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L’écologie et le libre-échange, ces nouvelles religions, ne font pas bon ménage
 
Cela aurait dû être le sujet central des élections européennes. La synthèse des questions que pose la "construction" européenne. Mais les négociateurs de l’accord de libre-échange entre l’Union européenne et les pays du Mercosur (Brésil, Argentine, Uruguay, Paraguay) ont eu besoin de quelques jours de plus pour le conclure. Un hasard, bien sûr. Mais peu importe. Les scrutins passent, les questions restent. Cet accord de libre-échange avec l’Amérique du Sud vient après celui conclu avec l’Amérique du Nord. Et celui avec le Japon. Cette série est le produit d’une idéologie libérale, qui considère le libre-échange comme la panacée, une quasi-religion qui fera le bonheur des peuples, même si ceux-ci, comme bien des ouailles récalcitrantes, ne comprennent pas que leur salut est en jeu.
 
Cette religion mondialiste a ses grands prêtres, qui communient à la Commission de Bruxelles. Une Commission à qui les Etats européens ont confié leur sort commercial au nom d’un des dix commandements tombés du mont Sinaï : "A plusieurs, on est plus fort." Cette religion du libre-échange rappelle les rites des Mayas qui sacrifiaient des enfants pour apaiser les dieux. Nos enfants se sont appelés le textile, la sidérurgie, et tant d’autres industries qu’on avait fait grandir à la sueur de nos fronts. Nos paysans, autrefois nos enfants les plus vigoureux, se suicident tous les jours. Mais les dieux ont toujours soif, l’automobile allemande et la finance française valent tous les sacrifices.
Comme dans les récits homériques, seuls les dieux peuvent combattre des dieux, seule une nouvelle religion peut supplanter une ancienne. C’est le cas avec la nouvelle religion du climat. Peu importe la réalité scientifique du fameux "réchauffement climatique", l’important en politique est la perception qu’on en a. Or, cet accord de libre-échange va provoquer encore plus d’échanges commerciaux, et de containers qui se baladent sur les mers ; les immenses latifundia brésiliennes ou argentines, qui ne lésinent pas sur les produits chimiques pour faire grossir leurs poulets, vont inonder l’Europe, ruinant la santé des consommateurs européens et les finances de nos derniers paysans, déjà acculés par leurs concurrents allemands et hollandais, qui ont transformé depuis belle lurette leurs anciennes fermes en usines agricoles.
 
Au milieu de cette guerre de religions, notre président qui se prenait pour Jupiter se révèle un pauvre mortel. Emmanuel Macron était un adepte de la religion libre-échangiste, un grand prêtre de l’ouverture, qui n’hésitait jamais à promettre les flammes de l’enfer aux partisans du "repli". Or, la religion climatique, qu’il a aussi embrassée avec son enthousiasme juvénile, exige ce repli tant honni. Un repli qui favorise les "circuits courts", les "productions locales" et "la montée en gamme", comme disent les grands prêtres écologistes dans leur jargon sacerdotal. En un mot, mais un mot affreux : le protectionnisme. Le repli, l’odieux repli, qui pourrait même, qui devrait même en toute logique - horresco referens - aller, au-delà des marchandises, jusqu’aux hommes. Salvini et Orbán seraient donc, à leur manière, des écologistes ! Honni soit qui mal y pense.

Paru dans Le Figaro Magazine, 5 juillet 2019
Publié dans Avec l'Europe
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Les fondamentaux interdits
 
Nous vivons en France en 2019 une époque extraordinaire où l’élite autoproclamée, socialiste ou libérale, s’effondre après avoir mené de concert le pays au désastre. Elle réagit pour survivre en générant de nouvelles religions émergeant toutes par leur pire côté dogmatique obligatoire.
 
La religion de l’Europe, antichambre du mondialisme, qui doit être puissante face à tous les autres continents. Cette religion ne se fonde que sur l’instinct grégaire qui pousse à se sentir fort quand on se voit entouré de gens qui ont aussi peur que soi.

La religion climatique qui, n’arrivant pas à faire le moindre lien entre l’activité humaine et les causes des déplacements des anticyclones, seuls responsables intermédiaires de l’évolution du climat, se réduit à agonir d’injures ceux qui tentent de réfléchir et qui deviennent coupables de négationnisme, mot magique qui exclut de la liberté d’expression tant vantée, toute interrogation sur un dogme prédéfini quel qu’en soit le domaine.

La religion transhumaine qui, avec l’intelligence artificielle, va tout résoudre sans s’interroger sur l’origine de l’argent qui lui est indispensable tellement elle en consomme.

La religion des ondes mortelles que de méchants pervers utiliseraient pour dépeupler la Terre et qui pousse à se méfier de tout, même de son ombre, de son téléphone et de son micro-ondes.

La religion du savoir qui prétend que connaissance entraîne reconnaissance, ce qui est rarement vrai car la reconnaissance est liée à une utilité reconnue que le savoir apporte de moins en moins, n’étant plus qu’un hobby chronophage.

La religion de la monnaie qui transforme tout en richesse et que l’on fabrique à la pelle pour se croire riche.

La religion de l’accueil de toute la misère du monde fondée à la fois sur une définition bien commode de la misère comme une incapacité à dépenser et sur une réduction dogmatique du rôle de la femme à aller chercher des enfants sur mer ou outremer plutôt que de les concevoir.

Toutes ces nouvelles religions ne résolvent évidemment rien, pas plus que celles que les médias vont nous inventer, mais elles permettent de rendre coupables du désastre de plus en plus visible, tous ceux qui n’adhèrent pas à leurs dogmes. Elles sont génératrices de haine et ne prospèrent que dans le but unique de tenter de détourner l’attention du peuple de quelques évidences qui n’ont plus le droit de cité car elles expliquent les raisons du dévoiement des élites autoproclamées politiques, médiatiques, cabotines, intellectuelles … et très coûteuses pour un rendement dérisoire.
 
