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Nouveau plan-banlieue : le retour des années 80
 
Pour Emmanuel Macron, protéger l’emploi c’est détruire le code du travail et privatiser les services publics. Et dans son monde, œuvrer pour la paix c’est apporter un soutien inconditionnel à la gendarmisation du monde par les Etats-Unis et à leurs interventions. En fait, Macron est une sorte de réincarnation de Thatcher et Reagan à lui tout seul. Son monde, c’est celui des années 80 et c’est donc naturellement  à Jean-Louis Borloo qu’il s’est adressé pour un plan banlieue, sans doute après avoir hésité à consulter Bernard Tapie ou Roland Castro.
Et il faut reconnaitre que dans le genre Retour vers le futur, on n’est pas déçu en découvrant les propositions du célèbre avocat d’affaires qui vient de remettre son rapport à Matignon : création d’un fond de 5 milliards d’euros (ça ne coûte rien, dit-il, puisque cet argent sera prélevé sur les bénéfices des privatisations), création de Maisons Marianne (associations subventionnées de soutien aux femmes actives dans la vie du quartier), investissement d’un milliard d’euros dans le développement du RER, amélioration substantielle des statuts et salaires des travailleurs sociaux sur place, création d’une Cour d’équité territoriale pour punir les dirigeants qui ne feraient pas assez pour les banlieues, financement de coachs d’insertion par le sport, de campus numériques (pour des raisons restant secrètes, les banlieues auraient évidemment un avenir numérique majeur précise l’expert), plans de formation, emplois francs, petit-déjeuner gratuits, académie des leaders (sorte d’ENA réservée aux étudiants de banlieue), développement et relance de l’apprentissage, dédoublement de classes à l’école, etc. 

Dans cette énumération se retrouvent toutes les vieilles recettes des années 80 qui ont transformé les banlieues en enfer après les avoir fait passer par la case émeutes en 2005. La question est donc de savoir si nos dirigeants sont aveugles ou de mauvaise foi.
Le premier non-sens de ce plan est son absence de bilan qui aurait dû servir à la formulation d’une problématique, puis à l’élaboration d’une stratégie. Au lieu de cela, on nous sert les misérables tartes à la crème du Retour de la République, de la Transformation des territoires perdus en territoires gagnants ou encore de la Lutte anti-apartheid (Marc Vuillemot, maire de la Seyne sur mer, incontestable champion avec son imbattable : Inverser notre réalité et refaire République). Cette absence de cap, inadmissible à ce niveau de dépenses, se vérifie dans l’éparpillement des mesures préconisées et leur entassement sans objectif ni même une seule direction commune. C’est sans doute une modernité absolue – voire de l’art contemporain – que d’annoncer un plan de 48 milliards d’euros sans énoncer ni constat, ni objectif à atteindre.

Le deuxième non-sens de ce plan est de penser encore en 2018 qu’en arrosant les habitants avec de l’argent public par le biais de travailleurs sociaux, de coachs sportifs, d’éducateurs de rue ou d’associations en tout genre (ordinateurs, grands frères ou femmes émancipées), on résoudra un problème que l’on n’a même pas énoncé. L’idée d’acheter la paix sociale à coup de subventions est séduisante car elle calme la douleur, mais elle ne donne à terme que de très mauvais résultats : pour preuve, on en voit aujourd’hui le résultat. 

Le troisième non-sens du plan est cette obstination à ne pas connaître la réalité de l’école : le problème n’est pas de financer un dédoublement de classes ou de nouvelles ouvertures, mais de trouver des enseignants. On ignore donc encore dans les allées du pouvoir que l’école a été mise dans un tel état depuis ces années 80 que non seulement plus personne ne veut y travailler, mais encore que les rares candidats aux concours d’enseignants (donc dotés d’un bac+4) sont d’un niveau trop faible pour être recrutés en nombre suffisant. Sans parler de la proposition écoeurante de mépris de créer une ENA pour la banlieue – idée très justement dénoncée par Rachida Dati d’un côté et Malek Boutih de l’autre, les propositions du rapport concernant l’enseignement sont d’une naïveté qui frise l’incompétence, notamment lorsqu’il est question d’apprentissage alors que le collège unique obligatoire le rend quasiment impossible parce que l’autorisant beaucoup trop tard et dans des conditions trop contraignantes. Que dire également de ces hypothétiques cités éducatives, nouveaux gros machins souhaités par Borloo, quand les acteurs de terrain savent parfaitement que la petite taille d’un établissement scolaire (deux ou trois cents élèves maximum) est un atout important pour sa réussite. 

Cet amateurisme navrant pourrait prêter à sourire si les dépenses et l'enjeu n’étaient pas de poids. Ce qui rend ce plan réellement dangereux pour les banlieues mais aussi pour la nation, c’est le refus de comprendre que le pire mal dont souffrent ces quartiers périphériques est le sentiment profond de la disparition de l’Etat. Et lorsque l’Etat recule, c’est la loi du plus fort qui avance, depuis la cour d’école jusqu’à la cage d’escalier. Ecole, sécurité, justice ou transports, ce n’est pas la République qui est en cause mais l’Etat, et sa disparition est sans doute une des raisons de l’islamisation de ces quartiers qui se tournent naturellement vers d’autres autorités. A ce titre, cynique et révoltante est la proposition de financer des mesures par l’argent des privatisations, donc par la vente des services publics et du retrait de l’Etat, puisque c’est précisément de cela dont ces quartiers ont un besoin absolu. Et quand, de plus, le plan propose d’encourager la co-production de sécurité, alors on est partagé entre le dégoût et la colère. A fortiori dans ces quartiers, la sécurité des biens et des personnes doit être exclusivement dévolue à la police nationale et à la gendarmerie, et pas à des vigiles, ni à de la police municipale, ni à des grands-frères, et encore moins à des associations religieuses comme cela s’est produit en 2005. L’Etat doit au contraire être très présent car il doit être vu pour exister. Dans ces quartiers, ce n’est pas de mots et de gargarismes républicains dont les habitants ont besoin, mais de la présence permanente et visible d’une police qui assure la tranquillité des gens et le respect de la loi, d’une justice rapide et ferme qui neutralise durablement les fauteurs de troubles, d’une école dont les cours se déroulent pacifiquement dans des niveaux homogènes (actuellement interdits par le ministère), et de transports dans lesquels on puisse rentrer tard la nuit si on est une jeune femme. Tout cela est faisable à moindres coûts mais suppose de ne plus traiter ces pauvres banlieues à travers des prismes idéologiques.
Le premier droit de tout citoyen dans un pays comme le nôtre devrait être de vivre en sécurité avec ses enfants et de bénéficier de services publics en bon état de marche. C’est du refus par l’Etat de leur accorder ce droit que les banlieues souffrent en premier lieu. Finalement, en lisant ces propositions, on en perçoit le seul objectif, et on comprend qu’il n’ait pas été annoncé : avoir la paix pour quelques années encore. 

Envoyé par l'auteur, paru sur causeur.fr, 30 avril 2018
Publié dans Du côté des élites
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COREE et COREE : premier round                                             
 
Voilà… C'est fait : le premier pas est accompli.
La diplomatie silencieuse (la vraie diplomatie) a fait son œuvre. Le lassant désir de transparence permanente imposée par les médias a été habilement contourné. Des dizaines de types en costume sombre et cravate ont pris des dizaines d'avions munis de passeports diplomatiques, pour se rencontrer dans des lieux calmes et discrets, afin de discuter de choses sérieuses. Cela a pris du temps, beaucoup de patience, et la nécessité d'un vocabulaire commun.
Les deux Corées rebâtissent un début d'univers partagé. Cela prendra du temps, beaucoup de patience, et il n'est pas certain que cela réussisse. Mais le plus important est l'acquisition de cette plateforme commune d'intérêts, sans l'intervention de puissances extérieures, même si elles sont très "puissantes", ou même si elles influencent en sous-main. Cette bonne perspective a émergé de la calamiteuse Conférence de Vancouver, en Janvier, où aucune des Corées n'avait été conviée : sa conclusion fût que seules les deux nations concernées pouvaient trouver une solution commune satisfaisante pour tout le monde. Ensuite, il y a eu le bienfaisant intermède des Jeux Olympiques d'hiver, où sous couvert d'amusement sportif, les premières rencontres opérationnelles ont pu se dérouler. Les représentants respectifs de Monsieur Kim et de Monsieur Moon ont pu mesurer leur capacité à s'entendre. (1)
 
Lors de ses délires nucléaires – tout à fait volontaires – Kim Jong Un a atteint son premier objectif : se faire connaître, se faire respecter lui et son Etat ; faire savoir au monde qu'il n'était pas "un tigre de papier" mais un chef à la tête d'une nation armée et disciplinée. "Faire peur" est un moyen comme un autre de s'imposer en politique. Le second objectif était d'accéder à une reconnaissance non plus symbolique mais réelle et juridique : l'établissement de l'armistice de 1953 et de la frontière du 38ème Parallèle, lors de l'arrêt des hostilités entre Occidentaux et Communistes a laissé "béante" la question de la Paix entre les deux espaces délimités par l'autorité internationale. Il est donc temps de remédier au vide douloureux. Tel est l'enjeu actuel.
La Corée du Nord est désormais le symbole le plus pur de l’État communiste (maintenant que Cuba s'est engouffré dans la brèche monétariste et que la Russie et la Chine pratiquent des politiques alternatives). A ce titre, elle représente une vision autoritaire du pouvoir pour le bien du peuple, mais également dynastique (ce qui est paradoxal). Après trois années de guerre et 2 millions de morts, la péninsule devait revivre, quelle que soit la forme de son gouvernement. L'option communiste au nord, celle libérale et capitaliste au sud, représentent à elles deux le dilemme le plus pathétique de notre époque trublione et remuante à l'excès.
 
Maintenant, l'ambition du jeu sera d'établir une situation "gagnant-gagnant" : l'inquiétude de la zone Pacifique dans son ensemble et sa diversité, a été et reste très grande : il n'est pas question d'avancer davantage vers une déstabilisation. Tous les proches voisins des Corée ont atteint des niveaux d'alarme peu vivables sur le long terme. De l'Australie au Japon de Singapour au Philippines, les essais nucléaires et la politique extrêmement menaçante de Kim Jong-Un ont engendré la panique.
C'est là que le clan des "grands frères" communistes intervient : la Chine d'abord, et la Russie (toujours soviétique) sont intervenu afin de modérer les ardeurs agressives ; les enjeux économiques et financiers sont d'importance. Surtout pour la Chine du président Xi, dont les plans de conquêtes économiques sur Zone Pacifique et dans le reste du monde ne doivent pas être contrecarrés par un allié irresponsable. La Russie, grande pourvoyeuse de moyens et de procédés de gestion sociale, a également désiré affermir son rôle de modératrice. Donc, côté Corée du Nord le contexte est bétonné.
 
En face, Donald Trump n'a pas tort lorsqu'il affirme que se sont ses "coups de gueule" qui ont déclenché le cheminement vers l'apaisement : si on a bonne mémoire, en 1994, Bill Clinton, alors président des Etats Unis, finit, au terme de discussions interminables, par arracher un Accord à l'ultra tyrannique père du Kim actuel : lequel promet d'abandonner son programme nucléaire militaire en échange d'une aide économique civile. Sous couvert de cet Accord, la Corée du Sud, le Japon et d'autres Etats fournirent deux petits réacteurs nucléaires civils et une aide de plusieurs milliards de dollars. Clinton affirma naïvement "c'est un bon accord qui assurera une meilleure sécurité à tout le monde et permet à la Corée du Nord de se développer". Monsieur Kim ne démantela rien du tout et empocha les dollars. (2)
. Ensuite, George W. Bush tenta d'être plus sévère, et enclencha sans succès de nouvelles négociations ; la réponse, en 2006, fut le premier essai nucléaire. Tout le travail de l'administration Obama fut de ralentir au maximum les effets dévastateurs de cette politique, alors que Chine et Russie épaulaient leur allié nord-coréen.
 
