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Ces Gilets jaunes que Macron veut faire taire
 
Merci qui ? Merci les Gilets jaunes ! Ceux qui s’enchantent du grand débat national, ouvert mardi, en ont déjà oublié la cause. Hier, à Grand Bourgtheroulde (Eure), les Gilets jaunes étaient indésirables. Porter un gilet était même susceptible d’une amende de 135 euros. Les forces de l’ordre ont été plus intraitables pour cette tenue que, en d’autres lieux, pour le port de la burqa. Passons sur cette absurdité. La consigne était de ne pas perturber la prestation d’Emmanuel Macron, venu là pour lancer son initiative face à 653 maires normands. Même lui ne se résout d’ailleurs pas à nommer les Gilets jaunes, c’est-à-dire à les faire exister. Ils n’ont été évoqués qu’une fois par le chef de l’Etat. Alors qu’ils se sont imposés, en deux mois, comme l’expression politique de la France invisible, les voici relégués à nouveau par le pouvoir dans l’anonymat de leur marginalisation et de leur 'beaufitude'. Il n’est pas certain que cette stratégie présidentielle, qui vise à s’approprier un exercice démocratique dont Macron se serait passé sans cette révolte des Oubliés, soit bien comprise par la France d’en bas, plus souvent insultée que soutenue.

Hier, la prestation du président fut certes impressionnante : durant près de 7 heures, il a écouté et répondu aux questions et doléances des maires. Il est vrai qu’il aurait pu avoir ce même dialogue en novembre, s’il avait tenu sa promesse d’assister au congrès des maires de France. Toutefois, le chef d l’Etat se tromperait s’il pensait effacer si facilement les Gilets jaunes de sa vue. C’est eux qu’il doit affronter prioritairement.
La macronie s’agace d’avoir à répondre aux injonctions du peuple en colère. En Marche ne comprend rien à ce réveil d’une France immobile. Or une post-modernité émerge de cette société civile enracinée. Elle porte une vision plus humaine des relations sociales et économiques. La fraternité, la proximité, l’accessibilité, le respect des gens sont des tendances qui dépassent la seule quête égalitariste et revancharde avancée par ceux qui réclament le retour à l’ISF.

Si Macron va au bout de sa démarche, elle ne peut que déboucher sur une remise en question de sa politique mondialiste et relativiste. Car c’est bien son "progressisme" post-national qui est contesté. Son nouveau monde est déjà obsolète. La post-modernité s’annonce réactionnaire, en ce sens qu’elle s’inscrit dès à présent en réaction aux visions déracinées et mercantiles de l’homme augmenté. Hier, le président est convenu que la généralisation des 80km/h sur les routes aurait mérité plus de souplesse. Mais il a fait savoir également sa méfiance pour le référendum d’initiative citoyenne, qu’il voit comme une menace pour la démocratie représentative. Pourtant, il est tout aussi loisible de faire de cette procédure, intelligemment encadrée, un partenaire du législateur. Hier, parlant des Français en situation difficile, il a dit : "Il y en a qui font bien, et il y en a qui déconnent". En macronie, le déconomètre s’est emballé. Et ce sont les Gilets jaunes qui ont donné l’alerte. Merci qui ?
Paru dans Le Figaro, 16 janvier 2019
Publié dans En France
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La réponse aux “gilets jaunes” ? L'impératif d'une même règle pour tous
 
On a l'impression de ne pas bien comprendre au juste ce que veulent les "gilets jaunes", ni pourquoi le mouvement continue alors que le gouvernement a déjà concédé beaucoup et fait des efforts en termes de concertation. Pourtant, un mouvement de cette ampleur, aussi durable et aussi profond (appuyé par une majorité de la population), ne doit rien au hasard ni au caprice. Il vient de loin, et Emmanuel Macron hérite probablement aussi des négligences de ses prédécesseurs. Il est alarmant, parce que c'est un drame social qui révèle des fractures de longue date, bien installées dans le paysage, et mortifères.
On peut s'étonner de voir les occupants des ronds-points réclamer la justice sociale, le partage, davantage d'égalité entre les plus riches et les plus pauvres. La France est sans doute le pays du monde où il y a le plus de redistribution. Plus de la moitié de la population (ce qui est énorme) n'y paye pas d'impôts sur le revenu. Tous les habitants, citoyens ou non, y bénéficient de l'école gratuite, de la santé gratuite et de toutes sortes d'autres services qu'il serait trop long d'énumérer. Beaucoup de citoyens du monde rêveraient d'être français. Alors on pense au syndrome de Tocqueville : plus votre société est égalitaire, plus vous ressentez la moindre inégalité comme insupportable.
Il faut pourtant aller plus loin. L'inégalité qui engendre la révolte n'est pas seulement celle du porte-monnaie, mais celle des statuts. Des avantages. Des sécurités. Des préséances. Disons-le : des privilèges. On dirait bien que la société des réseaux sociaux a révélé l'ampleur des corporatismes. C'est là que s'incarne le mépris de classe. C'est là que surgissent le malaise et les revendications.
 
Car la France n'est pas seulement un pays monarchiste, où le présidentialisme ne cesse de s'accroître au détriment du gouvernement et des assemblées, et où le président vient d'arracher aux collectivités locales la dernière autonomie qui leur restait : la possibilité de lever un impôt, en l'occurrence la taxe d'habitation. La France est de surcroît un pays dans lequel un quart des habitants bénéficie de régimes corporatistes, obtenus au fil des 75 ans qui nous séparent de la guerre et grâce notamment aux Trente Glorieuses. Les avantages de ces systèmes sont parfois exorbitants, toujours intéressants, en tout cas intouchables et dissimulés. Le premier avantage, et non le moindre, étant l'emploi garanti.
Les bénéficiaires des corporations travaillent souvent moins, voire beaucoup moins que les autres, ne risquent pas le licenciement et bénéficient de protections de tous ordres. Le sommet de ce système étant la classe mandarinale, qui, ayant réussi un concours vers l'âge de 25 ans, reçoit de l'État un salaire à vie avec tous les avantages attenants, même hors périodes de travail. Depuis le tournant du XXe au XXIe siècle, cette classe est devenue une caste - les chiffres montrent depuis cette période que contrairement à ce qui se passait auparavant, il faut désormais être fils de mandarin pour avoir vraiment des chances de le devenir soi-même. La révolte des "gilets jaunes" face au salaire de Mme Jouanno était la partie émergée d'un iceberg.
 
L'autre caractéristique de ces corporatismes, c'est le secret : ils sont entourés de silences et de ténèbres. Il est probable qu'une sorte de honte saisit Bercy à l'idée de dévoiler le coût énorme de ces emplois à vie, tous avantages additionnés. C'est si peu démocratique. C'est si digne d'une oligarchie bananière. Le secret évidemment encourage toutes les fausses informations : chaque avantage qu'on révèle en suppose mille autres qu'on ignore et mille autres qu'on invente - ce qui alimente les "fake news", c'est moins la sottise populaire que l'opacité des privilèges. Les "gilets jaunes" savent, en tout cas, qu'au moment où l'État est surendetté et ruiné, un groupe de chanceux, dont on peut discuter l'ampleur, vit confortablement sans crainte du chômage ni du lendemain, peut demander un emprunt à la banque ou aller chez le dentiste sans état d'âme.
 