Quelles sont ces évidences refusées, ces fondamentaux interdits, ces vérités simples que la doxa ne veut pas entendre ?
 Ce qui s’appelait encore il y a moins d’un siècle le devoir d’état, le premier devoir de son état d’homme ou de femme qui se range mal dans le simplisme religieux actuel qui sert de boussole aux médias, du bien caricaturé par les droits de l’homme et du mal caricaturé par le Troisième Reich.
L’homme et la femme ne sont égaux que dans leur complémentarité et les vouloir identiques amène au désir stupide de la parité partout y compris dans les maternités, ce dont notre ministre de l’égalité homme-femme ne parle évidemment jamais. Le devoir d’état d’une femme est de renouveler la population quand celui d’un homme est de mettre pour cela son énergie à son service. C’est leurs premiers devoirs. Chacun a évidemment droit à harmoniser sa vie et à compléter son devoir d’état par ses droits au bonheur et à la plénitude de sa vie. Mais cette harmonie ne se fait ni de la même façon, ni au même endroit, ni en même temps. Hors la maison, la femme y vit son harmonisation alors que l’homme y vit son devoir d’état. Il est triste de devoir rappeler cette évidence qui est dogmatiquement refusée en ne voulant pas voir plus loin que le bout de son nez.
 
L’identité homme-femme a pu remplacer l’égalité homme-femme parce que le capitalisme a dévalorisé aussi bien la procréation que le travail. Le mondialisme en limitant l’humanité à des consommateurs de produits que les machines produisent, est obligé de réinventer l’esclavage pour ne pas voir que tout ne tourne que grâce à une énergie monétaire totalement factice car sans origine fiable. Il réinvente l’esclavage dans l’espace avec la mondialisation et la confusion des civilisations. Il invente l’esclavage dans le temps avec la dette qui monte inexorablement vers des sommets apocalyptiques. Il réinvente l’esclavage ici et maintenant avec l’immigration. Ces esclavages sont hypocritement rendus honorables par la réduction scandaleuse de l’esclavage à la traite des gentils noirs par les méchants blancs, il y a bien longtemps, et par sa condamnation sans appel rendant invisibles les esclavages contemporains. Pour ce faire les médias utilisent leur système habituel de sur-éclairer par projecteurs un point précis de la scène pour que personne ne regarde l’ensemble de la scène qui ne doit pas être vu.
L’ensemble de la scène est que les hommes ne sont pas assez payés quand ils travaillent pour permettre à toute une pseudo élite inutile et artificiellement fabriquée de très bien vivre sur leur dos. L’ensemble de la scène est que le système est tellement pervers et sans espoir que, pour tenir, les femmes sont obligées d’aller chercher l’argent que les hommes ne savent plus rapporter et en oublient leur devoir d’état. Comme elles sont plus méticuleuses que les hommes elles occupent des secteurs entiers protecteurs comme les soins et la justice. Mais plus personne ne s’harmonise car l’essentiel pour notre élite est que les productions des machines soient reconnues comme des richesses, les humains devant être rassasiés et non heureux.
 
L’autre vérité, refusée par le système qui est incapable de s’en expliquer, c’est que le seul échange honnête possible entre des groupes qui se connaissent peu ou mal, est le troc, c’est-à-dire une balance commerciale équilibrée. C’est d’ailleurs ce qu’avait unanimement décidé l’ONU en mars 1948, au moment où le bon sens suit pendant peu de temps les guerres, quand a été signé la charte de La Havane qui créait l’OIC, l’Office international du commerce que le capitalisme a enterré pour le remplacer par l’OMC qui en est l’exact contraire. C’est par le troc d’une balance commerciale équilibrée que les monnaies s’évaluent normalement quand on ne les manipule pas. Chaque groupe évalue avec sa propre monnaie le tas de biens et de services qu’il donne et qu’il juge équivalent au tas de biens et de services qu’il reçoit. Ce double regard semblable de deux groupes qui se connaissent mal sur deux tas de biens et de services que chacun a chiffré avec sa propre monnaie, donne le vrai taux de change entre deux monnaies. Actuellement en appliquant cette notion de bon sens, l’euro allemand doit monter pour dévaloriser leurs exportations et ne plus nous considérer comme les esclaves du 4e Reich, et les euros italiens, espagnols, français et portugais doivent baisser pour ne plus être dans le mensonge. Mais le traité de Maastricht a dogmatiquement décidé que les euros auraient tous la même valeur, ce qui oblige l’euro à monter et à descendre à la fois, ce que personne n’a jamais su faire. Aujourd’hui par Target 2 les banques allemandes prêtent aux banques d’Europe du sud de quoi acheter la surproduction allemande et tout le monde sait qu’elles sauteront lorsqu'elles seront remboursées en lires, pesetas, escudos où francs, une fois que ces monnaies auront été dévaluées à leur vraies valeurs. Le système ne tient que parce qu’il est intenable et que personne n’ose le dire et y toucher. Ce qui est fait sur les taux d’intérêts pour retarder l’explosion ne fait que chercher quel sera le détonateur. Si les taux montent les entreprises sauteront les premières. S’ils ne montent pas, ce sont les banques et les assurances qui cesseront leurs paiements les premiers.
 
Les "Gilets jaunes" pressentent tout cela mais l’opinion publique tout en les approuvant, espère toujours l’arrivée d’un messie qui aura des solutions miraculeuses. C’est cette opinion publique qu’il faut réveiller et pour cela chacun peut être utile en travaillant, en priant ou en combattant. Notre pseudo élite ne fait rien de cela alors que c’est le devoir de tous ceux qui s’intéressent encore à notre civilisation.

Envoyé par l'auteur, paru sur www.surlasociete.com, 1er juillet 2019
Publié dans Du côté des élites
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Le législateur a une conception très subjective de la haine sur Internet
 
TRIBUNE - La philosophe s’inquiète de la proposition de loi portée par la députée LREM Laetitia Avia, visant à lutter contre la haine sur Internet. Si le motif est louable, la définition des contenus haineux reflète selon elle la bien-pensance du courant idéologique dominant.

 
Une proposition de loi, présentée par la députée LREM Laetitia Avia, vise à lutter contre la propagation des discours de haine sur Internet. Il s’agira de débusquer et de punir les contrevenants. Nul d’entre nous n’a envie de défendre les discours de haine. Toute la question est de les définir, de les caractériser, de les trier. Or l’exposé des motifs est par sa formulation même un festival de bien-pensance : "Le rejet, puis l’attaque d’autrui pour ce qu’il est, en raison de ses origines, de sa religion, de son sexe ou de son orientation sexuelle, connaît des relents rappelant les heures les plus sombres de notre histoire."
 