Maintenant qu'il a acquis sa notoriété internationale et conforté sa réputation, Monsieur Kim veut passer à une solidification économique, et sans doute tenter de rendre son système social moins épouvantable. Pour cela il doit "s'ouvrir au monde", trouver des liens financiers nouveaux, utiliser des modèles sociaux occidentalisés ; il les connaît bien, puisqu'une grande partie de sa jeunesse s'est déroulée en Europe et aux Etats Unis. Il en connaît les qualités et les défauts.
Il ne faut surtout pas songer à une réunification. L'hypothèse est absurde. Sur quelles bases pourrait-elle exister ? Aucun des protagonistes ne le souhaite, ni aucun des deux peuples. Les deux systèmes, tels qu'ils existent, sont aux antipodes l'un de l'autre. Tout au plus, une coopération, ciblée sur des domaines précis serait appréciée par les deux parties.
Peut-être la rencontre en Juin avec Donald Trump n'aura-t-elle pas lieu ? Peut-être sera-t-elle catastrophique ? Trump ne démordra pas d'une dénucléarisation totale, et Monsieur Kim revendiquera la disparition des bases armées nord-américaines les plus proches de ses frontières. Néanmoins les professionnels de la diplomatie misent sur une pacification bilatérale. Un modérateur a été introduit dans ce dialogue effervescent : le représentant sud-coréen ; lui seul peut comprendre le point de vue des deux parties. L'aboutissement logique idéal serait, près de 70 années après l'armistice séparatiste, la signature d'un véritable traité de paix et l'abandon de l'opaque et douloureuse frontière militarisée.
Mais la route est encore longue. Quelle est la part de sincérité ou d'hypocrisie ? De strict calcul opportuniste et de véritable désir de paix ? Faut-il miser sur un remarquable coup de théâtre (ou d'accélérateur) commis par deux interlocuteurs imprévisibles ou un enlisement dévastateur ?
 
Finalement, la vraie question est : au bout d'un siècle de batailles, d'affrontements terrifiants, de heurs irrémédiables, la version communiste-collectiviste du pouvoir et de la société peut-elle être compatible avec celle de la société libérale-capitaliste ?
L'enjeu des rencontres des deux prochains mois, de ces sourires et poignées de mains, de ces accolades et tables rondes, est mondial. Et en quelque sorte philosophique. Il nous concerne tous, présente une résurgence des périls nucléaires que l'on croyait pourtant évanouis à jamais, et pèsera également sur le devenir de l'Europe, car désormais tout est lié.

Envoyé par l'auteur
(1) Les rencontres politiques et diplomatiques discrètes sont  un rituel des Jeux Olympique. Cela a commencé il y a longtemps, bien avant la 2WW. Mais c'est surtout à partir de 1948 que cet aspect s'est développé : afin de prouver au monde qu'ils existaient toujours et que la Paix était vraiment acquise, les Européens et le Comité International ont rétabli très vite la tradition olympique. Les Britanniques reprirent le flambeau en 1948, puisque les Jeux de 44  y avaient été impossibles. A la recherche d'une capitale européenne  neutre, non touchée par la guerre et ses bombardements (ni non plus dans un pays à gouvernement fasciste), Helsinki en 1952, capitale de la Finlande fut plébiscitée. C'est là que les Nord Américains et les Soviétiques se rencontrèrent pour la première fois dans ce contexte de Guerre Froide. L'évènement très symbolique en fut aussi les 3 victoires d'Emile Zatopek, brillant représentant du monde de l'Est alors que les USA remportaient le plus grand nombre de médailles.
(2) Le même type d'arrangement fut conclu avec l'Iran (et l'Irak), ce qui autorise le Président Trump à les menacer de la même manière, même si la situation au Moyen Orient est très différente et surtout beaucoup plus complexe.
Publié dans De par le monde
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Migrations : "l'impératif du développement" (1)
           
Durant plusieurs décennies les pays anciens colonisateurs puis les agences spécialisées dans l'aide au développement (Nations unies :PNUD, FAO, la banque mondiale et ses dérivés, banque africaine pour le développement, banque asiatique, interaméricaine,… etc ) ont beaucoup tenté  avec des résultats contrastés pour inclure les pays du " tiers monde " à rejoindre le peloton des pays industrialisés. La combinaison d'une certaine " aid fatigue", de l'arrivée de pays plus offensifs moins complexés dans la conquête de marchés extérieurs (Chine, Inde, Bresil,… etc. semblaient avoir mis au placard la notion d'aide internationale au développement ; pis la crainte de l'arrivée de masses incontrôlées de migrants en provenance de pays tiers, non européens conjuguée avec la montée du terrorisme international, islamiste en particulier, ont incité les dirigeants européens en particulier à "resserrer les boulons", à mieux contrôler les frontières extérieures de l'Union avec différents instruments (FRONTEX, NAVFOR pour les contrôles en mer et aux frontières terrestres, accords avec les pays de "transit " Turquie, pays du Maghreb,… etc.). Et puis ces dirigeants ont réalisé que s'attaquer aux maux de l'émigration de masse à la source serait peut-être plus efficace, quoique moins "glamour" et plus complexe que le transbordement, un geste généreux, de familles de migrants de frêles embarcations sur les bateaux de surveillance maritime qui va leur permettre d'accéder "au rêve européen". Cependant ce retour "aux sources " ne pourra plus s'effectuer dans les mêmes conditions que celles d'il y a un demi-siècle, celle de la coopération " bon enfant " menée par des "experts" mélangeant paternalisme et esprit de repentance sans ou avec peu d'implication des populations locales.
 
Les migrations de toutes sortes ont existé de tout temps
On ne répètera jamais assez que les migrations de toutes sortes, animales, végétales, virales et naturellement humaines ont existé de tout temps et qu’elles continueront dans l’avenir. Elles sont parfois cruelles, comme par exemple les colonisations de certaines espèces végétales, animales, humaines, conduisant à la réduction, voire à l’élimination des espèces ou des populations "indigènes", sans oublier les souffrances endurées pendant toute migration ; mais aussi l’espoir de trouver un espace plus propice à l’épanouissement ou à la survie de l’espèce, du groupe humain (émigration des juifs en Terre Sainte), exode ethnique (migration des éleveurs nilotiques vers les pays bantous de l’Afrique des Grands Lacs), migration sociale (50 millions  de migrants européens, pour des motivations économiques, principalement, vers les Etats-Unis au 19ème  siècle et au début du 20ème par couches successives,… etc., migrations temporaires (fréquentes par tradition dans les pays africains, par besoin économique tels les saisonniers espagnols dans les vignobles français, les "braceros" mexicains aux Etats- Unis,… etc.
 
L’implantation de nouveaux arrivants sur la terre d’accueil entraîne presque toujours des tensions, le migrant quel qu’il soit étant souvent le bouc émissaire qui sert d’exutoire à des peurs, parfois réelles mais le plus souvent imaginaires ou amplifiées, souvent montées en épingle et exploitées par des politiciens peu scrupuleux (Émeutes d’Aigues Mortes, à la fin du 19ème siècle et début du 20ème contre les ouvriers italiens accusés de "voler le pain" aux Français, grèves des ouvrières dans les usines d’armement contre les travailleurs kabyles en 1917).
La peur de l’étranger peut aussi faire échouer un projet politique : le rejet du projet de Constitution européenne est dû en partie à la crainte du "plombier polonais" et de façon plus générale à la hantise de l’invasion du marché du travail en France par une main d’œuvre à bas coûts, migrant de ses pays d’origine, fraîchement entrée dans l’Union Européenne sans que toutefois, des mesures de mise à niveau préalables de ses économies respectives aient été prises. Les mesures de transition, si elles avaient été adoptées comme celles appliquées en leur temps à l’Espagne et au Portugal, auraient très probablement ôté un argument à ceux qui ont utilisé la peur du "plombier polonais" pour atteindre leur propre but politique (des enseignants craignaient de perdre leur poste parce que, me disaient-ils "l’Education Nationale était prête à engager des enseignants provenant d’Europe Centrale à salaire moitié moins élevé que celui de leurs homologues français !") mais là, l’Europe a payé le prix de l’impatience de Berlin via le Commissaire à l’élargissement de l’époque Verheugen, qui a précipité l’adhésion des pays d’ Europe Centrale dans l’Union Européenne afin que les industriels d’Outre Rhin puissent accéder en force à ces marchés voisins et prometteurs.
 
A l’inverse, les sociétés d’accueil passent souvent sous silence les apports économiques, culturels, militaires (soldats d’Outre-Mer engagés dans les guerres de l’Empire puis de la République) liés à toute migration avec des retombées qui bénéficient aussi aux pays d’origine : les "remittances" des travailleurs émigrés qui permettent d’améliorer le niveau de vie de ceux restés au pays avec des effets pervers parfois comme la montée des prix des denrées alimentaires et des logements dans les dits pays (à titre d’exemple, près de 30 % du PIB du Mali provenait de l’immigration).
 
Les migrations sont complexes que ce soit dans leurs causes, leurs facteurs déclencheurs et leurs impacts
Plus qu’auparavant le phénomène migratoire doit nous faire prendre conscience de sa complexité, de sa discontinuité et de son évolution dans le temps : ainsi le continent Europe, longtemps pourvoyeur d’émigrants en solde net – la France constituant un cas à part même si des Français, des Bretons et des Basques en particulier ont émigré - mais une immigration lente et continue en a fait un espace "sous perfusion d’immigration" depuis deux siècles environ, avec quelques "pics" lors des guerres en particulier. L’Italie connaissant des migrations internes du Mezzogiorno vers le nord au cours de la seconde moitié du 20ème siècle et l’Allemagne comptant plus de 10 millions de réfugiés de l’Allemagne de l’est, sous domination soviétique ou de territoires anciennement allemands pris par la Pologne communiste, puis d’Allemands revenant des ex-Républiques soviétiques (cas des Allemands de la Volga, déportés avec d’autres minorités comme les tatars et les juifs par Staline vers la République du Kazakhstan). Puis l’Europe devient une terre d’immigration avec la combinaison d'une part d’un déclin constant de sa natalité qui ne pourra plus à terme, et dans ces conditions, assurer le renouvellement de sa population ni maintenir son "modèle social", et avec d’autre part et à l’inverse une explosion démographique sur le continent africain, dans les pays d’Afrique subsaharienne et dans les pays du Sahel en particulier
(les projections d'augmentation des populations sont édifiantes : si les flux migratoires représentent 3 % environ de la population mondiale – entre 2000 et 2015 on a dénombré  240 millions de personnes déplacées dont 60 millions hors de leur pays d'origine - les flux migratoires pourraient exploser d'ici 2050, conséquence d'une démographie incontrôlée dans les pays sahéliens en particulier ; certaines projections estiment à quelques 200 millions de sahéliens qui pourraient migrer vers d'autres cieux d'ici 2050 ! ; source conférence donnée par l'auteur à Montpellier à l'Assemblée générale des anciens fonctionnaires des institutions européennes AIACE, avril 2016). Un différentiel culturo-religieux fort entre d’une part la majorité des populations qui émigrent de souche africaine, jeune et en majorité de religion musulmane et d’autre part des sociétés des pays d’accueil caractérisées par une population vieillissante, de souche européenne, et de religion en majorité judéo-chrétienne (avec une partie athée non négligeable et une augmentation notoire de la partie de la population d’ascendance arabo-africaine et de religion musulmane en majorité ou se réclamant de cette dernière).
L’un des impacts, longtemps minimisé ou exploité par certains groupes xénophobes, est celui d’une modification de la "volonté de vivre ensemble" qui fait la Nation selon Ernest Renan, en un "compromis de cohabiter bon gré mal gré".
La combinaison potentiellement explosive des peurs de segments de plus en plus importants des populations d’accueil, leur expression par les votes populaires avec par ailleurs, l’utilisation par des minorités actives de la religion musulmane (ceux pointés du doigt de façon réductrice: les salafistes) à des fins de révolution politique et de renversement des régimes "impies" y compris ceux de la majeure partie du monde musulman contemporain, pourrait résulter en une multitude de situations chaotiques ici et là, à commencer par l’Europe. Les valeurs de cette dernière (système démocratique, état de droit, droits de l’homme, libertés individuelles,… etc.) pourraient voler en éclats y compris dans des pays non-européens où certaines de ces valeurs sont partagées, du moins en partie. Ces pays, africains en particulier ont pris la mesure, à des degrés divers, du danger qui les guettent eux aussi ; ils entrent progressivement dans un dialogue où la nécessité du développement avec les pays européens revient à l'ordre du jour ;
(Pendant mon enseignement en 3ème cycle sur le monde arabe à Sciences Po Paris de 1985 à 1994 je commençais mon cours par une phrase que feu le Président Boumedienne aurait prononcé en 1967 : "aucune bombe atomique n’arrêtera les masses affamées du Sud attirées par les riches pâturages du Nord").
 