C'est sans doute d'un mouvement salutaire qu'Emmanuel Macron s'était saisi de la question du statut des cheminots, lequel représente l'un des exemples du corporatisme français. L'idée était bonne, mais il aurait fallu commencer par le haut ! L'autorité ne peut pas décider de priver le système de certains avantages indus, sans commencer par s'en priver elle-même. C'est le b.a.-ba du commandement. Faute de quoi, on court à l'échec. Et dans le cas précis, s'étend encore la guerre des classes.
Certaines mesures ont été prises dans ce sens, traduisant bien la volonté du pouvoir en place. J'ai constaté personnellement, à ma grande satisfaction, que dans les premiers mois après l'élection présidentielle il avait été donné ordre de supprimer l'abonnement SNCF gratuit à vie (en première classe, naturellement) pour les parlementaires honoraires - exemple d'un avantage injustifié et injuste qui ne doit pas être indolore à la nation. Encore un effort, Monsieur le Président !
 
Les samedis à la figure révolutionnaire auxquels nous assistons depuis deux mois racontent la fureur d'une population qui voit lever d'énormes impôts pour financer des corporatismes. Alors que les impôts devraient servir, comme dans tous les pays alentour, à financer les services publics, ici devenus indigents à force de surendettement. La revendication de démocratie n'est pas seulement liée au référendum d'initiative citoyenne, mais à la suppression des privilèges.
C'est probablement en partie pour cette raison que l'élite française est si réservée devant cette révolte - et en privé, si méprisante. Elle commence à comprendre que c'est elle-même qui est mise en cause, non dans son autorité, mais dans ses passe-droits. Tu trembles, carcasse ! Aux premiers jours du conflit, et pour l'enterrer dans l'œuf, elle avait commencé à proposer quelques allocations supplémentaires : on se rappelle un responsable politique annonçant que dans certaines écoles on servirait un petit déjeuner aux enfants… pathétique ! Les occupants des ronds-points sont des gens qui travaillent et ne veulent pas mendier. Ils demandent juste que l'argent des impôts soit utilisé au bon endroit.
 
Notre élite, depuis qu'elle a abandonné le marxisme, ne porte plus le peuple aux nues et même ne le défend plus guère. Elle ne voit plus en lui une foule d'opprimés portant l'avenir du monde, mais une population de "petits Blancs", de poujadistes revanchards et frustes, plus proches de l'électorat Le Pen que du glorieux prolétariat d'antan. D'où sa réserve. Il est aujourd'hui savoureux de voir les médias les plus à gauche prendre le parti de l'Ordre. Les clivages idéologiques périmés ont été remplacés par des antagonismes de classe. Le malheur est que si les premiers portent au moins des convictions, les seconds sont carrément répugnants. Il nous faudrait au plus tôt une nuit du 4 Août. Ce serait la vraie réponse aux "gilets jaunes".

Paru dans Le Figaro, 16 janvier 2019
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Quoi de neuf en 2019 ?
 
En ce début d’année, un souhait que les pouvoirs publics seraient bien inspirés de réaliser pour calmer les exaspérations fiscales : et si nous, français, prenions modèle sur certains pays européens en matière de transparence culturelle ? Si l’Espagne y arrive, pourquoi notre brillant ministère ne mettrait-il pas fin à une exception non pas culturelle mais cultuelle : le culte du secret en matière de dépenses pour l’Art dit contemporain ?
 
Le musée Centro del Carmen à Valence, expose, en ce début 2019, Daniel G. Andujar, un artiste d’AC. Son exposition "Sistema operativo" remixe, entre autres, des œuvres anciennes : nous sommes dans la banalité d’un art mondialisé. L’extraordinaire, l’inouï pour un visiteur français, ce sont les affiches dans les salles qui détaillent les frais occasionnés par l’exposition proposée au public et payée par celui-ci (car si l’entrée est gratuite, le gratuit est toujours finalement payant). Les visiteurs espagnols ont le droit de savoir jusqu’au prix des brochures ! L’artiste est payé à l’égal du commissaire qui est devenu une sorte de co-auteur de l’œuvre (5 000 euros chacun). Notons que la rétribution de l’artiste ne correspond pas à l’achat de l’œuvre proprement dite, il s’agit plutôt d’un cachet, d’un droit de monstration (l’installation une fois démontée, son concept sera remontré ailleurs). Il paraît que, pour les espagnols, cet affichage est une obligation démocratique. Pourquoi est-ce incroyable en France ?
 
L’administration culturelle française illustre, jusqu’à la caricature, les dérives d’une démocratie représentative devenue confiscatoire. Les fonctionnaires se targuent d’avoir reçu, in fine, leur fonction d’un élu, dès lors "l’Etat, c’est eux", et ils piochent dans les finances publiques sans vergogne : ils n’ont pas de compte à rendre au citoyen puisqu’ils agissent en son nom, pour son bien, et que, par son bulletin de vote, celui-ci a cautionné le système, le paye et est prié d’applaudir. Tous ceux qui récriminent ne peuvent donc qu’être d’horribles anti-démocrates qui-menacent-nos-institutions. Il est comique que ce soit la Monarchie espagnole qui donne, ici, des leçons de démocratie participative à la République française.
Car le remède aux dérives d’une démocratie représentative serait d’insuffler un peu de démocratie participative. Et la participation du citoyen suppose, au minimum, de l’informer. Alors, Monsieur Riester, seriez-vous capable d’afficher le coût des pneus, genre tracteur, délicieusement recouverts d’or et juchant les rampes du grand escalier central de l’Opéra de Paris, grâce à Claude Lévêque (
cliquer) (1) ? Chacun a conscience que le décor du Palais Garnier manquait un peu de faste routier mais, cher M. le Ministre, le citoyen aimerait comprendre pourquoi la Galerie Kamel Mennour rime avec toujours en matière d’expos dans des lieux de prestige ; qui choisit, où sont les "concours" ou "appels à projets" ? Qui sont les glorieux sponsors : les pneus restant une année, se pourrait-il que ce soit… Goodyear !?
(1) L’artiste en pneus, qui ne manque pas d’air, vient de signer une tribune de solidarité avec les Gilets jaunes… au milieu d’autres personnalités de l’AC  !!!!

Envoyé par l'auteur, 15 janvier 2019, paru sur www.sourgins.fr
Publié dans Du côté des élites
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Faux départ pour la démocratie en RDC (Congo)
 
CHRONIQUE - L'élection présidentielle qui a vu l'opposant Félix Tshisekedi être proclamé vainqueur masque en réalité la fraude électorale du siècle.
 
Dans une quasi-indifférence de l'Occident, une immense tricherie électorale est en train d'être commise dans le plus grand pays francophone d'Afrique, la République démocratique du Congo (RDC, ancien Zaïre, 80 millions d'habitants, quatre fois la superficie de la France).
 