Le problème que pose cette proposition de loi est double. D’abord, la haine ne signifie plus grand-chose tant on l’emploie pour tout et n’importe quoi. Ensuite, sa définition par le législateur ne vise pas, et n’atteint pas, l’objectivité. Le mot "haine" a acquis des significations dérivées et son emploi s’est amplifié au-delà de toute mesure. Le terme, pris au sens propre, est très fort et traduit une détestation, un rejet capable d’aller jusqu’au meurtre. Les sociétés post-modernes sont soucieuses d’imposer par tous les moyens leur relativisme moral et une forme d’indifférenciation : tous les comportements sont légitimes, toutes les cultures se valent.
Ne sont pas légitimes ceux qui ne pensent pas que tout se vaut : c’est le célèbre "pas de liberté pour les ennemis de la liberté". Elles ont donc institué une liste interminable des "phobies", désignant ainsi les mauvais sujets qui n’admettent pas le relativisme ambiant. Celui qui ose seulement évoquer l’intolérance de certains musulmans se voit traité d’islamophobe, celui qui ose seulement énoncer l’impossibilité pour deux homosexuels de procréer se voit écarté comme homophobe.
Autrement dit, toute énonciation d’une différence réelle est aussitôt incriminée comme "phobie". Un mot mal connu d’ailleurs par tous les médias qui s’en emparent : on parle de "phobie" comme synonyme de "haine", signifie "peur", ce qui est très différent. Oui, mais dans la société de l’indifférenciation, avoir peur c’est déjà avoir la haine. La peur est un crime : elle traduit la fermeture, le "repli", dans un monde obligatoirement ouvert, sans porte ni fenêtre. Sauf pour l’écologie : ici la peur est non seulement acceptable, mais même admirable. Notre droit à la peur est bien organisé, et j’allais dire militarisé, par le courant dominant.
 
La proposition de loi dont nous parlons s’inscrit tout droit dans cette filiation. Signifie-t-elle, comme elle le dit, que la détestation n’a pas droit de cité et qu’elle est dès lors juridiquement punissable ? Non pas. Si c’était le cas, il n’y aurait pas d’opinion ou de comportement "nauséabond". Que fait Emmanuel Macron ? Parler de "lèpre populiste", n’est-ce pas dénigrer et détester lourdement certains partis, courants de pensée, personnes ?
Ceux qui ont été ostracisés et harcelés, accusés d’être d’extrême droite, savent parfaitement à quel point, face à eux, tout est permis, depuis les mensonges les plus éhontés jusqu’aux expressions de la haine pure, sans que personne ne s’en offusque. Haïr les conservateurs, se moquer d’eux et les détester en public en les traitant de lèpre, ce n’est sûrement pas punissable puisque le président lui-même s’y autorise. Dans la proposition de loi, l’idéologie haineuse est bien délimitée : "u’elle soit raciste, antisémite, antimusulmans, homophobe ou sexiste".
Ainsi, que penser des propos qu’avait tenus un jour le chef de l’État lui-même : "Montrez-moi une mère de famille nombreuse qui soit éduquée" ? Que fait-il ici, sinon désigner à la vindicte un comportement et un mode de vie qu’il méprise en raison de son conservatisme ? Les mères de famille nombreuse pourraient inventer une nouvelle "phobie" pour décrire la détestation à leur endroit, au point que le président lui-même les taxe toutes, ouvertement, d’incultes. Si ce n’est pas de la haine, on ne voit pas bien en quoi énoncer l’intolérance de l’islam serait de la haine.
Certains, ceux qui représentent la "régression" (les familles nombreuses, les populistes, les catholiques), ne sont pas programmés pour être protégés par la loi. On peut bien les injurier : la preuve, c’est que le président lui-même le fait en public. Les parlementaires d’En marche ! ont bien le souci de n’offenser personne et d’aimer tout le monde : enfin, sauf les groupes ou courants qui ne vont pas dans leur sens.
Tout porte à croire que la proposition de loi portée par Laetitia Avia accouchera d’une loi faite pour solidifier et légaliser les préférences idéologiques du courant dominant.

Paru dans Le Figaro, 4 juillet 2019
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Le "parcours" plutôt que le concours, un bond en arrière pour la méritocratie
 
TRIBUNE - L’historien Arnaud Teyssier voit dans la fin du concours d’entrée à la Rue Saint-Guillaume une étape de plus dans la liquidation de l’héritage du Conseil national de la Résistance.
 
"Dans la société, c’est la raison qui plie la première." Il faudrait un La Bruyère pour décrire les mœurs de ce siècle. Sciences Po, l’un de nos grands établissements publics d’enseignement sous tutelle de l’État, vient de jeter aux orties l’une des rares garanties, si imparfaite soit-elle, qu’offrait le système du concours face aux risques croissants de reproduction sociale. Le "parcours" plutôt que le concours. Pourtant… "tout droit reconnu au mérite est une chance retirée à la faveur", pouvait écrire un grand quotidien en 1848, au moment où s’engageait le long combat pour la promotion du concours dans une France qui avait reçu en héritage de la Révolution l’"égalité d’espérance" (Sieyès).
Ce combat devait durer cent ans. Il fut - du moins le croyait-on - pleinement gagné en 1945, sous l’impulsion du Conseil national de la Résistance (CNR) et par l’action personnelle de Charles de Gaulle et Michel Debré - qui ne passaient pas ainsi, contrairement à une légende tenace, un compromis avec le Parti communiste, mais entendaient plutôt refonder la démocratie sur des bases solides et apporter au recrutement des élites publiques la réforme intellectuelle et morale dont la guerre avait montré une fois de plus la nécessité.
 
