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Catholique et Français toujours ?
 
Il fut un temps où brandir un drapeau tricolore et chanter la Marseillaise n’était toléré qu’au stade. Mais ça, c’était avant… Avant que le ciel ne nous tombe sur la tête, du moins que des barbares nous attaquent en plein Paris, ce funeste vendredi 13.
En à peine vingt-quatre heures, Facebook a versé dans un patriotisme digne de la fin du 19ème siècle, c’est-à-dire le plus cocardier qui soit. On a réalisé ce jour-là que ce réseau social rassemblait deux sortes de personnes : celles qui ne s’y connectent qu’une seule fois par semaine et qui n’étaient donc pas au courant et celles qui, face au tsunami tricolore, faisaient de la résistance… pour encore quelques heures. En ce jour d’hommage national, de nombreux drapeaux flottent aux fenêtres et pas seulement sur les bâtiments officiels.
Mais il y a mieux (ou pire ?). Le soir du 15 novembre, le cardinal archevêque de Paris préside une messe "à l’intention des victimes et de leurs proches et pour la France". La cathédrale est comble ; le parvis est noir de monde. Le glas sonne, majestueux et solennel. Derrière la statue de la Vierge au pilier – celle de Claudel ! – en incrustation, nos trois couleurs nationales. Au premier rang, Madame le maire de Paris, un ancien Président de la République et plusieurs personnalités politiques de premier plan. A l’offertoire, comme à son habitude, le titulaire des grandes orgues improvise. Et, en à peine quelques accords (bien ronflants…. !), interprète une Marseillaise pas très discrète. La vidéo
est encore en ligne.
Je ne suis pas historien. Mais c’est sans doute la première fois que l’hymne national fait office de musique liturgique. Pensez donc qu’à l’offertoire d’une messe catholique, c’est la musique d’un chant révolutionnaire qui a résonné, un chant qui implore qu’un sang impur abreuve nos sillons ! On ne pourra pas dire que cet offertoire-là n’était pas sacrificiel ! Tout cela s’est fait dans le consensus le plus unanime. Le comte de Chambord a dû se retourner dans sa tombe.
 
Chrétien et patriote ?
Derrière l’anecdote, se dessine certainement ce que des (fumeux) théoriciens du bon sens et du réel appelleraient "un nouveau paradigme". Et ce paradigme, le voici : christianisme et patriotisme font à nouveau bon ménage. Jadis, nos parents chantaient : "ô Marie, ô mère chérie, garde au cœur des Français la foi des anciens jours ! Entends du haut du ciel, ce cri de la patrie : catholique et français toujours !". Le cantique, pas très subtil il faut l’avouer, fait sourire. La partition qui l’accompagne n’est d’ailleurs pas non plus très fouillée, c’est peu de le dire… Après tout, des générations entières ont chanté bien avant "Dieu sauve le Roi" (ou bien "l’Empereur", au gré du régime en place) accompagné des flonflons des fanfares, à grand renfort de cuivres et de tambours. La musique patriotique ressemble souvent au vin de table : du gros rouge qui tache.
Dans d’autres pays, on n’a pas du tout ce genre de complexe. Aux USA, Barack Obama – qui a prêté serment sur la bible – termine très souvent ses discours par un "God bless America". Au Royaume-Uni, on implore Dieu afin qu’il sauve la reine. On ne fait pas mieux chez nos voisins helvètes ("Suisse, espère en Dieu toujours !"), en Russie ("Tu es seule au monde ! Tu es unique ! Terre natale gardée par Dieu"), en Norvège ("Norvégien, dans tes maisons et tes cabanes, remercie ton grand Dieu !") ou en Afrique du Sud ("Que Dieu entende nos prières et nous bénisse, nous ses enfants d’Afrique"). Saint Jean-Paul II lui-même cultivait pour sa Pologne natale une sorte de lien charnel qui n’était pas sans surprendre. Certains l’ont même trouvé un peu contre-nature, à l’heure de la mondialisation et du village global.
 
Deux cadeaux
Il faut reconnaître que les Français d’aujourd’hui traînent quelques fardeaux : le clergé du 20ème siècle a souvent prêché un christianisme un peu hors sol. Après tout, "notre cité se trouve dans les cieux" dit saint Paul aux Philippiens (3, 20). Et du coup, pas ici ! De ce fait, une certaine méfiance pèse sur le patriotisme, encore accentuée par le poids de l’histoire et de ses heurts. Comment la seule Révolution française a-t-elle par exemple été soldée chez les cathos ?
Mais, dans les larmes et le sang, les terroristes du vendredi 13 nous ont paradoxalement fait deux beaux cadeaux. Celui de l’unité nationale d’abord, cette réalité toujours fragile et sans cesse à construire. Mais plus encore, ils nous obligent à savoir qui nous sommes, ce que nous voulons défendre et construire. Ici et là, des voix s’élèvent sans complexe et sans esprit partisan. Elles nous parlent de l’avenir de ce pays où nous ne faisons pas qu’habiter mais que nous construisons, siècle après siècle. Ce pays a son histoire, son ADN, son identité. Or, un pays qui ne sait pas d’où il vient, ne peut savoir où il va. Dans un vademecum qui sent à plein nez soit l’aveuglement, soit l’idéologie (ou les deux !), l’Association des Maires de France (AMF) montre qu’elle n’y a rien compris : à l’entendre, les crèches de Noël doivent disparaitre de l’espace public afin de favoriser le vivre ensemble ! Peut-être demain nous demandera-t-on de renoncer aussi à la mixité et puis – qui sait ? –  après demain à la démocratie ? Or, ce n’est pas en renonçant à nos valeurs, à notre identité et à nos racines que nous renforcerons le vivre ensemble. Moins nous sommes fermes sur nos valeurs, plus les radicaux considèrent avoir le champ libre pour répandre leur vision totalitaire du monde.
 