Quand le président Joseph Kabila, au pouvoir depuis 18 ans, avait annoncé il y a cinq mois qu'il allait enfin organiser (avec deux ans de retard) des élections présidentielles où, conformément à la Constitution, il ne se représenterait pas, les diplomaties occidentales ont cru un moment qu'elles avaient marqué un point. Elles pensaient tenir un espoir concret de voir un minimum d'État de droit remplacer le régime paresseux, corrompu et prédateur mis en place par Kabila et sa parentèle. Elles comptaient assister enfin au décollage économique de ce pays exceptionnellement doté par la nature (eau en abondance, terres fertiles, ressources hydroélectriques gigantesques), que cinq décennies de mauvaise gouvernance avaient maintenu dans la misère. Constatant la progression de l'économie de la Zambie et du Rwanda voisin, elles espéraient que la RDC finirait par suivre leurs exemples.
Tous ces espoirs sont en train de s'effondrer avec la mise en œuvre de la fraude électorale du siècle. Homme politique taiseux, détestant autant les débats publics que l'étude des dossiers, Kabila reste, à 47 ans, un redoutable tacticien. Ayant observé tant de chefs d'État s'étant accrochés au pouvoir, Kabila s'est dit qu'il n'y avait aucune raison pour qu'il ne fasse pas pareil. Mais il a eu l'intelligence de celer ses intentions et d'atermoyer face aux milieux internationaux l'invitant à introduire l'alternance en RDC. Il a élaboré un plan en trois phases.
 
La première a consisté à écarter, sous des prétextes judiciaires, les personnalités politiques les plus dangereuses, car les plus charismatiques. Ainsi l'entrepreneur Moïse Katumbi, ancien gouverneur du Katanga et très populaire président du meilleur club de football de RDC, exilé en 2016, a été physiquement empêché de revenir dans son pays pour remplir un dossier de candidature auprès de la Ceni (Commission électorale nationale indépendante, qui n'a d'indépendant que le nom). Ainsi l'ancien challenger de Kabila à la présidentielle de 2006, Jean-Pierre Bemba, homme fort de la région de l'Équateur, sénateur en 2007, n'a pas eu le droit de se présenter, sous prétexte d'une condamnation judiciaire pour subornation de témoin.
La deuxième phase de la manœuvre de Kabila a été de pousser la candidature à la présidentielle de son ancien ministre de l'Intérieur Emmanuel Shadary, avec l'idée de reproduire le célèbre exemple Medvedev-Poutine. Mais conscient de l'impopularité extrême de son poulain, Kabila avait mis un second fer au feu. Il avait secrètement pris langue avec un candidat d'opposition qui présentait deux avantages : porter un nom crédible et être facilement manipulable. Ce joker du régime s'appelle Félix Tshisekedi, le fils du célèbre Étienne Tshisekedi (1932-2017), ancien premier ministre du Zaïre, avant de devenir un strict opposant à Kabila.
La troisième phase consista à laisser le scrutin se tenir normalement, le 30 décembre 2018, dans la majorité des bureaux de vote du pays. Félicitations des chancelleries occidentales.
Mais, très inquiète quant à l'avenir du pays, l'Église catholique y avait déployé 40.000 "témoins" (assesseurs), pour avoir son propre comptage, afin de dissuader les fraudeurs du régime. Selon elle, le candidat de l'opposition unie, Martin Fayulu, était largement en tête partout, à l'exception de la province du Kasaï (ouest), où, pour des raisons ethniques, Tshisekedi reste très populaire. Ancien cadre du groupe pétrolier américain ExxonMobil (il finira directeur général pour l'Ethiopie), Fayulu est élu député d'opposition en 2011, avant de devenir le coordonnateur des Forces acquises au changement. Pour que la bonne nouvelle ne se répande pas, le régime coupe Internet et l'antenne de RFI.
Vint alors la quatrième phase : changer les résultats réels, en descendant Fayulu de 60 à 35 %, et en élevant Tshisekedi de 20 % à 38 %, pour le proclamer président élu (en RDC, la présidentielle se fait à un seul tour). Un scrutin législatif se tenait en même temps. Là, le régime n'a même pas pris la peine de dépouiller toutes les urnes, avant de proclamer élue une majorité parlementaire favorable à Kabila, une "tricherie massive" nous a confié un évêque congolais. Le tour est joué : avec un président potiche, et un premier ministre à sa main, Kabila continuera à contrôler les postes clefs. La répression des manifestations de colère a déjà fait vingt morts. Les Congolais se terrent chez eux, sans pouvoir communiquer, faute d'Internet.
 
Beaucoup d'Européens ne se sentent pas concernés par la mauvaise gouvernance en Afrique. Ils ont tort. Car c'est elle qui est la première responsable des migrations sauvages.

Paru dans Le Figaro, 15 janvier 2019
Publié dans De par le monde
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Mais qu’est-ce donc qu’être un stratège ?
 
Nous sommes, toujours davantage, dévorés par l’immédiat. Les décideurs – entrepreneurs, politiques, militaires - sont accaparés par le court terme. Frappés de myopie décisionnelle, happés par la tactique, Ils éprouvent des difficultés croissantes à prendre du recul. Ils ont perdu l’habitude et le goût de la stratégie qu’ils pratiquent de moins en moins, alors qu’elle seule apporte la réponse à la complexité du monde et à l’accélération du temps. Il faut donc entrer en stratégie, l’utiliser pour modeler le présent et bâtir l’avenir. Mais qu’est-ce donc qu’être stratège ?
 
C’est d’abord concevoir et vouloir un futur. La question première de la stratégie, c’est la question de l’avenir, celui vers lequel on entend aller sans se laisser engluer par les difficultés du présent. Le stratège agit en architecte et non en maçon : il reconstruit le présent à partir de l’ambition qu’il se donne. Pas de stratège sans vision, pas de stratège sans ferme volonté car les obstacles seront nombreux du présent à remodeler au futur à construire. Emmanuel Macron a bien cette vision, cette France de demain qu’il veut bâtir : son projet présidentiel est clair, tel qu’exprimé lors de sa campagne et dans son ouvrage Révolution. Reste à le décliner…
 
C’est l’instant où les difficultés commencent, puisque le propre du stratège est de se heurter d’emblée aux autres acteurs de son espace stratégique, dialectique par nature, empli d’autres volontés libres qui n’ont aucune raison de se plier naturellement à la sienne. Il ne peut donc progresser dans son espace stratégique comme un gestionnaire qui déploierait un plan dans un environnement inerte et passif. La stratégie, c’est la dialectique des volontés, celle des intelligences. Elle relève de l’interaction, non de l’action ; l’art y est beaucoup moins celui de la décision que celui de son adaptation permanente à l’environnement toujours changeant qu’elle rencontre et aux réactions qu’elle engendre. Aucun espoir, n’en déplaise à Jupiter, de dérouler dans cet environnement interactif un plan préconçu et figé. Aucun espoir de réussir sans conjuguer l’intérêt de l’Etat et ceux des citoyens : force est d’admettre leur naturelle divergence, et de tenter de les conjuguer en vertu d’une logique de niveau supérieur.
 