L’article 6 de la Déclaration des droits de l’homme et du citoyen – "tous les citoyens sont également admissibles à toutes dignités, places et emplois publics, selon leur capacité, et sans autre distinction que celle de leurs vertus et de leurs talents" - allait enfin entrer dans les faits. Car ne nous y trompons pas. Même si, depuis un certain nombre d’années, la Rue Saint-Guillaume se réclame ouvertement du "modèle anglo-saxon", ce sont bien les grandes écoles publiques qui, à travers elle, sont désormais dans la ligne de mire.
L’ENA est première visée, car Sciences Po, même si sa prépa ne fournit plus, chaque année, qu’un quart de ses élèves, reste son antichambre symbolique. Mais toutes sont menacées par cette réforme prétendument "disruptive", censée défier les conservatismes les plus obtus. En fait de modernité et de diversité, l’école créée en 1872 par Émile Boutmy vient de faire un formidable bond en arrière. Et il paraîtrait que les IEP de province, Bordeaux en tête, vont lui emboîter le pas…
 
Car que dirait Georges Pompidou, dont on parle tant ces jours-ci ? Ce grand homme d’État, illustration de la méritocratie républicaine, vaut infiniment mieux que les recherches en paternité politique dont il semble subitement devenu l’objet. Lorsque, en décembre 1972, il vint prononcer un important discours rue Saint-Guillaume pour le centenaire de "Sciences Po", il rappela qu’il y était arrivé, jeune étudiant des années 1930, pétri de tous les préjugés d’un normalien. "Nous estimions, rue d’Ulm, être dans le sanctuaire du travail, de la vraie culture et des fils du peuple. Nous considérions la Rue Saint-Guillaume comme celui de la bourgeoisie, de la superficialité et du farniente." Il découvrit, une fois élève, que cette réalité était quelque peu exagérée.
Quand il y revint comme enseignant après la guerre, l’École libre des sciences politiques était devenue l’Institut d’études politiques de Paris et - avec les autres instituts de même nature créés en province - l’un des fers de lance du grand mouvement de rénovation administrative porté par le gouvernement de la Libération. Même si Sciences Po devait garder par la suite une réputation assez "bourgeoise" et parisienne - bien qu’elle drainât en réalité vers elle beaucoup de jeunes provinciaux -, elle fortifia vite sa réputation nouvelle par l’excellence de son recrutement, garantie par un concours d’entrée, et par la qualité de ses enseignements qui faisaient une large place à l’histoire, à la culture générale et aux grandes matières du service public (droit, économie, finances publiques). Comme le dira encore Georges Pompidou, on y était porté par la passion de la politique - mais la "politique au sens le plus élevé et le plus large du terme, qui englobe l’étude des sociétés, des économies, des institutions, des rapports internationaux, mais aussi de l’homme".
 
Il faut dire qu’au cours des quinze dernières années, Sciences Po a pris une voie quelque peu divergente : l’interaction entre le service public et le monde de l’entreprise en a toujours été la marque, mais un certain équilibre était respecté. Le côté "business school" a pris une ampleur croissante, les filières d’accès se sont multipliées, et le concours d’entrée en première année, particulièrement exigeant, a été rogné, modifié par touches successives pour faire de plus en plus de place au "dossier" et au "parcours". Mais subsistait tout de même, au moins pour une partie des impétrants, l’écrit, avec cette vertu irremplaçable : l’anonymat.
 
Comme le rappelait récemment dans Le Monde le sociologue Pierre Merle, "à l’oral, où le jury évalue un candidat qui se met en scène physiquement, des critères implicites influencent grandement le jugement des évaluateurs". Ils tiennent à la posture corporelle, à la façon de s’exprimer, au style vestimentaire, le tout favorisant "des pratiques et des codes socialement plus présents dans les catégories les plus aisées". D’ailleurs, dans les grands concours de recrutement public, dont l’ENA est le prototype, l’oral n’a cessé de prendre de l’importance au fil des ans, et le fameux "parcours" avec lui : on soupèse le nombre et l’intérêt des stages accomplis, on essaie de jauger, à partir de mises en situation ou de méthodes inspirées des écoles de commerce, la capacité "managériale" de très jeunes gens, et même leur "team spirit". C’est un exercice périlleux pour l’égalité des chances, mais il peut se justifier parce qu’il vient après des écrits particulièrement difficiles et parce que l’on recrute des hauts fonctionnaires - et que l’on peut donc vouloir cibler des personnalités, des profils, pour le plus grand intérêt du service public…
Mais pour l’entrée à Sciences Po ? C’est imposer bien en amont le "parcours", cet atout maître des "héritiers", contre l’académisme honni, cet académisme si résiduel qui, avec l’histoire et la culture générale, est le dernier rempart des candidats socialement les plus modestes - ceux qui utilisent les seules armes qu’on leur a laissées pour exprimer en toute équité leur "potentiel": le travail, l’étude, l’effort, la réflexion personnelle… Bien sûr, on fera un peu de discrimination positive - on sait pourtant à quels abus et à quels détournements le système de la filière ZEP (les conventions d’éducation prioritaire) de Sciences Po a déjà conduit, de l’aveu même de l’école. Mais ce ne sera, comme toujours, qu’un alibi voué à soulager les consciences de tous ceux qui voient et qui se taisent.
 
Il n’est pas sûr que les grandes institutions étrangères, élitistes en diable, soient dupes de cette mystification - elles craindront peut-être, qui sait, le retour "de la superficialité et du farniente"… Mais qu’importe : nous assistons à une stratégie – instinctive ? délibérée ? - d’une partie de nos élites pour finalement mieux contrôler leur reproduction sociale et lever les derniers obstacles que l’"ancien monde" leur opposait. Denis Kessler, l’une des figures alors les plus en vue du Medef, ne l’annonçait-il pas il y a une douzaine années avec une honnêteté exemplaire : "Il s’agit aujourd’hui de sortir de 1945, et de défaire méthodiquement le programme du Conseil national de la Résistance" ?
Mission accomplie.

Paru dans Le Figaro, 2 juillet 2019
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Les quatre vainqueurs du G20 d’Osaka
 