Donner à la France un supplément d’âme
En fait, l’AMF veut nous imposer une nouvelle équation : plus de laïcisme signifie pour elle moins de radicalisme. L’emploi massif du hashtag #prayforParis lui a donné tort. Plus de christianisme appelle bien au contraire plus de patriotisme !
Que nous apporte l’enfant Jésus de la crèche et, avec lui, le christianisme qui a façonné la culture occidentale ? Ce nouveau-né de Bethléem, qui semble tant déranger, vient non seulement nous révéler l’amour de Dieu pour le monde mais aussi nous apporter un regard nouveau sur l’homme raisonnable, icône d’un Dieu rationnel. Les paroles prophétiques de Benoît XVI à Ratisbonne [sur la motivation religieuse de la violence, en septembre 2006] résonnent encore à nos oreilles…
Plutôt que de cacher ou d’enfouir les racines chrétiennes de la France, ne faudrait-il pas – plus que jamais – les retrouver et les mettre à jour ? Elles lui donneront ce supplément d’âme dont notre pays a tant besoin !
Paru sur www.padreblog.fr, 27 novembre 2016
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Du bon usage du snobisme
 
Puisque le snobisme est totalement incorrect, il est important de tenter de faire bon usage de tous ces petits "riens" signifiants qui nous tiennent à cœur et façonnent souvent notre savoir vivre.
Qui n'a pas été charmé, accroché, émerveillé devant l'apprentissage de la parfaite élocution d'Eliza dans le film "My fair lady" ? Oublions évidemment tout ce qui tient à la high-society britannique et de ce que l´on appellerait aujourd'hui "la violence sociale" de Mr Higgins ! Même si celle-ci est enrobée de bons sentiments qui nous emmènent vers une happy-end pour notre plus grand bonheur... Le pari de transformer la ravissante Audrey Hepburn en femme du monde se rapporte plus à sa gouaille traînante et nasillarde, signe extérieur criant des bas quartiers (nos banlieues !) qu'à son comportement. Et ce qui continue de nous interpeller c'est la voix, l'accent, l'intonation... Jamais nous n'avons été autant confrontés à une telle incidence sociétale de l'accent et de l'expression verbale. C’est parfois un véritable frein à l'emploi, à la promotion, que ce marquage social, objet conscient ou inconscient de racisme.
Les intonations, le verlan, les expressions caricaturales, la volonté d'une vulgarité affichée sont l'expression d'une révolte et d'un refus de s’assimiler. Pire, cela coïncide en général avec la tenue et le comportement. Chez les jeunes de tous bords, "l'accent XVIe" n'est plus de mise et heureusement, mais hélas le mal parler est devenu la mode. La langue verte au moins avait du talent.
 
Etre cool c'est imiter l'intonation "caillera" ("racaille" pour ceux qui ne sont pas au niveau du verlan courant) autrement dit "le jouer loubard" et dans tous les milieux. Certains résistants, dépassés, essaient timidement de lutter contre les fautes de grammaires revendiquées, les inversions grammaticales, la disparition de la forme interrogative en particulier dans les médias ("vous voulez dire quoi?"), les accords disparus, les abréviations, les mots "vulgos", "c'est tendance"; les tics de langage deviennent la norme... On n'évoquera même pas la grammaire dont feu l'accord du participe passé "avec le complément d'objet direct s'il est placé avant l'auxiliaire avoir". Terminé ! C’est le lointain vestige d'un Bescherelle bourgeois monument historique et regardé d'un sale œil par l'Education Nationale (la réforme de l'orthographe est un symptôme).
 
Pire! Les élus au plus haut niveau (vous voyez ce que je veux dire) s'entrainent, pour faire proche du peuple, à la faute de français, voire à la faute de grammaire sympa. Je vous passe les gros mots. C’est ainsi que stupéfaits, on a entendu à la TV sur France 3, Alain Juppé dire volontairement et devant la caméra, dans un reportage "je les emmerde ! S’ils se font chier avec moi qu'ils aillent voir ailleurs”. La syntaxe demeure correcte certes, mais il a raison je vais peut-être aller voter ailleurs…
Quant à l'accent tonique, il s'est déplacé, le phénomène gagnant peu à peu toutes les catégories sociales, il repose maintenant sur la dernière syllabe, faisant trainer tous les mots ; le "E" muet se prononce avec insistance et l'accent n'a plus rien de tonique (“bonjourE") ! Si vous parlez "bien", pire avec un phrasé un peu recherché et que vous articulez, vous êtes classé "bourge" (la honte). La revendication égalitariste passe par le nivellement par le bas, le langage n'y échappe pas.
Alors, Résistons ! Au nom de l'esthétique et de la musique des mots et des phrases... Soyons snobs, au nom du français.
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Messieurs les candidats : les fonctionnaires ne sont pas des pions !
 
S'ils ont tous raison sur le nombre pléthorique d'agents de la Fonction Publique, il est très étonnant qu'aucun des candidats de droite, n'ait été capable de parler en termes de ressources humaines des fonctionnaires. Ils se cantonnent aux chiffres ; effet répulsif garanti et anxiogène pour les malheureux comptabilisés comme des pions et pour tous les autres qui croient qu'ils vont être privés des services rendus. Alors, vite que nos candidats se comportent en managers responsables, pitié !

Qu’ils consultent des conseils en organisation, des sociétés spécialisées en ressources humaines, des DRH, qu'ils structurent un méga plan marketing national, un projet de formation par typologie de fonctions, des échelles de progression, des primes au rendement, de nouvelles conditions de rémunération ; qu'ils prévoient des conditions volontaires de départ... et qu'ils expliquent, expliquent encore, détaillent, rassurent. Il faut enfin, et pour la première fois, gérer et manager les grandes entreprises que représentent les différentes fonctions publiques comme on le fait dans un grand groupe en cas de fusion ou d’acquisition... simple comme la gestion entrepreneuriale ; qu'ils demandent, on leur expliquera ! Ce n'est pas si difficile à condition qu'on accepte de raisonner dans le concret : qu’on définisse des "filiales" (secteurs de l'administration) que l'on souhaite conserver sous statut, qu'on réfléchisse aux nouveaux moyens à mettre en œuvre pour améliorer la "productivité " et pour quels objectifs et avec quels résultats ?
 
Il y a des professionnels pour ce type de mission dont c'est le métier, alors que nos élus auraient la science infuse et s'estiment au-dessus du "comment on fait". . Or, tant qu'on ne parlera pas de la réduction de la Fonction Publique sous un angle constructif, les Français douteront et les fonctionnaires et leurs syndicats se révolteront. Même notre nouveau champion François Fillon, nous parle de 500 000 fonctionnaires comme il parlerait du nombre d'élèves par classe. Le vide sidéral du contenu de cette diminution de la fonction publique est saisissant y compris dans l'opposition, pour un peu on nous parlerait en Kg de fonctionnaires ; "je vous en supprime 500 000" "non, je vous en enlève seulement 300"... Et tous de se ruer sur l'exception que constitue le manque d'infirmières ou de policiers.
Un tel manque d'égards pour les intéressés et l'impression de non préparation qui en découle en dit long sur l'éloignement du monde de l'entreprise de ceux qui nous gouvernent. Il faut s'assurer d'un vrai projet et de la capacité à gérer des hommes, des plans de carrière et des pans entiers d’activité du pays. Cela ne s'improvise pas dans les urnes du suffrage universel !
Personne ne semble s'être vraiment posé la question de qui fait quoi, où, comment, à quel prix et pourquoi ?
 