Se pose alors la question d’une ouverture certes généreuse à "toute la misère du monde", une intention respectable mais qui atteindrait des buts opposés à ceux recherchés y compris en matière de partage et de fraternité universelle.
Dans ce contexte : le développement local "revisité" devient un impératif.
Discrédité par ses faibles résultats, liés à une mauvaise appréhension des problèmes locaux et aux pratiques des interlocuteurs locaux ("c’est une affaire de Blancs, qu’ils s’en chargent complètement…"), une nouvelle approche dans la prise en compte de "l’impératif du développement" par les responsables européens est incontestablement une bonne nouvelle pour de multiples raisons : tout d’abord pour la dignité de populations dont le seul espoir est de quitter leur pays pour essayer de se rendre, après bien des périples et avoir enduré toutes sortes de sévices et de traitements inhumains, dans "El Dorado européen". C’est aussi pour les Européens, l’occasion de se consacrer à nouveau à autre chose que de renforcer "la forteresse Europe" ou se contenter de bonnes paroles et de quelques gestes, certes louables, en direction de ces populations en errance ; or le développement de toute société est une opération longue, complexe et exigeante pour les efforts qu’elle demande de part et d’autre ce qui n’attire pas ou peu l’attention des médias (un sac de riz porté sur le dos d’une autorité sera plus "vendable" que l’image d’un hôpital de brousse) mais redonne tout son sens à la coopération, aux échanges d’expérience entre nations, régions, communautés… afin de créer un monde où chacun et chacune pourra trouver sa place.
        
L’Union Européenne a depuis peu amorcé ce virage, cette réintégration du volet, indispensable, du développement dans ses programmes de contrôle et d’accompagnement des migrations ou des réfugiés. L’Union Africaine (UA) basée à Addis Abeba a, de son côté pris en compte les risques que l’instabilité politique et sécuritaire font courir à toute entreprise sérieuse de développement, une prise de conscience qui se retrouve auprès d'autres acteurs non moins influents (les nonciatures du Vatican, l'Ordre souverain de malte,… etc.).
 
Migrations de masse : insécurité économique et sociale : les réponses de l’UE et de l’UA
L’Union Européenne a, depuis deux ans environ, opéré une réorientation notoire de ses relations avec les pays tiers africains en particulier :
- elle a mis en place, via des accords bilatéraux avec les pays "tampons" (pays du Maghreb plus Turquie), un système de contrôle des flux migratoires ;
- elle a renforcé les contrôles en mer (NAVFORetc..) et accru le nombre des garde-frontières et le contrôle de ses frontières extérieures en général (FRONTEX etc.  .); en supplément de ses programmes classiques du FED (Fonds Européen de Développement) et a ouvert d’autres lignes budgétaires,
- elle a aussi initié un Trust Fund doté de plus de 3 milliards d’euros afin de financer des projets présélectionnés par les Agences Nationales de Coopération de chaque état membre ; la sélection finale s’opère à Bruxelles sous la houlette de M. Stefano Manservisi, (Directeur Général de la Direction Générale DEVCO) ; ces projets divers ayant pour but de promouvoir la "good governance" dans les pays d’origine, de créer de l’emploi pour les jeunes et de détourner les passeurs de leurs activités répréhensibles.
 
Toutefois le relatif coup d’arrêt à l’immigration massive de l’Allemagne, acceptée un temps par la Chancelière Merkel (cette dernière soucieuse du boomerang politique auprès de son électorat, et suite à cette mesure hardie, du maintien ou de la montée de courants nationalistes et xénophobes en Europe) a fait prendre conscience aux dirigeants européens de la nécessité de déplacer le "curseur" de l’accueil "aveugle" mais potentiellement déstabilisant, de vagues continues de migrants vers une politique visant à s’attaquer aux causes mêmes des départs en masse des pays d’origine d’Afrique sub-saharienne principalement mais pas exclusivement. Le discours du Président Emmanuel Macron à Ouagadougou, dans lequel il a remis à l’honneur le développement indispensable des pays d’origine, confirme ce déplacement du curseur. 
 
L’Union Africaine, de son côté, sensibilise de plus en plus ses pays membres à la nécessité d’établir un climat propice aux actions de développement dans leurs pays respectifs (F. Perroux définit le processus de développement comme "la combinaison des changements mentaux et sociaux d'une population qui la rendent apte à faire croitre cumulativement et durablement son produit réel et global" (in Y. Gazzo l’Afrique du Nord d’hier à demain " p 7 1979 Economica). Lors d’un séminaire de haut niveau organisé conjointement par l’UA et par le gouvernement algérien et qui s’est tenu à Oran du 10 au 12 décembre 2017, plusieurs intervenants ont exprimé leur inquiétude face :
i) au retour et à l’installation de combattants terroristes étrangers dans le Sahel en particulier ; ces combattants sont idéologiquement et militairement bien formés ; ils maîtrisent très bien internet et les réseaux sociaux.
ii) au financement du terrorisme qui est multiple et très mal contrôlé : les enlèvements rapporteraient aux ravisseurs entre 3 et 9 millions de dollars par rançon payée et 4 500 d’entr'elles ont été enregistrées ! Mais ce sont aussi les marchés au bétail du Nord Cameroun, ceux du poisson du Lac Tchad (dont les 80% sont contrôlés par Boko Haram), les vols de bétail qui alimentent les réseaux terroristes.
iii) au lien entre terrorisme et le crime organisé ; selon Philip Morris, 40 % des cigarettes vendues à Marseille proviennent de la contrebande qui génèrerait ainsi annuellement 800 millions d’euros de profits mafieux en Afrique de l’Ouest ; trafic de drogues, d’armes, d’œuvres d’art sont autant de passerelles avérées entre terrorisme et crime organisé.
iv) la radicalisation des jeunes en Afrique est fort préoccupante : selon l’ambassadeur El Haoues Riache, dans le Nord Cameroun, 400 euros suffisent pour convaincre des parents de laisser leur enfant rejoindre Boko Haram ; dans cette région les facteurs religieux tout comme l’exclusion constitueraient un terreau pour la radicalisation.
Forte de ce constat, l’Union Africaine n’est pas restée inactive et elle a structuré son architecture avec la mise en place d’agences spécialisées (le CAERT, coopération anti-terroriste, basée à Alger, le Comité des Services de Renseignement, CISSA et le tout nouveau AFRIPOL pendant d’Interpol etc…) et elle a multiplié les mécanismes de coopération avec les organismes régionaux (IGAD, SADDEC, ECOWAS etc...) et soutenu les processus de "confidence building" de Nouakchott et de Djibouti tandis que le Président Bouteflika a été désigné en janvier 2017 par les Chefs d’Etat Africains, membres de l’UA, comme leader de la lutte contre le terrorisme et l’extrémisme violent. 
 
Cependant, là aussi, plusieurs pays ont arrêté le "tout répressif" pour passer à des mesures préventives, voire de réintégration d’ anciens terroristes ( une tâche compliquée de l’aveu de plusieurs spécialistes ) tout en étant conscients que les changements d’alliance entre groupes terroristes (Al Mourabitoun, Al Qaeda, Al Shabab, ISIS, Boko Haram) ainsi que leur mobilité font courir des risques d’implosion aux systèmes politiques et sociaux existants ; d’où, selon les intervenants, le lien incontournable et essentiel entre prévention contre le terrorisme et le développement en général.
 
Quelques réflexions
- L’arrêt des migrations est un mythe tenace mais illusoire.
Il est indiscutable que toute tendance lourde et forte est "soumise à des éléments volatiles que nous ne prévoyons pas et que si le présent est cartographiable le futur ne l’est pas" (B de Jouvenel, l’art de la conjecture" éd du rocher p 145, 1964) il n'en reste pas moins que les migrations resteront sur l’agenda de l’humanité comme elles l’ont été de tout temps.
Les éléments "volatiles" sont nombreux dans ce domaine : le changement climatique constaté, la montée des eaux des océans, sachant qu’une bonne partie de la population mondiale vit sur le littoral ou proche "à portée d'inondation", les pandémies, l’arme nucléaire et son utilisation massive dans des conflits possibles, sont autant de facteurs susceptibles de modifier la trajectoire de ces tendances lourdes (de façon "mécanique" la population africaine devrait passer de 1,25 milliards en 2017 à 2,5 milliards en 2050 les pays sahéliens étant dans le peloton de tète avec par exemple plus de 200 millions de nigériens en 2050)
 
- Vieillissante Europe et jeunes migrants : l’Europe, qui a longtemps été un continent d’émigration nette (plus d’émigrants que d’immigrants), doit faire face à un vieillissement de sa population autochtone et à une arrivée massive de migrants et qui, de surcroît, pourrait être continue pendant plusieurs décennies, constituée de populations jeunes, de cultures dans leurs acceptations les plusdifférentes, dans un contexte international que certains groupes extrémistes souhaitent mettre à profit pour atteindre des objectifs qui leur sont propres mais pas forcément partagés de façon universelle. La gérontocratie qui prévaut encore dans de nombreux pays africains est de plus en plus mal acceptée par la jeunesse et constitue une incitation supplémentaire au départ. Cette dimension complique sérieusement l’acceptation de nos actions légitimes en faveur des migrants par les populations des pays d’accueil.
 
- Précarité de l’ordre international et dangers de l’utilisation du facteur religieux :
l’équilibre bipolaire (USA /URSS) qui a cédé la place à un monde multipolaire restant sous la houlette des USA, de plus en plus concurrencé par la Chine, n’est pas stabilisé pour autant ; cette instabilité a favorisé l’émergence de modèles alternatifs de pouvoir à la démocratie ("printemps arabes", califat ; plus près de chez nous le recul de l’Etat sur plusieurs dossiers l‘apparition de nouvelles menaces hybrides sur fond, d’une part de la forte augmentation de l’arsenal militaire à des fins offensives dans plusieurs régions du monde et de la prolifération de missiles balistiques nucléaires et, d’autre part, d‘une plus grande vulnérabilité des Etats démocratiques confrontés à ces menaces.
 
Le facteur religieux ne peut pas être occulté dans cette évolution /recomposition de l’ordre mondial dont les migrants ne sont qu’une des conséquences, voire un instrument de ce dernier ; des auteurs comme Ortega y Gasset, voire Machiavel, soulignent que "ce sont des chefs religieux ou des capitaines aventureux qui jettent les fondements d'une communauté" ; A Brahimi ("dimensions et perspectives du monde arabe " p 199 à 203) estimait à l’époque que l’islam et l’arabisme sont deux éléments intégrateurs du monde arabe tandis que Hélie Denoix de Saint-Marc constate que "l'on ne fédère pas les âmes " ("champs de braise " éd Perrin 1975) un chercheur réputé, C. Castoriadis, estimant de son côté que les religions ne constituent pas des "dons gratuits de l’histoire" et qu’ elles peuvent être des "obstacles au développement fournis gratuitement par l’histoire" ( C. Castoriadis : "le mythe du développement, Le Seuil 1977). La tendance "lourde" du monde arabo musulman à encourager un "
monothéisme[KN(1] [KN(2] [nk3]  sans sous-estimer les rivalités entre les sunnites et les chiites ni la diversité des courants des écoles de l'Islam) à l'exclusion des autres (chrétien notamment) et à l'inverse, la coexistence nécessaire en Europe, des trois monothéismes, une sorte de "confédération" des âmes en évitant les dangers du communautarisme en Europe complique un peu plus l'équation
 
- Agir "éveillé", la prise de conscience : la compassion sans vision ni sans rétroviseur ne mène nulle part devant " l’internalisation " de ces changements en cours et sources de menaces qui pèsent sur notre monde, nos sociétés respectives ne peuvent être qu’anxiogènes et certains ne manquent pas d’exploiter ces peurs pour établir des fossés qu’ils imaginent infranchissables par " l’Autre ". Ces évolutions devraient au contraire stimuler la réflexion et nourrir l’action y compris dans le domaine de la diplomatie humanitaire.
Le constat que le curseur de l’aide aux pays pauvres se redéplace vers les actions de développement à la base et que ce recadrage nécessaire soit reconnu et validé par les plus hautes instances européennes, devrait permettre, à terme, de réduire à la fois les flots de migrants tout comme les peurs et les réticences des populations européennes à leur égard (un rapport des démographes de l'ONU de 200 "migrations de remplacement : est-ce une solution pour les populations en déclin et vieillissantes ?" et de conclure que pour maintenir le rapport actifs /dépendants" il faudrait que l'Europe accepte 13 millions de réfugiés /migrants par an ce qui conduirait à une population européenne au ¾ africaine , une évidence politiquement inacceptable dans tous les pays européens"), et certains d'enfoncer le clou comme l'économiste Paul Collier qui estime que l'argument selon lequel les migrants d'aujourdhui paieraient les retraites des seniors européens ne tient pas car les migrants actifs car s'il est incontestable que les migrants contribuent avec leurs cotisations à financer nos systèmes de retraite cet apport est gommé par le cout que doit supporter l'Etat pour scolariser éduquer, soigner les enfants, nombreux de ces migrants : l'employeur privatise le profit tiré de la main d'œuvre étrangère tandis que l'Etat, donc le contribuable, supporte partiellement la "socialisation" du cout de l'accueil de l'immigré.
 