Donc, aucun espoir de succès si le stratège peine à communiquer autour d’une vision simple, accessible à tous, sans subtilité inutile, susceptible d’entraîner le maximum de volonté libres. Aucun espoir de succès non plus sans l’élaboration d’un système d’alliances à faire évoluer dans le temps. Le stratège a besoin de points d’appui pour faire levier. Il est impossible de réformer simultanément le centre et la périphérie, de s’attaquer en même temps à l’Etat et aux collectivités territoriales ; il n’est pas possible de prendre aux uns – même de manière symbolique – sans donner aux autres un avantage suffisamment frappant pour en faire de nouveaux alliés : la baisse des cotisations maladie et chômage en deux temps, en mars et en octobre, a rendu le cadeau deux fois minuscule donc illisible, tandis que la hausse de la CSG en une fois frappait les esprits.
 
Le stratège doit ainsi veiller à faire converger continument le maximum de volontés libres vers sa vision, pôle magnétique de sa stratégie ; et cela suppose un discours clair et intelligible, faisant vivre à tous cette aventure collective que doit être une démarche stratégique. Le stratège doit s’opposer ou contourner les irréductibles, mais il doit surtout veiller en permanence à consolider son système d’alliances, son bien le plus précieux, tout en le modelant de succès en succès. Qu’en ce domaine, le stratège se réfère au maître, Machiavel, qui s’y connaissait bien dans ce jeu d’alliances successives !
Autre contrainte, le propre du stratège est de disposer de moyens limités. Dans le cas contraire, il n’y aurait nul besoin de stratégie. Mais non, il faut choisir et dérouler les actions dans le bon ordre en concentrant les efforts là où leur rendement est le meilleur. Il faut aller à l’essentiel, savoir choisir mais plus encore savoir renoncer, au moins pour un temps. Le stratège ne peut gagner toutes les batailles. Il doit donc déterminer celles qui constituent un système de victoires suffisant en lui-même pour gagner la guerre, c’est-à-dire parvenir à l’ambition fixée. Le stratège doit créer de la pente sous ses pas, parvenir en quelques combats à ce sommet qui l’entraînera au succès par simple gravité. Il doit viser la cohérence : par exemple, s’il concentre les services régaliens dans les grands centres urbains il doit, en même temps, rendre moins couteux et moins ardu le déplacement des territoires vers les villes. L’inverse est perdu d’avance. Aller à l’essentiel, rester cohérent : voilà ce que doit être l’obsession du stratège.
 
Pas de temps à perdre en d’inutiles batailles. Ce dont manque toujours le chef politique, c’est de temps et de capital politique : la plus grave erreur consisterait à les dilapider dans d’inutiles combats, en obscurcissant le projet au point que personne ne le comprend plus et que les barrières se lèvent les unes après les autres. La bataille des cinq euros d’APL est contre-productive, comme l’est celle des quatre-vingt kilomètres à l’heure : de l’énergie, du capital perdu, de nouvelles difficultés qu’il était si facile d’éviter. Qu’il est désespérant de voir un boulevard ouvert au rythme entrainant de l’Hymne à la Joie devenir au fil des jours un champ d’obstacles nouvellement dressés !
 
S’il est encore une qualité indispensable au stratège, c’est la modestie. Il doit savoir qu’il décide en fonction d’une connaissance partielle et imparfaite de la réalité… à laquelle il n’a pas davantage accès que les occupants de la grotte de Platon. Ses décisions reposent sur des hypothèses tant sur les conditions initiales que sur un supposé rapport de causalité entre une décision et ses conséquences. Elles demeurent des paris établis sur une perception de la carte passive mais qui se déploient sur le territoire empli, lui, de volontés adverses dont le seul projet est de le faire chuter. L’espace stratégique est toujours nouveau, hostile par nature. Le stratège devra donc allier la volonté et la persévérance pour faire avancer son projet malgré les obstacles, mais également faire preuve d’adaptation parce que ses décisions vont produire un peu de ce qu’il a voulu mais aussi beaucoup de ce qu’il n’a pas voulu : il faudra bien conjuguer les deux. Toute stratégie qui n’est pas étroitement couplée à la réalité court à sa perte. Savoir conjuguer en permanence, chemin faisant, le délibéré et l’émergent, le projet et les gilets jaunes !
 
La stratégie est un mode de pensée, comme la philosophie. Mais si personne ne sait ce qu’est un bon philosophe, le sens commun distingue sans erreur le bon du mauvais stratège : le second ne "délivre" pas ! Force est de constater qu’en dix-huit mois d’exercice du pouvoir, le socle politique d’Emmanuel Macron, nécessaire à la conduite des réformes majeures, ne s’est pas renforcé : pire, il s’est érodé. C’est un drame tant pour la France que pour les indignés des ronds-points.
La stratégie ne peut être un exercice purement intellectuel : elle part du réel et y revient pour y produire de l’efficacité. Elle est sûrement l’art de la définition d’une ambition puis des voies et moyens pour y parvenir, mais elle est, tout autant, l’art de conduire le projet en étroite interaction avec le réel. La grande erreur du stratège est de penser la stratégie en termes de pure rationalité alors qu’elle est d’abord une histoire d’hommes, donc de passions et d’émotions.

Envoyé par l'auteur, 13 janvier 2019, paru dans Valeurs actuelles
Publié dans Du côté des élites
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Du grand débat... à la grande débâcle
 
Le grand débat s’achemine-t-il vers la grande débâcle ? L’amateurisme et la confusion sont tels, au sommet de l’Etat, que la méfiance entache déjà l’initiative d’Emmanuel Macron, qui devrait débuter le 15 janvier. Conçue il y a un mois, dans l’improvisation de l’urgence, pour répondre à la révolte des Gilets jaunes, cette ouverture à la parole libre semble prendre peur de ce qui pourrait être dit par des Français longtemps bâillonnés. "N’y-a-t-il pas danger à laisser le peuple s’exprimer librement ?", interrogeait la journaliste Audrey Crespo-Mara, lundi sur Europe 1, en recevant Chantal Jouanno, avant que la présidente de la Commission nationale du débat public (CNDP) ne démissionne le lendemain de son rôle d’organisatrice. De fait, le pouvoir semble redouter les effets d’une libération des opinions, actuellement entravées par la pensée conforme et le politiquement correct. Hier, le porte-parole du gouvernement, Benjamin Griveaux, a rappelé l’exigence d’un encadrement, en excluant par exemple la remise en cause du mariage homosexuel (revendication prioritaire qui ressort de la consultation en ligne lancée par le Conseil économique, social et environnemental), mais aussi l’immigration ou la PMA pour toutes. Ce carcan idéologique ne peut qu’être rejeté par des Gilets jaunes, qui remettent justement en cause le jacobinisme, le pouvoir vertical et le fait du prince. De surcroît, le chef de l’Etat a réaffirmé, vendredi, qu’il entendait dès à présent poursuivre, et "plus radicalement", sa politique. A quoi bon dès lors organiser une telle mascarade - une de plus – sinon pour avaliser un agenda officiel prévoyant notamment la poursuite de la politique de transition écologique et la réforme constitutionnelle ?

