guerres.

Il n'y a évidemment pas de bon antisémitisme et de mauvais antisémitisme, mais se tromper sur le diagnostic, c'est s'empêcher de lutter efficacement contre cette lèpre. Or ceux qui ont attaqué Alain Finkielkraut pour son "sionisme" et l'ont menacé de la "punition de Dieu" ne sont pas les disciples de l'antisémitisme maurrassien ou pétainiste.
Ce sont, à l'instar de celui qui a été identifié, des proches de réseaux islamistes dont l'antisémitisme se traduit par le refus de l'existence même de l'État d'Israël. Ce sont ceux qui, après les attentats de 2015, refusaient d'entendre parler de la Shoah à l'école. C'est précisément ce que l'auteur de L'Identité malheureuse a été un des premiers intellectuels à remarquer et à dénoncer ; ce qui lui a valu d'être mis au ban d'une intelligentsia attachée à débusquer toute trace d'islamophobie, quitte à minorer le péril de l'islamisme.

Ce changement radical du terreau de l'antisémitisme perturbe les schémas anciens qui permettaient de regarder le Rassemblement national d'aujourd'hui comme le prolongement de cet antisémitisme qui marquait certains fondateurs du Front national. Une cible facile qui permet d'ignorer les ambiguïtés qui prospèrent aujourd'hui au sein d'une gauche communautariste et indigéniste. Jean-Luc Mélenchon et les dirigeants de La France insoumise se sont indignés qu'on puisse mettre en doute la force de leur combat contre l'antisémitisme. Mais c'est chez certains de leurs proches comme Thomas Guénolé ou Aude Lancelin que la dénonciation des agressions verbales contre Finkielkraut ont été équilibrées, sinon justifiées, par un procès fait au philosophe d'avoir "répandu la haine en France" contre "les jeunes des banlieues et les musulmans".
Il y a de fait au sein d'une certaine gauche un discours faisant des musulmans dans leur ensemble les prolétaires du XXIe siècle, victimes d'une oppression des États occidentaux et des "Blancs", le "sionisme" étant une des formes de cette domination à combattre. C'est sur les dangers de cette lecture-là que le débat politique doit s'engager.
Paru dans Le Figaro, 19 février 2019
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Tartuffe chez les bien-pensants
 
Il est toujours amusant de surprendre Monsieur le curé au bordel. Toujours réjouissant de révéler au grand jour l'hypocrisie de Tartuffe. Alors, quand on attrape la main dans le sac, ou plutôt la main dans le réseau, toute une bande de journalistes de Libération, des Inrocks, de Télérama, ou encore de Slate, et que l'on révèle leurs turpitudes sur le net au sein d'une stupide "Ligue du LOL" qui accumulait grivoiseries, blagues salaces, montages pornographiques, insultes, on ne peut s'empêcher d'en rire. Se moquer de ces donneurs de leçons de morale, de ceux qui hier encore dénonçaient sans se lasser les "dérapages" des méchants et des "porteurs de haine", des "réacs", des "homophobes", des "islamophobes", des "phallocrates", ou encore de "ceux qui faisaient le jeu du Front national". Ils avaient donc deux visages, nos censeurs, qui étaient aussi des adolescents vulgaires et paillards.
 
Philippe Muray avait dit en parlant d'eux qu'ils ne dérapaient jamais puisqu'ils étaient la glace. La glace a fondu et les a engloutis. On se souvient de
Mehdi Meklat, du Bondy Blog , encensé par tous les bien-pensants de France Inter avant qu'on découvre les réflexions antisémites qu'il proférait sous un pseudonyme. L'élu Vert Denis Baupin s'affichait, lui, avec du rouge à lèvres au nom du féminisme avant d'être dénoncé par ses collègues de parti pour "harcèlement sexuel".
 