Tout ceci, dans un contexte de coopération renforcée entre les pays européens et africains via, entre autres leurs institutions respectives (UE et UA). Toute cette belle architecture aura un sens qu'à la condition que les pays d'origine des migrations de masse prennent conscience que le développement harmonieux de leur pays doit être leur affaire en premier lieu : la bonne gouvernance, la lutte contre la corruption, le contrôle d'une démographie débridée qui pèse trop lourdement sur l'environnement physique, économique et social de ces pays et dont l'exutoire ne doit pas, ne doit plus être l'envoi du " trop plein de" population vers d'autres rivages plus prometteurs, un vaste programme qui demande de la volonté, de la détermination. Car en effet le "codeveloppement" revisité ne produira pas des miracles (dans un premier temps cette aide de l'exterieur pourrait même avoir pour effet d'augmenter les migrations dans un premier temps au moins) tout ceci dans un contexte de gouvernance faible qui prévaut dans les pays d'origine, d'appétits économiques parfois sans scrupules de pays tels que la Chine, d'une Europe qui doute d'elle-même et qui n'est pas capable d'envoyer des messages clairs, et de la concurrence des tenants de modèles de pouvoir alternatifs (l'islam politique )

Envoyé par l'auteur, Yves Gazzo, Président (h) de l'ASOM, 24 janvier 2018
 
(1) titre tiré du livre des pays d'origine - Bibliographie et références : F. Perroux "Etudes", janvier 1971
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La défense française et ses défis

Entretien
Avec Vincent Desportes, général (e.r.), professeur des universités associé à Sciences Po Paris, ancien directeur de l’École de Guerre.

 
Quel est votre regard sur la puissance militaire française en 2018 ? Comment se positionne-t-elle par rapport aux puissances militaires étrangères ?
V. Desportes : Je dirais que c’est une puissance militaire en demi-teinte, c’est-à-dire que si on la compare aux autres puissances européennes, en particulier, elle est plusieurs coudées au-dessus d’elles. Les autres armées européennes sont en général des armées ne disposant pas du spectre complet des capacités militaires – ce que la France offre à peu près –, des armées peu entraînées et qui ne sont aptes ni à jouer le rôle de "nation-cadre" ni à "rentrer en premier" dans une opération. Compte tenu de l’altération actuelle des armées britanniques, l’armée française est sans conteste aujourd’hui l’armée la plus opérationnelle d’Europe.
Cependant, c’est une puissance militaire "en demi-teinte" parce que l’armée française est profondément dégradée, après 20 années de diminution régulière des budgets, puis une chute brutale sous la présidence Sarkozy et à nouveau sous la présidence Hollande à peine aménagée à sa fin. Cette puissance militaire française est donc relative parce que jamais un exécutif n’avait laissé les armées dans un état aussi déplorable que le quinquennat Hollande.
Les armées françaises sont aujourd’hui capables du meilleur techniquement et ponctuellement, mais elles sont aujourd’hui incapables de transformer leur succès tactique en succès stratégique.[NVN1] [VD2] [VD3]  Si cette puissance militaire est encore réelle et permet à la France d’être écoutée sur la scène internationale, elle est néanmoins relative parce que fortement amoindrie.
 
Serpent de mer de la construction européenne, l’Europe de la défense peine à séduire et à se concrétiser. Pour certains observateurs, la seule armée européenne est l’armée française et la solution serait que les Européens financent l’effort militaire français. Que pensez-vous d’une telle proposition et quel est selon vous l’avenir de l’Europe de la défense ?
Certes, ce que disait le président de la Commission européenne M. Juncker est vrai, à savoir : "La défense de l’Europe, c’est l’armée française". L’image est caricaturale, mais elle est juste. Sur la question du financement de l’armée française par les puissances européennes en revanche, cela n’a évidemment pas de sens. D’abord, la France n’est pas un pays mercenaire et deuxièmement, ce qui fait la force de la France, c’est la capacité à engager ses forces très rapidement sur la seule décision du président de la République. À partir du moment où vous mutualisez les fonds, les pourvoyeurs de fonds ont nécessairement un regard sur l’emploi des forces. Dès lors, les capacités des armées françaises se dégraderaient encore de cette subordination à une décision multinationale qui évidemment ne déboucherait jamais dans les délais suffisamment courts pour assurer le succès d’une opération.
 
Il est clair cependant que l’avenir de la défense de l’Europe réside bien dans la défense européenne. Charles de Gaulle disait en son temps que la défense de la France devait être française, ce qui l’a poussé à reconstruire l’appareil de défense français, spécialement son appareil de dissuasion nucléaire. Eh bien il convient aujourd’hui que la défense de l’Europe soit européenne. Il y a d’autant moins le choix que la défense américaine est de plus en plus illusoire pour de multiples facteurs - la première d’entre elle étant la dérive Pacifique - du continent américain, mais également en raison des évolutions ethnologiques de la population américaine. L’Amérique qui est intervenue deux fois en Europe pour les deux guerres mondiales, était une Amérique profondément blanche qui avait un lien très fort avec sa grand-mère Patrie, l’Europe. Mais les choses évoluent. En 2040 (ces chiffres sont exacts et ne bougeront pas), la majorité des Américains sera d’origine hispanique, africaine ou asiatique. Le lien charnel entre l’Amérique et l’Europe va se dissoudre peu à peu. Si à ce moment-là l’Europe n’est pas capable de se défendre elle-même, les Américains - de moins en moins européens - se mobiliseront difficilement pour elle. D’ailleurs, le retrait de l’Amérique sous Obama et sous Trump est lié à cette distanciation grandissante entre l’Amérique et l’Europe.
Autre élément important : l’Europe était le marché traditionnel des États-Unis – c’est bien pour cela qu’ils sont revenus par deux fois remettre de l’ordre dans leur marché pour pouvoir continuer leurs affaires –, or c’est de moins en moins le cas. La logique qui les a amenés à intervenir chez nous s’effiloche. L’Europe doit construire sa défense et de moins en moins compter sur l’OTAN qui repose sur les États-Unis, alors qu’eux-mêmes se désintéressent peu à peu de l’Europe.
 
Par ailleurs, l’Europe doit jouer un rôle dans les relations internationales parce que l’Europe est une puissance stabilisatrice, la puissance des "Lumières" dont le monde en ébullition a besoin. Et pour que l’Europe parle, il faut
qu’elle puisse délivrer sur le plan militaire[NVN4] . Or, elle ne le pourra que lorsque des forces pourront s’engager au nom de l’Europe, ce qui est aujourd’hui loin d’être le cas. Si Paris est aujourd’hui mieux entendue que Bruxelles dans les discussions internationales, c’est simplement parce que la France peut militairement s’engager en cas de crise, ce dont n’est pas capable l’Europe. Dans l’intérêt de l’Europe, dans l’intérêt de la paix du monde, il est urgent que l’Europe se dote d’une défense propre. Cela ne veut cependant pas dire que la France doit courir vers ce qui demeure une Arlésienne en limitant son propre effort pour longtemps encore absolument nécessaire à la défense de la France et des Français.
 
Quels sont aujourd’hui les principaux atouts de l’armée française ?
L’armée française est forte de n’avoir jamais cédé aux sirènes de l’OTAN et d’avoir toujours compté sur elle-même, ce qui lui a permis de conserver un spectre de capacités lui conférant une certaine autonomie. Elle est capable de monter des opérations par elle-même, ce qui constitue un avantage comparatif considérable. C’est d’ailleurs la seule armée européenne aujourd’hui capable de le faire. Elle a également une expérience très forte des opérations extérieures ; elle est extrêmement aguerrie. Elle a un corps d’officiers et de sous-officiers de très grande qualité et des soldats professionnels que le monde entier nous envie, comme nos forces spéciales qui sont parmi les meilleures du monde, à niveau égal avec celles des États-Unis.
 
Et quelles sont ses principales faiblesses ?
Les faiblesses militaires de la France viennent de deux choses.
La première chose c’est que nous n’avons pas véritablement adapté au nouveau contexte les choix qui avaient été faits pendant la guerre froide. En particulier, l’armée française n’avait pas à se projeter puisqu’elle devait se battre de l’autre côté du Rhin, donc elle manque dramatiquement de capacités de projection stratégique, qu’on parle de voie maritime ou de voie aérienne. Elle manque aussi par exemple d’armes aptes à détruire les défenses antiaériennes adverses parce qu’il avait été décidé pendant la guerre froide que c’étaient les Américains qui étaient responsables de cette mission. Cela constitue donc un certain nombre de trous capacitaires qui correspondaient à un choix rationnel pendant la guerre froide et qui n’ont toujours pas été réparés.
Ensuite, les problèmes proviennent de cette chute budgétaire qui a réduit les effectifs et qui au fond s’est traduite par la réduction de ce qu’on peut appeler "l’épaisseur stratégique" des armées françaises. Aujourd’hui, celles-ci sont devenues une toute petite armée compte tenu de la multiplicité des zones de conflit dans lesquelles elle doit s’engager. Elle est capable du meilleur techniquement et tactiquement, mais elle a le plus grand mal à transformer ses succès tactiques en succès stratégiques durables. On le voit clairement au Mali et au Sahel. L’opération "Serval" conduite par la France a été particulièrement bien menée mais ce succès n’a pu être été transformé par manque de moyens. Aujourd’hui, la France s’épuise au Sahel sans parvenir à ses fins.
 
Vous avez plusieurs fois alerté l’opinion sur le fait que l’armée française –engagée sur plusieurs théâtres d’opération à l’international mais également sur le sol national via l’opération "Sentinelle" – faisait face à une grande fatigue. La Cour des Comptes a également fait part de son inquiétude, dans un rapport, sur le niveau de mobilisation particulièrement élevé de l’armée française et de ses conséquences sur les hommes et le matériel. En octobre 2017, c’est un rapport du Haut Comité d’évaluation de la condition militaire qui pointait du doigt un sentiment diffus de déclassement, la lassitude face au manque de soutien ou des facteurs de démotivation dus à la dégradation de la disponibilité de certains équipements et à l’insuffisance d’entraînement. Quelle est concrètement la situation et quels sont les risques ?
La situation des armées françaises est mauvaise. Nous sommes à un moment de remontée en puissance, c’est bien ce qui s’inscrit dans la Loi de programmation militaire qui va être bientôt votée. Mais aujourd’hui, les capacités militaires françaises sont profondément dégradées.
D’une part, comme vous l’avez dit, au niveau des conditions de vie des familles et des soldats (conditions souvent à la limite de l’acceptabilité), et je dirais de manière générale, au niveau des conditions d’exercice de la profession. Il est nécessaire, et Mme Parly, la ministre de la Défense, semble l’avoir pris en compte, de faire un effort considérable sur les conditions de vie et d’exercice de la profession de manière à ce que le moral remonte. Ce dernier est aujourd’hui très bas, avec, pour conséquence, la difficulté de l’armée française à constituer et conserver sa ressource humaine. Une grande proportion de nos soldats ne termine pas son contrat d’engagement et une partie plus grande encore ne le renouvelle. Nous faisons donc face à des pertes récurrentes de personnels formés, donc une perte budgétaire, ainsi qu’à une incapacité à réaliser de manière optimale la remontée en puissance puisque le niveau visé suppose d’attirer et de conserver notre ressource humaine. Cela constitue un vrai problème qui doit être réglé, c’est la base.
 
À côté de cela, il y a un problème de manque d’épaisseur stratégique des armées françaises ainsi qu’un problème capacitaire assez généralisé. Pour faire simple, caricatural mais juste, on peut dire que l’armée française, c’est l’armée des 50 %. Aujourd’hui, moins d’un char sur deux est opérationnel, moins d’un bateau sur deux peut prendre la mer et moins d’un avion sur deux peut décoller. En ce qui concerne les hélicoptères, ce serait plutôt moins d’un sur trois. On voit donc qu’on est dans une situation difficile. Il y a des carences capacitaires, il y a des capacités dont nous devrions disposer et que nous n’avons pas. C’est le cas par exemple des hélicoptères lourds, ce qui est très surprenant puisque nous sommes de plus en plus engagés sur des zones immenses, tel que le Sahel qui est plus vaste que l’Europe et où l’instrument normal de travail serait l’hélicoptère lourd. Cela manque dramatiquement aux armées françaises.
À cela s’ajoute un déficit capacitaire. En effet, il nous manque des moyens en termes de projection stratégique et de ravitaillement en vol de nos avions ; deux missions pour lesquelles nous dépendons actuellement étroitement des Américains. Nous manquons aussi évidemment de moyens de renseignement. Même si un effort est fait en matière de drones, ce qui porte ses fruits doucement, il demeure un réel déficit des moyens dans ce domaine comme dans d’autres.
 