La définition des missions régaliennes de l’Etat, qui devrait être la première pierre de l'édifice de reconstruction du pays, est soigneusement éludée, très vaguement évoquée avec l'armée et la police et... l'école,  sans convictions. C'est pourtant la base de l'acceptabilité de cette réforme majeure qui conditionne le retour à l'équilibre des comptes. Il n'est pas question de montrer du doigt des hommes qui font plutôt ce qu'ils peuvent, du moins ce qu'on leur demande, avec une hiérarchie démunie et impuissante.
Ils sont dirigés sans projet d'entreprise" sans aucun sens donnė à leurs taches, sans notion de réussite, de récompense; le mérite se calcule à l'ancienneté ! Aucune motivation, de possibilité de progresser de s'enrichir ou de satisfaire l'ambition individuelle.
La Fonction Publique est devenue une masse salariale hors de prix, indistincte, avec un statut et des régimes spéciaux injustes aux yeux de l'opinion publique. Si le statut est indispensable pour ces missions régaliennes et encore pas pour toutes les fonctions, il faut le dire. Expliquer que l'on ne va pas diminuer la qualité des services dus à nos concitoyens mais redonner au privé tout ce qui peut l'être. Un principe de subsidiarité avec des cahiers des charges qui imposent un service rendu identique sinon meilleur et en tous les cas moins coûteux.
Pourquoi une infirmière à l'hôpital ferait-elle mieux les piqûres qu'une infirmière du privé ? Pourquoi dans une collectivité faut-il un jardinier sous statut pour tondre les pelouses de la préfecture ? Pourquoi un directeur de lycée ne peut-il pas recruter les professeurs, les payer et contrôler la qualité de la prestation rendue ou même simplement faire repeindre les locaux ?!
 
Quand on engage un fonctionnaire, on le recrute et on le paie à vie...  au nom de quelle équité ? Les travailleurs français doivent être libres et égaux devant le travail ; citons simplement les jours de carence ? Pourquoi cette inégalité ?
Pourquoi empêcher de pourvoir les postes nécessaires avec des salariés du privé ? S’empêcher d'en supprimer quand c'est nécessaire (au lieu de les mettre au placard) avec la même flexibilité que celle que nécessitent toutes les entreprises dans un monde en pleine mutation.
La révolution du bon sens est là, faire fi d'un mauvais modèle français qu'on nous vend à tort et que personne ne nous envie. Personne ne s'attache à la forme, au fond et à la méthode ; or c'est dans le détail que se joue la vraie révolution de la Fonction Publique qui bénéficiera à tous.
 
C'est LE challenge à relever... et pas seulement sur un principe flou incompréhensible du "non remplacements des départs à la retraite" ou du "non remplacement d'un fonctionnaire sur deux ou sur trois". Cela n'a pas de sens sinon celui implicite que nos pauvres fonctionnaires sont des pions interchangeables et inutiles : c’est faux.
Le pire c'est qu'on impute inlassablement cette "purge" à un libéralisme forcément ultra. C'est exactement le contraire, seul le libéralisme bien appliqué avec ses règles, permettra une saine concurrence et la valorisation des tâches individuelles dans le respect du talent de chaque individu.

Paru dans Challenges, décembre 2016
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François Fillon l’homme qu’il nous faut ?
 
Les commentaires qui ont salué la victoire de François Fillon aux "primaires de la droite", reflètent l’espoir qu’une part importante de l’opinion publique met en lui. Sa personnalité attire la sympathie ; son programme suscite l’adhésion. Ceux qui ont voté pour lui le pensent capable de rétablir la situation dégradée de notre pays.
J’aimerais partager l’engouement de tant de mes concitoyens. L’examen des réalités m’oblige à plus de circonspection.
 
Parlons d’abord de la France. Laissons de côté les indicateurs économiques et sociaux. Chacun sait qu’ils ne sont pas bons mais ils ne montrent pas ce qui est le plus inquiétant. Allons droit à notre situation politique. Elle se caractérise par des fractures qui s’agrandissent et des tensions qui s’accroissent entre catégories de citoyens devenus étrangers les uns aux autres. Certaines des cassures sont anciennes : elles trouvent leur origine à l’époque pendant laquelle Giscard était notre Président. C’est le cas, par exemple, de la séparation qui s’est faite entre les cités habitées par les familles d’immigrés maghrébins et africains et les quartiers où vit la population de souche française ; d’autres remontent à Mitterrand : ainsi le gouffre qui s’est creusé entre les gagnants de la mondialisation –les favorisés des grandes métropoles- et les perdants –les classes moyennes des villes de province-. D’autres encore sont apparues plus tard. Le référendum organisé par Chirac, en 2005, a révélé le divorce provoqué par la construction européenne entre la "France d’en haut" et celle "d’en bas". Les lois sociales voulues par la gauche et notamment celle des "35 heures" ont exacerbé l’opposition entre les salariés protégés du secteur public et ceux qui reçoivent de plein fouet les coups de la concurrence universelle.
          
Le malheur de la France tient à ce qu’aucun de ses responsables politiques n’a sérieusement tenté, depuis quarante ans, de réduire les fissures quand elles sont apparues. Elles ont prospéré insidieusement, sont devenues lézardes puis coupures. François Hollande en a hérité. Loin de les réduire, il les a volontairement agrandies et en a même ouvert d’autres. Sa manière de faire, toute en cautèle et équivoque, a dressé les syndicats contre les entreprises, les conservateurs contre les féministes et les catholiques contre les homosexuels. Il va laisser la France plus profondément et plus gravement divisée qu’elle ne l’était quand il a pris le pouvoir. L’une des fractures qu’il a cru habile de cultiver est devenue particulièrement inquiétante : l’immigration désordonnée suscite une violence multiforme devant laquelle les pouvoirs publics sont désemparés.
                