En réalité, l’Elysée joue un jeu insincère et pervers avec ce débat qu’il désire si peu. Insincère dans la mesure où rien ne vient garantir, pour le moment en tout cas, l’écoute et le suivi des mises en accusation d’un pouvoir hors sol. Pervers avec la mise en discussion, dans l’ordre du jour officiel, du maintien de la taxe d’habitation pour les 20 % des Français les plus riches : alors que le pays se fracture et se laisse envahir par la haine, il y a une sorte de sadisme à montrer du doigt les plus riches, accentuant les ressentiments entre les Français. Toutes ces manœuvres maladroites ont-elles incité Chantal Jouanno à démissionner de sa mission de pilote du grand débat ? La polémique née de son salaire - 14.700 euros bruts par mois à la tête de la CNDP – a sans doute été pour elle un prétexte opportun pour quitter à son tour le Titanic (tout en se gardant de démissionner de sa fonction rémunératrice). Si l’enjeu est bien, notamment, de réconcilier l’oligarchie technocratique avec le peuple oublié et méprisé, il reste désormais à poser également dans la discussion la légitimité des rémunérations de la haute fonction publique, mais aussi la légitimité des recasements amicaux dans les juteuses Autorités administratives indépendantes et autres comités Théodule qui coûtent également "un pognon de dingue", pour reprendre l’expression que Macron avait réservé pour les minima sociaux. Le peuple a suffisamment été berné pour ne plus vouloir s’entendre dire : "Cause toujours, tu m’intéresses".
Paru sur blog.lefigaro.fr/rioufol/, 9 janvier 2019
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Visibilité des marchés de l’Art : l’alliance Art Price-Artron–Cision
 
Histoire de l’obsolescence d’une hégémonie et naissance d’une concurrence.

En ce début de 2019, le marché international de l’art connaît un événement susceptible de modifier en profondeur le système en place. Il s’agit d’une alliance commerciale et stratégique inattendue. Elle a été passée entre trois entreprises fondées sur la création et mise à profit de banques de données. Deux sont spécialisées dans le domaine de l’art, ayant aussi une capacité de vente en ligne — et une troisième répertorie les données de la presse internationale et met en relation les besoins de toute communication avec les médias qui correspondent.
Cette alliance intervient au terme d’une décennie ayant connu une révolution technologique de la communication et un changement des rapports de force géopolitiques. Une rivalité est apparue entre les tenants d’un très haut marché de l’Art mainstream, visible mondialement, seul labélisé "contemporain-international" — et des marchés qualifiés de "locaux", vendant un art dit "identitaire– non-novateur". C’est dans ce contexte que survient un partenariat, inédit entre ArtPrice – Artron – Cision.
 
– ArtPrice, à l’origine de cette aventure, est une entreprise privée française, menée par un personnage hors système et hors normes dont le principal mobile est sa liberté. Thierry Ehrmann est le créateur de la banque de données la plus complète du marché de l’Art mondial. Elle est exhaustive, incluant  à la fois le global art financier et les arts non conformes… ce que l’État français n’a pas fait, à son échelle nationale, puisque son travail d’archivage ne retient que les "officiels conceptuels".
– Artron est une institution de l’État chinois qui depuis 1996 a pour but de promouvoir art et création en Chine, en créant tous les outils nécessaires à l’existence d’un marché non existant sous le régime communiste, dont une banque de données exhaustive, n’écartant aucun courant de l’Art chinois.
– Cision est un Argus de la presse, dont le quartier général est à Chicago, fournissant aux stratèges de l’influence et la communication un service de mise en relation adaptée, avec les médias du monde entier.
 
Un chasseur d’ententes et de monopoles
Thierry Ehrmann est un Robin des bois qui n’aime pas les monopoles et les intermédiaires et leur fait la chasse. Il se nourrit de la bête et libère ainsi "vertueusement" le monde de l’Art de ses prédateurs. En déchiffrant les données de sa banque, il a constaté que le haut marché de l’art global, référencé à New-York, seul visible mondialement, est un marché de l’offre, hors sol, sans concurrence. Il a perçu également que le marché réel, qui est un marché de la demande, est infiniment plus vaste, mais sous-développé pour cause d’invisibilité.
À l’inverse, le marché hégémonique vit d’un réseau international, fortement interconnecté, partageant des intérêts communs, tenant foires, ventes aux enchères, expositions dans musées et galeries internationales. Son modèle économique associe une fonction de marché financier, sécurisé par des collectionneurs opérant en vase clos et un marché de masse commercialisant des objets dérivés arty, sériels, industriels, faisant de l’œuvre à 50 millions de dollars le produit d’appel décliné à tous les prix et formats, de la réplique pour galerie au porte-clefs et t-shirts.
Ce marché doit sa légitimité à sa rentabilité et à ses utilités : plateforme mondaine et d’affaires, occasion d’animation urbaine, touristique et muséale. Ainsi, l’Art Global Financier gagne sa vie en bénéficiant par ailleurs des dons, qui ont l’avantage d’être défiscalisés, de mécènes, sociétés, institutions, et des subventions de certains États. La CIA, qui y joua sa partie, est pour l’heure, missionnée ailleurs.
 
Pour Thierry Ehrmann, c’est un consortium conjugué d’ententes, à sa mesure.
Les données de sa banque lui donnent la primeur de l’information et les moyens d’analyse propres à lui inspirer une stratégie. Ainsi, il est le premier à constater que la Chine est passée en tête du marché de l’art dès 2009, devant l’Amérique. Le fait est peu commenté, les médias font comme si cela n’entraîne aucune conséquence. Thierry Ehrmann comprend qu’il est impensable d’avoir une banque de données à prétention planétaire sans y introduire les données chinoises, difficiles d’accès en raison de l’obstacle de la langue et du mur que constitue "Intranet" isolant la Chine de toute communication numérique avec le reste du monde. C’est ce qui motive fortement son rapprochement avec l’Agence chinoise Artron et son alliance officielle avec elle en septembre 2018.
 
Comme ArtPrice l’a déjà fait pour tous les autres pays, il s’emploie à rendre ses données accessibles au monde entier, en traduisant et en documentant notamment toutes les orthographes des noms propres qui changent d’une langue à l’autre. Pour que ce soit possible, il a fallu bénéficier d’une autorisation unique et exceptionnelle, accordée à ArtPrice, de franchir le mur de l’Intranet chinois. La fluidité de l’information ainsi obtenue a pour conséquence la naissance d’un commerce en ligne d’œuvres d’art, grâce à WeChat (1), par-dessus les frontières, ce dont les Chinois sont familiers notamment pour les achats de luxe.
Art Price, en 2017, avait déjà anticipé cette démultiplication de la circulation de l’information et l’élargissement de la clientèle du marché de l’art, en rendant accessibles ses données, pour partie gratuitement, à tous les amateurs sur leur smartphone, ce qui facilite un marché de la demande, en ligne, sans le filtre des intermédiaires.
 