Créé par le ministre des Finances canadien Paul Martin en 1999 pour faire échanger entre eux les ministres des Finances des 20 premières économies du monde, élargi par le président Sarkozy en 2008 aux chefs d’État et de gouvernement, le G20 est une institution utile. C’est un instrument qui peut permettre de soigner les crises financières planétaires, voire de les anticiper. Progressivement, il a même gagné une certaine importance géostratégique. Au G20 d’Osaka, Emmanuel Macron est parvenu, non sans peine, à obtenir de 19 nations qu’elles confirment leurs promesses climatiques proclamées lors de la conférence de Paris de décembre 2015. Il ne lui manqua que les États-Unis, qui semblent perdus à moyen terme pour la lutte contre le réchauffement climatique. "On a pu éviter le pire. Mais ce n’est pas suffisant", a sobrement commenté le président français.
Quels résultats collectifs concrets produisent les grandes messes médiatisées des sommets du G20 ? Assez peu. Celui d’Osaka (27 au 29 juin 2019) n’a pas vu d’avancée notoire, ni sur l’environnement, ni sur le commerce international. Mais il y a longtemps que l’essence du G20 n’est plus principalement multilatérale. Il est devenu un forum pour des rencontres bilatérales qui n’auraient jamais lieu sans lui. Depuis l’affaire Skripal, les Britanniques et les Russes étaient en très mauvais termes. Mais, grâce au G20, le premier ministre de Sa Majesté et le président russe ont pu s’expliquer une fois pour toutes, en tête-à-tête.
Le G20 est donc devenu une arène où se déroulent des jeux divers, parfois collectifs, parfois individuels. Une sorte de Madison Square Garden, où l’on trouve à la fois de la boxe (l’art de la frappe et de l’esquive en combat singulier) et du basket-ball (l’art de la stratégie collective, entre attaque en triangle et run and gun). Malgré la complexité de ce spectacle qui a duré trois jours, quatre vainqueurs s’y sont clairement détachés.
 
Le premier est Xi Jinping. Ses entretiens avec Donald Trump ont été extrêmement fructueux. Le président chinois a obtenu de son homologue américain la suspension des augmentations des droits de douane à l’entrée des États-Unis pour les produits chinois et l’arrêt des sanctions visant Huawei, le géant des télécommunications. En échange Xi n’a fait aucune réelle concession, se contentant d’une vague promesse d’augmentation des importations chinoises de produits agricoles américains.
Trump a écouté les hommes d’affaires américains qui étaient venus plaider devant lui la cause d’un territoire chinois qu’ils utilisent pour produire une grande partie de leurs biens manufacturés. Le président américain, qui n’a de diplomatie que celle de sa réélection, voulait à tout prix un deal avec la Chine, afin de maintenir l’économie américaine au plus haut. Tacticien politique éprouvé, Trump a ensuite créé un rideau de fumée pour faire oublier ses concessions aux Chinois, en improvisant une visite à Kim Jong-un au cours de laquelle, première dans l’Histoire pour un président des États-Unis, il a mis un pied sur le territoire de la Corée du Nord. Pour être réélu, Trump a besoin d’un grand deal diplomatique, afin de montrer à l’électorat de l’Amérique qu’il est digne de diriger sa politique étrangère.
Le deuxième vainqueur d’Osaka est Poutine, qui n’a jamais été aussi entouré et sollicité. Le président russe a été à la fois capable d’afficher les meilleures relations avec son homologue américain et de se poser en cofondateur d’un nouveau G3 asiatique redoutable : Chine-Inde-Russie.
Mohammed Ben Salman est aussi un des grands vainqueurs. Il revient de tellement loin ! Il y a neuf mois, le prince héritier d’Arabie saoudite était quasiment banni du concert des nations, après avoir ordonné l’assassinat de son opposant Khashoggi dans l’enceinte du consulat saoudien d’Istanbul, et après qu’Ankara a complaisamment livré aux médias les monstrueux détails de l’exécution de cet éditorialiste intermittent au Washington Post. Sur la photo de groupe officiel d’Osaka, on ne voit que MBS, se tenant fièrement au milieu du premier rang, dans sa majestueuse djellaba blanche de Bédouin. C’est que l’Amérique et la Russie ont besoin de MBS : la première pour lui vendre ses armes, la seconde pour fixer avec lui les prix du pétrole.
Quatrième vainqueur, Erdogan a trouvé une consolation à la gifle électorale qu’Istanbul vient de lui administrer : Trump a renoncé à sanctionner la Turquie, bien qu’elle ait décidé à équiper sa DCA de matériel russe.
 
Ces quatre vainqueurs sont tous des autocrates. Le G20 n’a jamais eu pour vocation de faire progresser la démocratie dans le monde. Mais le plus triste est ailleurs : l’Union européenne, désunie, est plus que jamais apparue comme une simple variable d’ajustement de la géopolitique du XXIsiècle.

Paru dans Le Figaro, 2 juillet 2019
Publié dans De par le monde
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Canicula 
 
Canicula est une Puissance terrifiante. Il fait penser, par homophonie vocalique, au néfaste Caligula qui fut la coqueluche de Camus dramaturge.
Canicula étend son pouvoir sur la plus grande partie de la planète mais ses sautes d’humeur font qu’il exerce sa cruauté ici ou là, indifféremment. Il se trouve ces jours-ci occupé à terrifier la France. On mesure sa force de frappe aux degrés centigrades de la thermométrie. Il est convenu de dire que jamais encore notre pays n’avait à ce point subi les atteintes de Caligula : des records, assurent les statisticiens. C’est probablement faux, Canicula a déjà produit, dans les siècles passés, de très redoutables canicules. Mais on est toujours flatté de se croire une victime exceptionnelle, en proie à un fléau sans précédent. Canicula, en 2003, tua, dit-on, environ quinze mille personnes, la plupart en état de sénilité, donc de stérilité. Il faut bien que vieillesse (se) (tré) passe !

Et Euthanasie, en ce qui concerne les vieux (si encombrants !), fera sous peu, mieux que Canicula, le ménage.
Mais qui est, au vrai, Canicula ? D’aucuns, se refusant à lui prêter un facies néronien, l’ont assimilé à une hypostase de la romaine et cosmique Nécessité : il fait chaud parce qu’il fait chaud, il fait plus chaud parce qu’il fait plus chaud, c’est ainsi. C’était ainsi. Ce n’est plus ainsi. Canicula, aujourd’hui plus qu’hier et bien moins que demain, c’est vous et moi, c’est le monstre survolté par le réchauffement climatique dont nous sommes à 90 % responsables.
Nier cette évidence relève d’une mentalité archaïque. Je ne m’y risquerais pas ! Je susurre seulement qu’il est des Puissances plus meurtrières que Canicula. La déesse Hyvégée (1) ne lui épargne-t-elle pas, bon an mal an, le travail d’occire deux cent mille nourrissons ?  
(1) Une sorte de …Kalicula ?

Envoyé par l'auteur, 29 juin 2019
Publié dans A tout un chacun
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En restant attachés aux humanités, les Français expriment leur besoin d’enracinement
 
FIGAROVOX/TRIBUNE - Le directeur général de l’Ircom, Pierre Collignon, souligne l’importance fondamentale de l’enseignement des humanités, y compris à l’heure du numérique.
 