Les candidats au poste suprême doivent être jugés d’abord en fonction de leurs capacités à recoudre les déchirures de notre tissu social. Les quatre millions de citoyens qui ont participé à la primaire de la droite l’ont senti d’instinct. Ils ont écarté Sarkozy et Juppé. Le premier a trop exhibé ce que les journalistes appellent son caractère clivant. Il n’est pas l’homme de la situation. Le second en est resté à des recettes du passé, qu’on sait inopérantes. Le choix des électeurs s’est porté sur Fillon. Il a su donner l’impression d’un homme d’Etat clairvoyant, calme et ferme. Ce sont les qualités dont nous avons besoin aujourd’hui au palais de l’Elysée.
La question est de savoir si Fillon est celui que la campagne a fait paraitre. A lire le détail de son programme, à écouter attentivement ses discours, à fouiller son passé de député et de ministre, la réponse n’est pas claire. On y découvre des ambigüités, des revirements, voire des retournements qui laissent perplexe. Et puis, comme si les redoutables défis qui l’attendent ne suffisaient pas à sa tâche, le candidat de la droite s’en est ajouté d’autres. Il s’est engagé à organiser cinq référendums successifs, dont deux dès septembre prochain. Je n’arrive pas à démêler les raisons de ces étranges consultations populaires : je crains qu’elles soient comprises comme le renfort qu’appellera un Président peu sûr de lui ou bien l’alibi dont il aura besoin pour justifier ses abandons.
                   
Il y a très peu de chances que notre peuple confie son destin, en mai prochain, à un candidat issu de la gauche. Elle a fait beaucoup de mal à la cohésion nationale. Tant qu’elle ne changera pas son projet politique, elle ne retrouvera pas la confiance de la majorité des électeurs ni même celle d’une minorité à ménager à tout prix. Le danger qui menace François Fillon vient de sa droite. Pour s’en préserver, l’ancien premier ministre doit convaincre les Français qu’il est réellement le chef que les circonstances appellent. S’il n’y parvient pas, la victoire ira à Marine Le Pen.
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Ces “pédagogistes” de l’Éducation nationale qui ont cassé nos écoles et nos élèves
 
Les classements internationaux s’accumulent et les résultats sont toujours les mêmes. Toujours insuffisants, toujours désespérants. Les écoliers français s’enfoncent dans une médiocrité inaltérable. En orthographe, ils sont devenus nuls ; en français, ils ont une culture lacunaire et une syntaxe appauvrie. En mathématiques, ils ne maîtrisent plus les raisonnements les plus élémentaires. Pourtant, l’école française de mathématiques a longtemps été un fleuron envié dans le monde entier. On collectionnait les médailles Fields, équivalent du prix Nobel en mathématiques. Mais c’était avant.
Avant que la Rue de Grenelle ne nous ponde une de ces réformes dont elle a le secret. Avant qu’elle ne supprime, en 1995, la section C, pour la remplacer par une section S, plus "inclusive". Dans le jargon de l’Education nationale, cela signifie qu’on abaisse le niveau d’exigence pour intégrer plus de monde. Qu’on étouffe l’élite sous le nombre au nom de l’égalité. Vieille rengaine. Depuis quarante ans, nos idéologues pédagogistes ont ainsi méthodiquement détruit chacune des strates de l’école, primaire, collège, lycée, en nous faisant croire que le "niveau monte", puisqu’on distribuait toujours plus de diplômes selon une logique inflationniste que les économistes connaissent bien.
Ils ont mis "l’enfant au cœur" d’un enseignement dont ils ont éloigné la transmission des savoirs. Ils ont réduit les heures de français, supprimé les humanités, pour mieux les remplacer par une éducation "civique", un pseudo-apprentissage au "vivre-ensemble", où règne la propagande antiraciste, féministe, et écologiste.
 
Dans les classements internationaux, les pays asiatiques dominent alors que ce sont justement dans ces écoles qu’on applique les bonnes vieilles méthodes du par cœur, de l’autorité incontestée du maître et de la stricte discipline. Mais il en faudrait plus pour ébranler l’arrogance de nos idéologues qui tiennent la Rue de Grenelle.
Il faut dire à leur décharge ce qu’ils n’oseront jamais dire : dans les pays asiatiques, pas d’immigration, pas de diversité, pas de population venue du sud qui ne maîtrise pas la langue du pays, avec un bagage socioculturel très faible ; pas de contestation des enseignements au nom du saint Coran. Les résultats des écoles françaises sont globalement médiocres, mais dans les banlieues, ils sont catastrophiques. Nos experts sautent sur l’occasion pour en déduire que l’école française est odieusement inégalitaire et pour proposer de nouvelles réformes pour abaisser encore plus le niveau. C’est le cercle vicieux parfait. Pour en sortir, deux solutions : l’autonomie des établissements scolaires à la manière anglaise, au nom de la liberté, quitte à accepter une inégalité encore plus forte (ce qui n’est pas peu dire !). Ou faire feu sur le quartier général et détruire le nid de pédagogistes. Chacun choisira selon son tempérament et ses traditions politiques.
Paru dans Le Figaro Magazine, 9 décembre 2016
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Les normes ont remplacé les règles
 
Dans une société vivante les individus dépensent leur énergie ; ils s’entraident les uns les autres et se retrouvent ensemble pour gérer ce qui les dépasse, le volcan, la tempête, l’inondation et les questions sans réponses auxquelles ils apportent des réponses collectives qu’ils appellent religion et qui les apaisent parce que tout le monde y croit ou fait semblant d’y croire. Les règles sont les lignes à suivre pour avancer vers le but de sa société et vers son propre but. Ces lignes sont droites par la simple utilisation du mot règle et elles libèrent l’énergie individuelle à la seule condition que cette énergie ne s’oppose ni au groupe ni au sacré qui le soude.
Le matérialisme du XXe siècle a tout désacralisé sans se rendre compte qu’il dissolvait par là-même le lien spirituel du groupe, celui qui permettait de prendre le risque de l’autre en s’acceptant incomplet. Chacun a été invité à se croire accompli, à se vouloir complet et à n’avoir besoin des autres que matériellement. Cette utopie non réfléchie fait se décomposer tous les groupes, du couple à la famille puis à la société commerciale ou à l’association loi de 1901. Chaque individu est invité à se prendre pour un petit dieu mais comme il reste un animal social, il cherche à se regrouper avec d’autres petits dieux qui ont les mêmes certitudes que lui. C’est la base des communautarismes qui nous rongent de l’intérieur car nous ne les remarquons que chez les autres. Communautarisme islamique certes mais aussi communautarisme politique, communautarisme médiatique, financier, communautarisme professionnel et même communautarisme amical.
 
Les règles qui formaient un cadre libérateur sur lequel on pouvait s’appuyer pour avancer ont été remplacées par les normes qui forment un cadre apparemment tout aussi sécurisant mais en fait oppressant où celui qui est hors du cadre est le mal, ce qui empêche de voir le mal en soi-même. La règle menait au bien, la norme définit les limites du bien et voue aux Gémonies tout ce qui lui est extérieur. C’est, venant d’outre Atlantique, le règne de la judiciarisation de tout, c’est le prêt-à-penser que les lois Pleven du 1er juillet 1972 et Gayssot du 13 juillet 1990 ont rendu obligatoire et qu’il est devenu délictueux de discuter. La liberté d’expression n’est plus en France qu’une très belle coquille vide. N’a le droit de s’exprimer que ce qui est dans la norme, que ce qui est décrété normal par décision politique.
 