Enfin, le troisième problème capacitaire est ce que j’appellerais la "gériatrie capacitaire", dans le sens où l’armée française traîne encore des équipements beaucoup trop âgés, qui ne rendent pas les services nécessaires, qui mettent souvent en danger la vie de nos soldats et qui coûtent une fortune à entretenir. Je pense évidemment pour l’armée de terre au véhicule de l’avant blindé (VAB), qui est la mule de l’armée de terre et qui aujourd’hui doit impérativement être changé. Des mesures ont été prises en ce sens pour accélérer l’arrivée des Griffon – les remplaçants du VAB. Je pense pour l’armée de l’air à nos ravitailleurs en vol, les KC-135, qui ont plus d’un demi-siècle d’existence, ou à nos Atlantique 2, qui en ont presque autant. Je pense pour la marine à nos navires ravitailleurs qui, s’ils ne battaient pas pavillon national, auraient l’interdiction de voguer selon la règlementation internationale.
Un manque d’épaisseur stratégique et des problèmes capacitaires importants donnent comme résultat un manque d’autonomie stratégique. Cette dernière est pourtant revendiquée à longueur de Livre blanc ou de Revue stratégique. Or la vérité est que la France ne peut conduire aucune opération d’importance qui ne serait validée par les États-Unis. Elle a en permanence besoin des États-Unis, pour tout ce qui est projection stratégique d’importance, tout ce qui est renseignement, etc. L’autonomie stratégique, principe sur lequel repose la défense de la France, est aujourd’hui un souvenir ancien.
 
En janvier 2018, le président français annonçait une hausse du budget militaire de 1,8 milliard pour le porter à 34,2 milliards d’euros de crédit. Quels sont aujourd’hui les besoins de l’armée française afin que cette dernière dispose des moyens de ses ambitions ?
En ce qui concerne le budget 2018, il faut bien comprendre qu’il s’agit d’un budget de rattrapage. Il n’apporte rien de nouveau aux armées mais finance simplement des mesures qui avaient été prises pendant la présidence Hollande et qui n’avaient pas été financées. Il s’agit par exemple d’acheter tout simplement des armes pour les effectifs qui correspondent à la remontée en puissance de l’armée de terre. Cette mesure permet de rattraper les 850 millions qui ont été volés par Bercyà la défense de la France à l’été 2017
[C L5]  – on se souvient de cette crise qui a provoqué la démission du général de Villiers – et de financer une partie supplémentaire des opérations extérieures (OPEX). La vraie montée en puissance doit se faire à partir de 2019, avec des augmentations tout à fait substantielles dans la Loi de programmation militaire. Aujourd’hui, on doit considérer que le verre n’est pas à moitié vide, mais bien à moitié plein. Mais à moitié seulement, puisque le budget des armées doit parvenir à 2 % du PIB, c’est une norme arbitraire mais c’est une norme reconnue par tout le monde. Or, pour parvenir à cet objectif, la Loi de programmation militaire prévoit comme d’habitude une accélération brutale de la croissance des budgets à partir de la fin du mandat présidentiel de M. Macron. Donc, comme d’habitude, la fin de l’effort est toujours remise à la mandature suivante, ce qui quelque part relève de la malhonnêteté.
 
Justement, le 8 février dernier, le Conseil des ministres adoptait le projet de Loi de programmation militaire (LPM) 2019-2025, qui doit définir pour les sept années à venir le périmètre stratégique de l’armée française, les équipements nécessaires à sa réalisation et les moyens budgétaires. Quelles sont les grandes lignes de cette LPM et qu’en pensez-vous ?
Les grandes lignes de cette loi correspondent à ce que j’ai dit précédemment. Cette loi va permettre de ramener les armées à la hauteur des nécessités de défense d’une part et du nombre d’opérations d’autre part. Le principal problème des armées françaises sous le quinquennat Hollande était justement l’inadéquation entre les missions et les moyens.
 
Après 18 mois d’immobilisation et 1,3 milliard d’euros de travaux, le porte-avions Charles de Gaulle devrait repartir sur les flots jusqu’en 2040. Dans le cadre des réflexions autour de la LPM, certains appellent déjà à la réalisation d’un nouveau porte-avions, espérant même obtenir le remplaçant du Charles de Gaulle avant que ce dernier n’arrête de naviguer, ce qui permettrait à la France de retrouver "la permanence à la mer". Est-ce une priorité pour la défense française ?
Je crois que, compte tenu des difficultés budgétaires de la France et de la nécessité de disposer d’un système de défense en adéquation avec la réalité conflictuelle, la question du porte-avions doit être posée sans tabou, tout comme celle de la dissuasion nucléaire, dont chacun a noté que toute réflexion sur le sujet était exclue des réflexions générales de défense depuis le Livre blanc de 2008. Cela constitue une faute à la fois intellectuelle et politique.
En ce qui concerne le porte-avions, la question se pose de la nécessité d’un porte-avions. C’est un concept très ancien, conçu entre les deux guerres parce que nous ne disposions pas à ce moment-là de capacités de ravitaillement en vol. Ceci a changé. Aujourd’hui, il faut bien comprendre que le porte-avions est d’abord un outil d’action non pas de politique extérieure mais de politique intérieure. Quand le président français ne sait pas quoi faire – on l’a très bien vu sous la présidence Hollande –, il envoie le porte-avions se promener en Méditerranée orientale. Il est clair que l’efficience d’un avion est très supérieure s’il est posé comme aujourd’hui dans la base aérienne dont nous utilisons Jordanie que s’il décolle d’un groupe aéronaval. Le prix du kilogramme d’explosif déposé par un Rafale décollant du porte-avions est en effet infiniment plus élevé que le même kilogramme déposé par un avion qui aura été conduit par ravitaillement en l’air ou qui décollera d’une base aérienne qu’on saura toujours trouver, l’histoire le prouve, autour d’un théâtre d’opérations.
La question du porte-avions se pose d’autant que désormais, c’est un fait nouveau, les armes capables de détruire les porte-avions en mer existent. Les Chinois s’en sont dotés, et il est probable qu’un prochain conflit conventionnel – et j’espère qu’il n’y en aura pas – amènerait la destruction de ces flottes de porte-avions extrêmement rapidement. Il est donc temps de conduire une vraie interrogation sur le bien-fondé de conserver des porte-avions comme certaines composantes d’ailleurs de la dissuasion nucléaire.
 
Concernant celle-ci, Emmanuel Macron a déclaré qu’elle constituait la "clef de voûte de la stratégie de défense" et a confirmé le lancement de "travaux de renouvellement de nos deux composantes" océanique et aérienne. Quels sont les besoins et les défis à relever dans ce domaine ?
Il y a un vrai piège du nucléaire, celui de l’endormissement citoyen. Depuis longtemps, les présidents de la République affirment que le nucléaire constitue le cœur de la défense et répètent ad nauseam la même chose sans que la réflexion avance d’un millimètre ... ce qui permet tranquillement de réduire les budgets militaires C’est l’assoupissement nucléaire. C’est à l’abri de ce mensonge que l’on a pu dire aux Français qu’ils avaient moins besoin de forces conventionnelles, qu’elles pouvaient être réduites, comme si leur soi-diasant assurance vie les protégeaient aussi contre tous les petits accidents de la vie quotidienne ! Le nucléaire a été un piège pour les armées françaises, qui y ont perdu leur capacité opérationnelle.
Il est temps de rouvrir un véritable débat sur le nucléaire. Bien sûr, il est hors de question de se priver de la sécurité nucléaire. Mais la question demeure : quel nucléaire ? Pour quoi faire ? Quelles composantes ? Quel type d’arme doit-on avoir ? Faut-il changer très rapidement de missile,
passer du M51 (1, 2, 3 ou 4)[NVN6]
  ? Faut-il avoir encore une composante aérienne, une composante sur porte-avions ? Rien n’est moins sûr. Faut-il assurer encore une permanence à la mer ? Rien n’est moins sûr. Faut-il changer de plate-forme sous-marine aussi souvent que nous le faisons – nous le faisons beaucoup plus souvent que les Américains ? Rien n’est moins sûr. Il y a des logiques industrielles, d’ingénierie qu’il ne faut pas mépriser, mais aujourd’hui, je pense qu’il est nécessaire et urgent de poser un vrai débat sur la dissuasion.
 
Il faut bien comprendre que la dissuasion n’est pas nucléaire. La dissuasion, c’est l’équilibre et la cohérence du système entre les forces nucléaires et les forces conventionnelles. Considérer que la dissuasion nucléaire est une des quatre missions fondamentales des armées est évidemment une erreur. La dissuasion en est une mais il s’agit bien de cohérence. Là est le problème. Si, à partir du début des années 2020, les budgets militaires ne sont pas suffisamment abondés, il y aura un effet d’éviction, c’est-à-dire que les nécessités budgétaires relevant du renouvellement et de la modernisation de l’arsenal nucléaire, vont entraîner mécaniquement la diminution les budgets consacrés aux forces opérationnelles. Il faudra donc augmenter à nouveau les budgets ou bien retrouver des équilibres en se posant sérieusement la question de ce qui constitue la véritable dissuasion.
Le débat nucléaire s’est figé complètement à partir de la fin de la guerre froide. On est resté sur des positions qui n’ont jamais véritablement été réfléchies, pour un certain nombre de raisons que l’on comprend bien, mais qui ont assez rarement à voir avec les véritables nécessités de la défense de la France.
 
La LPM fait de l’autonomie stratégique de la défense française une priorité inconditionnelle. Quels sont les enjeux et est-ce compatible avec les ambitions politiques en matière de défense européenne, notamment le développement d’une coopération en matière industrielle ?
La question que vous posez est importante. La France ne peut pas abandonner son autonomie de défense au profit d’une Europe qui ne serait pas capable de la défendre. Donc la France doit faire extrêmement attention. Les principes de mutualisation des armements, etc. sont de beaux principes théoriques mais la France ne doit pas en pâtir en termes de capacité d’autodéfense. Comme je le disais plus haut, il faut aller de manière ferme vers l’Europe. La défense de l’Europe doit être européenne, nous n’avons pas le choix, mais en même temps, nous ne devons pas nous départir de notre autonomie de défense qui est aujourd’hui la garantie de la sécurité des Français, de la France métropolitaine et ultramarine
 
Enfin, que pensez-vous du service national universel proposé par le président ?
Pour l’instant, ce projet est parfaitement flou. Il s’agit d’un gadget électoraliste, qui repose sur le fantasme que les Français ont du service national, qui paraît aujourd’hui paré de toutes les vertus – vingt ans après sa suspension – et qui repose également sur un nouveau ressenti : celui du besoin de Nation et d’État face aux menaces extérieures. Le service national universel s’attaque aux effets et non aux causes. Il vaut mieux utiliser ce qui existe déjà, à savoir le service civique. C’est bien que les jeunes Français se désintéressent un moment d’eux-mêmes et aillent donner à la Nation. Il y a également le service militaire volontaire ou le service militaire adapté qui fonctionnent. Je crois que ce serait une erreur profonde de se lancer dans une nouvelle construction qui a toutes les chances de ne pas marcher et qui mettra de toutes façons beaucoup de temps à fonctionner. Si cette affaire-là est lancée, il faudra en tous cas conduire d’abord une expérimentation pour voir en vérifier la pertinence. Mais si ce projet devait être porté essentiellement par la défense, le risque serait alors que son coût soit une profonde dégradation de cette armée que la LPM veut restaurer. En aucune façon la défense ne doit être la victime de ce projet, parce que les Français ont besoin d’une défense militaire face à la montée des menaces et des risques.
Envoyé par l'auteur - Propos recueillis par Thomas Delage, le 9 mars 2018
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Les retraites ont besoin d’une réforme systémique. Oui, mais laquelle ?
 
De retour du colloque organisé au Sénat sur la réforme des retraites, où l’on m’avait demandé d’intervenir, je suis frappé par le peu de place que les intervenants, dans leur majorité, accordèrent à la démographie et à l’investissement dans la jeunesse. Il me semble donc utile de rappeler, comme je l’ai fait au Sénat, mais de façon plus organisée qu’au cours d’une table ronde, la façon dont fonctionnent les retraites par répartition, au-delà des artefacts juridiques, et la nécessité pour le législateur de comprendre et respecter ces réalités économiques finalement assez simples.
 
L’utilisation du mot "réforme"  
La loi a été utilisée à diverses reprises pour modifier des paramètres de gestion des régimes, tels que les âges de la retraite et le nombre de trimestres nécessaires pour accéder au taux plein. C’est une erreur. La gestion doit être laissée aux gestionnaires, qui doivent être responsables, et donc sanctionnables. Le Législateur, lui, n’étant pas sanctionnable, ne doit pas prendre des mesures qui relèvent de la gestion courante. Les partenaires sociaux n’ont heureusement pas besoin de la loi pour modifier la valeur de service du point ou son prix d’achat, c’est-à-dire accomplir des actes de gestion courante. La loi devrait être réservée aux réformes dites "structurelles", comme le remplacement de plusieurs régimes par un seul.
 