"J’insiste sur l’importance des humanités, qui, seules, pourront fournir du sens à la jeunesse qui en réclame". Ces mots éloquents de l’immortel Marc Fumaroli résonnent particulièrement à nos oreilles. À l’heure de l’explosion des réseaux sociaux, des notifications et de la multiplication des cours de codage, plébisciter l’enseignement des humanités devant la connaissance du numérique ou des sciences semble particulièrement surprenant. Les Français sont pourtant une écrasante majorité à formuler cette aspiration, selon un récent sondage réalisé par l’IFOP.
Le système scolaire actuel ne répond donc pas complètement aux besoins ni aux souhaits des Français et de nos jeunes. Inciter un élève à ne s’exprimer qu’à travers son socle de savoirs sans lui enseigner l’exigence de notre langue et la richesse de son vocabulaire, c’est le pousser à ne voir le monde qu’à travers le petit bout de sa lorgnette. Refuser l’enseignement d’une culture générale solide, c’est priver les milieux les moins favorisés de prendre part à un système qui ne fait que reproduire les inégalités. Et priver quelqu’un de la connaissance de ses racines, c’est précisément lui ôter la possibilité d’appréhender le réel, sa richesse et ses infinies nuances.
Pourtant plus des trois quarts des Français souhaitent renforcer la transmission du latin, des lettres classiques, de l’histoire, de la philosophie et des langues étrangères dans l’enseignement supérieur ! Ces chiffres sont particulièrement éloquents et reflètent une vraie aspiration des Français et des jeunes à retrouver leurs racines.
Le savoir et l’exigence seuls permettent de rattraper les inégalités sociales. Inciter à l’excellence, c’est pousser chacun à donner le meilleur de soi-même : formidable horizon pour un jeune d’où qu’il vienne et où qu’il aille. Les jeunes Français expriment avec force l’importance d’acquérir une culture générale qui élargit leur regard sur le monde qui les entoure pour mieux trouver leur place. Une large majorité estime ainsi qu’un bagage en humanités est un avantage dans la vie personnelle (80 %) et dans la vie professionnelle (75 %).
 
Élargir le regard qu’un étudiant porte sur le monde et lui permettre de connaître ce qui l’a précédé c’est lui offrir la plus grande des libertés qui soit : celle d’exprimer sa singularité en confrontant son "moi" à celui du monde qui l’entoure.
Comment ne pas s’offusquer de la nécessité pour des établissements supérieurs et des entreprises de donner des cours d’orthographes à leurs étudiants ou salariés ? Celle dont Odette et Édouard Bled disaient qu’elle était une "préparation à bien penser" a vu la qualité de son enseignement réduite à peau de chagrin. Diminuer le nombre d’heures de cours et refuser le par cœur n’est pas la bonne réponse à la crise traversée par l’univers scolaire depuis plusieurs décennies ! Placé au 26e rang mondial et régressant chaque année, notre système semble incapable de relever le défi de la baisse de résultats de nos enfants. Le constat est alarmant mais pas désespéré !
Frein pour la recherche d’emploi, la maîtrise de la langue française est un véritable obstacle pour qui souhaite s’insérer dans le marché du travail. Ils sont devenus rarissimes les messages électroniques ne comportant pas de fautes de syntaxes ! Pourtant, 83 % des chefs d’entreprise sont favorables au renforcement de l’apprentissage des humanités dans l’enseignement supérieur, ce qui révèle une vraie aspiration des employeurs à recruter des candidats dotés d’une solide culture générale, quel que soit leur secteur de prédilection. Loin de l’opinion partagée selon laquelle les humanités seraient "non professionnalisantes" ; ces matières donnent au contraire à ceux qui les étudient des qualités essentielles pour un recruteur: créativité, maîtrise de la langue, sens de la synthèse, finesse et justesse dans le discours, hauteur de vue, esprit critique. N’oublions pas que nos étudiants seront les chefs d’entreprise, employeurs, cadres, salariés de demain et qu’une tête bien faite vaut mieux que 1000 diplômes. Se savoir héritier contribue à trouver sa juste place dans la société.
Une difficulté demeure en France : le culte du diplôme qui complexifie encore trop souvent les réorientations. Pourtant une majorité écrasante et homogène des Français (90 %) estime nécessaire de multiplier les passerelles pour les étudiants en humanités vers des formations plus orientées entreprenariat et "business": écoles de commerce, écoles d’ingénieur, formations managériales, troisième cycle universitaire, etc.
 
Les jeunes Français ont soif de trouver la boussole qui donnera du sens à leur vie personnelle et professionnelle. C’est pourquoi il est un devoir de leur transmettre une solide formation intellectuelle et humaine leur permettant de s’amarrer à la culture classique, sans pour autant les enfermer dans un passéisme hors-sol. Il faut tout simplement leur permettre de savoir d’où ils viennent pour savoir où aller.

Envoyé par l'auteur, 1er juillet 2019 - paru sur Figarovox, 14 juin 2019
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Tempête sous le crâne de Donald Trump
 
Sa décision de sortir de l’Accord de Vienne sur le nucléaire iranien a pour Donald Trump une conséquence inattendue : doit-il ou non bombarder l’Iran ? De la Corée à l’Irak en passant par le Vietnam, le Cambodge, la Lybie, le Panama, la Bosnie, le Kosovo, etc., bombarder une nation n’a jamais posé de cas de conscience aux présidents américains. Alors pourquoi hésite-t-il ? Parce ce qu’un conflit ouvert avec l’Iran provoquerait non seulement une crise économique mais éliminerait toute chance d’être réélu.
 
La situation au Moyen Orient prend son origine dans les attaques du 11 septembre. George W. Bush a entamé une guerre contre le terrorisme qui s’est matérialisée par l’invasion de l’Afghanistan et de l’Iraq, la destruction de la Lybie et la guerre en Syrie. Israël qui depuis sa création se sent isolé dans une région entourée d’ennemis, appuie la politique américaine. Mais, comme nous l’apprend la troisième loi d’Isaac Newton, toute action crée une réaction. La Russie et l’Iran ont donc répondu favorablement à la demande d’assistance de Bachar el-Assad dont le pays était au bord de l’effondrement. Grâce à cette aide, le dirigeant syrien a pu récupérer la presque totalité de son territoire.
 