Ce phénomène a pris une ampleur démesurée à partir de la deuxième moitié du XXe siècle où l’on a figé le mal à Berlin en 1940 comme les Eglises l’avaient précédemment figé en enfer. Comme tout bon curé menaçait de l’enfer les enfants de tous âges, tout "bon" journaliste accuse de vouloir retourner "aux heures les plus sombres de notre histoire" quiconque à l’audace de penser que le travail, la famille et la patrie sont trois règles fondamentales. On est passé de la "reductio ad Hitlerum" des années 50 à la "loi" de Godwin qui énonce que toute discussion qui s’éternise fait forcément entrer le nazisme comme mal de référence et repoussoir nécessaire..
C’est la norme étouffante qui crée la radicalisation et qui introduit la violence et l’élimination physique du mal. Et l’on se dirige sans le vouloir vers ce que l’on voulait fuir.
La règle était une ligne de conduite, la norme est un enfermement dans un cadre qui a le droit d’être mensonger puisqu’il n’est pas discutable.

www.surlasociete.com
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Le crépuscule des démagogues
 
Qu’est-ce que la démagogie?
Pour parler de ce sujet qui semble être àla mode je vais retenir la définition qu’en donne Wikipedia : "La démagogie (du grec demos "le peuple " et ago : "conduire") est une notion politique désignant  les façons par lesquelles les dirigeants mènent le peuple en le manipulant pour s’attirer ses faveurs, notamment en utilisant un discours flatteur ou appelant aux passions. Le discours du démagogue sort du champ du rationnel pour s’adresser aux pulsions, aux frustrations du peuple, à ses craintes. En outre il recourt à la satisfaction immédiate des attentes ou des souhaits les plus flagrants du public ciblé, sans recherche de l’intérêt général mais dans le but de s’attirer personnellement la sympathie, et de gagner des soutiens. L’argumentation démagogique doit être simple, voire simpliste, afin de pouvoir être comprise et reprise par le public auquel elle est adressée. Elle fait fréquemment appel à la facilité voire à la paresse intellectuelle en proposant des analyses et des solutions qui semblent évidentes, sans une dose (nécessaire, et suffisante) d’imagination."
La notion de démagogie nous vient donc de la Grèce antique où être un démagogue consistait à raconter au peuple que la farine serait chère (pour plaire aux paysans) et le pain bon marché (pour plaire aux autres). En termes simples, le démagogue tient des propos dont il sait qu’ils sont idiots et contradictoires les uns avec les autres en pensant que cela va l’amener à être élu, et donc à vivre aux dépens des autres sans avoir à travailler vraiment.
Pour Aristote, la démagogie, comme l’anarchie, étaient des maladies de la démocratie et comme chacun le sait, la démagogie a tué la démocratie à Athènes. Entre un démagogue et un escroc, la seule différence réside dans la taille de la tentative d’enfumage et certainement pas dans les principes de fonctionnement. Le principe est le même, le démagogue et l’escroc pensent que le peuple ou le gogo sont idiots, et dans le fond cela les amusent de les tromper… 
 
Essayons de résumer l’histoire de la politique en France depuis 1981 à la lumière des lignes précédentes ,en passant en revue les figures marquantes de la scène politique depuis cette date fatidique où la France est passée de l’ombre à la lumière.
 
Commençons par monsieur Mitterrand.
A l’évidence, il fut un dirigeant désastreux (il suffit de regarder là où la France en est aujourd’hui pour s’en convaincre), mais cette incapacité à s’élever que donne une âme basse ne doit pas dissimuler qu’il fût un démagogue prodigieux, sachant jouer comme personne des passions opposées qui déchirent la France depuis très longtemps. Il arriva au pouvoir en proposant un programme extraordinairement irréaliste et simpliste et donc démagogique (le Programme Commun de la Gauche) tout en sachant pertinemment qu’il allait amener à un désastre économique, ce qui ne le gêna nullement. Pour ce genre d’homme, la fin (arriver au pouvoir) justifie les moyens (le mensonge utilisé comme un moyen politique). Mais ce qui était le plus remarquable chez monsieur Mitterrand était qu’il prenait un plaisir intellectuel considérable à rouler tout le monde dans la farine, et en particulier les gens de son parti, étant en cela beaucoup plus escroc que démagogue. Et pour arriver à ses fins, il utilisait à merveille la puissance de la parole, à laquelle les Français, héritiers des Gaulois sont très attachés. J’en veux donc beaucoup à monsieur Mitterrand qui, de façon consciente,a convaincu les Français que mentir, trahir, être malhonnête étaient nécessaires pour être élu et pour gouverner et qui donc a fait de notre pays une nation où l’électorat est devenu cynique et où plus personne ne croit à la notion de la recherche du bien commun. Si les dirigeants recherchent leur intérêt personnel, alors, on ne peut pas demander au peuple de surmonter des passions qui dans le passé nous ont amené souvent à la guerre civile.
 
A ce personnage  qui ne manquait pas d’une certaine grandeur noire succéda un autre démagogue d’envergure, monsieur Chirac, auteur de cette phrase immortelle "Les promesses faites par un candidat n’engagent que ceux qui y ont cru ", qui est la meilleure définition jamais donnée de la démagogie. Apres 14 années de Mitterrandisme, nous en étions arrivés à un point ou le candidat non seulement n’essayait même plus de dissimuler qu’il était un démagogue mais bien mieux s’en vantait. L’escroc prenait comme acquis le fait que le peuple était idiot et ne demandait qu’à être trompé. Et les Français de rire grassement à cette fine affirmation que pour gouverner, il fallait être une crapule. Se reconnaître cyniquement comme démagogue et en même temps affirmer à haute voix que le peuple était facile à berner, c’était de façon implicite condamner la Nation à mort en détruisant la volonté de vivre ensemble. Quel pays mérite t-il de survivre s'il est composé de crapules, de benêts et d’esclaves qui choisiront volontairement de rester en esclavage ? Il est difficile de tomber plus bas moralement, et les résultats de monsieur Chirac furent à la hauteur de la confiance qu’il avait dans la démocratie.
La chute continua malheureusement avec les deux Présidents suivants, d’abord un démagogue mâtiné de populiste, suivi par un autre démagogue inapte quant à lui  à la moindre prise de décision, et la dégringolade morale de notre pays continua donc de façon accélérée. 
 