Mais pour une véritable révolution, l’information brute ne suffit pas, il faut aussi des instruments d’analyse. C’est la nécessité à la quelle ArtPrice répond, créant plusieurs indices, également accessibles, pour décrire ce marché sous ses divers angles.
Il n’est plus nécessaire d’être expert pour déchiffrer le marché et donc le démystifier.
Reste un dernier obstacle à surmonter pour casser le monopole actuel de la visibilité : mettre en rapport les données vraiment mondiales du marché de l’art et la totalité des journalistes et médias du monde entier. C’est chose faite le 26 décembre 2018, par l’accord signé entre ArtPrice et Cision pour créer la première agence de presse mondiale dédiée au Marché de l’Art : Art Press Agency. Cette Révolution de l’accessibilité à l’information bouleverse le contexte : les divers marchés de l’art, qu’ils soient de l’offre ou de la demande, du global ou du local, sont désormais en concurrence.
 
De l’Art Global hégémonique aux arts pluriels en concurrence
Ainsi une autre réalité du marché planétaire apparaît, et l’on constate qu’il ne ressemble pas au marché global-financier, seul visible actuellement. En effet, les Chinois, qui aujourd’hui achètent le plus, ne font aucune discrimination entre les divers courants artistiques. Ils ont porté sur le très haut marché, bien au-dessus du million de dollars, à la fois l’art conceptuel validé à New York et les artistes qu’ils aiment pratiquant un art esthétique dans la suite de l’art. La Chine se trouve être de fait plus représentative géopolitiquement de la vraie diversité de l’art dans le monde que la place de New York.
L’art global-financier qui s’est installé comme référence après l’effondrement soviétique a perdu de son pouvoir provocateur et stupéfiant, malgré ses cotes oniriques.  L’idée de "culture et d’art global" comme fatalité historique est remise en question par beaucoup de pays depuis une décennie. L’art global kitsch apparaît soudain comme le dernier avatar d’une vieille utopie du XXe siècle qui voyait l’art du futur comme étant homogène et unique sur toute la planète.
Cette utopie, née avec la proclamation de "l’Art réaliste socialiste, international et communiste", meurt  avec le "art conceptuel global, international et financier", deux faces de la même pièce de monnaie qui réduit le monde à un matérialisme économique, sensé tout expliquer.
 
(1) Artprice est une des seules sociétés occidentales à posséder un site WeChat réservé aux sociétés de droit chinois qui touche plus de 1,8 milliard d’internautes chinois dans le monde.

Envoyé par l'auteur, paru sur Contrepoints, 10 janvier 2019
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Quel gâchis
 
En 2011 dans le sillage des printemps arabes, spontanée ou suscitée, démarrait la rébellion syrienne. Le but était de renverser le régime baasiste de Bachar el Assad. Personne ne s’en serait mêlé, l’affaire aurait été vite réglée, l’opposition n’étant pas très nombreuse et souvent à l’étranger.
Seulement se constituait une coalition hétéroclite réunissant, Etats Unis, France, Arabie Saoudite, Turquie, et mouvements islamistes sunnites ou salafistes souvent proches d’Al Quaïda, avec en arrière-plan Israël. Le régime baasiste n’était certes pas sans reproche mais il était laïc, et respectait les nombreuses minorités, Kurdes, Alaouites, Druzes, Yézidis et Chrétiens.
 
On est parti pour une guerre fraiche et joyeuse, Bachar el Assad ne devant pas faire long feu, on entend même Fabius, ministre des affaires étrangères français déclarer que "
Bachar el-Assadne mériterait pas d’être sur la terre" et que les mouvements terroristes d’Al Nosra "font du bon boulot". On rappela l’ambassadeur de France à Damas se coupant de toute liaison avec la Syrie.
Mais la Syrie a le soutien inconditionnel de l’Iran et la guerre va durer huit ans. D’autant qu’en 2015 la Russie intervient militairement et sauve le régime.
La guerre aura fait 350 000 morts et des millions de réfugiés, des destructions considérables mais surtout elle aura donné naissance à l’Etat Islamique (EI) qui installe un califat autoproclamé à cheval sur l’Irak et la Syrie. Fondamentaliste, EI massacre, opprime, fait régner la terreur dans les zones qu’il contrôle, détruit une partie des vestiges de l’antique Palmyre et entretient le terrorisme islamiste mondial.
Et au bout de huit ans de guerre, les territoires contrôlés par EI, sont ramenés à peu de chose, ce qui ne veut pas dire qu’EI ayant perdu son emprise territoriale, ne continuera pas à entretenir le terrorisme, en Europe, en Afrique et en Asie.
 
Maintenant le président Trump renonce à être le gendarme du monde et dit qu’il va rapatrier les boys. Les Kurdes qui ont été en pointe dans le combat contre l’Etat Islamique, sont menacés par les Turcs qui les considèrent comme des terroristes, ils vont avoir besoin d’un protecteur. Ce n’est surement pas la France qui remplira ce rôle, pour poursuivre son action militaire elle ne peut se passer des Américains. Les Français vont être obligés en bons vassaux de les suivre. Si bien que les Kurdes sont contraints de faire appel à Bachar el Assad. Voilà la Syrie rétablie dans ses frontières et le régime baasiste maintenu.
 
Quel gâchis, combien de morts, de destructions, de réfugiés pour en arriver là. La France a perdu toute influence dans une zone où elle en avait beaucoup. A moins d’avaler son chapeau, on ne voit pas comment on va rétablir des rapports corrects avec la Syrie et nous avons abandonné notre responsabilité multiséculaire de protecteur des chrétiens d’orient. Cette responsabilité est maintenant assurée de fait par la Russie qui a rétabli sa stature de grande nation, politique et militaire et va rester incontournable au Moyen Orient.
Ce fiasco est dans la lignée de la guerre de Libye, voilà où nous conduit une politique "droit de l’hommiste", bien loin de la réalpolitik qui serait nécessaire.

Envoyé par l'auteur, 11 janvier 2019
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Les Etats-Unis deviennent isolationnistes
 
Une fois de plus, nous allons devoir réfléchir tous ensemble tant je suis loin d’être certain de bien comprendre les conséquences de ce que je suis en train d’écrire.
Le Président Trump vient de dire qu’il allait sortir de Syrie les 20 000 hommes de troupe américains qui s’y trouvent. Il parle aussi de faire revenir au pays au moins la moitié du contingent américain d’Afghanistan, ce qui déclenche une grosse panique chez les chauds partisans du complexe militaro industriel aux USA qui vont tout faire pour l’en empêcher. Mais ceci est une autre affaire.
Ce qui explique peut-être cette décision est l’annonce par les Russes qu’ils auraient mis au point des missiles naviguant à mach 10 et donc complètement 'inarrétables', ce qui veut dire en termes simples que tous les porte-avions américains sont maintenant susceptibles d’être détruits par les Russes en quelques minutes, ce qui ferait mauvais effet.
Et les Chinois qui testent le même genre d’armement ne seraient pas loin derrière.
 