Une absence de taille dans le projet de réforme actuel
Ce projet prévoit à terme un seul régime par répartition, le même pour tous les Français, au lieu de 3 douzaines. Dans ce régime unique, disons France-retraite, les droits à pension seraient représentés par des points : soit des points analogues aux points ARRCO, soit des euros notionnels, forme particulière de points, dont le prix d’achat sera invariant : un euro de contribution donne un euro sur le compte notionnel.
Mais le mode d’attribution des droits à pension envisagé n’est pas correct. Il semble en effet que l’attribution des points restera basée sur les cotisations vieillesse, lesquelles servent à payer les pensions actuelles conformément à la formule "pay-as-you-go", alors qu’elle devrait être rendue cohérente avec le théorème de Sauvy : "nous ne préparons pas nos pensions par nos cotisations, mais par nos enfants".
 
Un seul régime par répartition
Un régime unique implique que la même formule de calcul des points soit utilisée pour tous les assurés sociaux. Cela ne veut pas dire que tous seront clients de la même institution : chacun pourra choisir celle qu’il préfère, par exemple parce qu’elle s’occupe aussi de produits complémentaires : retraite par capitalisation, fourniture de rente viagère contre un versement monétaire ou un bien immobilier, assurance dépendance, complémentaire santé, épargne salariale, et différentes formules de prévoyance.
Le régime France-retraite sera moins généreux que beaucoup de régimes spéciaux. Cela ne veut pas dire que les cheminots, par exemple, n’auront rien de plus que les salariés du privé, mais que ce qu’ils auront en plus relèvera de la capitalisation. N’importe quelle entreprise ou administration pourra de même organiser pour ses salariés une retraite complémentaire fonctionnant en capitalisation.

Choisir plutôt des points de type ARRCO-AGIRC que des comptes notionnels
Pourquoi importer une formule suédoise alors que les partenaires sociaux français ont adopté une formule qui marche bien et qui est familière à 80 % des Français ? D’autant que le compte notionnel présente un grave inconvénient : il supprime une variable de commande, à savoir le prix d’achat du point (un euro-point est toujours payé un euro-monnaie). La gestion de l’AGIRC-ARRCO a montré qu’il est très utile de pouvoir modifier ce paramètre.
 
La répartition actuelle est un monstre économique. Il faut rendre le droit des retraites par répartition cohérent avec la réalité économique
La formule de Sauvy déjà citée, "nous ne préparons pas nos retraites par nos cotisations, mais par nos enfants", est irréfutable. Dans le courant des années 1970, quand au baby-boom a succédé une fécondité inférieure à 2 enfants par femmes, Sauvy a poussé un cri d’alarme signifiant : "aïe, aïe, aïe pour nos retraites". Claude Sarraute, dans Le Monde, a écrit en substance : "Cet illustre démographe radote, je paie mes cotisations, j’aurai droit à ma pension". Sauvy, qui venait de liquider sa pension, lui a répondu à peu près ceci dans le même quotidien : "Madame, vous cotisez, je vous en remercie, car on me donne votre cotisation, ainsi que quelques autres, ce qui me permet de bien vivre. Mais quand vous serez vieille, moi je serai mort, et je ne vous rembourserai rien ! En revanche, les enfants qui naissent aujourd’hui cotiseront pour que vous ayez une pension. Et ça marchera mieux si ces enfants sont nombreux et bien formés que s’il y en a peu et qu’on ne leur apprend pas grand-chose."
Le président de la République, dans son interview au JT de TF1 il y a quelques jours, a repris (sans le citer) la première moitié du théorème de Sauvy : il a reconnu que les cotisations vieillesse ne préparent pas, économiquement, les pensions de ceux qui les versent. Malheureusement, il n’a pas abordé la seconde moitié du théorème : celle qui dit que les pensions futures, en répartition, sont préparées par la mise au monde et l’éducation des enfants. Cette lacune est très regrettable, car ce que le Législateur devrait faire, c’est transposer sous forme juridique cette réalité économique. S’il le fait, la France aura adopté pour elle-même et apporté au monde entier la bonne formule de retraite par répartition. S’il ne le fait pas, ce sera une belle occasion manquée.
 
Concrètement, comment faire pour que le droit des retraites par répartition devienne cohérent avec leur fonctionnement économique réel ?
Comme la capitalisation, la répartition se prépare en accumulant du capital. La différence est simple : dans un cas il s’agit du capital physique et technologique (des infrastructures, des bâtiments, des machines, des brevets), et dans l’autre cas il s’agit du capital humain. Il n’y a aucune opposition entre capitalisation et répartition, mais complémentarité comme entre les machines et les hommes.
Il serait donc juste d’accorder les droits à pension dans un régime par répartition au prorata de ce que chacun de nous apporte comme contribution à la formation du capital humain : mettre au monde des enfants et les élever, bien sûr, mais aussi financer leur formation, leur assurance maladie, les prestations familiales, les frais d’accouchement et de PMA, puis ensuite financer la formation continue. C’est cet apport en nature et en argent qui devrait être valorisé sous forme de points France-retraite.
Quant aux cotisations vieillesse, il faut enfin reconnaître juridiquement qu’il s’agit de s’acquitter d’une dette envers ceux qui ont investi dans notre capital humain. Toutes les grandes religions et certaines des grandes philosophies qui ont contribué à la formation de nos sociétés, en particulier le Confucianisme dans le Traité de la piété filiale, contiennent l’équivalent du précepte biblique "honore ton père et ta mère", c’est-à-dire "occupe-toi d’eux quand ils seront vieux, car tu leur dois beaucoup, à commencer par la vie".
Concrètement, le respect de la réalité économique exige que les versements de cotisations vieillesse n’ouvrent aucun droit à pension, et qu’en revanche des sommes gigantesques actuellement versées comme des impôts ne donnant droit à rien soient valorisées en procurant des points France retraite ; ce sera par exemple le cas pour les 70 ou 80 Md€ versés chaque année par les Français au profit de la formation initiale : des impôts qui actuellement ne "rapportent" rien à ceux qui les versent seront remplacés par des cotisations sociales ouvrant des droits à pension.
Le respect de l’équité exige aussi que le taux de prélèvement sur les actifs au profit des retraités reste raisonnable. Si une génération a mis peu d’enfants au monde, elle ne doit pas, une fois ses membres devenus retraités, augmenter les prélèvements sur les actifs à son profit pour compenser le faible nombre de cotisants : chacun doit assumer les conséquences de ses actes, et donc ne pas les reporter sur autrui. Une réforme des retraites qui ne comporterait pas des dispositions encadrant ce taux de prélèvement sur les actifs, incluant non seulement ce qui sert aux pensions, mais aussi ce qui finance les soins des retraités, serait intrinsèquement injuste.
 
Un immense progrès pour l’économie d’échange
Dans l’état actuel des choses, notre Etat providence ressemble au Pays des merveilles où Alice découvre un monde qui marche sur la tête, où l’on souhaite les "non-anniversaires" plutôt que les anniversaires. Notre économie et notre société se porteront beaucoup mieux lorsque le Code de la sécurité sociale ne sera plus en contradiction avec le fonctionnement réel de la retraite dite "par répartition". Reconnaître l’échange qui se produit entre générations successives, chaque génération investissant dans la suivante puis étant entretenue par elle, libérera notre système productif d’un des mensonges juridiques qui nuisent gravement à son fonctionnement.
Bien entendu, cela implique que l’on cesse de présenter les droits à pension attribués aux parents ès-qualité comme étant "non contributifs", relevant de la "solidarité", alors que la mise au monde et l’éducation des enfants par leurs parents est la première des contributions à l’investissement dans la jeunesse et donc à la préparation des futures pensions.
Bref, ne continuons pas à faire comme si les cotisations vieillesse finançaient des investissements garantissant l’avenir, et comme si élever des enfants ne servait à rien pour préparer les futures retraites : c’est un service que le pays de Descartes se doit de rendre non seulement à ses citoyens, mais aussi à l’humanité.

Envoyé par l'auteur, 28 avril 2018
Publié le 21/4/2018 sur économie matin : http://www.economiematin.fr/news-les-retraites-ont-besoin-d-une-reforme-systemique-mais-laquelle-
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Oui, l’Assemblée nationale doit valider les chiffres de Bercy !
 
Le Mouvement ETHIC - Entreprises à Taille Humaine, Indépendantes et de Croissance - soutient fermement la demande des parlementaires visant la création d’un office budgétaire destiné à évaluer le coût des mesures appelées à être votées.
C’est bien à l’Assemblée nationale de "contrôler" les calculs de Bercy, dont la toute puissance échappe même parfois aux ministres des Finances.
Chiffrer les propositions des parlementaires est une première étape, mais il faut aller plus loin.
ETHIC souhaite depuis longtemps que toutes les institutions : Assemblée nationale, Sénat, CESE... procèdent, en amont des lois, à une étude d’impact prospective.
"Les chefs d’entreprise savent bien, par expérience, que chaque orientation de l’entreprise et les mesures qui l’accompagnent doivent être évaluées avec la plus grande rigueur. Pour l’État, c’est le premier pas indispensable vers la maîtrise et la baisse des dépenses publiques."

Envoyé par ETHIC,communiqué de presse, 23 avril 2018
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Bonapartisme
 
L’attaque aux gaz dont on accuse Bachar el Assad peut facilement apparaître comme une machination, soit un montage par les rebelles destiné à le disqualifier, soit une agression d’un pays tiers auquel le régime syrien ne plait pas par exemple Israël. On ne voit pas pourquoi le président syrien vainqueur dans la Goutha et alors que la majorité des combattants rebelles a été évacuée aurait commis cette attaque.
La réaction des pays occidentaux, les Etats-Unis, la Grande Bretagne et la France qui ont commis une agression délibérée sans mandat contre un pays souverain relève de la plus grande mauvaise foi car enfin, ces trois pays disposent de forces de dissuasion capables de destructions, y compris contre les civils, d’une toute autre ampleur que l’attaque dont ils s’indignent.
 
Pour ce qui est de la participation de la France à cette action, il convient de faire d’autres remarques : depuis des décennies le Parlement est tenu à l’écart de toutes les interventions que la France a menées à tort ou à raison en vertu d’une interprétation abusive de la Constitution.
D’abord l’article 15 qui prévoit que le Président de la république est le chef des armées et qui est interprété comme une délégation pour entrainer la France dans n’importe quelle aventure, ne signifie pas autre chose que le fait que le Président est au sommet de la hiérarchie militaire comme le furent Louis XVI en 1791, et les présidents de la IV° République qui ne disposaient d’aucun pouvoir. C’est un rôle honorifique comme en dispose la Reine d’Angleterre pour la plupart des armées du Commonwealth.
L’article 35 était rédigé jusqu’en 2007 de la façon suivante : "La déclaration de guerre est autorisée par le Parlement."  Comme on ne déclare plus formellement la guerre et qu’on se contente de la faire sans autre forme de procès, cet article a été longtemps considéré comme caduc si bien que le Parlement était dépossédé de tout contrôle d’emploi des armées. La révision constitutionnelle du 23 juillet 2008 destinée à rendre au Parlement un pouvoir de décision pour toute intervention sauf urgence, a conduit à une nouvelle rédaction de l’article 35 que l’exécutif considère comme un blanc-seing pour intervenir n’importe où sans l’accord ou même l’avis du Parlement.
C’est ainsi que nous sommes intervenus en Libye et maintenant au Sahel et en Syrie sans que le Parlement ne soit consulté.
 
La rédaction de l’article 35 est visiblement inspirée par ce qui se fait aux Etats Unis où la répartition des pouvoirs entre l’exécutif et le législatif n’est pas la même.
Pour ce qui est de la France cela revient au retour d’un régime bonapartiste modèle Napoléon III qui nous avait conduits en Crimée, en Italie, en Chine, au Mexique pour finir à Sedan.
Il s’agit donc d’un coup d’état de fait peut-être inconscient, mais réel, conséquence de décennies d’abus de pouvoir de l'exécutif et de marginalisation du Parlement.

Envoyé par l'auteur, 27 avril 2018
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Bataille entre Trump et l’état profond aux USA : une mise a jour
 
Compte tenu de la complète nullité de la presse française dès qu’il s’agit de ce que dit ou fait monsieur Trump puisqu’elle ne prend ses informations que du New-York Times, j’ai pensé qu’une petite mise à jour de ce qui se passe à Washington intéresserait peut-être les lecteurs de l’IDL(1).
En voici un (très bref) résumé.
 