Pourquoi suis en train de revenir sur ces quarante années calamiteuses va me demander le lecteur? 
Pour une raison très simple : la quasi-totalité des commentateurs politiques qui ont le droit à la parole dans notre beau pays c’est-à-dire ceux affiliées aux sectes "hommes de Davos", plutôt de droite, ou "Oints du Seigneurs", plutôt de gauche, s’en vont partout répétant à qui mieux mieux que les raclées électorales que leurs candidats sont en train de subir viennent de ce que le peuple serait en train de tomber sous le charme néfaste de méchants démagogues.
Et voilà qui me semble le degré zéro de l’analyse politique.
Car en France depuis 1981, nous n’avons été gouvernés que par des démagogues, chacun d’entre eux étant pire que le précédent. A mon avis, et depuis la sortie de scène de monsieur Barre en 1981, la démagogie a de fait totalement dominé toute la politique de notre pays. Et donc, dire que la France serait à la veille de tomber entre les mains d’affreux démagogues c’est simplement nier l’évidence que la France n’a été gouvernée que par des démagogues et depuis très longtemps.
C’est prendre les gens une fois encore pour des imbéciles et donc être soi-même dans le camp des démagogues en place. (Ceux qui disent cette contre vérité sont bien entendu payés par les démagogues au pouvoir actuellement et ils sont morts de peur de voir leurs prébendes s’arrêter si leurs maitres venaient à être battus.)
Car ces régimes démagogiques qui nous plombent ont engendré de façon inévitable un système de caste quasiment héréditaire, une sorte d’église, pour laquelle la politique est devenue un métier, une occupation à plein temps. Et le modus operandi de cette caste dont fait partie le système des media officiels consiste à déployer des règles qui visent toutes à empêcher le Peuple de s’exprimer en essayant de lui faire croire qu’il est divisé et que ses différentes parties ont des intérêts radicalement différents.
 
Cela a été la stratégie de madame Clinton pendant toute la campagne électorale aux USA : essayer de faire croire que voter pour monsieur Trump c’était voter pour le racisme, le sexisme, la xénophobie et que sais-je encore. Tout le monde a compris pourquoi il ne fallait pas voter pour monsieur Trump. A ce jour, personne ne m’a expliqué pourquoi il fallait voter pour madame Clinton… Et cette stratégie fut brillamment reprise par monsieur Juppé pour la primaire de la droite, avec les résultats heureux (pour nous, mais pas pour lui) que chacun a pu constater.       
Et donc, le peuple n’est pas en train de se laisser séduire par je ne sais quel démagogue mais est tout simplement soit en train de se rendre compte que la démagogie ne fonctionne pas comme système politique, ce qui serait une bonne, une très bonne nouvelle, soit que les démagogues au pouvoir sont vraiment trop nuls et qu’il faut en essayer d’autres, ce qui serait moins encourageant.  
En fait, ce à quoi nous assistons est dans le fond tellement surprenant que nul ne semble prendre conscience de la réalité du phénomène qui se déroule sous nos yeux : le peuple (et j’ai presque envie de dire les peuples tant ce mouvement est mondial), est en train de se révolter contre les démagogues et les structures de pouvoir qu’ils ont mis en place, ce qui est une chose extraordinairement nouvelle. Hélas, cela ne veut pas dire que le peuple ne va pas voter pour de nouveaux démagogues du style de monsieur Mélenchon par exemple, mais en tout état de cause il semble bien décidé à virer les démagogues au pouvoir depuis des décennies sous leur forme "de gauche" ou sous leur forme "de droite".  
Apres tout, la gauche de pouvoir a trahi le peuple pendant au moins un demi-siècle, alors que la droite pendant la même période a trahi la Nation. 
Donc nos élites vont être virées pour haute trahison tant démagogie et traîtrise vont toujours de pair. Et dans ces procès pour trahison qui s’annoncent, il me semble que l’un des deux pans de la machine mise en place depuis quarante ans pour contrôler les peuples risque de s’effondrer, et je veux bien entendu parler ici des partis de gauche.
Pour la droite retrouver des gens qui vont parler à nouveau aux citoyens "du Pays" n’est pas très difficile comme l’ont montré les exemples de Nigel Farage, de Trump ou d’Orban en Hongrie. Les candidats ne vont pas manquer et je ne doute pas du succès.  Pour la gauche, qui est maintenant représentée par une élite urbaine et administrative de bobos qui détestent le peuple (Voir Cabu et son beauf), la tâche pour trouver de nouveaux représentants du "peuple de gauche" va être beaucoup plus ardue puisque celui-ci est en train de disparaître…                                  
Et cela sera d’autant plus difficile que cette gauche n’a plus aucun corps de doctrine, le socialisme ayant échoué partout tandis que l’internationalisme, doctrine officielle de la nouvelle gauche (un tiers-mondiste, deux tiers mondains) n’est guère attrayant en dehors du corps professoral et du Vème arrondissement à Paris.
Et donc, les partis de gauche s’écroulent partout sous nos yeux et en temps réel : aux USA avec le parti Démocrate, en Grande–Bretagne avec le parti Travailliste, en France avec le parti Socialiste qui risque bien de disparaître ou de se scinder en deux ou trois composantes comme cela s’est déjà passé en Espagne. Et je ne parle pas de la Pologne ou de la Hongrie où ces partis ont déjà quasiment disparu.
Bref, il me semble que les cartes politiques vont être rebattues dans tous les pays démocratiques : d’un côté, nous aurons une droite terrienne, industrielle, protectionniste et fondamentalement conservatrice ; de l’autre, une droite libérale plutôt internationaliste, travaillant dans les services et plutôt fondamentalement libertaire sur le plan des mœurs.
Et entre les deux, pas grand-chose…  C’est ce que va révéler sans doute la prochaine élection présidentielle en France.
Et je n’ai pas la moindre idée du poids respectif de ces deux forces politiques en France à l’heure actuelle.
Et je suis loin d’être le seul…
institutdeslibertes.org 
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Le renoncement de François Hollande ou le signe d'une crise aiguë de la politique française
 
Le 1er décembre 2016 restera une date significative dans l'histoire de la Ve République. Pour la première fois depuis près de 60 ans, un chef de l'Etat renonce, à l'issue de son premier mandat, à solliciter le renouvellement de son bail élyséen. Ce choix annoncé cinq mois à l'avance, est le résultat d'une situation devenue ingérable pour lui : abîme d'impopularité, isolement politique croissant, sondages lui annonçant une déroute, voire une humiliation au premier tour des présidentielles. La publication de l'ouvrage Un président ne devrait pas dire ça semble avoir été l'élément déclencheur de sa chute.
Si le président Hollande avait au contraire annoncé sa candidature, il aurait subi une avalanche de critiques sur le thème du mépris de l'opinion, de l'aveuglement et de l'enfermement dans une tour d'ivoire. D'ailleurs, l'immense majorité des observateurs et éditorialistes prévoyaient sa candidature. Pourquoi ne pas lui rendre hommage pour un acte de lucidité sur la situation politique générale et sur lui-même, contre l'attente générale ? En moins d'une semaine, la communauté nationale a été frappé par deux séismes, deux nouvelles que nul n'attendait un mois auparavant ou n'avait anticipé: la victoire de François Fillon aux primaires de la droite et du centre puis l'annonce de cette candidature de François Hollande.
 