La réalité est donc toute simple ; dans la course aux armements, les Etats-Unis, empêtrés dans des guerres territoriales où ils n’avaient rien à faire et où ils auraient dépensé environ 15 000 milliards de dollars sur les 15 dernières années (excusez du peu), ont laissé tomber la recherche sur les nouveaux armements et donc ne produisent plus les meilleures armes au monde, pour la première fois depuis 1941.
Ce qui fout en l’air toute la stratégie militaire des Etats-Unis qui a toujours été fondée sur une projection de force le plus loin possible des Etats-Unis par l’intermédiaire de ses flottes, toujours organisées autour d’un ou deux porte-avions entourés de bateaux qui les protègent et capables d’abattre tous les missiles qui se dirigeraient vers le porte-avion. Cette stratégie est obsolète, puisqu’aucun missile d’interception américain n’est capable d’arrêter les nouveaux engins Russes.
Conceptuellement, les Russes sont donc maintenant capables de lancer une attaque éclair de "première frappe" qui ne serait pas automatiquement nucléaire mais qui feraient disparaitre tous les points de représailles possibles, sauf les sous-marins, ce qui forcerait les Etats-Unis à faire monter le conflit aux extrêmes, comme le craignait René Girard dans son livre sur Clausewitz et serait un suicide collectif.
 
Devant ce qui est une nouvelle réalité, les autorités américaines ont le choix soit d’essayer d’établir des bases militaires sur le sol même des pays qu’elles veulent contrôler, ce qui est la recommandation des néo-conservateurs américains, soit de se replier le plus vite possible sur le territoire américain en abandonnant toute prétention à un empire, laissant le reste du monde se débrouiller tout seul et donc se défendre tout seul, ce qui semble bien être l’idée de monsieur Trump.
Et puisque la grande idée du Président US est de forcer les entreprises à produire aux Etats- Unis si elles veulent vendre aux Etats- Unis, plutôt que partout ailleurs, il ne voit pas très bien pourquoi il devrait protéger militairement les voies de communications qui permettent aux gens qui produisent ailleurs de vendre aux USA moins cher en bénéficiant de la protection de la flotte US dont ils ne payent pas les coûts. D’une certaine façon, protéger les voies de communication, c’est protéger les concurrents des Etats-Unis sans leur faire payer le cout de cette protection. Une idée que monsieur Trump a toujours trouvé bizarre. Et on ne peut pas lui en vouloir….
 
Si le lecteur accepte cette réalité, qu’est que cela veut dire pour nous, Européens ou Français ?
Essayons de comprendre, ce qui ne va pas être chose aisée.
Commençons par la Méditerranée qui était devenue un lac américain, avec la VIème flotte, basée à Naples, d’où l’on contrôle l’Est, l’Ouest et le Sud de la mare nostrum (Un porte- avions, le Truman, 40 bateaux, 175 avions embarqués, 20 000 hommes), des bases importantes en Turquie, une base anglaise à Chypre, des bases en Iraq et une en Syrie, en Territoire Kurde …). La protection de la flotte américaine aujourd’hui ne vaut plus tripette, la base en Syrie a fermé, les troupes américaines quittent ce pays, ce qui est une défaite incroyable pour leurs alliés Saoudiens et une victoire tout aussi étonnante pour les Russes, les autorités locales en Turquie font toutes sortes de difficultés quand les USA utilisent leurs bases dans ce pays. Reste l’Iraq, qui est bien loin et pas bien sûr. Quant à Israël, voilà un pays qui a d’autres chats à fouetter et où les USA n’ont pas de présence militaire.
Pour être réaliste, le Moyen-Orient est donc passé de fait sous le contrôle des Russes, à partir de Tartous et de Vladivostok en raison de la révolution technologique dans les armements à laquelle la Russie vient de parvenir.
Inutile de dire que monsieur Erdogan a compris de quel côté sa tartine était beurrée et qu’une nouvelle alliance Turco-Russe pour contrôler l’Iran et l’Europe se dessine à l’horizon, ce qui serait un peu le mariage de la carpe et du lapin et ressemblerait fâcheusement au pacte Ribbentrop -Molotov de sinistre mémoire.
 
Il me semble que l’on peut dire aujourd’hui que l’idée de l’ex Président Sarkozy que la France rejoigne le commandement militaire de l’Otan pendant son mandat sans rien obtenir en échange est de la même qualité que sa décision de ne pas respecter le vote des français et de nous imposer la Constitution Européenne rédigée par cet autre grand désastreux monsieur Giscard sous le nom de traité de Lisbonne.
La bonne nouvelle est que les marines nationales italiennes et françaises vont sans doute pouvoir faire la police au large de la Lybie sans avoir à en demander la permission aux USA, et donc contrôler les flux migratoires, ce qui leur était interdit par les US depuis longtemps, mais va peut-être être autorisé, aux Italiens en tout cas.
Hélas, l’Espagne gérée par le Mélenchon local reste grande ouverte, quoique Vox soit en train de monter en force.
Mais imaginer le Président Français donner cet ordre à la marine française implique un changement dans la compréhension du monde de monsieur Macron, ce qui n’est pas gagné d’avance compte tenu de la remarquable capacité du personnage à ne rien comprendre au monde réel. On pourrait dire de monsieur Macron ce que Raymond Aron disait de Giscard : "Un homme brillant (?), qui ne sait pas que l’Histoire est tragique"
 
Venons-en au Nord de l’Europe, beaucoup plus important.
Ayant perdu la maitrise des mers qui était la leur jusqu’il y a peu, les USA ont immédiatement dénoncé le traitement de limitations des armes nucléaires qui les liaient à la Russie et il ne pouvait pas en être autrement, puisqu’il leur faut rétablir des sites de missiles nucléaires mobiles sur terre et non plus sur mer.
Mais les autorités allemandes en la personne du ministre des affaires étrangères ne l’entendent pas de cette oreille et ont fait savoir que c’était hors de question. Donc, non seulement les allemands ne veulent pas payer pour leur défense mais ils ne veulent pas que cette défense soit organisée à partir de leur territoire et on les comprend. Et en plus, le gaz qui permet à leur industrie de tourner vient de … Russie.
Quant aux Anglais, ils ont pris la décision de quitter ce bateau qui coulait il y a déjà deux ans et voilà qui ne va pas les inciter à revenir.
Bref, la nouvelle donne stratégique va couper l’Europe en deux, entre ceux qui vont se dire autant être protégée par les Russes (les Allemands) et ceux qui voudront continuer à être protégés par les USA du style du groupe de Visegrad.
Et c’est peut-être à ce moment-là qu’il nous faut nous souvenir du mot de Lord Palmerston, le premier ministre Conservateur en Grande-Bretagne au XIX ème siècle : "Les Nations n’ont ni amis permanents, ni alliés permanents. Elles n’ont que des intérêts permanents qu’il appartient au gouvernement de défendre".
 
Jusqu’à maintenant, je n’ai fait qu’un état des lieux.
A partir de maintenant je vais faire des hypothèses et donc je vais passer des faits a des conjectures, ce qui veut dire que j’ai de bonnes chances de me tromper.
Si mon analyse est la bonne, quel est l’intérêt des USA aujourd’hui ? Avant tout, et dans la vieille tradition de la diplomatie britannique empêcher une alliance russo-germanique qui dominerait sans difficultés l’Europe. Comment empêcher ce qui semble inévitable à tout observateur de bon sens ? La réponse est : en se rapprochant à toute allure du groupe de Visegrad, résurrection moderne de l’empire austro-hongrois dont on oublie trop souvent qu’il comprenait l’Italie du Nord pendant très longtemps, et lui offrir la protection militaire dont les Allemands ne veulent plus. C’est ce que monsieur Trump a annoncé lors de son voyage en Pologne dans le discours qu’il a prononcé à Varsovie.
Et pour casser le libre passage de l’Allemagne au travers du groupe de Visegrad, le plus simple serait de casser l’euro, en se servant de l’Italie comme Cheval de Troie.
 