Le numéro deux du FBI, Andy McCabe a été viré du FBI il y a quelques semaines en perdant tous ses droits à la retraite pour faute(s) lourde(s) à la suite d’une enquête diligentée par monsieur Horowitz, contrôleur général de l’administration aux USA, personnage totalement indépendant des pouvoirs politiques et qui d’ailleurs avait été nommé à ce poste par Obama.
La semaine dernière, la même administration a demandé à ce que monsieur McCabe soit inculpé par le ministère de la Justice pour avoir menti au moins trois fois lors de témoignages qu’il avait effectués sous serment devant le Congrès, ce qui aux USA est passible de la prison à vie. Par exemple, il aurait organisé des fuites de documents confidentiels en direction du Wall-Street Journal, aurait juré devant le congrès que ce n’était pas lui et aurait envoyé des notes de service à tout le monde au FBI en exigeant que les fuites –dont il était l’auteur– cessent !
 
Monsieur Comey quant à lui, le numéro un du FBI jusqu’à ce que monsieur Trump ne le vire est également dans de très sales draps. Il a avoué avoir fait fuiter volontairement par l’intermédiaire de l’un de ses amis professeur de droit à Columbia des documents top secret qui se seraient retrouvés le lendemain matin en première page du New-York Times. Le but de cette manœuvre ? Monsieur Comey dans ce document laissait entendre qu’il avait été viré pour empêcher le FBI d’enquêter sur les liens entre Trump et Poutine, ce qui constituerait le crime d’obstruction à la justice. L’allégation ayant été prouvée fausse et la fuite de documents top secrets étant aussi un crime, monsieur Comey risque aussi de terminer sa vie prison. … Le plus rigolo est que monsieur Comey aurait affirmé lors d’un témoignage sous serment au Congrès qu’il n’était pas au courant des fuites organisées par monsieur McCabe alors que monsieur McCabe aurait juré que le numéro un était au courant de tout… Quelqu’un ment et a menti sous serment.
 
Le même Comey vient de sortir un livre dans lequel il se présente comme "monsieur propre" en insinuant que Trump serait le chef d’une mafia. Jugez-en. Par exemple, le parti démocrate avait commandé -et payé- une étude à une barbouze britannique, monsieur Steele, ancien chef de mission du MI6 à Moscou. Ce qui est totalement interdit par la loi, et pourtant n’a déclenché ni enquête ni indignation de la presse bien-pensante.
Le-dit monsieur Steele avait livré un document parfaitement ordurier dont tout le monde se rendit compte immédiatement que c’était un tissu d’âneries. Le dossier arriva "mystérieusement" sur le bureau de monsieur Comey qui s’en servit pour avoir l’autorisation de mettre les équipes de monsieur Trump sur écoutes téléphoniques pendant la campagne électorale, sans préciser au juge qui lui donna cette autorisation qu’il savait que c’était un faux, ce qui est un double crime d’après la loi Américaine. Tromper sciemment un juge, rien ne peut être plus grave. Et c’est cet homme qui donne des leçons de morale à monsieur Trump…
Et c’est ce dossier et les fuites organisées par monsieur Comey qui sont à l’origine de la nomination de monsieur Mueller, ex numéro un du FBI et grand copain de Comey en tant que procureur spécial chargé d’enquêter sur les "trumpitudes" du nouveau Président. C’est donc dire que l’enquête sur les relations entre monsieur Trump et la Russie est totalement fondée sur des FAUX et que l’on ne comprend pas pourquoi elle continue.
D’autres personnages éminents du FBI du style patron des services juridiques ou patron des communications avec les autres agences de renseignement se sont fait coincer eux aussi, s’étant envoyés les uns aux autres des 'email' expliquant comment manœuvrer pour se débarrasser de Trump. Ils vont sans aucun doute se retrouver eux aussi en danger. Bref, tout le fameux septième étage du FBI où se situe tous les "patrons" risque de se retrouver en tôle.
 
Le département des affaires étrangères, sous la conduite de monsieur Kerry serait également très gravement compromis. La CIA n’est guère mieux lotie… On peut espérer que la plupart de ces grands serviteurs de l’Etat vont aller en prison, ce qui va faire un peu désordre…
Nous en saurons un peu plus quand Mr Horowitz, l’inspecteur général, va remettre son rapport final, sans doute en mai, expliquant dans le détail exactement quelles ont été les fautes lourdes commises par ce qu’il faut bien appeler des criminels.
 
Les choses ne vont guère mieux du côté du ministère de la Justice.
Loretta Lynch, ex ministre de la Justice d’Obama serait intervenue pour freiner les enquêtes portant sur les turpitudes de madame Clinton tant en ce qui concerne le serveur "privé" qu’elle s’était montée dans l’Etat de New-York où elle habitait, ce qui là encore était un crime, que dans l’affaire de Benghazi sombre histoire qui avait donné lieu au meurtre de l’ambassadeur des USA en Lybie et de quelques soldats Américains. De même, elle aurait freiné autant qu’elle le pouvait, (ce qui n’était pas trop dur puisque le ministère de la Justice est l’autorité de contrôle du FBI), les enquêtes sur la fondation Clinton, qui n’était qu’une pompe à fric pour Bill et Hilary et elle aurait menacé un agent du FBI qui voulait témoigner dans la très bizarre acquisition de 25 % des mines d’uranium américaines par un prête-nom de Poutine, à la suite de quoi 25 millions de dollar avaient été versés par le dit prête-nom … à la fondation Clinton. Bill Clinton, l’ancien Président est mouillé jusqu’au cou dans cette histoire et lui aussi risque bien d’avoir de très graves ennuis.
 
Venons-en au procureur spécial, monsieur Mueller, grand copain de Comey, ancien numéro un du FBI lui aussi et qui n’avait pris dans ses équipes que des avocats très proches du parti Démocrate. Il serait gravement compromis dans l’affaire de la vente des mines d’uranium, à qui il avait donné son autorisation alors qu’il savait que Poutine était derrière les achats puisqu’un agent du FBI, en couverture, travaillait dans la fausse société Canadienne qui était en fait une société Russe.
Qu’elle a été sa réaction à la suite des révélations de toutes ces abominations ?
Ce grand honnête homme a décidé de lancer une enquête sur l’avocat privé de Donald Trump du temps où il était dans l’immobilier, espérant y trouver des malhonnêtetés que le Donald aurait commises il y a dix ou vingt ans, c’est-à-dire qu’il sort complètement de son mandat.
Ce qui ne l’a pas empêché de faire dire au Président qu’il n’était l’objet d’une enquête ni pour l’affaire de collusion avec la Russie ni pour ce qui pourrait sortir des archives saisies chez son avocat. Mais alors pourquoi continue-t-il son enquête et que cherche-t-il ?
Quant à madame Clinton, elle est mal partie, puisque toutes les investigations sur elle ont été menées par… Mc Cabe lui-même ce qui veut dire que toutes ces enquêtes sont réouvertes et que le pire (pour madame Clinton) est à venir.
Arrêtons ce qui n’est qu’un tout petit résumé des crimes commis par tous ces gens et essayons d’en tirer quelques conclusions.
 
La première conclusion est simple : Je sais bien que la théorie du complot est le degré zéro de la pensée politique, mais cela ne veut en aucun cas dire que les complots n’existent pas.
En réalité il semble bien qu’il y ait eu bel et bien non pas un complot mais deux, organisés par l’administration Obama, les Clinton et les plus hauts niveaux du parti démocrate.
Le premier consistait à noyauter le ministère de la Justice et le FBI avec des hauts fonctionnaires tous acquis à la "cause", selon le bon vieux principe Trotskyste (monsieur Obama dans sa jeunesse a beaucoup fréquenté ces milieux aux USA).
Le deuxième eût lieu après l’élection totalement inattendue (par eux) de Trump pour essayer de le faire tomber en se servant de fausses accusations reprises et amplifiées par ceux qui avaient été mis là, à la faveur du premier complot.
Et tout cela s’est fait avec le soutien total des grands media (CNN, Washington Post, New-York Times) et la vérité n’est en train de voir le jour que grâce à l’Internet et à quelques journalistes courageux chez Fox News ou ailleurs.
 
La deuxième conclusion est tout aussi évidente. Si madame Clinton avait été élue, nous n’aurions rien su de tout cela, et ça, c’est très inquiétant. Nous aurions eu en fait un coup d’état aux USA, exécuté par les "hommes de Davos" locaux et nous n’en aurions rien su. Voilà qui m’amène à penser que ce complot avait d’autres ramifications, à la CIA, au ministère de la Défense, au ministère des Affaires étrangères etc… et qui m’amène à me demander aussi si certains de ces criminels ne sont pas en place depuis longtemps, très longtemps. Après tout, Eisenhower, dans son allocution d’adieu en 1960 avait prévenu les américains contre le risque présenté par le complexe militaro-industriel…
 
En ce qui me concerne, lors d’un petit déjeuner en tête à tête avec le gouverneur de l’une des Réserves Fédérales locales, il m’avait été dit que la Fed était tombée sous le contrôle d’une bande de criminels à la fin des années Clinton et que la politique monétaire de la Fed était depuis menée par cette clique ploutocratique au bénéfice de cette ploutocratie. Et le même homme de me dire : "je me demande comment les citoyens américains vont récupérer leur démocratie ?"
Il semble que la réponse soit Trump.
Les voix du Seigneur sont impénétrables…
 
Venons-en aux conclusions politiques
En novembre 2018, nous allons avoir de nouvelles élections aux USA, pendant lesquelles un tiers des sénateurs seront remplacés ou reconduits et la totalité de la chambre des Représentants.
Mais il faut bien que le lecteur se rende compte d’une chose ; une grande partie des élus Républicains sont violemment opposés au Président. Ils sont connus sous le nom de "RINO", pour "Republican in name only". Chacun des RINO va devoir passer par des primaires où un candidat Trumpiste s’opposera à lui, avant que le vainqueur de la primaire ne se présente contre un démocrate.
L’élection va donc se passer en deux temps.
Dans un premier temps, qui sera très peu couvert par la presse française, il va falloir purger le parti républicain de tous ses traitres. Ce premier temps sera présenté par notre presse comme la lutte entre les gens intelligents et les idiots.
Et dans un deuxième temps, le but sera de battre les démocrates. Si, comme je le pense et je l’espère, la moitié du parti démocrate se retrouve en prison, avec tous leurs réseaux de propagande complétement démonétisés, alors je n’ai pas beaucoup de doute sur le résultat.
En revanche, plus on se rapprochera de l’élection, plus je craindrais pour la vie de monsieur Trump. Il est en train de défier des gens que rien n’arrête. S’il n’est pas assassiné, alors la vraie présidence Trump commencera en Novembre.
Si tout se passe bien, il faudra acheter la bourse de New-York et le dollar le lendemain de l’élection, au matin.
En attendant, garder sa poudre sèche en Asie me semble encore et toujours être une bonne idée.

Paru sur Institut des Libertés, 23 avril 2018
 
(1) Institut des Libertés (IDL)
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Syrie : "Pour peser, la France doit s'affranchir de l'alliance atlantique"
 
Alors que la Maison-Blanche a engagé contre la Syrie et les Russes une rhétorique particulièrement belliqueuse, Mezri Haddad implore la France de résister à la tentation de rentrer dans une guerre dont les enjeux ne semblent profiter qu'aux États-Unis.
 
"La première victime de la guerre, c'est la vérité", disait Kipling. Si toutes les guerres sont par définition même sales et destructrices, celle qui a été livrée à la Syrie, et que certains veulent relancer et porter à son paroxysme aujourd'hui, est particulièrement nauséabonde, injuste et absurde. Elle restera dans les annales des grands conflits mondiaux, avec néanmoins ce constat hallucinant : si la dernière guerre mondiale a opposé les démocraties aux totalitarismes, les valeurs humanistes à l'abjection nazie, celle dont on parle aujourd'hui a réunie dans une même coalition la barbarie et la civilisation, le monde dit libre aux forces les plus obscurantistes, l'atlantisme à l'islamisme, pour abattre le "régime de Bachar", comme ils disent.
Dans l'euphorie d'un "printemps arabe" qui était dès ses premiers balbutiements en Tunisie un hiver islamo-atlantiste, tout a été implacablement déployé pour déstabiliser un pays qui n‘était sans doute pas un modèle de démocratie, mais qui connaissait depuis juillet 2000 de profondes et graduelles réformes politiques, sociales et économiques, louables et intrinsèquement libérales, de l'aveu même de Nicolas Sarkozy, qui avait invité à l'époque (2008) le jeune Président syrien au défilé du 14 juillet.
 