Il existe deux manières d'analyser cet événement.
Le réflexe normal, habituel, constant, consiste à tenir le personnage de François Hollande comme unique responsable de cette déroute politique. Dans cette vision, il n'était pas adapté à la fonction, pour des raisons tenant à sa personnalité, à son inexpérience de l'Etat, à son absence de conviction et son opportunisme. Par ses actes, il se serait lui-même jeté dans l'impasse. Il ne ferait alors que récolter ce qu'il avait semé. Dans cette optique, le remplacement de François Hollande à l'Élysée en mai prochain serait en soi un premier pas dans le redressement de la France.
 
Il est une question que nul aujourd'hui ne semble avoir envie de se poser : et si la chute de François Hollande n'était que l'expression ultime d'un malaise politique français infiniment plus profond ? Sans entrer dans une logique d'excuse ou de complaisance à son égard, nous assistons quand même, autour de cet événement qu'est l'annonce de sa non-candidature, à un sidérant ballet de personnalités en tout genre, qui paraissent obnubilées par l'idée de prendre sa place. Il est reproché au président, à travers sa logorrhée auprès de journalistes, d'avoir voulu se mettre en scène. Mais ce à quoi nous assistons par ailleurs, autour de lui, ressemble bel et bien à une fuite généralisée dans la démence narcissique. La vie politique se résume désormais, de A à Z, à une grande explosion de vanité de la part d'une multitude de personnages qui n'ont rien prouvé de plus que lui, et qui s'enivrent du rêve élyséen.

Dès lors que l'obsession de soi-même devient l'alpha et l'oméga de la vie publique, le sens de l'intérêt général devient un sujet secondaire. L'idée même du gouvernement de la France pour le bien commun prend une connotation chimérique. La politique devient un grand exercice de posture, de communication, de spectacle et de culte du moi. Dans cet état d'esprit, il est utopique d'attendre des dirigeants obsédés par "leur trace dans l'histoire" qu'ils placent l'intérêt général au centre de leurs préoccupations.
Etrangement, le sujet n'intéresse personne. Pourtant, le présidentialisme à la française est bel et bien malade. Il faut bien voir que depuis Georges Pompidou, la cote de confiance des chefs de l'Etat connaît une érosion constante, jusqu'à atteindre un plancher. Aujourd'hui en France, toute la vie publique nationale et médiatisée se confond avec le visage et la voix d'un homme : l'occupant de l'Élysée. Le culte médiatique de la personnalité présidentielle atteint des dimensions vertigineuses, digne de la Corée du Nord. Mais dès lors que le chef de l'Etat ne dispose pas d'une baguette magique pour régler tous les problèmes, sa magnificence bascule en peu de temps dans l'extrême impopularité. Le prestige présidentiel tourne au lynchage collectif d'un bouc émissaire national. D'où la fuite en avant dans la parole et le néant narcissique, jusqu'à sa chute finale.

La victoire de François Fillon aux présidentielles est le signe d'une prise de conscience de l'électorat "de la droite et du centre" de cette dérive. Le choix d'un homme d'apparence simple, discrète et modeste, est révélateur d'une envie de sobriété et d'efficacité à la tête de l'Etat. Encore faut-il que, s'il était élu en mai 2017, le nouveau président tire toute les conséquences de la crise politique française et qu'il sache renouer avec les fondements mêmes de la République : un président qui fixe le cap, dans une relative discrétion personnelle, un Premier ministre qui gouverne dans le seul intérêt général, sans ambition présidentielle, des ministres qui pensent à diriger le pays plutôt qu'à leur destin individuel, un Parlement qui légifère et contrôle le Gouvernement. Est-ce trop en demander ?

Paru sur Figarovox, 4 décembre 2016
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Les naufrageurs de l'Ecole pérorent encore
 
"Le niveau monte !" disaient-ils, parlant de l’Ecole. Ces idéologues à la vue basse contemplent les désastres. Non seulement la France a décroché en maths et en sciences, selon une enquête internationale publiée le 29 novembre, mais le pays est devenu champion des inégalités scolaires, selon l’enquête Pisa de l’OCDE dévoilée mardi. A l’origine de ce champ de ruine, une brassée de bons sentiments déversés depuis les années 60 au nom de l’égalitarisme et de la massification, de l’épanouissement de l’élève, du respect des cultures minoritaires, de l’ouverture à l’Autre, du progressisme libératoire.
Déjà, en 1967, Alain Peyrefitte, ministre de l’Education nationale sous Charles de Gaulle, proposait de supprimer le cours magistral, les leçons à apprendre par cœur, les devoirs à la maison, le latin en sixième et en cinquième. Du pouvoir des communistes, installés en influents tuteurs de l’Education nationale dès 1945 après le "pacte faustien" (1) passé par De Gaulle avec Maurice Thorez, en est resté, dans les couloirs de la rue de Grenelle, un mépris de la culture bourgeoise, des "héritiers", de la transmission des savoirs. Cela fait cinquante ans que l’enseignement public sombre doucement, saccagé par les Diafoirus qui ont oublié que la mission de l’Ecole était d’abord d’apprendre à lire, écrire et compter et non de former de bons petits citoyens du vivre ensemble. Aujourd’hui, nombreux sont les jeunes des cités qui se trouvent assignés à leur condition de Français de second rang par la sottise des belles âmes qui ont jugé utile de supprimer les notes et d’abaisser les niveaux d’exigence. Jamais les écoles élitistes ne se sont mieux portées.