Pour faire bref, l’euro était utile aux Américains tant que les Allemands acceptaient les missiles américains sur leur territoire. Comme ils refusent de payer les USA pour leur défense, qu’ils refusent que l’on mette les nouveaux missiles sur leur territoire et qu’ils continuent à acheter le gaz russe, on peut vraiment se dire qu’aux yeux des hommes qui décident aux USA, l’Allemagne est en train de devenir un danger car l’alliance de l’Allemagne avec la Russie serait une vraie catastrophe qui forcerait les USA à quitter l’Europe aussi vite qu’ils vont quitter le Moyen-Orient.
Comme l’a écrit Kissinger dans son grand ouvrage, parfaitement rasoir d’ailleurs sur la diplomatie, "Pauvre Allemagne, trop petite pour le monde, et trop grande pour l’Europe". Pour les USA, il est sans doute nécessaire aujourd’hui de rappeler à l’Allemagne qu’elle est ‘trop petite pour le monde' une fois encore. Si donc l’Allemagne continue à refuser les conseils "amicaux" des États-Unis, la meilleure façon de la (re)mettre au tapis, c’est tout simplement de la ruiner, ce qui limiterait l’intérêt des Russes, en demandant aux Italiens de faire le sale boulot en sortant de l’euro, tout en collant les missiles en Pologne ou en Tchéquie de façon à casser le continuum territorial entre l’Allemagne et la Russie, au cas où….
 
Et où tout cela laisse t’il la diplomatie française, si tant est qu’une telle chose existât encore ?
Bonne question du lecteur qui y aurait pensé et à laquelle je n’ai pas de réponse. Jamais, et je dis bien, jamais, la diplomatie française n’a poursuivi avec tant de constance des chimères dont tout le monde -sauf elle- voit bien qu’elles sont complétement inadaptées à la situation actuelle de l’Europe et du monde. Reparler d’une communauté européenne de la défense (CED) qui a échoué ignominieusement en 1954, après un refus du parlement français, c’est vraiment du grand n’importe quoi…
Mais comment voulez-vous qu’un pays qui ne contrôle ni sa monnaie, ni son taux de change, ni son budget, ni ses frontières ni l’immigration qu’elle subit et qui est en état de cessation de paiement si la BCE cesse d’acheter des obligations françaises ait une diplomatie indépendante ? La diplomatie française est à peu près aussi crédible que celle du Venezuela ou du Zaïre.

Comme je ne cesse de l’écrire depuis trois ans, nous sommes en train de rentrer à toute allure dans des temps révolutionnaires et un proconsul nommé par la Commission Européenne est au pouvoir en France. Dans cette optique, les gilets jaunes sont peut-être le début de la révolte qui permettra à la France de retrouver son indépendance et donc à terme une diplomatie, une vraie. Le chemin sera long et difficile, mais nous en avons vu d’autres.
"Allez la France, allez", comme on dit au Rugby, sport que monsieur Macron n’a jamais pratiqué.
La France est aujourd’hui sur les ronds-points et nulle part ailleurs, comme elle était à Londres en 1940.

Paru sur institutdeslibertes.org, 7 janvier 2019
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Derrière “Je suis Charlie”, la vraie nature de notre époque
 
"Je suis Charlie." C'était il y a quatre ans, c'était il y a mille ans. Des millions de gens défilaient dans la rue pour défendre la liberté de pensée, d'opinion, d'expression ; pour défendre cet esprit d'irrévérence, d'insolence, si français, mélange de gouaille populaire (Gavroche) et de goût du bon mot hérité des salons aristocratiques (Voltaire) qui fait reconnaître - apprécier ou détester - un Français à n'importe quel endroit de la planète.
 

Charlie Hebdo est plus précisément l'héritier de la presse anticléricale du début du XXe siècle, de L'Assiette au beurre et autres feuilles qui se déchaînaient contre la soutane. L'arrivée d'un islam de plus en plus visible en France a suscité une réaction inévitable. Les bouffeurs de curés sont devenus - aussi - des bouffeurs d'imams. Les blasphémateurs qui moquaient Jésus ont aussi moqué Mahomet. On sait comment cela a fini.
"Je suis Charlie" était, sous une forme publicitaire, une manière de dire qu'on voulait perpétuer cette gouaille gauloise. Tout le monde semblait d'accord. Cette unanimité - à part quelques exceptions chez les jeunes musulmans de banlieue - aurait dû nous mettre la puce à l'oreille. Nous alerter. On aurait dû se méfier.
 
Dès le début, les garde-fous étaient posés par nos élites bien-pensantes : je suis Charlie, certes, disait-on, mais "pas d'amalgame". Les deux slogans se répondaient, se complétaient. On croyait que l'un nuançait utilement l'autre - pour que la critique légitime de l'islam n'englobe pas une attaque personnelle et "raciale" des musulmans. On se trompait. C'était bien toute critique de l'islam qu'on voulait interdire au nom de la protection des musulmans. Le "pas d'amalgame" devint le paravent du rétablissement sournois du délit de blasphème. Les médias et les juges se chargeraient de la besogne.
Mais l'islam n'était pas le seul intouchable. D'autres vaches sacrées étaient érigées. Les femmes, les homosexuels, les migrants. La vague devenue d'Amérique avec #MeToo faisait de la femme une icône sacrée. Tout homme était un violeur en puissance. Ou pouvait être dénoncé comme tel. Pour une plaisanterie de mauvais goût, une drague un peu lourde. Une goujaterie. En quelques mois, on était passé de "Je suis Charlie" à "Balance ton porc". De l'irrévérence à la révérence. De la gaudriole au puritanisme néoféministe. Un chroniqueur qui avouait benoîtement qu'il était, comme l'énorme majorité des hommes, plus attiré par les jeunes femmes que par leurs aînées était cloué au pilori médiatique.
 
L'époque révélait sa profonde nature. Elle serait puritaine. Les nouveaux curés n'officiaient pas dans les églises : ils prêchaient sur les plateaux télé ou sur les réseaux sociaux. Ils étaient journalistes, associatifs, acteurs, chanteurs, animateurs TV. Et leur inquisition serait bien plus implacable que celle de leurs devanciers. Ils disaient "Je suis Charlie" et réclamaient toujours plus de lois contre les "fake news", contre "la fachosphère", contre les "porteurs de haine". Tartuffe était plus puissant que jamais.
Paru dans Le Figaro Magazine, 11 janvier 2019
Publié dans A tout un chacun
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Adossée à des fondamentaux politiques avérés. Magistro, une tribune critique de bon sens, raisonnée et libre, d'information civique et politique.

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