Tout a été déployé, y compris cette arme de guerre redoutable et particulièrement détestable, la désinformation, avec son cortège de mensonges éhontés, de manipulations des masses, de subversions des mots. Dans cette diabolisation systématique de l'ennemi et victimisation de l'ami, l'État syrien est ainsi devenu le "régime de Bachar", l'armée arabe syrienne régulière est devenue "milice d'Assad", les terroristes sont devenues les "rebelles" ou l' "armée syrienne libre", Bachar Al-Assad s'est transformé en "tyran sanguinaire qui massacre son peuple", et les hordes islamo-fascistes, d'Al-Qaïda jusqu'à Daech, se sont métamorphosées en "combattants de la liberté" voire en "défenseurs des droits de l'homme"…
Rien ne pouvait justifier un tel aveuglement. Ni l'idéal démocratique auquel aspire effectivement le peuple syrien. Ni la question des droits de l'homme que le monde libre a certainement le devoir moral de défendre partout où ses droits sont malmenés. Ni le contrat à durée indéterminée entre l'émirat du Qatar et la République sarkozienne ! Ni même les prétendues attaques chimiques syriennes, qui étaient à la diplomatie française et à ses relais médiatiques ce que les armes de destruction massive furent à la propagande anglo-américaine, lors de la croisade messianiste contre l'Irak dont on connaît la tragédie et le chaos depuis. Dans ses mémoires, l'honnête homme Colin Powell, avoue regretter jusqu'à la fin de sa vie son discours devant le Conseil de sécurité des Nations Unies. Un autre discours, devant la même instance onusienne, restera, lui, dans l'Histoire : celui de la France égale à elle-même et fidèle à ses valeurs universelles, magistralement lu par Dominique de Villepin. Son successeur à la tête de la diplomatie française, qui se félicitait du "bon boulot" que le front Al-Nosra faisait en Syrie, ne peut pas en dire autant.
 
Faute d'une vision stratégique et géopolitique à la hauteur des enjeux cruciaux qui se dessinaient et d'une accélération de l'Histoire qui déroutait, la France sarko-hollandienne a eu une politique autiste, aveugle et inaudible qui ridiculisait le pays de De Gaulle auprès des instances onusiennes et même aux yeux de la puissance américaine qu'elle entendait servir avec encore plus de servitude que la couronne britannique ; une politique qui positionnait la France en ennemi formel d'une amie potentielle -la Russie-, en l'extirpant d'un Moyen-Orient où sa voix portait et son rôle pesait…jadis et naguère. Plus troublant encore, cette politique qui ne manquait pas de machiavélisme suscitait des doutes quant à la volonté réelle du gouvernement français de mener une guerre globale et sans pitié contre l'islamo-terrorisme, qu'il se fasse appeler Daech, Al-Qaïda ou Al-Nosra, rebaptisé pour la circonstance Fatah Al-Sham. À l'inverse de l'ancien chef de la diplomatie française pour lequel "Bachar el-Assad ne mérite pas d'être sur terre" et "Al Nosra fait du bon boulot", Vladimir Poutine a eu le mérite de la cohérence et de la constance : "on ira les buter jusque dans les chiottes", promettait-il en septembre 1999, lorsqu'il n'était encore que le premier ministre de Boris Eltsine. En France, les fichés S sont présupposés innocents jusqu'à leur passage à l'acte !
 
Le jusqu'au-boutisme droit-de-l'hommiste, l'humanisme à géométrie variable, l'homélie de l'islamisme "modéré", le manichéisme simpliste qui réduit un conflit géostratégique majeur à un affrontement entre le bien (Al-Qaïda et ses métastases) et le mal (le régime de Bachar al-Assad et ses alliés) ne peuvent plus dissimuler l'alliance objective entre le monde dit libre et les hordes barbares de l'obscurantisme islamiste. Contrairement à la propagande politique, la tragédie qui se joue en Syrie n'oppose pas un "animal qui massacre son peuple" -comme vient de le tweeter le très diplomate Trump- à des gladiateurs de la liberté qui n'aspirent qu'à la démocratie, mais un État légal et même légitime, à des hordes sauvages et fanatisées, galvanisées par ceux-là mêmes qui avaient ordonné les plus ignobles actions terroristes dans les capitales européennes. Cette tragédie se joue entre un État reconnu par les Nations Unies, qui entend reconquérir jusqu'à la dernière parcelle de son territoire tombé sous le joug totalitaire et théocratique des "islamistes modérés", et des djihadistes sans scrupule qui se servaient des civils d'Alep, de Ghouta et aujourd'hui de Douma comme de boucliers humains. Pas plus qu'à Al-Ghouta hier, quel intérêt pour le "régime de Bachar" de bombarder aux armes chimiques une ville, Douma en l'occurrence, quasiment libérée des mains criminelles des islamo-fascistes ? Les crimes de guerre imputés à Bachar dans cette ville raisonnent comme le requiem bushéen "Saddam possède des armes de destruction massive" et comme son futur refrain sarkozien, "éviter un bain de sang à Benghazi" !
 
Comme l'URSS pourtant stalinienne de 1945, la Russie est aujourd'hui du bon côté de l'Histoire. N'en déplaise aux petits stratèges londoniens de l'affaire Skripal et autres russophobes primaires figés dans les eaux glaciales de la guerre froide, Vladimir Poutine a fait les bons choix stratégiques et géopolitiques. Plus insupportable encore pour les avocassiers de la civilisation et les zélotes des droits de l'homme… islamiste, il a été le seul défenseur des valeurs occidentales… en Syrie.
De cette guerre lâche de l'islamo-atlantisme contre la Syrie, la Russie est sortie victorieuse. Même si l'État et le peuple syriens souffriront encore du terrorisme résiduel, comme beaucoup d'autres pays, y compris la France, le pays de Bachar a gagné cette guerre non conventionnelle et par terroristes et mercenaires interposés qu'on lui a livrée huit années durant.
 
Dans un communiqué officiel de la Maison blanche, c'est-à-dire un tweet matinal, le président américain a menacé la Russie de ses missiles "beaux, nouveaux et intelligents", et d'ajouter dans un second "communiqué" que "notre relation avec la Russie est pire aujourd'hui qu'elle ne l'a jamais été, y compris pendant la Guerre froide". Pour une fois, Donald Trump a parfaitement raison : la situation actuelle est plus grave que la crise des missiles de Cuba en 1962. Et elle l'est d'autant plus que c'est précisément lui qui gouverne aujourd'hui les USA et non guère un Kennedy, qui a su trouver à l'époque un modus vivendi avec Khrouchtchev, évitant ainsi pour les deux pays et pour l'humanité le pire.
Plutôt que de céder à l'hybris washingtonien, de s'aliéner aveuglément sur l'hyperpuissance américaine, comme la qualifiait Hubert Védrine, de guerroyer avec un Donald Trump imprévisible, volatile et inconscient du chaos qu'il peut provoquer dans la poudrière moyen-orientale, voire d'un conflit mondial, la France doit au contraire répondre à sa vocation de puissance souveraine et modératrice. L'occasion se présente au pays de Macron de reconquérir sa position dans cette partie du monde, de s'affranchir d'une alliance atlantique aux ennemis anachroniques et à la doctrine désuète, de retrouver sa singularité gaullienne. L'avenir de la France au Proche-Orient et dans le monde en général peut se redéployer cette fois-ci avec un sens aigu du pragmatisme, du réalisme et des intérêts mutuels bien compris. Il ne s'agit donc ni d'idéalisme, ni de fraternité, ni d'éthique, ni d'humanisme, ni même de "politique arabe de la France". Il s'agit essentiellement de realpolitik et d'intérêts réciproques euro-arabes d'une part et euro-russes d'autre part : primo le combat commun contre le terrorisme islamiste qui a saigné la Syrie pour ensuite, tel un boomerang, meurtrir la France ; secundo la relance de l'Europe voulue par les Européens sans la feuille de route américaine et avec un bon voisinage du puissant russe ; tertio la reconstruction d'un pays dévasté, non point par huit années de "guerre civile", mais par une guerre lâche et sans nom, livrée par des mercenaires recrutés des quatre coins du monde, ceux-là mêmes qui se sont retournés contre leurs alliés objectifs et conjoncturels, notamment à Londres, à Barcelone, à Paris, à Nice et récemment dans l'Aude.
 
Avec la nouvelle géopolitique qui se trame au Proche-Orient et les périls terroristes qui menacent la région et l'ensemble du monde, la nouvelle élite dirigeante française a forcément un rôle à jouer. Parce que ses liens avec la Syrie sont historiques autant que ses relations avec la Russie, la France doit pouvoir encore jouer ce rôle conforme à ses valeurs universelles et compatibles avec ses intérêts nationaux. Et si, à l'instar de Theresa May, qui a besoin de la fuite Skripal pour colmater la brèche du Brexit, et de Donald Trump, qui a toutes ses raisons de provoquer un conflit mondial pour se débarrasser de la vodka russe qui empoisonne sa présidence -la supposée ingérence de Moscou dans les élections américaines-, Emmanuel Macron n'a nul besoin d'impliquer la France dans un conflit qui n'est pas le sien et dont on ne conjecture pas encore les effets planétaires.
Paru sur Figarovox, 12 avril 2018
 Ancien ambassadeur de la Tunisie auprès de l'Unesco, Mezri Haddad est philosophe et président du Centre international de géopolitique et de prospective analytique (Cigpa). Il est l'auteur d'essais sur la réforme de l'islam.
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Centenaire de la mort de Claude Debussy (25 mars 1918)
 
L’événement passerait presque inaperçu tant sa commémoration est discrète, aussi bien de la part des pouvoirs publics que des entreprises de spectacle, pour ne rien dire des médias (à l’exception d’antennes spécialisées comme France Musique ou Radio Classique, c’est la moindre des choses). Le ministère de la Culture nous offre à peine le minimum syndical avec un site consacré à ce centenaire (centenairedebussy.culture.gouv.fr). C’est terriblement décevant. La ville de Tourcoing relève le gant avec la reprise d’une belle production de Pelléas et Mélisande, mais Paris semble avoir oublié le génie incomparable qui vécut en ses murs, square du Bois de Boulogne.
 
D’où vient cette propension suicidaire à négliger, pour ne pas dire pire, les plus beaux fleurons de notre culture. Quelle autre nation mépriserait à ce point l’un des sommets de son patrimoine musical ? On se perd en conjectures.
 
Debussy est unique et inclassable. Si l’on devait le définir par comparaison avec une autre forme de création artistique, nous dirions qu’il fut à la musique ce que Monet fut à la peinture : un impressionniste, un poète de la lumière fluctuante et irradiante, un pianiste compositeur, orchestrateur de génie qui créait des couleurs merveilleuses sur une gamme infinie. Au milieu de tant de chefs-d ‘œuvres, Pelléas et Mélisande, Le Prélude à l’après-midi d’un faune, La Mer (pour ne citer qu’eux) sont des phares du répertoire mondial. Son œuvre pour piano est aussi l’une des plus riches qui soit au monde. Que faut-il de plus pour le commémorer dignement ?
 
Claude Debussy est né en 1862 à Saint-Germain-en Laye dans une famille modeste. Son père connut une mauvaise fortune professionnelle et fut condamné à de la prison pour son engagement politique aux côtés des communards. Une de ses tantes discerne très tôt chez le jeune Claude des aptitudes pour le piano. Il entre au Conservatoire de Paris à l’âge de dix ans. Il y suit un cursus très riche et relativement long jusqu’en 1882 (piano, composition, accompagnement, orgue…). Bien noté par ses professeurs, il n’obtient pourtant aucune récompense exceptionnelle (sauf un premier prix d’accompagnement). Cela ne l’empêche pas de remporter ensuite le premier Grand Prix de Rome (1884) avec sa cantate : "La Demoiselle élue". Il y gagne un séjour à la Villa Médicis. De retour en France, cet avant-gardiste au caractère réputé difficile trouve une certaine reconnaissance sans toutefois devenir la coqueluche du "tout-Paris". Fortement encouragé (ne serait-ce que financièrement) par son aîné Ernest Chausson, il n’en reste pas moins relativement en marge du monde musical parisien qu’il fréquente sans y entretenir de durables amitiés. Il préfère la compagnie d’écrivains et de poètes comme Stéphane Mallarmé, Pierre Louÿs, Paul-Jean Toulet ou encore Victor Segalen. Une belle correspondance avec ces derniers a été publiée par son biographe François Lesure. Claude Debussy meurt d’un cancer à l’âge de 56 ans, laissant derrière lui une œuvre considérable.
 
Dans les années 60, un jeune rocker (et acteur), Eddy Mitchell, était interviewé par un journaliste : "Quel effet cela fait-il d’être une idole ?" Réponse de l’intéressé : "Si vous dites que je suis une idole, que diriez-vous de Claude Debussy ?" Anecdote à méditer…
 
L’année 2018 n’est pas terminée. Les entreprises de spectacle, les festivals d’été, les municipalités où Debussy a séjourné, le pays qui l’a vu naître devraient réparer au plus vite certains oublis et lacunes pour le moins fâcheux. À l’heure ou le "mémoriel" est tellement prisé, il est incompréhensible que la France n’honore pas mieux la mémoire de l’un de ses plus grands compositeurs.

Envoyé par l'auteur, 21 avril 2018                                                                                                                                            
 
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