Il serait trop simple d’accabler la seule Najat Vallaud-Belkacem, même si les réformes de la ministre de l’Education s’inscrivent dans la continuité d’une "école citoyenne" qui marche sur la tête. Gauche et droite sont responsables de la destruction de l’enseignement, que confirment toutes les enquêtes internationales depuis des années. Innombrables sont les livres de professeurs qui, depuis bientôt 20 ans, ont tenté de sonner l’alarme en vain. Relire ce qu’écrivait le mathématicien Laurent Lafforgue (médaille Fields 2002) en novembre 2005 fait mesurer l’incompréhensible indifférence de la classe politique confrontée au naufrage promis aux jeunes élèves défavorisés. Tout juste nommé, par Jacques Chirac, au Haut Conseil à l’Education, Lafforgue allait être prié d’en démissionner pour avoir dénoncé l’emprise des "experts de l’Education nationale", appelés à son chevet alors qu’il accusait cette "Nomenklarura" d’être la première responsable de son état. Lafforgue : 'Pour moi, c’est exactement comme si nous étions un "Haut Conseil des Droits de l’Homme" et si nous envisagions de faire appel aux Khmers rouges pour constituer un groupe d’experts pour la promotion des Droits Humains'. Ce qu’il disait à l’époque contre "ces politiques inspirées par une idéologie qui consiste à ne plus accorder de valeur au savoir" pourrait se réécrire dans des termes identiques. Cette folie collective n’a pas de sens. Seule une révolution des mentalités sauvera l’Ecole française, victime d’un monde ubuesque qui pérore encore. Mais qui saura mener à bien le grand chambardement ?


(1) Claude Bouchy, L’ombre portée du Général, effets secondaires du gaullisme aujourd’hui Les éditions Amalthée
blog.lefigaro.fr/rioufol, 7 décembre 2016
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Les deux sièges
 
En Orient, l’actualité militaire est dominée par le siège concomitant de deux grandes villes, Alep et Mossoul, situées dans deux pays voisins, la Syrie et l’Irak. Les gouvernements de Damas et de Bagdad sont depuis quelques années alliés, au sein de ce qu’on appelle l’ "axe chiite", qui va de Téhéran à Beyrouth. Tous deux cherchent à reprendre par la force la deuxième agglomération de leurs pays, tombée aux mains de milices sunnites rebelles. Tous deux assiègent aujourd’hui la moitié Est de ces métropoles. Quelles sont les ressemblances et les dissemblances entre ces deux sièges ? Comment les grands acteurs, régionaux et internationaux, cherchent actuellement à y pousser leurs intérêts stratégiques ?
 
Dans sa reconquête des quartiers Est de la ville d’Alep (tombés aux mains de la rébellion en juillet 2012), l’armée baasiste syrienne est appuyée par de multiples alliés : l’aviation russe ; le Hezbollah libanais ; les "brigades internationales" chiites (comprenant entre autres des Hazaras afghans) encadrées par les officiers de forces spéciales de la division al-Qods des pasdarans iraniens ; les pechmergas kurdes du mouvement laïc cryptocommuniste PYD (ceux-là mêmes qui résistèrent victorieusement à l’État islamique lors du siège de Kobané de septembre 2014 à janvier 2015).
 
Dans la reconquête des quartiers Est de la ville de Mossoul, les forces spéciales irakiennes du gouvernement de Bagdad sont appuyées par les frappes des chasseurs-bombardiers occidentaux, par les milices patriotiques chiites, et par les pechmergas kurdes du gouvernement autonome d’Erbil (qui tiennent le front nord, sans prétendre entrer plus tard dans la ville). À Alep, c’est le front al-Nosra (filiale d’al-Qaida) qui constitue le fer de lance des milices rebelles, lesquelles forment un patchwork, où la plupart sont islamistes. À Mossoul, la rébellion est entièrement sous la coupe de l’État islamique. Que se passe-t-il à l’intérieur des villes assiégées ? Nous ne disposons d’aucune information de première main car il est trop dangereux pour les reporters occidentaux de s’y rendre. À Mossoul ils risquent la décapitation ; à Alep, ils risquent le kidnapping en vue d’une rançon.
 
Un phénomène assez curieux s’est passé dans la bataille d’Alep : depuis 2013, les grands médias occidentaux ne font plus assez confiance à la rébellion pour envoyer des reporters en son sein, mais ils continuent à croire et à diffuser sans filtre les informations envoyées par les rebelles, qui ont bien sûr tout intérêt à se présenter en agneaux innocents et à noircir leurs adversaires. Car le logiciel manichéen n’a pas changé depuis cinq ans : à Alep on a affaire à un tyran (Bachar al-Assad), qui massacrerait son peuple, presque par plaisir. Assurément le siège d’Alep est cruel et on estime à 300 les victimes civiles des deux dernières semaines. En revanche, ce même logiciel ne s’applique bien sûr pas à l’armée irakienne tendant à reprendre le contrôle de Mossoul. Là, ce sont les attaquants qui sont les gentils et les rebelles qui sont les méchants. En termes de pertes civiles, les chiffres sont équivalents : on estime à 600 les morts civils dans la bataille de Mossoul, depuis qu’elle a commencé. Certes, que les combattants fanatisés de Daech soient des super-méchants, nul n’en doute. Dans leur tactique d’utilisation systématique des voitures-suicides comme autant de missiles terre-terre, les généraux de l’État islamique ont envoyé à la mort des centaines d’adolescents, après leur avoir lavé le cerveau.
Dans le siège d’Alep, la presse occidentale s’est rangée du côté des résistants ; et dans celui de Mossoul, du côté des attaquants. Mais ce n’est plus très important. Car l’impact des grands médias internationaux sur la réalité géopolitique est devenu extrêmement faible : il n’est plus en mesure de modifier les grands équilibres stratégiques, comme il le fit naguère, dans des conflits comme le Kosovo, l’Irak ou la Libye.
 
Quand Alep et Mossoul seront tombées, quels seront les grands gagnants stratégiquement ? Au premier rang figurera l’Iran, au deuxième la Russie. Les stratèges occidentaux ont gravement sous-estimé la détermination de ces deux puissances orientales. Téhéran a renforcé l’axe chiite, tandis que Moscou a consolidé son accès direct à la Méditerranée. Au troisième rang, figureront les Kurdes, qui, après quelques déboires, finissent victorieux sur tous leurs fronts. Les États-Unis ne sont pas totalement perdants, car ils avaient fait de Daech leur nouvel ennemi principal. Les grands perdants seront les Turcs, avec une politique néo-ottomane aujourd’hui en miettes. Et les Européens, qui vont porter quasiment seuls le fardeau des réfugiés.
 
Au sommet de Prague de l’OTAN de novembre 2002, le président Chirac avait essayé de dissuader le président Bush d’envahir l’Irak. Il lui avait soufflé : "George, tu vas créer un axe chiite au Moyen-Orient : mais où est donc ton intérêt stratégique ?" Il n’avait obtenu aucune réponse…

Paru dans Le Figaro,  6 décembre 2016
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Adossée à des fondamentaux politiques avérés. Magistro, une tribune critique de bon sens, raisonnée et libre, d'information civique et politique.

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