Tartuffe est éternel. Tartuffe est plus que jamais notre contemporain. Les Tartuffe, au temps de Molière, se servaient des préceptes de la religion pour imposer leur pouvoir et assouvir leurs désirs. Raymond Aron nous a appris qu'il pouvait y avoir des religions séculières qui, tel le communisme, avaient la même logique et répondaient aux mêmes besoins psychologiques. Les anciens marxistes désillusionnés sont devenus antiracistes, féministes, adeptes sourcilleux de la théorie du genre. Une autre religion séculière, qui répond aux mêmes logiques totalitaires pour "changer l'homme" et l'imposer par la force.
Mais l'homme ne peut pas changer. L'homme a une face sombre et une face lumineuse. La virilité se construit par l'opposition au féminin, à la mère, et cette construction n'est pas toujours très distinguée. Il faut canaliser cette face sombre, la civiliser, l'encadrer. Mais si on veut l'éradiquer, elle explose ailleurs, avec d'autant plus de violence qu'elle a été niée. Au temps du communisme, en URSS, les Soviétiques se réunissaient à la cuisine, seul endroit où il n'y avait pas de micro, pour dire tout le mal qu'ils pensaient du régime. L'anonymat sur le net est la cuisine de notre régime totalitaire féministe et antiraciste. Les jeunes hommes peuvent retrouver une solidarité virile qui leur a été interdite dans leur adolescence, diabolisée qu'elle est par une société où règne la terreur féministe. Déjà, les milices LGBT se ruent sur les malfaisants de la "Ligue du LOL". Mis à pied par leurs journaux, ils sont vilipendés et cloués au pilori. Comme dans les procès de Moscou, les coupables s'accusent et battent leur coulpe, au nom des grands principes qu'ils ont bafoués. Les procureurs d'hier sont devenus des victimes. La révolution mange toujours ses enfants.

Paru dans Le Figaro Magazine, 15 février 2019
Publié dans Du côté des élites
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Les “gilets jaunes”, ces boucs émissaires

Révolution confisquée
Non, ce ne sont pas les "gilets jaunes" qui cassent, pillent, brûlent. Ils ne sont pas davantage antisémites. Ceux qui accablent ces Français qui redressent la tête s'épargnent d'avoir à dire, à la façon d'un people parlant peuple : "Moi, depuis le début, ils me font chier les black blocs." L'insolence de Berléand pourrait aussi se décliner, plus courageusement, en désignant les islamistes, tueurs de juifs et de mécréants. L'Allemagne, ouverte en 2015 à une massive immigration musulmane, découvre la "hausse effrayante" des actes antijuifs. En France, faut-il rappeler les tueries dans une école juive de Toulouse (2012) et un Hyper Cacher de Paris (2015), ou les assassinats de Sarah Halimi (2017) et de Mireille Knoll (2018), à Paris ? Faut-il évoquer l'épuration ethnique opérée dans les cités par la pression islamique, qui fait fuir les juifs et les chrétiens ? Faut-il rappeler les profanations des églises ? L'Église catholique et les Églises chrétiennes détiennent le record des atteintes aux lieux de culte : 878 sur 978 actes en 2017, soit deux actes par jour !
En réalité, les "gilets jaunes" paient leur manque d'organisation, de programmes, de leaders. Ils se font confisquer leur révolution, par la gauche et par le pouvoir. Cela fait quelques semaines que les premiers "gilets jaunes" ont cédé la place à un mouvement plus structuré, syndicalisé, politisé. C'est un militant de la CGT qui a enfoncé la porte du porte-parolat du gouvernement avec un transpalette, le 5 janvier. L'extrême gauche est identifiable dans les défilés, avec ses drapeaux, son savoir-faire, ses slogans illustrant la lutte des classes. Parallèlement, Macron a réussi lui aussi à s'approprier une partie de la révolte, en transformant en long monologue présidentiel le besoin d'expression de la société oubliée. Le pouvoir a du mal à cacher un sentiment de victoire. Pourtant, l'impuissance qu'a montrée Édouard Philippe face à des Français furieux, mercredi sur LCI, rappelle que le pays vit sur un volcan.

Paru dans Le Figaro, 15 février 2019

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Publié chez l'Artilleur, 2019





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