Les choses auraient pu en rester là si l’aviation israélienne se cachant derrière un Il-20 pour bombarder la Syrie n’avait pas provoqué la destruction de cet avion et la mort de quinze membres d’équipage par la défense antiaérienne syrienne. Les Russes ne s’y sont pas trompés et blâmés Israël. Dans un récent
article, Youssef Hindi considère qu’il s’agit là d’une grave erreur des Israéliens. Alors que jusqu’à présent, Vladimir Poutine avait réussi à maintenir l’équilibre entre les factions israélienne et russe à l’intérieur de son gouvernement, l’abattage du Il-20 l’a fait pencher en faveur de la faction russe, soutenue par l’Armée.
 
Il existe un même équilibre instable au sein du gouvernement américain. Les conseillers de Donald Trump se partagent entre partisans des thèses israélienne et nationale.
Henri Kissinger 
a d’ailleurs déclaré : "A la Maison Blanche, c’est la guerre entre juifs et non juifs". Donald Trump est dans le camp des seconds (America First), mais il doit sa victoire en partie aux premiers (Sheldon Adelson et Robert Mercer lui ont apporté un soutien crucial à un moment critique de sa campagne en juin 2016). Pour éviter une guerre qui ruinerait ses chances d’être réélu, il finasse (nouvelles sanctions, négociation sans préconditions, etc.). Sa stratégie de "pression maximale", destinée à faire tomber le régime iranien de l’intérieur, rend bombardements et invasion inutiles. Mais que se passe-t-il si l’effet attendu ne se produit pas ?
 
Le Pentagone pourrait-il, comme en Russie, faire pencher la balance au profit des thèses nationales ? Non seulement les guerres au Moyen Orient ont entaché son image (en particulier à l’étranger) mais, plus grave, elles le privent des ressources nécessaires pour se préparer à un conflit avec la Russie ou la Chine. Or, les généraux américains pensent que c’est là leur premier devoir. Donald Trump prétend d’ailleurs avoir "reconstruit" le Pentagone.
 
Si le Pentagone réussissait à faire pencher la balance de son côté, Israël serait isolé, sans appui à Moscou et à Washington. Dans ces conditions, n’est-il pas l’intérêt de Benjamin Netanyahu de créer les conditions d’un conflit inévitable entre l’Iran et les Etats-Unis ? Cela détruirait l’ennemi qui soutient la Syrie et le Hezbollah, et aurait aussi l’avantage d’assurer sa réélection en octobre prochain. Quant à Donald Trump, il pourrait dire au revoir à la sienne en novembre 2020. La tempête sous son crâne doit lui donner des maux de tête.

Envoyé par l'auteur, 2 juillet 2019
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Le remboursement de la PMA, une injustice faite aux malades
 
Jugée inefficace, l’homéopathie pourrait bientôt ne plus être remboursée tandis que la PMA pourrait bientôt le devenir à 100%. Or le financement des nouvelles PMA prévues par le projet de loi bioéthique ne soignent personne et ne pourra se faire qu’au détriment des malades, entraînant le déremboursement d’autres catégories de soins et suscitant de nouvelles inégalités.
 
La commission de la transparence de la Haute Autorité de santé (HAS) a rendu vendredi son avis : l’homéopathie ne doit plus être remboursée car son efficacité n’est pas prouvée. Pour autant, le gouvernement persiste à annoncer le remboursement à 100 % de la Procréation médicalement assistée (PMA) pour les couples de femmes et les femmes seules, si elle était adoptée à l’occasion de la révision de la loi de bioéthique.
 
Une prise en charge déjà dérogatoire
Déjà, aujourd’hui, le remboursement à 100 % de la PMA, quand bien même elle s’inscrit dans un cadre thérapeutique, est très dérogatoire aux règles habituelles de prise en charge (1). En effet, la participation de l’assuré aux dépenses de santé (sous forme de ticket modérateur) est une constante de notre système de protection sociale. La prise en charge à 100 % revêt un caractère d’exception et concerne principalement les médicaments reconnus irremplaçables et particulièrement coûteux et les affections dites de longue durée.
Sans aucune justification, le code de la santé publique ajoute à la liste des soins pris en charge à 100 % le diagnostic et le traitement de la stérilité (2), ce qui inclut quatre tentatives de FIV ou six inséminations artificielles par projet d’enfant jusqu’au 43e anniversaire de la femme. Or le critère principal de hiérarchisation des besoins de santé, à savoir la gravité de la maladie et de ses conséquences en termes de dégradation de l’état de santé ou d’espérance de vie, est tout simplement mis de côté : l’infertilité est en effet un dysfonctionnement pathologique mais elle n’engage pas l’état de santé ou l’espérance de vie. Le privilège du 100 % prodigué à l’AMP (Assistance médicale à la procréation) est donc problématique en termes d’équité. Quant au critère d’efficience (efficacité), il est lui aussi écarté compte tenu du coût élevé des FIV et de leur faible taux d’efficacité qui varie de 10 à 20 % selon la technique utilisée et le profil de la patiente. Si l’efficacité non prouvée de l’homéopathie justifie son déremboursement intégral, comment expliquer qu’une si faible efficacité de la PMA donne lieu, elle, à une prise en charge à 100 % ?
 
Des largesses incompréhensibles
Ces données ne seraient pas trop préoccupantes si les finances de l’assurance-maladie étaient florissantes. Au contraire, ces largesses au profit de l’AMP sont incompréhensibles dans une situation de déficit chronique de l’assurance-maladie, au vu de la baisse continue de la prise en charge et de l’accès aux soins pour de nombreux malades.
Ainsi, des listes entières de médicaments sont retirées de la prise en charge comme, récemment, les médicaments de lutte contre la maladie d’Alzheimer (Arrêté du 31 mai 2018). Par ailleurs, la maîtrise des dépenses de santé conduit à une hausse récurrente du ticket modérateur. La couverture complémentaire ne compense pas cette hausse, surtout pour les lunettes, prothèses auditives ou dentaires qui ont pourtant un impact direct sur la qualité de vie des individus et sur leur participation à la vie sociale et économique. Pourquoi la PMA ne supporte-t-elle aucun ticket modérateur ?
 
Radiation de certaines affections de longue durée
En outre, certaines maladies sont retirées de la liste des ALD (Affections de longue durée) pour mettre fin à leur prise en charge à 100 % alors que la PMA continue d’être prise en charge intégralement. En 2011, les débats relatifs à la loi de financement de la Sécurité sociale ont présenté deux options : introduire le ticket modérateur dans les pratiques d’assistance médicale à la procréation, avec une économie escomptée de 51 millions d’euros, ou bien radier de la liste des affections longue durée l’hypertension artérielle sévère pour une économie estimée à 20 millions. En dépit de l’avis négatif de la HAS et de l’opposition des sociétés savantes de cardiologie et de santé publique, c’est l’hypertension qui a été radiée (3).
Enfin, les prix tirés au plus bas des médicaments remboursés pour faire des économies entraînent le désintérêt des laboratoires et des pénuries chroniques de médicaments : par exemple, les médicaments pour la maladie de Parkinson sont vendus par le fabricant en priorité en Allemagne où les prix sont plus élevés, ce qui entraîne des ruptures en France.
 
Une injustice scandaleuse
Dans ce contexte, la prise en charge à 100 % de la PMA est déjà injuste autant qu’injustifiée. Quant à la prise en charge de la PMA non thérapeutique, elle serait tout simplement scandaleuse, aggravant le déséquilibre existant au détriment des malades alors que les femmes concernées ne souffrent d’aucune maladie.
En plus de déroger à tous les critères habituels d’équité et d’efficience, la prise en charge de la PMA à 100 %, sans ticket modérateur, soutient un marché de la procréation en constante progression. Les industriels et les médecins ont en effet affaire à des patients très demandeurs et prêts à tout supporter pour avoir un enfant, d’autant plus facilement que c’est "gratuit". Il en résulte souvent un sur-recours à la PMA (examens en surnombre, recours précipité à la FIV et même FIV "compassionnelles") qui pose tant la question de la qualité des soins que celle du bon usage des ressources (limitées) de l’assurance maladie.
 
Favoriser le marché de la procréation artificielle
La levée du verrou thérapeutique actuel serait le moyen pour le marché de la procréation de prospérer. Il faut donc bien comprendre que la PMA pour les femmes n’est qu’une étape, un prétexte finalement pour ouvrir la PMA généralisée non seulement à toutes mais à tous : avec l’abandon du critère thérapeutique, la PMA serait en effet accessible non seulement aux femmes célibataires et en couple de femmes mais à tout le monde, y compris le troisième âge et les défunt mais surtout les couples homme/femme fertiles, numériquement les plus nombreux et qui constituent à n’en pas douter la véritable cible de ce marché.
Mais le financement de ces nouvelles PMA, en plus des difficultés qu’elles posent en elles-mêmes et dont l’exposé n’est pas l’objet de cet article, ne pourra se faire qu’au détriment des malades, entraînant le déremboursement d’autres catégories de soins et suscitant de nouvelles inégalités.
(1) Pour un exposé complet de cette question voir l’article suivant : "Médicaments remboursables avec ou sans ticket modérateur : quels fondements ?", de Florence Taboulet, professeur de droit pharmaceutique et économie de la santé, UMR 1027 Inserm, université Toulouse III et Blandine Juillard-Condat, maître de conférences, praticien hospitalier, CHU de Toulouse, UMR 1027 Inserm, université Toulouse III, Panorama de droit pharmaceutique, n° 5, janvier 2018, p. 283-304.
(2) CSS, L.160-14 al. 12.
(3) Décret n° 2011-726 du 24 juin 2011 supprimant l’hypertension artérielle sévère de la liste des affections ouvrant droit à la suppression de la participation de l’assuré mentionnée au 3° de l’article L. 322-3 CSS.

Envoyé par l'auteur, paru sur Aleteia, 28 juin 2019
Publié dans A tout un chacun
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Canicule
 
Il fait chaud, c’est vrai, mais enfin nous sommes en été. Et voilà tous les réchauffistes à monter au créneau pour annoncer la fin du monde, ou au moins la fin du monde que nous connaissons : si on en croit un climatologue cité par Le Monde  "les température pourront atteindre 50°C à la fin du siècle". Si on l’écoute on saura que ces dernières années on estime que les canicules sont au moins quatre, sinon dix fois plus probables, que les canicules centenaires devraient maintenant se reproduire tous les dix ans à cause des activités humaines, que vers la fin du siècle les températures seraient dans le sud de la France comparables à celles que l’on observe en Inde etc…
Tout cela me rappelle le prophète Philippulus de l’Etoile Mystérieuse que connaissent bien tous les tintinophiles : "Je suis Philippulus le prophète et je vous annonce que les jours de terreur vont venir. La fin du monde est proche.Tout le monde va périr et les survivants mourront de faim et de froid et ils auront la peste la rougeole et le choléra".
 
Bien sur cette canicule n’a rien pour m’emballer, mais pour un rationaliste c’est la conséquence d’un gros anticyclone coincé sur l’Europe de l’ouest et qui nous envoie l’air chaud du Sahara, rien de bien mystérieux.
 
Enfin c’est l’occasion pour le gouvernement d’infantiliser les Français : buvez de l’eau, ne buvez pas d’alcool, ne faites pas trop de sport, prenez des nouvelles de vos proches, appelez le 15… Ce qui m’effare le plus c’est qu’alors qu’on nous bassine journellement avec l’isolation de notre domicile, qu’on condamne les passoires thermiques, on s’aperçoive que les écoles ne permettent plus d’accueillir décemment les enfants, qu’il faut les renvoyer chez eux, repousser les examens… La France qui se dit un pays moderne est paralysée quand il y a dix centimètres de neige, quand il fait trop chaud, qu’il y a des orages. La SNCF en est à demander aux "usagers" de repousser leur voyage ne pouvant garantir le fonctionnement des trains. On se demande comment on arrive à vivre au Canada, en Sibérie ou en Arabie.
 
Avant de se préoccuper de la transition énergétique, on ferait mieux de remettre à niveau nos infrastructures, administrations, écoles, ponts, voies ferrées. Evidemment c’est moins motivant que la COP 21 et les accords de Paris que personne ne respecte sauf la France et encore.

Envoyé par l'auteur, 29 juin 2019












Publié dans Du côté des élites
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